28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 22:23

 

Appel au boycott de l’application Stop-COVID19

Écran Total, 27 avril 2020

Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années.

Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années.

La crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social

Du point de vue sanitaire, l’épidémie de COVID-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. A ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement.

Bien sûr, il n’a pas échappé à grand-monde que la situation présente a permis aux gouvernements de nombreux pays de tétaniser, pour un temps indéterminé, les contestations parfois extrêmement vives dont ils faisaient l’objet depuis plusieurs mois. Mais ce qui est tout aussi frappant, c’est que les mesures de distanciation interpersonnelle et la peur du contact avec l’autre générées par l’épidémie entrent puissamment en résonance avec des tendances lourdes de la société contemporaine. La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possibles et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies ; et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du COVID-19.

« Restez chez vous »… sur Internet « du lit à l’ordi »

Dès les premiers jours du confinement, il était clair qu’une des conséquences sociales immédiates de la pandémie, en Espagne et en France, serait la radicalisation de notre dépendance à l’informatique. Au train où allaient les choses, il semblait pourtant difficile d’accélérer ! Mais avec l’enfermement au domicile, pour beaucoup, les écrans deviennent un mode quasi-exclusif d’accès au monde ; le commerce en ligne explose, et même l’organisation de réseaux d’approvisionnements locaux en légumes et produits frais passe souvent par des sites Internet ; la consommation de jeux vidéo s’envole ; le nombre de consultations de « télémédecine » montent en flèche (alors qu’elles n’apportent rien de plus en général qu’une conversation téléphonique) ; la « continuité pédagogique » se fait aussi par ordinateur, au mépris de toutes les recommandations médicales de limiter l’exposition des enfants aux écrans ; et des millions de personnes se retrouvent à travailler chez elles – non plus « métro-boulot-dodo », mais directement « du lit à l’ordi ».

Les grands médias ne voient en général rien d’inquiétant à cette réduction de toutes les activités humaines à une seule. Au contraire, ils applaudissent d’autant plus les initiatives de solidarité qu’elles passent par un site, une plateforme, un groupe sur messagerie… Ils encouragent tout un chacun à se résigner au fait de prendre l’apéritif seuls-ensemble [1], « par » Skype, et trouvent même des croyants ravis de communier pour Pâques par écrans interposés.

A cette campagne incessante de promotion de la vie numérique ne répond aucune alarme dans le débat d’idées : l’informatisation totale ne semble un problème pour personne. Des journalistes, des économistes, des hommes d’État, des deux côtés des Pyrénées, nous serinent qu’il faudra à l’avenir ne pas rester si dépendants de l’industrie chinoise pour les médicaments, le textile, etc. ; mais leur souci d’indépendance nationale les amène rarement à se préoccuper du fait que le secteur du numérique tout entier repose sur les mines et les usines asiatiques, souvent de véritables bagnes industriels qu’il est très difficile d’imaginer « relocaliser ». D’autres voix s’élèvent, qui ne s’en tiennent pas à la critique de la mondialisation des échanges, et réclament un changement profond de « notre modèle de développement ». Mais elles éludent la place centrale du numérique dans ce modèle, et ne signalent pas que rien ne pourra changer en matière de précarisation sociale et d’écologie si nous continuons de tout faire par Internet.

Les start-up nations : un monde profondément déshumanisé et kafkaïen.

Le président Macron, quant à lui, se permet de faire des allusions répétées au programme du Conseil national de la Résistance et à son esprit de compromis social ; mais dans les faits, le projet de conversion de la France en start-up nation n’est nullement en pause, au contraire il connaît un grand bond en avant. Cette nouvelle ère de travail sans contact permet de compléter l’offensive contre les salariés entamée bien avant le coronavirus : suppression massive de postes au profit d’applications, de plateformes et de robots ; réduction du travail relationnel au profit de réponses automatisées pilotées par algorithmes ; perte de sens du travail supplanté par d’absurdes routines bureautiques ; exploitation accrue, et affaiblissement des capacités de résistance des salariés, de plus en plus isolés les uns des autres.

Le confinement est ainsi une aubaine pour s’approcher de l’objectif de remplacement de tous les services publics par des portails en ligne, fixé par le plan Action publique 2022. Comme on le voit avec la suppression des guichets SNCF, cette numérisation accélère la privatisation des services publics, par le transfert de leur travail à des plateformes commerciales aux pratiques opaques, fondées sur le profilage massif des individus. Elle évince violemment l’ensemble des usagers peu ou pas connectés – un cinquième de la population, parmi lesquels les personnes âgées, les plus vulnérables économiquement et les récalcitrants. Elle oblige désormais des catégories en voie de paupérisation massive à s’acheter parfois autant d’équipements informatiques « de base » (PC, smartphone, imprimante, scanner…) que le foyer compte de membres Elle nous fait basculer dans un monde profondément déshumanisé et kafkaïen.

« La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXIe siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût […] Cette crise sanitaire apparaîtra peut-être rétrospectivement comme un moment d’accélération de cette virtualisation du monde. Comme le point d’inflexion du passage du capitalisme industriel au capitalisme numérique, et de son corollaire, l’effondrement des promesses humanistes de la société [de services]. » [2]

La stratégie du choc numérique

Cette analyse de bon sens n’est pas le fait d’un contempteur du néolibéralisme, en colère contre les choix politiques faits depuis quarante ans sous la pression des milieux d’affaires. Elle est d’un économiste de centre-gauche, participant au Conseil de surveillance du journal Le Monde. Elle suffit pour comprendre que si « stratégie du choc » [3] il y a, dans le contexte actuel, elle se trouve en bonne partie sous nos yeux, dans ce surcroît de numérisation de la vie domestique et économique.

Il nous semble juste de parler de stratégie du choc numérique, au sens où la crise sanitaire crée l’occasion de renforcer la dépendance aux outils informatiques, et de déployer des projets économiques et politiques pré-existants : enseignement à distance, recours massif au télétravail, « e-santé », Internet des objets et robotisation, élimination de l’argent liquide au profit de la monnaie électronique, promotion de la 5G, smart city… On peut aussi faire figurer dans ce tableau les projets de suivi des individus par leur smartphone, au-delà de ce qui se pratiquait déjà en matière de surveillance policière, de marketing, ou de rencontres amoureuses par applications dédiées. Ainsi le risque n’est-il pas seulement que les choses restent « comme avant », mais qu’elles empirent nettement.

Harmonie à la Chinoise (19ème congrès du PCC)

Harmonie à la Chinoise (19ème congrès du PCC)

Quand la Chine s’éveille en nous ?

Il est à peu près acquis que plusieurs gouvernements européens vont mettre en place de nouveaux dispositifs de surveillance par smartphone, en contrepartie de la sortie, ou du relâchement, du confinement. Alors qu’à la peur de tomber malade s’ajoute la lassitude et l’impossibilité économique de rester confinés pendant des mois, c’est un véritable chantage auquel les populations sont soumises.

Prenons la mesure de l’imposture : dans un contexte de pénurie grave des moyens ordinaires pour lutter contre la contagion (trop peu de masques et de blouses à l’hôpital, manque de soignants et de lits à l’hôpital et en dehors, peu de tests), on nous propose à la place un gadget de science-fiction, les applications de détection électronique de la transmission du coronavirus. Aucune annonce claire n’est faite dans le sens d’un soutien financier massif et structurel aux hôpitaux publics pour faire face à une crise qui va durer ; par contre, on s’apprête à franchir un nouveau cap dans la traçabilité systématique des déplacements et des relations sociales – au moins, dans un premier temps, pour ceux qui l’acceptent. Les résultats sanitaires sont plus qu’incertains ; les conséquences politiques, elles, ne font pas de doute.

Car le fait de se savoir tracé en permanence est source de conformisme et de soumission aux autorités, même quand on ne vit pas sous une dictature [4]. Les éléments de langage gouvernementaux assurent que les informations données par les applications de traçage des personnes porteuses du COVID-19 seront anonymisées puis détruites, mais il suffit de lire les mémoires d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique pour voir que ce genre de garantie ne tient pas [5]. Qui plus est, un coup d’œil à l’histoire récente des technologies montre qu’il n’y a pratiquement jamais de retour en arrière avec les dispositifs liberticides introduits en temps de crise : si elles sont mises en œuvre à grande échelle sous l’égide de l’État, les applications de traçage resteront, et il sera difficile d’en empêcher l’extension à toute la population. Pensons au fichage ADN, introduit à la fin des années 1990 suite à une série de meurtres à caractère sexuel et dont les ministres de l’époque juraient qu’il resterait toujours limité aux grands criminels – de nos jours, il est devenu quasi-automatique, quand on est arrêté pour être resté un peu tard en manifestation. Pensons aussi, tout simplement, que nous n’avons aucune idée de la durée de l’épisode épidémique où nous sommes entrés début mars – six mois ? trois ans ? bien plus ?

En tous cas, cet épisode est marqué par l’idée que l’efficacité, en matière de lutte contre les coronavirus, serait à chercher du côté de l’Asie en général et de la Chine en particulier. En France, médias et politiques portent plutôt leur regard vers la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour, dont l’hyper-modernité technologique n’est pas associée (à tort ou à raison) au despotisme politique. En Espagne, par contre, le début de la crise sanitaire a vu la presse dominante se demander ouvertement si la « démocratie » n’est pas un fardeau qui condamne à l’inefficacité, tandis que de vieux politiciens « libéraux » faisaient part de leur admiration pour l’autoritarisme chinois high tech : géolocalisation des téléphones mobiles, systèmes de notation sociale [social ranking] alimentée par les données recueillies en permanence sur les citoyens avec Internet, reconnaissance faciale, usage de drones pour surveiller et sanctionner la population. C’est un des éléments du tournant que nous vivons peut-être : nous avons été habitués depuis des décennies à lire notre avenir dans les évolutions de la société nord-américaine, et tout à coup, c’est la Chine post-maoïste qui semble devenir notre horizon – elle qui fait un usage véritablement décomplexé des innovations de la Silicon Valley.

La surenchère technologique ne peut que nourrir les effondrements écologiques et sanitaires

Pour l’heure, le recours par les autorités politiques européennes aux applications de traçage des smartphones pour traquer le COVID-19 relève d’une forme de bluff [6]. C’est une mesure d’accompagnement psychologique, pour donner l’impression qu’elles agissent, qu’elles peuvent quelque chose, qu’elles ont des idées pour maîtriser la situation. Alors qu’il est manifeste qu’elles ne maîtrisent rien, en tous cas dans des pays comme les nôtres ou comme l’Italie. Par contre, dans toute l’Europe, elles emboîtent le pas aux milieux d’affaire qui réclament la reprise du travail et la relance de l’économie ; il est donc d’autant plus urgent de sortir des « applis » magiques de leurs chapeaux, puisqu’elles n’ont visiblement rien d’autre à leur disposition pour protéger les populations.

