4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 15:37

Le philosophe Leibniz écrivait déjà au 17ème siècle que nous ferions mieux de regarder du côté des castors, pour construire nos sociétés sur des modèles de coopération plutôt que de concurrence. Le mythe de la concurrence comme loi universelle de la nature est une insulte à la biologie réelle. La concurrence est une forme largement minoritaire dans les processus qui ont permis l'évolution qui a nécessité toutes les symbioses, synergies et coopérations intra et inter spécifique pour se produire.

Et voici qu’à présent ce sont les bactéries qui nous donnent des leçons en ce sens !

 

De la solidarité bactérienne face aux antibiotiques...


Confrontées aux antibiotiques, des bactéries développent des systèmes de communications chimiques permettant aux plus robustes de transmettre leur résistance aux plus faibles.

Bactérie résistance

La communauté scientifique pense généralement que l'apparition d'une résistance aux antibiotiques au sein d'une population bactérienne est exclusivement le fruit de mutations génétiques aléatoires. Depuis peu, cependant, quelques voix s'élèvent pour mettre à mal ce modèle un tantinet simpliste et promouvoir ce qu'on appelle l'hétéro-résistance (rien à voir avec l'orientation sexuelle des bactéries).

Les bactéries font de la résistance...

Et le doc' Miguel Valvano, chercheur au Centre for Human Immunology and Department of Microbiology and Immunology, au Canada, vient d'en rajouter une louche, au détour d'un article détonnant publié dans Plos One. Son équipe a en effet mis en évidence que les bactéries les plus résistantes aux antibiotiques produisent des petites molécules à destination des bactéries les plus sensibles des environs. Petites molécules qui aident les cellules les plus faibles à se défendre contre les antibios. Et ce mécanisme peut impliquer diverses variétés de microbes (B. cenocepacia, Pseudomonas aeruginosa et E. coli), dont certaines pathogènes pour l'homme.

Selon Omar El-Halfawy, co-auteur de l'étude, "ces molécules peuvent être utilisées et produites par pratiquement toutes les bactéries [...] Elles peuvent être considérées comme un langage universel qui pourrait être compris par la plupart des bactéries [...] La prochaine étape est de trouver des moyens pour inhiber ce phénomène".

[Sources : plosone.org, techno-science.net, bulletins-electroniques.com]

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 14:15

 

Pour tous ceux qui continuent à penser que l'utilisation du terme impérialisme est une "grossièreté conspirationniste" et ne voient pas que l'empereur est nu, toujours plus nu !

 

Fin des idéologies, ce maudit racontar.

par Nicolás Rojas Scherer, Rina Bertaccini *

 


 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Entrevue. Rina Bertaccini. Sociologue. Le coordinateur du document élaboré en 2012 par la Ctera et le Mopassol sur les postes militaires aux Malouines, analyse l’actualité de l’impérialisme : « On applique des politiques mises à jour pour dominer aux peuples et leurs biens naturels ».

Un document élaboré dans 2012 [Bases militaires étrangères en Amérique Latine et les Caraïbes] conjointement par la Ctera et le Mopassol sur les Malouines rendait compte de plus de 40 bases militaires étrangères en Amérique Latine. Concernant la base de Mount Pleasant, Isla Soledad, on pouvait se lire dans le document : « y opèrent de en permanence au moins 1 500 militaires et 500 civils britanniques. L’équipement disposé dans la base est semblable à celui qu’ont les effectifs britanniques en Irak et en Afghanistan. Ils ont installé des silos et des rampes pour le lancement d’armes nucléaires ». Le principal coordinateur du document, Rina Bertaccini, a accordé un entretien Miradas al Sur pour au sujet de l’actualité de l’impérialisme.

Quelle utilisation conserve le concept « impérialisme » qui, pour le « mainstream » de l’intelligentsia occidentale, ancrée profondément dans les universités et les centres de pensée latinoamericains, paraîtrait avoir été enterré avec les reliques de l’Union Soviétique ?

Ce qui est d’actualité dans notre monde contemporain est l’impérialisme. Et logiquement, si l’impérialisme existe, et il est bon de pouvoir définir conceptuellement ce dont quoi il s’agit. En réalité ce qui est rigoureusement actuel est l’existence de l’impérialisme. Il peut être analysé du point de vue théorique – il y a beaucoup de définitions à propos de l’impérialisme mais on peut aussi voir l’impérialisme par les conséquences des actes qu’il fait. Alors nous n’avons pas besoin d’aller très loin. L’impérialisme se manifeste dans la guerre en Libye [Côte d’Ivoire, Mali], l’impérialisme c’est la préparation des agressions contre la Syrie, l’impérialisme c’est la menace contre l’Iran, l’impérialisme c’est le conflit dans la péninsule de Corée, tout cela est la façon concrète de visualiser que l’impérialisme existe et agit contre les intérêts des peuples. Par conséquent, en effet il est nécessaire de pouvoir le définir conceptuellement. Beaucoup de gens ont cru qu’à la fin de la guerre froide, avec la dissolution de l’URSS, on entrait dans une étape dans laquelle comme il n’y avait pas d’ennemi visible, il n’y avait plus de possibilité d’une quelconque manifestation de guerre. Toutefois, la vie a démontré précisément le contraire : l’impérialisme US, nordaméricain ou usaméricain, qui est la tête de toutes les puissances impérialistes, prépare des conflits dans plusieurs régions, outre des invasions, des interventions, différents types de guerre dissimulée, formes d’agression idéologique et culturelle. Tout cela est l’impérialisme. Maintenant, comment les gens qui vivent dans notre continent peuvent-ils voir cela ? Parce qu’ici , l’ important c’est que celui qui lit ces informations se sente obligé de faire quelque chose.

Il semblerait que l’impérialisme, étant quelque chose de si grand et si abstrait, qu’il ne toucherait pas les gens de la rue…

Exacte. Voila le point pour lequel je disais, chacun doit trouver la façon de comprendre que la chose le touche directement. Alors, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, en parlant de façon générique, l’impérialisme est visible de nombreuses manières mais il y en a une qui n’offre aucun doute, qui est la présence militaire des Etats-Unis [d’Amérique et non du Mexique. NDEC], de la Grande-Bretagne et de la France dans des bases militaires enclavées en territoire souverain. Et cela n’importe qui peut le voir. En Argentine, par exemple, où ont-ils une base militaire ? Aux Malouines, et on voit là, la relation entre le vieil impérialisme colonisateur des Britanniques et son alliance avec les Etats-Unis d’Amérique et le reste des pays de l’OTAN, parce que cette base est à l’OTAN. Quand le gouvernement argentin reprochera à la Grande-Bretagne de ne pas s’assoir négocier, de vendre des licences de pêche, et par conséquent que des grands navires usines volent nos ressources naturelles de la mer argentine [Idem avec la Somalie où des bateaux pêche, français, Espagnols, etc., pêchent protégés par des militaires de leurs pays à bord. NDEC], ou quand ils vendent des licences d’exploration de pétrole à grandes multinationales qui sont installées avec des plates-formes aux Malouines, cela est de l’impérialisme, clairement. Quand le gouvernement argentin proteste, que répond la Grande-Bretagne ? Que bien sûr, qu’ils vont continuer à soutenir et à utiliser la plate-forme d’exploration de pétrole, qu’il vont continuer à vendre des licences pour l’exploration du pétrole et des licences de pêche, parce que dans ce cas ils vont défendre leur « droit », bien qu’en vérité ce soit un vol, ils vont défendre ce vol, avec la base militaire qu’ils ont aux sur nos Malouines. C’est-à-dire, que ce dont il s’agit est clair, mais il est nécessaire de voir concrètement ce que fait l’impérialisme, et ce n’est pas la seule chose qu’il fait, ce qui se passe, c’est que la partie militaire est très forte.

Vous avez dénoncé plusieurs fois la « culture stratégique », cette association entre le Commando Sud et l’Université de Floride où on effectue une sorte d’« analyse anthropologique » des différentes nations et peuples latino-américains, mais qu’une anthropologue US qui s’appelle Adrienne Pine a dénoncée comme une opération idéologique…>

En réalité, ce colloque existe pour faire des ateliers financés par le Commando Sud lui-même, décidés par eux et l’Université Internationale de l’État de Floride, où dans chacun de ces ateliers on traite ou on considère en quoi consiste la culture de chacun de nos pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Nous savons qu’ils ont déjà organisé 16 de ces rencontres. Alors, ce que dénonce l’anthropologue est qu’en réalité ce qu’ils veulent faire est purement et simplement de la pénétration ou de la domination culturelle et que pour cela ils veulent introduire leur conception de la culture et du monde, en remplaçant la culture de chacun de nos peuples. Et cela est directement un objectif de domination culturelle. Nous avons commencé à analyser certains de ces travaux. À première vue ils apparaissent comme des travaux grossiers, stupides, voilà les premières impressions des compagnons qui ont commencé à les traduire pour ceux d’entre nous qui ne lisent pas l’Anglais, que ceci est une chose qui ne sert à rien, mais en réalité il faut le lire avec davantage d’attention, parce qu’ils y mettent ce qu’ ils voudraient que soit la pensée culturelle de notre peuple. Là est la grande tergiversation.

Ceci est spécifique pour chacun des pays ?

– Oui, et ils invitent, mais, qui convoquent-ils ? Ils convoquent quelques d’académiciens à qui ils payent tous les frais pour aller là bas et prendre part aux débats, mais ensuite ceux qui font les résumés de ces ateliers sont deux ou trois personnes, et les choses qu’ils y mettent sur nos antécédents ou sur notre idiosyncrasie , c’est tout ce qu’eux voudraient que nous soyons pour qu’ils puissent nous dominer. C’est à dire que cela n’a rien d’ingénu, ni d’idiot, ni rien qui s’y apparente. Bon, si nous parlons de l’Argentine, le politicien invité fut Ricardo López Murphy, qui est un représentant de la droite [dure] de notre pays. C’est-à-dire, ils auraient pu inviter quelques intellectuels en plus, mais non, ils ont invité seulement cet homme. Et aussi, il y avait des chefs militaires.

Et ceci sous couverture d’une université qui est hypothétiquement l’une de plus grandes et prestigieuses de USA, comme celle de Floride.

