2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 16:02

 

Deux élections présidentielles aujourd'hui en Amérique Latine, Costa Rica et El Salvador, deux élections dont les campagnes ont vu une montée à gauche, mais mon suivi approfondi des récentes élections au Honduras, un montage qui comptait au moins 1O formes de fraudes, pressions, menaces, agression et achats de vote, le tout sous égide assumé des USA, qui se comportaient en porte-parole du gouvernement hondurien, je suis dubitative.

Les méthodes de fraude électorale et de confiscation des votes, quand on y met les moyens ne manquent pas et nous savons que les USA corporations ne manquent pas de fonds quand il s'agit d'assurer "leurs intérêts et leur sécurité"

 

"Une victoire du Front élargi permettrait de faire le ménage dans l'État et de renforcer le secteur public"
Entretien avec William Rodolfo Ulloa, secrétaire général et chef de campagne du Front élargi pour les élections du 2 février au Costa Rica



Giorgio Trucchi

Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

 

Ce 2 février environ trois millions de Costaricains sont appelés à voter pour choisir un successeur à la présidente Laura Chinchilla et les 57 membres de l'Assemblée législative (2014-2018).

Le parti du Front élargi, fondé en 2004 par des membres éminents de la gauche costaricaine, comme José Merino, Eduardo Mora Valverde et Patricia Mora, présenté comme candidat à la présidentielle le jeune (36 ans) député José María Villalta. Son plan de gouvernement a comme priorité de réduire les inégalités sociales et de lutter contre la pauvreté.

Les deux autres candidats qui, selon de récents sondages, ont la chance de gagner sont Johnny Araya  du PLN (Parti de libération nationale) de la présidente sortante Chinchilla et Otto Guevara du MV (mouvement libertaire) de droite.

Pour William Rodolfo Ulloa, secrétaire général et directeur de campagne du FA (Frente Amplio =Front élargi), Villalta a de fortes chances de gagner l'élection dès le premier tour.

 

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- Quels sont les principaux axes du programme de gouvernement du Frente Amplio?

- WRU: Il y a trois axes clés. Le premier est de sauver la sécurité sociale, en particulier, la Caisse costaricaine  de sécurité sociale, en renforçant ses capacités de gestion, en arrêtant le processus de privatisation et de concession du service de santé et en la dotant de ressources financières pour une viabilité à long terme. Le deuxième est de renforcer le ministère du Travail et de la Sécurité sociale, pour qu'il puisse remplir sa mission d'inspection des conditions de travail, garantir le paiement de salaires minima, faire respecter les garanties de travail contenues dans la loi et la défense des droits syndicaux inscrits dans la Constitution.

Enfin, le troisième axe est la relance de la production nationale axée sur le marché intérieur, la promotion des initiatives de micro, petites et moyennes entreprises (MPME), les coopératives autogérées, des entreprises communautaires, en particulier celles constituées par des  femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les chômeurs  adultesde longue durée.

 

- A quelques jours du vote José María Villalta se présente comme le challenger du candidat officiel.  Vous vous y attendiez? Quels sont les éléments qui encouragent les gens à voter pour le FA?

- WRU: Nous avons perçu dans la population une montée de  la colère et du rejet du parti au pouvoir (PLN). Cependant, au début octobre, la réalité a dépassé nos perspectives officielles. Il ya plusieurs facteurs objectifs et subjectifs qui pourraient expliquer cette situation.

Le modèle néolibéral actuel n'a pas prouvé ses avantages supposés pour  la population, au contraire, il a créé un fossé social qui se caractérise par le maintien, en moyenne, de 20% des Costaricains dans la pauvreté. Il a également conduit à une mainmise croissante des entreprises sur  l'État se traduisant par de la corruption. Le PLN leur présente pour ainsi dire la facture  parce que, durant ses deux mandats, il ya eu beaucoup d'actes de corruption qui n'ont pas reçu de réponse vigoureuse.

Il y a aussi certains éléments qui jouent en faveur du FA la jeunesse du candidat qui a soulevé l'espoir d'un changement de cap, une pratique politique constante défense des intérêts populaires et une trajectoire parlementaire de huit ans pendant lesquels on n'a pas pu citer un seul acte de corruption.

En outre, les propositions de programme ont reflété la plupart des aspirations de préservation de l' État social qui caractérise le développement historique du Costa Rica pendant une bonne partie du XXe siècle, et qui a été érodé par les agissements des gouvernements PLN et PUSC à partir de 1986.

 

http://globedia.com/imagenes/noticias/2012/1/19/convocan-protesta-costa-rica-poco-aumento-salarial_1_1055878.jpg

- La campagne de dénigrement : qui l'a développée et comment ?

- WRU: Cette campagne a pris trois formes. La première est une campagne systématique orchestrée par une partie des patrons liés  au PLN, qui s'est donnée pour  tâche de contraindre leurs salariés à ne pas voter pour la FA, affirmant que s'il était au pouvoir, les entreprises fermeraient et il y aurait des licenciements. Cette situation est la plus grave, vu qu'elle se base sur un rapport de force inégal, clairement en violation des règles démocratiques, à la fois du Code du travail et du  Code électoral.

Nous avons identifié plusieurs opérations: emails  d'Avon Costa Rica, Subway Costa Rica et TIPS,  qui ont été signalés et ont entraîné une procédure du  Tribunal électoral suprême. Dans d'autres cas, nous n'avons pu déposer de plainte, puisque le tribunal exige que la plainte soit signée, ce qui bien évidemment conduirait  à des représailles.

Le deuxième axe de campagne sale est venu d'une partie des médias. Beaucoup d'articles et d'éditoriaux ont brandi  la bannière de l'anti-communisme comme on ne l'avait pas  vu au Costa Rica depuis les pires années de la guerre froide.

Le troisième provient de groupes religieux conservateurs, qui ont exacerbé les sentiments religieux sur des questions comme l'avortement, la fécondation in vitro ou le mariage de personnes du même sexe. Ils en sont arrivés à distribuer des tracts à la sortie des offices religieux, appelant explicitement à voter contre le Front élargi. Nous avons des informations selon lesquelles que dans certaines congrégations évangéliques on a fait la même chose.

- Quel est le message du FA à la classe ouvrière?

- WRU: N'ayez pas peur, sachez que le FA sera un allié solide et loyal. Exercez sans peur votre droit de choisir le président que vous considérez comme le  mieux à même de défendre vos intérêts et les intérêts généraux de notre peuple. Le vote est secret et de nombreux Costaricains sont morts pour ce droit dans le passé. Il s'agit d'un moment comme il y en a peu dans l'histoire d'un pays, et il s'agit de choisir entre la continuité du néolibéralisme et changement, représenté par le progressisme du FA.

 

http://1.bp.blogspot.com/_QKsmt5Fr_Vo/TOL5GmsubEI/AAAAAAAAHaI/oOtvNnjAjaQ/s400/FA-Principios.png

- Sur José María Villalta et son parti, on a dit de tout : qu'il est chaviste,  communiste, sandiniste, qu'il va détruire le pays. Comment pourriez-vous expliquer ce qu'est le FA, sa proposition et son programme ?

- WRU: Le Front élargi est un parti politique qui se situe à gauche, de manière explicite et nous l'avons toujours dit. Cependant, nous croyons que ces ismes  soient des étiquettes valables pour un parti quel qu'il soit. Notre projet est de viser à la construction d'un socialisme démocratique, en conformité avec les caractéristiques historiques, économiques, sociales, politiques et culturelles de notre pays et de sa société. En ce sens, nous ne cherchons à transférer  de manière mécanique l'expérience d'aucun autre pays d'Amérique latine.

Nous avons dans nos rangs des ex-militants du Parti communiste, mais nous avons aussi des gens qui se définissent comme sociaux-démocrates, sociaux-chrétiens, écologistes, féministes.

En bref, comme notre nom l'indique, nous sommes un parti qui rassemble un grand nombre de sensibilités convergeant dans le but commun de construction du «socialisme à la tica". {Les Costaricains s'appellent eux-mêmes les Ticos et Ticas, NdT]

Notre programme est de chercher à reprendre le chemin de la lutte contre la pauvreté, les inégalités sociales, pour une meilleure répartition des richesses, la création d'emplois et redonner du muscle à l'État pour l'exécution des travaux publics et le contrôle de l'économie, donnant du pouvoir aux communautés dans toutes les questions relatives à la production, l'exécution, le suivi et l'évaluation des politiques publiques.

 

- Que signifierait pour le pays une victoire de Villalta et du FA ?

- WRU Une victoire du FA signifierait, avant tout, l'arrivée d'une option permettant faire le ménage dans l'État et de renforcer le secteur public, en révisant l'équation État-marché, comme ce qui a été proposé dans d'autres pays, par exemple le Chili.

- Vous sentez-vous sûrs de vous au FA, même dans en cas de second tour ?

- WRU: Absolument

- La politique étrangère. Que proposez-vous et quelle position aurait le FA face à des processus unitaires que le SICA (CA4-Parlacen-CCJ), ALBA, Petrocaribe et CELAC ?

- WRU: Le Costa Rica a assumé la présidence temporaire de la CELAC (Communauté des États d'Amérique latine et de la Caraïbe), une organisation dans laquelle nous sommes pleinement engagés et espérons approfondir notre implication.

Le SICA est un outil fondamental pour les pays d'Amérique centrale, cependant, une entrée au Parlement centraméricain n'est pas dans nos objectifs à court terme, et nous ne l'envisageons pas dans notre plan de gouvernement. Fondamentalement, c'est quelque chose qui implique une série de changements constitutionnels qui, dans  notre pays, ne sont pas un processus facile et impliquent des négociations assez complexes.

Cependant, nous souhaitons aller au-delà de l'intégration commerciale dans des domaines qui ont été jusqu'à présent au second plan, comme les droits humains, la protection des écosystèmes régionaux, le développement social et économique, la réduction de la pauvreté, la coopération dans la la santé et l'éducation, la promotion de la culture et, en général, la coordination des positions communes dans les négociations politiques avec d'autres pays et blocs régionaux.

En ce qui concerne Petrocaribe, nous avons un intérêt particulier à évaluer la pertinence de l'intégration économique et politique dans cette instance. Dans l'ensemble nous avons soulevé la nécessité de renforcer les relations commerciales et les programmes de coopération avec tous les blocs économiques régionaux, en particulier avec les pays d'Amérique latine, en accordant un intérêt particulier au  MERCOSUR.

En ce qui concerne l'UNASUR, nous voulons approfondir le dialogue politique et contribuer par  notre diplomatie à renforcer cette instance.

- Enfin, comment allez-vous  aborder les questions sensibles telles que la monoculture, la souveraineté alimentaire, l'utilisation de pesticides et d'OGM ?

- WRU: Pour les monocultures, nous disons dans notre plan de gouvernement que nous décrèterons un moratoire sur l'expansion de la monoculture, notamment de l'ananas. Cela ne signifie pas une  interdiction mais tout simplement de ne pas augmenter leur surface. Nous soutiendrons également les municipalités qui ont limité l'expansion des  monocultures en utilisant leurs prérogatives légales en matière  d'administration foncière.

La question des OGM est aussi quelque chose que nous prenons très au sérieux. Nous allons soutenir les municipalités qui ont décrété  leurs territoires sans OGM. Nous chercherons à  faire adopter une loi déclarant un moratoire indéfini pour la plantation et la dissémination d'organismes génétiquement modifiés, tant qu'aucune preuve scientifique convaincante et vérifiée n'aura pas été fournie qu'ils  ne nuisent pas à l'environnement. En outre, il faut protéger la biodiversité agricole des semences traditionnelles, les considérant comme un patrimoine de l'humanité qui ne peut pas être soumis à brevet commercial.

Face à la situation consistant à être  l'un des pays ayant la plus forte utilisation de produits agrochimiques potentiellement toxiques, nous proposons de développer la  production biologique et agro-écologique en recyclant les nutriments et l'énergie de l'exploitation agricole, intégrant la production agro-pécuaire.

Enfin, la souveraineté et la sécurité alimentaires sont un élément clé de notre plan de gouvernement. Par conséquent, notre politique dans ce domaine vise à assurer une autosuffisance raisonnable en matière de  production agricole alimentaire.

 


 





Merci à Tlaxcala
Source: http://nicaraguaymasespanol.blogspot.com/2014/01/costa-rica-una-victoria-del-frente.html

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 15:11

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Ce n'est pas un miracle, mais presque. Contre toute attente, la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) se consolide comme institution de "Notre Amérique" et tient son deuxième Sommet des Présidents à La Havane.

Nous parlons de «miracle» car qui aurait pu imaginer, il y a seulement cinq ans, que le rêve bolivarien d'Hugo Chavez, rêve fondé sur un diagnostic impeccable de la situation géopolitique mondiale et qui cherchait à construire un organisme régional sans la présence des USA et du Canada, pourrait donner des fruits ? Pour ce faire, Chavez et ceux qui l'accompagnaient dans cette entreprise patriotique, ont dû surmonter toutes sortes d'obstacles : la résignation de certains gouvernements, la faiblesse des uns, le scepticisme des autres et l'opposition systématique de Washington, fait tout sauf mineur dans la politique de nos pays. Eppur si muove, dirait Galilée en contemplant la réalisation du projet bolivarien qui rassemble, pour la première fois dans l'histoire, toutes les nations d'Amérique latine et des Caraïbes à la seule exception de Porto Rico, pour le moment. Sans aucun doute, le renforcement de la CELAC et de l'UNASUR (au niveau de l'Amérique du Sud) sont de très bonnes nouvelles pour l'émancipation de la Patria Grande.


La Maison Blanche avait d'abord tenté d'empêcher le lancement de la CELAC qui eut lieu à Caracas en décembre 2011, en présence de son infatigable promoteur et mentor déjà attaqué par le cancer qui devait l'emporter. Ayant échoué, l'empire a mobilisé ses alliés régionaux pour faire avorter ou du moins reporter l'initiative dans un futur indéfini. Sans résultat non plus. La stratégie suivante a été d'utiliser certains de ses pions dans la région comme chevaux de Troie pour miner le projet de l'intérieur. Sans grandes avancées mais en arrivant malgré tout à ce que le premier gouvernement qui ait obtenu la présidence tournante de la CELAC en 2012, le Chili de Sebastián Piñera, déclare par la bouche d' Alfredo Moreno, son ministre des Affaires étrangères : "la CELAC sera un forum et pas une organisation, elle n'aura pas de siège, ni de secrétariat, ni de bureaucratie ou autre". Un forum ! C'est à dire un espace pour d'aimables et insignifiantes conversations entre gouvernants, diplomates et experts sans le moindre questionnement sur la domination impérialiste en Amérique latine et dans les Caraïbes. Et la Maison Blanche a également réussi, grâce à l'activisme militant de ses principaux amis de l'Alliance du Pacifique (le Mexique, la Colombie et le Chili), à faire en sorte que toutes les décisions de la CELAC soient prises à l'unanimité. Il semblerait bien que la "règle de la majorité", si chère à la tradition politique US, ne fonctionne que quand ça l'intéresse. Et quand ce n'est pas le cas, cela confère de fait un droit de veto à chacun des trente-trois membres de l'organisation. Mais c'est une arme à double tranchant : Le Panama ou le Honduras pourront s'opposer à une résolution appelant à mettre fin au statut colonial de Porto-Rico ; mais la Bolivie, l'Equateur et le Venezuela pourront faire la même chose s'il est proposé d'en appeler à la collaboration du Commandement Sud (de l'armée US) pour lutter contre le trafic de drogue.

La seconde présidence de la CELAC, en 2013, est allée à Cuba et le président Raúl Castro Ruz a pris d'importantes mesures pour contrecarrer les machinations de la ministre des Affaires étrangères du Chili : on a avancé dans l'institutionnalisation de la CELAC et l'embryon d'une organisation a été créé pour ce sommet, ce qui a permis de produire 26 documents, chose qu'aucun forum ne fait. Certaines propositions, comme celle de déclarer «Zone de paix» l'Amérique latine et les Caraïbes, feront l'objet d'un dialogue de sourds. Car il ne s'agit pas seulement d'éviter la présence d'armes nucléaires dans la région - comment savoir s'il n'y en a pas déjà dans la base de Mount Pleasant, dans nos îles Malouines ? - mais aussi d'utiliser la force pour résoudre les conflits internes. Cela fait subrepticement allusion à la tradition interventionniste de Washington en Amérique latine et à la présence de ses 77 bases militaires dans la région, dont le but est exactement cela : intervenir avec sa force militaire dans la politique intérieure des pays de la région, lorsque les conditions l'y invitent, pour compléter l'intervention ouverte que Washington réalise dans chacun d'eux. Il suffit de se souvenir, comme bon exemple didactique, du rôle crucial de «l'ambassade» pour déterminer le vainqueur de la récente élection présidentielle au Honduras. Ce problème, comme nous le voyons, sera l'un des points d'achoppement et de discorde car il y a des gouvernements, et ils ne sont pas rares, qui ne se contentent pas de tolérer la présence de ces bases militaires US-américaines mais qui comme la Colombie, le Pérou et le Panama, les réclament.

Un autre problème potentiellement perturbateur est l'approbation de la proposition du Venezuela d'intégrer Porto Rico à la CELAC - proposition tout à fait logique compte tenu de l'histoire et du vécu de ce pays, de sa culture, sa langue et ses traditions - mais susceptible de susciter des réserves parmi les gouvernements les plus proches de Washington pour qui Porto Rico est un butin de guerre non négociable. Avec cette guerre dont la victoire a été arrachée aux patriotes cubains et au cours de laquelle, elle s'est approprié Cuba, Porto Rico et les Philippines, la Rome des Amériques a commencé sa sinistre transition de la République à l'Empire. On remarque par contre un soutien unanime à la demande de l'Argentine en ce qui concerne les îles Malouines, la levée du blocus de Cuba et d'autres propositions visant à renforcer les liens commerciaux, politiques et culturels. On sait que l'Équateur va présenter une proposition de rejet de l'espionnage réalisé par les USA et de développement d'un nouveau réseau de communication sur Internet en dépit de l'interdiction de Washington, et il est probable que des propositions concrètes soient adoptées pour combattre la pauvreté et que soient étudiées des alternatives pour renforcer la Banque du Sud et, éventuellement, créer une compagnie pétrolière d'Amérique latine, sujet sur lequel le président Chavez avait insisté encore et encore.

