30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 09:48

 

 

 

« DIX-HUIT ANS PLUS TARD, 
LES ZAPATISTES SONT TOUJOURS LÀ »

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LES INDIGÈNES PORTAIENT UN NUMÉRO SELON LA ZONE ZAPATISTE À LAQUELLE ILS APPARTIENNENT. PHOTO VÌCTOR CAMACHO 
Dans une surprise générale, cette mobilisation pacifique, a été d'une grande ampleur et a mobilisé près de 50 000 zapatistes. Ce serait l'action qui aurait réuni le plus de zapatistes depuis 1994, selon les médias nationaux.
« Votre monde va s'effondrer, et le nôtre est en train de resurgir »
Le Silence des hommes et femmes indigènes zapatistes n'a été rompu que par les constants applaudissements et cris de la foule les accompagnants « Vive Marcos », « Vive l'EZLN », « Vous êtes l'orgueil du Mexique », et « Vivent les zapatistes ».


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PORTRAIT DU SOUS-COMMANDANT MARCOS.     JOHN BERGER
Les Zapatistes ont marché avec ordre, dignité, discipline et cohésion, et en silence, un silence qui s'est fait beaucoup entendre. De la même manière qu'ils ont de se couvrir le visage pour être vu, ils ont aujourd'hui manifesté en silence pour être écouté. Il s’agit d'un silence qui exprime une capacité génératrice féconde d'autres horizons et de transformation sociale. Un grand potentiel. Un silence qui communique la volonté de résistance face au pouvoir « qui reste en silence est ingouvernable disait Ivan Illich ».

Un cycle de lutte politique a pris fin au Mexique ce premier janvier en même temps qu'un autre s'ouvrait. L'EZLN a beaucoup à dire dans cette nouvelle carte de luttes sociales qui commence à se dessiner dans le pays avec l'élection très contestée de Enrique Pena Nieto, et le retour du parti de la « dictature parfaite » du PRI. 


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« DIX-HUIT ANS PLUS TARD, 
LES ZAPATISTES SONT TOUJOURS LÀ »
Depuis un an et demis, de nombreux mouvements sociaux ont émergé au Mexique, qui remettent en question le pouvoir des partis politiques. Ils ne se sentent représentés par aucun d'entre eux. Le mouvement Pour la Paix avec Justice et Dignité, #YoSoy132, les luttes communautaires contre l'insécurité publique et la dévastation écologique, les protestations étudiantes en défense de l'éducation publique entre autre, qui marchent tous dans des chemins distincts de ceux de la politique institutionnelle. Les sympathisants à la cause zapatiste dans ces forces sont réels.


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VOUS AVEZ ENTENDU? 
C'EST LE SON DE VOTRE MONDE EN TRAIN DE S'EFFONDRER, C'EST CELUI DU NOTRE QUI RESURGIT. LE JOUR QUI FUT JOUR, ÉTAIT NUIT, ET NUIT SERA LE JOUR QUI SERA LE JOUR.  

DÉMOCRATIE! 
LIBERTÉ ! 
JUSTICE!  
DEPUIS LES MONTAGNES DU SUD-EST MEXICAIN, 
POUR LE COMITÉ CLANDESTIN REBEL INDIGÈNE - COMMANDANCE GÉNÉRAL DE L'EZLN 
SOUS-COMMANDANT INSURGÉ MARCOS, 
MEXIQUE DÉCEMBRE 2012


Les Zapatistes fonctionnent de manière autonome, les autorités se gouvernent elles-mêmes, elles exercent leur justice et résoudre les conflits agraires. Dans leurs territoires, les rebelles ont fait fonctionner leurs systèmes de santé et d'éducation en marge de ceux des gouvernements, ils ont organisé leur production et leur commercialisation, et maintenu leur structure militaire. Ils ont résolu avec succès le défi générationnel pour les charges. Ils ont réussi à sortir des efficaces menaces du narcotrafic, l'insécurité publique, et la migration.



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« DIX-HUIT ANS PLUS TARD, 
LES ZAPATISTES SONT TOUJOURS LÀ »
La force de leur mobilisation nous montre qu'au lieu de diminuer avec le cours des années, il a augmenté. C'est un indicateur que la stratégie de contre insurrection du gouvernement ne marche pas. 
A la fin de la manifestation des feuilles circulaient présentant un communiqué de la Commandance Général de L'EZLN. 

Source : Siglo XXI
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 08:12

 

Je reprends ce texte pour recadrer le débat en ce qui concerne la légitime violence. La question se pose dans le contexte décrit ci-dessous qui est un exemple parmi d'autre de l'utilisation "démesurée" pour rester soft de la violence par l'état plus trop "de droit". La question de la "Légitime violence" se pose donc ans ce cadre, précis, l'état abuse de son pouvoir de violence. Blesse, emprisonne, expulse, voir tue... que fait-on ? Lui répondre par la violence dans une escalade réciproque ? Mettre au point les techniques de résistance passive qui détournent et canalise cette violence, en faisant le pari que si l'abus est manifeste, l'opinion publique se mobilisera et rendra le pouvoir plus prudent ? On se dit Ouille, ouille, cela commence sérieusement à chauffer, un peu trop pour moi, salut les gars, je quitte le champ de bataille. Il y a certainement encore d'autres réponses... et chacun trouvera la sienne... y compris tous les crétins adeptes de l'obéissance inconditionnelle. Ceux qui apparaîtront peut-être un jour comme des collabos d'une dictature, tous ceux qui dans l' Expérience de Milgram - Wikipédia , acceptent de torturer, voir de tuer parce que l'autorité leur en a donner l'ordre, une majorité de personnes à l'époque vont jusqu'au bout, et certaines variantes ont été testées récemment qui confirme ce résultat... vive l'obéissance civile ? Il y a des précédents tragiques.

Je ne vous donnerai pas ma position personnelle à ce sujet. Je voudrais juste amener à réfléchir, c'est une décision d'une grande gravité que chacun doit prendre pour soi en son âme et conscience, et en cherchant sa propre information pour le faire en connaissance de cause.


 

 

Depuis Notre-Dame des Landes

25.11.2012 - Depuis des semaines d’occupation et de harcèlement policier et militaire, alors que nous continuons à défendre la zone du bétonnage programmé, nous avons atteint aujourd’hui, samedi 24 novembre, un pic de violence avec une centaine de blessé.e.s, dont une trentaine graves pris en charge à l’infirmerie de l’équipe medic établie à la Vache rit, l’une des nombreuses équipes de soins sur la zone.

On dénombre une vingtaine de personnes touchées par des éclats de grenades assourdissantes, aux jambes, aux bras, à la lèvre, au bas ventre. Ces bouts métalliques ou plastiques entrent dans les chairs, on peut rarement les extraire, et ils restent souvent à vie.
Les grenades assourdissantes sont censées être utilisées selon un protocole précis : notamment en cas d’encerclement des forces de l’ordre, et en direction du ciel, ce qui n’était clairement pas le cas aujourd’hui. Les gendarmes mobiles les utilisent de façon à ce qu’elles explosent à côté ou sur les manifestants, provoquant des blessures graves.
Une personne a été touchée au bas ventre par un éclat d’une de ces grenades offensives, provoquant un gros hématome et des lésions internes. On constate chez deux personnes 10 impacts chacune dans les jambes. Une personne risque de perdre son oeil droit. On constate également une plaie au tympan due à un tir de grenade, provoquant une surdité brutale. Suite à des tirs tendus de flashball, on dénombre quatre blessures au thorax, avec fractures de côtes et état de choc, de multiples blessures aux jambes et aux mains, une blessure hémorragique au visage. Et de nombreux.ses autres blessé.e.s.
Il était difficile d’évacuer les blessé.e.s les plus graves par ambulance ou par véhicule particulier suite aux différents barrages de police. Ces scènes de défilé ininterrompu de blessé.e.s du matin au soir ravive dans nos mémoires le souvenir de l’action de masse contre les pylônes THT (Très Haute Tension) dans la Manche le 24 juin 2012 pendant laquelle les forces de l’ordre ont fait l’usage démesuré des mêmes armes, faisant plus d’une vingtaine de blessé.e.s en une heure.
L’habituelle stratégie de frapper fort celles et ceux qui résistent à leurs plans de destructions ne semble pas fonctionner ici à Notre-Dame-des-Landes. La force et la détermination est bien vive sur les visages. Nous ne lâcherons rien.

La Zone à Défendre de Notre-Dame des Landes

Lire aussi : Forêt de Rohanne : c’est loin d’être fini !

Action clown au salon du bétonnage immobilier

 

Source : Le Manifeste des Desobeissants

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 21:27

 

 « Les Iraquiens ne peuvent oublier ce que les Etasuniens ont faits ici »

 

Par  Cathy Breen

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 “Ce n’est pas écrit dans nos cœurs, c’est taillé dans nos cœurs”

 

 

Je me suis réveillée ce matin avec ces paroles qui s’agitaient encore dans  ma tête.

Hier je suis allée à Ramādī et Fajulah. Au lieu de porter un message de tendresse et d’empathie envers leur souffrance, et un désir de paix, ma présence en tant qu’étasunienne semblait ouvrir des blessures infiniment profondes ?

J’ai assisté à une conférence en Anglais, en compagnie de plus de cinquante jeunes dans une Faculté de Ramādī. Les jeunes avaient entre 22 et 23 ans et étaient en 5ème degré, la dernière année de leur parcours. Ce qui veut dire que quand l’occupation a commencé et l’invasion étasunienne ils avaient 13 ou 14 ans.

Le Doyen m’invita à prendre la parole après la conférence comme “invitée d’honneur;” Pour ma plus grande honte, le professeur aimablement accéléra sa prestation pour me donner plus de temps. Je captai l’attention de tous. Pour moi ce fut complexe. Après m’être présentée je dis que j’aimerais beaucoup les écouter eux. Le silence tomba. Je suis certaines que mes paroles résonnèrent vide, rabâchées et artificielles.

Alors un jeune de la première rangée, assis à moins de deux mètres de moi, dit à voix basse ”Nous n’avons rien à dire. Les dernières années ont seulement été tristes. » Et le silence retomba.

Salmi, mon amphitryon et membre du groupe musulman d’Action pour la Paix, se leva et nous fit part de son expérience. Il raconta comment après les bombardement étasuniens sur Fajulah, lui et d’autres personnes arrivèrent [à Fajoulah] venant des cités chiites de Najaf et Kerbala pour mener à bien une action symbolique : enlever les décombres et ramasser les débris dans les rues de Fajoulah . Ce geste, dit-il, ,radoucit les cœurs et calma un peu la rupture entre les sunnites et les chiites. Il parla de la délégation de pacifistes des Etats-Unis qui vinrent à Nayaf pendant douze jours pour tendre des perches et chercher une réconciliation.

Une jeune, véhémente, qui était au milieu de la salle de conférence prit la parole. Il était évident que cela ne lui était pas facile. « Il n’est pas question du manque d’eau et d’électricité [des choses que j’avais mentionnées] « Vous, vous avez tout détruit : vous avez détruit notre pays ! Vous avez détruit ce qui était en nous ! Vous avez détruit notre antique civilisation ! Vous nous avez volé nos sourires ! Vous nous avez volez nos rêves ¡

Une autre personne demanda : “ Pourquoi avez-vous fait cela ? Qu’est-ce que nous vous avions fait pour que vous nous fassiez cela ? » 

“Les Iraquiens ne peuvent oublier ce que les étasuniens ont fait ici » dit une autre personne. « Ils ont détruit l’enfance. Vous ne pouvez pas tout détruire et après dire « Nous sommes désolés » On ne peut pas commettre des crimes et dire après »Je m’excuse » Nous bombarder et ensuite envoyer vos équipes enquêter sur les effets produits par vos bombes. Non, cela nous n’allons pas l’oublier. Ce n’est pas écrit dans nos cœurs, c’est taillé dans nos cœurs.