Bon, l’État de Floride est célèbre pour être l’un des plus réactionnaires de tous. Il faut se souvenir que grâce à cet État et à son frère gouverneur, Bush a gagné à l’époque les élections à la présidence des USA. Mais Adrienne Pine définit la culture stratégique comme une propagande pro-impérialiste. Ce que je veux dire , c’est que les chefs du Commando Sud et du Pentagone, sont sûrs de ce qu’ils veulent avec ceci, ce n’est pas accidentel qu’ils soient en train de le faire, parce qu’ils ont des documents élaborés où ils parlent d’une doctrine qu’ils appellent de la « domination du spectre complet ». Alors, ceci est une doctrine militaire ; que veut dire ce « spectre complet » ? Qu’ils n’envisagent pas seulement la domination militaire, ni seulement la domination politique, ni seulement la domination économique, en réalité ce dont ils parlent c’est de domination culturelle qui comprend tout le reste, et cela a une relation directe avec ces aberrations qu’ils appellent la « culture stratégique » de chaque pays.

Combien de bases militaires US recense-t-on jusqu’à présent en Amérique Latine ?

Entre des Sites d’Opérations Avancées (SOA), des bases militaires traditionnelles et les autres, vérifiées il y en 76, en étude il y en a 10 ou 15 en plus.

Ce nombre, peut-il croître ?

Totalement. En trois ans nous sommes passés de 21 à 76. Et à de nouvelles formes de bases, « Centres d’Opérations pour Prévention de Catastrophes », centre d’opérations pour aider aux opérations de paix de l’ONU comme à Concón.

Quelques bases n’ ont même pas de militaires US, non ?

La base Mariscal Estigarribia [Paraguay] n’a pas un seul militaire US, mais cette base a la piste la plus étendue d’Amérique Latine, d’où peuvent décoller et atterrir des avions avec tout le nécessaire pour une invasion ou tout type d’opération militaire. Maintenant, par exemple, prolifèrent au Pérou un tas de « Centres d’Opérations d’Urgence Régionale ». Le dernier que nous connaissons et c’est vérifié, parce que nous en avons dix de plus sur qui enquêter, se trouve en Piura. Et comme par hasard Piura est une localité qui se trouve à l’ouest de l’Équateur, c’est comme un coin qui pénètre par le flanc de l’Équateur par le Pacifique. Ce centre fut installé après que le président de l’Équateur ait chassé les Yankees de la base de Manta. Mais après cette base à Piura, il est apparu maintenant dans les journaux du Pérou et d’ailleurs qu’il y en a au moins dix de plus. Toutes sont de petites bases.

Il semblerait que c’est une sorte de réseau de petits points d’opérations.

Il se trouve qu’ils ont déjà les principaux troncs, ils n’ont pas besoin de bases énormes comme celle des Malouines ou celle de Mariscal Estigarribia ou celle de Palanquero, ils ont tout ça. Mais il y a en outre une redéfinition de l’armée US, qui est d’avoir une armée plus dynamique et pas aussi centrée sur la lourde puissance de feu exclusivement. La redéfinition est liée au fait qu’avec les avancées technologiques actuelles, ils ont besoin d’autres choses. Une base d’opérations peut être un radar et un système de base de communication, cela peut être aussi une base d’opérations, parce qu’avec cela ils exercent le contrôle. Évidemment ils ont ensuite les autres grandes bases. Ils fonctionnent en réseau ou en réalité plus qu’un réseau, c’est une trame qui est quelque chose beaucoup plus entrelacée. Alors, bon, voilà des choses concrètes, ce sont des marques spécifiques des politiques impérialistes. Ils élaborent un concept comme celui de la « domination du spectre complet », c’est-à-dire, sur tous les plans, et ensuite ils le travaillent à travers leur présence directe dans les zones qu’ils veulent dominer. Pour donner un exemple, la présence du lithium aux frontières entre l’Argentine, la Bolivie, le Chili et le Pérou convertit cette région des Andes en une zone qu’ils veulent dominer.

… des pays qui font partie de l’Alliance du Pacifique…

Exact, l’Alliance du Pacifique compte quatre pays principaux, plus certains associés. Les principaux sont la Colombie, le Pérou, le Mexique et le Chili. Mais ensuite, le Panama est associé, et ils cherchent maintenant à associer d’autres pays d’Amérique Centrale, c’est-à-dire, qu’ils travaillent dans cette direction. Ils ont conspiré pour essayer de diviser la Bolivie, séparer toute la partie du croissant du reste du territoire bolivien bien qu’ils n’y soient parvenu, mais ils travaillent toujours dans cette direction. C’est-à-dire, pour revenir à la question initiale, la question est que l’impérialisme lui-même nous démontre que non seulement il existe, mais qu’il applique des politiques actualisées pour dominer les peuples, pour dominer leurs ressources naturels, pour les dominer territorialement, pour étendre leur influence. Par exemple, la IVème Flotte peut se penser de différentes façons, mais ce qui est en effet clair c’ qu’ils sont une quantité énorme de navires.

Mais, la Russie, malgré cela a encore fait des manœuvres conjointes avec le Venezuela dans le « mare nostrum » US.

La IVème Flotte a autant de puissance de feu qu’ un ensemble de bases militaires mobiles, parce que les dimensions de ces navires sont énormes, comme les porte-avions, et ils remplissent de nombreuses fonctions. Toutefois, ils disent qu’ils assurent des fonctions humanitaires, ce qui est un mensonge éhonté. Ils ont positionné un porte-avions après le séisme d’Haïti et concrètement l’aide ne pouvait pas arriver parce qu’ils bloquaient le port. C’est à dire, la IV Flotte remplit beaucoup de fonctions mais parmi celles-ci, on peut la considérer comme un ensemble de bases militaires mobiles, petites, mais absolument fonctionnelles. Ils ont désormais obtenu sur la Côte du Pacifique et aussi dans les ports des Caraïbes de pouvoir approvisionner tous les navires de la IVème Flotte. Par exemple, la région de Turbo en Colombie, dans les Caraïbes colombiennes, qui est une entrée très large, comme une espèce d’estuaire ; là il y a une zone d’approvisionnement de la IVème Flotte. Mais dans le port du Callao, au Pérou aussi, il y a une autre zone d’approvisionnement, notamment. C’est-à-dire que toutes les bases aéronavales qu’ils ont installées ces 2 ou 3 dernières années au Panama, sont très petites, mais tout cela, leur sert comme de points d’approvisionnement pour leurs plans généraux de domination. De la sorte que l’impérialisme se préoccupe de nous montrer qu’il existe, qu’il agit en fonction de ses intérêts et contre les peuples.

Nicolás Rojas Scherer pour Miradas al Sur.

Miradas al Sur. Année 6. Édition nombre 262. Dimanche 26 mai 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

 


* Rina Bertaccini, est argentine, sociologue de formation, présidente du Mouvement pour la Paix, la Souveraineté et la Solidarité entre les Peuples (Mopassol ) en Argentine et vice-président du Conseil Mondial par la Paix.

 

Source : Fin des idéologies, ce maudit racontar. - El Correo

Vous trouverez le texte de Rina Bertaccini sur le complexe académique, en version française ici :

Militarisation impérialiste : nouveaux masques pour de vieux projets

Et celui d'Adrienne Pine sur la culture stratégique ici :

"culture stratégique" : le commandement sud et la militarisation des universités

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 16:15

 

Je l’ai plutôt mauvaise ces jours-ci. Je me sens assez démunie  face à l’ampleur du désastre. Celui de la progression du micro-fascisme dans nos sociétés. Une gangrène qui repose sur l’ignorance, le rejet à priori de l’inconnu, de la différence, la recherche d’exutoires au mal-être en forme de boucs émissaires.

Mais aussi :

Le fascisme cool et sympa

tgb

À une époque de technologie avancée, le plus grand danger pour les idées, la culture et l'esprit risque davantage de venir d'un ennemi au visage souriant que d'un adversaire inspirant la terreur et la haine. Aldous Huxley
Si tu crois encore que le fascisme entrera par la porte au pas de l’oie, le bras levé, avec la tête de l’emploi, mèche sur le front pour bien l’identifier, moustache calibrée des fois que ça suffirait pas, tu te fourres salement le doigt dans l’œil de Lepen père.
Parce que l’extrême droite sait entrer par la fenêtre en épousant son temps. Elle peut être cool et sympa, jouer de la gratte en catogan, prendre de la coke et fumer des pétards, être homo et décontracte, avoir les traits d’une nana sexy et faire dans la séduction, la caution rebeu, ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de planquer un drapeau hitlérien dans sa cave.
Tandis que le fond conserve ses invariants, xénophobie, ordre, nationalisme… la forme s’édulcore, s’adapte à l’époque, se donne un coup de djeune et de réseaux sociaux. L’extrême droite a bien compris qu’il lui fallait avancer masquée, liftée, souriante ; éviter l’antisémitisme, y aller mollo sur les mœurs, enjoliver son discours, décerner à titre gracieux une carte FN au Valls méritant, s’accaparer les valeurs de l’autre, inspirer en loucedé un rire collabo qui ne déparerait pas à la une de Minute ou de Valeurs Actuelles.
Plantu Lepen, même combat !
En ce sens les crétins de la Daube Dorée n’auront pas fait dans la finesse. Avec leur croix plus ou moins gammée, leur panoplie revisitée du petit Nazillon à la grecque, ils devenaient un peu trop voyants, encombrants et difficilement sortables, voire assumables, par des autorités complaisantes pour ne pas dire conniventes. Quoi que le pouvoir grec prit son temps, il finit quand même par remettre (jusqu’à la prochaine fois) les petits gestapistes du 3ème Reich dans leur boîte.
Oui, la droite extrême new-look évite dorénavant de trop se commettre avec les crânes rasés un peu frustes et préfère distiller à petites touches ses insanités dans les ouvrages pseudo historiques du si sympathique et insoupçonnable Lorant Deutsh, porte serviette propret du sinistre Patrick Buisson, faire dans le discours populeux et social, opportunément anti-libéral, caresser la Janine rurale dans le sens du poil, le Jean-Claude suburbain dans le sens de la raie du milieu.
Il n’empêche que l’extrême droite, quelque soit sa plastique, reste le meilleur allié du capitalisme. En détournant la colère populaire vers des boucs émissaires, elle capte assez de voix pour empêcher toute alternative à gauche, toute remise en cause de la doxa et des privilèges de l'oligarchie.
Avec ou sans cravate, l’extrême droite porte en elle le fascisme comme la nuée porte l’orage. Plus elle sera proche du pouvoir plus elle se fera mielleuse et policée : bonne fille… à papa.
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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:37

 

 

Après la chasse aux communistes, les Etats-Unis se lancent dans la traque aux écologistes

Par Simon Gouin (1er octobre 2013)

Le FBI lui a proposé d’infiltrer son groupe militant. Il a décidé d’écrire un livre sur la chasse aux « éco-terroristes ». Dans Green is the New Red, pas encore publié en France, le journaliste étasunien Will Potter dénonce l’utilisation du qualificatif « terroriste » appliqué abusivement à des militants écologistes. Certains ont été lourdement condamnés depuis le 11 septembre 2001. Il pointe également le lobbying de plusieurs entreprises pour renforcer cette répression. Un air de déjà vu : c’était dans les années 1950, la menace était Rouge. Aujourd’hui, elle est verte. Entretien.