Des dispositifs comme la géolocalisation électronique servent en fait à assurer le maintien d’une organisation sociale pathologique, tout en prétendant limiter l’impact de l’épidémie que nous connaissons aujourd’hui. Le traçage du coronavirus vise à sauver (momentanément) un type de monde où l’on se déplace beaucoup trop, pour notre santé et celle de la Terre ; où l’on travaille de plus en plus loin de chez soi, en côtoyant au passage des milliers de gens qu’on ne connaît pas ; où l’on consomme les produits d’un commerce mondial dont l’échelle exclut toute régulation morale. Ce que les promoteurs de la géolocalisation cherchent à préserver, ce n’est donc pas d’abord notre santé, ni notre « système de santé » : c’est la société de masse. C’est même une société de masse renforcée, au sens où les individus qui la composent seront encore plus esseulés et renfermés sur eux-mêmes, par la peur et par la technologie.

Alors que la pandémie actuelle devrait nous inciter à transformer radicalement une société où l’urbanisation galopante, la pollution de l’air et la surmobilité peuvent avoir des conséquences aussi incontrôlables, le déconfinement géré par big data menace de nous y enfoncer un peu plus. L’émergence du COVID-19, comme celle des autres grands virus depuis l’an 2000, est reliée par de nombreux chercheurs à la déforestation qui oblige beaucoup d’espèces animales à se retrouver en contact imprévu avec les humains. D’autres mettent en cause les élevages intensifs concentrationnaires, arrosés d’antibiotiques mutagènes. Dire que la réponse au COVID-19 doit être technologique (comme Stéphane Richard, le PDG d’Orange dans Le Monde du 1er avril), c’est poursuivre la fuite en avant dans une logique de puissance et de maîtrise illusoire de la nature, dont la crise écologique nous montre chaque jour l’échec. L’impact de l’industrie numérique sur les écosystèmes est déjà intenable. Elle a créé une ruée sur les métaux qui dévaste les zones les plus préservées de la planète. Elle s’appuie sur une industrie chimique particulièrement polluante et engendre des montagnes de déchets. Du fait de la multiplication des data center et de l’augmentation permanente du trafic Internet, elle fait carburer les centrales électriques et émet autant de gaz à effet de serre que le trafic aérien [7].

Qui plus est, le mode de vie connecté est globalement nocif pour notre santé. Addictions, difficultés relationnelles et d’apprentissage chez les plus jeunes, mais aussi électro-hypersensibilité : l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) estime ainsi à 3,3 millions le nombre de Français qui disent en souffrir (soit 5 % de la population), et affirme la nécessité d’importantes recherches pour comprendre comment ces souffrances se déclenchent et s’amplifient [8]. Ajoutons à cela les doutes qui entourent le caractère cancérogène des ondes électromagnétiques artificielles, considéré comme possible par l’OMS. Les liens établis entre tumeurs au cœur (chez des rats) et ondes 2G/3G par le National Toxicology Programm américain en 2018 [9] ne font pas l’objet d’un consensus scientifique, mais le doute est toujours à décharge pour les industriels de la téléphonie mobile : il sert de justification à la fuite en avant, jamais au principe de précaution.

D’ailleurs, au premier rang de la stratégie du choc menée par le gouvernement français figure l’installation simplifiée des antennes-relais, contestées par tant de riverains et d’associations, notamment pour motifs de santé. La loi d’urgence du 25 mars 2020 permet leur déploiement sans l’accord de l’Agence nationale des fréquences. Dans le même temps, l’explosion du trafic Internet lié au confinement justifie la poursuite du déploiement du réseau 5G – c’est en Italie que les choses s’accélèrent le plus [10]. Alors que des scientifiques et des citoyens du monde entier s’y opposent depuis plusieurs années, la presse rabat les inquiétudes qui s’expriment à ce sujet, en différents endroits du monde, sur des thèses improbables reliant la propagation du COVID-19 aux ondes 5G. Les Gafam vont jusqu’à envisager ces derniers jours de supprimer de nombreuses publications en ligne qui alarment sur les effets de cette nouvelle étape dans l’intensification des champs électromagnétiques artificiels. Or, ces alarmes sont souvent parfaitement légitimes : d’une part parce que déployer, sans en connaître les effets, une source de pollution électromagnétique au moins deux fois supérieure à celle de tous les réseaux déjà existants est une aberration du point de vue du principe de précaution ; d’autre part parce que le danger le plus avéré du réseau 5G est qu’il doit servir d’infrastructure à la prolifération des objets connectés, des voitures automatiques et, globalement, d’une société hyperconsumériste dont les effets sociaux et écologiques sont intenables.

Arrêter l’escalade

Bref, les technocrates du monde entier prétendent nous préserver du coronavirus aujourd’hui, en accélérant un système de production qui compromet déjà notre survie demain matin. C’est absurde, en plus d’être voué à l’échec.

Nous n’avons pas besoin de technologies qui nous déresponsabilisent, en disant et décidant à notre place où nous pouvons aller. Ce dont nous avons besoin, c’est d’exercer notre responsabilité personnelle, pour pallier les défaillances et le cynisme des dirigeants. Nous avons besoin de construire par le bas, avec l’aide des soignants, des règles de prudence collective raisonnables et tenables sur la longue durée. Et pour que les inévitables contraintes fassent sens, nous n’avons pas seulement besoin de savoir en temps réel quelle est la situation dans les services d’urgence. Nous avons besoin d’une réflexion collective et conséquente sur notre santé, sur les moyens de nous protéger des multiples pathologies que génère notre mode de vie : les futurs virus, autant que leurs divers facteurs de « co-morbidité », tels que l’asthme, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et bien sûr le cancer [11].

Cette crise met une fois de plus en évidence le problème de la dépendance des peuples envers un système d’approvisionnement industriel qui saccage le monde et affaiblit notre capacité à nous opposer concrètement aux injustices sociales. Nous percevons que seule une prise en charge collective de nos besoins matériels, à la base de la société, pourrait permettre, dans les troubles à venir, de trouver à manger, de se soigner, d’accéder aux services de base. Il faut comprendre que l’informatisation va à l’encontre de ces nécessaires prises d’autonomie : le système numérique est devenu la clé de voûte de la grande industrie, des bureaucraties étatiques, de tous les processus d’administration de nos vies qui obéissent aux lois du profit et du pouvoir.

Il se dit régulièrement qu’à un moment donné de cette crise, il faudra demander des comptes aux dirigeants. Et comme à l’accoutumée, les réclamations en matière de dotations budgétaires, d’abus patronaux et financiers, de redistribution économique, ne manqueront pas. Mais à côté de ces indispensables revendications, d’autres mesures sont à prendre nous-mêmes ou à arracher aux décideurs, si nous voulons préserver notre liberté – c’est-à-dire si nous voulons préserver la possibilité de combattre les logiques de concurrence et de rentabilité, de construire un monde où la peur de l’autre et l’atomisation de la population ne dominent pas pour longtemps.

  1. Ces jours-ci, il semble que de nombreuses personnes laissent leur smartphone chez elles, quand elles quittent leur domicile. Nous appelons à la généralisation de ce genre de geste et au boycott des applications privées ou publiques de traçage électronique. Au-delà, nous invitons chacun et chacune à réfléchir sérieusement à la possibilité d’abandonner son téléphone intelligent, et de réduire massivement son usage des technologies de pointe. Revenons enfin à la réalité.

  2. Nous appelons les populations à se renseigner sur les conséquences économiques, écologiques et sanitaires du déploiement planifié du réseau dit 5G, et à s’y opposer activement. Plus largement, nous invitons chacun et chacune à se renseigner sur les antennes de téléphonie mobile qui existent déjà près de chez soi, et à s’opposer aux installations de nouvelles antennes-relais.

  3. Nous appelons à une prise de conscience du problème de la numérisation en cours de tous les services publics. Un des enjeux de la période d’après-confinement (ou des périodes entre deux confinements ?) sera d’obtenir que des guichets physiques soient encore ou à nouveau disponibles pour les habitants des villes et des campagnes, dans les gares, à la Sécurité sociale, dans les préfectures et autres administrations. Des batailles mériteraient d’être engagées pour la défense du service postal (essentiel par exemple à la circulation d’idées sans numérique) et le maintien d’un service de téléphone fixe, bon marché et indépendant des abonnements à Internet.

  4. Une autre bataille essentielle pour l’avenir de la société est le rejet de l’école numérique. La période critique que nous vivons est mise à profit pour normaliser l’enseignement à distance par Internet, et seule une réaction d’envergure des enseignants et des parents pourra l’empêcher. Malgré toutes les critiques qu’on peut faire de divers points de vue à l’institution scolaire, la période actuelle devrait illustrer aux yeux d’un grand nombre qu’il y a du sens à apprendre à plusieurs et qu’il est précieux pour les enfants d’être au contact d’enseignants en chair et en os.

  5. L’économie n’est pas et n’a jamais été à l’arrêt ; les conflits sociaux ne doivent donc pas l’être non plus. Nous soutenons toutes celles et ceux qui se sentent mis en danger, du point de vue de la santé, à leur poste de travail habituel ou dans leurs déplacements. Mais nous attirons aussi l’attention sur les abus et les souffrances dans le cadre du télétravail, à domicile. Certains d’entre nous dénoncent l’informatisation du travail depuis des années ; il est clair que l’extension du télétravail contraint est un processus à endiguer par de nouvelles formes de luttes, de boycott, de retrait.

  6. Du point de vue économique, les mois à venir s’annoncent terribles. Un appauvrissement très important des populations est possible, au même titre que des effondrements bancaires et monétaires. Face à ces périls, il nous faut penser à comment manger et comment cultiver des terres ; comment s’inscrire dans des réseaux d’approvisionnement de proximité, et comment étendre ces possibilités au plus grand nombre ; comment soutenir les agriculteurs qui produisent de la nourriture saine près de chez nous et comment aider d’autres à s’installer. Ce que nous avons dit plus haut explique pourquoi nous pensons que le recours à la technologie de pointe pour faire tout cela n’est pas une solution humaine et pérenne.