 […] Nous sommes contents de  tendre des ponts entre les personnes” dit le doyen de la Faculté. […] mais nous n’oublions pas. Que pouvez-vous faire ? A Fajulah 30% des enfants naissent avec des déformations. Que pouvez-vous faire ¿

Sami parla de la manière dont il avait rencontré un soldat étasunien à l’aéroport. Il faisait partie des Forces spéciales en Irak. Le soldat lui dit « La Bible nous dit de ne pas tuer, mais ils nous apprenent à tuer, à tuer pourrien. Seuleent tuer. Je regrette beaucoup »

“Construire des ponts ¿ Répondit le doyen “ “Présenter des excuses? Que pouvez-vous faire » Ni dans son ton, ni dans son attitude il n’y avait de rancœur, mais bien de la colère et une profonde douleur.

Un jeune dit ; Les EU sent toujours ici, à l’Ambassade étasunienne de Bagdad il y a 15 OOO personnes (et 5OOO gardes pour les protéger) et ils ont leurs collaborateurs. La guerre n’est pas finie.

Après cela nous rendîmes visite à un cheik chez lui. Lui et Samy s’embrassèrent chaleureusement et nous souhaitèrent la bienvenue dans le salon. Durant notre conversation nous parlâmes de notre visite à Ramadi, et de ce qui c’était dit là-bas. « Dans la guerre, il y a toujours deux perdants dis-je avec tristesse.

 

————————————

Cathy Breen travaille avec Voices for Creative Non-Violence et est une travailleuse catholique  à Mary House à Nueva York. Elle a vécu en Irak avant l'invasion par les E.U. en 2003 et pendant l'occupation. 

Fuente: http://www.brussellstribunal.org/

Via“Los iraquíes no pueden olvidar lo que los estadounidenses han hecho aquí” iraq-horror-Tharwa399-thumb – CONTRAINJERENCIA

Traduction de l'espagnol Anne Wolff.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 14:09

 

 

Qui sommes nous ?

Colombia Tierra Herida est un blog collectif, alimenté par les contributions écrites, photographiques, sonores ou vidéo de francophones vivant en Colombie ou ayant noué de fortes attaches avec ce pays et y séjournant fréquemment. Journalistes, chercheurs en sciences humaines, ou militants d'associations de défense des droits de l'homme, ils y développent leurs points de vue respectifs sur la Colombie, tachant de faire découvrir certaines facettes méconnues de ce pays qui suscite autant d'enchantements que d'horreur chez celui qui en parcourt les routes. 
Si les thèmes sociaux et politiques sont privilégiés, car primordiaux à la compréhension du conflit intérieur qui ensanglante la Colombie depuis plus de 60 ans, ce blog publiera également des articles plus culturels ou environnementaux, des sujets documentaires ou touristiques, voire des brèves anecdotiques issues de la vie quotidienne et des photos insolites.

Dommage, le site vient de fermer, mais reste à explorer par ceux qui voudraient connaître un peu mieux ces peuples de Colombie en lutte pour la refondation du monde. Du bon journalisme comme on voudrait plus.

Et quelques photos, suivie d'un beau cadeau, en tout cas moi je le reçois comme cela :

Cérémonie d'offrandes pour les Droits de la Mère Nature

Bogotá, le 25 mars 2011. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Place Bolivar pour participer à une cérémonie d'offrande
aux éléments de la Mère Nature. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

 

 

 

Assassinat d'Edwin Legarda, le mari d'Aida Quilcue

Bogotá, le 20 novembre 2008. Aida Quilcue, Consejera Mayor (Conseillère Majeure) du CRIC, fait un discours à l'Université Nationale
pour l'arrivée dans la capitale de la Minga Indigena, la Marche Indigène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 

 

Lézard de la table, gastronomie de campagne

Chicoral, 13 novembre 2008. Marchand de bunuelos. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 

 

Et un merci aux auteurs pour ceci :

La Minga Indigena Social y Comunautaria en route pour Bogotá

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena, la marche indigène, plusieurs milliers de familles en route vers la capitale, Bogotá,
pour protester contre la multiplication des assassinats impunis de leaders indiens par les paramilitaires et réclamer les terres
ancestrales reconnues par des accords avec le gouvernement et jamais redistribuées. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le 12 octobre dernier, pour le 516e anniversaire de la conquête espagnole (ou de l'invasion, comme l'appelle les peuples autochtones), des milliers d'indiens se sont réunis à La Maria Piendamo, dans le Cauca et ont bloqué le trafic routier sur la Panaméricaine, le principal axe routier du pays. 
Chicoral, le 13 novembre 2008. Lucho, le coordinateur nationale de la Garde Indigène, donnant des instructions pour la sécurité
du campement au soir d'une étape de la Minga Indigena. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pendant près de deux semaines, protestant contre la multiplication des assassinats impunis de leaders indigènes (plus de 1200 morts en 6 ans !), armés de pierres et des bâtons de la garde indigène du CRIC (le Conseil Régional des Indigènes du Cauca), ils ont tenus les barrages contre les assauts de la police anti-émeute, appuyée par des unités de l'armée qui n'ont pas hésité à ouvrir le feu lors des affrontements, causant la mort de trois indiens. 
Chicoral, le 13 novembre 2008. La garde Indigène.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Niant les faits jusqu'à ce qu'une vidéo diffusée sur CNN l'oblige à admettre l'usage d'armes de guerre contre les manifestants, le président Alvaro Uribe avait d'abord affirmé que les victimes avaient été tuées par la guérilla tirant depuis les montagnes, sans craindre d'ailleurs de se contredire puisqu'il n'a pas cessé de prétendre que des éléments des FARC infiltraient les indiens. Et qu'il a peut-être tenté de le démontrer par une petite manipulation déjouée au dernier moment par les gardes du CRIC, qui ont intercepté un jeune indien, membre de l'armée en civil, tentant de se glisser dans le campement avec un sac contenant des uniformes et des grenades, sans doute pour les y cacher et pouvoir les "découvrir" plus tard... 

Chicoral, le 13 novembre 2008. Réunion de la la Garde Indigène, composée d'hommes et de femmes de tous âges, des enfants
aux personnes âgées, équipées d'un simple bâton, au soir d'une étape de la Minga Indigena. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Finalement obligés de se replier face à la brutalité de la répression, environ 30.000 indiens descendent de toutes les communautés de la région et se rendent à pied à Cali, pour y rencontrer le Président Alvaro Uribe. Le 2 novembre, cette rencontre tourne à la farce et après avoir attendu plusieurs heures sous un pont un président qui se faisait délibérément attendre, les indiens ont levé le camp quand il est finalement apparu, répondant à son retard par la bravade. Suite à cet échec, les organisations indigènes avaient annoncé le lendemain que puisque leur parole n'avait pas été entendue, ils allaient la faire cheminer (caminar la palabra) à travers tout le pays, et que des milliers de familles allaient la porter jusqu'à Bogotá. (Lire le communiqué de l'ONIC, Organisation Nationale des Indigènes de Colombie, en espagnol).

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena arrive en ville, en provenance d'Ibague. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
 Dix jours plus tard, c'est en voie d'être fait, et plus de 20.000 indiens ont formé depuis quelques jours une immense caravane qui est partie de Cali en direction de la capitale. C'est la Minga Indigena Social y Comunautaria, la Minga Indigène Sociale et Communautaire. Traditionnellement, une minga, en quechua, est un travail collectif effectué bénévolement, pour la communauté, ou simplement pour un voisin, qui fournira simplement gîte et couvert à ses compagnon en échange de leur aide, et qui participera à son tour aux travaux de ceux-ci quand il en auront besoin.Ici, on a mobilisé des milliers de familles pour participer à ce "travail communautaire", porter la parole et les revendications des peuples autochtones jusqu'aux centres de décisions du pays pour obliger le gouvernement à l'entendre et améliorer ainsi la condition de tous. Du moins c'est l'objectif.

Convoi hétéroclite de camions, voitures et chivas (des bus/camions multicolores, larges et bas, contenant plus d'une centaine de passagers, sur une dizaine de rangées d'étroits bancs et sur le toit, caractéristiques de la zone andine, et particulièrement du Cauca), la Minga vient d'arriver à Chicoral, dans le Tolima, après un face à face tendu devant Ibagué, la capitale régionale, avec la police qui lui refusait la traversée de la ville. Ici-même, hier, des voitures de la mairie ont sillonné les rues de la ville avec des haut-parleurs pour avertir la population de l'arrivée de la Minga et l'inciter à rester cloitrée chez elle, en raisons de supposés risques de saccage et de pillage.


Chicoral, le 13 novembre 2008. La police guide les mingeros jusqu'à un terrain bordant une décharge. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

D'abord dirigés par les autorités locales et les policiers qui encadrent la caravane vers un terrain insalubre pour y installer le campement, les participants à la Minga protestaient et la situation était assez tendue, lorsqu'un des dirigeants indigènes et un commandant de la police de la route, visiblement décidés à apaiser les esprits qui s'échauffaient, se sont lancés le défi mutuel de sauter dans la rivière qui passait en contrebas. Et tous de parier sur qui toucherait l'eau le premier...

Chicoral, le 13 novembre 2008. Les participants de la Minga se plaignent auprès d'un officier de police contre le lieu
qui leur est proposé pour camper. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Après cette diversion, des militants locaux arrivaient à point nommé avec une solution de rechange et la Minga s'ébranlait de nouveau jusqu'à un vaste pré en jachère aux abords de la ville, plus apte à héberger les milliers de mingueros fatigués par une longue journée de route.

Chicoral, le 13 novembre 2008. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Là, enfin, autour des chivas, les campements peuvent s'étaler. La garde indigène prend place tout autour du périmètre et contrôle l'accès des habitants de Chicoral, venus en sympathisants ou en curieux, pour éviter toute provocation. Des bâches accolées aux véhicules forment de vastes tentes, mais certains ont apporté des abris individuels.

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena fait étape. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Partout de petites cuisines s'installent, on décharge du bois des camions, des foyers s'allument, une sono sur le toit d'un camion crache du Vallenato à plein régime et déjà un bal s'improvise, pendant que des nuées d'enfants se détendent les jambes en courant découvrir les limites de leur terrain de jeux d'un jour. Et en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, c'est toute une ville qui s'est dressée dans ce champ.

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena fait étape. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Prévoir en quelques jours la logistique nécessaire à transporter, nourrir et abriter 20.000 personnes sur plusieurs semaines de voyage, qui osera dire que les indigènes ne sont pas organisés ?

Chicoral, le 13 novembre 2008. La Minga Indigena fait étape. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 

 

 

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 13:39

 

 

Tournée européenne du Congreso de los Pueblos

En Suisse


Du 21 au 26 octobre Marylén Serna Salinas, une des plus importantes dirigeantes du mouvement populaire colombien sera en Suisse. Marylén vient pour parler de la réalité colombienne et notamment du travail du Congrès des Peuples (El Congreso de los Pueblos) et des autres secteurs du mouvement social, à la recherche d’une paix qui soit participative et porteuse de changements vers une justice sociale.

La dirigeante sociale colombienne réalisera la conférence « Le mouvement social colombien vers une proposition de paix participative » à Lausanne (22.10), Zurich (23.10), Neuchâtel (24.20), Berne (25.10) et Genève (26.10) à 19h30 (plus d’informations dans le Flyer)


                       

                        Congreso de los Pueblos: proposition de pays pour une vie digne.