Basta ! : Comment avez-vous commencé à travailler sur l’éco-terrorisme ?

Will Potter : Je couvrais l’actualité chaude et les homicides pour le Chicago Tribune. Je devais traiter les meurtres en interviewant les familles. Cela me laissait avec des idées noires ! C’était un super travail mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’impact positif sur le monde. A l’université, j’avais côtoyé de nombreux mouvements de justice sociale. J’ai donc décidé de m’y investir. J’ai commencé en distribuant des tracts contre une entreprise qui teste des produits sur les animaux, Huntingdon Life Sciences. Je pensais que c’était un engagement sans danger, qui me permettait de continuer de travailler sans problème comme journaliste. Mais nous avons tous été arrêtés et accusés de « conduite contraire aux bonnes mœurs » (disorderly conduct) ! Ces charges ont bien sûr été abandonnées, mais quelques jours plus tard, deux agents du FBI me rendaient visite, chez moi. Ils m’ont expliqué qu’à moins que je ne devienne un informateur, que j’infiltre les groupes de défenses des droits des animaux, ils allaient me mettre sur la liste des terroristes intérieurs (vivant sur le territoire états-unien, ndlr).

Cela m’a fait très peur, et j’en ai eu honte. C’est arrivé un an après les attaques du 11 septembre et je n’avais encore aucune idée du pouvoir du FBI dans les affaires de terrorisme. Comme cela a-t-il pu arriver ? Comment quelqu’un qui distribue des flyers peut-il être considéré comme terroriste ? Ces questions m’ont obsédé. Le temps s’est écoulé, et quelques-uns de mes bons amis se sont retrouvés dans des procès, accusés de terrorisme. Je me suis de plus en plus impliqué sur ce sujet, prenant la parole contre la restriction des libertés civiles aux États-Unis.

Qu’ont fait vos amis pour être accusés de terrorisme ?

L’activiste Tim DeChristopher, par exemple, a été condamné à deux ans de prison pour désobéissance civile. Une condamnation plus dure que celles de personnes qui ont brûlé des églises ou menacer des leaders noirs. Son crime : avoir procédé à des offres lors d’une vente aux enchères de baux de pétrole ou de gaz, où des terres publiques étaient mises en vente à des entreprises. Tim n’avait pas l’argent pour acheter ces terres. Mais il avait décidé de participer aux enchères dans le but de les gêner et d’attirer l’attention sur la destruction environnementale qu’elles allaient provoquer. Cette mise aux enchères a ensuite été considérée comme illégale par une court fédérale. Mais Tim DeChristopher a été envoyé en prison.

Quels sont les moyens utilisés pour lutter contre ceux considérés comme des « terroristes » écolos ?

Comme à l’époque de la Peur Rouge [plus connu en France sous le nom de maccarthysme, du nom du sénateur Joseph McCarthy, initiateur d’une brutale politique anticommuniste dans les années 50, traquant les communistes, leurs sympathisants ou supposés tels, ainsi que les homosexuels, ndlr], leurs stratégies relèvent de trois domaines : juridique, législatif et un troisième que j’appelle extra-juridique, ou de diffusion de la peur. Les tribunaux sont utilisés pour élargir la notion de « terrorisme » et condamner des activistes à des amendes ou des peines de prisons disproportionnées. Le mot terroriste est utilisé très tôt, pour orienter l’opinion publique contre les accusés, avant même qu’ils n’aient posé les pieds au tribunal. En parallèle, certaines entreprises et des politiques font du lobbying pour que les nouvelles lois aillent encore plus loin. Le dernier élément – la diffusion de la peur – est peut être le plus dangereux. Les stratégies actuelles – campagnes de presse, publicités, langage diabolisant ces activistes... – exploitent la peur et promeuvent une incarcération toujours plus fréquente de ces militants !

Sur quelles lois s’appuient les autorités ?

D’abord l’Animal Enterprise Protection Act, adoptée en 1992, puis renforcée en 2006 pour devenir l’Animal Enterprise Terrorisme Act. Cette loi a initialement permis d’envoyer dans une prison fédérale six militants qui s’opposaient à une entreprise utilisant les animaux pour des expérimentations. Leur campagne « terroriste » utilisait-elle de l’anthrax ? Des bombes artisanales ? Ont-ils fomenté un complot pour faire exploser un avion ? Non ! Ils éditaient un site web sur le sujet, avec des articles sur la campagne, sur des actions légales comme des manifestations, et sur des actions illégales, comme le vol d’animaux de ces laboratoires. Ils n’ont jamais été accusés d’avoir « cambriolé » un laboratoire : ils ont simplement soutenu ce genre d’actions sur leur site Internet. Le but de ces efforts législatifs n’est pas seulement de voter de nouvelles lois, mais aussi d’utiliser les auditions du Congrès comme une scène médiatique afin de modifier les perceptions que le public a de ces mouvements.

L’Animal Enterprise Terrorisme Act permet désormais de considérer comme terroristes des militants non-violents. Avant l’adoption de cette loi, vous avez été invité à témoigner devant le Congrès....

Lors de cette audience, j’ai prévenu que la nouvelle loi criminaliserait la désobéissance civile non-violente ainsi que les « enquêteurs infiltrés ». J’ai aussi dit qu’elle devait être rejetée à cause de l’utilisation du mot « terrorisme », qui instille la peur au quotidien, dans la population, puisque chacun peut désormais être listé comme terroriste s’il manifeste. Pour moi, cette loi est anticonstitutionnelle puisqu’elle paralyse la mise en place du Premier amendement [relatif à la liberté d’expression, la liberté de la presse ou le droit à s’« assembler pacifiquement », ndlr]. Malheureusement, cette loi est passée !

Quels sont les objectifs de cette répression ?

En diffusant la peur parmi la population, cette répression vise à décourager la dissidence et l’opposition. L’objectif est de bâillonner un mouvement social grandissant, concret, qui menace les profits des entreprises. Ces stratégies ont été utilisées depuis de nombreuses années. Elles se sont intensifiées depuis le 11 septembre. Le jour des attaques du World Trade Center, des politiques prétendaient publiquement que leurs auteurs pouvaient être des éco-terroristes ! Cette rhétorique terroriste a été immédiatement utilisée et étendue aux activistes politiques afin de défendre les priorités des entreprises.

Quelles entreprises soutiennent les lois contre « l’éco-terrorisme » ?

Ce sont quelques-unes des plus puissantes industries de la planète. Par exemple, l’Animal Enterprise Terrorism Act a été soutenu par les industries de la viande et des produits laitiers, l’industrie pharmaceutique (Pflizer ou GlaxoSmithKline), celle des animaux de compagnies, les producteurs de fourrures, et de nombreuses autres entreprises privées.

Peut-on estimer le nombre d’actions menées par ces militants écologistes et les destructions qu’ils ont provoquées ?

C’est difficile. Le FBI recense plus de 600 actes d’ « éco-terrorisme » criminels, aux États-Unis, depuis 1996. Ce qui aurait provoqué plus de 43 millions de dollars de dommages.

Peut-on vraiment comparer cette répression des militants écologistes au maccarthysme et à la chasse aux communistes, dans les années 1950 ?

La comparaison entre le climat politique actuel et la menace rouge à l’époque de la guerre froide est particulièrement utile pour identifier les stratégies utilisées dans cette campagne. Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas identique ou pire que la Peur Rouge, ni que ce que les personnes musulmanes ou arabes vivent depuis le 11 septembre 2001. Mais ces événements actuels ont besoin d’être compris dans un contexte historique. Tout au long de l’histoire des États-Unis, des campagnes coordonnées ont été menées pour viser et réprimer les voix dissidentes. La plus forte d’entre elles fut celle de la Peur Rouge. Pour beaucoup d’Américains, de tous bords politiques, ce terme signifie utiliser la peur pour mettre en avant des idées politiques. C’est une ère sombre de notre histoire. Des vies ont été ruinées, des libertés gelées, au nom de la sécurité nationale. Il existe d’étranges parallèles entre la Peur Rouge et la Peur Verte, notamment avec ces tactiques utilisées par les entreprises et les politiques pour instiller la peur et faire taire les dissidents.

A-t-on assisté à un changement avec Barack Obama ?

Non. Le président Obama refuse de prendre position contre ces politiques, même si en tant que Sénateur, il s’y était opposé.

Quelles sont les conséquences de ces politiques sur les militants écologistes ?

Ces politiques ont créé un fort sentiment de peur parmi les communautés de militants. Mais elles n’ont pas stoppé ces mouvements. Les militants ont appris de ces tactiques de répression, et se battent donc contre elles. Nous assistons à une résurgence de la désobéissance civile, au sein des mouvements environnementaux.

Comment pensez-vous que cette répression évoluera ?

Elle s’intensifiera, cela ne fait aucun doute, particulièrement quand la crise climatique s’accentuera et quand les mouvements environnementaux continueront de croître. C’est pourquoi il est impératif de dévoiler ces stratégies, et de pointer les entreprises qui les soutiennent, afin de défendre le droit de manifester.

Propos recueillis par Simon Gouin

Photos : une / CC Katerkate - DR

Le site Internet de Green Is The New Red

 

Source : Après la chasse aux communistes, les Etats-Unis se lancent dans la traque aux écologistes - Eco-Terrorisme - Basta !