  7. Enfin, il va nous falloir défendre les moyens de nous rencontrer physiquement, inventer ou retrouver des lieux de discussion publique dans ce contexte difficile où vont se jouer des batailles décisives. Bien sûr, il faudra prévoir des modalités qui prennent en compte les risques de contagion. Mais la vie connectée ne peut durablement se substituer à la vie vécue, et les succédanés de débats par Internet ne remplaceront jamais la présence en chair et en os, le dialogue de vive voix. Chacune et chacun doit réfléchir dès maintenant à la manière dont il est possible de défendre ce droit à la rencontre (réunions d’habitants, assemblées populaires, manifestations), sans lequel aucun droit politique n’est possible, et sans lequel aucun rapport de force, pour quelque lutte que ce soit, ne peut jamais se constituer.

Confinés à distance les uns des autres, nous avons élaboré cet appel par Internet et nous nous appuyons sur des revues et journaux en ligne, en France et en Espagne (traduction en cours), pour le faire connaître. Nous le faisons toutefois aussi imprimer, pour le faire circuler dès ces jours-ci, de toutes les façons qui nous sembleront adaptées à la situation. Vous pouvez demander le texte aux éditions La Lenteur, 13 rue du Repos, 75020 Paris (adresse de circonstance) : contribution libre, en chèque à l’ordre des éditions ou tout simplement en timbres postaux.

Texte initié parle collectif Ecran total (résister à la gestion et l’informatisation de nos vies) et le groupe de travail «digitalizacion, TIC y 5G » de l’organisation Ecologistas en accion. 

 

Contacts en France :
Écran total, Boîte postale 8 ;
3 et 5 rue Robert Judet,
23 260 Crocq ;
ou <ecrantotal[-at-]riseup.net>

 

Publié sur le site de Terrestres, revue des livres, des idées et des écologies le 27 avril 2020.

 


[1] Référence à l’ouvrage de Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus technologie, de moins en moins de relations humaines, traduction française éd. L’Echappée, 2015.

[2] Extrait de l’interview de Daniel Cohen, “La crise du coronavirus signale l’accélération d’un nouveau capitalisme : le capitalisme numérique”, Le Monde, 3 avril 2020. Cette citation n’implique évidemment pas un accord profond avec les catégories employées par Cohen : en réalité, le numérique approfondit le caractère industriel du capitalisme, et la société post-industrielle dont il parle n’existe pas.

[3] Référence à la formule et à l’ouvrage de Naomi Klein, La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre, traduction française éd. Actes Sud, 2008. Ce livre partait de l’exemple des opportunités ouvertes aux milieux d’affaires américains par l’ouragan Katrina en Louisiane, en 2005.

[4] Voir à ce sujet le chapitre 2 de l’ouvrage du Groupe MARCUSE, La Liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, Vaour, La Lenteur, 2019, notamment les pages 121 à 131.

[5] Edward Snowden, Mémoires vives, Paris, Seuil, 2019. Pour être précis, Snowden insiste sur l’impossibilité de faire disparaître définitivement des données enregistrées. Quant à l’impossibilité de les anonymiser, on peut se référer aux analyses de Luc Rocher, “Données anonymes, bien trop faciles à identifier”, 17 septembre 2019, sur le site The Conversation <www.theconversation.com>.

[6] Voir l’analyse à ce propos de l’association La Quadrature du Net, publiée sur leur site le 14 avril, qui souligne entre autres le manque de fiabilité de la technologie Bluetooth, son manque de précision pour indiquer des contacts avec des personnes testées « positives » notamment dans les zones densément peuplées, et la difficulté à l’utiliser/l’activer pour beaucoup de gens.

[7] Voir entre autres la synthèse de Cécile Diguet et Fanny Lopez dans le cadre de l’Ademe, L’impact spatial et énergétique des data centers sur les territoires, en ligne sur <www.ademe.fr>.

[8] Voir l’article de Pierre Le Hir, “Electrosensibles : des symptômes réels qui restent inexpliqués”, Le Monde, 27 mars 2018.

[9] Sur le site de l’association Priartem.

[10] En Espagne, au contraire, une pause a été décrétée.

[11] Rappelons simplement que selon une étude publiée dans le journal scientifique The Lancet en 2017, la pollution de l’eau, de l’air et des sols tue 9 millions de personnes chaque année ; voir Le Monde, 20 octobre 2017.

Source : Et vous n’avez encore rien vu

 

Digifascination

Digifascination

Partager cet article

Repost0
15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 06:21

 

Des images qui parlent de la destruction des racines de notre culture. Une pyramide maya détruite pour faire des gravats pour réparer des routes.

 

Las excavadoras de una compañía constructora han destruido una de las mayores pirámides mayas de Belice para extraer grava destinada a la construcción de carreteras, informan las autoridades del país.

Ancienne de 2300 ans, située sur un terrain privée mais comme tout vestige préhispanique placée sous la protectin de l'état, la pyramide de Nohmul a été mise à bas par une société de construction.

Le directeur de l'institut archéologique déclare son incrédulité face à une telle ignorance et une telle insensibilité.

Il déclare que ceux qui ont fait cela ne pouvait ignrer qu'il sagissait du centre cérémoniel le plus important de la région et qu'il sagit clairement d'une manifestation de mépris.

 

 

Jules Vasquez / 7NewBelize.com

 

Jules Vasquez / 7NewBelize.com

Credito: Jules Vasquez / 7NewBelize.com

Source en espagnol ;
Destruyen una de las pirámides mayas más importantes de Belice

 

Partager cet article

Repost0
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 15:05

 

 

Québec : comprendre le Printemps Érable et plus généralement l'arnaque néolibérale

30 mai 2012

 


[Printemps Erable au Québec (suite sans fin) —
«Ce qui se cache derrière l’endettement étudiant :
l’avenir à crédit, précarité forcée & hara-kiri»,
une lettre ouverte de l'écrivain Hélène Frédérick.

 

Alors qu'au Québec une Loi Spéciale restreint le doit de grève et de manifestation, que les arrestations musclées (avec ou sans suites judiciaires) se chiffrent désormais par milliers, que le mouvement s'étend à d'autres parts de la société (malgré l'arrière-garde des bureaucraties syndicales),  et que la rue rivalise d'imagination, nous reproduisons ci-dessous la lettre ouverte d'une écrivain née au Québec, ex-étudiante à crédit de et auteur aux éditions Verticales d’un premier roman, La Poupée de Kokoshka. Ce texte témoigne à la première personne du singulier & du pluriel d'une question cruciale, l'endettement généralisé des étudiants dans une économie du savoir massifiée, et en cela il nous force réfléchir à cette question politico-existentielle, la dette, qui, sur divers continents, et sous des formes parfois non-dites, est au cœur des politiques d'austérité actuelles et de leur mouvement de contestation, en Grèce, au Magrheb, au Chili, au Canada francophone  ou ici même,  aux portes des Pôle-Emploi.

Ce qui se cache derrière l’endettement étudiant :

l’avenir à crédit, précarité forcée & hara-kiri


«Un important conflit fait rage au Québec, qui a pour origine une hausse de 75 % des frais de scolarité universitaire. On connaît par cœur le discours justifiant ce type de mesure, aux Amériques, en zone euro ou ailleurs: c’est la crise, l’heure est à l’austérité, plus tard, plus tard, la remise en question de notre modèle économique, car le temps presse, la dette des États maintient plusieurs pays au bord du gouffre, on suit à en perdre haleine les aléas du moral des marchés, plus insondable mais, probablement, aussi fragile que le moral des ménages. On a demandé aux États d’opérer le sauvetage des banques, et de ce fait, encore une fois on privatise les gains, on nationalise les pertes. Les budgets adoptés sous la contrainte d’autres États craintifs de voir l’économie sombrer, invoquant le principe de responsabilité, commandent aux citoyens de faire leur «juste part», de se serrer la ceinture, d’en faire un peu plus. Ainsi, période d’austérité oblige, en mars 2011, sous l’autorité d’un gouvernement soupçonné de corruption reconduit de justesse, le ministère des Finances du Québec déposait son budget : afin de régler la délicate question du financement universitaire, celui-ci prévoyait de hausser les frais de scolarité de 325$ par an pendant cinq ans, à partir de l’automne 2012.

 

À quelques mois de l’entrée en vigueur de ces mesures visant à renflouer les caisses universitaires, dit-on, sans pénaliser ceux qu’on appelle les contribuables, déjà trop sollicités en ces périodes de coupes budgétaires, voilà qu’une bonne partie de la jeunesse québécoise a refusé de payer une part qui ne lui paraît pas si juste. La majorité des étudiants ont voté en faveur d’une grève qui depuis plus de 100 jours paralyse le système d’éducation collégial et universitaire et monopolise l’espace public voué au débat, espace qu’on avait sans doute depuis trop longtemps laissé vacant.



Lorsqu’après 82 jours de grève, le gouvernement de Jean Charest a finalement accepté d’entamer un dialogue avec les leaders des associations étudiantes qu’il avait jusque-là choisi d’ignorer, il a présenté comme un important compromis la proposition suivante : pour que l’éducation demeure accessible à tous, nous allons élargir le régime de prêts aux étudiants issus de la classe moyenne, ce régime qui jusqu’ici était réservé aux classes moins aisées. Pour le formuler plus clairement, aux associations étudiantes qui, pour débattre et chercher des solutions, demandaient simplement un moratoire, Jean Charest a répondu : élargissons l’endettement. Naturellement, la proposition a été rejetée, et ce faux compromis a eu pour effet de renforcer le mouvement contre la hausse, symbolisé par le carré rouge.
On pourrait s’étendre à l’infini sur le discours qu’on a vu émerger de la droite québécoise et de ses ramifications dans les médias, les arguments de responsabilité invoqués, les demandes d’injonction visant à neutraliser le vote étudiant et à forcer le retour en classe sans tenir compte de la position des professeurs appuyant massivement les étudiants, la brutalité policière et les centaines d’arrestations abusives au nom d’un retour à la paix sociale, la loi 78 adoptée le 18 mai dernier, dite loi spéciale, visant à restreindre le droit de manifester et affaiblir le pouvoir des associations étudiantes, etc.



Ne l’oublions pas, en usant de tous ces stratagèmes, le gouvernement en place, en défenseur d’un système néolibéral déjà en perdition veut nous faire avaler principalement une chose : l’idée d’un endettement des jeunes considéré comme une juste contribution en cette période d’austérité pré-programmée. En des mots plus crus, quelque part au sommet, là où politique et économie sont depuis trop longtemps confondus, on tente de nous faire croire que les étudiants (ou plus largement les citoyens) ne sont rien d’autre qu’une colonne de chiffres dont on attend un rendement. Et c’est cette vision marchande de l’éducation, voire de tout un système, voire de l’humain, que les jeunes québécois questionnent et rejettent aujourd’hui, et depuis plus de 100 jours, avec tous ceux qui les appuient et qui, encore hier soir, faisaient résonner leurs casseroles sur les trottoirs.