Le Congrès des Peuples (Congreso de los Pueblos) est un processus social et populaire qui prend forme tout au long du territoire colombien. Composé de milliers de personnes, de centaines d’organisations issues de diverses régions, de nombreux secteurs et de dynamiques variées : les travailleuses, les travailleurs, les paysans, les paysannes, les saisonniers, les journalières, les filles et les fils de la terre, les peuples indigènes, les descendants d’Afrique, les femmes dignes et libres, les pêcheurs en mers et en rivières, les livreurs, les taxis et les camionneuses, les étudiantes, les professeurs et les éducatrices populaires, les expériences de résistance au capital, à l’Etat et à la guerre, les pauvres, les marginalisés, les exclues, les artistes et les artisanes.
Ce sont mille voix, résistances et initiatives nées de la diversité sexuelle, des habitants de la rue, des quartiers, des ceintures de misère des grandes villes, des communicatrices et communicateurs populaires, des détenus et détenues dans les prisons, des défenseurs des droits humains, des croyants en nos dieux, des croyantes en la justice, des absentes et des victimes, des enfants, du rire, de l’imagination illimitée, des jeunes qui résistent à l’oppression d’un système policier, enfin, de tout le pays, des peuples qui y vivent.
Le Congrès des Peuples construit notre identité à partir de la diversité, recueille les expériences accumulées des mouvements sociaux et fait le pari de rassembler et d’interpeler le pays populaire pour entreprendre, par des actions communautaires issues de mandats des communautés mêmes, les constructions nécessaires pour défendre les territoires urbains et ruraux et retrouver une vie digne.
Pour avancer vers cette Colombie digne que toutes et tous nous méritons, le Congrès des Peuples part d’une critique radicale du capitalisme –modèle de vie non viable- et remet en question toute la rationalité qui structure nos précaires systèmes sociaux actuels. Le Congrès des Peuples travaille –à partir des réalités locales et régionales-à la construction d’une pensée nouvelle et d’une nouvelle dynamique qui rétablissent l’équilibre social et naturel de la Colombie en particulier et de la planète en général.

Axes et mandats de travail

Ce processus social, populaire et politique concrétise cette vision par des mandats qui expriment la volonté populaire et concernent les axes de travail suivants :
Terre, territoire et souveraineté dans une vision d’autonomie et d’autodétermination issue des communautés.
Economie au service de la vie et contre la législation de la spoliation : Affronter le modèle de production basé sur la spoliation et l’inégalité et travailler pour construire une autre logique économique, portée par les gens en accord avec la nature. Le Congrès des Peuples refuse l’économie extractive, l’exploitation minière à grande échelle, les monocultures, le négoce sur les matières premières et la stratégie de militarisation et de contrôle territorial qui accompagne ces projets.
Construction de pouvoir pour le bien vivre compris comme processus et comme moyen pour libérer les potentialités de la vie, sociale et naturelle, qui permettent de récupérer son intégrité et son harmonie.
Culture, diversité et éthique du commun
. Le Congrès des Peuples cherche à donner de la force aux valeurs chères à celles et ceux qui réellement portent le poids du pays, donnant corps à une éthique qui respecte et renforce la vie et repousse la mort, à une culture qui rompe avec l’oppression

patriarcale, pour l’équité de genre, le respect et la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes, et pour une vie sans violences. Il s’agit de construire des valeurs et une éthique qui privilégient le bien commun sur l’appât du gain et d’instaurer une culture de la solidarité.
Vie, justice et cheminement vers la paix. Pour construire un pays pour toutes et tous, il est nécessaire de parier sur la paix et la justice. Le déséquilibre social, économique, politique et culturel imposé constitue l’essence du conflit. Pour cela, la résolution du conflit ne peut être ni conjoncturelle ni partielle, mais ne peut que partir du caractère de la vie même et de la nature de ses relations.
Violation des droits et accords non tenus : Tous ces derniers siècles, les accords que les mouvements sociaux et politiques ont conclu avec les gouvernements ont été ignorés, trahis, rompus et tergiversés. De la même façon, nos droits ont été systématiquement violés et méconnus. Comme exercice de mémoire qui renforce et donne un fondement à notre lutte, nous devons rendre compte de la manière dont nos intérêts ont été bafoués.
L’union des peuples et la globalisation des luttes. Le Congrès des peuples travaille dans une perspective continentale et mondiale pour renforcer la diversité, la force et la capacité des peuples pour construire un monde meilleur et aussi pour contribuer aux luttes pour un monde nouveau.

En route pour l’unité du mouvement populaire colombien

Le Congrès des peuples travaille et lutte pour l’unité des mouvements sociaux et politiques qui expriment et représentent les intérêts populaires. Il reconnaît les importantes initiatives que sont le Polo Democrático Alternativo, la Marcha Patriótica, la Mesa Amplia Nacional Estudiantil (MANE), le Mouvement de Victimes de Crimes d’Etat (MOVICE), les syndicats, la Coalition de Mouvements Sociaux de Colombie, entre autres, et travaille avec ces mouvements à la construction d’un projet politique d’unité populaire. La solidarité et la fraternité dans les luttes populaires et dans les processus de construction locaux, régionaux et nationaux sont un des mandats du Congrès des Peuples.
Actuellement le Congrès des Peuples fait partie de la Coordination Nationale d’Organisations Sociales et Politiques de Colombie et de la Ruta Social Común para la Paz.
En chemin, le Congrès des Peuples développe des espaces tels que le Congrès de Terres, Territoires et Souverainetés, le Congrès de l’Education, le Congrès de Paix et le Congrès des Femmes, en même temps qu’il commence à articuler des initiatives d’organisations urbaines.

Marylén Serna Salinas

Femme paysanne, dirigeante du Mouvement Paysan de Cajibío (MCC) et de la Coordination Nationale Agraire(CNA). Elle a dédié sa vie à l’animation d’organisations de femmes, de jeunes, de victimes de crimes d’Etat, d’enfants et de producteurs biologiques, toujours dans l’idée de construire des propositions de développement alternatif dans le département du Cauca, sa terre natale.
Marylén est une des promotrices du Plan de Vie Digne pour Cajibío, est porte-parole nationale de la Minga de Résistance Sociale et Communautaire de Colombie et fait partie de la Commission d’Articulation et Relations du Congrès des Peuples.


Source : Colombia Tierra Herida

 


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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 11:49

 

Les exécutions extrajudiciaires sont une routine ? quotidienne pour ceux qui luttent pour les droits des peuples en Amérique Latine.  Des faits divers? Il n'y a pas de scoop à chercher là-dedans, éternelle répétition du même, un compagnon, une compaggnonne est tombée. Pourles proches cependant, cela fait toujours autant de larmes, de blessures qui ne cicatriseront pas,  et de colère., Faudra-t-il comme pour les morts de la rue un lieu de publication qui reprenne ceux qui tombent chaque jour pour qu'enfin ici enfin le problème apparaisse dans son ampleur réelle, faudra-til que nous puissions consulter la liste de morts et celle des disparus, en sachant bien que jamais cette liste si bien mise à jour qu'elle soit ne sera exhaustive ? Tel jour :

Honduras un journaliste, deux paysans de l'Aguan,Guatemela : quatre manifestants abattus par les forces de l'ordre, Colombie : un militant syndical, Paraguay : un militant qui était aussi principal témoin d'un massacre de Curuguaty, Mexique.... Colombie...Chili, Pérou... chaque jour la liste s'allonge  et nous parle de la voix d'un monde qu'on fait taire... Et le pire scandale est que justement cela puisse devenir une routine.

Que faut-il dire aux résistants du Honduras qui appellent à la rescousse, surtout maintenant qu'un nouveau coup d'état se précise, et les gens là-bas demande à l'opinion publique de les soutenir contre leurs bourreaux.... faut-il leur envoyer des messages leur disant : vous êtes seuls les gars, l'opinion publique internationale n'en a que faire de votre lutte. Que faut-il dire aux militants d'Amérique Latine qui demandent aux peuples d'Europe de faire pression sur leurs gouvernements pour refuser des traités de libre échange qui pour les peuples là-bas annoncent encore plus de misère et de douleurs, et de morts. Faut-il leur dire qu'ici en Europe on s'en tape de leur histoire... que nous avons nos propres problèmes...

Faut-il leur dire que nous compte fait ces traités nous arrangent parce que nous bénéficions des miettes et que quelques miettes c'est déjà mieux que rien... alors la vie de quelques indigènes, hein...on est quand mêmetropsur la terre.

L'Europe avec son socialisme jaune, qui s'il a - a une lointaine époque - remis en cause la hièrarchie sociale, a par contre toujours perpétuer sans remise en question la hiérarchisation raciste des peuples.

Une hiérarchisation qui fait partie intrinsèque de nos inconscients collectifs, aujourd'hui aucune refondation de la gauche ne peut avoir lieu qui ne passe par la remise en question de cet a priori colonialiste donc raciste, qui a toujours gangréné sa pensée. Et cela d'autant plus que la gauche aujourd'hui, la gauche d'essence populaire, active, créative, ce sont ces colonisés tellement méprisés d'hier qui nous en ouvrent le chemin celui d'un syncrétisme qui répare cette autre erreur essentielle des gauches marxistes aux conséquences catastrophiques qui est d'avoir rayé d'emblée la paysannerie des forces révolutionnaires. (Mais cela c'est un autre débat.)

Et je ne le dirai jamais assez,ceux qui ont tué Milton, sont les mêmes qui assassinent massivement en Grèce et un peu moins massivement ici. Nous avans les mêmes ennemis quand auront nous les mêmes luttes ?


 


 


Colombie : Le pétrole de Puerto Gaitán est teinté de sang ouvrier

 




USO Unión Sindical Obrera de la Industria del Petróleo

 

Dans l'après-midi du 11 Décembre 2012, dans la municipalité de Puerto Gaitán, près des bureaux de la société TERMOTECNICA, des tueurs à gages ont assassiné le travailleur MILTON ENRIQUE RIVAS PARRA, qui travaillait pour la compagnie en tant qu'opérateur et électricien. Milton avait reçu la veille des menaces de mort, venant d’un homme lui affirmant qu’il allait être assassiné, parce  qu’il était un des leaders de l'Assemblée permanente des travailleurs -qui revendiquent leurs droits depuis plusieurs mois- et un membre du syndicat USO.

Milton était un membre de notre syndicat dans le département du Meta, il avait travaillé pour l'entreprise JM au service de Pacific Rubiales. Il s'est distingué par son leadership et son soutien aux luttes des travailleurs dans la région.

Cette situation douloureuse s'inscrit dans le contexte vécu par les travailleurs de la municipalité de Puerto Gaitán, qui subissent l'implantation d'un projet d'exploitation pétrolière dans le cadre de la soi-disant "Locomotive minière et énergétique" du président Santos. Ce projet, mené par l'entreprise Pacific Rubiales, a engendré d'importantes violations des droits syndicaux, des droits du travail, mais aussi, comme nous le voyons aujourd'hui, une violation systématique du droit à la vie, à l'intégrité et à la liberté. Ces situations ont d’ailleurs été dénoncées tant par le syndicat USO que par le sénateur Alexander López et par de nombreuses organisations nationales et internationales, qui ont pu corroborer les faits.

Nous tenons pour responsables le gouvernement national et les compagnies pétrolières qui sont présentes dans la région, de l’homicide de notre compagnon Milton, et nous demandons que la vérité soit faite sur cet infâme assassinat.

Nous demandons au gouvernement national de fournir à l'ensemble des dirigeants et des travailleurs de l'USO toutes les garanties nécessaires pour l'exercice de leurs droits dans le département du Meta.

Nous demandons à la communauté nationale et internationale de condamner l'assassinat d'un travailleur membre de l'USO, et de faire pression sur le gouvernement national.

