21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 16:32

 

 

 

 

 

 

L’agression de l’OTAN contre la Russie et le risque de guerre en Europe

 

Russie Otan

Depuis le coup d’Etat du 22 février à Kiev avec l’aide des oligarques et des fascistes, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont mis en place des mesures visant la Russie qui équivalent à une déclaration de guerre officieuse. En l’espace de seulement six semaines, les puissances de l’OTAN sont passées du soutien à un coup d’Etat, à l’imposition de sanctions contre la Russie, jusqu’au plus important renforcement de leurs capacités militaires en Europe depuis la Guerre froide.

La rapidité de ces changements démontre que le coup d’Etat contre le régime Ianoukovitch n’était pas le catalyseur inattendu tel que présenté, mais une provocation organisée dans le but de mettre en œuvre des plans préparés de longue date.

C’est ce qui ressort clairement du sommet de la semaine passée entre les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN. Ces derniers ont élaboré des projets pour étendre l’alliance militaire jusqu’aux frontières de la Russie, y compris d’importantes simulations militaires et un éventuel stationnement de troupes dans les pays voisins.

Washington a exigé qu’un Plan d’action pour l’adhésion [à l’OTAN] soit soumis non seulement à l’Ukraine, mais aussi aux anciennes républiques yougoslaves de la Bosnie, du Monténégro et de Macédoine, ainsi qu’à l’ancienne république russe de Géorgie.

En 2008, au moment de la guerre de cinq jours entre la Russie et la Géorgie, le président George W. Bush fut contraint, en grande partie en raison de l’opposition de la France et de l’Allemagne, de renoncer à des projets prévoyant l’admission de la Géorgie à l’OTAN. Les deux puissances européennes craignaient une escalade du conflit entre la Russie et la Géorgie pouvant se transformer en guerre directe avec la Russie.

Cette fois-ci, toutefois, le plan visant à intégrer la Géorgie et l’Ukraine est soutenu par l’Union européenne dans le cadre d’une campagne qui vise à intensifier la confrontation avec Moscou. Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a plusieurs fois évoqué l’article 5 du traité du bloc exigeant que tous les Etats membres viennent en aide à un autre Etat membre qui est victime d’une attaque. Compte tenu du caractère viscéralement anti-russe des régimes géorgien et ukrainien, ces derniers ne seront que par trop désireux de fournir un tel prétexte.

Le plan d’adhésion doit être discuté en juillet et il est dans les intentions des Etats-Unis qu’il soit mis en œuvre dès septembre. Des exercices militaires sont prévus ou sont en cours en Lituanie, en Lettonie, en Bulgarie et en Pologne tout comme dans d’autres Etats baltes et au Caucase. Les exercices les plus provocateurs sont ceux dont la conduite a été convenue sur le territoire ukrainien – Rapid Trident et Sea Breeze.

La Pologne a joué un rôle clé dans les projets de l’OTAN après avoir relancé des propositions antérieures de mettre en place un «bouclier antimissile» de conception américaine et coûtant plusieurs millions de dollars. Le gouvernement a actuellement réclamé le stationnement sur son sol d’un bataillon militaire américain équivalant à 10.000 soldats.

Des discussions sont en cours dans les milieux dirigeants en Finlande et en Suède pour mettre un terme à leur neutralité officielle et pour adhérer à l’OTAN dans ce que Stockholm a qualifié de «doctrine du recentrage» en matière de défense.

Cette campagne d’encerclement militaire est justifiée d’une manière orwellienne par des arguments non fondés et exagérés concernant un renforcement des forces russes à la frontière ukrainienne. Le but de cette propagande est de présenter Moscou comme l’agresseur alors même que le président Barack Obama l’avait écarté comme n’étant qu’une puissance «faible» et seulement «régionale».

Comme dans le cas de l’Irak, de la Libye et de la Syrie, de tels mensonges visent à légitimer un programme permanent de réarmement impérialiste, notamment en Europe.

Le modus vivendi entre l’impérialisme et les oligarchies capitalistes qui était apparu il y a un quart de siècle en Chine et en URRS est en train d’être rapidement réduit à néant. Accablées par la crise, les principales puissances impérialistes ne sont plus prêtes à accepter que la bourgeoisie à Moscou et à Beijing jouissent d’une relative autonomie. Elles exigent un accès direct aux vastes marchés et ressources qui existent à l’intérieur des frontières de la Russie et de la Chine ainsi que la réduction les deux pays à un statut semi-colonial.

La logique inexorable de cette politique irresponsable est la guerre.

A cette fin, Washington demande que les gouvernements d’Europe, et en premier lieu l’Allemagne, montent au créneau. Obama, dans son récent discours prononcé à Bruxelles, a malmené les membres de l’OTAN en déclarant:«Nous devons assumer les coûts du personnel, des armes et de la formation pour que les forces armées de l’OTAN constituent une force crédible et dissuasive… Chacun doit y contribuer.»

Sur les principaux pays européens, seuls le Royaume-Uni et la France satisfont actuellement les exigences de l’OTAN de dépenser 2,0 pour cent de leur produit intérieur brut (PIB) pour leurs forces armées. Depuis 1998, les dépenses militaires ont diminué dans tous les pays européens, celles de l’Allemagne chutant de 50 pour cent. Pour enrayer de telles réductions et permettre un accroissement des dépenses, il faudrait éliminer de vastes secteurs des services publics dans un contexte où l’Europe a déjà connu six années d’austérité.

Le tournant vers le militarisme nécessite une escalade spectaculaire des attaques menées contre les droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière. Il existe une très large opposition contre les projets de guerre de Washington, Berlin, Londres et Paris. Pour imposer davantage de «sacrifices» et contraindre une nouvelle génération à s’enrôler dans les forces armées, l’Etat devra recourir à ses pouvoirs coercitifs.

Le fait que les Etats-Unis et les puissances européennes aient ouvertement embrassé des forces fascistes et d’extrême-droite en Ukraine constitue un sérieux avertissement. Après des décennies durant lesquelles les gouvernements européens ont proclamé que le continent ne connaîtra «plus jamais» le règne de la croix gammée, les forces qui glorifient les complices ukrainiens de Hitler sont cultivées dans le but d’être utilisées contre la classe ouvrière.

Ces développements soulignent le caractère opportun de l’intervention dans les élections européennes de mai par les Partis de l’Egalité socialiste en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Dans leur manifeste conjoint pour les élections européennes, ils lancent cet avertissement: «Cent ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, l’Europe se trouve une fois de plus au bord de la catastrophe». Les ambitions des puissances impérialistes rivales, poursuit la déclaration, ont conduit à une situation dans laquelle «une petite étincelle suffirait de nouveau – comme l’assassinat de l’archiduc Ferdinand à Sarajevo en 1914 – à transformer un conflit régional en une conflagration mondiale.»

Chris Marsden et Julie Hyland

Article original en anglais, WSWS, le 8 avril 2014

 

 

Source : L’agression de l’OTAN contre la Russie et le risque de guerre en Europe | Mondialisation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une Culture Mondiale de la Paix

 

 

 

 

 

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 18:34

 

 

Un coup d’œil dans le frigo

Extrait du livre "L’Usine" de Vincent De Raeve

lundi 11 septembre 2006

"J’ouvre la porte de mon frigo. Je prends un produit au hasard, un pot de mayonnaise... Je le regarde attentivement. Des petits chiffres, des lettres sur le couvercle, presque invisibles. Un numéro de lot, de production. Une date et une heure. 27/12 03.59 Coup d’œil au calendrier. Dimanche 27/12. 03.59, pas 15.59.

Et maintenant, tâcher d’y trouver du sens. Un peu avant quatre heures du matin, un ouvrier, une ouvrière, sur sa ligne de production. La lumière aveuglante, le bruit énorme des machines, la cadence. Des milliers de pots de mayonnaise s’entrechoquent sur un tapis roulant, à une vitesse vertigineuse. Marie. C’est une personne, un être humain, Marie a mal aux yeux, au dos, aux mains. Un grain de beauté sur le menton. Sur sa tête un bonnet en plastique, trop serré par un élastique. Ca lui laisse des marques sur le front, quand elle le retire. Son uniforme bleu ciel et des chaussures de sécurité. Elle scrute, les pots se mélangent, elle repère les étiquettes mal collées, les bouchons mal vissés, s’en saisit et les place sur un autre tapis vers le rebut. Dix mètres plus loin, sa collègue Yvonne, trente-quatre ans, seize ans de pause au compteur. Ses règles reviennent quand elle est en vacances ou en arrêt maladie. Plus quand elle bosse. C’est comme ça. Elle saisit prestement les bocaux et les range par douze dans des boîtes en carton, un petit coup de scotcheuse pour fermer la caisse, elle pose sur un autre tapis, direction les palettes. Le mois passé une intérimaire, on ne sait déjà plus son nom, a fait une fausse couche, déclenchée sur la machine, alors que le lot 18kr132 était chargé dans un camion. C’est pas du Dickens, c’est même pas en Chine. C’est vrai, c’est vécu tous les jours, le quotidien de beaucoup d’entre nous, le prix à payer pour que les grandes surfaces nous proposent des produits pas chers. Ne pas oublier d’y penser quand on remplit son caddie... Quand je remplis mon caddie.