 

Je suis née en 1976 dans un petit village de Montérégie — qu’on me pardonne cette parenthèse personnelle qui servira, je l’espère, à illustrer mon propos. Ma génération a goûté au régime de prêts étudiants et s’en est trouvée très affaiblie. Au Québec et au Canada, il est permis de faire faillite pour avoir trop joué à la loterie, mais la loi [*] interdit la faillite pour avoir trop longtemps étudié. J’ai terminé, ou plutôt j’ai cessé mes études en 1999 avec une dette de 19 000 dollars et une dépression en bonne partie causée par cette précarité. Ayant échelonné le remboursement de mon prêt sur vingt ans (mon salaire ne m’aura pas permis d’assurer ma survie autrement qu’en y allant de paiements de 180 dollars par mois), j’aurai au final, en 2019, remboursé à mon institution financière la rondelette somme de 39 000 dollars. Je vous laisse le soin de déterminer qui est le gagnant de ce système à colonne de chiffres que l’État défend aujourd’hui, au Québec, à coups de matraque et de loi spéciale, adoptée à la sauvette afin de calmer ce qu’ils appellent un caprice d’enfant-roi.

 

J’ai souvenir d’avoir perdu le goût des études et de la vie dans le contexte de l’endettement. J’ai souvenir d’avoir consulté un psychologue en milieu universitaire, gracieusement offert, et de l’avoir entendu dire : mon but mademoiselle est de vous rendre fonctionnelle à l’université. J’ai souvenir d’avoir cessé pendant quelques années de croire au modèle universitaire en regard de ces conditions. J’ai souvenir d’avoir envié ces habitants de pays où l’éducation est réellement accessible à tous et ne vous sera pas imposée en boulet au pied pendant douze ou vingt ans. J’ai souvenir d’avoir souscrit à une assurance-vie à la demande de mon père, assurance qui lui éviterait de contracter ma dette s’il me prenait l’envie trop forte de mourir. Car les pauvres gens ont de ces préoccupations prosaïques : mon père survivant à peine de son métier d’artisan, ma dette l’aurait certainement acculé à la faillite. Enfin, contrairement à ceux qui n’auront d’autre choix que d’y laisser leur peau en bons sacrifiés de l’austérité, c’est heureux et c’est une chance : j’ai souvenir d’avoir choisi de me faire autodidacte plutôt qu’hara-kiri.



Les défenseurs de la hausse des frais de scolarité au Québec, inspirés par les membres du gouvernement en place, utilisent souvent cet argument qui nous égare et évacue un débat pourtant plus que nécessaire : le Québec est la province canadienne, et l’endroit en Amérique du Nord où les frais universitaires demeurent les moins élevés. Étrangement, on met plus d’énergie à asséner ce simple fait qu’à nous expliquer pourquoi il faudrait perdre cet avantage et ériger en modèles ces contrées où le faussé entre riches et pauvres est encore plus profond que chez nous.



Car en tentant d’éveiller notre sens de la responsabilité (celle de la fameuse juste part), il est une chose primordiale qu’on veut nous faire oublier. Endetter une population, qui plus est la jeunesse, c’est la bâillonner, c’est lui enlever la voix et lui enlever le goût de la connaissance. Endetter la jeunesse, c’est lui faire perdre la mesure de ses capacités à vivre et à s’exprimer, c’est produire des milliers de femmes et d’hommes inaptes à devenir et à contester car trop occupés à rembourser. En plus d’alourdir le fardeau des jeunes, par l’endettement, le gouvernement actuel cherche à réduire toute une population au silence, tout comme les régimes d’austérité cherchent actuellement à nous faire payer à coups de suicide au travail les excès d’une poignée d’hommes occupés à construire une tour d’ivoire qui restera pour nous tous à jamais hors d’atteinte. En ces jours de retour aux négociations entre gouvernement et associations étudiantes, espérons que, ici comme ailleurs, le vent de la contestation sera plus fort que le bâillon. Merci à vous étudiants de nous réveiller et de nous redonner une voix !»

 

[*] Au cours de la deuxième moitié des années 1990, les modifications apportées à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité (LFI) ont enlevé aux emprunteurs la possibilité d’acquitter leurs dettes d’études en faisant faillite si la faillite se produit dans les dix années suivant la fin de leurs études.  Ce changement fait en sorte que les obligations des étudiants demeurent après une faillite, même si d’autres dettes sont annulées. Cette période a récemment été réduite à sept ans, mais elle fait toujours l’objet d’un débat considérable. Les prêteurs l’appuient parce qu’elle améliore leurs chances d’être remboursés. Les étudiants, certains spécialistes de l’insolvabilité et certains universitaires ont contesté son bien-fondé. [Info ici même]

 

En simple complément à la lettre ouverte de Hélène Frédérick, on trouvera des outils conceptuels pour réfléchir à la notion de «dette infini » à l’œuvre dans les restructurations capitalistiques actuelles, et sur la prise en étau des populations et des individus par deux discours faussement contradictoires, l’un de «responsabilisation», l’autre de «culpabilisation».

Un extrait éclairant ci-dessous. Et pour l’analyse in extenso, c’est sur le site de la Coordination des Intermittents & Précaires, ici même.

«Revenons à présent à Nietzsche, pour qui « le rapport social le plus ancien et le plus primitif qui soit entre personnes » est le rapport entre créancier et débiteur. C’est dans ce rapport que « pour la première fois, la personne affronte la personne [c’est là que] la personne se mesure avec la personne pour la première fois ». Dans La Généalogie de la morale, Friedrich Nietzsche affirme que la possibilité d’extraire de l’ «homme-fauve» un «homme civilisé», c’est-à-dire un homme «prévisible, régulier, calculable», passe par la production d’un homme capable de promettre. La tâche d’une communauté ou d’une société est d’abord d’élever un homme à même de « se porter garant de soi », de façon qu’il puisse s’acquitter de la dette envers ses différents créanciers (la communauté, les ancêtres ou la divinité). Pour honorer la promesse de rembourser la dette qu’il a contractée avec son créancier, il faut fabriquer, à cet « oubli incarné qu’est l’homme », une mémoire, une conscience, une intériorité qui le rende à la fois coupable et responsable de ce à quoi il s’est engagé. La dette implique ce que Nietzsche appelle un « travail sur soi, une torture de soi », un « travail de l’homme sur lui-même ». L’implication de la subjectivité dans l’économie néolibérale, la fabrication du «capital humain» s’expliquent précisément par l’économie de la dette.

 

Le capitalisme contemporain, d’une part, encourage les gouvernés à s’endetter (aux États- Unis, où l’épargne est négative, on contracte tous genres de crédits à la consommation, pour acheter une maison, pour poursuivre ses études, etc.) en ôtant à l’endettement en général toute charge culpabilisante ; d’autre part, il culpabilise individuellement les citoyens en les rendant responsables des déficits publics (de la Sécurité sociale, de l’Assurance-maladie, de l’Assurance-chômage, etc.), qu’ils sont invités à combler en sacrifiant leurs droits sociaux. Cette incitation à contracter des crédits et cette obligation de faire des sacrifices pour réduire le déficit des dépenses sociales ne sont pas contradictoires, puisqu’il s’agit d’installer les gouvernés dans un système de dette infinie : on n’en a jamais fini avec la dette dans le capitalisme financier, tout simplement parce qu’elle n’est pas remboursable.



La dette infinie n’est pas d’abord un dispositif économique, mais une technique sécuritaire pour réduire les risques des comportements dangereux des gouvernés. En dressant les gouvernés à « promettre » (à honorer leur crédit), le capitalisme « dispose à l’avance de l’avenir », puisque les obligations de la dette permettent de prévoir, de calculer, de mesurer, d’établir des équivalences entre les comportements actuels et les comportements à venir. Ce sont les effets de pouvoir de la dette sur la subjectivité (culpabilité et responsabilité) qui permettent au capitalisme de jeter un pont entre le présent et le futur.



Dans la logique néolibérale, les allocations que le chômeur ou le bénéficiaires de RSA reçoivent ne sont pas tant des droits que des dettes. Les allocations chômage ne sont pas un droit acquis par les cotisations, mais une dette qui doit être remboursée avec intérêts. La conscience de cette transformation lente, mais qui progresse depuis les années 1980, commence à émerger chez les usagers de Pôle emploi. (…)»

 

Pour celles & ceusses plus amplement intéressés, on se procurera le dernier essai de Maurizio Lazzarato, La fabrique de l’homme endetté, aux éditions Amsterdam.




En attendant, un petit résumé ci-dessous.


«Selon la logique «folle» du néolibéralisme – qui prétend substituer le crédit aux salaires et aux droits sociaux, avec les effets désastreux que la crise des subprimes a illustrés de façon dramatique –, nous devenons toujours davantage les débiteurs de l’État, des assurances privées et, plus généralement, des entreprises, et nous sommes incités et contraints, pour honorer nos engagements,
à devenir les «entrepreneurs» de nos vies, de notre «capital humain» ; c’est ainsi tout notre horizon matériel, mental et affectif qui se trouve reconfiguré et bouleversé. (…) Comment échapper à la condition néolibérale de l’homme endetté? Si l’on suit Maurizio Lazzarato dans ses analyses, selon lesquelles la dette est avant tout un instrument
de contrôle politique et l’expression de rapports de pouvoir, force est de reconnaître qu’il n’y pas d’issues simplement techniques, économiques ou financières. Il nous faut remettre en question radicalement le rapport social fondamental qui structure le capitalisme : le système de la dette.»

Et pour se détendre les méninges, un florilège d’actions plus ou moins récentes, en direct du Québec.




Retour sur la manif ironique des «étudiants super-riches» en vidéo, ici.

Quelques dessins satiriques de haute volée, qu’on doit à Clément de Gaulejac, étudiant au doctorat en arts à l’UQAM, c’est là.

Des manifs en direct, malgré le décalage horaire sur CUTV, la télévision communautaire de l’Université Concordia, à mater quand ça nous chante.



Et même une reconstitution des manifs en modèles réduits pour les éternels bambins. Peluches et jouets contestataires, en libre accès.



Quant aux tentatives de fraternisation ironique de la mascotte Anarchopanda, le 16 mai dernier, ça vaut le coup d’œil.

Sans oublier les défilés bruitistes, tous les soirs, à partir de 20heures et de n’importe où, dans la tradition des endettés argentins après la faillite étatique de 2004. Topez-là.

Ni le récapitulatif chronologique de l’inventivité visuelle et sonore du Printemps Erable ici même.

Et, pour finir, le relais français du mouvement québécois, dans ce coin-là.