Nous invitons l'ensemble du pays à lancer une campagne afin que la Colombie reprenne possession des champs de pétrole de Puerto Gaitán, et afin que soit expulsée du territoire colombien la multinationale Pacific Rubiales, qui est coupable de graves violations de droits humains.
 
Conseil Exécutif national et Commission nationale des droits humains et de la paix de l'USO
Bogotá, DC, le 11 décembre 2012.

Ecrivez aux autorités colombiennes en utilisant ce formulaire

 Lire le reportage  Campo Rubiales : Les damnés du pétrole

 



Merci à PASC
Source: http://www.usofrenteobrero.org/index.php?option=com_content&view=article&id=5606&catid=43
Date de parution de l'article original: 11/12/2012
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=8771
 

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 11:35

 

 

 

 

Entretien avec le sénateur « tupamaro » Eleuterio Fernández Huidobro

Élections en Amérique : le basculement de l’Uruguay

L’Uruguay, traversé par une profonde crise économique, s’apprête à élire Tabaré Vásquez à la présidence. La coalition qu’il conduit propose de « changer » le pays en lui redonnant son indépendance politique face aux États-Unis et en développant une politique d’urgence sociale, sans pour autant s’orienter vers l’étatisme. Le sénateur Eleuterio Fernández Huidobro, leader historique du mouvement Tupamaros qui forme le courant révolutionnaire de la coalition, a accepté de répondre à nos questions. Il donne sa vision de l’Uruguay et se remémore les luttes syndicales, puis la résistance contre la dictature, qui ont forgé l’unité de la gauche actuelle.


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Le sénateur Eleuterio Fernández Huiboro

Le 31 octobre se tiendra le premier tour de l’élection présidentielle en Uruguay. Les instituts de sondages pronostiquent une victoire de Tabaré Vasquez, le candidat du Frente Amplio, peut-être même dès le premier tour. Dans un continent désormais gouverné par Fidel Castro à Cuba, Hugo Chavez au Venezuela, Lula da Silva au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, l’Uruguay choisirait à son tour la transformation sociale et l’indépendance face aux États-Unis. L’union politique et économique du Mercosur s’en trouverait relancée tandis que le projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques serait partiellement bloqué.
L’Uruguay, autrefois qualifiée de « Suisse de l’Amérique du Sud », traverse aujourd’hui une profonde crise économique qui se traduit par un chômage de masse et une fuite des cerveaux sur fond de vieillissement de la population.
Le sénateur Eleuterio « Ñato » Fernández Huidobro est un dirigeant historique du mouvement révolutionnaire des Tupamaros, composante centrale de la coalition de la gauche. Il a conduit des actions armées dans les années soixante, puis après le coup d’État de 1973, et a été longuement emprisonné dans des conditions particulièrement difficiles. Il a accepté de répondre aux questions de Stella Calloni pour la revue vénézuélienne Question, membre de la Red Voltaire.

Question/Red Voltaire : Vous êtes maintenant face à la plus grande probabilité d’accéder au gouvernement, et ce ne serait d’ailleurs pas la première victoire du Frente Amplio.

Eleuterio Fernández Huidobro : Ce ne serait pas la première victoire. Nous avons administré la ville de Montevideo et bien d’autres. La progression du Frente Amplio a été constante. Déjà en 1999, nous avions gagné, mais nous n’avions pas atteint le seuil des 50%. Les deux partis se sont unis lors du ballottage et c’est ainsi que Jorge Batlle [1] est arrivé à la présidence. Les enquêtes indiquent maintenant que nous sommes au-dessus de la barre des 50% [2]. Depuis la crise qui a frappé l’Uruguay en 2002, les dirigeants des deux partis sont arrivés à la conclusion que le Fa-Encuentro Progressista (EN) gagnerait ces élections.

Quelle est la situation générale en Uruguay ?

Le démantèlement du pays a été très fort. Le président Jorge Batlle a œuvré avec beaucoup de maladresse et continue de commettre des erreurs très graves dans tous les domaines. En politique extérieure, elles sont accablantes.

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Jorge Batlle

Par exemple, en 2003, il affirma publiquement que son ami l’ex-président argentin Carlos Menem allait gagner les élections. Il a ensuite entamé des discussions avec le président Nestor Kirchner, et son gouvernement a commis une série d’erreurs qui ont eu des conséquences sur leurs relations avec des pays tiers. Cette attitude s’est répétée à plusieurs reprises. Alors même que des avancées semblaient possibles dans le domaine des Droits Humains, ce fut un désastre de par son attitude.

Il est impossible d’oublier que quand ils ont gagné à l’issue du ballottage et que Batlle a été élu président, seulement 20 jours plus tard il a assisté à une curieuse réunion avec les fameux - non par leur vertu - frères Rhom, banquiers argentins corrompus, l’un est fugitif et l’autre en procès. Cette réunion avait pour invités rien de moins que George Bush (père), Carlos Menem, l’ex-président uruguayen Alberto Lacalle, et Fernando de la Rúa. Batlle voulait ainsi démontrer qu’il avait d’excellents contacts. Peu de temps après Menem fut emprisonné pour vente illégale d’armes, et De la Rúa a du quitter le pouvoir de manière précipitée en s’enfuyant en hélicoptère de la « Casa Rosada » fin 2001, quand le « modèle » a explosé en Argentine [3].

Comment l’unité a-t-elle pu être maintenue au sein du Frente Amplio où convergent tant de mouvements de gauche, d’organisations sociales et syndicales ?

Il faut remonter aux origines, puisque cette unité a été l’œuvre de grandes figures politiques comme Rodney Arismendi du Parti communiste, qui en a été le promoteur à la fin des années 50 ; Héctor Rodriguez, Raúl Sendic (leader des Tupamaros), Gerardo Gatti du Mouvement pour la Victoire du Peuple, disparu en Argentine. La rencontre de ces grands dirigeants fut un moment historique. Ce fut un long et rude labeur. L’unité ne s’est pas faite par un simple acte de volonté. Elle requiert travail, responsabilité, analyse, débats et l’abandon de toute bassesse politique et des querelles inutiles. Par la suite celle-ci s’est étendue à d’autres dirigeants et à d’autres mouvements. L’unité a été atteinte après un long travail, ponctué de plusieurs tentatives malheureuses. Ceux qui l’ont réalisée jouissent d’un prestige qu’ils ont gagné à la faveur d’un travail constant et d’une grande cohérence.

L’unité ouvrière, qui se dessinait, annonçait par ailleurs l’unité politique. Tout ceci se concrétisa en 1970, quand survint en outre au Chili la grande victoire de Salvador Allende, et quand arrivèrent au Frente Amplio (FA) de grandes figures comme Líber Sergeni et autres dirigeants historiques. En Uruguay, il y avait de grandes mobilisations universitaires et unitaires. Il est important de souligner que la classe ouvrière uruguayenne n’a jamais été liée avec les gouvernements successifs. Le meilleur du syndicalisme a livré bataille aux syndicalistes jaunes. Ce fut un moment de travail et de militantisme. Les syndicalistes ne perçoivent pas de salaires pour leur activité syndicale, mais simplement leur salaire de travailleurs, et cela fait une grande différence avec d’autres expériences. Dans cette unité originelle, il faut souligner que quelques dirigeants du Parti Démocrate Chrétien (PDC) se sont joints au FA.

Fondamentalement, quels éléments ont contribué au renforcement de cette unité et comment s’est-elle étendue vers la base ?

Il y avait une grande crise, et la répression ne faisait pas de différence entre les partis. Cette situation poussa à l’union, et à prendre des mesures de sécurité communes. Les casernes faisaient le plein de prisonniers politiques, de militants de gauche, d’anarchistes, et de militants sociaux, tous roués de coups. Face à ces situations, l’acceptation de l’autre était spontanée. Par ailleurs le débat, la discussion et l’analyse nous ont tous enrichis. Je dirais que tout cela nous a éclairés et nous a sorti des cercles fermés.

Au-delà des divergences qui en réalité étaient circonstancielles, la vie, la réalité rendaient compte de ces différences qui ne portaient pas sur les principes. Pourquoi ne pas nous unir ? Quand on entre dans cette espèce de pôle magnétique de l’unité, celle-ci touche naturellement la masse et c’est ainsi que sont nés les « Comités de base ». Ce fut là un phénomène extraordinaire. Dans les Comités de base convergeaient des militants de tous les groupes et y compris des indépendants. Ces militants empêchaient avec leurs demandes qu’on casse l’unité du FA et ont fait en sorte qu’on écoute toujours la majorité.

De l’extérieur on observe avec intérêt cette unité, car en Amérique latine il y a une tendance très forte à la désintégration de la gauche.

Ce n’est évidemment pas un miracle. La base de tout est l’humilité et le travail militant. Je me suis rendu au Venezuela en 1999, j’ai expliqué ce qu’était le comité de base et quelqu’un a dit : « Il serait bon de le faire ici », mais la situation n’était pas la même. Ils ont créé d’autres formes d’organisation de quartiers et continuent à en créer d’autres très intéressantes. En Uruguay, le Comité de base est un véritable noyau. C’est là qu’on débat des positions qui sont portées ensuite à la Coordination générale. On élit un représentant, non par parti, mais sur décision de l’ensemble. Il n’y a pas de place pour les petites et misérables querelles pour déterminer qui sera le représentant. C’est cela qui nous a rendus plus forts. Les différences sont discutées et personne ne tente de contrôler le Comité pour son propre parti. Quand s’est créé le FA, l’idée du Comité de base a germé et s’est répandue tout naturellement.

Pour la reconstruction après la dictature, quel a été l’importance du thème de la mémoire ?

Ce fut très important. De ces années dramatiques du coup d’État fasciste, on se souvient de la résistance, des grèves, de l’emprisonnement des dirigeants, des pertes. Ceux qui intégraient les Comités de base ne se sont pas sentis trompés par leurs dirigeants. La reconstruction a ensuite été presque spontanée, parce qu’ils étaient au cœur des quartiers. À ce propos, je tiens à souligner le rôle énorme des femmes, des mères. De manière générale, outre toutes celles qui sont passées par les prisons ou ont disparu, elles ont dû prendre soin dans leurs maisons des enfants dont les pères ont alors été emprisonnés, et elles racontaient en permanence à voix baisse, l’histoire. Tous connaissaient le rôle de chacun dans le Comité de base. C’est une histoire très émouvante. Il y a même eu des familles où on laissait la chaise vide de l’absent. C’était quelque chose de symbolique, quelque chose de très fort.

Comment se porte le militantisme actuellement ?

C’est un autre moment historique : bien que nous ayons reconstruit cela, il n’y a pas autant de militantisme politique que par le passé, ni même de temps pour militer. Il n’y a pas de travail ou on doit travailler de nombreuses heures pour à peine survivre. La jeunesse ne développe pas en général un militantisme actif et discipliné. Toutefois, il y a quelque chose de très important. Au moment des grandes journées de mobilisation, ils surgissent soudainement et on ressent alors qu’il y a un lien très fort avec le passé. Cela s’est vérifié avec la foule qui a assisté à l’enterrement de Líber Seregni. Beaucoup disaient : « Comment n’allais-je pas venir l’accompagner alors que tout cela fait partie de la mémoire de notre enfance ? » l’Uruguay d’aujourd’hui vit une situation critique avec 14 % de chômeurs, qui en réalité avoisinent les 20 %. Dans un petit pays [4], ce chiffre est immense. Il y a un grand démantèlement social et une forte acculturation.

Dans ses grandes lignes, quel est le programme du Frente Amplio ?