On ne voit pas, on refuse de voir. Combien on est à travailler comme ça, à chercher désespérément un sens à nos gestes répétés indéfiniment, sans relâche ? J’en ai aucune idée. Vaut mieux ça que le chômage ? J’en suis de moins en moins persuadé. Le plus dur, quand on y réfléchit longtemps, ce n’est pas les horaires, les nuits, les week-ends sans sa famille, ce n’est pas le bruit, l’enfermement, la discipline, les règlements, la hiérarchie. Ce n’est même pas le fait que ça va durer toute la vie, sans issue, une peine incompressible. Le plus dur est que ça n’a pas de sens de faire ce boulot. Ce n’est pas un métier, juste une occupation. Nous sommes des ouvriers privés de métier... Ca laisse un malaise, quelque chose de sourd, de lourd, l’impression d’être englué, pris au piège. Un vide au niveau du ventre, des questions plein la tête, des questions sans réponse. Certains ne s’en posent même plus des questions, ça se voit à leur visage, à leur démarche, ils sont vides, vaincus et très efficaces, productifs. Des machines à produire, de bons ouvriers.

Personne n’oblige les gens à faire ce genre de job. C’est aussi une solution de facilité. Une putain de solution. On se laisse envahir par le fatalisme ambiant, on ne fait plus l’effort de réfléchir par soi-même, on se laisse guider. On met son bel uniforme, identique aux autres, coulé dans le moule, rien qui le dépasse. Ne plus être une personne différente de toutes les autres personnes, une individualité, mais fondre dans la masse. Tout nous y pousse et c’est tellement dur et fatigant de toujours résister, sans même savoir pourquoi exactement, qu’on finit par céder. Je suis maintenant depuis assez longtemps en usine pour voir à quel stade en sont mes collègues. À quel niveau de résignation. Et à quel niveau j’en suis. On a tous des sursauts d’éveil, mais ils retombent bien vite. On sait tous ou presque qu’autre chose est possible, on cherche, mais on manque de courage et de clairvoyance. Alors on continue, palette après palette, jour après jour. J’entends même parfois dire : « Plus que quinze ans avant la pension ». Putain, faut pas demander où ils en sont, ceux qui disent ce genre de choses. Quinze ans et je pourrais enfin faire mon cancer, pour me retirer sur la pointe des pieds, laisser la place aux jeunes... Je suis dépassé par tant de résignation.

Nous sommes les infimes parties d’une gigantesque chose en marche. À tous niveaux, du balayeurs au directeur, victimes consentantes, et acteurs. Quelque chose nous chiffonne, nous interroge, mais les mots manquent. Enfermés dans nos représentations si bien établies, profondément ancrées. À moi aussi, devant mon ordinateur, les mots manquent. Coucher le malaise sur du papier, pour qu’enfin il prenne forme. Allers-retours entre les mots et la vie. Malaise indéfinissable."

De Raeve Vincent, L’usine, Charleroi, Editions Couleur livres, 2006, pp. 17-19. (Collection "Je").


Merci à l’auteur et l’éditeur qui ont autorisé la reproduction de ce texte.

 

Source : Un coup d'œil dans le frigo - Respire asbl

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 14:26

Sale coup pour Brezinzki qui a porté la fabrique de Talibans et autres terroristes de sa phase artisanale locale, vers son développement industriel global. Si cela pouvait achever ce vieux croûton malfaisant la Terre serait débarrassée d’un des pires maux Made in XXème siècle, malheureusement lui comme son patron, autre vieux débris nuisible résistent à cette obsolescence programmée dont ils accablent aujourd’hui les vivants comme les produits du consumérisme marchand poursuivant leur œuvre planétaire de destruction de l’existant.

Très fier, le Brez avoue sans vergogne qu’il avait mis en place sa fabrique de Talibans, en Afghanistan, sous égide d’un certain Ben Laden, pour faire chier les Russes, « Un beau coup » dit celui pour qui la planète est un échiquier à usage personnel.  Sauf que manifestement la partie n’était pas terminée, et que la Russie à présent regagne le terrain perdu. Bientôt Echec et Mat le vieux bouffon ? Pour le bien de l’humanité on le souhaite…

Et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit…. Non je ne souhaite pas voir Poutine en nouveau Maître du Monde en général et de l’Europe en particulier. Que la couardise, l’égoïsme, l’avidité la prétention, l’ignorance, le manque de créativité des Européens en fassent les laquais complices du pouvoir qui les oppriment, qu’ils luttent pour que d’autres peuples soient sacrifiés afin de conserver leur « pouvoir d’achat », qui et aussi celui de détruire sans état d'âme la vie d’autrui, est une épine dans mon cœur. Ce que j’aimerais, c’est voir l’Europe se réveiller et ses habitants reconquérir les territoires perdus, les Terres, l’économie, la culture, les possibilités de choix sans lesquels l’autodétermination et la Souveraineté n’ont pas de sens. Ce que j’aimerais c’est voir une Europe des Peuples ouverte pour construire avec d’autres peuples un monde de bons voisins qui habitent joyeusement et raisonnablement la planète.

En attendant au cours des dernières années Poutine et la Russie servent de rempart à l’arbitraire total, cette société du contrôle absolu qui nous menace. Merci donc à ces « Moindre Maux » de nous permettre de conserver quelques-uns de ces espaces de liberté que nous ensemençons des graines d’un avenir plus doux.

L’appel de Kaboul à la Russie… joli coup !


Anne W

 

Afghanistan: Kaboul demande l'aide de Moscou

Dossier: Situation en Afghanistan

Kaboul, Afghanistan
11:42 24/12/2013
KABOUL, 24 décembre - RIA Novosti

Kaboul a demandé l'aide de Moscou pour réaliser des projets d'infrastructure et assurer la sécurité dans le pays, a déclaré mardi le président du parlement afghan Abdul Rauf Ibrahimi lors d'une rencontre avec son homologue russe Sergueï Narychkine.  

Selon l'homme politique afghan, l'économie de son pays dépend de l'économie mondiale. "Ceci limite nos possibilités d'assurer les besoins sociaux de la population. La mise en place de projets d'infrastructure est indispensable pour accroître les revenus du peuple. Nous demandons à la Russie de nous aider à réaliser des projets d'infrastructure, ainsi que dans l'industrie minière", a souligné l'homme politique afghan.  

"Les relations entre nos deux pays ont une longue histoire et depuis l'obtention de notre indépendance, la Russie nous fournit une aide économique, sécuritaire et culturelle", a poursuivi M.Ibrahimi.  

Le responsable afghan a en outre remercié M.Narychkine pour ses efforts, qui ont permis au parlement afghan d'obtenir le statut d'observateur auprès de l'Assemblée parlementaire de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). 

"La proposition de l'Organisation visant à créer un comité de sécurité chargé de protéger les frontières des pays membres est intéressante. De notre côté, nous proposons de conjuguer ces efforts pour assurer la sécurité à l'intérieur de l'Afghanistan, afin de garantir la sécurité des pays membres de l'OTSC et de l'Afghanistan, qui est un Etat observateur", a souligné M.Ibrahimi.  

Selon lui, la coopération entre la Russie et l'Afghanistan dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) sur la lutte contre le terrorisme, l'extrémisme et le trafic de drogue est impérative pour la sécurité régionale.

Source : Afghanistan: Kaboul demande l'aide de Moscou | International | RIA Novosti  

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 14:16

 

Il y a encore beaucoup d’autres arguments à développer en faveur du bio, comme la qualité incomparablement supérieure des produits, l’absence de toxicité, ..., ..., ... et le débat de la souveraineté alimentaire entraîne celui d’une refondation du monde, l’année de l’agriculture paysanne ne fait que commencer et nous aurons toutes les occasions de revenir sur ce débat crucial pour l’avenir de l’humanité.

« On peut nourrir 10 milliards d’humains en bio sans défricher un hectare »


Emmanuelle Vibert         
 
Interview - Résoudre la question alimentaire à l’échelle planétaire, en se passant de l’agriculture conventionnelle ? Ça ressemble à une utopie, mais c’est la réalité de demain, selon certains. Parmi eux, l’agronome Jacques Caplat. Entretien.

L’idée que les rendements en bio sont plus faibles qu’en conventionnel est récurrente…

Si l’on considère que l’agriculture bio, c’est faire la même chose qu’en conventionnel moins la chimie, alors oui, c’est certain. Mais ça n’est pas ça du tout !

Que faut-il comparer, alors ?

Le système conventionnel s’est construit sur l’idée qu’on peut augmenter les rendements en sélectionnant les semences. On les isole et on regarde comment on peut les faire produire au maximum dans un contexte artificiel. On obtient alors de très hauts rendements, mais ils n’ont plus aucune relation avec la réalité biologique. Et dans le réel, ces variétés doivent être soutenues en permanence par des pesticides et engrais chimiques. Elles deviennent très fragiles. Les parasites se précipitent dessus. Il faut multiplier les intrants. C’est un cercle vicieux. L’agriculture bio est un autre concept. C’est la mise en relation des trois grandes composantes de l’agriculture : un écosystème (le sol, les points d’eau, des haies), un agrosystème (plusieurs espèces végétales, des animaux) et des humains autonomes, en situation de prendre des décisions et non de se les voir imposer par des semenciers ou des politiques. Ce concept fonctionne de façon optimale avec un mélange de cultures sur une même parcelle. Des légumineuses, parce qu’elles sont capables de capter l’azote de l’air. Des arbres, parce qu’ils vont chercher le potassium en profondeur et le restituent en surface. Il n’y a plus de concurrence entre les plantes, mais une complémentarité. Cela permet de bien meilleurs rendements. En Europe, un hectare de blé conventionnel produit 10 tonnes par an. Sur une même surface consacrée au maraîchage diversifié, avec 20 à 30 espèces différentes, on atteint entre 20 et 70 tonnes. Les légumes contenant plus d’eau que le blé, on peut ramener ces chiffres entre 15 et 25 tonnes de matière sèche. Le rendement est deux fois plus grand !