Source : pense-bête

Pour la bonne bouche, un discours du leader étudiant Gabriel Nadeau - Dubois, quelques  moi avant qu'il soit connu du grand public. Après l'avoir entendu, nous comprenons pourquoi le gouvernement Charest le craint et voudrait bien le faire taire.

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l'ASSÉ (Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante), s'exprime au sujet de la lutte contre la hausse des frais de scolarité au Québec à la conference Indignez-vous à Montréal.

Vidéo à voir en suite de l'article

 

Pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas: les gouvernements successifs, aux ordres du Capital, y ont veillé

 

Partager cet article

Repost0
11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 17:17

 

QUAND LA CIA INFILTRAIT LA CULTURE

 

 

 

"Fruit de trois ans de recherches, ce documentaire montre comment les services secrets américains ont manipulé les milieux artistiques et intellectuels européens pendant la guerre froide. Beaucoup d’écrivains travaillèrent ainsi pour la CIA, très probablement à leur insu. Dans les années de l’après-guerre, les services secrets américains lancent une vaste opération d’infiltration des milieux européens de la culture. Ils lui consacrent plusieurs millions de dollars et s’appuient sur un organisme, le “Congrès pour la liberté de la culture”, dont le siège se trouve à Paris. La capitale française est un lieu stratégique pour publier des revues lues jusqu’en Afrique, en Amérique latine et dans les pays arabes. Le Congrès pour la liberté de la culture s’intéresse aux artistes et intellectuels de gauche, qu’il essaie de soustraire à l’influence marxiste et de gagner à la cause américaine. En France, la revue Preuves dirigée par Raymond Aron constitue le fer de lance de cette diffusion de la pensée anticommuniste." (www.arte.tv)

 

Un documentaire à voir ici : QUAND LA CIA INFILTRAIT LA CULTURE ~ BERSERK MAGAZINE

Partager cet article

Repost0
9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 00:27
La privatisation mondiale de l’éducation : Le premier ministre Jean Charest au service d’une élite mondialiste

La hausse des droits de scolarité au Québec s’insère dans un processus de privatisation mondiale de l’éducation, un processus dicté par une élite mondialiste dont Jean Charest fait partie.

 

L’entêtement du gouvernement Charest à vouloir augmenté les droits de scolarité, à bonifier les prêts étudiants et à instaurer un régime de remboursement proportionnel au revenu (RPR), cet entêtement est facile à comprendre lorsqu’on regarde de plus près d’où proviennent ces idées de réformes de l’éducation. Il ne s’agit pas d’idées qui sont sorties du cerveau du Premier ministre ou de la ministre de l’éducation, ces idées viennent de l’extérieur, ces réformes ont été conçues loin du Québec, dans des institutions internationales à vocation de mondialisation. Le gouvernement du Québec suit un plan, un modèle concocté dans les grandes universités mondialistes comme la London School of Economics et promu par des institutions internationales toutes puissantes telles le Fond monétaire international, la Banque mondiale et l’OCDE. Ce modèle a été fabriqué sur mesure pour satisfaire les besoins de l’entreprise privée (lire multinationales) et on peut aisément le décrire comme une privatisation mondiale de l’éducation supérieure. Le Premier ministre Jean Charest est quant à lui un complice enthousiaste de cette privatisation à l’échelle mondiale.

De l’Angleterre au reste du monde

Le programme mondial de privatisation du financement de l’éducation a débuté en Angleterre en 1998. Le gouvernement britannique avait à cette époque implanté le remboursement proportionnel au revenu. Ce concept qui a d’abord été mis de l’avant par l’économiste Milton Friedman a été repris par un autre : Nicholas Barr. Nicholas Barr est un professeur d’économie à la London School of Economics, il est un boursier Fulbright, il a travaillé pour la Banque mondiale, le FMI et il défend depuis les années 80 l’idée d’une privatisation du financement de l’éducation supérieure. Il fait également la promotion du remboursement proportionnel au revenu (RPR) pour s’acquitter d’une dette étudiante. Il a publié plusieurs ouvrages et articles à ce sujet. Dans un article publié en 2005 dans la revue Finance et développement (une publication mensuelle du FMI), Barr écrit : « Les réformes entreprises en Grande-Bretagne peuvent servir d’exemple à d’autres pays ». Il propose d’abord de décentraliser le financement (dehors le gouvernement, bienvenue secteur privé). Il propose, en deuxième lieu, de transférer aux étudiants le coût des études. Ces derniers  devront s’endetter auprès de banques privées pour les payer. Et troisièmement, il suggère l’implantation d’un RPR pour rembourser la dette.

Selon Barr, le RPR permet de maintenir l’accessibilité aux études supérieures pour les moins fortunés. Il s’agit d’une logique douteuse. Selon lui, les diplômés qui auront un faible revenu annuel ne seront pas pénalisés puisqu’ils rembourseront leurs prêts en fonction d’un pourcentage de leurs revenus. Cependant, ils rembourseront pour une durée beaucoup plus longue leurs prêts étudiants. Dans cette même logique, Barr affirme que l’on peut ainsi augmenter les droits de scolarité et même les intérêts sur les prêts, la durée du remboursement sera tout simplement prolongée. Barr oublie de mentionner dans toutes ses publications que plus on prend du temps à rembourser un prêts, plus on paie d’intérêts aux banques. Donc, un diplômé pourrait se retrouver à payer deux fois le montant utilisé pour faire ses études. Et Barr oublie aussi de mentionner que l’endettement étudiant sous cette forme se traduit en un véritable esclavage bancaire. En fait, c’est probablement ce qu’il souhaite en secret.

Nicholas Barr, dans son article cité plus haut, ose se justifier en écrivant que « l’éducation tertiaire est souvent présentée comme un droit qui, en tant que tel, devrait être financé par l’État. L’alimentation est, elle aussi, considérée comme un droit fondamental, mais personne ne voit d’inconvénients à ce que les aliments aient un prix. » Sauf que dans la société, les riches mangent du caviar et que les pauvres se contentent de patates bouillies. C’est et ce sera la même chose dans le cas de l’éducation.

Les mesures prônées par Nicholas Barr et les institutions mondialistes qui payent son salaire ont été implanté en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis pour ne nommer que ceux-là et elles font maintenant leur entrée au Québec

Le cas du Québec

Au Québec, une réforme du régime de prêts et bourses a été entreprise en 2003-2004 afin de le privatiser. Cette année-là, 103 millions de dollars de bourses ont été convertis en prêts. De plus, ces prêts devaient à l’avenir être contractés auprès des institutions financières privées du Québec, des prêts qui sont garantis aux banques par le gouvernement en cas de non-paiement. Une contestation étudiante a pris forme en 2005 pour dénoncer cette hausse des prêts. La FEUQ et la FECQ ont alors négocié une entente avec le gouvernement et le montant des prêts a été ramené, en 2006-2007, au niveau précédent la réforme. Toutefois, les étudiants se sont endettés pour environ 140 millions de dollars de plus durant cette période. Cependant, la privatisation de l’endettement est restée intacte. Les étudiants doivent toujours emprunter aux banques privées pour financer leurs études. Le gouvernement garantit encore les prêts aux institutions financières. Ce sont des prêts sans risques pour les banques, gracieuseté du gouvernement Charest. Evidemment, les banques sont contentes.

Aujourd’hui, nous sommes témoins de la deuxième phase de cette privatisation. Le gouvernement Charest, dans la dernière proposition faites aux étudiants en grève, veut maintenant augmenter de nouveau les prêts étudiants et instaurer le RPR.  Selon le communiqué émis par le gouvernement, « tous les étudiants dont le revenu des parents n’excède pas 100 000 $ bénéficieront d’un prêt permettant généralement de couvrir les droits de scolarité et le coût du matériel scolaire. En 2016-2017, ce montant sera de 4 678 $ pour 30 crédits ». Aussi, « les étudiants de la classe moyenne se verront accorder un prêt additionnel de 2 850 $ ». Donc, « ces deux mesures permettront d’accorder annuellement des prêts additionnels à plus de 50 000 étudiants. »

En sommes, plus d’étudiants s’endetteront et leurs dettes finales seront plus élevées.

Pour bien comprendre ce qu’il en est, il faut se référer aux excellentes recherches de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), en particulier les travaux d’Eric Martin et de Simon Tremblay-Pépin. Eric Martin explique bien sur son blogue de l’IRIS comment le RPR est une mesure dangereuse. Il cite l’économiste Claude Montmarquette, une référence privilégiée du gouvernement Charest :

« Un autre avantage est que le système RPR permet d’accroître les montants de prêts ou l’endettement des étudiants. En d’autres termes, si une contribution financière supérieure est demandée aux étudiants, le RPR est le système qui facilite cette décision. Soulignons que le RPR n’entraîne pas une hausse des frais de scolarité, mais le RPR est la meilleure façon d’y faire face sans compromettre l’accessibilité aux études. »

Monsieur Martin cite également avec justesse le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études :

« L’expérience étrangère montre que la mise en place d’un système RPR est souvent couplée à une hausse des frais de scolarité. Claude Montmarquette (rencontre du 17 octobre 2001 avec le CCAFE) pense, d’une part, que la hausse des frais de scolarité québécois est incontournable et que, dans ce cas, le système RPR est la meilleure forme qui soit pour en faciliter le remboursement. Il est simple de retourner l’argument : si le RPR assure une grande flexibilité de remboursement des emprunts et comme les syndicats étudiants sont favorables à l’implantation de ce système, il n’existe plus aucune barrière à l’augmentation des frais de scolarité une fois que le RPR est mis en place. »

En somme, Eric Martin décrit bien ce que représente véritablement le RPR et il voit juste lorsqu’il écrit que « le RPR est loin d’être une mesure d’aide aux étudiants. Il s’agit d’un morceau essentiel d’un nouveau dispositif de financement qui repose sur l’augmentation de l’endettement étudiant ». On peut citer l’Angleterre en exemple qui, après avoir instaurer le RPR, a procéder à plusieurs augmentations des frais de scolarités au détriment des étudiants britanniques qui ont vu leur endettement exploser.

L’IRIS a également publié le 8 mai 2011, une excellente recherche sur l’augmentation des droits de scolarité. Dans cette étude, intitulée « Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité? Huit arguments trompeurs sur la hausse », les chercheurs Eric Martin et Simon Tremblay-Pépin détruisent un à un les arguments du gouvernement Charest. En voici quelques-uns :

1-      Le gouvernement affirme que les universités sont sous-financées alors qu’elles souffrent plutôt d’un malfinancement, c’est-à-dire d’une mauvaise répartition des ressources.

2-       Le gouvernement affirme que ce (prétendu) sous-financement menace la qualité de l’éducation et la valeur des diplômes alors que c’est la nouvelle vocation commerciale (privatisation) des universités qui réduisent l’éducation à une marchandise plus coûteuse et moins riche en contenu.