On peut distinguer cinq grands axes fondamentaux. Dans le secteur économique, promouvoir un Uruguay productif, en mettant en marche l’appareil productif, tout en tenant compte des situations urgentes et en particulier de l’urgence sociale. Comment utiliser les ressources de l’État, face à l’urgence dramatique de la grande pauvreté, non par une politique « d’assistance » en tant que telle, mais plutôt par une approche éthique, ce qui requiert l’action d’urgence dans les cas les plus alarmants, tandis que l’on redresse l’économie. Nous devons essayer d’endiguer l’émigration des jeunes, qui s’avère très dommageable pour le pays. L’autre axe est ce que nous appelons l’Uruguay intelligent, le thème de l’éducation scientifico-technologique, qui est aujourd’hui à l’abandon.

En politique internationale, notre regard est tourné vers l’Amérique latine, c’est le MERCOSUR, l’intégration du sud, et non la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) [5] . Le discours qui nous unit autour de tous ces axes a été discuté par 3500 délégués, point par point. Pour détailler les axes relatifs au programme, plus de mille techniciens sont au travail. On étudie comment mettre en œuvre tout ce programme une fois au gouvernement. L’Uruguay est un petit pays, de ce fait la sortie de crise sera peut être plus simple. Notre situation n’a rien à voir avec celle du Brésil, qui doit apporter une réponse à 44 millions de personnes qui doivent manger trois fois par jour, et c’est très difficile.

Quelle est votre perception des évènements en Amérique latine ?

La tendance est plutôt à l’optimisme, et ce malgré les difficultés. Je crois que l’heure de l’Amérique du Sud est venue : Le Venezuela, le Brésil et l’Argentine offrent des perspectives encourageantes. Mais en même temps nous savons que cela ne va pas sans poser problème à l’impérialisme. La chose deviendra sérieuse quand ils y regarderont de plus près, mais nous devons prendre en compte que ce c’est un processus en zig-zag, avec des méandres. Nous sommes conscients et disposés à accepter des victoires et des défaites. Nous ne nous attendons pas à un processus linéaire. Après la vague néo-libérale qui a succédé aux grandes dictatures, qui avaient enterré les utopies réformistes, après la tempête aux terribles conséquences sociales, l’échec incontestable du néo-libéralisme a provoqué une réaction massive dans tous les pays.

Pour vous qui êtes issu de la guérilla des années 60 quelles sont les différences ?

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Tabaré Vásquez

Les formations de la guérilla des années 60 ont été fortes, actives, mais on ne mobilisait pas les masses comme maintenant. Dans les années 60, à gauche au Brésil on ne pouvait pas imaginer un Parti des Travailleurs avec 10 millions d’affiliés. On ne pouvait imaginer qu’au Brésil il existerait le mouvement paysan le plus important du monde, celui des paysans sans terre (MST), qui compte des millions de personnes, et ils agissent avec une grande force et responsabilité. L’ampleur de ce qui arrive aujourd’hui au Brésil, les victoires colossales du président Hugo Chavez au Venezuela, qui ont été un exemple pour le monde entier - le défi du référendum, que personne n’aurait imaginé en d’autres temps -, tout ceci annonce l’avènement d’une ère nouvelle, différente. Un grand nombre de personnes sont mobilisées.

Nous voyons dans notre Amérique du Sud, que beaucoup de choses inachevées après la révolution de mai, renaissent maintenant. Les Simón Bolivar, José Gervasio Artigas, José de San Martín, etc. sont de retour. La question nationale est centrale. Nous devons tous être conscients qu’on ne peut pas laisser passer ou entraver par des querelles politiques sans importance, et qui sont étrangères à d’authentiques formations de gauche, ce moment historique pour l’Amérique latine.

[1] membre du parti Colorado, Jorge Battle Ibanez est l’héritier d’une dynastie politique. Son grand-père gouverna le pays il y a un siècle et son père fut également président.

[2] Contrairement aux systèmes électoraux européens, qui requièrent 50 % des suffrages pour être élu, le système uruguyen exige 50 % des voix exprimées à l’exclusion du décompte des blancs et nuls. Dans la pratique, en 1999, il aurait fallu 53 % des suffrages pour que le Frente Amplio emporte l’élection au premier tour.

[3] Voir l’intégralité en ligne du livre référence sur la corruption en argentine La Prueba, sur notre site en espagnol RedVoltaire.Net.

[4] L’Uruguay compte 3,3 millions d’habitants regroupés dans quelques centres urbains.

[5] Voir « Chavez veut mener la résistance » et « Rébellion au Sommet des Amériques », Voltaire, des 26 novembre 2003 et 13 janvier 2004.

 


Source :
Élections en Amérique : le basculement de l'Uruguay

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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 20:30


 

 

L’« État de droit » et les assassinats étatiques

mercredi 12 décembre 2012
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L’administration Obama est en train de définir des règles pour les assassinats politiques !! Il va donc falloir que Rouge Midi se résolve à rajouter le mot clef "barbarie" ?

Il y a des moments où des déclarations publiées dans des journaux sont tellement significatives que l’on peut à juste titre prédire qu’elles seront citées pendant plusieurs années à venir.

Tel est le cas d’un éditorial publié le 29 novembre par le New York Times intitulé « Des règles pour les assassinats ciblés » (en anglais, « Rules for Targeted Killing »). Cela marque une autre étape dans le rejet des droits démocratiques fondamentaux et des principes constitutionnels par l’establishment politique américain.

L’éditorial note avec approbation que l’administration Obama est en train de « développer des règles pour déterminer quand tuer des terroristes à travers le monde ».

La création de ces « règles » aurait été motivée par des préoccupations dans l’administration selon lesquelles des « normes et des procédures » devaient être mises en place au cas où adviendrait une défaite d’Obama aux élections. Sans aucun doute, une motivation plus convaincante est la peur qu’un jour ils pourraient tous être trouvés coupables de crimes de guerre. Les nouvelles règles, et l’éditorial du Times lui-même, sont une admission tacite de criminalité.

Néanmoins, le Times fait l’éloge de ce « premier pas vers la reconnaissance que lorsque le gouvernement tue des gens hors du champ de bataille, il doit suivre des directives officielles basées sur l’État de droit – particulièrement lorsque la vie d’un citoyen américain est en jeu. »

Qualifier un tel vocabulaire d’« orwellien » [1] lui rendrait à peine justice.

Les « assassinats ciblés » ou « lorsque le gouvernement tue des gens hors du champ de bataille » sont des euphémismes évidents pour des assassinats par l’État et des meurtres extrajudiciaires, qui sont explicitement interdits par le droit international et proscrit par la Constitution américaine. Pendant les quatre dernières années, l’administration Obama a commis de tels crimes à une échelle industrielle par les attaques de missiles par drones.

Quant au fait que cette politique cible les « terroristes », ce mot est devenu une composante essentielle du jargon administratif de Washington, utilisé pour décrire toute personne qui est perçue comme un obstacle direct ou potentiel aux intérêts américains mondiaux et pour étiqueter, après coup, toute personne que les États-Unis auraient tuée.

L’éditorial reconnaît que la CIA, qui utilise des avions pilotés à distance, a réalisé plus de 320 attentats au Pakistan seulement, tuant au moins 2 560 personnes. Selon les registres tenus par le gouvernement pakistanais, 80 pour cent des morts sont des civils innocents. Des milliers d’autres ont été horriblement mutilés par des missiles Hellfire et ont subi des lésions cérébrales, ont perdu des membres ou ont été victimes de graves brûlures.

On retrouve plusieurs Américains parmi les cibles d’assassinats à distance, dont l’imam natif du Nouveau-Mexique Anwar al-Awlaqi et Samir Khan, tués le 30 septembre de l’année dernière, ainsi que le fils d’Awlaki âgé de 16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, tué deux semaines plus tard, tous les trois au Yémen.

Le Times affirme que « les directives officielles fondées sur l’État de droit » doivent être respectées « particulièrement lorsque la vie d’un citoyen américain est en jeu ». L’implication évidente est qu’assassiner un non-citoyen n’est pas une préoccupation majeure et peut être effectué plus ou moins à volonté, une distinction odieuse qui n’existe nulle part dans la Constitution américaine.

La conception plus fondamentale, toutefois, est que « les directives officielles » – l’éditorial souligne ailleurs que les règles d’assassinat… doivent être rigoureuses et formelles – rendent légitime d’une façon ou d’une autre ce qui est sans conteste le crime le plus abominable qu’un gouvernement puisse commettre – tuer quelqu’un sans l’application d’une procédure équitable.

Dire de certaines « règles » ou « directives » adoptées par le pouvoir exécutif pour régir ces meurtres qu’elles sont « fondées sur l’État de droit » est à la fois juridiquement frauduleux et moralement obscène. L’ensemble du programme des assassinats par drones représente une répudiation en pratique des principes fondamentaux du droit, allant de l’habeas corpus au droit de confronter ses accusateurs et au droit à un procès par un jury formé de ses pairs.

Une pratique criminelle en soi ne peut être devenir légale, et encore moins constitutionnelle, en la masquant d’une série de procédures et de règles élaborées en secret en mises en place par de hauts fonctionnaires de l’État. À son époque, le régime nazi a élaboré toutes sortes de procédures secrètes pour justifier les meurtres de masse. Les directives et règles concoctées par Obama et ses conseillers de l’armée et du renseignement au cours des sessions du « mardi de la terreur » ne peuvent pas plus rendre légitime cette pratique que les règles et régulations volumineuses promulguées par le Troisième Reich pouvaient légaliser les meurtres de masse sous les nazis.

Si le gouvernement américain a le pouvoir de mener l’exécution extrajudiciaire de citoyens américains et de non-citoyens outre-mer indifféremment, ce n’est qu’une question de temps – c’est-à-dire une question d’attendre une opportunité politique soigneusement élaborée – avant que le président ordonne un assassinat à l’intérieur des États-Unis.

Cette conclusion est implicite dans l’éditorial du Times, où il est écrit de manière peu convaincante que « des méthodes policières traditionnelles devraient être employées en sol américain ». Le fait que le Times se sente obligé d’inclure ce timide rappel dans son éditorial ne peut vouloir dire que la rédaction du journal est bien consciente que la pratique d’assassinats ciblés aux États-Unis est déjà envisagée activement par l’administration Obama. Rien à ce point-ci n’est « hors de question » lorsqu’il s’agit d’exercer la violence d’État.

L’éditorial soutient que « si un citoyen américain est pris pour cible à l’étranger, l’application d’une procédure équitable est nécessaire ». En quoi va consister cette « procédure équitable » ? Clairement, il ne s’agira en aucun cas des droits garantis par la Constitution des États-Unis. Ce sera plutôt un ensemble de procédures administratives mises sur pied par une clique composée d’officiers militaires, d’agents du renseignement et du président des États-Unis. Ceux-ci agiront à titre de juge, jury et bourreau.

Le New York Times insinue que les règles officielles d’une procédure équitable pourraient être respectées par « la création d’un tribunal spécial, comme le Foreign Intelligence Surveillance Court, qui pourrait évaluer les preuves accumulées avant que le nom d’une personne ciblée ne soit inscrit sur la liste d’assassinat ».

Autrement dit, l’État mettrait en place une Chambre étoilée – un organe secret extralégal – dont la fonction serait d’entériner sans discuter les meurtres ordonnés par la CIA et l’armée, de manière semblable au rôle que joue le tribunal de la FISA face à l’espionnage national par le gouvernement.

Il va sans dire que chaque membre de ce « tribunal spécial » serait aussi un membre de longue date, évalué avec soin, de la bureaucratie des services du renseignement, qui promettrait de garder le secret.

Il y a un peu plus d’une décennie, Washington condamnait publiquement les « assassinats ciblés », un terme inventé par Israël pour justifier son programme illégal d’assassinats contre les Palestiniens. Une génération avant, les assassinats perpétrés par la CIA, qui lui ont donné le surnom de Meurtre inc., avaient fait l’objet de vastes enquêtes du Congrès et d’audiences qui avaient conclu que de tels assassinats étaient illégaux.