Vous soutenez que l’agriculture bio est le seul système viable dans les pays tropicaux…

Le système conventionnel ne marche qu’en milieu tempéré. Il lui faut une stabilité climatique. Dans les pays tropicaux, les excès de pluie ou de sécheresse peuvent anéantir une année de production en monoculture. L’agriculture associée est plus adaptée. On peut semer des espèces résistantes à la sécheresse, d’autres à des conditions plus humides. Le rendement de chacune n’est pas garanti, mais le rendement global l’est. Et s’il y a des arbres, ils stabilisent les sols et limitent l’érosion. Or, ces conditions aléatoires atteignent les milieux tempérés. Avec le réchauffement, les incidents climatiques sont plus fréquents. Et notre système est d’autant plus fragile que les sols se sont appauvris.

Que disent les études scientifiques sur cette question ?

L’université anglaise de l’Essex a réalisé en 2006 une synthèse sur 57 pays et 37 millions d’hectares. Elle conclut que les rendements sont 79 % plus élevés en agriculture bio dans les zones tropicales. Le Programme des Nations unies pour l’environnement évaluait en 2008 que le passage en bio en Afrique permettrait de doubler les rendements. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, écrivait en 2010 : « Pour nourrir le monde, l’agroécologie surpasse l’agriculture industrielle à grande échelle. » Un bémol cependant : en 2006, l’université américaine du Michigan montrait que la conversion intégrale en bio de l’Amérique du Nord et de l’Europe ferait chuter leurs rendements de 5 % à 10 %. Car il s’agirait, dans ce cas, de faire du conventionnel sans chimie, de la monoculture. Mais à long terme, si l’on répand les techniques de cultures associées, on peut penser qu’il y aura une amélioration. Et puis, comme dans les pays tropicaux les rendements augmenteront énormément, à l’échelle planétaire, tout ira bien ! On peut nourrir 10 milliards d’humains sans défricher un hectare de plus. D’un point de vue agronomique, c’est indéniable.

Cette transition est-elle possible ?

Dans les années 1960, on s’est donné un objectif, celui d’une révolution agricole industrielle, et on y est parvenu. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Qu’attendre de la réforme de la PAC, la politique agricole commune, en 2013 ?

Elle ne va pas changer la donne. Mais sur la plan national, on peut expliquer aux paysans que l’agriculture bio, c’est l’avenir. Pour 90 % d’entre eux, c’est ringard. Alors que techniquement, c’est très moderne. Beaucoup de progrès récents en sont issus. On peut ensuite faire de l’accompagnement. Et une réforme fiscale. L’agriculture bio réclame plus de main-d’œuvre. Or, aujourd’hui, il est plus avantageux d’acheter une machine que d’embaucher.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement actuel ?

Je suis sceptique et déçu. L’objectif du Grenelle d’atteindre 20 % de bio en 2020 n’était pas mauvais. Signé par tous les partis, il permettait de faire basculer les choses. Mais à la Conférence environnementale de septembre dernier, l’objectif a été fixé à 7 % en 2017. Il n’y a aucune ambition politique. Il faudrait dès aujourd’hui consacrer 20 % de la recherche et des moyens d’accompagnement à l’agriculture bio. Or, à l’Inra, seuls 2 % à 3 % des chercheurs sont dessus. Et il s’agit de volontés individuelles !

Et au niveau international ?

C’est très complexe. Prenez la région d’Atakora, au Bénin. Des associations se sont montrées capables de nourrir l’ensemble du pays avec des méthodes d’agroécologie. Mais les paysans ne peuvent pas vendre leur mil à Cotonou, la capitale, car le blé, français ou américain, y est vendu moins cher. Un mécanisme de compensation, prenant en compte les coûts environnementaux (pollution des nappes, conséquences sur la santé) rendrait la concurrence plus juste. — 
 
Jacques Caplat est agronome et  et géographe.
 
Note :  L’Agriculture biologique pour nourrir l’humanité, de Jacques Caplat (Actes Sud, 2012)

terraeco.net
Via Humeurs de Marissé
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 21:20

 

 

Traité international des peuples : « Défendre les droits des peuples contre le pouvoir des entreprises »

5 décembre par Stop corporate impunity

Genève (Suisse), Bali (Indonésie) – Des mouvements sociaux, réseaux et organisations impliqués dans la Campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des multinationales et mettre fin à leur impunité, qui ont manifesté aujourd’hui à Bali et à Genève contre la mainmise des multinationales sur les négociations commerciales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et le système sur les Droits Humains des Nations Unies (ONU), exigent des règles contraignantes pour punir les crimes du secteur privé.

« Aujourd’hui, à Bali, alors que les gouvernements se réunissent pour les négociations ministérielles de l’OMC, des centaines de militants du monde entier sont dans la rue pour dénoncer le système de libre-échange qui a facilité les profits du secteur privé, tout en sapant les lois qui protègent les droits humains et environnementaux des crimes des entreprises » selon Lyda Fernanda du Transnational Institute. « Les populations ont montré qu’il existe de véritables alternatives, et ont exprimé la nécessité de réglementation contraignantes à la place d’accords commerciaux toujours plus destructeurs et contre la collusion entre le secteur privé, les gouvernements et les institutions » a-t-elle ajouté.

En plus de dominer les négociations commerciales, le secteur privé a également réussi à mettre la main sur le Forum des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme qui se tient à Genève du 2 au 4 décembre. Plusieurs entreprises multinationales, comme Vale, Rio Tinto, Barrick Gold Corporation et d’autres ne participent pas seulement de manière active au forum, mais travaillent avec l’ONU pour maintenir le caractère volontaire des directives basées sur la Responsabilité sociale des entreprises (RSE), qui ne sont pas conçues pour mettre fin ou punir les violations des droits de l’homme menées par les entreprises multinationales. « Ce sont des normes non contraignantes, qui ne comprennent pas de mécanisme d’application et qui sont fondées sur les propres rapports de ces mêmes multinationales sur leurs prétendus résultats en matière de responsabilité, alors que les crimes et atteintes aux droits humains du secteur privé sont systématiques, comme le montrent les tragédies du Rana Plaza (Bangladesh) et Marikana de (Afrique du Sud) » selon Juan Hernandez de l’Institut Hegoa, Pays Basque, alors qu’il rejoignait la manifestation devant le Palais des Nations à Genève. « Les règles non contraignantes de RSE ont permis aux entreprises d’opérer en toute impunité. Pendant des décennies, le lobby des entreprises multinationales sur les institutions des droits de l’Homme a consisté à démanteler toutes les initiatives visant à établir un Traité contraignant et une Cour internationale pour juger les crimes du secteur privé. Les crimes opérés à travers le monde prouvent l’urgence d’un tel traité et d’une telle Cour », a ajouté le professeur Hernandez .

Pour répondre à la mainmise grandissante du secteur privé sur les institutions internationales, les mouvements sociaux, les réseaux et les organisations de la Campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des entreprises et mettre fin à leur impunité, sont en train d’élaborer un Traité international des peuples qui « mettra en avant une vision alternative des populations sur le droit et la justice » et où « les populations sont les protagonistes, les acteurs politiques et les auteurs des lois et des normes d’un système politique, économique et juridique qui mettra fin aux privilèges extraordinaires et à l’impunité dont jouissent les entreprises multinationales ».

Le processus d’élaboration de ce Traité des Peuples comprend des discussions avec plusieurs gouvernements qui ont envoyé une requête auprès du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pour instaurer des règles contraignantes sur les multinationales. Richard Girard, de l’Institut Polaris au Canada affirme que « nous allons continuer à mobiliser jusqu’à ce que ces normes contraignantes soient en place et jusqu’à ce que les populations qui ont subi des crimes du secteur privé soient indemnisées ».

Pour plus d’information, merci de contacter :
A Bali (Indonesie) :
- Lyda Fernanda (espagnol et anglais) - lydafernanda@tni.org / +62 082236635857
- Brid Brennan (anglais) - bridbrennan@tni.org
- Richard Girard (anglais et français) - richard@polarisinstitute.org
A Genève (Suisse) :
Diana Aguiar (anglais, espagnol et portugais) – dianaguiar@gmail.com / +41 787985059
Gonzalo Berron (espagnol) - g.berron@gmail.com

Ressources complémentaires :
- www.stopcorporateimpunity.org
- Traité international des peuples – « Défendre les droits des populations du secteur privé » : http://www.stopcorporateimpunity.or...
- Impunité INC : Reflexions sur les “Super-Droits” et les “Super-Pouvoirs” du secteur privé : http://www.stopcorporateimpunity.or...
- Déclaration pour le Conseil des Droits de l’Homme en soutien de l’initiative d’une groupe d’Etats pour un instrument légalement contraignant sur les multinationales : http://www.stopcorporateimpunity.or...

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Source : CADTM - Punir les crimes des multinationales à travers des mécanismes internationaux !

Via : Mes coups de coeur

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:46

 

17 nov 2013

 

Corbis

Un mouvement mondial de résistance au contrôle externe impulsé par « l’activisme populiste » menace de faire « dévier » la transition vers un nouvel ordre mondial, déclare l’ex conseiller de Sécurité Nationale des E.U., Zbigniew Brzezinski.