3-      Selon le gouvernement, la hausse des droits de scolarité va renflouer les coffres universitaires, mais en fait, il s’agit plutôt d’une transition d’un mode de financement publique à celui d’un financement privé.

4-      Le gouvernement soutien qu’en payant plus de droits de scolarité, les étudiants feront leur juste part. En réalité, les étudiants feront plus que leur juste part, car ces derniers devront travailler deux fois plus longtemps pour payer leurs études que dans les années 1970.

5-      Le gouvernement ose dire que la hausse n’aura pas d’effet sur la fréquentation universitaire et, pourtant, si le Québec était conforme à la moyenne canadienne, 30 000 étudiants (qui sont aux études présentement) n’auraient pas les moyens d’aller à l’université.

6-      En définitive, l’étude de l’IRIS montre que la gratuité scolaire est relativement peu couteuse et que son financement public est socialement équitable, alors que le gouvernement ose dire qu’il s’agit d’un projet irréaliste et potentiellement injuste pour la société.

A la lumière de ces informations, nul ne peut douter que le gouvernement Charest suit un modèle concocté par des économistes mondialistes qui doivent leur allégeance à des institutions internationales puissantes et non pas au peuple étudiant québécois. Les étudiants devront peut-être bientôt s’endetter pour la vie sans avoir l’assurance d’obtenir un emploi stable et bien rémunéré en cette période d’incertitude économique qui risque fort de se prolonger.

Le secteur privé se réjouit

Lorsque le gouvernement Charest a annoncé au début du mois d’avril qu’il bonifiait le programme de prêts et bourses et qu’il mettait en place le remboursement proportionnel au revenu, la chambre de commerce de Montréal s’est tout de suite réjouit ! En effet, cette dernière a émis un communiqué de presse dans lequel son président, Michel Leblanc, a félicité « la ministre de l’Éducation et le ministre des Finances d’avoir pris cette décision éclairée qui vient consolider l’accessibilité aux études supérieures ». C’est sûr que monsieur Leblanc était content car, comme il le dit dans le communiqué, « La Chambre proposait la mise en place d’un tel mécanisme en 2010 dans le Pacte pour un financement concurrentiel de nos universités ». C’est ce document, le Pacte pour un financement concurrentiel de nos universités, qui est derrière la décision du gouvernement de réformer le financement de l’éducation au Québec. Ce document a été signé par les individus suivants :

M. Michel Audet, ex-ministre des Finances du Québec

 Me Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec

 M. Joseph Facal, ex-président du Conseil du trésor

 Mme Monique Jérôme-Forget, ex-ministre des Finances du Québec et ex-présidente du Conseil du trésor.

Mme Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec

M. Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec

M. Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Mme Julie Bouchard, ex-présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM

 M. Youri Chassin, ex-président de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS), ex-vice-président aux Affaires universitaires de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et ex-membre du Conseil permanent de la jeunesse

M. Hugo Jolette, ex-président de l’Association générale étudiante de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (AGEUQAT) et ex-trésorier de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)

M. Patrick Lebel, ex-président de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) et du Conseil permanent de la jeunesse.

Étrangement, ce sont ces mêmes signataires qui publiaient le 2 mai dernier une lettre dans les quotidiens québécois dans lequel ils ont osé écrire : « Il est plus que temps de se ressaisir : il faut rétablir l’ordre, les étudiants doivent retourner en classe et tous les efforts doivent être déployés pour sauver une session déjà terriblement compromise. Voici une situation où, au-delà de toute allégeance politique, la population doit donner son appui à l’État, ultime responsable de la paix publique, de la sécurité des personnes et de l’intégrité de nos institutions. »

Oui, le secteur privé se réjouit…, mais pas trop en ce moment.

Des arguments mondialistes

Selon l’aveu même du gouvernement Charest, la hausse des droits de scolarité est mise en place dans le but de permettre aux universités québécoises d’atteindre un niveau de « classe mondiale ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Martin Lavallée, candidat à la maîtrise en histoire à l’UQAM, l’explique bien dans un article publié le 1er mai dernier dans le Huffington Post. Il explique que, selon la Banque mondiale, une université de calibre mondial en est une qui produit du « capital humain » destiné à un marché du savoir international au service de l’entreprise privée (les multinationales). Monsieur Lavallée pose la bonne question : « La question est de savoir si les étudiants québécois sont prêts à payer davantage uniquement pour que leurs universités soient reconnues internationalement par une minorité d’individus se basant sur les critères d’un marché mondial néolibéral et pour répondre aux besoins des entreprises privées. Dans le débat actuel sur la hausse des droits de scolarité, cet enjeu fondamental mérite d’être davantage discuté. »

Comme je l’ai mentionné au début de cet article, la privatisation du financement de l’éducation (et du système en général) n’est pas une idée québécoise mais mondialiste. Monsieur Lavallée est visiblement d’accord avec ce constat facile à faire et il conclue son article ainsi : « Le problème qui se pose lorsqu’on veut connaître le bien-fondé de la hausse des droits de scolarité, c’est de savoir si la population québécoise est en accord avec l’orientation donnée à sa société et à son système d’éducation par notre gouvernement, orientation qui n’émane visiblement pas d’elle, mais plutôt d’une élite mondialisée qui poursuit ses propres objectifs. »

Conclusion

La privatisation mondiale de l’éducation est un fait. C’est un processus qui arrivera bientôt à son aboutissement si rien n’est fait pour l’arrêter. Cette privatisation est commandée par une élite mondialiste qui opère sur toutes les facettes de la vie humaine. Une énorme majorité des gouvernements du monde entier sont infiltrés, voire dominés par des agents de cette élite mondialiste ; de plus, les institutions mondialistes comme le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et de nombreux think tanks travaillent au-dessus des gouvernements et dictent la marche à suivre.

Il est temps pour le peuple québécois de prendre en main l’avenir de l’éducation au Québec et de l’arracher des griffes du secteur privé qui ne travaille que pour ses propres intérêts et que pour ceux d’une élite impitoyable assise confortablement tout en haut de la pyramide planétaire. Ceci nécessitera probablement la création d’un nouveau pays libre du mondialisme, le pays du Québec.


Éric Granger est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Éric Granger publiés par Mondialisation.ca

 

A lire aussi, comment l'endettement est un facteur empêchant  la révolte : Pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas: les gouvernements successifs, aux ordres du Capital, y ont veillé


 

Partager cet article

Repost0
12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 13:04

 

 

 

CRETINS OU APPRENTIS SORCIERS ?

http://web.me.com/michelkoutouzis/_Michel_Koutouzis/Blog_Michel_Koutouzis/Entr%C3%A9es/2012/2/6_CRETINS_OU_APPRENTIS_SORCIERS__files/pleinecran.phpmyImg%3D287.jpg

 

http://web.me.com/michelkoutouzis/_Michel_Koutouzis/Blog_Michel_Koutouzis/Entr%C3%A9es/2012/2/6_CRETINS_OU_APPRENTIS_SORCIERS__files/shapeimage_1.jpg

 

Amalgames, raccourcis, apophtegmes et petites phrases assassines, utilisés par les Saintes Nitouches qui persistent et signent visent sans le dire la simplification extrême du débat politique. Par là même, les dégâts qu’ils font subir à l’entendement, à l’intelligence, à la langue, aux concepts qui ont mis des siècles à mûrir et s’imposer, participent à une régression globale de la pensée, du savoir, voire de la connaissance acquise.  Sans amalgames et raccourcis sémantiques la crise des années 1920–1930 n’aurait pas abouti aux régimes totalitaires. Albert Camus avait raison de dire : toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. Il avait bien compris que la culture, les règles de vivre ensemble, la notion même d’Etat de Droit, nécessitent un effort, un apprentissage douloureux et difficile, et qu’une fois acquis, il était dangereux pour la Cité et les citoyens eux-mêmes de les bafouer au nom de l’efficacité politique. Car rien n’est plus facile que de confondre termes et valeurs, concepts et définitions,  visant une régression libératrice des hargnes, des peurs et des exclusions. Les pubards connaissent bien ce système, qui s’aventure à simplifier le discours à l’extrême, à passer des messages subliminaux, à caresser sans le dire les pulsions les plus veules et les plus profondément cachées en chacun de nous.  Il n’y a pas de différence de méthode entre une pub branchée de Virgin qui « transgresse » une série d’interdits (monter le son au diapason pour ridiculiser les reproches d’une mère) et la phrase de Claude Guéant qui déclare que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Enarque, le ministre de l’intérieur connaît bien la différence entre les termes de civilisation, de culture, de régime politique, de religion. Cependant, même dans ses explications il continue à les confondre ayant un but bien précis : créer le scandale et copier les simplificateurs professionnels en espérant leur piquer des bulletins de vote. Peu lui importe que cette tactique participe à la dégradation de sa propre culture, de la culture politique, des valeurs qu’il est sensé défendre. Peu lui importe, à condition que son message « passe » de confondre culture, civilisation et religion en connaissance de cause. Peu lui importe aussi d’attribuer les adjectifs du bien et du mal à une civilisation puisqu’il sait pertinemment qu’il ne parle pas de civilisation et qu’en fait, il compare un mouvement politico-religieux aux valeurs énoncées durant la Révolution Française désormais sur le fronton de nos écoles et de nos mairies.  Il oublie cependant, lui qui se fait le chantre des valeurs françaises, que la révolution de 1789 est un épisode, certes important, parmi bien d’autres qui ont forgé la nation française et il n’a aucun mal à se contredire en insistant sur l’héritage chrétien, gréco-romain, celui de la philosophie des Lumières, et même à Jeanne d’Arc en tant que symbole de la résistance à l’occupation étrangère. Bien entendu tout cela, et bien d’autres choses sont des constituants de l’identité française, mais certainement pas d’une civilisation. Nous pouvons aisément dire que nous sommes partie prenante de la civilisation du blé, comme les pays asiatiques font partie de la civilisation du riz, mais vouloir utiliser comme arme comparative notre civilisation pour mépriser une autre, n’importe laquelle, ouvre grandes les voies totalisatrices et interventionnistes, celles qui ont servi à coloniser une partie du monde. Cependant, une civilisation étant un processus, toujours en renouvellement, qu’il est le produit de l’Histoire, on peut aisément comprendre des faits et des gestes de ceux qui partaient en tant que croisés, civilisateurs, chantres des valeurs démocratiques. Car eux, quels que soient leurs exactions, quels que soient leurs crimes, étaient convaincus d’être ce qu’ils disaient être.  Produits de leur histoire, victimes de leurs religions, ils prenaient des risques et découvraient des mondes nouveaux. Ce que l’on reproche à l’islam nostalgique, aux Talibans et autres fous de dieu, c’est justement de continuer à voir le monde avec le regard figé sur les conquêtes arabes. Ce que l’on reprochait à l’Amérique « Bushienne » c’était de diviser le monde à la manière de l’inquisition espagnole entre les forces du bien et du mal. Ce que l’on reproche aux concepts de la fin de l’histoire et de la guerre des civilisations c’est de confondre, de faire l’amalgame, de simplifier pour occulter les vraies fractures (économiques essentiellement) existant au sein de toutes les civilisations, de tous les pays, de tous les continents, de toutes les religions. Bref de promouvoir un manichéisme simplificateur, tout en sachant qu’il n’est qu’une arme politique, un pis aller à leur inefficacité en tant que gestionnaires de la Cité, un enfumage démagogique cachant mal leurs incompétences à faire face aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. En ce sens, ils parient sur une régression de l’entendement et de l’intelligence juste pour continuer à flotter sur la mer déchaînée qu’ils ont, tel Eole,  réveillée. Et peu importe, après tout, qu’ils soient inefficaces, crétins ou apprentis sorciers.