Le 5 juin 1975, le New York Times citait avec approbation le maintenant défunt sénateur Frank Church et sa condamnation des assassinats d’État. « Peu importe qui en a donné l’ordre. Un meurtre est un meurtre. Les États-Unis ne sont pas un pays malfaisant et nous ne pouvons tolérer un gouvernement malfaisant. »

Trente-sept ans plus tard, le Times n’a aucune objection de principe aux assassinats. Tout ce qu’il souhaite est que les meurtres soient perpétrés dans le respect de règles bureaucratiques.

L’éditorial du Times offre un aperçu de la mentalité qui domine au sein de couches de plus en plus importantes de l’élite dirigeante et de sa riche périphérie. Ils ne reculeront devant rien – les guerres, le meurtre et la terreur – pour obtenir ce qu’ils veulent.

Par David North et Bill Van Auken

Transmis par Linsay



[1] en référence à Georges Orwell écrivain anglais qui dénonçait les atteintes aux libertés

Source :
L'« État de droit » et les assassinats étatiques - Rouge Midi

 

 


Quelques extraits de Le FBI et l’Opération Condor  pour montrer qu'il n'y a rien de vraiment nouveau dans toute cette histoire, que cela fait un sacrémoment que les gouvernements des USA ne se gènent pas pour éliminer des opposant où ilsle désirent et quand ils le désirent,y compris sur leur territoire. Aujourd'hui deux grandes guerres sont menées par les USA, celle contre le terrorisme et celle contre "les drogues". Au nom de la deuxième des presonnes en lutte pour leur terre, pour la souveraineté de leur pays se font assassiner alors qu'ils n'ont rien à voir avec les narcos.

Les USA et le Royaume-Unis font pression sur les instances internationales pour pouvoir intervenir par des actes de guerre où ils veulent et quand ils veulent sans devoir en référer aux instances internationales sous prétexte qu'il pourrait yavoir urgence.

On arrive à un système d'arbitraire total et nous ferions bien de nousinspirer des leçons du passé pour éclairer le présent et comprendre en quels direction nous entraîne ces dérives.

Mqis ce n'est que la continuation et l'intensification de quelque chose qui n'a jamais cessé d'être pratiqué. Aujourd'hui  il y a une opération de façadisme pour l'opinion publique... et cela ne promet rien de bon !

Le FBI et l’Opération Condor (extraits)


Par Percy Francisco Alvarado Godoy


Il n’est pas exagéré d’avancer que les victimes de cet épisode répugnant furent au nombre de 300 000; beaucoup d’entre elles disparurent et furent assassinées par la répression militaire de cette guerre sale imposée à nos peuples. Des générations entières disparurent, sans l’ombre d’un doute, dans des pays comme le Chili, le Guatemala, l’Argentine, le Salvador. Ce fut la jeunesse qui eut le plus à pâtir de la répression discriminatoire, quelques 80 % des assassinés et disparus avaient un âge qui oscillait entre 21 et 35 ans. D’autres durent se résoudre à un dur exil pour échapper au meurtre.

Cette trame bestiale et répréhensible eut un nom : Opération Condor et fut accomplie par les dictatures militaires et une centaine de terroristes cubains, avec la bienveillance de Washington et l’appui de la CIA et du FBI nord-américain. Pour cela, ils eurent recours au vieil héritage fasciste d’Adolph Hitler. Finalement Condor n’avait pas de différence essentielle avec les opérations nazies comme le fameux décret Nuit et Brouillard. [...]

 

L’Opération Condor fut l’application des plans nord-américains pour garantir la sécurité de sa cours arrière dans la région et représenta l’internationalisation de la terreur de la part de militaires latino-américains, appliquant le schéma de contre-insurrection de la Guerre de Basse Intensité (GBI). Sans l’ombre d’un doute donc, les conditions organisatrices, techniques et financières  pour mener des opérations à grande échelle - coordonnées internationalement,  afin de réprimer conjointement toutes les forces progressistes de la région - furent établies lors d’une rencontre qui eut lieu fin novembre 1975 à Santiago du Chili sous la complaisante direction de Pinochet, à laquelle participèrent le Chili, l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay. Les Argentins, comme leurs associés Chiliens, Paraguayens, assumèrent et jouèrent un rôle significatif dans ces plans. Il importe de faire remarquer que les seuls militaires argentins disposèrent d’un nombre de 340 centres de torture et de détention  clandestins, dont les opérateurs étaient des répresseurs militaires.

Les volumineuses contributions apportées par les Etats-Unis pour mener à son terme l’opération Condor incluaient non seulement des grandes sommes d’argent mais aussi de volumineux échanges de renseignements, de conseillers en techniques de torture et des d’équipement prodigués par la Division des Services Techniques de la CIA. [...]


Une troisième phase, plus secrète, de Condor consiste à  former des équipes spéciales des pays membres pour qu’elles voyagent dans le monde entier, et dans des pays non membres; pour mettre en pratique les sanctions [qui incluent] l’assassinat, [des adversaires politiques] des pays membres de l’Opération Condor. Un exemple ; si un [adversaire politique] ou un [appui de l’organisation politique adversaire] est localisé en Europe, une équipe spéciale de l’opération Condor sera envoyée pour  localiser et  surveiller la cible. Quand la localisation et la surveillance ont abouti, une seconde équipe de Condor de rendra sur place pour mener à bien la sanction effective contre la cible. En théorie, un pays fournira de faux passeports à l’équipe d’assassins, formée par des agents d’un pays distinct. L’assassinat de Letelier pourrait avoir été l’œuvre d’une troisième phase de l’opération Condor.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 18:42

 

Deux textes intéressants pour ceux que la question de la légitime violence interpelle ?

On peut redouder que cela devienne une question redondante.

Une critique de certaines stratégies de résistance des anachistes insurrectionnels, versus les désobéissants civils.

De quoi méditer un peu.

 

TIOJ : Déclaration du compagnon Matthew (7 octobre 2012)

Ce Fut Notre Travail. Mais ça ne l’est plus désormais.

Trois ans après le premier article sur This Is Our Job*, j’ai décidé de mettre fin à ce projet anarchiste particulier afin de me consacrer à d’autres projets anarchistes. Tout d’abord, je veux avoir plus de temps pour la traduction et la préparation de la diffusion de livres publiés à travers memory_lapse press, qui est ma propre petite initiative d’édition.

Je ne suis toujours pas sûr de quoi les premiers livres parleront, s’ils voient le jour. L’anarchisme insurrectionnaliste a beaucoup signifié pour moi dans les quatre ou cinq dernières années, mais en toute honnêteté il a aussi eu certains effets négatifs sur ma personne pour que j’en ai le besoin de m’en distancier. Donc peut-être que les livres auront à voir avec des sujets qui sont dans la confrontation et constructifs à la fois, contemporains et historiques, mais portant toujours au cœur l’anti-autoritarisme et la pertinence éternelle de ceux qui voient véritablement le monde à travers son voile mensonger, encore certains que cela devra, pourra, et sera un bien meilleur endroit.

J’ai quelques choses à dire à propos de l’état actuel de l’anarchisme insurrectionnaliste en tant que courant au sein d’un anti-autoritarisme plus large, tout comme sur le rôle et l’efficacité de ce qui est maintenant connu en tant que contre-information comme un moyen de diffuser les nouvelles et discours venant d’anarchistes insurgés. Je dois admettre que j’avais des réticences sur le fait d’aller de l’avant et partager ouvertement ce que j’ai envie de dire, mais comme c’est mon dernier article, je devrais tout de même faire tout ce qui doit être fait.

Depuis mon premier contact avec l’anarchisme insurrectionnaliste, j’ai graduellement distillé certains aspects de la théorie qui est derrière, comme essentielle, et rejeté le reste. Pour moi, un anarchisme insurgé fécond est diffus, illégal, offensif, stratégique, consistant et éthique. Son but premier devrait être l’attaque des infrastructures physiques de la répression, réduisant et handicapant éventuellement ainsi la capacité de la répression à fonctionner. Ce qui en découle n’est pas la destruction radicale de chaque élément de la société telle que nous la connaissons, mais l’ouverture d’un espace dans lequel des initiatives anarchistes constructives peuvent fleurir. Quand la domination est repoussée, la libération va de l’avant.

Mais en pratique ce n’est pas vraiment ce que j’ai observé pour la plupart des groupes d’action et des individus s’engageant dans l’anarchisme insurrectionnaliste. Malgré mon respect énorme pour leur héroïsme, mettant leurs vies en danger pour attaquer l’irrationalité brutale du pouvoir, nombre d’entre eux ont fait preuve de mauvais choix lorsqu’il s’agit de décider des cibles et de l’exécution technique.

Sans pointer du doigt des exemples précis d’attaques que j’ai trouvés particulièrement inutiles – des attaques qui semblent avoir été menées seulement pour faire un communiqué, avoir un peu de publicité sur internet et permettre aux participants de gonfler un peu leurs muscles, voire juste de se mettre en avant – j’ai ressenti que la stratégie de base n’est pas prise en considération par ceux qui s’engagent dans l’anarchisme insurgé. Cela mène à de longues peines de prison pour nombre de compagnon(ne)s, souvent en échange de dommages structurels négligeables, et c’est une équation non viable pour une tendance déjà si marginale qu’elle ne peut être considérée que comme l’avant-garde de l’avant-garde.

Quand on attaque une cible, la première bonne question à se poser est : combien cette cible spécifique participe à la répression (voire même, à quel degré suis-je personnellement réprimé par celle-ci ?), et à quelle hauteur sa destruction causera des difficultés à la répression ? C’est une question simple, mais un coup d’œil sur ce en quoi constitue ces jours-ci l’attaque de l’anarchisme insurrectionnaliste démontre clairement qu’elle n’est pas posée.
L’État déploie des éléments répressifs spécifiques en premières ligne : la police (commissariats, véhicules et autres équipements), les tribunaux (et les bâtiments qui les logent) et les prisons (qui comprennent les entreprises privées et étatiques qui les dirigent). La ligne suivante comprend les agences de renseignement et leurs infrastructures physiques (bureaux, véhicules, ordinateurs et réseaux de communication, etc.). Et finalement, il y a l’infrastructure militaire et tout ce que cela comprend.

Du côté du capitalisme, la répression découle de l’industrie financière, de l’industrie de la publicité, l’industrie manufacturière et celle de la vente, parmi d’autres. Mais prenons par exemple l’industrie financière. Causer des dégâts mineurs (ou même majeurs) à un DAB ou à une succursale est, pour un conglomérat banquier, largement équivalent à une piqûre de moustique. L’infrastructure opérationnelle véritable du capitalisme réside dans les bureaux et les sièges corporatifs, et bien que ces cibles soient difficiles à atteindre, elles ne devraient pas être complètement négligées.

Cependant on attaque rarement ces objectifs étatiques et capitalistes. Est-ce que c’est parce que la peine possible de prison pour saboter à la colle un DAB est moindre que celle qu’on se prend quand on met le feu à un hélicoptère de la police ? Ou bien est-ce que c’est un manque de vision, d’ambition, de capacité, de ressources ? J’aimerais le savoir. Tout ce que je peux dire avec certitude c’est qu’en attaquant ce que je considère comme des objectifs de peu d’importance – objectifs dont la valeur répressive pour le système est si basse que ça serait comme ne rien faire – l’anarchisme insurrectionnaliste est en train de tomber dans le même piège que le reste des courants anarchistes, comptant sur des routines rebattues qui ne conduisent nulle part en dehors du ghetto subculturel de ceux qui sont déjà impliqués dedans.