Le stratège politique étasunien signale que « l’augmentation de l’activisme populiste dans le monde se montre préjudiciable à la domination externe comme celle qui prévalait à l’époque du colonialisme et de l’impérialisme »

Brzezinski arrive à la conclusion que « la résistance populiste persistante et hautement motivée de la part de peuples politiquement réveillés et affectés de ressentiment historique[i] contre le contrôle externe se montre chaque fois plus difficile à supprimer »

Quoique le politicien ait présenté ses observations d’un ton neutre, le contexte dans lequel il les a prononcées joint à ses déclarations antérieures démontre qu’il ne s’agit pas d’une acclamation de cette « résistance populiste” mais d’une lamentation et d’un avertissement aux élites concernant l’impact qu’elle a sur le dit “contrôle externe »

Ici même, l’ex conseiller de Sécurité nationale disqualifie l’idée que le 21ème siècle est le siècle des E.U. « d’espoir[ii] partagé » et affirme que la domination étasunienne n’est déjà plus possible à cause d’un changement social accéléré provoqué par les « communications de masses comme la radio, la télévision et Internet », qui ont stimulé de manière cumulative « un réveil universel de la conscience politique de masse »

Brezinski a fait ses déclaration dans le cadre du Forum Européen pour les Nouvelles Idées (Euopean Forum For New Ideas, EFNI),une organisation qui plaide pour la transformation de l’Union Européenne en un super-état fédéral, autrement dit « du même type de contrôle externe bureaucratique » mentionné par Brzezinski dans son discours. Dans ce contexte, selon le politicien, « la résistance populiste » pourrait être un grand obstacle pour l’imposition d’un nouvel ordre mondial.


Traduction Anne Wolff

 Source originale en espagnol :
 
http://actualidad.rt.com/actualidad/view/111579-brzezinski-resistencia-populista-orden-mundial 

 
 

 

[i] Pour ceux qui l’ignore, la notion de « ressentiment social », une sorte de maladie qui affecte les âmes dévoyées du bas peuple. C’est la version ultra-droitière du concept de « lutte de classe », expliquant mécontentement populaire et la cause de la résistance des peuples, comme s’il s’agissait de quelque vilain trait de caractère particulier aux « basses classes » qui les poussent à en vouloir toujours plus. La jalousie, l’insatisfaction et le ressentiment sont parmi les composantes de ce concept.

[ii] Ilusión : désigne aussi bien un enthousiasme au sens de foi (qui déplace les montagne) et illusion au sens de mirage, de faux espoir

 


 

 

  Commentaire de lecture

Ce n’est pas la première fois que je publie des déclarations de Brzezinski (je passe sur les qualificatifs applicables à ce « monsieur », il n’y a pas de mot pour décrire ce niveau de perversité, sinon peut-être dans les lexiques des psychiatres). Et pourtant ce grand malade jouit d’un pouvoir démesuré dont personne en toute bonne logique, tant de souveraineté populaire que de démocratie bourgeoise ne devrait disposer sur cette planète.

Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le Nouvel Ordre Mondial en question ici, n’a jamais été envisagé comme une hégémonie étasunienne, mais bien comme une gouvernance mondiale des Corporations Marchandes Apatrides.

Pour que cette gouvernance puisse s’installer, la faillite tant politique que financière des Etats, Etats-Unis compris est un préalable nécessaire. Malade oui, mais pas stupide (malheureusement). Brzezinsky est un fin stratège, il fut aussi le mentor d’Obama (son fabricant pourrait-on dire), on peut donc se poser légitimement la question… la chute d’Obama, une conséquence de la sénilité de Brzezinsky, ou une étape nécessaire du démantèlement des Etats-Unis ?

Ce texte peut-être pris comme une sorte de communiqué d’un état de guerre. Nous les gênons. Nous connaissons leurs pratiques de longue date, ceux qui les gênent doivent être neutralisés ou éliminé par n’importe quel moyen de la corruption à l’assassinat. Donc nous sommes prévenus.

Nous les gênons ? Très bien. Mais largement insuffisant, la question devient comment poursuivre en si bon chemin pour les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils ne nous aient mis hors d’état d’agir ? Cette question est marquée par l'état d'urgence !


Autres citations du même pour compléter les précédentes :

 

“[…] la société sera dominée par une élite de personnes libres de valeurs traditionnelles qui n’hésiteront pas à réaliser leurs objectifs aux moyens de techniques épurées avec lesquelles ils influenceront le comportement du peuple et contrôleront la société dans tous les détails, jusqu’au point où il sera possible d’exercer une surveillance quasi permanente sur chacun des habitants de la planète ».

A un autre moment, il dit ;

 «[…] cette élite cherchera tous les moyens pour parvenir à ses fins politiques, comme de nouvelles techniques pour influencer le comportement des masses, ainsi que pour obtenir le contrôle et la soumission de la société »

 Brzezensky in Les 4 lieutenants des Rockefeller


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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 18:53

 

Mondialisme, unipolarité et délire messianique

La liberté aujourd’hui se transforme en tyrannie et le désir de progrès en esprit de croisade. (Tzvetan Todorov)

Par Fethi Gharbi

Ce début du XXIème siècle se caractérise par un paradoxe à première vue insurmontable. Face à un mondialisme prétendument unificateur, rejaillissent dans tous les coins du globe les fondamentalismes les plus obscurantistes et les plus belliqueux. Intégristes juifs, chrétiens et islamiques investissent l’espace politique et social et nous replongent dans les temps immémoriaux. Ce délire identitaire religieux généralisé prend la forme d’une hystérie collective. La peur, mère de toutes les folies, suscitée par des actes terroristes savamment orchestrés et amplifiés par les médias, crée à travers la planète une atmosphère de psychose collective pleine de menaces.

L’histoire est ponctuée d’épisodes souvent douloureux de folie collective. Les chroniques médiévales sont pleines de récits tragiques dûs pour l’essentiel à l’action de sectes religieuses déviantes. En 1692, l’histoire extraordinaire des "Sorcières de Salem" offre un exemple ahurissant de ce type d’hystérie. Elle illustre à quel point des hommes habités par la peur, finissent par se retourner contre les leurs, accusant les plus démunis de sorcellerie et se transforment subitement en monstres sanguinaires dénués de tout entendement et de tout sentiment. Plus proche de nous, dans l’entre deux guerres, l’Europe occidentale, rongée par la crise économique, affolée par le péril rouge, plonge la tête la première dans la démence fasciste. Cette fois-ci la psychose ne se limite plus à un groupe restreint ou à une secte mais ébranle des nations entières. La classe politique asservie par le grand capital se meut en gourou surdimensionné poussant la majorité de la population à la haine raciale et au déni de la démocratie. Cependant, il importe de souligner que les horreurs nazies commises par Hitler et ses adeptes ne sont en fait que l’aboutissement paroxystique des thèses racistes, malthusianistes et eugénistes développées et appliquées depuis longtemps par l’Occident colonial. Tant que l’Allemagne se donnait pour tâche de détruire la Russie communiste on laissait faire… Pour leur malheur, les nazis ont échoué… et le monde découvre soudain et de la manière la plus hypocrite l’horreur des crimes nazis a été d’avoir enfreint la règle de l’extermination "utilitaire" considérée comme légitime lorsqu’elle s’applique à l’Amérique et à l’Afrique et d’avoir procédé au génocide "gratuit" visant des blancs européens. Les nazis auraient, en quelque sorte, porté à un degré extrême leur obsession de la pureté raciale, transgressant ainsi la hiérarchie ethno-raciale globale.

Une fois l’Allemagne vaincue, la monstruosité des génocides nazis scandalisèrent le monde entier. Par contre, les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagazaki participaient, elles, du génocide "utilitaire", c’était donc de bonne guerre et peut-être même nécessaire à la survie de l’espèce. En vérité les États-Unis ont réussi là où Hitler a échoué. Ils démantèlent en un tour de main les deux empires coloniaux français et britannique et se consacrent ensuite à l’URSS qu’ils finiront par lui faire mordre la poussière quarante ans après. Le Führer ressuscité, en serait tombé raide mort de voir ainsi son rêve confisqué. Si on ajoutait à tout cela la disparition de l’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale, on ne peut que baver d’admiration en présence de tels exploits. Le secret d’une pareille réussite tient probablement d’une démarche politique inspirée de certains arts martiaux asiatiques. Elle consiste à retourner la force de l’adversaire contre lui-même, de l’épuiser jusqu’à l’écroulement et de le ramasser comme qui cueillerait un fruit mûr.

Après le camouflet essuyé pendant la guerre du Vietnam, la stratégie américaine a préféré médiatiser de manière encore plus radicale ses interventions. Il s’agit de jouer sur les contradictions internes de l’ennemi, de les exacerber ou même de les susciter et d’attendre tranquillement la fin des massacres. Pendant la guerre froide, les États-Unis n’ont pas hésité à recourir aux frères musulmans pour déstabiliser les nationalistes baathistes et nassériens. Au milieu des années soixante dix, partout dans les pays arabes et asiatiques, poussent comme par magie des groupes salafistes. Étasuniens et Saoudiens sont en plein préparatifs de la guerre sainte contre les mécréants communistes. L’union Soviétique au bord de la faillite se laisse prendre au piège afghan savamment dressé par les USA. Venant de tous les pays musulmans, des jeunes fanatisés par l’endoctrinement wahhabite et par la propagande occidentale déferlent sur l’Afghanistan au secours de l’islam menacé. Un vrai coup de maître ! La manipulation mentale testée déjà au Liban en 1975 s’avère encore plus redoutable que les drones et les Tomahawk. En 1979, la passivité de la Maison Blanche face à la révolution islamique iranienne obéit elle aussi à la même logique. Depuis cette époque, la politique étasunienne n’a cessé d’appliquer la même stratégie : l’excitation et l’instrumentalisation des fanatismes religieux. Le Moyen-Orient s’est transformé alors en vraie poudrière où sunnites et chiites, fondamentalistes et nationaliste arabes, musulmans et chrétiens n’arrêtent plus de s’entredéchirer.