Via : Mes coups de coeur 

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Published by Anne Wolff - dans univers carcéral
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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:05

Je l’ai un peu dur en ce moment. Dès que l’on évoque la possibilité de manipulations occultes de nos sociétés de la part de pouvoir supra-politiques, il y a toujours une vierge effarouchée pour lancer l’alerte « Attention, danger, hérésie complotistes». C’est un peu fatigant à la fin, et plus qu’inquiétant quand on se trouve face à des gens qui disent lutter pour une « amélioration de notre société ». L’histoire des infiltrations et manipulations de groupes militants est pourtant suffisamment bien documentée. Je supporte de moins en moins bien, cette intolérance d’une coupable ignorance. Coupable parce que qui prétend s’attaquer aux maux de notre civilisation devrait peut-être s’enquérir de ce que veut dire « globalisation », et des lignes directrices, moyens, méthodes qui guident la mise en  œuvre de ce projet.

Non ?

Voici donc un article consacré à des versions contemporaines de ces infiltrations. Il y a celles qui ont été dénoncées et documentées et celles qui ne le sont pas.

De telles méthodes sont employées en permanence. Tout mouvement politique susceptible de faire sens est repéré, et surveillé. Je pense que plutôt que de crier aux sorcières et en appeler au bûcher, il serait plus intéressant d’en débattre… La question étant bien sûr de savoir si le but recherché est la protection des peuples contre un ennemi intérieur ou si de telles méthodes sont mises au service d’autres intérêts, personnalisés par "intérêt de la Nation", cette entité fictive toujours plus éloigné des peuples censés la composer.

Faire l’économie de ce débat est un déni de réalité. Un de plus !

 

Ces apprentis James Bond qui espionnent la gauche et les écologistes

Par Ivan du Roy (30 septembre 2013)

Mouvements écologistes et anticapitalistes sont surveillés de près par les polices européennes. Et tous les moyens sont bons, y compris l’infiltration. Vol d’identités d’enfants décédés, relations sexuelles avec leurs « cibles »… Au Royaume-Uni, les infiltrés et leurs supérieurs ne reculent devant aucun cynisme. Certains policiers ont même eu des enfants avec les militants qu’ils espionnent. Décryptage de ces détestables pratiques qui font l’objet de virulentes critiques, et échappent à tout contrôle parlementaire ou judiciaire.

 

Leurs défenseurs les comparent à des sortes de James Bond, qui fréquenteraient squats et lieux autogérés plutôt que des casinos huppés, qui participeraient à des « camps climat » ou à des actions de résistances passives plutôt qu’à de spectaculaires courses-poursuites. Ces espions au service de sa majesté, ce sont les policiers infiltrés au sein des mouvements écologistes ou anticapitalistes. Ces méthodes d’infiltration font l’objet de virulentes critiques au Royaume-Uni, depuis qu’elles ont été révélées par l’affaire Mark Kennedy. Ce policier s’est infiltré entre 2003 et 2010 au sein de groupes de la gauche radicale européenne, dont le collectif militant de Tarnac, avant d’être démasqué. Les informations transmises par Kennedy ont notamment été utilisées par la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) pour monter son dossier contre « les neuf de Tarnac ». Depuis, les affaires impliquant des infiltrés se sont multipliées.

Leurs noms sont révélés au gré de scandales, de procès ou de plaintes qui défraient la chronique outre-Manche : LynnWatson, une agent de police basée à Leeds, a infiltré plusieurs groupes écologistes, anticapitalistes et pacifistes entre 2003 et 2008. Simon Wellings demeure quatre ans au sein du réseau anticapitaliste Globalise Resistance, avant de se griller par un coup de fil accidentel alors qu’il transmet infos et photos dans un commissariat. Jim Sutton, infiltré au sein du mouvement Reclaim the Streets – un mouvement de réappropriation de l’espace public – à la fin des années 90, finit par avouer qu’il est policier à sa compagne militante… avec qui il a eu deux enfants ! Le couple divorce en 2009. Bob Robinson (ou Bob Lambert) et John Baker intègrent Greenpeace dans les années 80 et 90. Tous deux ont des relations amoureuses durables avec une de leurs « cibles »… Une version « réalité » de James Bond, où la subversion anticapitaliste et écologiste est combattue avec les mêmes moyens que ceux utilisés pour démanteler un réseau terroriste ou de trafic de drogue.

Un service très spécial

Le Royaume-Uni dispose d’une solide expérience en matière d’infiltrations des milieux activistes, pacifistes, écologistes ou anarchistes : 40 ans exactement. Tout commence en 1968. En pleine période de contestation et de manifs contre la guerre du Vietnam naît le « SDS » (Special Demonstration Squad), un « Service spécial des manifestations ». Il sera dissous en 2008. Ses pratiques font désormais l’objet de demandes d’investigations de la part de parlementaires et d’avocats après une succession de révélations plus détestables les unes que les autres.

« Quelles sont les critères pour autoriser une infiltration ? Construire une relation avec des « cibles », y compris avoir des enfants avec elles, fait-il partie des politiques officielles de l’État ? Dans quelle mesure ces opérations d’infiltration sont-elles coordonnées au niveau européen ? », interroge le centre de recherche indépendant Statewatch, basé à Londres, qui regroupe avocats, chercheurs ou journalistes travaillant sur la question des libertés publiques [1].

Quand l’État vole les identités d’enfants décédés

En février, le quotidien The Guardian révèle que, pour mener à bien ses infiltrations, la police britannique « a volé les identités d’environ 80 enfants décédés pour établir des faux passeports à leurs noms » [2]. A l’exemple de « Peter Daley », infiltré au sein de mouvements antiracistes dans les années 90, qui utilise comme couverture l’identité d’un enfant de quatre ans mort de leucémie. Le vol de l’identité et du certificat de naissance facilitait l’élaboration de couvertures crédibles.

Le procédé, dévoilé sur la place publique, est qualifié de « macabre », « irrespectueux » et « odieux » par la commission parlementaire chargée de suivre les affaires intérieures [3]. La police britannique assure aujourd’hui que de telles pratiques n’ont plus cours et a lancé une enquête interne. Jusqu’à cet été, ses chefs n’avaient toujours pas daigné entrer en relation avec les familles concernées [4]). James Bond n’est plus un gentleman.

Des conjointes et épouses abusées

La recherche des responsables tarde. « Il n’existe pas un fichier poussiéreux rangé quelque part au sein de Scotland Yard qui nous apportera toutes les réponses. Mais plus de 50 000 documents, papier et électronique, que nous devons passer au crible », précise la Commissaire adjointe, Patricia Gallan, en février 2013, auprès des parlementaires membres de la commission d’enquête sur le sujet. Une manière de prévenir : les réponses risquent bien de ne jamais être divulguées. D’autant que les enquêtes resteront internes.

Une autre affaire se retrouve quasiment classée « secret défense ». En décembre 2011, après les premières révélations sur les policiers espions, huit femmes annoncent poursuivre en justice la police britannique. En cause : l’infiltration de cinq officiers au sein de « groupes promouvant la justice sociale ou environnementale ». Des agents qui, tout en cachant leurs véritables motivations, étaient devenus leurs conjoints. Les relations intimes ont duré entre sept mois et… 9 ans ! Les plaignantes s’appuient sur les articles de la Convention européenne des droits de l’Homme qui protègent la vie privée et familiale, et interdisent des traitements dégradants et inhumains. Mais, début 2013, la Haute Cour stipule que l’affaire sera traitée à huis clos, dans le secret du « Tribunal spécial sur les pouvoirs d’investigation de l’État » (Investigatory Powers Tribunal), chargé de contrôler les activités de surveillance et d’infiltration menées par la police et les services secrets britanniques.

La jurisprudence James Bond

Pour justifier le recours à cette législation spéciale, le juge Michael Tugendhat, n’hésite pas à se référer au fameux héros de Ian Fleming : « James Bond est le plus célèbre exemple fictif d’un membre des services de renseignement qui utilise ses relations avec les femmes pour obtenir des informations ou accéder à des personnes et des biens. (…) Ian Fleming ne s’attarde pas sur la manière dont son héros utilise la tromperie, et encore moins sur le préjudice psychologique que ces relations pourraient provoquer. Mais bien que fictif, cet exemple accrédite la vue que les services de renseignement et de police déploient depuis de nombreuses années des hommes et des femmes officiers dans le but de nouer des relations personnelles de nature intime afin d’obtenir des informations. (…) De mon point de vue, chacun, dans sa vie, doit assumer le fait que les services secrets et la police doivent, de temps en temps, déployer des officiers infiltrés, que ce soit à tort ou à raison. » Ces cas de tromperies, de manipulations, de mensonges et d’humiliations, au service de la sécurité de l’État, seront donc traitées en toute discrétion. Grâce à un roman.

« Nous sommes indignés que la Haute Cour permette à la police (…) de garder le secret de leurs opérations abusives et manipulatrices. En comparaison, la vie privée des citoyens espionnés par la police secrète ne dispose d’aucune protection, ce qui est contraire à tous les principes que nous pourrions attendre d’une société démocratique », ont répondu les huit plaignantes. « Il est inacceptable que des agents de l’État puissent cultiver des relations durables et intimes avec des militants politiques afin de collecter de soi-disant renseignements sur les mouvements politiques. Nous avons l’intention de poursuivre ce combat. » (voir leur site).

Quand l’infiltration se retourne contre la police

Même les élus se voient retourner une fin de non-recevoir. Jenny Jones, vice-Présidente de la commission sur la sécurité londonienne, et élue verte de la capitale, a critiqué « l’obstruction délibérée » de la police suite à ses demandes d’informations répétées sur les opérations d’infiltration. Malgré les remous, l’opaque rideau qui recouvre ces barbouzeries ne se déchire pas.

L’une des opérations d’infiltration menée par Mark Kennedy avait abouti à la plus grande rafle d’activistes écologistes de l’histoire britannique. 114 militants, suspectés de préparer une action contre une très polluante centrale au charbon près de Nottingham, ont été arrêtés préventivement en avril 2009. Parmi eux, 20 activistes sont poursuivis puis condamnés à de courtes peines d’emprisonnement ou des amendes. Ces condamnations sont finalement annulées car l’accusation n’avait pas communiqué l’ensemble de son dossier à la défense… dont les informations recueillies par la taupe. D’autres militants écologistes pourraient faire appel dans des affaires similaires, dont les dossiers à charge sont basés sur les informations de policiers infiltrés.