La transition géopolitique internationale actuelle, qui se manifeste par le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale vers l'Asie-Pacifique, le déclin de la puissance mondiale des USA, l'effondrement irrémédiable du projet européen, la persistance de la crise économique qui a explosé à la fin 2007 et qui ne semble que s'accentuer avec le passage du temps et la permanence d'un «ordre» économique mondial qui concentre la richesse, marginalise les nations et approfondit la destruction de l'environnement, ont agi comme une incitation puissante pour éliminer la méfiance initiale que de nombreux gouvernements montraient vis-à-vis de la CELAC. L'accord conclu à Caracas en 2011 a établi qu'une troïka assumerait successivement la présidence pendant les trois premières années : Le Chili a commencé, Cuba a continué (confirmant la condamnation continentale du blocus US et de son but d'isoler la Révolution cubaine) et à la fin du sommet des présidents, la présidence sera dévolue au Costa Rica. Ce pays, allié fidèle de Washington, devra faire face à une élection cruciale le 2 février prochain, lorsque pour la première fois depuis des décennies, l'hégémonie politique de la droite néocoloniale du Costa Rica sera menacée par la montée d'un nouvel acteur politique surprenant : Le Front Elargi. L'actuelle présidente, Laura Chinchilla, qui avait été fonctionnaire de l'USAID pendant de nombreuses années, garantissait avec la victoire du parti au pouvoir la «domestication» de la CELAC et le retour au projet conçu par Sebastián Piñera et impudemment promu par son ministre des Affaires étrangères. Mais tous les sondages donnent pour acquis qu'il y aura un deuxième tour, et le discours et les propositions bolivariennes du candidat du Front élargi, M. José Villata, pourraient le catapulter à la présidence du Costa Rica. Bien sûr, comme cela a été le cas récemment durant l'élection présidentielle au Honduras voisin, tout l'appareil de renseignement, de manipulation médiatique et de financement des partis amis a été lancé par Washington pour qui la défaite de la droite néocoloniale du Costa Rica serait un revers avec des implications régionales plus larges. Si une telle chose se produisait, la CELAC pourrait traverser une autre étape vers son institutionnalisation définitive, ce dont l'Amérique latine et les Caraïbes ont impérativement besoin. Traduit par CM pour le Front de Gauche Latino

Merci à Tlaxcala
Source: http://www.atilioboron.com.ar/2014/01/celac-cita-en-la-habana.html
 

Via
TLAXCALA: CELAC : Rendez-vous à La Havane

 

 


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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 23:56

 

 

 

par Vicky Peláez

 

La Terre n’appartient pas à l’homme,
c’est l’homme qui appartient à la Terre

(Sagesse amérindienne).

 

Il est de ces événements internationaux que la presse mondialisée s’efforce de passer sous silence ou simplement d’occulter afin d’éviter qu’ils ne se propagent et perturbent l’agenda des multinationales, qualifiées de « club international des banquiers et des guerriers » par l’écrivain Eduardo Galeano. Leur dessein est de contrôler non seulement la vie humaine, mais aussi la nature. C’est ainsi qu’est passé inaperçu le « 5e Sommet continental », qui s’est tenu récemment dans le territoire autochtone La Maria dans le département du Cauca en Colombie, terre de la communauté indigène Nasa, où 4 000 représentants indigènes du continent américain ont formulé des propositions pour la défense de la Terre-Mère et ont exprimé leur rejet du modèle économique néolibéral dominant.

Les chefs de plus de 40 ethnies – parmi lesquelles, les Emberá, les Wayuu, les Guaraní, les Mapuche, les Arauco, les Machiguenga – ont exigé un arrêt des signatures de Traités Bilatéraux d’Investissement (TBI) et d’Accords de Libre Échange (TLC) qui créent des politiques d’expropriation de ressources naturelles et des règles permettant le pillage des biens et des cultures des peuples. Les communautés amérindiennes s’inquiètent de la décision prise par quatre pays d’Amérique latine (Chili, Colombie, Mexique et Pérou) de signer l’Accord de Partenariat Trans-pacifique (TPP en anglais) avec les États-Unis, le Canada, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Vietnam, la Malaisie, Singapour et Brunei.

Le TPP, qui se négocie à huis clos et à l’initiative du gouvernement de Barack Obama, est qualifié de « cheval de Troyes corporatiste » ou de « NAFTA (accord de libre-échange nord-américain : États-Unis, Canada, Mexique) élevé aux stéroïdes », car il fait prévaloir les intérêts des multinationales sur les intérêts nationaux des pays signataires. Bien entendu, cet accord répond aux règles d’un marché libéralisé à l’extrême, mais, selon ses créateurs, multiplierait par deux le volume des exportations nord-américaines, harmoniserait les lois environnementales des pays signataires en fonction des intérêts des entreprises, et modifierait les standards de sécurité alimentaire.

De plus, les multinationales prendront en charge la sécurité sociale, les fonds de pension et les mutuelles, restreignant le recours aux médicaments génériques, entre autres, comme le montre l’exemple du Guatemala : après que le pays a signé l’accord de libre échange États-Unis / pays d’Amérique Centrale (ALEAC), la vente de génériques a été interdite, faisant grimper immédiatement de 20% le prix des médicaments. Une des causes du coup d’État de 2009 au Honduras fut précisément la décision de l’ex-président Manuel Zelaya de conclure un accord avec Cuba afin de faire baisser le prix des médicaments. Les 4 000 représentants amérindiens ont exprimé un NON ferme et définitif à ces pratiques et exhortent leurs gouvernements à préserver la souveraineté de leurs pays en cessant de conclure des accords de libre-échange.

Les participants au Sommet Continental ont farouchement rejeté le recours aux cultures transgéniques de la multinationale Monsanto sur les territoires indigènes du continent et ont appelé en Colombie à l’abrogation de la résolution 9.70 du traité de libre-échange avec les États-Unis. Cette loi interdit l’usage par les agriculteurs de semences naturelles et les contraint à n’utiliser que les « semences certifiées ». Autrement dit, les 14 millions de paysans colombiens sont dans l’obligation d’utiliser exclusivement des semences transgéniques stériles produites par Monsanto, Cargill, DuPont, Dow Chemical Co. et par plusieurs autres entreprises. Selon Carlo Petrini, le pape de la gastronomie et de l’alimentation, à l’heure actuelle, « 80% des semences de la planète appartiennent à 5 multinationales ». Selon le spécialiste, quand l’industrie aura mis la main sur la totalité de la production, ce sera la mort des paysans et des agriculteurs.

Les peuples indigènes d’Amérique latine, à l’instar de tous les hommes de conscience, s’opposent au projet des multinationales de faire de la nature une marchandise, elles qui en sont déconnectées, alors que, comme l’explique Eduardo Galeano « les cultures amérindiennes la vivent de l’intérieur », et la considèrent comme partie intégrante de leur propre existence. Ils se rendent parfaitement compte que le système actuel mondialisé réunit les conditions idéales pour la destruction de l’environnement, et comme l’affirme Carlo Petrini, « produit un gâchis jamais vu dans toute l’histoire de l’humanité, il n’a aucun respect pour les traditions, il détruit les peuples et confisque l’avenir ».

Selon ce spécialiste, affirmer que « ces vingt dernières années, on a utilisé plus de produits chimiques qu’au cours des 120 années qui ont précédé » n’est pas une révélation. Les peuples amérindiens réunis en Colombie s’inquiètent du modèle prédateur et d’exploitation irrationnelle qui « met en péril la vie et la survie de l’ensemble des êtres vivants de la planète ». Les récentes critiques émises par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels (DESC) des Nations Unies au gouvernement argentin confirment les inquiétudes exprimées lors du Sommet. Le déboisement, les engrais chimiques, le soja transgénique et les mines à ciel ouvert « ont contraint les peuples indigènes à abandonner leurs terres », de plus l’utilisation de pesticides chimiques a « affecté la santé de ces communautés », comme le dit le rapport, qui conclut que le modèle agricole actuel porte atteinte à l’agriculture indigène.

Les peuples amérindiens sont extrêmement conscients de la situation, eux qui alertaient déjà il y a plusieurs décennies sur les dommages irréversibles qu’engendre la surexploitation des ressources échappant à tout contrôle sur la Terre-Mère et la nature dans son ensemble. L’industrie agricole et les politiques économiques extractivistes imposées par le néolibéralisme afin d’obtenir le maximum de bénéfices provoquent des dommages majeurs à l’environnement et affaiblissent l’agriculture paysanne. De plus, les lois anti-terroristes en vigueur dans la majorité des pays d’Amérique latine, du Honduras à l’Argentine, ouvrent la voie à l’agro-industrie et permettent de chasser les peuples primitifs de leur terre ancestrale, une violation évidente des droits de l’homme.

Les représentants indigènes ont également exigé l’annulation des concessions minières qui occupent actuellement de nombreux territoires indigènes sur tout le continent, et de mettre un terme à la vente par lots de leurs territoires aux compagnies pétrolières et minières. Au Pérou, à titre d’exemple, 72% de l’Amazonie a été divisé en lots pour plus de 30 multinationales productrices de gaz et de pétrole, en majorité américaines, européennes et chinoises, sur les zones les plus riches en termes de populations de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens. Le plus tragique est que 58 des 64 lots autorisés par les gouvernements d’Alejandro Toledo (2001-2006) et d’Alan Garcia (2006-2011) se situent sur les terres des communautés paysannes et indigènes. Le même phénomène se produit au Brésil, en Équateur, en Colombie et en Bolivie, où les explorations de pétrole et de gaz mettent en péril l’une des dernières forêts primitives à la biodiversité exceptionnelle.

Les projets d’extraction de gaz de schiste en Amérique latine suivent l’exemple des États-Unis et de l’Union européenne et représentent un nouveau danger pour la nature, puisqu’ils pollueraient les nappes phréatiques et mettraient en péril les générations futures. Il est d’ores et déjà prouvé que l’extraction de gaz naturel des formations géologiques appelées schiste gazifère par fracturation hydraulique (FH) pollue l’environnement. Selon des études scientifiques, chaque puits d’extraction nécessite entre 4 et 30 millions de litres d’eau et de 80 à 300 tonnes de produits chimiques cancérigènes, comme le benzène, le toluène, l’éthylbenzène ou le xylène.

Tous ces problèmes figurent dans la déclaration finale du 5e Sommet Continental, qui a déclaré le 12 octobre jour de la Résistance Continentale « contre le capitalisme extractiviste et le pillage des ressources naturelles par l’extraction minière, l’exploitation pétrolière, le gaz et les mégaprojets ». Les participants exigent de même que les Nations Unies signent une Déclaration Universelle des Droits de la Pachamama (la Terre-Mère) afin de pouvoir la défendre et la protéger sur l’ensemble de l’« Abya Yala », le continent américain.

Une prière maya dit :

« Ô Grand Créateur, Cœur du Ciel, Cœur de la Terre, notre Mère :
Donne-nous la vie, beaucoup de vie et une existence utile pour que nos peuples trouvent la paix dans toutes les nations du monde
 ».

Vicky Peláez pour Ria Novosti
Ria Novosti, Moscou, le 6 décembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Audrey Garcia-Santina

El Correo. Paris, 27 décembre 2013

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 23:49

 

 

 

Le Ve Sommet continental des peuples indigènes de l’Abya Yala (Amérique du Sud) — qui se tient dans la région de Cauca au sud-ouest de la Colombie à partir du lundi 11 novembre — s’est ouvert avec le IIe Sommet continental des femmes indigènes (les 11 et 12 novembre). Plus de 1 500 femmes y ont défini ensemble des propositions et des accords visant à défendre leurs droits, leurs peuples et la Terre-Mère. Parmi les principaux accords figurent le soutien au processus de paix en Colombie, les solutions face aux violences faites aux femmes, l’exigence de parité dans les mécanismes de gouvernement des communautés et des organisations.

Lors de ce sommet, un grand nombre d’autorités indigènes (en majorité des hommes) étaient présents lors des débats. Les femmes ont considéré cela comme une avancée puisque cela n’avait pas été le cas lors du premier Sommet des femmes qui s’était tenu quatre ans plus tôt à Puno (Pérou). « À Puno nous n’avions travaillé qu’entre femmes et nous n’avions pas obtenu un tel soutien. Lors de ce sommet-ci les autorités étaient présentes et ont soutenu nos propositions », a déclaré à ALAI une des organisatrices du Sommet, Arelis Uriana. « Nous nous sommes affirmées politiquement en tant qu’organisation de femmes indigènes », souligne la responsable de l’Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC), qui précise « notre principe de base doit être dès le départ celui de l’unité dans la dualité, un principe de complémentarité entre les hommes et les femmes. »

Lors de l’ouverture du Ve Sommet continental, le mercredi 13 novembre, plusieurs dirigeants ont insisté sur le fait qu’ils soutenaient la démarche des femmes, et ont fait part de leur souhait de participer aux groupes de travail. Gerardo Jumi, coordinateur général de la Coordination andine des organisations indigènes (CAOI), a expressément suggéré que toutes les résolutions du Sommet des femmes soient intégrées aux résolutions du Ve Sommet. Cette proposition a été acclamée.

Droits humains, paix et arrêt de la violence

Les échanges des femmes ont tout particulièrement porté sur l’élaboration de stratégies concernant les droits humains et collectifs des femmes indigènes, ainsi que sur la proposition de moyens pour lutter plus efficacement contre la violence, les discriminations, le racisme et les inégalités. D’autres thèmes ont été abordés, notamment la relation avec la Terre-Mère et le territoire, la cosmovision, les industries extractives dans les territoires indigènes, la militarisation, les frontières entre les peuples et la communication interculturelle.
Des messages de solidarité et de soutien concernant les négociations de paix en cours ont été adressés à la Colombie, l’hôte du Sommet. La proposition de demander au gouvernement du pays d’ouvrir la participation aux négociations aux peuples indigènes, en particulier aux femmes, a notamment été adoptée ; elle pourrait faire l’objet d’un processus d’accompagnement à l’échelle du continent.

Au sujet des violences faites aux femmes, la situation de la frontière entre le Guatemala et le Mexique a tout particulièrement été examinée. La décision a été prise de soutenir les organisations du Chiapas, qui demandent au ministère de l’Intérieur mexicain de décréter « une alerte pour faire face à la violence de genre » dans l’État du Chiapas. En effet, 92 femmes y ont été assassinées rien que cette année, et 52 de ces crimes sont des fémicides, dont les coupables demeurent en liberté.

Mercedes Osuna, déléguée du Mexique à la table de coordination du IIe Sommet, nous a expliqué que les victimes étaient majoritairement des femmes indigènes qui quittent leurs communautés à cause du manque de travail. On constate que bon nombre d’entre elles sont des migrantes originaires des pays d’Amérique centrale parties chercher du travail aux États-Unis. Elle souligne, « De même qu’à la frontière nord, entre le Mexique et les États-Unis, il y a un mur physique, à la frontière sud, le gouvernement mexicain a créé un mur de violence en cautionnant la présence des « maras salvatruchas » (ndt : gang ultra-violent d’Amérique Centrale) tout au long de la frontière, qu’il autorise à semer la terreur parmi les migrants. Ces femmes, assassinées au profit du trafic d’organes, sont séquestrées et prostituées, même quand elles sont mineures ; il y a beaucoup de cas de pornographie enfantine. C’est pourquoi nous voulons mettre ces gouvernements face à leurs responsabilités. Le manque de terres, la pollution des terres par les produits agrochimiques, le changement climatique, le manque de travail, voilà ce qui pousse ces femmes à émigrer ; on est bien confronté à de la violence structurelle »

Vers une coordination continentale des femmes indigènes

Les accords de la [Déclaration du IIe Sommet des femmes] reprennent la proposition énoncée à Puno — qui n’a toujours pas été concrétisée — de former une Coordination continentale des femmes indigènes de l’Abya Yala, en s’appuyant sur les coordinations sous-régionales existantes. La nécessité d’une rotation entre hommes et femmes aux fonctions d’autorité et d’une participation dans des conditions d’égalité au sein des communautés indigènes a également été mise en avant. En outre, il est instamment demandé aux communautés de mettre en œuvre des mesures qui bloquent l’accès à des postes de responsabilité aux personnes ayant des antécédents de violence envers les femmes et les enfants, ou bien des problèmes d’alcoolisme ou de toxicomanie.
Enfin, les autres propositions incluent notamment une rencontre autoconvoquée de femmes indigènes migrantes et la garantie d’une participation effective, c’est-à-dire avec leurs propres représentantes, des femmes indigènes dans les processus internationaux.