Source : tueurs de mots

 

Partager cet article

Repost0
20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 10:57

 

 

 http://idata.over-blog.com/3/61/96/57/API/2010-01/image1-2010-01-27-22-36-03--0100.jpeg


« La journée me laisse une sensation étrange, l'impression de passer comme un fantôme : je suis ici, dans cette région, dans ces rues que je connais bien puisque j'y ai vécu des années, chez ces amis où je suis venue si souvent, et pourtant ma vie n'est plus là. Je suis seule ici avec une "mission", ou une "tâche à accomplir", et qui me plait, me donne envie d'être demain, mais toute ma vie est ailleurs... »

 

http://idata.over-blog.com/3/61/96/57/API/2010-01/image0-2010-01-27-22-35-58--0100.jpeg

 

Aujourd’hui je vais vous présenter un blog, celui d’une enseignante, Valérie. Ce blog vous décrit avec une grande sobriété le sort de personnes dont le destin est décidé par des ordinateurs. Enseignante mutée, elle doit abandonner sa petite famille. Sur ce blog d’autres enseignantes témoignent… Sur le blog des photos accompagnent le texte qui nous permettent de ressentir très concrètement l’inhumanité de cette situation.

Le premier extrait décrit le moment où Valérie se retrouve pour la première fois seule dans sa nouvelle classe. Les suivants sont les passages que j’ai choisis pour vous donner le fil de dette déchirure, mais rien ne vaut une visite directement sur le site. Vous ferez connaissance avec une jeune femme courageuse, intelligente et sensible, avec ses enfants que la situation perturbe, avec son homme qui fait tout ce qu’il peut pour que les petits loulous ne soient pas trop perturbés… J’ai choisi les moments, les remarques qui me semblaient les plus significatifs… il faut découvrir Valérie, dans son ambiance pour mesurer toute l’horreur de ce que l’état lui impose… à elle et à sa famille.

Vous découvrirez toute la difficulté, la souffrance et la frustration de devenir cyber maman cyber enfants, cyber mari… vous découvrirez ce que ce monde nous réserve, ce qu’il promet à nos enfants. Les ordinateurs n’ont pas d’état d’âme, ceux qui les programment pas plus…. A vous de juger, je laisse la parole à Valérie.

 

Derniers moments au pays

[…] Nous y voilà, on le savait mais là, il faut le vivre... Les derniers moments ensemble au quotidien pour quelques semaines puis quelques mois... Le moral n'y est pas, d'où ce blog, comme pour prendre du recul, poser les choses. Pour qui? Pour moi pour le moment... Je partage mon temps entre le travail à Cambo, les travaux et des petites sorties en famille profitant ainsi du temps et du cadre, les courriers désespérés envoyés à tous vents et puis aussi soyons honnête les fuites et les pleurs. Et les préparatifs pour le départ? Ben non, j'ai le temps, il reste ..... Hum... UN JOUR! Bon Ben faut s'y mettre....[…]

 

 

Les préparatifs, le voyage, l'installation... les enfants sont chez leur Mamie, son homme l'accompagne […]

 

Départ de mon homme 

 

[…]Départ de Michaël aujourd'hui. Donc ce soir, c'est une spéciale dédicace pour mon homme. J'ai pas l'habitude de faire trop de louanges, mais je dois bien admettre que là, il gère. Merci d'être venu, de m'avoir accompagnée pour faire ce voyage, de me soutenir autant, de te montrer fort pour t'occuper des enfants. Merci aussi d'avoir pris un service de nuit afin que l'on puisse s'organiser au mieux pour ne pas trop perturber nos chouchous. Cette fois-ci c'est toi qui mets ton travail de côté pour la famille. Voici une nouvelle épreuve pour notre couple... Mais je sais que tu es un bon papa et ça m'aide déjà beaucoup. […]

 

La bouteille à la mer de Valérie


Je suis professeur des écoles rattachée au département du Rhône depuis septembre 2000. Durant huit années consécutives, j’ai participé au mouvement interacadémique (informatique et inéat/exéat) afin d’entrer dans le département des Pyrénées atlantiques, sans jamais obtenir satisfaction.


Mon conjoint, fonctionnaire de police, affecté pour son travail à Lyon, avec qui je suis pacsée depuis août 2002, et pour qui je me suis exilée dans le Rhône, a obtenu sa mutation à Hendaye au 1er septembre 2008. Afin de pouvoir le suivre et continuer à vivre en famille avec nos deux enfants Iban, 5ans et Lisa 2 ans, je me suis mise en congé parental, dans l’attente de ma mutation. Nous avons acheté un appartement à Anglet (en revendant celui de Lyon et en conservant notre crédit), et nous nous y sommes installés, heureux d’être à nouveau dans notre région d’origine auprès de nos familles respectives.


Mais les barèmes des mouvements de l’Education Nationale, et le nombre très important de demandes pour entrer dans le département, font que je ne pourrai jamais obtenir ma mutation même en attendant ainsi 10 ans. En effet, un jeune enseignant, travaillant dans un autre département que celui de son conjoint a bien plus de points que moi, même avec juste deux ans d’ancienneté et sans enfant. Une année de séparation vaut 4 enfants ! Ce n’est peut-être pas le cas général, mais en considérant la facilité avec laquelle on peut se pacser, on imagine assez bien les dérives… Je me suis donc vue contrainte, afin d’obtenir des « points de séparation » et pouvoir reprendre mon activité un jour dans l’enseignement public auquel je crois, de reprendre un mi-temps annualisé dans la région Lyonnaise. Le 28 janvier je serai donc à Collonge au mont d’or, à 900 km de mes deux enfants et de mon conjoint, ne pouvant les rejoindre que durant les vacances scolaires, et dans l’impossibilité financière de prendre un logement. Avec un salaire à mi-temps, je ne peux pas payer mon crédit, un loyer supplémentaire, tous les frais pour la garde de mes deux enfants, les trajets Anglet-Lyon…Et tout cela, sans aucune échéance définie, car bien sûr, rien ne m’assure non plus d’obtenir satisfaction au bout d’une seule année. Mais comme une responsable du personnel de l’Education m’a conseillée,
« y’a la web-cam ! ».

J’ai bien évidemment, cette année encore, participé aux permutations informatisées pour la rentrée 2010. Mais mon barème semble encore bien maigre. Cette situation me paraît complètement aberrante, elle sera très certainement traumatisante pour mes enfants et même pour toute la famille. Elle est pourtant la seule solution pour que je puisse retrouver ma fonction, la seule issue que permet d’envisager le « système de mutation actuel ». Combien de temps l’administration me laissera dans cette situation ? A quel extrême faut-il arriver pour être prise en considération ?

Mme Valérie Motti

 

 

Premier jour de classe

 

[…]A midi les collègues fort sympathiques prennent le temps de s'informer sur ma situation, ils compatissent... "mais quand vas-tu voir tes enfants?" , "c'est pas une vie"....

Un cas comme moi, c'est une vraie plaie en fait dans une équipe, même avec le sourire. Bon Ben là, faut tenir le dialogue en serrant les dents...[…]

 

 

[…]Coup de fils pour souhaiter une bonne nuit aux chouchous: la chanson du soir au téléphone, c'est quand même pas le pied. Michael me dit d'ailleurs qu'on ne le refera plus : au téléphone Iban a piqué une crise car il n'avait pas son doudou, son visage s'est couvert de plaques en 2s et Lili s'est montrée infecte. Tout ce qui me faut pour ne pas culpabiliser quoi...[…]

 

 

 

Bilan d'une première semaine

 

[…]Heu là ça commence vraiment à tourner mal !

 En ce moment je lis  « la vie est une blague » de Stephen Dixon, histoire de me remonter le moral, et des fois j’ai l’impression que mon histoire sera la suivante… Bref.

 

    Du coup j’ai décidé de me lancer dans un grand projet : faire changer le système ! Ben oui, ou bien je suis la seule dans cette situation improbable et dans ce cas il faut faire quelque chose pour moi, prendre mon cas en considération, ou bien y’en a d’autres et dans ce cas c’est le système de mutation qui n’est plus adapté. En tout état de cause, il est complètement anormal de séparer une mère de ses jeunes enfants pendant des mois pour qu’elle puisse peut être un jour retourner exercer son métier chez elle. […]
 


y'a un problème là quand même... 

 

 […] Comment une enseignante peut –elle décemment mettre les enfants des autres au cœur des apprentissages, de ses préoccupations, alors qu’elle abandonne les siens des semaines entières pour aller au travail!

Comment peut-elle accepter d’entendre « cet enfant ne va pas très bien parce que sa maman est souvent absente », alors qu’elle ne verra les siens que 4 semaines dans les 5 prochains mois !

Comment peut-elle être un modèle pour ses élèves alors qu’elle squatte chez des amis pour ne pas être obligée de dormir dans son van ou à l’école. Voilà les enfants à quoi sert d’étudier, d’aller jusqu’au bout de ses ambitions, et d’être intègre !  

Quel modèle montre l’Education Nationale quand la seule façon de se sortir de cette situation est de se mettre en arrêt maladie !!

Je refuse pour l’instant tout ça et espère encore qu’il n’y a pas de fatalité! Enfin, là quand même j’y suis bien jusqu’au cou.[…] 

 

 

[…] c’est un ordinateur qui calcule selon la loi de la maximisation des déplacements, donc on est bien trop con pour le comprendre et c’est forcément justifiable car la solution obtenue est forcément la meilleure pour le plus grand nombre, si si !!!![…]  

 

"heureusement y'a la web cam!" 