L’Europe envahie de taupes

Ces scandales ne se cantonnent pas au territoire britannique. Ils s’étendent au-delà des frontières du royaume, à l’Europe continentale. Pendant ses sept années d’infiltration au sein de la gauche radicale, Mark Kennedy a ainsi été « déployé » dans onze pays différents, dont la France, lors d’une quarantaine d’évènements militants (rencontres, manifestations…). Ces opérations sont coordonnées au niveau européen par un groupe spécial (European Cooperation Group on Undercover Activities, ECG), créé en 2011. L’ECG regroupe Interpol, plusieurs services de police des États membres de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, dont… la très démocratique Russie. L’ECG fait elle-même partie d’un groupe de travail international (IWG [5]) avec les services états-uniens ou israéliens.

« Lorsque les forces de police et les services de renseignement s’engagent dans la coopération internationale, le grand perdant est le contrôle parlementaire. L’importance croissante des réseaux de policiers en civil rend cette situation bien plus critique », alerte en 2012 le député de gauche allemand Andrej Hunko. L’affaire des infiltrés britanniques a fait des vagues jusqu’à Berlin. Des députés du Bundestag questionnent à plusieurs reprises le gouvernement d’Angela Merkel sur le niveau d’implication de la police allemande, et des polices européennes, dans ces opérations secrètes. Le ministère de l’Intérieur précise alors qu’il n’autorise pas ses agents, y compris les agents étrangers opérant sur le sol allemand, à avoir et à entretenir des relations sexuelles dans le cadre d’une enquête.

Les élus n’en apprendront pas beaucoup plus, « pour des raisons de confidentialité. » « L’infiltration des mouvements de gauche européens illustre cette coopération policière menée en l’absence de tout contrôle parlementaire. On ne sait toujours pas sur ordre de qui l’enquêteur infiltré opérait pendant les années de son activité », rappelle Andrej Hunko. En France, les opérations d’infiltration sont censées être réalisées sous le contrôle d’un procureur ou d’un juge d’instruction (voir le Code de procédure pénale). Mais aucun cadre juridique ou démocratique n’existe au niveau européen pour contrôler ces pratiques. Les barbouzes chargés d’espionner les mouvements de contestation ont de beaux jours devant eux.

Ivan du Roy, avec Statewatch

Photos : une (Wikimedia Commons), Police Only (CC Leo Reynolds), State Police (CC Julian Kliner)

Notes

[1Dans le numéro du mois d’août de son journal.

[2Lire ici, en anglais.

[3Dans un rapport publié en mars.

[4Lire ici, en anglais.

[5International Working Group on Police Undercover Activities.

 


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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 15:55

 

Barack-Obama

 

La distinction faite entre gouvernement et régime est manifeste. Quiconque est un peu attentif ne manque pas dans distinguer les usages à présent consacrés, qui donnent à régime un caractère péjoratif.

 

Le système électoral étasunien est propice à une stratification du pouvoir. Si nous prenons  le président du Venezuela, Nicolas Maduro, vainqueur dans 17 état sur 26, avec le système étasunien son élection serait encore absolument plus incontestable qu’elle ne l’est.   Comme quoi…


Une autre distinction est moins évidente et permet un usage confusionnel, une gouvernance n’est pas un gouvernement. Une gouvernance est du côté de l’administration, de la gestion technocratique d’une société. Et je vois avec inquiétude ‘usage de plus en plus fréquent de ce terme quand il s’agit de qualifier des institutions politiques qui sont encore officiellement des gouvernements élus par les peuples. Le glissement sémantique correspond à un glissement de pouvoir, vers des sphères non élues qui prétendent assurer la gestion de la planète selon des modes technocratiques, ingénierie économique et sociale, modèle unique, intégré, global à échelle planétaire… c’est ce que je qualifie de « Grande Machination du Monde », au sens propre et figuré, pas un complot mais une idéologie qui utilise des moyens occultes, de propagande et la manipulation pour s’imposer à l’insu des peuples. Alors appelez cela comme vous voulez, ce qui est essentiel est de retenir que certains ont un projet de monde, un but global pour la planète, qui n’est pas exposé aux peuples de manière claire et transparente, mais agit en souterrain, et ce depuis des décennies, voir des générations. Ce qui inspire ce modèle est une idéologie, qui plus est une idéologie de type mécaniste, cette science des machines si favorable au développement industriel de la planète. Et ceux qui prétendent nous l’imposer au quotidien sont tout aussi fanatiques que l’étaient les Inquisiteurs dont ils descendent en droite ligne. Ce modème suppose une gouvernance mondiale centralisée, et nous voyons toutes les dérives actuelles qui au nom de l'économie, impose ces gouvernance technocratiques localement contre la volonté des peuples concernés et normalisent le modèle.


Je constate avec tristesse que tous les pôles émergeants de New "Nouvel Ordre Mondial" semblent se rallier  au modèle industriel. Cela donne envie de voir ce qui se passe en coulisse !

 

Anne W

Le régime d’Obama

Atilio Boron

 


 

En vertu d'une pratique bien ancrée, les gouvernements opposés à la domination nord-américaine sont automatiquement qualifiés de « régimes » par les grands médias de communication, par les intellectuels colonisés de seconde zone et par ceux que le grand dramaturge espagnol Alfonso Sastre appelle les intellectuels bien-pensants. En sciences politiques, le terme « régime » a pris une connotation foncièrement négative, dont il était dépourvu à l'origine. Jusqu'au milieu du XXe siècle, on parlait d'un régime féodal, d'un régime monarchique ou d'un régime démocratique pour se référer à l'ensemble de lois, d'institutions et de traditions politiques et culturelles caractéristiques d'un système politique. Or, avec la Guerre froide, puis avec la contre-révolution néoconservatrice, le vocable a acquis un tout autre sens. Actuellement, il est utilisé pour stigmatiser des gouvernements ou des États qui refusent de se plier aux diktats de Washington et auxquels sont collées les étiquettes dépréciatives d'« autoritaire », voire de « tyrannies sanglantes ».
 
Toutefois, sans être particulièrement éclairé, on peut constater l'existence d'États manifestement despotiques que les chantres de la droite n'auraient jamais l'idée de qualifier de "régimes". Qui plus est, la conjoncture actuelle voit apparaître une pléthore d'analystes et de journalistes (dont quelques "progressistes" un tant soit peu distraits) qui ne répugnent nullement à employer le langage établi par l'empire. Dans leur bouche ou sous leur plume, il n'y a pas de gouvernement syrien, mais le "régime de Bachar el-Assad". 
 
La même dépréciation s'opère avec les pays bolivariens : au Venezuela, c'est le régime chaviste, en Équateur, le régime de Correa et la Bolivie subit les caprices du régime d'Evo Morales. Le fait que dans ces trois pays ont émergé des institutions ainsi que des formes de participation populaires et de fonctionnement démocratiques supérieurs à celles que connaissent les États-Unis et la grande majorité des pays du monde capitaliste développé est soigneusement passé sous silence. Comme il ne s'agit pas de pays amis des Etats-Unis, leur système politique ne peut être autre qu'un régime.
 
L'application de deux poids, deux mesures est manifeste. Les monarchies pétrolières du Golfe, pourtant autrement plus despotiques et brutales que le "régime" syrien, ne se verraient jamais affublées de ce terme. On parle du gouvernement d'Abdul Aziz ibn Abdillah, jamais du régime saoudien, même si l'Arabie saoudite ne dispose pas de parlement, mais d'une simple "Assemblée constitutive", formée d'amis et de parents du monarque, que les partis politiques membres sont expressément interdits et que la gouvernance est exercée par une dynastie qui occupe le pouvoir depuis des décennies.
 
Le Qatar présente exactement le même tableau, sans pour autant que le New York Times ou les médias hégémoniques d'Amérique latine et des Caraïbes évoquent le "régime saoudien" ou le "régime qatari". Par contre, le gouvernement de la Syrie – un État pourtant laïque au sein duquel cohabitaient encore récemment plusieurs religions, où existent des partis politiques reconnus légalement et doté d'un congrès monocaméral comprenant une représentation de l'opposition – est taxé de régime. Personne ne le débarrasse de cette étiquette.
 
En d'autres termes : un gouvernement ami, allié ou client des États-Unis peut être le pire oppresseur ou commettre les violations des droits de l'homme les plus graves, jamais il ne sera qualifié de régime par l'appareil de propagande du système. À l'inverse, ce terme est systématiquement appliqué aux gouvernements de pays tels que l'Iran, Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, l'Équateur et j'en passe. [1]
 
Pour constater cette tergiversation idéologique, il n'y a qu'à voir comment les journalistes de droite désignent le gouvernement américain, qu'ils considèrent comme le nec plus ultra de la réalisation démocratique. Pourtant, l'ancien président James Carter a lui-même dit que dans son pays, il n'y avait pas de démocratie qui fonctionne. Ce qu'il y a, c'est un État policier très habilement dissimulé, qui exerce une surveillance permanente et illégale sur ses citoyens, et dont la principale réalisation des trente dernières années a été de permettre que 1% de la population s'enrichisse comme jamais auparavant, au détriment de 90% de la population. 
 
Dans la même ligne critique vis-à-vis de cette cynique ploutocratie que sont les Etats-Unis, le philosophe politique Sheldon Wolin a défini le régime politique de son pays comme étant un "totalitarisme inversé". Selon lui, il s'agit "d'un phénomène qui (…) représente fondamentalement la maturité politique du pouvoir corporatif et de la démobilisation politique des citoyens” [2], à savoir la consolidation de la domination bourgeoise dans les principales situations d'oligopole et la désactivation politique des masses, ce qui provoque une apathie politique, l'abandon de la vie publique – et le dédain à son égard – ainsi que la fuite en avant dans l'approche privatiste vers une consommation effrénée soutenue par un endettement encore plus endiablé.
 
Le résultat : un régime totalitaire d'un genre nouveau, une démocratie particulière, en somme, sans citoyens ni institutions, dans laquelle le poids faramineux de l'establishment vide de tout contenu le discours et les institutions de la démocratie pour en faire une pauvre mascarade et les rendre absolument impropre à garantir la souveraineté populaire ou à concrétiser la vieille formule d'Abraham Lincoln définissant la démocratie come "le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple".
 
Par la magie de la gigantesque opération de falsification du langage, l'État américain est considérée comme une "administration", soit une organisation qui gère en toute transparence, impartialité et dans le respect de l'état de droit les affaires publiques en fonction de règles et de normes clairement établies. En réalité, comme l'affirme Noam Chomsky, rien de tout cela n'est vrai.
 