Les premiers accords du Ve Sommet

Le Ve Sommet continental des peuples indigènes, qui se tient dans la réserve de la communauté indigène La María, à Piendamó, dans le Cauca, jusqu’au 15 novembre, a communiqué ses premiers accords politiques [Déclaration politique du Ve Sommet continental]. Il est en particulier fait mention du jugement obtenu en faveur des peuples indigènes d’Amazonie, en Équateur, contre la transnationale Chevron-Texaco. Le jugement, qui vient d’être rendu par la Cour nationale de justice équatorienne, reconnaît l’entreprise coupable de la pollution environnementale et des impacts sociaux, territoriaux et culturels en découlant. Le communiqué du Ve Sommet salue cette victoire et va plus loin : « Nous lançons un appel à tous les peuples indigènes du continent et du monde pour qu’ils s’engagent collectivement dans des actions judiciaires visant à défendre le territoire et la vie, en se référant à la jurisprudence établie par la Cour nationale de justice d’Équateur. »

Il énonce également le rejet des « projets d’intégration néolibérale, tels que l’Alliance du Pacifique et la mise en place de Traités de libre-échange (TLC), qui représentent un attentat contre la souveraineté des États et des peuples, et qui ont des effets néfastes sur la souveraineté alimentaire et sur l’économie communautaire, sur la santé et sur le Sumak Kawsay (Vivre Bien) des peuples indigènes. »

Gerardo Jumi a indiqué à ALAI que le Ve Sommet avait pour objectif de rassembler les peuples indigènes et les organisations de la société civile autour de consensus et d’ainsi fortifier l’unité continentale. Le but est d’« aller vers l’amélioration des conditions des peuples, la démocratisation et de continuer à lutter contre la criminalisation, la persécution et la militarisation des territoires indigènes. » Il s’agit également d’harmoniser les moyens d’influence et le langage employé sur la scène internationale, par exemple concernant les Objectifs de développement pour le millénaire et l’Agenda 2015 de l’ONU. En particulier, les modalités de participation à la Conférence des peuples indigènes organisée par l’ONU à New-York en 2014 — dans le cadre de la Déclaration mondiale sur les droits des peuples indigènes — ont été définies.

La jeunesse indigène a également organisé une rencontre les 11 et 12 novembre, dans la réserve La María, à Piendamó. Le [Mandat de la jeunesse] fait état de l’engagement pris pour renforcer l’organisation des jeunes, afin de renforcer par là même l’organisation des peuples, grâce notamment à la création d’un conseil de coordination de la jeunesse. De plus, il est d’ores et déjà annoncé qu’un Ier Sommet continental de la jeunesse de l’Abya Yala se tiendrait lors du VIe Sommet des peuples. Les jeunes participants aspirent en outre à une éducation politique et à une coordination efficace de la communication. Ils ont également prévu d’organiser une manifestation pour la vie et pour le territoire à l’échelle du continent.

Alai-Amlatina. Équateur, le 15 novembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Jessica Pagazani

El Correo. Paris, le 6 décembre 2013

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 10:59

 

 

Comme beaucoup, j’attendais le résultat des élections communales au Venezuela. Avec confiance. Deux grandes victoires en quelques semaines, voilà de quoi remettre en place ceux qui espéraient voir un « chavisme » moribond à la disparition de Chavez. La première victoire est celle de la « Loi habilitante », obtenue avec plus des 3/5 des votes à l’Assemblée Nationale et qui permet à Nicolas Maduro de légiférer par décret en matière d’économie pendant un an.

Mais la défaite de l’opposition se traduit aussi par ce qui ne s’est pas produit. Après les élections présidentielle, la droite dure de Capriles n’a pas réussi à mettre le feu aux poudres, et après les quelques étincelles, (11 morts chavistes tout de même), le feu s’est éteint. Or le plan était clair, après les élections d’avril, le pays était censé sombrer dans le chaos au point de nécessiter une intervention extérieure « humanitaire » pour rétablir l’ordre. Un feu de paille, vite éteint et ce fut la déroute et la perte sèche pour les sponsors qui depuis des années à coup de millions de dollars subventionnent la subversion et forment la jeunesse dorée aux « coups d’états doux » à la mode OPTOR, ou comme vient encore de le faire le leader d’extrême-droite Leopoldo Lopez, qui dans la grande tradition que ne renieraient pas tous les terroristes cubains, formés à cette école, subventionne pour la jeunesse des stages d’entraînement paramilitaire à Miami. Perte sèche sur investissements.

La mort de Chavez était censée mettre fin à la révolution faute de successeur à la hauteur. Et là, l’oligarchie commet une énorme erreur par incapacité de projeter sa pensée dans d’autres systèmes de valeurs que la sienne. Elle n’a pas mesuré à quel point la révolution bolivarienne prenait sa source dans le cœur du peuple, elle n’a pas compris que « Chavez était le peuple et le peuple est Chavez », n’était pas un culte de la personnalité artificiellement entretenu mais bien une symbiose, que Chavez et le peuple ont grandit ensemble. La base de la révolution bolivarienne est ce petit peuple coloré qui humilié, discriminé, abandonné à la misère et à l’ignorance pas l’oligarchie, rencontrant des conditions de dignité de vie, à découvert sa propre intelligence politique, est devenu trop grand pour se laisser à nouveau réduire au néant de la misère et entend bien plutôt que d’y renoncer augmenter sa participation à la prise des décisions qui le concerne. Au-delà d’une mise en scène propagandiste parfois grandiloquente de la révolution bolivarienne, qui donne une image ponctuelle, emphatique à laquelle manque l’humour de Chavez pour rire du spectacle, il y a la basse solide de tous ceux, de toutes celles pour qui la révolution bolivarienne a permis d’accéder à la dignité d’humain à part entière. Une large base populaire qui n’est pas remise en question par la disparition de Chavez, parce que la condition de sa dignité est de poursuivre l’œuvre y compris par une critique parfois très aiguë du gouvernement actuel non pas anti-chaviste, au contraire, une critique constructive qui incite le gouvernement à aller de l’avant dans la révolution et donc vers l’état communal gouvernement par et pour le peuple. Je lis souvent des critiques faites aux institutions, dénonçant les abus de tel maire du PSUV ou des polices locales, de mafias de profiteurs à l’intérieur du PSUV, ce ne sont pas des critiques qui se plaignent du chavisme, mais au contraire elles montrent où et comment certains trahissent l’héritage ou n’en porte pas assez haut le flambeau.  

Le ballottage se produit dans la classe moyenne, dont une partie a accédé récemment – grâce à la redistribution bolivarienne des richesses - à ce statut et dont une grande partie aspire à ce que la révolution bolivarienne devienne une espèce de capitalisme amélioré sur le mode de l’état providence qui lui permettrait d’adopter un mode de vie comparable à celui du mythe occidental, véhiculé notamment par les séries télé (amplement diffusées) ou autres fictions produites à cet effet, celui de brosser un tableau idéalisé d’un Occident qui n’existe que dans les studio d’Hollywood. Les plus vulnérables sont les jeunes qui sont d’ailleurs la cible principale de la propagande de l’opposition, ils n’ont pas connu l’avant Chavez, et ne sont pas sensibles au miracle d’un pays qui va à contre-courant de la globalisation, redistribuant le pouvoir politique, les richesses, investissant dans l’éducation, le logement social, la santé… bref tous les aspects de démocratie, bien commun et services publics qui en Occident (comme ailleurs) font l’objet d’une attaque sans pitié des Corporations qui jettent à bas les acquis de siècles de lutte populaire pour conquérir des droits de dignité et de bien-être. Ainsi le commentaire d’une jeune fille après les élections d’avril. Elle appelait Obama à intervenir, elle préférait mourir sous les bombes occidentales en écoutant lady Gaga, que vivre sous le « régime » chaviste. De tous les commentaires que j’ai lu, c’était le plus pathétique, mais quasiment tous allaient dans ce sens, l’aspiration à un mythe Hollywoodien de richesse et de la liberté qu’elle confère.

Une grande partie de la critique interne va donc en ce sens : le gouvernement en fait trop pour satisfaire et conquérir cette classe moyenne et une partie des capitalistes nationaux en adoptant un modèle plus proche du capitalisme d’état que d’un état communal, et favorisant des aspirations à un mode de vie en contradiction avec la nécessité de changer nos manières d’habiter la planète si nous voulons que l’humanité puisse vivre en paix, dans la dignité et le bien-être ou tout simplement survivre.

Et donc, lorsqu’après les élections d’avril Capriles a lancé son appel « à fiche le bordel dans le pays » et à mettre le feu aux poudres, lançant en avant-garde des militants de choc entraîné à cet effet, il s’est très vite heurté à la détermination tranquille d’un peuple veillant sur ses acquis, une fois  l’effet de surprise passé, les gens se sont mobilisé pour défendre pacifiquement leur centres de santés, medias populaires et autres cibles des attaques, établissant des tours de garde en ayant la maturité de ne pas répondre à la violence par la violence mais bien d’éteindre le début d’incendie avec calme et détermination.

Pour ceux qui espéraient faire du Venezuela une autre Syrie, une autre Lybie, un autre Honduras, ce fut une grande déconvenue. Et pour l’équipe au gouvernement, une première victoire, fragile certes, mais trouvez moi un gouvernement d’Occident, un seul parti qui après 14 ans et la disparition de sa figure de proue, gagne, même de peu, les élections (8O% de participation)  grâce à sa large base populaire satisfaite de l’évolution du pays. D’autant plus, il faut le dire, que la campagne électorale de Maduro était absolument désastreuse. Mais Maduro, c’est maintenant qu’il va commencer à donner sa pleine mesure. En avril, Maduro, encore sous le choc et dans la douleur, chausse les bottes encore chaudes de Chavez et elles sont trop grandes pour lui. Il n’est pas encore élu à part entière et sa très faible majorité électorale lui lie les mains alors que la déstabilisation bat son plein et qu’il est censé satisfaire tout autant ceux qui ont voté pour lui, que ceux qui ont voté contre. La révolution bolivarienne va batte les ailles pendant quelques mois, sans pouvoir décoller, entravée par la nécessité de parer au plus pressé, les pénuries sciemment organisées, les sabotages électriques, la spéculation, tout cela dans un climat de déstabilisation psychologique, savamment orchestrée, alors que l’opposition envoie par exemple ses sbires faire du ramdam dans les files d’attente en dénonçant les incuries du gouvernement. Exemple de critique de la base : organisons-nous qu’ils trouvent à qui parler et que le débat populaire se retrouve sur le terrain, allons-nous aussi dans les files mener le débat.

Et donc malgré la lutte contre les pénuries organisées qui permet de mettre au jour des dizaines d’entrepôts où l’opposition retient en otage les produits de première nécessité, malgré les mesures prises pour empêcher les transferts de ces produits vers la Colombie, à force de demi-mesures et de compromissions avec l’opposition et ses capitaliste, entre deux eaux, le gouvernement se retrouve affaiblit, on redoute la chute libre que l’opposition souhaite.

Il faut avoir le programme de Capriles et ses potes de Washington et Miami en tête pour comprendre l’immense victoire qui vient de se produire pour la révolution bolivarienne du Venezuela, un pays ou rappelons-le, 80% de la population à confiance en la démocratie. Combien en Belgique ? En France ? En Espagne ? En Grèce ?

Après le demi-flop d’Avril, la prochaine échéance, était les élections communales du 8 décembre.  Le gouvernement affaiblit était censé s’écrouler de lui-même et le bide des élections communales devait être la justification de son renversement. Seulement voilà, quelques semaines avant les élections coup fourré… point d’inflexion, la Loi Habilitante, et c’est là que tout se joue. Maduro a pris un grand risque, une loi habilitante doit être acceptée par les 3/5 de l’Assemblée Nationale. Mais si Maduro est la figure de proue, d’autres figure se détache en avant plan comme celle de Diosdado Cabello, président de l’Assemblée qui à la carrure pour éviter que cette Assemblée ne sombre dans le Chaos malgré toute les tentatives parfois grotesques, parfois violentes de l’opposition de rendre tout débat impossible. Il développe un certain art de se mettre à leur niveau et de répondre en adulte ferme et apitoyé au comportement de cour de récréation des députés de l’opposition. Il a aussi l’autorité nécessaire pour mettre un terme à leur violence quand elle menace de se déchaîner. Si Maduro, pendant les années où il fut ministre des Affaires Etrangères a prouvé son talent pour la diplomatie – plus diplomate que Chavez, à coup sûr - et s’est gagné le respect des mandataires régionaux, Cabello, c’est une autre paire de manche. Formé à l’école militaire, il a la poigne et l’intelligence nécessaires, et le zeste d’humour qui était indispensable pour que le pouvoir législatif puisse continuer à faire son boulot malgré les obstacles dressés par l’opposition et il faut lui rendre hommage, c’est un beau tour de force. Maduro et Cabello sont chacun à leur juste place, et d’autres aussi et on découvre donc que la succession de Chavez était assurée, non pas par une seule personne qui serait devenue Chavez à la place Chavez, ce qui est impossible, mais par une redistribution de pouvoir qui comporte dans son programme la mise en place de l’état communal et donc l’ouverture pour un pouvoir accru d’une large base populaire à la décision politique, c’était le programme sur lequel avait été Chavez, et c’est plus que jamais de programme qui sert de guide au peuple pour rappeler à l’ordre le gouvernement quand il semble s’en écarter. La notion de mandataire prime ici sur celle de dirigeant. Le gouvernement est formé de mandataires, élu sur base d’un programme très clair et précis, s’il outrepasse son mandat, il se fait rappeler à l’ordre, et cela donne 80% de confiance en la démocratie…Demander une « Loi habilitante » était un pari, un défi, un quitte ou double… et ce fut double.

Avant sa mort Chavez disait à Maduro en guise d’ultime conseil : « Sois toi-même Nicolas », et jusque-là Maduro ne suivait pas ce conseil, il nageait dans les bottes trop grande de Chavez, au risque de se noyer. Il savait bien que son élection comme président était plus un respect populaire de la volonté de Chavez et de son choix qu’un plébiscite spontané. Quand après plus d’une demi-année de gouvernement l‘Assemblée Nationale a voté pour la loi habilitante demandée, ce fut la première élection, par les élus, de Maduro en tant que tel après des mois d’épreuve du feu. A ce moment, Maduro dont les mains sont déliées commence à prendre d’énergiques mesures contre toutes les formes de spéculations, d’accaparement, et redresse la barre de la déliquescence économique, un début, prometteur, même si restent très critiques tous ceux pour qui il faut surtout et avant tout en finir avec le capitalisme. Si Maduro selon beaucoup ne va pas assez loin, pas assez vite, pas assez profond, et pas toujours dans la bonne direction, la révolution  bolivarienne continue et permet  au mouvement communal et autres mouvements de bases de continuer à s’organiser, se structurer, il lui permet de développer et faire valoir son point de vue, un travail de longue haleine, la révolution bolivarienne a commencé bien avant que Chavez se présente aux présidentielles. Les cibles des partisans de Capriles, en Avril, ont très clairement montré que s’il était élu, il n’aurait rien de plus pressé que de jeter à bas tous les acquis de cette révolution et de rétablir les anciens privilèges de l’oligarchie.

Maduro a donc obtenu une première victoire, strictement personnelle, en obtenant la Loi Habilitante ; une confiance accordée par d’autres mandataires.  Les élections communales sont la ratification par le peuple de Maduro président de la République, le signe très clair que la révolution bolivarienne, après plus de 14 ans de pouvoir politique, se porte bien, qu’elle a une large base populaire et que le désir de poursuite de la révolution l’emporte de loin sur le désir de changement. Elu en Avril par la volonté de Chavez, Maduro près de 8 mois après les élections d’avril est confirmé dans sa fonction de président par la volonté du peuple.

L’opposition va devoir modifier son planning et ses méthodes, et nous l’espérons apprendre à ces dépends que quel que soit sont degré de malfaisance, le Venezuela est plein de petits Chavez, va-nu-pieds, comme il le fut dans son enfance, qui se préparent à prendre la rélève, les héritiers de la dignité acquise d’un peuple que cette opposition raciste et élitiste méprise, mais bien moins que le mépris que leur rend ce peuple fort de son humanité, et qui sait que celui qui exploite, discrimine, maintient dans la misère le peuple, en se vautrant dans la richesse des plages de Miami, en se fichant éperdument du bien-être de la majorité ne mérite pas, eux, pleinement le beau nom d’humain.

Un peuple qui clame haut et fort, à qui veut l'entendre :


CHAVEZ VIVE, LA LUCHA SIGUE !

Anne Wolff

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 23:16

 

Excellente présentation de l'état des rapports de force et des enjeux des élections municipales du dimanche 8 décembre au Venezuela. Suspens.

 

municipios-de-venezuela
La campagne pour les élections municipales au Venezuela est sur le point de se terminer. Le peuple sera de nouveau convoqué aux urnes cette année le 8 décembre prochain pour désigner qui, des 16.800 candidats en lice, occupera les 365 postes de maires et 2389 postes de conseillers municipaux.
Lors de la dernière confrontation électorale municipale, le Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv) et ses alliés avaient remporté 64% des mairies et surtout 18 des 22 capitales régionales. Le Psuv pourra-t-il désormais maintenir ce pouvoir local ?

La guerre économique

 Profitant du départ, puis du décès du Comandante Chávez, certains secteurs économique et financier se sont lancés dans une véritable guerre contre le Peuple vénézuélien. Que le gouvernement ait une part de responsabilité, certes. Que le fléau de la corruption existe toujours au Venezuela, et favorise les diverses marchés de contrebande (essence, produits alimentaires, devises), certes. Il n´empêche. En seulement quelques mois, l´inflation a enregistré son pire niveau depuis près de 20 ans. Plusieurs produits de première nécessité sont plus difficile à trouver, des coupures d´électricité irrationnelles sont venues perturber la vie quotidienne des vénézuéliens, notamment en province.

Dans le même temps, les politiciens d´opposition et l´écrasante majorité des media vénézuéliens pointe du doigt « l´incompétence » du président Nicolas Maduro. Nul ne peut nier qu´il s´agit d´une nouvelle épreuve de force contre la Révolution Bolivarienne orchestrés par  de puissants secteurs économiques nationaux et internationaux, pour tester le premier gouvernement révolutionnaire de l´ère post-Chávez. L´histoire chilienne (1) , ou encore les attaques similaires contre le Peuple vénézuélien durant l´année 2007(2)  viennent rappeler que la bourgeoisie vénézuélienne est résolue à reprendre le contrôle du pouvoir, peu importe les conséquences sur la vie de leurs compatriotes.
La stratégie de l´opposition n´évolue guère mais elle s´adapte : créer des conditions de vie impossibles pour capter ce mécontentement dans les urnes. En somme, un remake du lock-out pétrolier de 2002 ou du blocus organisé de 2007. Les candidats de la Mesa de Unidad Democrática (MUD, plateforme qui regroupe tous les partis d´opposition) ne font pas pratiquement pas campagne électorale. Il est vrai que l´absence de programmes sérieux de gestion locale ne joue pas en leur faveur. Lors de leur rares apparitions, les candidats se limitent à offrir tous types de solutions afin de résoudre des problèmes qui dépassent de bien loin les simples compétences d´un maire ou d´un conseiller municipal. La stratégie est avant tout de capitaliser la grogne suscitée par les attaques économiques.
Pour Henrique Capriles, éternel candidat à la Présidence de la République, cette élection pourtant municipale doit être “un plébiscite pour en finir avec ce gouvernement” (3) .  L´enjeu pour la droite vénézuélienne n´est pas de conquérir le plus de mairies mais de dépasser le chavisme en nombre d´électeurs, afin de légitimer la prise de pouvoir de manière légale, ou pas.