Comme un ajout à la critique précédente, je veux dire quelque chose au sujet des bombes. Je crois qu’il est clair que l’usage de bombes par des anarchistes insurrectionnalistes devrait ou bien être complètement abandonné, ou du moins être confié à ceux qui ont vraiment des connaissances expertes dans la fabrication d’explosifs improvisés qui soient sûrs et efficaces. Combien de fois nous avons lu que des bombes n’avaient pas explosé, ou qu’elles avaient explosé au mauvais moment, blessant au hasard des passants, ou bien qu’elles avaient explosé comme prévu mais avaient causé peu de dommages ? Sans parler des compagnon(ne)s qui sont morts ou ont été gravement mutilés par l’explosion prématurée de bombes qu’ils/elles essayaient d’utiliser. Je crois vraiment qu’au lieu de bombes il faudrait faire un effort coordonné pour utiliser des engins incendiaires transportables bien conçus, vu qu’un incendie ravageur fera toujours plus de dégât qu’une explosion de basse intensité.

Maintenant au sujet de la contre-information. Ma frustration principale avec This Is Our Job a été que très peu de gens le lisait. C’est peut-être de ma faute, vu que j’aurais pu faire certaines choses pour en faire la promotion. Mais le dilemme reste : si le but de la contre-information est de diffuser – autant que possible- des nouvelles et des discours issus de l’action de l’insurrection anarchiste, alors la contre-information en elle-même doit aller au delà de ce qu’elle fait à l’heure actuelle. Je ne sais pas vraiment comment faire pour que ça arrive, et ces insuffisances m’ont posé problème la majeure partie du temps durant les trois années où This Is Our Job a été actif. Je ne suis pas au courant de la fréquentation qu’ont eu les autres pages de contre-information, sans tenir compte de la langue, mais je peux dire que mes propres chiffres ont été positivement faibles.

Ainsi, étant donné tout ce qui précède, ça semble pertinent de mettre un terme au projet à ce moment précis. Les archives resteront en ligne, sur l’ancien site comme sur l’actuel. J’essaierai toujours de satisfaire les demandes pour récupérer des textes spécifiques postés à certains moments. Et j’apprécie toujours les propositions de traduction du milieu de langue grecque – et espagnole- envoyées à l’adresse mail habituelle : tioj[at]thisisourjob[dot]org. Peut-être que je pourrais les mettre dans un livre un jour.

Pour finir je voudrais remercier tous les compagnon(ne)s qui ont pris du temps pour lire le site régulièrement et qui m’ont contacté personnellement pour me tenir informé, coordonner le travail, m’envoyer des textes à traduire, ou juste pour me saluer. J’espère seulement qu’un jour, d’une façon ou d’une autre, on pourra se rencontrer face à face pour partager un verre, un repas, une bise, et l’intimité chuchotée de notre passion pour la libération.

Vive les rebelles, toujours.

- Matthew (This Is Our Job).

* Le compagnon anarchiste, Matthew, s’est inspiré d’un communiqué d’une jeune rebelle écrit à ses parents durant les batailles de rue de décembre 2008 en Grèce pour donner un nom au blog This is Our Job (c’est notre travail) : “(…) Vous dites que la révolte c’est le désordre et la destruction. Je vous aime. À ma manière, je vous aime. Mais je dois construire mon propre monde pour pouvoir vivre ma vie en liberté, et pour cela, je dois détruire votre monde. C’est le plus important pour moi. Avec vos mots à vous : c’est mon travail [this is my job]”.

Lire la lettre sur le site source : Contra Info

Ou ici :Grèce 2008 - Le blog de hobo-lullaby

 


[La démocratie et l’écologie selon Jean-Marc Ayrault. Cette photo a été prise ces dernières heures à Notre-Dame-des-Landes.]

Source :
Le Manifeste des Desobeissants

 

La désobéissance civile

 

Moriel

 

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/16108-la-desobeissance-civile

 

On ne s’improvise pas désobéissant collectif. Ça se travaille. Dans le désordre et la discipline.

Je me suis rendue à un stage de formation à la désobéissance civile pour connaître les outils de ce mode d’action qui privilégie l’organisation aux dépens de la spontanéité. Il permet de casser les routines des modes traditionnels de revendication – comme une manifestation ou un rassemblement – qui, s’ils sont nécessaires dans un premier temps, sont insuffisants par la suite et minent souvent le moral des « troupes ». Ils doivent alors s’accompagner d’actions plus radicales qui dépassent l’objectif d’information et d’expression d’une opposition pour bloquer un fonctionnement : faire perdre du temps, de l’argent à nos ennemis ou les discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Campagne et stratégie collective

Ce type d’actions requiert une stratégie collective : il doit y avoir des paliers dans la lutte. Les désobéissants appellent ça une « campagne », c’est-à-dire un plan d’action. Si on s’accorde sur le fait qu’une poignée de gens ne fera pas tomber le capitalisme et qu’il faut se faire davantage d’alliés que d’ennemis, il faut passer d’abord par des actions légales, même si on les sait inutiles : cela légitime par la suite les actions plus radicales aux yeux de l’opinion publique. Cela met des personnes de notre côté lors de la phase légale des opérations, augmentant ainsi le nombre de gens susceptibles de nous rejoindre dans la radicalité. L’objectif peut ne pas être uniquement l’abolition du capitalisme, vaste programme un peu décourageant par son ampleur, même s’il est présent dans le discours.

Avant de passer à l’action, les désobéissants privilégient rassemblements, manifestations, pétitions, lettres aux élus.

Lorsque vient le moment de l’action, elle est mûrement réfléchie et réclame une

organisation méticuleuse en amont. Au cours du stage auquel j’ai participé, un grand jeu de rôle nous a donné un aperçu des conséquences du manque de préparation et d’organisation d’une action. Un groupe de manifestants devait occuper une préfecture, il en était empêché par les forces de l’ordre. Les participants au jeu étaient soit des agents des forces de l’ordre, soit des manifestants, d’autres avaient un rôle inconnu des autres joueurs. Dans le feu de l’action, on a pu se rendre compte – alors que ce n’était qu’un jeu – quelle importance peut prendre le climat émotionnel généré par une situation inhabituelle : beaucoup de bruit, de stress, ce qui laisse davantage de place à l’impulsivité, aux sentiments, à l’irrationnel, à l’émotionnel plutôt qu’à la raison, aux gestes et aux paroles maîtrisés. Chacun a sa stratégie qu’il considère comme la meilleure. La confusion qui en découle aboutit à des divisions dans les rangs des manifestants. S’organiser en amont permet plus de sérénité, chacun sait ce qu’il a à faire, à dire, et jusqu’où il peut aller dans les initiatives nécessaires pendant la durée de l’action. Cela favorise l’émergence d’une force collective bien utile pendant l’affrontement.

S’organiser, c’est décider ensemble des objectifs de l’action, se choisir une cible et trouver les moyens humains et matériels pour arriver à ses fins. Lors du stage, on apprend que ça ne s’improvise pas, que ça nécessite de se former aux techniques d’élaboration d’une stratégie et de préparation des actions. L’animateur du stage, par ses expériences et sa connaissance du sujet, nous a transmis, dans le temps limité d’un week-end, un peu de son savoir. Il nous a donné une grille de questions à se poser et d’éléments à prendre en compte pour préparer l’action. Cela va du repérage des lieux, du contexte, du matériel à la répartition des rôles.

Les participants se répartissent les rôles selon leurs compétences, leurs forces, leurs faiblesses et leurs envies. Les « actions désobéissantes » ont l’avantage de concerner un éventail large de la population, jeunes, vieux, personnes en petite forme physique… Tous étaient présents au stage et prêts à s’investir dans des modes d’actions radicaux touchant à l’illégalité. La conception « désobéissante » du militant est intéressante car elle fait appel à leur condition d’homme et non à un surhomme héroïque, prêt à tout pour la cause. Elle casse l’image religieuse et orthodoxe du militant qui fait de ses activités une vocation religieuse pétrie de sacrifice, de douleur, de souffrance. Un « militant désobéissant » a des limites et il les connaît. Il va choisir son rôle dans l’action. Il ne va pas s’enchaîner à une grille s’il a trop peur, ne va pas se suspendre à un arbre s’il a le vertige. Il préférera peut-être prendre soin du confort physique et moral de celui qui est attaché (l’activiste) en lui apportant de l’eau, à manger, des vêtements s’il a froid, en le tenant au courant du déroulement de l’action. Il aura le rôle d’« ange gardien ». Les médiateurs, eux, sont chargés du dialogue avec les adversaires : forces de l’ordre, patrons, Il sont censés maintenir un climat serein pour retarder l’évacuation par les forces de l’ordre et faire durer l’action en temporisant et en expliquant la lutte, les revendications… Il y a aussi les preneurs d’images (photographes, cameramen), chargés de relayer l’action auprès des médias indépendants. Les référents-presse s’occupent du contact avec les journaux régionaux, voire nationaux. Ils vont transmettre aux médias le contenu des revendications portées par les participants de l’action.

Les non-violents et les forces de l’ordre

Les désobéissants sont conscients de la répression policière à l’encontre des opposants à l’ordre capitaliste, cet ordre qui privilégie les intérêts d’une minorité (actionnaires, multinationales, banques) aux dépens de la collectivité. Pourtant, ils prônent aussi la non-violence face à des CRS, montrant ainsi qu’ils reconnaissent la personne humaine avant son rôle social. Ils pensent que c’est à la fonction qu’il faut s’attaquer, et non à la personne. Que les forces de l’ordre sont des travailleurs au bas de l’échelle, des pions comme d’autres, pris au piège du salariat. Cette _attitude met en évidence la contradiction qui existe en chacun de nous, à savoir que, même si on cherche à s’émanciper de cette société, on en est tous le produit et nos façons d’être et d’agir dépendent souvent de son fonctionnement. Ainsi, des travailleurs d’une usine polluante qui doit fermer vont se mobiliser pour sauver leur usine, alors qu’elle est nuisible à leur santé et à l’écosystème.

Dans cette logique, les désobéissants ne considèrent pas que les agents des forces de l’ordre sont tous sadiques, même s’il y en a parmi eux. Ils ne pensent pas non plus qu’ils ont tous choisi ce métier pour le simple plaisir de frapper leurs contemporains. Réagir de façon non violente, en faisant preuve d’empathie et en favorisant le dialogue avec les forces de l’ordre, participe à enrayer l’escalade de la violence et aide à l’efficacité de l’action. La violence des manifestants rend légitime et valorise, aux yeux de la population, la fonction répressive des flics. Un manifestant non violent va davantage les surprendre, les renvoyer dans leur contradiction. Et puis, les désobéissants soutiennent l’idée que la stratégie non violente peut induire une division parmi les agents des forces de l’ordre. Il y aura ceux qui continuent à être agressifs et d’autres, plus modérés, qui finissent par se prendre de sympathie pour le manifestant.

Enfin, même s’ils reconnaissent que leur posture non violente n’empêche pas toujours les violences policières, elle peut, avec les techniques qu’elle suppose (le poids mort qui bouge encore, la tortue, le train), faire perdurer l’action et retarder l’évacuation par les forces de l’ordre.

Les rapports avec la presse

Les désobéissants sont conscients que les médias appartiennent à des grands groupes industriels qui sont complices du système en place et desservent l’intérêt de l’être humain au nom de gains financiers. Cette situation ne garantit pas l’objectivité de l’information et peut entraîner la désinformation. Cependant, la réussite des actions non violentes repose en large partie sur leur médiatisation. C’est un moyen de sensibiliser l’opinion publique sur le combat qu’ils mènent et qui légitime la désobéissance. La présence de la presse permet aussi de limiter, voire d’éviter les interventions musclées des forces de l’ordre.