Les États-Unis constituent un État voyou qui viole comme nu autre le droit international ainsi que certains des droits et des lois les plus importants du pays. Au niveau national, les révélations récentes à propos des pratiques d'espionnage usitées par la NSA et d'autres agences contre la population américaine le prouvent, sans parler des atrocités perpétrées quotidiennement dans la prison de Guantánamo, ni du fléau chronique du racisme [3].
 
Par conséquent, je propose que nous ouvrions un nouveau front dans la lutte idéologique et qu'à compter d'aujourd'hui, nous désignions le gouvernement américain par les termes "régime d'Obama" ou "régime de la Maison-Blanche". Il s'agira d'un acte de justice, qui aura également pour effet d'améliorer notre capacité d'analyse et d'assainir le langage de la politique, contaminé et perverti par l'industrie culturelle de l'empire et par sa prolifique fabrique à mensonges.
 
Traduction : Collectif Investig'Action
 
Source : Atilio Boron
 
Notes : 
 
[1] Aux États-Unis, cette dualité de critères moraux a une longue histoire. Rappelons-nous la réponse du Président Franklin D. Roosevelt face à des membres du parti démocrate horrifiés par la brutalité des politiques répressives adoptées par Anastasio Somoza au Nicaragua : "Oui, c'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute". L'appellation pourrait s'appliquer aux monarques de l'Arabie saoudite et du Qatar, entre autres. Par contre, Bachar Al Assad n'est pas leur fils de pute, ce qui vaut à son gouvernement le qualificatif de "régime".
 
[2] Cf. Democracia Sociedad Anónima (Buenos Aires : Katz Editores, 2008) p. 3
 
[3] Pour en savoir davantage sur la violation systématique des droits de l'homme par le gouvernement américain, ou par le "régime" américain, voir : Atilio A. Boron et Andrea Vlahusic, El lado oscuro del imperio. La violación de los derechos humanos por Estados Unidos (Buenos Aires : Ediciones Luxemburg, 2009).
 
26 septembre 2013
 



http://alainet.org/active/67764

Le régime d’Obama - América Latina en Movimiento

 


El sueño americano is over

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 12:33

 

 

par David Brooks *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Il ressort que le modèle économique des Etats-Unis d’Amérique (EUA) – celui dont on dit que c’est un exemple pour le monde – fonctionne vraiment bien, quelque chose de vraiment miraculeux qui propose un schéma pour ceux qui promeuvent les consensus multipartistes dans d’autres pays pour un projet de politique économique, où le gouvernement assume sa responsabilité pour assurer que l’intérêt national prévaut. Eh bien, à la condition qu’on soit riche.

Pour tous les autres, c’est une toute autre histoire. L’application des politiques qui ailleurs sur la planète sont connues comme néolibérales a eu juste les mêmes effets dans le pays le plus riche du monde que dans n’importe lequel autre pays du dit tiers monde (évidemment, dans le contexte de chacun). Voilà la grande guerre dans l’un des pays les plus belliqueux au monde durant les trois dernières décennies.

Les bilans du néolibéralisme façon US se résument rapidement ainsi :

jamais depuis avant la grande dépression les riches n’ont jamais concentré autant de richesse tandis que tous les autres – bien que leur productivité ait augmenté de 40 % depuis 1979 – se sont maintenus, dans le meilleur des cas, au même niveau, mais dans de nombreux de secteurs à un niveau pire qu’il y a 30 ans, quand ont été appliquées les recettes néolibérales classiques.

Selon l’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz, 95 % des bénéfices économiques obtenus entre 2009 et 2012 ont été canalisés vers le 1 % le plus riche du pays. Ce 1 % capte aujourd’hui plus du cinquième du revenu national. Et Stiglitz conclut : « nous sommes devenus le pays avancé avec le niveau le plus élevé d’inégalité, avec le plus fossé entre riches et pauvres. »

Le recensement des États-Unis d’Amérique, dans un nouveau rapport économique, a enregistré que presque tous les bénéfices économiques depuis la fin de la grande récession se sont concentrés dans la couche la plus riche du pays. Depuis la fin de cette crise en 2009, les 5 % les plus riches, ont récupéré leurs pertes et ont obtenu en 2012 des revenus presque équivalents à ceux qu’ils avaient avant la récession. Mais les 80 % d’en bas gagnent bien moins qu’avant. Tandis que, il y a 36 ans, 11.6 % d’étasuniens étaient officiellement classés comment pauvres. En employant la même formule pour mesurer la pauvreté, qui présente un calcul très conservateur, le chiffre est aujourd’hui de 15 %, et plus d’un enfant sur cinq (21.8 %) vit dans la pauvreté, selon des chiffres officiels.

L’essence du rêve americain (us) est un échec ; ce rêve repose simplement sur le fait que chaque génération jouira d’une meilleure situation économique que la précédente. Mais selon les nouvelles données du recensement, pour la majorité des étatsuniens il y a eu un progression économique nulle dans les 25 dernières années, c’est à dire, toute une génération. Le foyer moyen affiche comme revenus un peu plus de 51 000 dollars par an [37 761€ avec lequel le foyer doit tout payer : retraite, complémentaire santé, éducation, impôts divers, etc, etc], presque le même montant qu’il y a 25 ans.

Tous les hommes politiques, y compris Barack Obama et ses prédécesseurs, affirment toujours qu’ils sont les champions de cette classe moyenne, le supposé bastion économique et social des États-Unis d’Amérique. Cependant, tous ces hommes politiques ont mis en place des politiques qui continuent de détruire ce bastion.

La semaine dernière le pays a fêté le cinquième anniversaire de la pire crise économique depuis la grande dépression, et Obama a prétendu défendre le sauvetage par l’Etat de Wall Street et de l’industrie automobile comme des parties fondamentales de sa stratégie de réussite pour stabiliser l’économie et pour générer de la croissance et de l’emploi, et, bien qu’il ait reconnu qu’une grande inégalité économique persiste dans ce pays, il a refusé d’assumer la responsabilité de l’avoir accélérée. En fait, il désirait récompenser son conseiller économique favori, Lawrence Summers, avec le poste de président de la Réserve fédérale (Fed), après avoir affirmé que sa sagesse et son leadership ont aidé à sauver l’économie de la crise. Summers a du retirer sa candidature devant une vague croissante de rejet à son égard, en partie parce que certains se rappellent bien que ce fut l’un des architectes de la crise ; en tant que Secrétaire du Trésor du président Bill Clinton, il avait annulé une loi issue de la grande dépression, dessinée pour maintenir la séparation entre la banque d’épargne commerciale et la banque d’investissement. Le résultat a été la création de mégabanques et déclenchement d’une spéculation sauvage, qui ont mené à la crise financière actuelle.

Cette crise financière a été, sans doute, la plus grande fraude de l’histoire, dans laquelle les mensonges, les tromperies et les manipulations illégales ont été amplement répertoriés et prouvés. Pas un seul dirigeant ou banquier chargé de générer cette crise, c’est-à-dire de détruire 8 millions de postes de travail, de laisser des millions de personne sans logement, d’augmenter la pauvreté et plus, a été désigné responsable. Pas un seul n’est en prison aujourd’hui. Au contraire, ils rient et jouissent des bilans de leurs exploits. Ils n’ont jamais été aussi bons. Ils demandent, et avec entière raison : qui a dit que ce système ne fonctionne pas ?

Stiglitz, dans un discours récent devant la centrale ouvrière AFL-CIO, a rappelé que « cette inégalité n’est pas inévitable … ce n’est pas le résultat des lois de la nature, ni des lois économiques. Plutôt, c’est quelque chose que nous créons, par nos politiques, à travers ce que nous faisons. Nous créons cette inégalité, nous optons pour elle, avec les lois qui ont affaibli les syndicats, qui ont érodé notre salaire minimum à ses niveaux les plus bas en termes réels depuis les années 50, avec les lois qui ont permis aux dirigeants exécutifs de capter un plus grand morceau du gâteau patronal », entre d’autres choses, tandis que chaque fois il y a plus de besoins essentiels dont on ne s’occupe pas, de l’infrastructure à l’éducation et l’emploi, a-t-il affirmé. Il a souligné que « notre démocratie est en danger. Avec l’inégalité économique vient l’inégalité politique… au lieu d’un gouvernement du peuple, nous retournons vers un gouvernement du 1 % ». Et de conclure que seulement les travailleurs, dans une alliance avec les différents secteurs du 99 %, peuvent inverser tout cela et retrouver la démocratie politique et économique dans ce pays.

David Brooks pour La Jornada

La Jornada. New York, le 23 septembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 25 septembre 2013.

 

 

Très intéressant texte aussi, traduit par Résistance 71, concernant Ce bon vieux et omniprésent Larry  (Summer)... vous vous rappelez, ce directeur du FMI qui trouvait de toute bonne logique économique de placer les industrie polluantes là ou les gens ont moins de valeur,  le conseiller dès la première heure d'Obama ! Et vous ? Où vous situez vous dans l'échelle de "valeurs" de Larry ?

Crise économique planifiée et impérialisme: Obama l’homme de Goldman Sachs…

OU  Larry Summers: Goldman saqué (sacked)

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:15

 

 

L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique

« Il faut sortir du capitalisme »

 

L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique, dit le journaliste français Hervé Kempf

 

Les preuves de la gravité des crises environnementales ne cessent de s’accumuler et militent clairement pour une sortie du système économique capitaliste, basé sur une croissance prétendument infinie. Une vérité qui dérange les intérêts financiers qui possèdent les grands médias de la planète, estime le journaliste et écrivain français Hervé Kempf.