La réponse de l´Etat

 Le 6 novembre 2013, le président Nicolas Maduro a annoncé une série de mesures visant à stabiliser la situation économique : inspection des commerces, création d´une Corporation Nationale du commerce extérieur affirmant la participation de l´Etat dans l´importation de certaines marchandises, créer un fond de compensation pour la sécurité de l´approvisionnement des biens de première nécessité -ce fond sera financé en parti par les amendes payés par les commerçants spéculateurs (4) . Quelques jours plus tard, le 19 novembre 2013, l´Assemblée Nationale vota la ley habilitante permettant au président de gouverner par décret dans le domaine économique pour une durée d´un an. Celui-ci renforça les premières mesures : l´Etat fixera à 30% le bénéfice maximum des entreprises importatrices, le prix des loyers des petits commerçants dans les malls sera fixé par l´Etat à un prix raisonnable, les banques devront augmenter le taux d´intérêt des plans d´épargne, afin d´enrayer la spirale consumériste.

Le gouvernement, l´armée et les conseils communaux sont envoyés dans les boutiques des grands importateurs pour rétablir une rationalité des prix de vente au public. On découvre qu´en plus de cacher de la marchandise, les grands importateurs réalisaient des bénéfices de plus de 1000% ! La chaine mafieuse de la spéculation organisée est touchée. Maduro s´attaque à la bourgeoisie compradore véritable responsable de l´envolée des prix en quelques mois (5) .
Même s´il est un peu tôt pour pronostiquer une conséquence électorale de ces mesures, l´action de l´Etat á laissé l´opposition sans voix. Le referendum symbolique contre “l´incompétence” du chef de l´Etat que souhaitait Capriles est désormais hors de propos. L´Etat semble, enfin, agir avec force, ce que souhaitait une grande majorité des vénézuéliens au delà de la couleur politique.

D´un plébiscite contre Maduro à un referendum contre Capriles ?

 La stratégie de Capriles Radonski et de ceux qui le suivent au sein de la MUD était tracée : transformer des élections locales en un plébiscite national contre le gouvernement. Dans le cas où l´opposition arriverait á obtenir une nette majorité d´électeurs, elle lancerait ses partisans dans des actions de rue pour prendre le pouvoir de manière illégale. Point de paranoïa chaviste, plusieurs dirigeants de l´opposition, dont Capriles, avaient laissé entrevoir leur plan dans les media privés. (6)  Ce dernier prévoit d´ailleurs que le gouvernement “réprimera” les manifestations suivant les élections municipales indiquant ainsi sa tentative de déstabilisation. Rappelons que le mandat de Nicolas Maduro vient à échéance en 2019, et que la seule façon démocratique de le destituer est un référendum révocatoire á mi-mandat.

Mais comme dit Capriles, en cas de victoire de l´opposition aux élections municipales : “si le gouvernement ne comprend pas le message de changement, le peuple lui passera dessus” (7). Très élégant et très peu démocratique. Il serait intéressant de savoir ce que penserait François Hollande d´une telle déclaration à la veille des élections municipales en France…
Cependant, le pari de Capriles est loin d´être acquis. Loin d´un ras de marée de l´opposition, on se dirige plutôt vers le renforcement de deux blocs d´électeurs assez similaires en quantité (8) . De plus, il n´est pas aisé d´hurler à la fraude comme lors de l´élection présidentielle. Les maires élus de l´opposition ne contesteront pas la validité de leur élection.
L´opposition n´est pas un bloc monolithique. Plusieurs forces politiques la traversent (9) . Son leadership est aujourd´hui assumé par la frange la plus radicale et la plus néolibérale. Or, si la stratégie de Capriles est défaite dans les urnes, il y a fort à parier que les autres courants de la MUD régleront leurs compte avec cette machine à perdre qu´est le gouverneur de Miranda.
Le plébiscite contre Maduro pourrait alors se retourner contre son inventeur. Réponse le 8 décembre au soir dans les urnes.

Romain Mingus

Notes :

(1) Il convient de noter la similitudes des méthodes employées hier pour faire tomber Allende et aujourd´hui au Venezuela: Attaques spéculatives, disparition des mêmes produits de première nécessité, blocus de l´approvisionnement par les camionneurs, opérations psychologiques, etc. Le rôle de la CIA, des Etats Unis et de la bourgeoisie chilienne a depuis été révélé, parfois même par les propres acteurs de ce conflit.

(2) Nous dénoncions en 2007, un blocus similaire sur les produits de première nécessité dans le but d´influer sur le résultat du vote lors du referendum pour réformer la Constitution. Voir Romain Migus, “Réforme Constitutionnelle et Déstabilisation : Chronique(s) d’une Révolution en marche”, Venezuela en Vivo, 2007, http://www.romainmigus.com/2013/06/reforme-constitutionnelle-et.html.

(3) “Capriles insiste en que el 8D tiene que convertirse en un plebiscito”, El Universal, 10 aout 2013. Source consultable sur: http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/130810/capriles-insiste-en-que-el-8d-tiene-que-convertirse-en-un-plebiscito (source consultée le 06/11/13).

(4) Luigino Bracci, “Conozca todas las medidas anunciadas por el Presidente Maduro contra la guerra económica y el “golpe silencioso” empresarial”, Alba Ciudad, 06/11/13,http://albaciudad.org/wp/index.php/2013/11/presidente-maduro-inicia-anuncio-de-medidas-contra-la-especulacion/ (source consultée le 03/12/13)

(5) La bourgeoisie compradore étant la véritable bourgeoisie vénézuélienne. Une bourgeoisie productive et maitre de ses moyens de production faisant défaut au Venezuela, á quelques rares exceptions prés.

(6) Voir notamment, “El país no puede soportar más meses con Maduro en el poder”, entrevista con Julio Borges, coordinador nacional de Primero Justicia, El Universal, 14/10/13,http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/131014/el-pais-no-puede-soportar-mas-meses-con-maduro-en-el-poder, “Henrique Capriles: La FAN no apoyará el Gobierno si pretende reprimir pos 8D”, El Universal, 03/11/13, http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/131103/la-fan-no-apoyara-al-gobierno-si-pretende-reprimir-el-pos-8d, “Machado: Recuperaremos nuestra libertad y democracia el 8D”, El diario de Caracas, 30 octobre 2013, http://diariodecaracas.com/politica/maria-corina-machado-esperamos-como-nunca-antes-el-8-d-vamos-recuperar-nuestra-libertad (sources consultées le 03/12/13).

(7)“Henrique Capriles: La FAN no apoyará el Gobierno si pretende reprimir pos 8D”, Ibid.

(8) En revanche, il semblerait que le Psuv et ses alliés gagnent une confortable majorité de mairies, notamment grâce à des victoires dans les petits et moyens municipios.

(9) Voir Romain Migus, “Cherche opposition démocratique de toute urgence”, FAL Mag, numéro 111, décembre 2012. Disponible sur http://www.romainmigus.com/2013/06/cherche-opposition-democratique-de.html

 

 

Source : Elections municipales au Venezuela : élections locales ou nationales ? | Mondialisation

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 22:37

 

 

 

par Gabriel Périès

Intervention de Gabriel Périès, docteur en Sciences Politiques, lors du colloque « Les citoyens français assassinés ou portés disparus pendant le terrorisme d’Etat en Argentine », le 8 décembre 2011, au Sénat, organisé par le « Collectif argentin pour la mémoire » et l’Ambassade de la République Argentine en France.

Il s’agit donc d’évoquer ici une articulation entre une forme d’Etat, l’Etat terroriste, et un procédé, ou plutôt un processus criminel spécifique : la disparition forcée, dont la liste des compatriotes français dont nous invoquons la mémoire constitue notre tribut national à une souffrance ressentie, encore aujourd’hui par des milliers d’Argentins, d’Espagnols, de Paraguayens, de Boliviens, d’Uruguayens, sans compter les guatémaltèques ou les Algériens, victimes hier des Centre d’interrogatoires des DOP et autres « corvées de bois » pendant la guerre d’ Algérie, et cela ne fera pas si longtemps de cela, dans les années 1990 de la terrible guerre contre les maquis fondamentalistes qui a fait plusieurs milliers de disparus… de victimes de la pratique de la disparition forcée.

Car, il convient de soulever un grave problème : les victimes françaises n’ont pas été des victimes inutiles : suite à un long travail de recherche, d’investigation, à la ténacité de juristes argentins comme Rodolfo Mattarollo, ou français comme Nuri Albala ou Louis Texier pour ne citer qu’eux, aujourd’hui, la disparition forcée constitue un crime spécifique, un crime contra l’humanité, dont la particularité est d’être imprescriptible jusqu’à la réapparition du disparu, ce qui déclenche alors le processus judiciaire qui aboutit , comme ce fut le cas il y a quelques semaines , à la condamnation de l’ex-officier de Marine Alfredo Astiz, « l’Ange blonde de la mort » condamné justement pour la disparition forcée à et l’assassinat, entre autres charges et victimes, des sœurs françaises Alice Domont et Léonie Duquet. Ce pose également la question de la responsabilité de ceux qui donnaient les ordres au sein de l’appareil hiérarchique des Forces Armées Argentines de l’époque. Elle devient lancinante lorsqu’on évoque la présence de officiers français légalement intégrés à l’état-major de ce pouvoir terroriste et à l’Ecole de guerre de Buenos Aires, où ils assuraient un transfert de technologies, d’un management normatif de la violence dont ils possédaient le savoir-faire : celui de la guerre non-conventionnelle, irrégulière, contre-insurrectionnelle, ou encore désignée de guerre anti-subversive ou dite de la « guerre révolutionnaire ». C’est que l’Argentine a reçu alors un leg s’agissant des méthodes éprouvées depuis la guerre d’Indochine, d’Algérie, du Vietnam, et dont nous retrouvons encore aujourd’hui la présence au Rwanda, le dernier génocide du XXème siècle.

Aujourd’hui il existe un TPIR pour le génocide des Tustis du Rwanda, et la justice argentine condamne pour crime de génocide des officiers supérieurs ayant participé au fonctionnement de la dictature des Juntes entre 1976 et 1983. Un point commun : la même doctrine a été désignée par ceux-là même qui l’ont enseignée et appliquée…les mêmes accords de défense, un même partenaire. Car quelque part la conclusion est là : Plus jamais ça ! Nunca mas ! Nous le devons à nos compatriotes disparus en Argentine, à leur exemplarité : c’est le devoir qu’ils nous imposent, à nous les survivants, et ce, devant la conscience universelle.

I. De l’Etat terroriste

- A. Etat militaire et Etat terroriste

Il existe une différence notable entre un Etat militaire et un Etat terroriste. Ce dernier, comme le détermine Jose-Louis Duhalde, l’actuel secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme de la République argentine, « a besoin d’un niveau bien plus élevé de contrôle de la société civile que le premier. Il nécessite en même temps que la chaine qui reproduit et assure la propagation de ses effets — l’acceptation et le consensus forcés, fondés sur la terreur — ne souffre de la moindre altération et contestation qui la détournent de ses objectifs. L’Etat militaire construit son pouvoir à travers la militarisation de la société, tandis que l’Etat terroriste construit son pouvoir en militarisant la société en la désarticulant à travers la peur de l’horreur, d’une horreur réelle qui accompagne de façon conjointe l’élimination de milliers d’êtres humains et de structures politiques, sociales, syndicales avec une vision stratégique : la contre-insurrection ». [1] Et plus loin de souligner que «  l’élimination physique d’une partie importante de la population civile et l’organisation d’appareils coercitifs clandestins et permanents en marge de toute légalité formelle afin d’assurer, ici et maintenant, l’ordre social imposé en constitue la finalité immédiate. »

Cette mécanique, cependant, ne renvoie pas à une on ne sait quelle « anarchie militaire et policière ». Elle repose sur une action répressive codifiée et normative.

C’est dans ces mêmes murs, qu’en janvier-février 1981, dans le cadre d’un colloque intitulé le Refus de l’oubli, consacré à la politique de disparition forcée de personnes, l’avocat Emilio Fermin Mignone du CELS, en l’absence de son collègue Augusto Conte Mc Donnell, interdit de sortie du territoire par la dictature militaire, déterminait les principales caractéristiques de l’action répressive déployée depuis 1974 (npus dirions aujourd’hui depuis 1971) par les forces armées et de sécurités argentines depuis 1974, et plus encore à partir du 24 mars 1976 (date du coup d’Etat contre le régime constitutionnel) reposait en fait sur deux niveaux normatifs.

  • 1- « Le premier, de caractère public, constitué par l’ensemble de règles approuvées avant et après le 24 mars 1976, destinée à pourvoir d’un cadre formel l’action institutionnelle du Processus de Réorganisation National (PRN) nom officiel de la dictature des Juntes.
  • 2- Le second, de caractère secret, mais susceptible d’être reconstitué grâce aux faits, aux témoignages/…/ et composé d’ordres et de règles d’organisation et d’action proposés par les services de renseignements et les états-majors des trois forces, et approuvés par leurs commandements respectifs ».

Les auteurs désignent ce dispositif bifront de « doctrine du parallélisme global » établissant la jonction entre un état d’exception devenu pratiquement la règle générale depuis 1969 et « ces conceptions [qui] ont été inspirées pour l’essentiel, par la pensée et les propositions des officiers français qui participèrent aux luttes coloniales d’Indochine et d’Algérie et par ce qu’on nomme la doctrine de la sécurité nationale […] », aujourd’hui introduite, soit dit en passant, dans notre dispositif étatique français depuis la rédaction du Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale rédigé entre 2007 et 2008. Etrange retour…

C’est au cœur de ce dispositif constitutif d’un Etat dual et de hiérarchies parallèles que se situe la pratique de la disparition forcée dont l’objectif, comme nous le verrons s’il est bien d’exterminer l’opposant social et politique, en détruisant également sa culture, propage la terreur de masse. L’exemple de la paraléllisation du système de santé : le système hospitalier et les Centre Clandestins de Détention (CCD) et du ministère du Bien Etre Social.

Nous n’avons pas le temps ici de rendre compte du système répressif de la Triple A émanant du ministère du Bien être social de la période des gouvernements Perón à partir de 1973. Nous voudrions toutefois citer un témoignage que nous avons trouvé dans le cadre d’une recherche menée sur le terrain avec la Docteur Mónica Padró, Professeur de médecine à l’université de la Plata et fonctionnaire au Ministère de la Santé actuel. Et il s’agit du fonctionnement des hôpitaux qui deviennent à leur tours tant de cible de la répression que des lieu de détention et d’interrogatoire clandestins. Il se monte ainsi, dans le cadre de l’Hôpital Posadas de Buenos Aires et comme nous l’a rapporté Marta Ayala, syndicaliste de la santé et infirmière à l’époque où « ce dispositif va également être implanté dans d’autres hôpitaux , dont l’Hôpital San Roque de Gonet (La Plata) et au cœur de l’Hôpital naval Rio Santiago de La Plata, faisant partie intégrante de ce qu’on a appelé par la suite un circuit spécifique de disparition forcée dans la Province de Buenos Aires, Le « Circuit Camps » du nom du général qui en avait pris la direction placé à la tête de la police de la province de Buenos Aires.Ce témoignage est important :

- B. Les infrastructures hospitalières comme bases clandestines du dispositif répressif

Entretien Marta Ayala  :

Q : Peut-on reconstituer l’appareil répressif monté au sein même du système de Santé en Argentine pendant la dictature ?

Cette information est corroborée par Marta Ayala, puisque ce dispositif va également être implanté dans d’autres hôpitaux dont l’hôpital San Roque de Gonet (La Plata) et l’hôpital naval Rio Santiago (La Plata). Le témoignage est important :

« Les religieuses françaises, Alice Dumont y Léonie Duquet seraient passées par cet hôpital militaire après avoir été enlevées. Dans cet hôpital, il y avait des micros et des téléphones sur écoute. Et au moment de sortir, les employés devaient utiliser un mot de passe qui était changé quotidiennement. Si on ne le faisait pas, ils nous descendaient avec un FAL. Il y avait des gens armés partout. Tout le monde savait que les religieuses françaises étaient au 1er étage, celui des personnalités, et que l’Amiral Emilio Massera y faisait ses visites. Après, il y avait un étage dans l’hôpital auquel on n’avait pas le droit d’accéder y qui était surveillé par un officier armé. On m’y a amené les yeux bandés pour placer une sonde naso-gastrique sur un jeune homme qui était attaché à son lit, une capuche sur la tête et couvert de sang /…/ La morgue de l’hôpital était sous la garde de militaires et il y avait là des cadavres qui ne correspondaient pas à ceux de nos patients. Et pendant la nuit, des camions sortaient depuis le BIM 3 qui partageait le même terrain que l’hôpital. Lorsque ses camions sortaient on disait aux officiers : « robinet ouvert », ce qui signifiait qu’ils devaient vider leur chargeurs sur les détenus et ainsi occulter qui avait tiré. Il y avait des sous-officiers et des officiers qui se vantaient d’avoir gardé les vêtements des détenus exécutés : les blousons de cuir et les chaussures. »

Il y aura également des maternités clandestines, dans lesquelles accouchent des femmes disparues enceintes, torturées, et dont les bourreaux intègrent des réseaux d’adoption illégale où des juges participent à la rédaction de faux certificats de naissance afin qu’ils soient adoptés par leur bourreaux ou par des amis ou des gents en relations avec eux. Les mères après leur accouchement étaient exécutées dans le cadre d’un « transfert » ou d’un « vol de la mort » pendant lesquels elles étaient précipitées vivantes d’un avion en pleine océan. Ce sera là une cause judiciaire de condamnation de crime de génocide, puisque l’on s’attaquait à un groupe spécifique à travers sa descendance. La jurisprudence argentine est sur ce point remarquable.