L’empire soviétique démantelé, les néo-conservateurs ont cru que le moment était venu d’étendre leur hégémonie sur l’ensemble de la planète. L’empire unipolaire projette d’accaparer pour les cent ans à venir tout l’espace séparant l’atlantique de la mer Caspienne et d’asphyxier du même coup la Chine et la Russie. Le rêve néolibéral d’un monde homogénéisé et fluide, sans frontières, complètement ouvert à la libre circulation des capitaux ne souffre nul obstacle. Après l’extinction des empires voilà qu’est venu le tour des États-Nations. Il faut tout de même préciser que cette fureur mondialiste ne date pas d’hier. Tout au long de l’histoire des États-Unis, la politique américaine s’est toujours inspirée du l’utopie protestante d’un peuple « idéal, pur et parfait » et d’un « nouveau monde », terre vierge, Terre promise dégagée des dépravations qui minaient la vieille Europe du XVIIème siècle. Cela a fini par conduire à un messianisme mégalomaniaque qui a souvent ponctué le discours politique étasunien. Wilson, président américain de 1913 à 1921, affirmait : « L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde (…) L’Amérique a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde (…) Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice ». Quant à George W. Bush, il répétait à qui voulait l’entendre : « les États-Unis sont une nation élue par le Créateur, investie d’une mission de libération, et ils doivent la remplir en prenant la tête du camp du Bien contre l’Axe du Mal ». C’est en vertu de ce messianisme politico-religieux que les étasuniens se croient investis d’une mission universelle. Au messianisme américain vient se greffer le messianisme juif que semble concrétiser la création de l’état sioniste. Pour les sionistes, la création d’Israël annonce l’arrivée imminente du Messie. Le Mashia’h hébreu, issu de la lignée du Roi David, amènera dans le monde à venir, une ère de paix et de bonheur éternels. Cependant la venue du Mashia’h ne peut avoir lieu qu’une fois la Terre purifiée. "Le peuple élu" se doit de livrer bataille aux hordes barbares de « Gog et Magog », un combat cosmologique du bien contre le mal. C’est seulement après que régnera la paix et la prospérité sur un monde unifié sous la bannière israélite. Cet idéal messianique constitue aujourd’hui un leitmotiv dans le discours d’une bonne partie de l’intelligentsia occidentale. Quelqu’un comme Jacques Attali n’hésite pas à avancer qu’une gouvernance mondiale verrait bien comme capitale planétaire « Jérusalem ».

Cette obsession eschatologique qui s’empare du monde constitue le nouveau masque idéologique du néo-libéralisme qui ne trouve rien de mieux que d’exacerber les fanatismes religieux pour répondre au vide existentiel d’une société en crise et pour avancer en catimini ses pions. Si l’idée de libéralisme et de démocratie avait besoin du communisme et du goulag pour prendre tout son sens, dans la représentation messianique, l’idée du Bien ne signifie pleinement que par le Mal qui la menace et la valorise. C’est à partir de là que l’islam a été désigné pour jouer le rôle infâme de l’Antéchrist. Après de longues années de mise en scène, le monde arabo-musulman finit petit à petit par être assimilé en Occident aux hordes païennes de « Gog et Magog ». Tout commence avec la guerre d’Afghanistan. L’URSS n’avait pas besoin de cette guerre pour imploser car son économie était déjà en pleine débâcle. En réalité, l’objectif de ce conflit planifié par les États-Unis était avant toute chose l’embrigadement de milliers de moujahidines sunnites recrutés essentiellement dans les pays arabes. Ces derniers fanatisés après des années d’endoctrinement wahhabite financé par les étasuniens et les saoudiens, finissent par se transformer en kamikaze. C’est seulement après l’implosion de l’empire soviétique que les "moujahidines" devenus subitement des "terroristes" vont remplir leur vrai rôle, celui auquel ils ont été préparés : diaboliser l’islam et répandre une atmosphère de psychose collective en Occident. Des actes terroristes commis par des fanatiques endoctrinés et armés par l’empire vont jeter l’opprobre sur l’ensemble des musulmans qui ne manquent pas de réagir. Bien entendu les médias asservis cultivent l’amalgame et ne ratent aucune occasion pour éclabousser l’Islam. Cette atmosphère empoisonnée conduit immanquablement à des dérapages horribles. Au mois de mars dernier en Afghanistan, le sergent américain Robert Bales tue de sang froid 16 personnes dont des femmes et des enfants et brûle ensuite leurs cadavres. Anders Behring Breivik, un militant d’extrême-droite, massacre 77 personnes à Oslo en Norvège. Un homme sain d’esprit affirment les médecins. A l’ouverture de son procès, le lundi 17 avril, Breivik entre au tribunal d’Oslo, adresse à l’assistance le salut fasciste, bras droit tendu, poing sérré bravant ainsi les familles des victimes. Le malheur est que des extrémistes, pris dans le piège de la guerre des civilisations, épousent de plus en plus ces thèses de fragmentation universelle. Pourtant, cette hystérie islamophobe alimentée et entretenue par les médias relève moins de faits réels que d’une propagande tout azimut. En effet, dans le Rapport Europol 2010 sur le terrorisme, l’Office européen de police précise que Sur 498 actions terroristes, 424 étaient en lien avec des mouvements séparatistes essentiellement corse et basque, 55 menées par des mouvements d’extrême-gauche ou anarchistes, un seul était le fait d’islamistes. Bien entendu, probablement déçus par un tel rapport, les médias européens l’ont presque totalement ignoré. Il ne faut surtout pas ébranler l’édifice si péniblement échafaudé. L’extraordinaire est que juste après la publication du dit rapport et comme pour le démentir survient juste avant les élections françaises le massacre de Toulouse. Mais voila que Mohamed Merah, ce symétrique génocidaire de Breivik que la police s’est empressé de liquider, serait un informateur de la DCRI. Une affaire louche, une de plus, comme la plupart des attentats perpétrés depuis les années quatre vingt dix par Al-Qaïda. L’attentat du 11 septembre 2001, ce nouveau Pearl Harbor que les néo-conservateurs n’ont cessé d’appeler de leurs voeux demeure une vraie énigme. Mais qu’importe tous ces détails ! Le décor est déjà planté et bien planté !

Le troisième acte de la tragédie met en scène la subite métamorphose des combattants d’Al Quaïda qui d’ennemis jurés de l’Occident, les voilà transformés en légion étrangère aux ordres de l’oncle Sam et de ses vassaux français et britanniques. Mais me diriez-vous : Al Quaïda a-t-elle jamais été autre chose que le bras occulte de l’Empire au service du choc des civilisations ! Lorsqu’on sait que les combattants de cette organisation jihadiste n’ont jamais tiré un seul coup de feu contre la soldatesque sioniste mais qu’ils n’hésitent pas à massacrer des irakiens, des libyens, des syriens… les choses deviennent on ne peut plus limpides. Dans un article paru dans michelcollon.info, Jérôme, Français, habitant de Homs et marié à une Syrienne chrétienne, témoigne : « …A échappé à la mort un bon ami à nous (…) Il rentrait chez lui, a été arrêté par un barrage de révolutionnaires armés. Il les a suppliés de le laisser partir. Ils l’ont menacé en mettant leur fusils sur sa tempe et lui ont dit " Prouve-nous que tu es chrétien !". Il a récité le "Notre Père", ils l’ont laissé partir… » En fait, les chrétiens arabes et occidentaux sont plus ciblés par la campagne islamophobe des médias que par les armes des terroristes qui préfèrent plutôt tuer des musulmans. Drapé de démocratie et de droit-de-l’hommisme, le messianisme sioniste et protestant pousse dans l’arène les islamistes qui n’en reviennent pas. Ces derniers ne s’attendent pas à se retrouver propulsés avec cette facilité à la tête de pays comme la Tunisie, l’Égypte ou encore la Libye… et le "printemps arabe" n’en finit pas de fleurir ! Trop contents de se trouver au pouvoir, les intégristes musulmans semblent confondre volonté divine et volonté impériale. Se rendent-ils compte que pour les fanatiques de l’autre rive, ils ne sont que la main de satan sensée transformer en magma incandescent l’ensemble du monde arabe ? Ne comprennent-ils pas que ces apprentis sorciers les destinent à être l’instrument du chaos ?

Maintenant que le gouffre s’est creusé et qu’Islam et Occident se dressent l’un face à l’autre prêts à l’affrontement mythique, l’empire unipolaire profite de cet enfumage pour poursuivre son oeuvre d’unité planétaire. Il est toutefois utile de préciser qu’une gouvernance mondiale n’est réalisable que par la destruction préalable des États-nations. Le soutien apporté par les États-unis aux revendications ethno-régionalistes en Europe est un choix stratégique et la partition de la Yougoslavie l’illustre parfaitement. Cette volonté de dissoudre les nations dans un grand magma ethnique et confessionnel constitue la base de la stratégie mondialiste des néo-conservateurs. L’application de la carte du "Nouveau Moyen-Orient" et l’instauration d’une politique du chaos visant la fragmentation du monde arabo-musulman s’accélère surtout avec l’avènement du "printemps arabe". Les européens, victimes de la propagande islamophobe, adhèrent à cette stratégie de la dislocation mais oublient que leur proximité les expose au pires dangers. Cependant, cette politique de démantèlement ne concerne pas que le Moyen-Orient. En effet, depuis sa création l’UE n’a cessé d’encourager la promotion de l’ethnicisme et du régionalisme. Les États diminués à la fois par l’autorité supranationale de Bruxelles et par la montée en puissance des pouvoirs régionaux tombent graduellement en déliquescence. La crise belge illustre bien l’accélération de cette tendance. Bart de Wever, chef du mouvement indépendantiste flamand n’hésite pas à avancer : « La Belgique finira par s’évaporer entre l’Europe et les régions ». C’est dans cet ordre d’idées que s’inscrit la stratégie mondialiste qui en privilégiant l’ethnicisme, le régionalisme et le confessionnalisme tente de décomposer les sociétés et de réduire à néant toute velléité de résistance face à la déferlante néo-libérale et à l’hégémonie unipolaire. Si en Europe la désintégration se fait relativement en douceur au moyen de pressions financières, en Afrique et au Moyen-Orient l’Empire préfère forcer le destin en instaurant le chaos.