Pour finir, lors d’une action désobéissante, les divergences sont mises de côté au profit d’un objectif commun. Ce type d’action consolide les liens entre militants et donne un côté plaisant au militantisme.

Nos milieux libertaires devraient s’inspirer de ces différentes formes d’action et des acteurs qui les mettent en pratique car ils sont souvent engagés dans les mêmes combats. Je pense nécessaire de sortir de notre microcosme, enfermés que nous sommes dans une posture puritaine qui nous éloigne du commun des mortels. Pour cela, nous devons nous débarrasser d’une vision puriste et manichéenne de l’engagement selon laquelle il y aurait ceux qui veulent changer le système et ceux qui font semblant de le vouloir et qui en sont les complices ! Nous devons rechercher des alliés dans les luttes. Le challenge du libertaire n’est-il pas de porter, au sein de ce terreau de résistances, un discours sur la nécessité de créer société, plus juste et égalitaire, émancipée de tout pouvoir et de toute domination ?

Source : Resistance71 Blog

 

 

Source : Le Manifeste des Desobeissants


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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 16:42

 

 

Hibakushas: Hiroshima dans les gènes

 

http://www.492cafe.org/audio/events/2007_04_12-gerson-book/pics/Poster-02.jpg

 

Internationalnews

Bastamag  (27 juillet 2010)

Par Eros Sana 

 

Ils vivaient à Hiroshima au moment de l’explosion de la bombe atomique, il y a 65 ans. Aujourd’hui, ils portent la marque de ce drame dans leurs chromosomes. Des mutations génétiques qui ont fait de leur vie un calvaire. Rencontre avec ces « Hibakushas » - les « exposés » - qui parcourent le monde pour demander le désarmement nucléaire.

 


Le Peace Boat, affrété par une fondation japonaise pour la paix et le dialogue interculturel, est parti de Bergen en Norvège. Il navigue en mer du Nord. A son bord, neuf « Hibakushas ». Littéralement, des « exposés », présents au moment de l’explosion des bombes nucléaires sur les villes d’Hiroshima ou de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. Dans la salle Pacific du bateau, Mitsuo Kodama s’exprime en leur nom. Elégant dans son complet gris, avec des lunettes aux fines branches, il parle d’une voix calme. Sa femme, les cheveux bouclés à peine blanchis, est à ses côtés. Monsieur Kodama s’incline devant son auditoire. A l’aide d’un rétroprojecteur et d’une canne télescopique, il tente de décrire cette journée qui a fait basculer son existence, et ce qu’est sa vie depuis.

 

 

 

Hiroshima, ses immeubles, ses habitants, son ciel, tout est en feu.


Mitsuo Kodama a 78 ans, il est né à Hiroshima. Il a douze ans quand la bombe A explose au-dessus de sa ville natale. Ce jour-là, il est à l’école, au milieu d’un immeuble en bois, recouvert d’un toit en céramique. « Nous avons entendu le bruit d’un avion dans le ciel et… j’ai perdu conscience », décrit-il. Lorsqu’il se réveille, l’immeuble s’est effondré tout autour de lui, sauf au centre de la classe. Sous les débris, ses amis. Certains, encore vivants, hurlent ou gémissent. La plupart sont morts, le crâne et le corps brisés. Mitsuo Kodama est blessé. Seul et très faible, il parvient à s’extirper des ruines de son école, sans pouvoir venir en aide à ceux qui sont restés sous les gravas. Hiroshima, ses immeubles, ses habitants, son ciel, tout est en feu.

Cette image du ciel embrasé d’Hiroshima se transmet dans la mémoire collective du Japon par le récit des survivants. Mais aussi à travers l’œuvre célèbre d’un peintre, Ikuo Hirayama, lui-même hibakusha. Son tableau « Hiroshima shohenzu » (L’Holocauste d’Hiroshima) est une immense toile à la puissance émotionnelle semblable au « Guernica » de Picasso. L’observer provoque une sensation de mort et de terreur.

 

 

“Hell” Photo from an exhibit at the A-Bomb Peace Memorial Museum in Hiroshima Photo by Shin’ichi Oki (source: 492cafe.org)

 

De l’horreur de l’explosion aux cancers multiples


Sorti de son école, Mitsuo Kodama quitte le quartier de Zakoba cho et ses camarades « enterrés vivants ». Il marche vers son village, Hesaka-mura, situé à cinq kilomètres d’Hiroshima. En chemin, il vomit à plusieurs reprises et ne croise que des cadavres, brûlés, démembrés, les orbites vidées de leurs yeux. A deux kilomètres du village, il s’évanouit de nouveau, et se réveille dans une maison inconnue, secouru par un anonyme. Il se remet en route, arrive vers minuit à son village.


Monsieur Kodama peut décrire longuement le jour où Little boy – le nom donné par l’US Air Force à la bombe atomique – a explosé et tué près de 100.000 personnes. Il peut raconter l’horreur de cette journée. Mais il préfère parler de ce qui s’est passé après l’explosion de la bombe : la perte immédiate des cheveux, les fièvres, les hémorragies pulmonaires et rénales, les maladies qui ne l’ont jamais quitté.


Comme si la bombe atomique explosait tous les jours en eux


Toute sa vie, Kodama-San - Monsieur Kodama - comme l’ensemble des Hibakushas, a développé de multiples cancers : de l’estomac, de l’intestin, de la tyroïde, de la peau… « Rien que pour traiter mon cancer de la peau, j’ai subi douze opérations chirurgicales », explique-t-il. Des tâches brunes parcourent toutes les parties visibles de son corps, de ses mains à son cou. Certains autres Hibakushas dans la salle présentent cette même particularité. Sur l’écran, Kodama-san projette la liste des cancers ayant frappé les autres Hibakushas qui, eux, en sont morts.


L’écran s’illumine ensuite sur une image d’une étrange beauté, brillante comme un vitrail. Alignés les uns à côté des autres, des bâtonnets plus ou moins rectilignes luisent d’une lumière verte, jaune, rouge ou bleue. Ce sont les chromosomes de Monsieur Kodama, à côté de ceux d’une personne non soumise à des radiations atomiques. « Les radiations peuvent briser le gène d’un chromosome. Mes chromosomes présentent 102% d’anormalités par rapport à une autre personne », décrit Mitsuo Kodama. « Les chromosomes se régénèrent, mais chaque fois qu’ils repoussent, ils copient la mauvaise information, désormais inscrite dans mon corps suite aux radiations ». C’est comme si la bombe atomique explosait tous les jours à l’intérieur d’eux.


Hibakushas « in utero »


En faisant exploser des bombes nucléaires au-dessus d’Hiroshima et Nagasaki, les Etats-Unis n’ont pas seulement tué des dizaines de milliers de personnes, sur le coup ou dans l’immédiate période qui a suivi. Directement exposés à la bombe et à ses radiations, des milliers d’autres continuent de subir les conséquences de l’explosion. Ceux qui n’étaient que des enfants ou de jeunes adolescents, comme les époux Kodama, Madame Mihoko Hagino (77 ans) ou Monsieur Kunihiko Bonkohara (69 ans), qui représente des 140 Hibakushas qui vivent au Brésil.


Une partie des Hibakushas, n’étaient pas nés au moment de l’explosion. Ils sont alors de simples fœtus dans les entrailles de leurs mères. Ces « Hibakushas in utero », comme les autres personnes exposées, souffrent de multiples cancers et autres maladies, telle la cécité partielle de Kenji Tanaka, dont la mère est enceinte de trois mois le 6 août 1945. D’autres personnes sont exposées indirectement aux radiations, comme celles qui sont venues en aide aux survivants près des villes martyres.



Le mouvement des Hibakushas n’est pas centré sur leurs souffrances. Ils veulent seulement que les drames d’Hiroshima et Nagasaki ne se reproduisent pas. « Les armes nucléaires, c’est le diable. Nous devons annihiler les armes nucléaires avant que ce soit elles qui nous annihilent », s’emporte Kodama-san. Ils portent ce message partout où ils le peuvent – et tant qu’ils le peuvent encore, car de nombreux Hibakushas disparaissent chaque année. En 2009 et 2010, ils étaient à New York, à l’ONU, lors des conférences de préparation et de révision du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Le programme « Orizuru » permet aux Hibakushas, à tour de rôle, d’embarquer sur le Peace Boat [1].


« Ceci est ce que je suis devenu et ce que je serai à jamais »


En ce début de mois de juin, le bateau accoste à Dublin. Des jeunes du bateau ont confectionné une immense bannière « End the blocade – Free Gaza [2] » qui occupe une partie de la coque tribord. Les sensei, anciens Hibakushas, solidaires de la flottille pour la paix attaquée par l’armée israélienne, posent ce matin-là fièrement devant la bannière pour la presse irlandaise. Leur engagement pour la cause palestinienne s’est renforcé après une visite d’un camp de réfugiés palestiniens en Jordanie, au mois de mai dernier.


Le groupe part rencontrer Derek Hannon, responsable des questions nucléaires pour le Department of Foreign affairs irlandais. Dans l’hôtel cosy où la délégation est reçue, le groupe d’Hibakushas, jusque-là d’un calme quasi monacal, fait preuve d’une énergie insoupçonnée. Dans tous les coins de la salle, ils dressent des kakémonos (rouleaux suspendus) de messages et de photos d’Hibakushas encore vivants, des photos des villes d’Hiroshima et Nagasaki détruites… En dix minutes, la salle de conférence est transformée.


Au bout d’une heure de salamalecs diplomatiques, Kodama-san exprime pour la première fois sa frustration. Il se lève, se dirige vers le haut fonctionnaire irlandais qui le domine de plusieurs têtes et lui tend une image, celle de ses chromosomes, ses « vitraux génétiques ». La traductrice se cale sur le débit accéléré du survivant. « Ceci est ce que je suis devenu et ce que je serai à jamais. Ce que nous serons à jamais. Nous sommes les prophètes du présent. Ce qui s’est passé ne doit plus se reproduire, déclare-t-il. Il faut que disparaissent totalement de la surface de la terre les armes nucléaires. Le président du pays qui a lâché ces bombes sur nous vient de relancer cette initiative [3]. L’occasion est là, il faut la saisir. » Le diplomate reste sans voix.


Vers une convention d’interdiction totale des armes nucléaires ?


Randy Rydell, conseiller du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon sur les questions de désarmement nucléaire – présent également sur le Peace Boat - rappelle que les revendications des Hibakushas sont certes ambitieuses, mais sensées. Elles rejoignent un plan en cinq points présenté par le Secrétaire général de l’ONU pour aboutir à une convention mondiale d’interdiction totale des armes nucléaires. Lors de la dernière conférence de révision du TNP, ce projet a été soutenu par des dizaines de pays comme le Brésil, le Chili, la Norvège, la Suisse. Même la Chine, dans ses déclarations finales, fait référence à une « convention sur l’interdiction complète des armes nucléaires ». Contrairement à la France, qui ne soutient pas réellement la proposition du Secrétaire général sur l’interdiction totale des armes nucléaires. La France est à la traîne, globalement, dans la dynamique actuelle de débat sur le désarmement.

Eros Sana

Notes

[1] affrété par une organisation humanitaire japonaise, le Peace Boat est un projet d’éducation populaire pour la paix et pour la résolution non-violente des conflits, auquel participent des jeunes et des moins jeunes - majoritairement japonais, mais aussi chinois, coréens ou européens - qui parcourent le monde, de port en port

[2] Fin du blocus – Libérez Gaza

[3] Référence directe au discours de Barack Obama, le 4 avril à Prague, pour un monde "sans armes nucléaires"

 

Sources :

 

http://www.bastamag.net

 

  http://www.internationalnews.fr/article-hiroshima-dans-les-genes-54862035.html

 

 

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  • : Le blog de Anne Wolff
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  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
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Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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