« Nous sommes dans un système économique qui a eu un succès et des qualités, mais c’est maintenant un système qui entre en contradiction avec la nécessité de rétablir un équilibre entre l’activité humaine et les régulations de la biosphère. En fait, le conflit est très fort. Donc, le capitalisme n’a plus d’avenir. C’est une idée morte. Il est temps de passer de la larve capitaliste au papillon écologiste. »

Témoin de l’évolution des problématiques environnementales depuis près de trente ans, il estime que le fait de traiter de ces questions, en tant que journaliste, conduit pour ainsi dire naturellement à poser la question de la remise en question du capitalisme. « Si on raconte la question environnementale de façon attentive, on arrive au constat que le système économique actuel non seulement ne résout pas les problèmes, mais les aggrave. Or, il se trouve que le système actuel, c’est le capitalisme. Donc, un journalisme environnemental conséquent conduit à poser la question du système économique. »

Comment, par exemple, cautionner les impacts environnementaux de l’exploitation des sables bitumineux, au nom de la croissance économique et de la profitabilité d’entreprises ? « Je suis allé sur place, à Fort McMurray, j’ai fait des reportages sur le sujet, souligne M. Kempf. C’était sidérant. C’est un désastre environnemental incontestable. D’un point de vue environnemental, c’est inacceptable. Mais il y a aussi d’autres points de vue que le point de vue environnemental. Il peut y avoir un point de vue économique. Mais pour un journaliste en environnement, tous les faits, le discours des scientifiques et les analyses nous démontrent que c’est indéfendable. »

Le même constat vaut pour les conséquences du consumérisme effréné qui caractérise les pays occidentaux. La somme des indicateurs environnementaux met en lumière le fait que notre mode de vie ne peut s’étendre à l’ensemble de l’humanité sans compromettre irrémédiablement la vie sur terre. C’est d’ailleurs le constat auquel il arrive dans son dernier ouvrage, intitulé Fin de l’Occident, naissance du monde. Hervé Kempf y souligne que la tendance mondiale vers une forme d’homogénéisation de la consommation matérielle et énergétique pose de sérieux risques environnementaux.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat doit d’ailleurs confirmer vendredi, dans un rapport très attendu, que la crise climatique est extrêmement sévère. Son président, Rajendra Pachauri, a déjà prévenu au début du mois qu’il est maintenant « minuit moins cinq » pour tenter de trouver une issue viable aux bouleversements climatiques.

Une vérité qui dérange

Or, le fait de rappeler constamment les échecs du système actuel dérange. « Ça peut ne pas plaire à certains intérêts économiques, notamment ceux qui possèdent les journaux, mais c’est la vérité », laisse tomber le journaliste. Il ne s’étonne d’ailleurs pas que les médias couvrent peu, ou alors mal, les questions environnementales. Même le prestigieux New York Times, rappelle Hervé Kempf, a aboli son service consacré à ce secteur.

« Qui possède les grands médias ?, lance-t-il. La question est aussi simple que cela. Les grands médias, les plus influents, sont possédés par des intérêts économiques, des gens qui disposent de beaucoup de capitaux. Ils veulent se servir de leurs médias pour servir leurs intérêts. Or, le suivi attentif des questions écologiques, à un moment, remet en cause le point de vue des intérêts économiques, qui est le point de vue néolibéral, l’obsession de la croissance, etc. »

Lui-même vient de quitter Le Monde, où il couvrait le secteur environnemental depuis 1998. « Je suis parti parce qu’on m’empêchait de faire du journalisme environnemental sur [le projet aéroportuaire controversé] Notre-Dame des Landes. » Il juge que la direction du quotidien, passé en 2010 aux mains d’intérêts financiers multimillionnaires, a voulu le museler.

Certains lui reprochent cependant de franchir la mince ligne entre le journalisme et le militantisme environnemental. « Je lis The Economist, le Wall Street Journal, Les Échos, etc., réplique Hervé Kempf. Ils ont un point de vue extrêmement marqué que je trouve totalement idéologique. Ces journaux sont des médias engagés, militants et idéologiques. »

« S’ils le reconnaissent, je peux bien dire que j’ai la conviction que la question écologique est fondamentale à l’époque où nous vivons. C’est la question la plus importante parce qu’il y a un enjeu de maintien de la possibilité, pour les sociétés humaines, de vivre dans la dignité et l’équilibre. Si on laisse la crise écologique s’aggraver, on va aller vers un désordre des sociétés humaines. »

Alexandre Shields pour le Devoir

Le Devoir. Montréal, Canada, le 23 septembre 2013.

Hervé Kempf en cinq dates :
1957 : Naissance d’Hervé Kempf.
1992-1995 : Responsable de la section « Sciences » à Courrier international.
1998 : Journaliste en environnement au quotidien Le Monde.
2007 : Publication du livre Comment les riches détruisent la planète.
2013 : Il quitte Le Monde, se disant victime de censure.

 

Source : L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique - El Correo

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 10:38

 

 

Alors  que les Présidents d’Iran et des USA se renvoient la balle quand il est question de savoir qui a sollicité le coup de fil qualifié d’historique qui signifie le début d’une détente possible entre ces deux pays et donc dans le monde.

Alors que les gardes du corps de Rohani doivent jouer du parapluie pour le protéger de jets de chaussures et d’œufs à sa descente d’avion en Iran. Tous ne sont pas satisfaits de ce rapprochement. Les mécontents clament leur haine d’Israël et des USA.

Alors que les haineux en chef de la Grèce et leur leaders sont en mauvaise ? posture en Grèce, arrestation du leader et de plusieurs députés d’Aube Dorée pendant que des transferts, mise à pieds et autres mesures sont prises pour tenter de démanteler leur réseaux au sein des forces de l’ordre. Mauvaise ? Nous verrons bientôt de quelle est force de soutien populaire de la Bande de Criminels Organisés Aube Dorée.

Pendant ce temps, l’ONU, adopte une proposition du Pérou, de ‘Equateur et de Costa Rica, 42 pour, 4 abstentions et 1non  (mais où sont donc tous les autres ?).

Livrer des armes dans des situations de conflit armé est désormais interdit. Voilà qui ne va pas faire plaisir aux marchands de mort, qui ont un peu trop tendance à se fabriquer des marchés à coup de conflits fabriqués de toutes pièces.

Pendant cette AG de l’ONU, les USA ont reçu des leçons d’éthique venues des quatre coins du monde. Cette fois plus de leadership incontesté, mais bien le bonnet d’âne de mauvais élève à l’école de la Paix que devrait être les Nations Unies. Et cette mesure d'interdiction de livraison d'armes qui frappe le coeur de leur économie de guerre.

Je ne vais pas reprendre ici la liste de tous les discours, propositions culminant avec celle de Morales qui propose la création d'un tribunal des peuples pour juger les crimes de lèse-humanité d'Obama et consorts, pour la première fois à l'ONU ce sont les USA qui ont occupé la place du mauvais élève sommé de réformer ces comportements.

J’ai lu hier soir le programme de politique extérieur de Vladimir Poutine, un document incontournable pour comprendre la politique Russe dans le contexte de transformation des rapports de force mondiaux et l'avenir de l'Europe. Oups ! Après lecture je me réjouis de voir que l’Amérique Latine a marqué cette Assemblée en démontrant sa cohésion de pôle multipolaire d’un NEW « Nouvel Ordre Mondial » en gestation. Aussi "irréprochable" que soit le discours de Poutine, je ne puis manquer de frissonner à sa vision d’une Grande Europe « Russophile ».

Vous pouvez lire la totalité de ce programme ici :

La Russie et l’évolution du monde | Vladimir Poutine explique sa politique étrangère (1ère partie)

La Russie et l’évolution du monde | Vladimir Poutine explique sa politique étrangère (2ème partie) 

En substance : Poutine s’érige d’emblée comme le défenseur du Droit International contre les abus belliqueux de l’OTAN. Politique belliqueuse, agressive, interventionniste et expansionniste dont il stigmatise le caractère obsolète et contreproductif dans l’établissement d’un NOM vision Russe de ce concept. Une vision apaisée des rapports mondiaux, à première vue, oui mais à quel prix pour le monde et à quel prix pour l'Europe…

Ce qui m’interpelle c’est que finalement l’Europe semble être devenue enjeu passif d’une lutte entre deux puissances et qui suivra le gagnant. Ce n’est pas une perspective agréable, dans tous les cas de figure la perte de souveraineté est manifeste.

 

Voici ce qu’en dit Poutine :

La Russie est une partie intégrante et organique de la Grande Europe, de la civilisation européenne au sens large du terme. Les citoyens russes se considèrent comme des Européens. Nous sommes loin d’être indifférents à l’évolution de l’Union européenne.

C’est la raison pour laquelle la Russie initie la transformation de l’espace situé entre les océans Atlantique et Pacifique en une entité économique et humanitaire unifiée que les experts russes qualifient d’Union de l’Europe et qui renforcera davantage les moyens et les positions de la Russie dans le cadre de son revirement économique vers l’"Asie nouvelle." 

Dans le contexte de l’essor de la Chine, de l’Inde et d’autres économies émergentes, les chocs financiers et économiques qui secouent l’Europe, auparavant oasis de stabilité et d’ordre, ne nous laissent pas indifférents. La crise de la zone euro concerne forcément la Russie, étant donné avant tout que l’Union européenne est le plus grand partenaire économique et commercial de notre pays. Il est évident que la situation en Europe est largement déterminante pour les perspectives de développement du système économique mondial dans son ensemble.

La Russie a activement rejoint les mesures internationales visant à soutenir les économies européennes en difficulté, elle participe constamment à la prise de décisions collectives au sein du Fonds monétaire international (FMI). La Russie n’exclut pas en principe la possibilité d’offrir, dans certains cas, une aide financière directe.

Néanmoins, j’estime que les injections financières en provenance de l’étranger ne peuvent constituer qu’une solution partielle. Le règlement intégral du problème nécessite des mesures énergiques systémiques. Les dirigeants européens sont confrontés à la nécessité de mettre en œuvre des réformes d’envergure visant à remanier foncièrement plusieurs mécanismes financiers et économiques destinés à assurer une véritable discipline budgétaire. La Russie a intérêt à avoir affaire à une Union européenne forte, correspondant à la vision de l’Allemagne et de la France, car nous souhaiterions concrétiser le puissant potentiel de partenariat entre la Russie et l’UE.

L’interaction actuelle de la Russie avec l’Union européenne n’est tout de même pas à la hauteur des défis mondiaux, avant tout sur le plan du renforcement de la compétitivité de notre continent commun. Je suggère de nouveau qu’un effort soit fait afin de créer une communauté harmonieuse d’économies entre Lisbonne et Vladivostok. Et à terme, il s’agit de créer une zone de libre-échange, voire des mécanismes encore plus sophistiqués d’intégration économique. Cela nous permettrait de bénéficier d’un marché commun continental se chiffrant à plusieurs milliers de milliards d’euros. Se trouve-t-il des gens pour douter que ce serait une excellente idée et que cela correspondrait aux intérêts des Russes et des Européens ?

La question est posée. Doutons-nous ? Est-ce l’intérêt des peuples d’Europe, sous quelles conditions, selon quelles modalités. Allons-nous changer de maîtres où nous poser en co-auteurs de nouveaux scénarios qui impliquent une réelle  multipolarité et non de nouvelles formes d’hégémonie de grandes puissances dans leur partage du monde ?