II. La disparition forcée comme technologie

C’est un processus qu’ont connu tous les disparus qui sont passés par les fameux CCD (Centres Clandestins de Détention) dont la répartition sur le territoire argentin est aujourd’hui connu. Il s’agit bien d’un processus, voire d’une procédure reposant sur un bloc de normativité technique, c’est à dire une doctrine qui fixe comme nous le verrons, le type et les modalités d’action de l’Etat devenu terroriste pour et dans l’application de cette doctrine.

Pilar Calveiro, une universitaire et survivante argentine de ces camps, elle même détenue disparue-réapparue, a décrit le processus et interrogeons nous sur son produit : le disparu certes, mais aussi la terreur.

- A. La disparition forcée : un processus technique

1. L’arrestation

C’était trois heures du matin, je me suis approchée de la porte et j’ai demandé :

- Qui est là ?

- Joaquín le concierge, il s’agit d’une urgence.

J’ouvre. On me jette au sol. On me met les mains dans le dos et on me passe les menottes. Une botte militaire sur le dos. J’essaye de regarder mais on me passe une cagoule sur la tête, on me couvre d’un pardessus, sur ma chemise de nuit, et tire hors de mon appartement en me faisant dévaler les escaliers, on me frappe frape lorsque je trébuche, mais je ne vois rien… Le froid de la rue me fait trembler, ou c’est la peur.
On me jette dans une voiture, à l’arrière et on me plaque au sol, couverte d’une couverture malodorante.
Le trajet fut long /…/ je me souviens que je tremblais. Les coups m’ont étourdie, je suis totalement déconnectée de la réalité. Brusquement la voiture s’arrête et on me sort de la voiture à coups de poings et de pieds pour me jeter dans un lieu poussiéreux et crasseux.. De là on me fait passer à la « salle d’opérations » comme ils disent. Je ne sais pas qui ils sont. En me hurlant dessus ils me déshabillent …Et c’est la torture, la gégène, le supplice de la baignoire, les cris, les coups de pieds, de chaines,…pourquoi poursuivre… /…/ réveille-toi — debout— baisse le bandeau qui te couvre les yeux. Tu es ici P 44. Tu n’as pas de nom.
 [2]

2. Le CCD comme espace organisé de la peur et de la mort

Selon de nombreux témoignages apparaît alors un dispositif d’organisation physique de l’espace, avec deux variables fondamentales : le système des cellules et celui des « couchettes ». Ces dernières étaient constituées de compartiments d’aggloméré sans toits, de quelques 80 cm de largeur sur 2m de long, compartiment dans lequel pouvait tenir une personne couchée sur un matelas de mousse. Les cloisons latérales avaient environ 80 cm de hauteur afin d’empêcher tout contact visuel entre les prisonniers, mais permettant à un garde debout ou assis de contrôler simultanément l’ensemble tel un petit panoptique. Une ouverture assurait la sortie du prisonnier.

En ce qui concerne les cellules, elle pouvaient contenir une ou deux personnes, bien que souvent il pouvait en avoir plusieurs. Leurs dimensions étaient de 2,50 x 1,5 mètres, avec des matelas en mousse. La porte comportait un judas. Dans d’autres lieux ; comme dans le CCD « Mansión Seré », les personnes étaient littéralement jetées sur le sol avec un bout de caoutchouc mousse. Finalement il ne s’agissait que d’un systèmes de compartiments ou de containers /…/ afin de garder et de contrôler des corps, pas des êtres humains.

Dès son arrivée donc, le prisonnier perdait son nom et lui était attribué un numéro : son identité disparaissait dont le point final était le NN : la fosse avec ces lettres pour No Name… ce qui n’était pas sans rappeler évidemment le décret Nacht und Nebel du régime nazi.
Les détenus étaient attachés de façon permanente et couverts d’une capuche ou les yeux bandés/…/ Ils pouvaient être également menottés ou comme à la ESMA avoir les jambes entravées par des chaînes.
Dans ce le CCD « Mansión Seré » les personnes étaient maintenues dénudées de façon permanente et pour dormir les jambes étaient attachées et repliées. Tous les témoignages de survivants renvoient ainsi à la permanence de l’obscurité, du silence et de l’immobilité.

3. Le transfert

Enfin, selon un programme établit au fil des opérations menées sur la base des renseignements obtenus sous la torture, l’expérience se soldait par le « transfert » ou le « vol de la mort » c’est à dire une exécution sommaire, individuelle ou parfois collective des prisonniers. L’effet de surprise et l’imprévision étaient apparents et voulus pour éviter tout « durcissement » des prisonniers lors des interrogatoires.

4. La terreur comme effet

Ce système tenait aussi comme espace de production de la terreur, de sa dissémination. En effet, dans les CCD, si l’on pouvait trouver des militants politiques ou des syndicaliste et des défenseurs des droit de l’homme, on pouvait également y trouver des personnes qui avaient été les témoins des enlèvements, des innocents pris dans des opérations de ratissages ou de simples contrôles d’identité, ou le fruit de processus crapuleux dirigés par des militaires, comme dans le cas de la famille Greiver, qui s’est vue dépossédée de tous ses biens industriels. Des lycéens ou des enfants pouvaient être également portés disparus. Sans compter le terrible jeu des abus sexuels impunis. C’est l’ensemble de la société qui se trouvait dès lors « embarquée » dans ce processus de terreur. Même la clandestinité n’était qu’un mensonge. Certains CCD étant situés en pleine ville comme le Garage Olympo, il était possible d’entendre de nuit les va-et-vients des voitures banalisées et les cris des suppliciés. La clandestinité était un leurre et servait à rendre palpable le mystère et faire souffrir les imaginations des vivants. Il fallait produire la terreur généralisée. Elle aussi avait été pensée et codifiée.

III. Une doctrine en question : des hiérarchies parallèles à la terreur sociologique

A. « La doctrina des Hiérarchies parallèles » du colonel Lacheroy

C’est le colonel Lacheroy qui, analysant le premier le système de l’ennemi, fit la trouvaille des hiérarchies parallèles. Celle-ci repose sur la découverte de l’appareil clandestin du Viet Minh ; cette structure complexe, associative, politico-militaire et administrative, empêche toute infiltration d’agents dans la zone qu’il contrôle, non seulement territorialement, mais aussi verticalement. À travers les organisations dédoublées par le Parti communiste, le Viet Minh dirige ainsi un quasi État avec ses institutions.

Une Arme du Viet Minh : les hiérarchies parallèles [3] ; tel est le titre du texte qui, prononcé en 1952, alimenta, de l’Indochine à l’Algérie, les cours de formation des cadres territoriaux de l’Armée française, mais aussi d’armées étrangères comme argentines.

Ext. N°1  :[Les habitants] sont enfermés dans un système de coercition d’une perfection machiavélique dont il est très difficile de s’évader et à l’intérieur duquel il n’y a de place que pour le dévouement ou au moins l’obéissance. Ce système est celui des HIÉRARCHIES PARALLÈLES […] »

Selon Lacheroy, le système colonial totalement dépassé par la situation, a fait de la dictature la « solution » en Indochine :

Ext. N°2  : D’un côté, une justice débonnaire dans une démocratie vénale et détendue, de l’autre, une dictature populo-politico-militaire, relativement pure, toujours dure et, quand il le faut, cruelle. [...]

III-SOLUTION

On objectera qu’il ne nous est pas possible d’avoir recours à des procédés que nous condamnons, à des formules dictatoriales de conduite de la guerre alors que nous luttons contre la dictature que, sur le plan international, le nouvel État du VIETNAM et, par contrecoup, la France prendraient une position indéfendable... etc. mais il faut savoir ce que l’on veut.

Dans le domaine militaire pur, quand un des adversaires prend l’initiative de mettre en œuvre une arme nouvelle plus ou moins défendue par la réglementation internationale, l’autre adversaire ne se contente pas d’épiloguer sur son aspect déloyal, voire révoltant pour la conscience humaine…

En refusant de nous en servir, nous nous comportons aussi sottement que les premiers Valois en présence des armes à feu. La lutte, parvenue au degré d’âpreté qu’elle a atteint, ne se gagnera pas sans une mobilisation totale et dure des arrières et l’adoption par le Gouvernement vietnamien de l’Arme des HIÉRARCHIES PARALLÈLES.

Maintenant cette formule nous la connaissons bien, c’est l’Arme des Hiérarchies parallèles. Sa mise en œuvre relève d’une technique parfaitement au point et infaillible.

C’est à l’articulation de l’horizontal (la dimension territoriale) et du vertical (l’organisation bureaucratique) que se situe le point central des systèmes argentins et français à Alger en 1957 de la mise en action des structures parallèles de coercition : les Groupes d’action mixte armés de la bataille d’Alger et autre GT.

C’est en juillet 1956, dans un entretien à la Revue des Forces Terrestres publié sous le titre « Contre-guérilla » [4], que le colonel Trinquier prévient du déploiement de la future structure répressive qui va implacablement s’abattre sur l’Algérie :

Pour que l’habitant échappe à la pression et au contrôle des rebelles, pour qu’il devienne utilisable à notre profit, nous devons le rendre commandable, c’est-à-dire le faire entrer dans l’organisation hiérarchisée dont nous avons parlé, englobant l’ensemble des populations, qu’un chef pourra contrôler jusqu’à l’échelon individuel. Personne ne devra avoir la possibilité d’y échapper afin que chacun puisse à tout instant répondre aux ordres donnés. Car ce contrôle des masses par une stricte hiérarchie, et souvent même par plusieurs hiérarchies parallèles, est pratiqué dès l’abord par les rebelles, dont il est l’arme maîtresse, et auxquels il permet de déceler rapidement la présence de tout élément qui leur serait hostile. [5]

B- Les cours du CIPCG d’Arzew et la terreur sociologique

Tous les officiers français et les officiers argentins qui se sont croisés sur les banc de l’Ecole de guerre de Paris puis d’Argentine et au sein des états majors des Forces armées argentines ont été mis au courent des cours de guerre et d’action psychologiques. Et il est un point essentiels ici, il y a eu des cours organisés en France pendant cette période de circulation de la doctrine militaire contre-insurrectionnelle française de la « guerre révolutionnaire », sur le thème de la terreur sociologique.

C’est ainsi que, parmi les cours du CIPCG d’Arzew, l’un d’entre-eux porte précisément sur l’utilisation de la psychologie de la peur. Ce cours, dont nous reproduisons ici les termes essentiels, y compris dans leur prosaïsme, date de 1956, c’est-à-dire que nous sommes à quelques mois du début de la grève insurrectionnelle qui devait marquer le déclenchement de la bataille d’Alger.

La propagande par la terreur

C’est l’utilisation de la psychologie de la peur. Il y a deux catégorie de peur : la peur active (celui qui fuit) ; la peur passive (celui qui est paralysé). Dans la peur l’homme ressent beaucoup moins la souffrance (ex. du Blessé). C’est dans la mesure où il a peur, la peur amenant une diminution des souffrances, que certain soldat sera héroïque. La terreur joue sur deux instincts : Passif, Actif

Objectif d’utilisation de la terreur : Faire adhérer au groupe qui la manipule. La peur aboutit à faire adhérer. /…/

La terreur sociologique

Causes :

Notion sociologique  : pour qu’il y ait terreur, il faut qu’il y ait silence. Le silence donne une puissance d’émotivité au moindre bruit. Le silence sociologique est représenté par le secret, l’ignorance de certaines préparations politiques. /…/ La terreur suppose, dans un silence sociologique, l’irruption mystérieuse et violente d’un événement insolite.

  • Ex  : le camp de concentration : zone de silence puis, brusquement, le rassemblement où l’on désigne 20 condamnés à mort.
  • Ex  : l’assassinat de Rohem en 1934, au milieu d’une période d’euphorie nazie.

    Effet de la terreur : Elle est considérée comme se multipliant dans le groupe social par simple contact. Elle a un puissant potentiel de dégradation en panique.
    Possibilité machiavélique  : dégrader la terreur en panique, et contrôler la panique en se présentant comme sauveur.
    - 1) La vague de terreur provoque une longue période de dépression. La masse devient neutre et amorphe (attentisme).
    - 2) Elle peut convaincre les « neutres ». [6] /…/

Conclusion :

Pour conclure cette présentation nous désirerions poser deux questions relatives, premièrement à la présence des officiers français au sein de l’état major des forces armées argentines, entre 1957 et 1983, connues sous le nom de Missions françaises dont le contenu des cours et conférences étaient exactement celui que nous avons analysé ici. Alors, sur le plan juridique, sur le plan pénal, comment désigne-t-on une personne qui enseigne des pratiques qui relèvent du terrorisme d’Etat, qui est intégrée hiérarchiquement à l’appareil qui en fait la gestion et qui de plus serait de la même nationalité que les victimes dont nous commémorons aujourd’hui la disparition forcée. Ne s’agit-il pas de complicité de crime contre l’humanité ? Si je collabore à l’étranger à l’assassinat d’un compatriote, ou si je collabore à l’organisation criminelle qui l’élimine, ne suis-je pas objectivement un complice sur le plan pénal ? et en l’occurrence complice d’un crime imprescriptible, la disparition forcée relevant de la qualification de crime contre l’humanité ?

Seconde question, ou plutôt une demande : cette doctrine, qui tant en Argentine comme au Rwanda a aboutit à la commission de crimes qualifiés de crimes de génocides devant la justice pénale nationale, dans le cas argentin, ou internationale comme dans la cas rwandais, nous avons vu que ces principaux concepteurs la considérait comme une arme de guerre. Ne peut-on, à l’instar des campagnes contre les mines anti-personnelles ou contre l’usage du napalm, concevoir ce management normatif si particulier de la violence d’Etat comme illégale, car, pour l’essentiel, la pratique des « hiérarchies parallèles » et autre « sociologie de la terreur de masse » font terminer ceux qui sont chargés de les mettre en œuvre, devant des tribunaux pour des crimes contre l’humanité ? C’est bien là ce que nous devons à nos disparus.

Je vous remercie.

***
Note de El Correo :

Lire : « Une guerre noire Enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994) » de Gabriel Périès y David Servenay

El Correo. Paris, le 17 décémbre 2011.

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Notes

[1] Eduardo Luis Duhalde, El Estado Terrorista argentino. Quince años después, una mirada crítica, Eudeba, Bs As, 1999, p. 237

[2] Celina Benfield. « 179 días entre « El banco » y « El Olimpo »…y una vida para contarlo ». Astralib, Bs As, 2003, p. 16–17

[3] Colonel Lacheroy, Une arme du Viet Minh : les hiérarchies parallèles, Conférence faite à Bien Hoa en 1952

[4] Contre-guérilla, entretien de la Revue des Forces Terrestres avec le lieutenant-colonel Trinquier, RFT n° 5, juillet 1956, p. 128.

[5] Idem, p. 132.

[6] La guerre psychologique, Conférence n°3, Lois de la guerre psychologique, CIPCG, X° Région militaire, 1956-1957, p. 8-9

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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 17:42

 

 

La Yaguaina, chronique d'une commune venezuelienne

Photo de Veronica Canino

Une salle de bataille sociale. Le matin dans les pupilles. Un carnet de route vierge. Un cercle de communards. Avec les idées de Javier Biardeau  dans la tête : « pour qu’existe la Commune, il faut qu’existe l’esprit de la Commune, et pour qu’existe l’esprit de la commune il faut le cœur de la Commune, peut-être que l’Etat ne le comprend pas »…, nous sommes arrivés à La Yaguaina (terre de palmiers) avec le défi de raconter ce qui se construit à partir du cœur, ce cœur qui fond quand on parle du Commandant et qui chemine à travers la forêt et le lac, plein de contradictions et de certitudes absolues.

Ici comme dans tous les villages proches de la côte des Caraïbes, résonne le vallenato de Colombie… On se reconnaît dans le cercle horizontal de la parole; maintenant on appelle porte-paroles ceux qu’on traitait jusqu’ici de lutteurs sociaux, « ñángaras », va-nu-pieds, indigents, ou plèbe comme les appellent encore  certains. Ici on compte 15 Conseils Communaux qui ont rendu possible cette Commune qui est tout sauf un dossier rempli de paperasserie légale, ici la Commune, c’est la rage et la tendresse de réaliser avec ses propres mains, « nous voulons que les enfants puissent avoir tout ce que nous n’avons pas eu » répète-t-on comme principe.

Matria 4

C’est Luisa Rivas, une femme de 35 ans, porte-parole du Conseil Communal Las Cañas, qui ouvre la conversation pour dire comment il ont commencé à croire dans la volonté commune, dans le travail collectif  : « nous existons depuis quatre ans, grâce à une initiative lancée par trois porte-paroles de conseils communaux différents, à la suite d’une émission du président Chavez sur la nécessité de créer la Commune, on ne savait pas ce que c’était en soi, mais nous avons commencé, et quand nous nous réunissions on nous appelait les fous. Quand nous avons constaté que les gens ne voulaient pas participer, nous avons décidé de bouger et d’organiser les réunions de village en village pour les motiver.» Nous avons commencé par la communauté Cruz Cano Chiquito, qui est très éloignée, nous y sommes allés en camion sans savoir ce que nous faisions réellement, on a commencé par motiver les gens – « ensemble, nous travaillerions mieux, nous devons entendre le président Chavez , c’est comme ça que nous avons tenté de former la Commune ».