Le processus d’expansion coloniale moderne, né avec la renaissance, prend selon l’époque des colorations idéologiques différentes. Au XVIème siècle, les conquêtes espagnoles et portugaises étaient légitimées par l’église catholique. Les bulles papales partageaient le monde entre les deux puissances, autorisaient la traite des noirs ou même l’extermination des amérindiens. Au XIXème siècle, l’homme nouveau, pur produit du cartésianisme, s’étant débarrassé de l’idéologie du droit divin, s’en va claironnant sa mégalomanie et ses valeurs humanistes si vitales à la survie de l’espèce. Il s’est fait alors un devoir d’aller les imposer au reste de l’humanité. Aujourd’hui, le mondialisme, héritier des deux idéologies précédentes, s’appuie paradoxalement à la fois sur l’intégrisme religieux et la déification de l’humain. Aux États-Unis, Sionistes chrétiens, en particulier des protestants fondamentalistes, et sionistes juifs croient que la création de l’État d’Israël en 1948 est en accord avec les prophéties bibliques. Les chrétiens sionistes considèrent comme un commandement divin d’aimer Israël et de soutenir le peuple élu. Pour eux, la judaïsation de la Palestine historique, couvrant l’actuel État d’Israël et les territoires palestiniens, est une obligation divine qui ramènera Jésus

sur terre, le fera reconnaître comme Messie par les juifs et assurera le triomphe de Dieu sur les forces du mal, ce qui permettra à l’humanité de vivre mille ans de paix et de prospérité avant l’apocalypse. Les sionistes juifs sont d’accord sur tous les points sauf que le Messie ne sera pas Jésus et que les maîtres du monde pendant le millénium seront les juifs. Mais pour le moment il s’agit de parer au plus urgent. Il faut d’abord éliminer les forces du mal hostiles à Israël pour ensuite unifier l’humanité. Oui, mais alors sous quelle bannière ? Là est la question. Pour l’instant, l’obstacle majeur à la réalisation de la prophétie est le monde arabo-musulman. Le fait de projeter les djihadistes islamistes au devant de la scène sert principalement à diaboliser l’Islam, à le grimer en Antéchrist. Et à légitimer ainsi la destruction des nations qui aux yeux du messianisme juif et chrétien incarnent le mal. Alors un monde nouveau naîtra, un monde cosmopolite, croyant au même dieu, parlant la même langue, ayant la même culture, obéissant au même maître. Des philosophes sionistes qui tiennent le haut du pavé médiatique font de plus en plus écho à cette vision du monde. Alain Finkielkraut considère que l’essence de l’homme post-moderne « c’est d’être cosmopolite, et de partir en guerre contre l’esprit de clocher ». Et Bernard-Henri Lévy d’ajouter : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux ». Ce totalitarisme asservissant l’humanité au nom d’une religion est relayé par une spiritualité sans dieu tout aussi liberticide. Elle croit en l’homme nouveau, indifférencié, sans attaches, universel et maître du monde. Mais cet anthropocentrisme délirant a vite fait de dégénérer en élitisme qui atteint aujourd’hui un stade paroxystique. Nous assistons impuissants à une multiplication de sociétés secrètes ésotériques et de groupes d’influence à l’image du fameux Bilderberg. Franc-maçonnerie et lobbying s’emparent du pouvoir mondial alors que la démocratie se délite même dans les pays dits libéraux. Une élite intellectuelle et entrepreneuriale enivrée par sa puissance en veut encore plus et tente d’imposer à la planète le pire des totalitarismes.

Peupler le monde de clones pris dans un tourbillon mimétique, tel est l’univers que tous ces adeptes du mondialisme veulent imposer à l’humanité, un univers orwellien déshumanisé gisant sous la botte d’une élite au service de l’empire unipolaire. Voila qu’encore une fois, le rêve cauchemardesque babélien vient perturber l’ordre du monde. La nouvelle réplique de Nemrod, succombant à son tour à la démesure de l’orgueil ne peut s’empêcher de défier le ciel. Mais les humains, Blanchis sous le harnais, ne se laisseront plus prendre au piège. Riches de leur diversité, ils se soulèveront contre toutes les formes d’homogénéisation, d’indifférenciation, de mort encéphalique…

Fethi Gharbi

(photos d’illustration : flickr.com)

altermonde-sans-frontiere.com

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 00:19

 

 

Comme disent les belges :

« C’est un beau pays la France, dommage qu’il y ait les français ! »

 

Jules Ferry : la supériorité de la race blanche, justification du colonialisme

Gilles Devers

Gobineau (1).jpgLe racisme en France, comme une maladie de notre société, inquiète devant les bouleversements de la mondialisation ? Non, le racisme revendiqué et raisonné est permanent dans notre histoire. 
Voici, à la tribune de la Chambre des députés, le 28 juillet 1885, un éloge de la supériorité de la race blanche : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Mais quel est ce rat, juste bon pour la correctionnelle ? C’est Jules Ferry, idolâtré comme l’incarnation des valeurs de la République... Je rappelle que pour inaugurer son mandat, François Hollande lui avait rendu hommage, le 15 mai 2012.
Oui, mais j’entends déjà : « Il ne faut pas tout mêler, et Jules Ferry a fait des choses très bien pour l’école… ». Non, non, non : il faut admettre les faits, le racisme congénital au cœur de la République. Comment traiter un problème si on refuse de l’examiner ? Le jour où la France voudra réellement se donner une politique pour combattre le racisme, elle devra commencer par regarder son histoire et sa République en face. Et débaptiser une kyrielle de rues et d’écoles… Ce serait la fin d’un scandale. Dégagez-moi des écoles cette crapule qui fondait son action politique sur le devoir des races supérieures…
Je reproduis ici l’extrait de son discours du 28 juillet 1885, issu des archives de l’Assemblée nationale.
Après avoir fait un éloge de la politique coloniale, condition du progrès économique de la France, Jules Ferry en vient au second point : « le côté humanitaire et civilisateur de la question ».
 M. Jules Ferry. Sur ce point, l'honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l'esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : Qu'est ce que c'est que cette civilisation qu'on impose à coups de canon ? Qu'est-ce sinon une autre forme de la barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n'ont pas autant de droits que vous ? Est-ce qu'elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu'elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré ; vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas.
Voilà, messieurs, la thèse ; je n'hésite pas à dire que ce n'est pas de la politique, cela, ni de l'histoire : c'est de la métaphysique politique... (Ah ! ah ! à l'extrême gauche.)
Voix à gauche. Parfaitement !
M. Jules Ferry ... et je vous défie - permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan -, de soutenir jusqu'au bout votre thèse, qui repose sur l'égalité, la liberté, l'indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu'au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l'expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.
Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... (Rumeurs sur plusieurs bancs à l'extrême gauche.)
M. Jules Maigne. Oh ! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l'homme !
M. de Guilloutet. C'est la justification de l'esclavage et de la traite des nègres !
M. Jules Ferry. Si l'honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas ! (Interruptions à l'extrême gauche et à droite. - Très bien ! très bien ! sur divers bancs à gauche.)
M. Raoul Duval. Nous ne voulons pas les leur imposer ! C'est vous qui les leur imposez !
M. Jules Maigne. Proposer et imposer sont choses fort différentes !
M. Georges Périn. Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés !
M. Jules Ferry. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... (Marques d'approbation sur les mêmes bancs à gauche - Nouvelles interruptions à l'extrême gauche et à droite.)
M. Joseph Fabre. C'est excessif ! Vous aboutissez ainsi à l'abdication des principes de 1789 et de 1848... (Bruit), à la consécration de la loi de grâce remplaçant la loi de justice.
M. Vernhes. Alors les missionnaires ont aussi leur droit ! Ne leur reprochez donc pas d'en user ! (Bruit.)
M. le président. N'interrompez pas, monsieur Vernhes !
M. Jules Ferry. Je dis que les races supérieures...
M. Vernhes. Protégez les missionnaires, alors ! (Très bien ! à droite.)
Voix à gauche. N'interrompez donc pas !
M. Jules Ferry. Je dis que les races supérieures ont des devoirs...
M. Vernhes. Allons donc !
M. Jules Ferry. Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. (Très bien ! très bien !) Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquit­tent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.
M. Paul Bert. La France l'a toujours fait !
M. Jules Ferry. Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu'un peut nier qu'il y a plus de justice, plus d'ordre matériel et moral, plus d'équité, plus de vertus sociales dans l'Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions oeuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l'Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l'histoire de cette conquête, il y a aujourd'hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d'ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu'auparavant ?
M. Clemenceau. C'est très douteux !
M. Georges Périn. Rappelez-vous donc le discours de Burke !
M. Jules Ferry. Est-ce qu'il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l'Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise ? Est-ce que notre premier devoir, la première règle que la France s'est imposée, que l'Angleterre a fait pénétrer dans le droit coutumier des nations européennes et que la conférence de Berlin vient de traduire le droit positif, en obligation sanctionnée par la signature de tous les gouvernements, n'est pas de combattre la traite des nègres, cet horrible trafic, et l'esclavage, cette infamie. (Vives marques d'approbation sur divers bancs.)
Voilà ce que j'ai à répondre à l'honorable M. Pelletan sur le second point qu'il a touché.
Il est ensuite arrivé à un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m'expliquer en toute franchise. C'est le côté politique de la question.
Messieurs, dans l'Europe telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d'une population incessamment croissante ; dans une Europe, ou plutôt dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement ou d'abstention, c'est tout simplement le grand chemin de la décadence !
Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l'activité qu'elles développent ; ce n'est pas « par le rayonnement des institutions »... (Interruptions à gauche el à droite) qu'elles sont grandes, à l'heure qu'il est.
M. Paul de Cassagnac. Nous nous en souviendrons, c'est l'apologie de la guerre !
M. de Baudry d'Asson. Très bien ! la République, c'est la guerre. Nous ferons imprimer votre discours à nos frais et nous le répandrons dans toutes les communes de nos circonscriptions.
M. Jules Ferry. Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure, toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième. (Nouvelles interruptions sur les mêmes bancs. - Très bien ! très bien ! au centre.) Je ne puis pas, messieurs, et personne, j'imagine, ne peut envisager une pareille destinée pour notre pays.
Il faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique d'expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l'heure qu'il est toutes les puissances européennes, il faut qu'il en prenne son parti, autrement il arrivera... oh ! pas à nous qui ne verrons pas ces choses, mais à nos fils et à nos petits-fils ! il arrivera ce qui est advenu à d'autres nations qui ont joué un très grand rôle il y a trois siècles, et qui se trouvent aujourd'hui, quelque puissantes, quelque grandes qu'elles aient été descendues au troisième ou au quatrième rang. (Interruptions.)
Aujourd'hui la question est très bien posée : le rejet des crédits qui vous sont soumis, c'est la politique d'abdication proclamée et décidée. (Non ! non !) Je sais bien que vous ne la voterez pas, cette politique, je sais très bien aussi que la France vous applaudira de ne pas l'avoir votée ; le corps électoral devant lequel vous allez rendre n'est pas plus que nous partisan de la politique de l'abdication ; allez bravement devant lui, dites-lui ce que vous avez fait, ne plaidez pas les circonstances atténuantes ! (Exclamations à droite et à l'extrême gauche. - Applaudissements à gauche et au centre.) ... dites que vous avez voulu une France grande en toutes choses...
Un membre. Pas par la conquête !
M. Jules Ferry.  ... grande par les arts de la paix, comme par la politique coloniale, dites cela au corps électoral, et il vous comprendra.
M. Raoul Duval.  Le pays, vous l'avez conduit à la défaite et à la banqueroute. 
M. Jules Ferry. Quant à moi, je comprends à merveille que les partis monarchiques s'indignent de voir la République française suivre une politique qui ne se renferme pas dans cet idéal de modestie, de réserve, et, si vous me permettez l'expression, de pot-au-feu...(Interruptions et rires à droite) que les représentants des monarchies déchues voudraient imposer à la France. (Applaudissements au centre.)
M. le baron Dufour. C'est un langage de maître d'hôtel que vous tenez là.
M. Paul de Cassagnac. Les électeurs préfèrent le pot-au-feu au pain que vous leur avez donné pendant le siège, sachez-le bien !
M. Jules Ferry. Je connais votre langage, j'ai lu vos journaux... Oh ! l'on ne se cache pas pour nous le dire, on ne nous le dissimule pas : les partisans des monarchies déchues estiment qu'une politique grande, ayant de la suite, qu'une politique capable de vastes desseins et de grandes pensées, est l'apanage de la monarchie, que le gouvernement démocratique, au contraire, est un gouvernement qui rabaisse toutes choses...
M. de Baudry d'Asson. C'est très vrai !
M. Jules Ferry. Eh bien, lorsque les républicains sont arrivés aux affaires, en 1879, lorsque le parti républicain a pris dans toute sa liberté le gouvernement et la responsabilité des affaires publiques, il a tenu à donner un démenti à cette lugubre prophétie, et il a montré, dans tout ce qu'il a entrepris...
M. de Saint-Martin. Le résultat en est beau !LDH Le statut indigène 1919 150E.jpg
M. Calla. Le déficit et la faillite !
M. Jules Ferry. ...aussi bien dans les travaux publics et dans la construction des écoles... (Applaudissements au centre et à gauche), que dans sa politique d'extension coloniale, qu'il avait le sentiment de la grandeur de la France. (Nouveaux applaudissements au centre et à gauche.)
Il a montré qu'il comprenait bien qu'on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui de nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine, qu'il faut autre chose à la France : qu'elle ne peut pas être seulement un pays libre, qu'elle doit aussi être un grand pays exerçant sur les destinées de l'Europe toute l'influence qui lui appartient, qu'elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses moeurs, son drapeau, ses armes, son génie. (Applaudissements au centre et à gauche.)
Quand vous direz cela au pays, messieurs, comme c'est l'ensemble de cette œuvre, comme c'est la grandeur de cette conception qu'on attaque, comme c'est toujours le même procès qu'on instruit contre vous, aussi bien quand il s'agit d'écoles et de travaux publics que quand il s'agit de politique coloniale, quand vous direz à vos électeurs : « Voilà ce que nous avons voulu faire » soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront, et le pays sera avec vous, car la France n'a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle (Bravos prolongés à gauche et au centre. - Double salve d'applaudissements - L'orateur en retournant à son banc reçoit les félicitations de ses collègues.)
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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:03