 

http://idata.over-blog.com/3/61/96/57/API/2010-02/image1-2010-02-01-22-27-45--0100.jpeg

 

[…] Ça fait plaisir de les voir, de savoir qu'ils me voient eux aussi. On a l'impression de partager un moment, mais au final ça met pas vraiment le moral... Je ne crois pas avoir envie de renouveler ça tous les jours. Ils sont encore trop petits pour ces échanges virtuels, et moi bien trop frustrée. .
Donc message à une des responsables du personnel d'un département que je ne nommerais pas: "la webcam, c'est pas ma cam!".

Bon ben ça c'est fait, faut me trouver une VRAIE solution maintenant. […]

 

Ça fait du bien de penser "je vais faire changer les choses juste parce que JE l'ai décidé " "ma cause est juste, ma situation injuste, et donc le monde entier va m'aider". Vive les optimistes!!!

3ème semaine!!!

cyber maman

Il faut que je raconte quand même un peu ma relation à distance avec ma fille Lisa, 2 ans! Car j'évite d'en parler pour ne pas me répéter ou parce que c'est pas forcément très drôle, mais finalement c'est l'essentiel.


C'est ce qui fait que cette situation n'est pas viable. C'est ce qui explique que la présence d'une maman ne peut pas être remplacée par quelques communications téléphoniques, quelques photos ou vidéos et une web cam!



Lors des premiers jours de séparation, Michael a amené les enfants dans un parc de jeux couvert à Anglet, le "parc à Toto".

Iban a de suite été fan, et lors des premiers échanges téléphoniques, il n'a cessé de m'en parler. Du coup Lisa qui ne me parlait pas jusque-là au téléphone, où juste me dire "bisou" quand on le lui demandait, s'est mis aussi à dire "parc à Toto!"
Depuis, dès que je l'ai au téléphone, elle me répète "parc à Toto".


Michael m'a dit hier que maintenant dès qu'elle entendait "parc à Toto" elle se mettait à pleurer... Elle ne sait pas que le parc de jeu où elle est allée s'appelle "parc à Toto", par contre comme elle a entendu plusieurs fois son frère m'en parler avec joie et entrain au téléphone, elle a associé ces mots à nos communications téléphoniques.


Elle est bien trop petite pour pouvoir faire abstraction de sa maman et accepter d'échanger au téléphone, et cette situation est très perturbante pour elle. Et il faut être honnête, nos pseudos échanges au téléphone me minent le moral. Ils sont de plus en plus éloignés. Je préfère recevoir quelques photos de leur quotidien pour les voir évoluer, et savoir qu'ils ne pensent pas trop à moi... Même si ça aussi ça me mine le moral...

 

Plus : Enseignantes en précarité

 

http://img.over-blog.com/300x291/3/61/96/57/API/2010-02/image0-2010-02-11-19-55-33--0100.jpeg


Partager cet article

Repost0
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 18:17

 

Instit' depuis 24 ans, je suis venu vous dire que je démissionne

Un ancien directeur d'école nous a fait parvenir la lettre de démission qu'il vient d'envoyer à l'inspecteur d'académie de l'Essonne. Il y explique ne plus avoir sa place au sein d'un système éducatif qui n'a que faire d'une pédagogie respectueuse de l'enfant

Je souhaite par ce courrier, monsieur l'inspecteur, vous présenter ma démission. Depuis la fin des années 80, je n'ai pu qu'assister à la dégradation de la liberté éducative et pédagogique de l'enseignant, et à l'appauvrissement du champ éducatif à l'école.

Sous couvert d'un « recentrage » perpétuel vers l'acquisition de « fondamentaux », de socle, l'école primaire s'est appauvrie, s'est repliée sur elle-même ; elle s'est coupée des ressources de son environnement naturel, à la fois urbain, familial et social.

Le temps et le champ de l'enseignement se sont retrouvés de plus en plus quadrillé d'objectifs, d'injonctions et de contrôles. Les possibilités pour les enseignants comme pour les élèves, de faire preuves d'initiative et d'autonomie sont progressivement et toujours plus rognées par des injonctions dans tous les domaines et une inflation de règlementations dissuasives.

Restriction de la liberté éducative

Le plan Vigipirate, l'alourdissement des procédures d'autorisation de sortie, ou d'intervention de tiers, la règlementation des activités physiques […] ont constitué autant d'entraves au développement d'un climat éducatif souhaitable, dans les classes et dans les écoles.

Qui peut encore en effet, dans sa classe et dans son école, sortir en toute simplicité, faire la cuisine, utiliser les transports en commun, faire participer les parents au quotidien de la classe, faire une sortie vélo avec ses élèves ou organiser un séjour avec eux ?

Sans que l'on y prenne garde, c'est toute la liberté éducative nécessaire à l'apprentissage de l'autonomie et au développement des relations éducatives de base qui se sont retrouvées progressivement rejetée hors de l'école.

Inflation des évaluations en tous genres

A la place, nous avons connu une inflation des évaluations en tous genres, nationales, de circonscription ou exceptionnelles, qui prennent de plus en plus de temps, de plus en plus de place et qui déterminent lourdement le quotidien des élèves, comme celui des enseignants.

Cette tendance est allée si loin, que l'on peut se demander si l'enseignement à l'école n'est pas en train de perdre tout sens en se réduisant à la simple préparation… de ses propres évaluations.

En vingt-quatre ans, je n'ai observé également aucun progrès dans la formation ou l'accompagnement des jeunes enseignants.

La formation éducative, l'accès à une formation consistante dans les domaines de la connaissance du développement psycho-affectif de l'enfant, de la connaissance des réalités sociales et contraintes des familles les plus précaires, sont toujours refusés aux jeunes enseignants qui subissent de plein fouet les peurs, les préjugés, auxquels les expose leur impréparation.

Des relations d'autoritarisme et de servilité

Membre de l'Icem pédagogie Freinet [pédagogie fondée fondée sur l'expression libre des enfants, ndlr] de longue date, j'aurais souhaité contribuer à l'intérieur de l'Education nationale au développement d'une pédagogie respectueuse de l'enfant, de ses besoins et de ses aspirations.

Je suis malheureusement aujourd'hui forcé de constater que de telles pratiques pédagogiques n'ont plus de place dans l'Education nationale, telle qu'elle est devenue.

Les sanctions, ou plus banalement les brimades et dénis de reconnaissance pleuvent sur nos collègues et camarades qui, partageant nos principes, refusent les modes d'évaluation néfaste, l'absurdité du » soutien scolaire » obligatoire, ou le fichage des enfants dans Base Élèves.

La relation avec la hiérarchie s'est tellement dégradée qu'il n'y a plus de place aujourd'hui dans notre institution que pour des relations d'autoritarisme et de servilité qui empêchent le développement de toute créativité nécessaire à l'acte d'éduquer. Aujourd'hui, Monsieur l'Inspecteur, il devient clair que c'est en dehors de l'école que peuvent se développer de véritables innovations pédagogiques et éducatives.

Mon attachement profond à l'éducation et à la pédagogie

C'est pour cette raison, que dans le cadre de l'action associative, je contribue à promouvoir de nouvelles formes de travail éducatif qui, répondant à des besoins sociaux pressants, ne trouvent pas de place à l'école.

C'est également pour cette raison que dans le cadre de la formation professionnelle, je contribue à développer des actions de formation propres à aider les éducateurs d'aujourd'hui à devenir les véritables promoteurs et ingénieurs de leur pratique professionnelle et éducative.

Constatant que ces objectifs n'ont plus aujourd'hui de place dans l'Education nationale, je vous prie donc de prendre en compte ma démission. Dans cette perspective, je vous prie de croire en mon attachement profond à l'éducation et à la pédagogie.

Source :

et  Chien Guevara Lettre de démission d'un instituteur

Partager cet article

Repost0
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 12:27

Montaud Les parents en colère cadenassent l’école 

Midi-Libre- ANTONIA JIMENEZ
02/09/2011, 10 h 03

Un cours double est prévu cette année en moyenne section de CM1.
Un cours double est prévu cette année en moyenne section de CM1. (J.-M. M.)

Avec 111 élèves de la petite section au CM2 inscrits pour cette rentrée et quatre postes d’enseignants, le nouveau directeur de l’école de Montaud et son équipe "ont opté pour la solution la moins pire", comme l’indique Anne Visier, l’une des parents en colère qui, hier, ont décidé de cadenasser les quatre entrées de l’établissement.

Ainsi, les enseignants n’ont pas pu faire leur prérentrée.

Il faut dire que la nouvelle organisation est quelque peu exceptionnelle : une moyenne de 28,7 élèves par classe avec une petite section à 31 enfants, deux classes en cours doubles à 28 dont, cerise sur le gâteau, un cours double moyenne section - CM1 ! Des enfants de 4 ans dans le même groupe que ceux de 9 ans…

"Sept élèves de plus pour une classe de moins. Incompréhensible !"

Anne Visier, parent d’élève "Notre école, rurale, comprenait l’année dernière cinq classes à doubles niveaux pour un effectif total de 103 élèves. À cette rentrée, les effectifs pour l’instant comptabilisés sont de 111 élèves. Or un poste est supprimé. Sept élèves de plus pour une classe de moins ! D’où notre incompréhension et notre colère !", indique Anne Visier soutenue par tous les parents. Et d’ajouter : "Comme toutes les communes de l’agglomération de Montpellier, la population augmente sans cesse. Ceci nous laisse présager l’arrivée de nouvelles familles, de nouveaux enfants .»

Les parents ont décidé de frapper fort et vite puisqu’il s’agit de la première mobilisation de parents d’élèves sur le Montpelliérain. Ils sont donc arrivés hier matin, à 6 h 30, pour poser les cadenas et les banderoles.

"Nous avons cherché le dialogue dès le dernier trimestre avec l’inspection d’académie. Nous lui avons envoyé un courrier. Mais nous n’avons eu aucune réponse. Impossible de communiquer, par téléphone non plus. Ce qui nous a donc amenés à préparer des actions pour nous faire entendre."

Hier, deux gendarmes sont arrivés sur les lieux de la manifestation vers dix heures. Mais n’ont pas débloqué les entrées qui resteront fermées jusqu’à lundi puisque le maire, Pierre Combettes, solidaire du mouvement de protestation, n’a pas donné son aval.

Les parents en colère ne comptent pas s’arrêter là. D’autres actions sont prévues dès lundi matin, jour de la rentrée des classes. L’une d’entre elles sera spectaculaire.

 

Lire les articles suivants sur le même thème : Démocratie réelle et maintenant Nîmes

 

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.