C’est le travail volontaire qui a déclenché l’organisation d’une commune aujourd’hui consolidée. Tout a commencé par le dégagement des routes, un travail peu à peu habité par la musique et les conversations. On a nettoyé ensemble les câbles de haute tension, le cimetière, on est venu en mule, à pied, en camion, on est toujours venu travailler, « et après la soupe collective, on en faisait quatre ou cinq marmites après chaque journée de travail, on se réunissait pour évaluer l’activité ».

Matria 1

«Pour commencer, on n’est pas parti de directives ou de lois, nous avons commencé avec la volonté, avec le simple amour de faire»… Ici commence la liste de critiques, de plaintes, de rappels des institutions à leur devoir de faire la révolution, institutions qui restent souvent aveugles, les bras croisés. «Nous étions fatigués d’attendre la réponse, on nous a si souvent fait miroiter des villas et châteaux, on nous a utilisés, manipulés tout au long de l’Histoire, et  lorsque nous ouvrons les yeux, nous nous retrouvons à nouveau… entre la déception et espoir ».

Le processus de légalisation de la Commune a donc affronté les mille et un obstacles de la bureaucratie : « depuis le 17 Novembre 2012, nous avons remis les certificats des Conseils Communaux, et ils viennent de nous les rendre il y a seulement un mois. Lorsque l’on arrive enfin à former les Conseils Communaux… il faut recommencer tout le processus à zéro parce que le mandat des porte-parole touche à son terme, on nous laisse sans réponse, nous devons voyager pendant des heures jusqu’à Cumana pour refaire les démarches administratives, parfois on ne veut pas nous recevoir, on nous demande de revenir plus tard, parfois tout ça donne envie de pleurer. »

Matria 5

Le communard Renan Correa propose des solutions : «si nous avions plus de ressources nous produirions plus, à partir de notre  grand potentiel que sont les racines et tubercules, ces aliments doivent sortir de cette zone vers l’axe Apure-Orénoque. Nous devons relancer l’usine de traitement d’alimentation pour animaux et de produits triturés, nous pourrions lui fournir notre récolte et on nous payerait le prix  juste car d’ordinaire ce sont des intermédiaires qui nous exploitent, ce sont eux qui gonflent les prix des produits (..) Nous, les agriculteurs, on nous ignore partout. Comme disait Chavez, nous voulons que le pouvoir du peuple, la collectivité, soient écoutés, et qu’on arrête de prendre des décisions sans nous prendre en compte

La Yaguaina est humide, et cette sensation colle à la peau, au dos brûlé de soleil. On ne cesse de regarder, parce que la vue est une vertu pour tant de choses qui naissent, le végétal est la terre, sa croissance, ce sont ses femmes et ses hommes, leur labeur. Parler vite n’enlève pas leur poids aux mots justes, aux exigences légitimes de ces communard(e)s. Dans le fond, sur une colonne de bois, une image de Chavez, un silence.

Maria Martinez nous raconte comment cette Commune en cours de construction s’est intégrée au Système national de Troc qui existe dans notre pays depuis plusieurs années, avec une approche pratique, concrète, réflexive d’économie socialiste, tout un processus qui va de la conscience de quelle nourriture nous consommons, aux rapports de production existants en zone rurale, en passant par la récupération des pratiques ancestrales.

Matria 2

La Yaguaina fait partie du Système Régional de Troc de Pariagoto. Ici on utilise comme monnaie communale « Paria » et depuis mai 2009, mois après mois, de nouvelles volontés ont adhéré. Les marchés de Troc se sont répandus dans tout le pays, invitant les pairs à participer à un échange de ce qu’ils cultivent, tissent, écrivent, rêvent. Un monde sans argent, c’est l’utopie du monde possible. La Commune nous a invité à un de ces marchés à Cumana ;  une dame debout, micro à la main, nous a reçu en disant: « Pour être libres, nous devons produire nos propres pommes de terre, si nous ne produisons pas ce que mangent nos enfants nous ne serons jamais libres ». Les travailleurs de l’entreprise sardinière récupérée La Gaviota leur ont narré leur lutte. Au-delà la géographie humaine de Sucre a œuvré à partir de la mémoire, partageant les semences, la connaissance et la culture communale.

Traduction : Suki Neve,  http://quebolaparis.blogspot.com/

Source en espagnol : Aquarella Padilla, Ciudad Caracas,  « Narrar la Matria II… Crónicas de un recorrido »,  Photos : Verónica Canino, http://www.ciudadccs.info/?p=485684

Source : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/06/la-yaguaina-chronique-dune-commune-venezuelienne/

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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 22:30

 

 

Bonnes feuilles de "Amériques latines. Emancipations en construction"

(coordonné par Franck Gaudichaud)


Gaudichaud.jpg

 

Franck Gaudichaud (coord.), Amériques latines. Emancipations en construction, Paris, Syllepse, collection "Les cahiers de l'émancipation", Paris, 2013 (en partenariat avec France Amérique Latine). 

Pages : 130 pages. Format : 115 x 190. ISBN : 9782849503621

Prix : 8€ + 1.80€ de frais de port par livre

A commander par mail : falnationale@franceameriquelatine.fr

 

Nous publions ici le texte introductif de Franck Gaudichaud à l’ouvrage collectif « Amériques latines. Emancipations en construction » que viennent de publier les éditions Syllepse, en partenariat avec l’association France Amérique Latine (www.franceameriquelatine.org). Ce petit ouvrage de débat et de réflexion plurielle décrit plusieurs expériences alternatives « par en bas » et processus démocratiques latino-américains en cours. Ces « liens qui libèrent » sont présentés par une dizaine d’auteur-es qui décryptent une « cartographie d’autres mondes possibles » dans une Amérique « indo-afro-latine » en pleine ébullition sociale et politique (Voir présentation et sommaire ici). Franck Gaudichaud est membre du comité de rédaction de la revue ContreTemps et maître de conférences en Civilisation de l’Amérique latine à l’Université Grenoble III (contact : franck.gaudichaud@u-grenoble3.fr).

 

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Pouvoirs populaires latino-américains. Pistes stratégiques et expériences récentes

 

« Émancipation » (du latin emancipatio, -onis) : Action de s'affranchir d'un lien, d'une entrave, d'un état de dépendance, d'une domination, d'un préjugé 

 

Le laboratoire latino-américain1

Depuis maintenant plus d’une décennie, l’Amérique latine apparaît comme une « zone de tempêtes » du système-monde capitaliste. La région a connu d'importantes mobilisations collectives et luttes sociales contre les ravages du néolibéralisme et ses représentants économiques ou politiques, contre l’impérialisme également; des dynamiques protestataires qui ont abouti dans certains cas à la démission ou la destitution de gouvernements considérés comme illégitimes, corrompus, répressifs et au service d’intérêts étrangers à la souveraineté populaire. Le changement des rapports de force régionaux, dans l'arrière-cour des États-Unis, s'est aussi traduit sur le plan politique et institutionnel par ce qui a été qualifié par de nombreux observateurs de « tournant à gauche »2 (Gaudichaud, 2012), ainsi que, dans certains cas, par une décomposition du système des partis traditionnels :

« Au début des années 90, la gauche latino-américaine était à l’agonie. La social-démocratie se ralliait au néo-libéralisme le plus débridé. Seuls quelques embryons de guérillas et le régime cubain survivant à la chute de l’URSS, par une période de pénurie appelée « période spéciale », refusaient la « fin de l’Histoire » chère à Francis Fukuyama. Après avoir été le laboratoire de l’expérimentation du néolibéralisme, l’Amérique latine est devenue, depuis le début des années 2000, le laboratoire de la contestation du néolibéralisme. Des oppositions ont surgi en Amérique latine de manières diverses et désordonnées : des révoltes comme le Caracazo vénézuélien réprimé dans le sang (1989)3 ou le zapatisme mexicain, des luttes victorieuses contre des tentatives de privatisations comme les guerres de l’eau et du gaz en Bolivie ou encore des mobilisations paysannes massives comme celles des cocaleros boliviens et des sans-terres brésiliens. Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en Équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001. À partir de 1999, des gouvernements se revendiquant de ces résistances se constituent. En un peu plus d’une décennie, plus de dix pays basculent à gauche s’ajoutant à Cuba où les frères Castro sont toujours au pouvoir. Portés par ces mouvements sociaux puissants, de nouveaux gouvernants de gauche aux trajectoires atypiques s’installent au pouvoir : un militaire putschiste au Venezuela, un militant ouvrier au Brésil, un syndicaliste cultivateur de coca en Bolivie, un économiste hostile à la dollarisation en Équateur, un prêtre issu de la théologie de la Libération au Paraguay…» (Posado, 2012). 

Même si le thème du « socialisme du 21e siècle » est revendiqué par des leaders comme Hugo Chávez, la région n'a pas pour autant connu d'expérience révolutionnaire au sens d'une rupture avec les structures sociales du capitalisme périphérique, comme ce fut le cas lors de la révolution sandiniste au Nicaragua, avec le castrisme à Cuba ou -dans une certaine mesure- durant le processus de pouvoir populaire pendant le gouvernement Allende au Chili. Pourtant, dans un contexte mondial difficile, marqué par la fragilité relative des expériences progressistes ou émancipatrices, les organisations sociales et populaires latino-américaines ont su trouver les moyens de passer de la défensive à l’offensive, bien que pas toujours de manière coordonnée. En écho aux revendications de celles et ceux « d’en bas » et/ou au début de crise d’hégémonie du néolibéralisme, quelques gouvernements mènent des politiques aux accents anti-impérialistes et des réformes de grande envergure, notamment en Bolivie, en Équateur et au Venezuela. Plutôt qu’un affrontement avec la logique infernale du capital, ces derniers s'orientent vers des modèles nationaux-populaires et de transition post-néolibérale, de retour de l’État, de sa souveraineté sur certaines ressources stratégiques, avec parfois des nationalisations et des politiques sociales de redistribution de la rente en direction des classes populaires, mais tout en maintenant des accords avec les multinationales et les élites locales (ALAI, 2012). C’est aussi dans ces trois pays que se sont déroulées les plus importantes avancées démocratiques sur le plan constitutionnel de cette décennie, grâce à des assemblées constituantes novatrices; un contexte qui offre de nouveaux espaces politiques et une marge de manœuvre accrue pour l’expression et la participation des citoyens. Le «  progressisme gouvernemental » revêt aussi parfois les habits d’un social-libéralisme sui generis, particulièrement au Brésil (et de manière différenciée en Argentine), combinant une politique volontariste et des transferts de revenus conditionnés destinés au plus appauvris à d’amples faveurs aux élites financières et à l’agrobusiness. Selon l’économiste Remy Herrera :

« L’intelligence politique du président Lula tient en ce qu’il a résolu un dilemme, tout à fait insoluble pour ses prédécesseurs de droite, dans leur recherche d’un néolibéralisme « parfait » : celui d’approfondir la logique de soumission de l’économie nationale à la finance globalisée, tout en élargissant l’assise électorale au sein des fractions défavorisées des classes exploitées contre lesquelles cette stratégie est pourtant dirigée. L’une des explications réside sans doute dans le mode de gestion de la pauvreté adoptée par l’État : changer la vie des plus miséreux, concrètement, grâce à un revenu minimal, sans toucher aux causes déterminantes de leur misère » (Herrera, 2011).

Dans d’autres pays, les mouvements populaires doivent toujours faire face à des régimes conservateurs et ouvertement répressifs, au terrorisme d’État, aux mafias ou au paramilitarisme, comme c’est le cas dans de grands pays comme la Colombieet le Mexique ou encore au Paraguay (depuis le coup d’État « légal » de juin 2012) et au Honduras (depuis le coup d’État de 2009)4. En pleine crise internationale du capitalisme, la région montre néanmoins des taux de croissance du Produit intérieur brut étonnants (et de plus sur une période longue), qui n'ont pas manqué de susciter l’admiration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, mais une « croissance » inégale, essentiellement basée sur une vision neodeveloppementiste, maintenant ou renouvelant le saccage des ressources naturelles, l’extraction de commodities (pétrole, gaz, minerais, etc...) et une forte dépendance à l’égard du marché mondial, par une stratégie « d’accumulation par dépossession » (selon les termes de David Harvey) extrêmement coûteuse sur le plan social et environnemental. Cette stratégie « extractiviste », désormais partagée par l’ensemble des gouvernements de la région, est l’une des principales tensions de la période (Svampa, 2011):

« Au niveau économique, ce modèle, orienté essentiellement vers l’exportation, est accusé d’induire un gaspillage de richesses naturelles largement non renouvelables. Il engendre une dépendance technologique vis-à-vis des firmes multinationales et une dépendance économique vis-à-vis des fluctuations des cours mondiaux des matières premières. Si les prix élevés de ces dernières dans la conjoncture actuelle ont permis aux pays d’Amérique latine de surmonter la crise après 2008, la reprimarisation des économies, c’est-à-dire l’incitation à se retourner vers la production de matières premières non transformées, les rend très vulnérables à un éventuel retournement des marchés. Dans un contexte de mondialisation économique, ce modèle renforce aussi une division internationale du travail asymétrique entre les pays du Nord, qui préservent localement leurs ressources naturelles, et ceux du Sud. 

Sur le plan environnemental, les mines à ciel ouvert, la surexploitation de gisements à faible concentration, l’agrobusiness ou encore l’extraction d’hydrocarbures impliquent le rejet de métaux lourds dans l’environnement, la pollution des sols et des nappes phréatiques, la déforestation et la destruction des paysages, des écosystèmes et de la biodiversité. [...] Cette situation crée – presque mécaniquement – les conditions d’une intensification des conflits sociaux. Pour les gouvernements, cependant, la marge de manœuvre est étroite : d’une part, ces économies sont largement fondées sur l’exportation de matières premières et, de l’autre, les gauches récemment arrivées au pouvoir ont besoin pour se maintenir de résultats tangibles à courte échéance en termes de redistribution et de développement social » (Duval, 2011).

Cependant, si l'on compare l'état actuel du continent avec la période des années 70-90, de nombreuses évolutions sociopolitiques sautent aux yeux. Car il faudrait rappeler brièvement « d’où vient » le sous-continent. Après les années 80, les années de la décennie « volée » (plutôt que « perdue »), années de l’explosion d’une dette extérieure souvent illégitime, les années 90 ont été celles des applications sauvages des préceptes du FMI, des ajustements structurels, de la continuation des politiques du consensus de Washington, des dérégulations et des privatisations au nom d’une supposée efficacité économique, aboutissant à la destruction de secteurs entiers des services publics et à une marchandisation des champs sociaux d'une ampleur inégalée. L’Amérique latine a vraiment subi de plein fouet le « néolibéralisme de guerre » (pour reprendre l'expression du sociologue mexicain Pablo González Casanova), son hégémonie puis sa crise, en particulier en Amérique du sud, bien que ce dernier persiste -et se renforce même- dans d'autres pays : au Mexique, en Colombie et dans une partie de l'Amérique centrale. Ces périodes ont souvent succédé à des longues dictatures. Le Chili incarne encore ce capitalisme du désastre des Chicago-boys et de la doctrine du « choc néolibéral »5. Produit des défaites des gauches, de la répression du mouvement ouvrier et de l’imposition de ce nouveau modèle d’accumulation, le sous-continent est le plus inégalitaire de la planète : la région des inégalités sociales, territoriales et raciales. Ceci, malgré une légère amélioration sur ce plan, comme sur celui -de manière plus nette-de la pauvreté (en Colombie, contre-exemple, les inégalités ont continué a augmenter) (Gaudichaud, 2012)6.

 

Mouvements sociaux, utopies concrètes, pouvoirs populaires

Dans une analyse récente des « heurs et malheurs de la conflictualité sociale » en France, des années 1970 aux années 2000, Lilian Mathieu note à juste titre que « la question des alternatives à l’ordre capitaliste se pose avec autant d’acuité aujourd’hui qu’il y a trente ou quarante ans. Peut-être même avec davantage d’urgence : les conséquences désastreuses de ce mode de production sur la simple survie de l’humanité sont désormais beaucoup plus tangibles »; mais le sociologue constate également qu’après les dévoiements autoritaires de plusieurs expériences post-capitalistes au 20e siècle :

« Ce ne sont pas seulement les alternatives ailleurs qui ont connu un effondrement de leur crédibilité. Les tentatives de construire sur place des formes de vie soustraites à l’ordre dominant ont elles aussi pour la plupart rapidement tourné court et ne sont plus envisagées qu’avec dérision. Le phénomène des communautés, s’il a été numériquement marginal, n’en a pas moins connu un écho certain et fortement impressionné les contemporains, cela d’autant plus qu’il était souvent le fait de jeunes diplômés, en tant que tels destinés à assurer la reproduction de l’ordre capitaliste. Les thématiques du « retour à la nature » (ou au « pays » régional), l’exigence d’authenticité dans la production et la consommation, la volonté d’échapper à la logique marchande, la revendication de rapports sociaux plus égalitaires (dans le couple, la famille, l’entreprise…), bref plusieurs éléments de ce que Luc Boltanski et Eve Chiapello désignent comme la « critique artiste »7, ont été soit invalidés lors de tentatives infructueuses d’application concrètes, soit réprimés, soit « récupérés » et asservis à l’ordre capitaliste. Ces deux logiques de « dé-crédibilisation » des alternatives au capitalisme peuvent être éclairées par le triptyque d’Albert Hirschman8. Tant l’option de la « voice » (hâter l’instauration du socialisme via une mobilisation de masse) que celle de l’ « exit » (l’instauration de « poches » d’existence échappant à l’ordre dominant à l’intérieur même de sociétés capitalistes, sans les remettre frontalement en cause) ayant été mises en échec, ne resterait plus que l’option de la loyauté au capitalisme » (Mathieu, 2012).