 

 

 

 

La Asamblea General de la ONU votó este martes, una vez más, por un nuevo llamado al levantamiento del bloqueo que EE.UU. mantiene sobre el pueblo de Cuba.

 

Une belle preuve de l’abus de pouvoir du régime

de Washington. 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 19:00

 

Voici un texte qui décrit fort bien les enjeux du combats des mandataires socialistes d’Amérique Latine (quoi qu’on puisse leur reprocher par ailleurs). Il s’agit d’une guerre contre ces gens qui prouvent chaque jour d’avantage leur cruauté, leur sadisme et le peu de cas qu’il font de la vie humaine, de la souffrance humaine, pas seulement celles de ceux qui les combattrait les armes à la main mais bien celles des Peuples de la Terre, enfants, femmes, vieillards, hommes.. nul ne trouve grâce à leurs yeux quand leur Profit est en jeu.

Aujourd’hui ils assument de plus en plus ouvertement leur rôle de bourreau de planète, en tous lieux sans exception, au point que nous les ressentons toujours d’avantage comme une menace pour la survie de l’humanité.


C’est pourquoi je suis fort déçue (c’est peu dire) par la menace de Correa d’abandonner son poste, parce qu’on ne le laisse pas prendre sur la conscience d’autrui une emprise que nul n’a le droit de prendre, qui est du ressort du plus intime et personnel choix de conscience de ceux que l’avortement concerne. Une menace d’abandon de poste alors que l’ennemi est là et ne cesse de gagner du terrain. Et cela est moralement condamnable. Surtout quand on a pris des engagements aussi forts.

 

 

Economie et Etat : quel enjeu pour le peuple ?

par José Pablo Feinmann *


 

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Quelle horrible faute découvrira-t-on, un jour, je suppose, qu’aurait pu commettre le gouvernement de CFK (Cristina Fernandez de Kichner, ndlt) pour mériter la haine qu’il réveille dans certains secteurs ? Qu’est-ce qui nous permettra de comprendre comment une éditorialiste de La Nacion en arrive à présenter un livre conjointement avec le leader du Parti Ouvrier (PO) ? Difficile de le savoir. Mais nous devrions essayer de comprendre une chose. En Argentine, et dans presque toute l’Amérique latine, a lieu un combat entre les intérêts néolibéraux et les gouvernements apparus au début de la première décennie de ce siècle. Si nous essayions de chercher le fond du problème nous pourrions affirmer qu’il existe (et cela depuis plusieurs siècles) un débat autour de l’Etat. Sur la relation entre Etat et Economie. L’Etat doit-il intervenir sur le libre cours de l’économie ? Doit-il se replier sur soi-même et n’assurer que le maintien de l’ordre intérieur ?

Depuis José Martinez de Hoz [1], on entend dire que moins d’Etat c’est plus de Nation. Il s’agit-là d’une consigne particulièrement précise pour expliciter la pensée de l’un des défenseurs les plus acharnés de la déréglementation économique [2]. Nous parlons ici de Friedrich von Hayek, aujourd’hui considéré comme le père du néolibéralisme. Ce qu’il est, en effet. Si Videla a faite sienne cette consigne sur la grandeur de la Nation qui reposerait sur une réduction de l’Etat, personne ne s’étonnera d’apprendre que la théorie de von Hayek est basée sur le concept d’un Etat minime. Ainsi, Hayek a inspiré non seulement le gouvernement de Videla mais aussi ceux de Pinochet, Reagan et Thatcher. Sa défense du libéralisme économique l’amène à soumettre la démocratie à ses postulats. L’Etat devra simplement garantir l’ordre spontané du marché. Hayek a une foi puissante en l’autorégulation du marché. Il ne fait pas appel à la main invisible dont parlait Adam Smith, il n’en a pas besoin. Il fait davantage confiance que ce dernier au pouvoir du marché. Le libre marché et la démocratie s’autoalimentent, l’un est la garantie de l’autre. Mais ils ne sont pas équivalents. Le marché détient la suprématie absolue. Le libéralisme économique détrône le politique. Hayek finit par faire davantage confiance au marché qu’à la démocratie. Il a peur d’une démocratie planificatrice. Ce n’est pas elle qui pourrait garantir l’ordre spontané du marché.