Qu’entend Poutine par des « mesures énergiques systémiques ». De quoi est-il question quand il parle d’une « véritable discipline budgétaire » ? Pourquoi quand je lis « notre continent commun » cela évoque pour moi «cette « arrière-cour » réactivée par Kerry, notion liée à celle d’hémisphère occidentale, le  continent Américain sous commandement US de la doctrine de Monroe.  Autant de questions que les renversements de rapports de force mondiaux qui se produisent rendent d’actualité. Allons-nous cette fois encore être les sujets passifs d’une autre sorte d’Europe qui se fera au-dessus de nos têtes ?

Je vais en rester là… mais ce thème est à méditer, comme est à méditer l’évolution du multi pôle latino qui a prouvé à l’ONU que ce continent pouvait soutenir des positions communes sans qu’aucune nation n’y domine les autres. Un chemin dont s’inspirer si nous voulons sortir de l’Impasse des Dominés, un chemin qui avec ses avancées (et ses erreurs) ouvre vers d’autres possibles que celui d’un monde faisant l’objet de partage d’influence entre grandes puissances dominantes. Un modèle qui se fonde non sur une mesure de compétitivité au service de la rentabilité des "patrons" mais bien sur des complémentarités mise en œuvre dans l’optique du bien être de peuples souverains. Il y a du chemin à faire en Amérique Latine aussi, mais si j’ai un souhait à formuler, c’est que demain les peuples d’Europe deviennent eux aussi actifs, et à l’avant-garde de l’invention de ce « bien-être » des peuples de la Terre.

Réveillez-vous !

Anne W

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 18:42

 

Un texte qui exprime bien mieux que je ne pourrais le faire cette inquiétude croissante que je ressens face à l'évolution économique de l'ensemble de l'Amérique Latine.

En ce moment doit se voter une nouvelle loi des semences au Venezuela. Le Venezuela de Chavez, était un Venezuela sans OGM, donnant priorité aux moyens de la souveraineté alimentaires et aux semences locales, s'appuyant sur la Via Campesina comme conseillère. Ce projet semble péricliter, être condamné, des voix s'élèvent au Venezuela pour interpeller Maduro à ce sujet, mais je n'ai pas trouvé de sa part ou de la part de son gouvernement de réponse à ces questions qui concerne la protection des semences, le développement de la souveraineté alimentaire, le développement de commune agricoles d'agriculture traditionnelle.... Beaucoup à dire mais qui demanderait un immense travail pour rassembler les données sur tous le continent Sud.


Nous constatons aussi que cette ruée extractiviste atteint l'Europe, comme si les trnasnationales voulaient se dépécher de vider à jamais de leurs ressources les veines tailladées de la planète Terre.

 

 

Ruée vers l’or extractiviste en Amérique latine

 

extrativisme

La fuite en avant extractiviste de la presque totalité des pays d’Amérique latine ne cesse de s’amplifier. À tel point que le thème s’est invité au 9e sommet des chefs d’état de l’Alliance bolivarienne des Amériques (ALBA), tenu à Guayaquil, en Équateur, du 28 au 30 juillet dernier.

Dans leur déclaration finale, les présidents des neuf pays membres (les plus à gauche de l’Amérique latine : Cuba, Venezuela, Bolivie, Équateur, Nicaragua, etc.) prennent la peine de rejeter « la position extrémiste de groupes déterminés qui, sous le mot d’ordre d’anti-extractivisme, s’opposent systématiquement à l’exploitation de nos ressources naturelles ».

Deux semaines plus tard, le 15 août, le président équatorien, Rafael Correa, mettait fin au moratoire pétrolier dans le parc national Yasuni, moratoire en échange duquel Quito demandait à la communauté internationale une compensation de 3.6 milliards de dollars, soit la moitié des revenus que l’exploitation pétrolière aurait rapporté au gouvernement.

>Le président a accusé d’hypocrisie les pays riches qui profitent de la biodiversité du parc Yasuni, mais refusent de payer pour sa sauvegarde. Il a certainement raison, mais l’hypocrisie tombe bien car, six mois auparavant, le gouvernement équatorien avait conclu des accords d’investissements pétroliers records d’une valeur de 1,7 milliard de dollars!

Le 12 juillet, le président bolivien, Evo Morales, annonçait un projet de loi soustrayant les activités de prospection et d’exploration minières à l’obligation de consultation préalable auprès des populations indigènes prévue dans la Constitution du pays.

De plus, le projet limite à quatre mois le processus de consultation préalable pour le volet exploitation et stipule que, si, au bout de ce délai, une communauté n’est pas parvenue à un accord (et on sait combien les compagnies minières peuvent diviser une communauté!), la décision d’implanter un projet minier revient au ministère des Mines.

En Argentine, la présidente Cristina Fernandez annonçait, le 16 juillet, un important accord avec nulle autre que la transnationale états-unienne Chevron, la même qui, aujourd’hui, dépense 400 millions de dollars et emploie 900 avocats pour renverser une sentence des juges équatoriens la condamnant à verser des milliards de dollars à l’Équateur pour avoir affecté la santé de 30 000 personnes en déversant 63 milliards de litres d’eau toxique en Amazonie.

Le gisement pétrolier de Vaca Muerta, dans la province de Neuquen, est concédé à Chevron pour 35 ans alors que la Constitution argentine limite la durée des concessions minières à 25 ans. À la fin de ces 35 ans, explique le journaliste argentin Facundo Gutierrez Galeno, Chevron aura investi 8,25 milliards de dollars, mais aura récupéré 61,3 milliards pour une rentabilité minimale de 742%!

La présidente a aussi récemment conclu un accord avec Monsanto pour la création d’une «semence transgénique nationale de soja» et mis son véto à une loi de protection des glaciers jugée trop radicale.

En 2002, au début de l’ère des Kirchner, il y avait 18 projets miniers dans le pays contre 614 en 2011!

Depuis le 7 juillet, les paysans et petits producteurs agraires de presque toutes les provinces colombiennes ont mené sans interruption une « grève agraire nationale » contre l’ensemble de l’œuvre du gouvernement Santos, incluant son projet principal de «locomotive minière» de l’économie colombienne.

Au cours des vingt dernières années, plus d’un million de paysans ont été déplacés par la violence étatique et paramilitaire en Colombie, pour faire place à des projets extractivistes.

Au Mexique, le président du PRI Enrique Pena Nieto envoyait au Sénat, le 12 août, un projet réformant les articles 27 et 28 de la Constitution mexicaine pour «ouvrir le secteur énergétique (pétrole et électricité) au capital privé national et étranger».

L’ouverture concerne au premier chef la pétrolière PEMEX, nationalisée en 1938 par le président Lazaro Cardenas, et qui, selon l’anthropologue mexicain Arsinoé Orihuela, finance le tiers des dépenses publiques actuelles du gouvernement mexicain.

Cette réforme a une seule fin, écrit Orihuela: « Le transfert à des firmes privées étrangères de la puissance, de la propriété et de la rente qui, constitutionnellement, appartiennent à la nation. Cela poursuit le processus historique monumental de dépouillement des ressources naturelles, territoriales (Californie, Texas, etc.) et humaines du Mexique ».

Partout ailleurs, l’extractivisme prend les airs de ruée vers l’or.

Au Pérou, le président Humala doit concrétiser un pacte d’investissements miniers d’une valeur de 60 milliards de dollars conclu avec la puissante oligarchie de ce secteur.

Au Guatemala, nous dit le Projet Accompagnement Québec-Guatemala, les concessions minières sont passées, entre 2005 et 2013, de 111 à 379, alors que 656 autres demandes sont en attente de traitement par le gouvernement. Même le gouvernement haïtien de Michel Martelly prépare une «loi attrayante» pour attirer les investisseurs du secteur minier.

Selon la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine), 71.2% des exportations de toute l’Amérique latine provient aujourd’hui des secteurs énergétique (44,5%) et minier (26,7%).

Les initiatives d’extraction ou de monocultures ont de forts impacts sur la vie des populations là où elles s’implantent, générant de nombreux conflits sociaux. Le 31 mai 2013, l’Observatoire des conflits miniers en Amérique latine (OCMAL) en dénombrait 172, répartis dans dix-huit pays de la région et, cela, pour le seul secteur minier.

Dans les pays progressistes, dit le sociologue vénézuélien, Emiliano Teran Mantovani, les politiques assistancialistes de redistribution de la richesse sont financées par l’extractivisme. Elles amènent la modernité capitaliste (autoroutes, centres d’achat, mode de vie et valeurs consuméristes) dans de nouveaux territoires, dissolvent communautés, savoirs, cultures, économies ancestrales, etc., et découragent fortement les économies productives.

L’augmentation de la consommation et de l’individualisme qu’apporte l’extractivisme est une bombe à retardement qui a commencé d’exploser dans des pays comme le Venezuela et l’Argentine, où une importante partie de la population est prête à voter pour l’opposition de droite à la moindre difficulté économique réelle ou inventée que traverse le pays.

Malgré une décennie de soi-disant rupture avec le néolibéralisme, continue Mantovani, tous les gouvernements de la région sont plus que jamais en position de grande dépendance envers les exportations de ressources naturelles non transformées.

Non seulement les pays d’Amérique latine se font-ils déposséder de richesses, dont leur population aura grand besoin plus tard, mais en confiant une importante partie de leur économie à des transnationales étrangères et en s’insérant toujours davantage dans la globalisation capitaliste, ils deviennent vulnérables à toutes sortes de chantages.

Mantovani donne l’exemple des pénuries alimentaires qui touchent le Venezuela. Celles-ci sont d’autant plus facilement orchestrées par la droite, soutient-il, que le pays ne produit pas la plupart des aliments qu’il consomme et importe ceux-ci de l’étranger.

De plus, l’embellie causée par les prix élevés des ressources naturelles a déjà commencé à décliner, tirant vers le bas les taux de croissance des pays de la région. Or, ces pays n’ont prévu aucune alternative aux importantes baisses de revenus provenant de l’extractivisme!

On s’attend certes à cela de régimes néolibéraux qui pensent à court terme (Colombie, Mexique, Pérou, Chili, etc.) mais, dans le cas des gouvernements populaires, on ne peut manquer d’être complètement abasourdi par un manque de planification aussi suicidaire.

André Maltais

Source :
Ruée vers l’or extractiviste en Amérique latine | Mondialisation

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