Cette constatation part d’une description critique du « nouvel esprit du capitalisme » et des réalités politico-sociales des pays industriels des centres de l’économie-monde et du quatrième âge (néolibéral) du capital. Mais qu’en est-il dans les suds et à la périphérie du système, dans des sociétés dépendantes et soumises à l’échange inégal mondialisé ? Pour comprendre aussi bien les tentatives de transitions post-néolibérales que celles de construction communautaires d’émancipations locales, d’autogestion territoriale en Amérique latine, il est indispensable de prendre en compte la temporalité propre de la région (bien qu’intégrée à un tout mondial) et ses formations sociales spécifiques. Ainsi, si la réflexion sociologique citée ci-dessus peut nous fournir des éléments théoriques sur les liens actuels -et passés- entre expériences révolutionnaires et essais de constructions locales (ce que certains nomment « utopies concrètes »), elle doit être subordonnée à la prise en compte des réalités d’une Amérique indo-afro-latine.

Premier constat, cette dernière a été traversée par de grands moments révolutionnaires et plusieurs projets nationaux, souvent vaincus, de transition anti-impérialiste : de la révolution mexicaine dés 1910 -bien avant la révolution russe- jusqu’aux discussions actuelles -quoique embryonnaires- sur la socialisme « du 21e siècle », en passant par la révolution cubaine (1959) et bien d’autres encore... Autre évidence, déjà mentionnée, le continent latino-américain est, à la différence d’un « vieux monde » en pleine crise de civilisation, de nouveau un terrain d’essai pour la construction d’alternatives : n’est-ce pas sous ces latitudes, dès les années 90, que s’ouvrit le cycle altermondialiste (Pleyers, 2011) et que se tinrent les forums sociaux mondiaux, conçus comme des expériences de démocratie participative (en particulier à Porto Alegre, Brésil) ; n’est-ce pas -en partie- là aussi que l’on peut situer les premières expressions des résistances globales au néolibéralisme (Vivas et Atentas, 2009), en particulier au travers du cri symbolique « ¡Ya Basta!» des néozapatistes chiapanèques contre les traités de libre-échange ; n’est-ce pas, enfin, au sud du Rio Bravo que l’on parle désormais de « bien vivre » 9, de droits de la Nature et des biens communs, d’État plurinational ou encore d’autonomies indigènes ? Quant à la notion de « pouvoir populaire », elle a parcouru toutes les grandes mobilisations sociales du 20e siècle latino-américain, en Argentine comme le montre Guillaume de Gracia (2009), comme dans le reste de la région : elle désigne une dynamique que l’on peut voir à l'œuvre durant les périodes de crises révolutionnaires, mais aussi dans plusieurs expérimentations locales ou communautaires, circonscrites à un quartier, une usine, un territoire; une notion donc qui a connu de multiples mises en pratiques mais toutes liées directement au mouvement ouvrier et social. Ce poder popular consiste en une série d'expériences sociales et politiques, la création de nouvelles formes d’appropriations collectives (souvent limitées), qui s’opposent -en totalité ou pour partie- à la formation sociale dominante et aux pouvoirs constitués. En d'autres termes, il s'agit d'une remise en cause des formes d’organisation du travail, des hiérarchies sociales, des mécanismes de domination matériels, de genre, de race ou symboliques. L’Amérique latine a été parcourue, en plusieurs points de son territoire, par ces « éclairs autogestionnaires » aux identités et à la géographie sociale inextricablement liées à leur ancrage dans ce continent (Petras et Veltmeyer, 2002).

Avec ce petit ouvrage collectif, notre ambition est précisément de revenir sur ces grammaires d’une émancipation plurielle - partielle et traversée de multiples conflits, mais « en actes »-, au cours de la dernière décennie. Les dix utopies concrètes que nous nous proposons d'évoquer ici reflètent ainsi la diversité de ces expérimentations, certaines « par en bas », directement issues du mouvement social, d'autres davantage liées à des formes de démocratie participative et en lien avec certaines institutions. Des expériences qui esquissent la cartographie, morcelée, d’autres mondes possibles : Commune de Oaxaca, femmes et féministes mexicaines face à la violence et au patriarcat, essais difficiles de contrôle ouvrier au Venezuela ou entreprises récupérées au Argentine, conseils communaux dans les quartiers populaires de Caracas, luttes des sans-toits en Uruguay ou organisation collective exemplaire des travailleurs sans-terre au Brésil, initiative pour une société post-pétrolière et du « bien vivre » en Équateur et agro-écologie dans une communauté colombienne, malgré la guerre ; analyses, enfin, du processus constituant bolivien qui soulève la question des institutions et de l’édification d’une démocratie postcoloniale. Dans des contextes variés, surgissent des germes de pouvoirs populaires qui cherchent à tâtons les chemins de l’émancipation, et ceci, le plus souvent, contre les pouvoirs constitués et la répression d’État; mais aussi, parfois, en lien avec des politiques publiques post-néolibérales et le champ politique ou partisan national. Bien entendu, les exemples que nous avons sélectionné n’entendent pas donner une image exhaustive de toute la mosaïque des expériences en cours. Nous aurions pu aussi revenir sur les médias communautaires de nombreux pays, la lutte des Mapuche du Chili pour leur survie et la récupération de leurs terres et l’auto-organisation paysanne au Honduras, l’incroyable capacité de résistance des « caracoles » et conseils de bons gouvernements zapatistes, les cantines communautaires autogérées de Buenos Aires ou encore sur les juntes de voisins de la ville de El Alto (Bolivie), « l'assembléisme » et les occupations étudiantes de la dernière période, etc. Notre objectif est davantage, au travers de textes courts, accessibles, écrits par des auteur-e-s qui connaissent de près ces expériences, souvent au travers d’observations participantes sur le terrain, de défricher certains sujets peu ou pas abordés dans les médias dominants, avec l’espoir d’inviter au débat sur les questions stratégiques que soulèvent ces expériences.

Loin de nous l’idée de décrire ou mythifier ce que le sociologue Franck Poupeau a pu désigner comme de « petits univers » refermés sur eux-mêmes, « une micro-société formidable, parce que singulière, régie par l’entraide et le partage, coupée des flux de la communication marchande et des échanges intéressés qui sont le lot de la masse des consommateurs » : ces « sentiers de l’utopie » 10 en construction, que nous évoquons ici ne cherchent pas à « penser l’utopie à partir des expériences de communautés en rupture avec le reste du monde social ». Nous pensons effectivement que « le « commun » tire son efficacité de ce qu’il est universalisable, extensible au-delà de la communauté d’initiés, dans les sphères où l’antagonisme entre travail et capital laisse entrevoir la possibilité d’un renversement » (Poupeau, 2012) et qu’il doit s’adresser au plus grand nombre, à commencer par les classes populaires et celles et ceux qui subissent directement la misère du monde. C’est précisément ce que laissent entrevoir, -avec un degré de réussite ou d'échec variable et à des échelles diverses -, les expériences que nous mettons en débat dans cet ouvrage collectif. Toutes résistent à leur manière à l’air du temps (néolibéral, raciste, machiste et austéritaire) et participent, ici et maintenant, à la construction de nouveaux espaces politiques, territoires sociaux à la recherche de « liens qui libèrent ». D'une certaine manière, on pourrait suggérer que ces pouvoirs populaires répondent concrètement à l'écho planètaire et aux interrogations des indigné-e-s, au surgissement de ce « peuple des places » et aux multiples révoltes qui fissurent le consensus néolibéral, depuis des mois, dans plusieurs pays. Ces 99% de citoyen-ne-s qui font face à l'arrogance de 1% d'oligarques de la finance et d'une politique politicienne aveugle :

« L'année 2011 marque un tournant historique. La vague révolutionnaire partie de Tunisie gronde encore place Tahrir, en Égypte. Elle a bouleversé la donne politique dans le monde arabe et rapidement fait tache d'huile aux quatre coins de la planète. De Santiago du Chili à la commune de Wukan dans le sud de la Chine, de la Puerta del Sol à la place Syntagma, de Moscou à Wall Street en passant par les émeutes de Londres, le cours régulier de la domination a été bousculé. Dans le cyberespace, un nouveau front s'est ouvert avec la guérilla des Anonymous contre les grandes corporations et les dispositifs à la Big Brother. Ces événements sont encore trop proches pour que l'on puisse suivre les fils qui les relient, en saisir les racines. L'ampleur et la nature des bouleversements enclenchés sont pour l'heure impossibles à connaître. Mais il est déjà clair que, comme en 1848 ou 1968, la possibilité d'un autre futur s'est entrouverte en 2011 » (ContreTemps, 2012).

Pourtant, il est nécessaire de souligner que les émancipations latino-américaines toujours en chantier que nous présentons ici se différencient aussi largement de la constellation des indignations mondiales. Tout d’abord car elles ont pu passer, parfois depuis plusieurs années, de l’offensive à la construction, de l’indignation à la création alternative. Mais aussi du fait de leurs liens spécifiques et directs avec les classes populaires de la région, loin d’un « sujet révolutionnaire » désincarné ou d’une revendication de citoyenneté abstraite, telles que l’on a pu les trouver chez certain-e-s indigné-e-s. Mais surtout, ces expériences ont leur propre répertoire et ne prétendent en aucun cas signifier des modèles « clefs en main », ou encore du prêt-à-porter de praxis militantes censées être applicables mécaniquement sous d’autres cieux. Au contraire, nous souhaitons montrer en quoi ces processus naissent des entrailles même des conditions matérielles et subjectives du capitalisme latino-américain, de sa violence, de son exclusion, dans lesquels ils sont immergés. Elles sont le fruit d'un cycle de mobilisations qui débute globalement au milieu de la décennie 90, il y a plus de 15 ans, et elles révèlent de nombreux acteurs en lutte. Une multiplicité d’ailleurs en partie produit des effets de la fragmentation sociale néolibérale et de sa mise en place brutale en Amérique latine :

« Ces mouvements ont des histoires, des bases sociales et revendicatives et des ancrages dans les territoires ruraux ou urbains très différents. Ils sont néanmoins capables de se mobiliser collectivement autour d’objectifs communs, notamment lorsqu’un projet politique gouvernemental, supranational ou économique (stratégie d’une multinationale par exemple) menace les secteurs qu’ils représentent. Il est possible d’identifier quelques familles structurantes au sein de cette nébuleuse d’organisations locales, régionales ou nationales dont l’histoire commune s’est forgée dans les résistances aux oligarchies et aux politiques néolibérales depuis une trentaine d’années : les mouvements indigènes (très actifs en particulier dans les pays andins) ; les mouvements et syndicats paysans (présents sur l’ensemble du sous-continent et dont le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST) est le plus emblématique et le plus puissant) ; les mouvements de femmes ; les syndicats ouvriers et de la fonction publique ; les mouvements de jeunes et d’étudiants ; les associations environnementales » (Ventura, 2012). 

Nous sommes bien face à sujet émancipateur pluriel et complexe, marqué par la multidimensionnalité. Est-ce-à dire que la composante de classe, le syndicalisme ou encore les travailleurs seraient absents ou « dilués » dans une nébuleuse post-moderne, uniquement marquée par la nouveauté de ces mouvements ? En aucun cas. La dimension de classe de ces conflits reste centrale et les salariés ont joué un rôle essentiel dans ce cycle protestataire ascendant et ils le jouent encore au travers d'expériences que nous décrivons dans ce livre (voir les textes sur l’Uruguay, l’Argentine ou le Venezuela). Cependant, se constitue une praxis propre aux mobilisations de la dernière période, en particulier celle du mouvement indigène et sa remise en cause de la « colonialité du pouvoir »11, qui « a renouvelé et enrichi les programmes et les horizons, avec une profondeur stratégique qui est encore loin d'être assumée dans toute sa dimension pour être cohérente avec la maxime de Mariátegui qui stipule que le socialisme indo-américain ne peut surgir ni du calque, ni de la copie. [...] Dépossédées ou menacées d'expropriation, craignant pour leurs terres, leur travail et leurs conditions de vie, beaucoup de ces organisations ont trouvé une identification politique dans leur dépossession (les sans-terre, les sans-travail, les sans-abri), dans les conditions sociopolitiques de vie communautaires menacée (les mouvements d'habitants, les assemblées citoyennes » (Algranati, Taddei, Seoane, 2011). Ces nouvelles formes d'organisation sont notamment marquées par l'horizontalité des formes d'organisation, l’importance de la discussion en assemblées et la revendication d'un territoire de luttes.

Durant la dernière décennie, nous avons ainsi pu assister à une relocalisation des mouvements sociaux et à une montée en puissance de l'espace local comme base territoriale de sociabilité, mais aussi comme centre des revendications et de l’action protestataire : luttes contre les expropriations de terres, luttes pour l'environnement, luttes pour le logement, luttes contre la fermeture d'usines etc... Il s'agit de construire des territoires alternatifs ou encore « des espaces d'expérience dans lesquels les participants tentent de traduire dans la pratique les valeurs de participation, d'égalité et d'autogestion ». Cependant, « l'ancrage local d'acteurs et de mobilisations n'est en rien incompatible, ni avec le lien politique national, ni avec une projection de la citoyenneté au-delà des frontières de l'État-nation » (Merklen, Pleyers, 2011). Bien entendu, ces pratiques situées et circonscrites à une espace spécifique, malgré tout leur potentiel, posent également la question des limites de mobilisations qui peinent à obtenir des résultats sur le plan national, en l'absence de projet politique à une échelle plus large. L'ensemble de ces processus pose donc d'importantes questions stratégiques sur le « haut » et le « bas », les outils et les tactiques d'une stratégie émancipatrice pour le 21e siècle...

 

En bas, en haut et à gauche12. Changer le monde en transformant le pouvoir et... la société

Une réflexion sur ce laboratoire latino-américain en termes d'expériences démocratiques, autogestionnaires, participatives, et potentiellement émancipatrices, telles que présentées ici, s'avère riche de pistes de réflexions sur toute une série de questions : rapport entre autonomies sociales et État, relation entre mouvements, partis et institutions, formes d'organisation des classes populaires et liens entre le local, le national et le global, rapport au marché comme aux autres secteurs sociaux subalternes, etc... Depuis quelques années, les débats autour de comment « changer le monde » (Whitaker, 2006) sont très présents en Amérique latine mais aussi autour du rapport au Pouvoir qu'engagent les diverses modalités de transformation sociale.

Certains analystes et militant-e-s ont été séduit-e-s par l'idée de la construction d'un « anti-pouvoir », ou d'un contre-pouvoir, uniquement basé sur l’autonomie des mouvements sociaux, des « multitudes » et d'espaces communautaires autogérés. On retrouve, avec des sensibilités différentes, ces idées chez Toni Negri, Miguel Benasayag et, surtout, John Holloway. Ce dernier, s'inspirant particulièrement de la riche expérience zapatiste, appelle ainsi à « changer le monde sans prendre le pouvoir », à construire davantage du « pouvoir-action », du « pouvoir-faire » (potentia), plutôt que de s'intéresser au « pouvoir-sur » (potestas), celui de l’État et des institutions : « le monde ne peut être changé par le biais de l’État », lequel constitue seulement « un nœud dans la toile des rapports de pouvoir » (Holloway, 2008). Le but stratégique serait ainsi de libérer la potentia de la potestas, prémunir les expériences autogérées du « danger » des institutions. Depuis cette perspective, comme a pu le remarquer -avec mordant- Daniel Bensaïd, Holloway a forgé en quelque sorte un « zapatisme imaginaire »13, bien loin des réalités du Mexique : certes, les conquêtes des zapatistes sont considérables et leur « rage digne » à défendre coute que coute, tout comme leur proposition de « commander en obéissant », toutes ont beaucoup à apporter aux pratiques politiques et militantes de ce début de siècle. Mais pourquoi ne pas voir également leurs difficultés et surtout l’existence concrète d’un pouvoir -bien réel (et parfois nécessairement vertical)- qu'ils pratiquent au quotidien, au travers d’institutions comme les « conseils de bon gouvernement », d'une armée (EZLN), de dirigeants (quelque-fois même sur-représentés) ? (Baschet, 2002).

Parmi les auteurs « mouvementistes » latino-américains les plus féconds s’étant intéressé aux expériences bolivienne (« guerres » de l’eau et du gaz), argentine (piqueteros14) et particulièrement mexicaine, citons aussi Raúl Zibechi. Selon ce dernier, il s'agit plutôt de « disperser le pouvoir » (2009), en se basant particulièrement sur la pensée communautaire des populations amérindiennes, une communauté entendue au sens de l’anthropologue Pierre Clastres, c’est-à-dire de la société contre l’État. Pour Zibechi, le défi serait de « fuir l’État, d’en sortir », alors que des processus tels que la Commune d’Oaxaca, représentent « des moments épistémologiques, qui font comprendre le non-visible, ce que la vie quotidienne recouvre le reste du temps. La dispersion du pouvoir s’y réalise de deux façons : on assiste, d’une part, à une désarticulation de la centralisation étatique, et d’autre part, ces mouvements ne créent pas de nouvel appareil bureaucratique centralisé, mais adoptent une multitude de formes d’organisation, de sorte qu’à l’intérieur les pouvoirs sont distribués à travers toute la trame organisationnelle ». Il décrit des micro-pouvoirs, s'inspirant ainsi de Foucault, Deleuze et Guattari. Mais à la question -essentielle- de la structuration (démocratique) de telles alternatives, à leur pérennisation, il préfère des alternatives « seulement provisoires. Elles existent aujourd’hui, mais peut-être pas demain ; ce n’est pas un problème, car elles peuvent toujours renaître »15. Mais de telles fondations mouvantes constituent-elles des perspectives solides pour un autre monde possible ? Ne risque-t-on pas alors de tomber dans une politique sans politique, théorisant une certaine impuissance à franchir les obstacles d'une révolution refusant de prendre le pouvoir ? D’ailleurs, si la commune de Oaxaca est sûrement la première grande commune du 21e siècle, comme le rappelle Pauline Rosen-Cros dans ce livre, elle s’est toujours présentée comme une institution au service du peuple et même comme un « espace d’exercice du pouvoir » intégrant « toutes les organisations sociales et politiques, les syndicats démocratiques, les communautés et tout le peuple ». On est donc là, pas vraiment dans une logique d’anti-pouvoir ou même de sa « dispersion », même s’il est exact que pour Holloway c’est bien l’Etat qu’il s’agit de combattre, ce que la commune de Oaxaca a tenté de faire de toutes ses forces.