Hayek déteste l’interventionnisme d’Etat et se lance en croisade contre ce fléau. Le mot « planification » et ce qu’il signifie provoque chez lui colères et crises démesurées. Si une démocratie est planificatrice ce n’est pas une démocratie. Il faudra la dépasser. Seule une démocratie qui ne planifie pas est une démocratie. La planification et l’Etat interventionniste sont la même chose pour Hayek. Il n’est pas étonnant qu’il ait, lui et les siens – les Chicago Boys, appuyé des régimes aberrants sur le plan politique, social et des droits de l’Homme. Cela ne les dérange pas. Ils préfèrent une démocratie autoritaire (ce qui est un oxymore), voire même un régime totalitaire s’il leur permet de s’opposer à la planification, à la régulation de l’économie. Le marché doit être libre, coûte que coûte. Cela ne les dérange donc absolument pas de soutenir des Pinochet et Videla. Les « Chicago Boys  » ont joué un rôle important au Chili et en Argentine. Les disparus disparaissaient dans des zones où régnaient le marché libre, la dérégulation économique et la réduction de l’Etat, ce qui était tout le contraire des options choisies par les régimes socialistes et populistes. C’était – pour Hayek et les siens – une noble cause que de faire disparaître. S’il faut tuer pour cela, on tue. Le contraire est pire. Quel est « le contraire » pour Hayek ? Nous l’avons déjà perçu : la régulation du marché par l’interventionnisme de l’Etat. Cela a un nom au sein même du capitalisme : c’est le capitalisme du New Deal. Celui de Keynes.

D’après ce que l’on sait, Keynes sauva les Etats-Unis du krach de 29 en appliquant les théories du New Deal qui reposaient sur l’intervention de l’Etat dans l’économie et sur le plein-emploi. Le plein-emploi garantissait la capacité de consommer pour la population, et la capacité de consommer garantissait le développement des industries. Il s’agissait d’un plan pour sauver le marché intérieur. Il existe un lien dialectique entre la production et la consommation, lien que le libéralisme et le néolibéralisme abomineront toujours. Il est pourtant simple et manifestement raisonnable : ce dont a besoin une industrie de production, c’est d’un marché de consommateurs. Ce dont a besoin un marché de consommateurs, c’est d’une industrie de production. Les deux se dynamisent réciproquement et créent ce qui permet à un pays d’être autonome. Un marché intérieur national soutenu par un Etat Bienfaiteur des intérêts nationaux et des petites et moyennes entreprises qui produisent pour le marché intérieur. C’est cela que les néolibéraux nomment « populisme ». Le « populisme » - partant de l’idée de plein-emploi – oublie le marché au bénéfice du « peuple ». Ensuite, l’interventionnisme d’Etat entraîne l’autoritarisme et la corruption. Tandis qu’un « minimum d’Etat » garantit la transparence du marché dans les grandes entreprises qui sont celles dont profitera vraiment le peuple, non pas grâce à la démagogie, mais en fonction de la théorie du ruissellement (Trickle-down effect). De plus, il n’y a qu’un pas du populisme à l’autoritarisme et aux économies planifiées socialistes.

Avec la chute du mur de Berlin, les puissances occidentales ont vu s’ouvrir à elles un terrain fertile pour leurs plans déjà connus ou à venir. C’est ainsi qu’apparait le célèbre consensus de Washington, dont les principaux points sont les suivants :

  • 1. Discipline budgétaire des gouvernements.
  • 2. Réorientation des dépenses publiques vers les secteurs de l’Education et de la Santé.
  • 3. Réforme fiscale et effort tributaire, basés sur un large bassin de contribuables et sur des impôts modérés.
  • 4. Dérégulation financière et taux d’intérêt libres en fonction du marché.
  • 5. Taux de change compétitif, régi par le marché.
  • 6. Libre-échange entre les nations.
  • 7. Ouverture aux investissements directs étrangers.
  • 8.. Privatisation des entreprises publiques.
  • 9. Dérégulation des marchés.
  • 10. Sécurisation des droits de propriété.

Ce Consensus (inspiré par l’économiste John Williamson) recèle de nombreux points communs avec les thèses de Von Hayek. Il fut appliqué dans notre pays sous le gouvernement de Carlos Saul Menem.

  • Cette discipline budgétaire exigeait des comptes clairs au niveau de la macroéconomie. Le pays qui accueillait les capitaux multinationaux devait en assurer la sécurité et ne pas les soumettre à des risques indésirables. Les « comptes clairs de la macroéconomie » représentaient la théorie « du ruissellement ».
  • Une fois satisfaits les besoins de la macroéconomie, la coupe serait pleine et il y aurait alors des retombées pour les classes nécessiteuses, qui devraient attendre jusque-là.
  • Les impôts modérés profitaient aux grandes entreprises. Ce n’est pas la même chose d’être un contribuable déclarant des millions de pesos ou d’en être un déclarant deux milles pesos. De toute évidence, il est absurde d’appliquer aux deux des impôts modérés. Mais, appliquer des impôts plus élevés aux gros contribuables supposerait une intervention de l’Etat populiste ou totalitaire qui conduirait à une dérégulation du cours naturel des marchés.
  • La dérégulation financière est un rêve du capital transnational et les taux d’intérêt, s’ils sont conformes au marché, seront le résultat d’accords entre les grands monopoles qui le dominent.

Un immense cynisme se cache derrière tout cela. Personne n’ignore que le marché, s’il n’est pas régulé, s’il est livré à sa propre mécanique, tombe entre les mains des monopoles. Seul l’Etat peut – pour le moins – défendre l’équilibre du marché. Dans le cas contraire, comme nous l’avons dit, ce dernier tombe entre les mains des monopoles. Comment ? C’est très simple. Les monopoles peuvent vendre à perte pendant un an, ruinant ainsi toutes les petites et moyennes entreprises du « marché libre ». Alors, ils les achètent et les intègrent à leur groupe. Le marché, livré à sa propre dynamique, se concentre et finit par devenir le patrimoine de trois ou, tout au plus, quatre entreprises. De fait, le libre commerce devient très vite la négation de la démocratie. Les autres points découlent de ce que nous avons déjà analysé et – vus sous cet éclairage – sont pathétiques. Des mensonges qui nous offensent.

Depuis toujours les néolibéraux et les vieux libéraux à la tête de gouvernements ouvertement génocidaires (n’oublions pas que Hayek et les siens n’ont pas hésité à soutenir « des démocraties libérales autoritaires » basées sur l’extermination d’êtres humains) ont accordé plus de valeur à la défense du marché qu’à la démocratie. Ils ont fait remarquer avec insistance (et il s’agit là, malheureusement, d’un argument que les régimes socialistes leur ont servi sur un plateau) que les désastres humanitaires de l’Union soviétique, ou de la Chine, ou ceux de Pol Pot et de ses Khmers rouges au Cambodge justifiaient ceux qu’ils avaient soutenus au nom de causes plus nobles, en lesquelles ils croyaient sincèrement.

En résumé, ce qui se joue aujourd’hui - entre autres choses, telles que les ambitions personnelles, les haines exacerbées, les coups bas, etc. – c’est le sort d’un gouvernement National Populaire et Démocratique uni au keynésianisme de la régulation du marché et de l’interventionnisme d’Etat avec le risque d’un retour à Hayek, au John Williamson du Consensus de Washington, à l’hégémonie des grandes entreprises monopolistiques. Il est remarquable que l’argument principal avancé soit celui de la corruption, alors que ce sont eux qui ont mis en place les gouvernements les plus corrompus de l’Argentine, celui des militaires massacreurs de 76 et celui de Carlos Saul Menem qui leur offrit le pays afin qu’il leur serve de cobaye pour les recettes voraces du FMI, et qui le mena à la ruine au milieu des plus grands scandales de corruption. Cela ne peut justifier aucune action douteuse du gouvernement actuel. Si cela se confirmait, nous ne manquerions pas de l’attaquer sérieusement. Mais la cause n’est pas la corruption. Il s’agit d’autre chose. Tout gouvernement populaire a été érodé par ce thème de la corruption. Car les gens – manipulés par le pouvoir médiatique hégémonique – croient que les classes supérieures ne volent pas parce qu’elles sont raffinées et ont de l’argent. Ceux qui volent ce sont les sales populistes, emplis d’ambitions bâtardes. Finalement, une des facettes importantes de la tragédie argentine nous montre que :

  • La classe moyenne ne veut pas être ce qu’elle est. Elle veut appartenir à la classe supérieure, pas à la classe inférieure.
  • Lorsque les gouvernements populistes lui donnent la possibilité d’accéder à un bon niveau économique (qu’elle avait perdu du temps du gouvernement néolibéral), elle se vit de nouveau comme classe supérieure et cherche à destituer ces populistes non-présentables.
  • Reviennent au pouvoir les néolibéraux des classes aisées. La classe moyenne est de nouveau ruinée. Elle vote de nouveau pour le populisme.

Et ainsi, jusqu’à l’épuisement ou le vertige.

José Pablo Feinmann, pour Página 12,

Página 12. Buenos Aires, 29 septembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : El Correo

El Correo. Paris, 11 octobre 2013.

 

* José Pablo Feinmann philosophe argentin, professeur, écrivain, essayiste, scénariste et auteur-animateur d’émissions culturelles sur la philosophie.

Notes

[1] José Martinez de Hoz (1925-2013), Ministre de l’Economie sous la dictature Videla (1976-1983). Ultralibéral, il a été le précurseur de l’introduction du néolibéralisme en Argentine. Sa politique a provoqué la faillite de multiples entreprises argentines et la désindustrialisation du pays. NDLR

[2] L’Argentine est restée, et est toujours, totalement dégarnie juridiquement en cas d’un conflit avec une entreprise multinationale puisque continuent à être en vigueur « Les lois sur les investissements étrangers et expropriations » dictées par la dictature militaire et son Ministre de l’Économie Martínez de Hoz, et les décrets ménémistes 1055/89, 1212/89 et 1589/89 de dérégulation pétrolière, les 54 traités commerciaux bilatéraux célèbres et ratifiés pendant le Gouvernement de Menem n’ont pas été dénoncés et ni même renégociés et l’Argentine continue à adhérer au CIADI, qui organise des tribunaux arbitraux sous l’égide de la Banque mondiale. NDLR

 

 

Source : Economie et Etat : quel enjeu pour le peuple ? - El Correo

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