D'autres auteurs, dans le sillage d'un marxisme plus orthodoxe, ont eu tendance à tordre le bâton dans l’autre sens et insister -à l'inverse- sur la nécessité de prendre le pouvoir d’État pour forger des alternatives solides à l'impérialisme et au capitalisme16. Revendiquant davantage l'héritage cubain ou le processus bolivarien vénézuélien, rappelant (à juste titre) la violence des expériences contre-révolutionnaires en Amérique latine, le sociologue argentin Atilio Borón critique ainsi l'absence de consistance intrinsèque de l'anti-pouvoir face à l'impérialisme, aux militaires ou aux multinationales. Il montre la « fragilité constitutive, sociologique, de la multitude », qui ne parvient pas à prendre forme dans une structure politique large, un projet national capable de résister et construire dans le cadre de la mondialisation (Borón, 2001). Car, autonome mais isolé, un mouvement, une communauté, un collectif peuvent se retrouver cooptés ou marginalisés et réprimés par le pouvoir -lui bien réel- de l’État en place (à ce propos l’histoire argentine est tout à fait exemplaire). Comment alors fédérer une multiplicité d'espaces alternatifs et autonomes pour peser face au rouleau compresseur du capitalisme militaro-industriel néolibéral ? On retrouve là certains traits du débat initié au 19e siècle en Europe par Proudhon, Bakanounine et Marx, mais aussi par les communards parisiens.

Selon le journaliste Serge Halimi, il serait contradictoire de faire « comme si quelques préfigurations d’une utopie « libertaire » (une coopérative à Boston, un mouvement indigène dans le Chiapas, un squat à Amsterdam), et l’établissement de « liens » divers (Internet, Forums mondiaux) entre ces îlots participatifs, pouvaient tenir lieu de stratégie politique. Comme si les expériences locales qu’on élevait sur le pavis n’étaient pas tributaires de décisions nationales ou internationales (niveau de vie du pays, fiscalité, accords de libre-échange, monnaie, guerres...) interdisant de confectionner à part sa petite utopie, « sans prendre le pouvoir ». Comme si un internationalisme légitime devait faire oublier que certains États-nations avaient constitué des terrains de luttes, de solidarité, et permis de garantir les conquêtes ouvrières que la « mondialisation » a entrepris de casser en menus morceaux » 17.

Cette remarque si elle a une certaine pertinence stratégique, n'en néglige pas moins un problème (et pas des moindres !) : les socialismes « réels » du XX° siècle n'ont absolument pas réglé le problème de l'existence de l’État, de sa bureaucratisation, de son autoritarisme, tel que cela a été très justement mis en avant par les mouvements libertaires. Comment « prendre » le pouvoir sans se faire prendre par le pouvoir ou s'en accommoder au nom d'un certain « réalisme » institutionnel (question posée récemment par l'histoire du Parti des travailleurs au Brésil) ? Comment construire des formes de pouvoir populaire constituant, voire de double pouvoir, façonnant des institutions radicalement démocratiques, contrôlées par en bas et socialisant le pouvoir à tous les pores de la société (au lieu de l'étatiser)? Ce qui est en jeu c'est le difficile passage de pouvoirs constituants aux pouvoirs constitués et les modes d'articulation entre démocratie directe, participative et représentative, entre espaces de délibération et de décision : bref la question classique de la « souveraineté » du peuple. Et cette construction-destruction-création doit-elle se déployer en extériorité totale à l’État (pour le mettre à bas) ou bien comme émergence combinée à la fois de formes externes et d'une impulsion venant des institutions gouvernementales? C'est très clairement la question posée par les conseils communaux au Venezuela, effectivement souverains à une certaine échelle, mais dépendant directement d'une relation verticale avec l’exécutif d'Hugo Chávez, comme nous l'explique Mila Ivanovic. Même problème du reste au niveau économique, avec les coopératives, entreprises récupérées et autres expérimentations locales : comment coordonner ces essais autogestionnaires autrement que par le marché, qui tend à désarticuler la dimension alternative de ces espaces ? Et avec quels outils ? Partis, organisations, mouvements ?Et comment envisager la discordance des temps entre les élections -aujourd’hui l’Amérique latine vit dans des régimes constitutionnels, après la nuit noire des dictatures et guerres civiles- et celui, indispensable, des luttes sociales et de l’auto-organisation ? Hervé Do Alto nous rappelle par exemple que l'expérience bolivienne actuelle n'aurait pu voir le jour sans la création du parti-mouvement MAS (Mouvement au socialisme), qui a non seulement porté au gouvernement Evo Morales par les urnes, mais a aussi commencé à démocratiser ce pays, le plus pauvre de l’Amérique du sud. Pour autant, les gouvernements actuels, et leur orientation générale néo-développementiste ou en faveur d’un « capitalisme ando-amozonien », rappellent une fois de plus que les gauches peuvent gagner le gouvernement, sans que le peuple ne gagne pour autant le pouvoir, ni que cela ne signifie un processus de rupture (Toussaint, 2009). A contraire même, il arrive bien souvent que les initiatives venues d’en bas se trouvent en butte à l’autoritarisme d’exécutifs qui, initialement, s’étaient fait élire comme une possible voie du changement. Que penser du gouvernement nationaliste de Ollanta Humala au Pérou, qui avait reçu l’appui de toute une partie de la gauche et de la société civile et qui aujourd’hui incarne la figure d’un gouvernement au service des transnationales minières, prêt à réprimer son peuple. Et qu’en est-il des relations entre toute une partie des mouvements sociaux, indigènes, ouvrier, avec des gouvernements nationalistes-populaires ou progressistes (tels par exemple ceux de Correa en Equateur, Roussef au Brésil ou Morales en Bolivie) : nombreux sont les militant-e-s qui dénoncent ce qu’il considèrent comme un nouveau visage du capitalisme davantage que comme une perspective de réformes post-néolibérales, d’où les conflits à répétition entre ces présidents et une partie de la population ou des travailleurs organisés. Dans ses réflexions sur « l’avenir du socialisme », l’économiste Claudio Katz rappelle que le débat ne porte pas tant sur la réalisation immédiate d’un autre monde possible mais sur son commencement, condition essentielle pour toute avancée future. Il affirme ainsi qu’une stratégie de transformation radicale s’étend nécessairement sur une longue période et, que, dans ce chemin semé d’embuches « tout projet politique et économique, fondé sur la majorité de la population qui présente des signes allant vers l’extension de la propriété collective et la consolidation de l’autogestion populaire, représente une forme embryonnaire de socialisme » (Katz, 2004). C’est à cette aune (et dans les rapports existants avec l’impérialisme) que l’ont peut juger des processus de transformation dans la région. Sur cette base, nul doute que la route apparait encore longue, malgré les sauts réussis vers l’émancipation....

Changer le monde en favorisant l'auto-organisation et en transformant modèle de développement, mode de production, institutions et société : un défi pour penser l'émancipation au 21e siècle... Mais, il s’agit aussi de réussir ici et maintenant d’autres formes de vie possible, faire la démonstration des alternatives, tester in vivo de nouveaux horizons et créer des biens communs : comme le dite Jacinte, militante du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) brésilien, il s’agit de devenir « sujet de sa propre histoire » ou encore selon José Martinez, producteur agroécologique colombien : de recréer « des systèmes de vie ». Jules Falquet rappelle que malgré la violence masculine, néolibérale et guerrière qui règne au Mexique, femmes et féministes ont su reprendre l’initiative. En somme, avec ce livre collectif, nous avons cherché à montrer le moment vertical et le moment horizontal d'une politique de l’émancipation, et leur tensions permanentes. Il s'agit d'une invitation à s’inspirer de la richesse des expériences « par en bas », communautaires, locales, autogérées, mais aussi en partie « par en haut », avec le rôle des partis politiques, des processus constituants, des gouvernements progressistes, afin de reprendre un débat stratégique nécessaire, qui a été en partie enseveli sous les décombres du mur de Berlin et éclipsé par l’asphyxie de la révolution cubaine.

Pour Richard Neuville :

« La diversité des expériences [en cours] démontre amplement la richesse des pratiques émancipatrices à l’œuvre dans le sous-continent latino-américain. Elles expriment des rapports différenciés au pouvoir. […] Dans leur diversité, les mouvements sociaux interrogent clairement la question de la démocratie dans ses aspects économique, politique et social, que ce soit au travers du contrôle et la gestion directe de la production, la participation active aux instances de décision ou l’auto-organisation et l’autonomie. En cela, avec des nuances, ils peuvent être catégorisés comme mouvements autogestionnaires » (2012).

Il s'agit aussi de penser les liens entre le champ social et politique que posent ces expériences variées, afin de poursuivre une réflexion toujours ouverte. Ceci, pour reprendre des figures théoriques évoquées plus haut, afin d'envisager l'articulation entre critique « artiste » et « sociale » du capitalisme, entre la Voice et l'Exit, entre utopies concrètes et projets politiques post-capitalistes et écosocialistes. Car, au moment de parcourir les exemples que nous présentons ici, on peut faire l’hypothèse qu’en Amérique latine, les dénonciations de l’aliénation néolibérale ou les essais d’émancipation communautaires restent précisément connectés à la critique sociale et environnementale du capitalisme (OSAL, 2012) et, surtout, à ses mouvements populaires. C’est d’ailleurs ce qui fait la force du panorama actuel dans le sous-continent. Avec, évidemment, bien d'autres questions fondamentales qu’il faudra traiter : celle des modèles de développement au moment où extractivisme et écocides font des ravages dans tout le continent, celle des rapports de "race" et de genre, celle des intégrations régionales et de la solidarité internationale. Vaste programme en perspective !

Comme le remarquait Daniel Bensaïd lors de son débat avec John Holloway :

« Il faudra bien oser aller au-delà de l’idéologie, plonger dans les profondeurs de l’expérience historique, pour renouer les fils d’un débat stratégique enseveli sous le poids des défaites accumulées. Au seuil d’un monde en partie inédit, où le nouveau chevauche l’ancien, mieux vaut reconnaître ce qu’on ignore, et se rendre disponible aux expériences à venir, que de théoriser l’impuissance en minimisant les obstacles à franchir » (ContreTemps, 2003).

 

Ce petit livre collectif est une invitation au voyage, au débat le plus large et à penser d'autres possibles pour demain. Une invitation au « principe espérance » et à l’optimisme que défendait le philosophe Ernst Bloch18, par delà les catastrophes et la barbarie qui guettent. Une conviction : ces utopies concrètes vues du Sud, venues de la « grande patrie » de José Marti et de Mariátegui, peuvent, avec d’autres, nous aider à nous réarmer sur le plan des idées et à (re)penser comment transformer le monde.

 

Bibliographie

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J. M. Antentas y E. Vivas, Resistencias Globales. De Seattle a la crisis de Wall Street, Ed. Popular, Madrid, 2009.

J. Baschet, L’étincelle zapatiste. Insurrection indienne et résistance planétaire, Paris, Denoël, 2002.

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Revue ContreTemps, Indignés. D'Athènes à Wall Street, échos d'une insurrection des consciences, Paris, Zones, 2012.

P. Corcuff et M. Löwy (coord.), Dossier « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes », Contretemps, n°6, Paris, février 2003.

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  • 1. Merci à Emmanuel Delgado Hoch des éditions Syllepse pour ses commentaires critiques à ce texte. Le résultat final restant, comme il se doit, de mon entière responsabilité.
  • 2. Il s’agit en réalité d’une grande variété de gouvernements : de centre-gauche, progressistes, sociaux-libéraux ou national-populaires suivant les configurations socio-historiques nationales, et leurs relations aux mouvements sociaux, à l'impérialisme et aux classes dominantes.
  • 3. Caracazo : insurrection populaire survenue le 27 février 1989 à Caracas contre la politique néolibérale et les hausses de tarifs, imposées par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez. La répression policière causa, selon les estimations, entre 1000 et 3000 morts.
  • 4. Sur cette nouvelle génération de Coups d’Etat, parfois dits « légaux », voir : «  Coup d’Etat au Paraguay  », 23 juin 2012 et « Honduras, un an après le coup d’Etat » (par Renaud Lambert), La valise diplomatique, 28 juin 2010, www.monde-diplomatique.fr.
  • 5. N. Klein, La Stratégie du choc, Actes Sud, Paris, 2008.
  • 6. Voir également le dossier : « Menos desigualdades, ¿más justicia social? », Nueva Sociedad, N°239, Junio 2012, www.nuso.org.
  • 7. Dans leur livre, Boltanski et Chiapello distinguent la critique « artiste » dénonçant l’aliénation, la société de consommation et l’inauthenticité du capitalisme (souvent assumée par des étudiants, artistes et intellectuels), de la critique « sociale », centrée sur l’exploitation et portée par le mouvement ouvrier ; l’une étant récupérée par le système du management et largement déconnectée de l’autre, dès ses débuts, en 1968 (Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999).
  • 8. Albert O. Hirschman, Défection et prise de parole, Paris, Fayard, 1995.
  • 9. Sur la notion métisse de « bien vivre » et indigène de Sumak Kawsay, voir l’article de Matthieu Le Quang sur l’Equateur dans ce volume.
  • 10. Voir le riche reportage sur plusieurs utopies communautaires européennes de Isabelle Fremeaux et John Jordan : Les Sentiers de l’utopie, Zones – La Découverte, Paris, 2011 et le compte rendu critique de F. Poupeau : « Peut-on changer le monde ? Des gens formidables... », Le Monde Diplomatique, Paris, novembre 2011.
  • 11. Le concept de « colonialité du pouvoir » a été présenté pour la première fois par l’intellectuel péruvien Anibal Quijano. Selon ce dernier, la matrice coloniale se fonde sur quatre piliers : l’exploitation de la force de travail, la domination ethno-raciale, le patriarcat et le contrôle des formes de subjectivité (ou imposition d’une orientation culturelle eurocentriste). Deux siècles après les indépendances latinoaméricaines, cette matrice resterait encore centrale dans les rapports sociaux : « cette colonialité du pouvoir s’est avérée plus durable et plus enracinée que le colonialisme au sein duquel il a été engendré, et qu’il a aidé à s’imposer mondialement », s’inscrivant alors dans une domination de type post-coloniale (Quijano, 2007).
  • 12. L’idée du « En bas, à gauche » est une référence centrale de l’expérience zapatiste.
  • 13. D. Bensaïd, « La Révolution sans prendre le pouvoir ? À propos d’un récent livre de John Holloway » (ContreTemps, 2003)
  • 14. Les piqueteros sont les « travailleurs désoccupés » en Argentine, ayant mené de grand « piquets » de grève en barrant les routes depuis la crise de 2001.
  • 15. Voir l’intéressant entretien de Zibechi paru dans la revue libertaire Réfractions (2007).
  • 16. Sur ce débat stratégique international et ses prolongements, tout comme les réponses apportées par Holloway voir : Contra y más allá del Capital (2006).
  • 17. S. Halimi, « Quelle société future ? Dernières nouvelles de l’Utopie », Le Monde Diplomatique, Paris, août 2006.
  • 18. A. Münster, Ernst Bloch, messianisme et utopie, PUF, Paris, 1989.
date: 
10/01/2013 - 15:54
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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 12:26

 

 

 


Un Guarani. Des hommes armés ont pris position autour d'une communauté guarani et ont tiré des coups de feu.
Un Guarani. Des hommes armés ont pris position autour d'une communauté guarani et ont tiré des coups de feu.

© Fiona Watson/Survival

Les Indiens guarani du Brésil craignent une effusion de sang imminente alors que des hommes armés connus pour avoir assassiné des leaders indiens au cours des dernières années ont pris position autour d’eux et ont tiré des coups de feu.

Les Guarani ont rapporté que les hommes armés, de la compagnie de sécurité Gaspem de triste notoriété, ont été recrutés par les éleveurs locaux et se sont positionnés dans un rayon de 100 mètres autour d’eux.

Un Guarani présent sur les lieux a déclaré à Survival : ’C’est la guerre. Les hommes armés nous menacent et ils veulent nous tuer. Ils veulent tous nous exterminer, mais ils n’y parviendront pas parce que nous, les Indiens, sommes forts et parce que nos chefs spirituels sont ici. Nous voulons que le monde sache ce qu’il nous arrive’.

Les Guarani ont rapporté que les hommes armés appartiennent à la compagnie de sécurité Gaspem, une 'milice privée' de triste notoriété'.
Les Guarani ont rapporté que les hommes armés appartiennent à la compagnie de sécurité Gaspem, une 'milice privée' de triste notoriété'.

© Survival

En septembre dernier, les procureurs avaient ordonné la suspension de Gaspem, caractérisant la compagnie de ‘milice privée … qui use de violence contre les Guarani… en recrutant des brutes qu’ils appellent ‘gardes de sécurité’.

Cette violence fait suite à la récente réoccupation des Guarani d’une partie de leurs terres ancestrales qui leur avait été spoliée pour faire place à un ranch de bétail, il y a près de 40 ans.

Environ 500 Guarani de la communauté Yvy Katu ont réoccupé cette terre le mois dernier, ne pouvant plus supporter les conditions dégradantes auxquelles ils étaient réduits sur le minuscule lopin de terre où ils vivaient depuis 2004.

Des milliers de Guarani du Brésil font pression pour que leurs territoires ancestraux leurs soient restitués, comme le garantit la Constitution du Brésil, mais le processus de cartographie de leurs terres est interrompu, ce qui condamne les Guarani à supporter la malnutrition, la maladie, la violence et l’un des taux de suicide les plus élevés au monde.

La plupart des terres guarani ont été transformées en vastes plantations de canne à sucre qui approvisionnent des compagnies étrangères, telles que le géant alimentaire américain Bunge.

Plusieurs leaders guarani ont été tués par des hommes armés après la réoccupation d’une partie de leurs terres.

Source

Via Brésil: Les Indiens guarani craignent une effusion de sang imminente - WikiStrike.com

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