30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 19:20

 

  7 décembre 2013
Commune Agro-écologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

Commune Agroécologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Azulita: les yeux ne suffisent pas à embrasser tout le paysage en fleur. Ici, quelque part entre le Catatumbo et le Páramo doit régner certaine magie, certain secret réservé à ses  millions d’oiseaux migrateurs. C’est l’heure de la flamme sous le café du matin, le début de cette histoire. Celle de ceux qui croient dans leurs mains.

Ainsi de Julio Mota, au verbe insurgé de toujours mais calme, de celui qui sait qu’il fait partie d’un mouvement vital, irréversible. Lui, sa compagne et leurs deux gosses, ont décidé de fuir la ville pour se submerger dans la montagne, à la lueur d’une bougie. Remplir ce vide que nous traînons depuis tant d’années,  nous les victimes de l’aliénation de Cosmopolitan, ”se retrouver de nouveau face au fait d’être homme et femme, je crois que tout commence par là, c’est un des grands apprentissages que nous a transmis ce retour à la terre. Nous avons dû tout reprendre à zéro, cela revient à renaître comme enfant car les gens d’ici possèdent des conditions physiques et spirituelles exceptionnelles, nous avons dû apprendre d’eux.”

A la différence d’autres villages ruraux, La Azulita présente une particularité : ex-refuge de hippies, libre-penseurs et bohèmes des années 70, elle accueille aujourd’hui la vague de ceux qui veulent échapper à la logique urbaine imposée par le modèle pétrolier. A force d´apprendre à réapprendre ils ont inventé une Commune : “El Tambor” …

ComunaElTambor_01Comment naît une politique “autre” ? En quoi se différencie la production agricole communale de celle implantée au Venezuela depuis le siècle passé ? Qu’est-ce qui nous rend différents ? Est-ce la seule propriété de la terre ou un changement de paradigme ? Le fameux “développement” est-il cohérent avec une autre proposition politique ? Ces questions surgissent dans la conversation entre les communard(e)s de “El Tambor” : les espaces de récupération de la culture du café et d’autres plantations ne parlent pas seulement d’une production pragmatique d’aliments mais d’une vision en profondeur de l’histoire nationale, de la critique de la culture de l’exploitation de la nature et de l’humain, destructrice et arrogante, propre du capitalisme, dilemme toujours brûlant dans ce pays en pleine transformation.

Ce furent toujours les mêmes paysans qui ont semé le café. Ils se sont faits vieux et les plants aussi… La terre est morte d’être exposée sans fin à la monoculture et aux agents toxiques inclus dans les semences industrielles et commerciales. Pour quatre sous et au prix d’un épuisement historique, en échange de l’exode et de l’honneur de leurs propres enfants, ils ont rempli les entrepôts des industries de traitement, héritages des fils de la bonne bourgeoisie “nationale”. Ensuite sont venus les éleveurs pour occuper les meilleures terres avec leur bétail, la où naissent les sources, aujourd’hui polluées par les bouses de vaches; les arbres exterminés, la vie exterminée pour garantir la présence de la viande dans les rayons de supermarchés. "Les lits des rivières sont totalement abîmés par l’élevage, toutes ces parties râpées que tu vois dans la montagne sont l’effet de l’élevage extensif; ils râclent la terre, la retournent et cela produit l’érosion. La totalité de la municipalité Andrés Bello est zone ABRAE, Aire sous Régime d’Administration Spéciale: tout ce qui n’entre pas dans le Parc National est zone ABRAE de type 2, c-á-d. soumise à de fortes restrictions, et l’une ou l’autre zone est ABRAE de type 3, qui permet l’impact de l’élevage mais de manière contrôlée. Mais cela n’est pas respecté." ComunaElTambor_04C’est à la Commune aujourd’hui de tout mettre sur la table. Ce débat est un exemple de sa position rebelle. Dépasser la vision du développement pur n’est pas simple au coeur d’un processus bolivarien où survivent de grandes contradictions entre la rentabilité et l’autonomie populaire. Du point de vue des communards, le thème n’est pas de produire de plus en plus de tonnes d’aliments mais de quelle manière on les produit, pourquoi et pour qui; nous semons pour nous alimenter ou pour accumuler du capital ? Ces compagnons proposent par exemple la culture du café sous ombre, et l’usage d’engrais produit par la communauté elle-même; bien sûr cette culture est plus lente mais elle ne tue ni le paysan ni sa terre parce qu’elle lui permet de semer tout autour, et en harmonie, des bananiers, des framboisiers, des plantes médicinales.

“Nous proposons d’autres manières de cultiver les légumes, nous travaillons sur quatre unités productives comme celle-ci, la plus petite, avec la production de viviers multiples : forestier, frutiers, ornementaux, d’engrais organique, légumes cultivés sous protection. Le “convite", ou échange de travail contre travail, est la manière d’appliquer cette autre politique basée sur une vision agroécologique, “la symbiose être humain-nature, la nature vue non comme un simple objet de production mais comme un monde où la participation humaine ne signifie plus la destruction. Ces unités productives auront un impact tant visuel que quotidien: démontrer à d’autres petits producteurs qu’on peut récolter le café sans investir en main d’oeuvre extérieure – ce qui augmente les coûts de production – mais en nous unissant entre producteurs et en travaillant en commun..

Et comme l’activité économique du village paysan veut aller au-delà de la fourniture de matière première à l’industrie, les Conseils Communaux se sont proposé de construire un centre de stockage et de torréfaction en vue de commercialiser du café, ce qui garantit d’autres formes de travail et une participation de la communauté à l’autogestion. Dans cet espace fonctionne déjà la salle de bataille sociale et un centre de déshydratation et de conservation de fruits. Cette initiative vise à pratiquer le tourisme rural communautaire : un échange de savoirs, de travail et d’expériences entre organisations sociales comme le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Brésil) avec lequel ont été nouées des relations de solidarité et d’égalité. Ici les producteurs naissent sous un plant de café et meurent sous un plant de café. “Nous voulons offiir la possibilité de migrer vers les secteur secondaire et tertiaire de la commercialisation et de la distribution de sa propre matière première, ce qui va nous apporter une énorme valeur ajoutée économiquement parlant, mais aussi en termes d’organisation. Nous ne croyons pas qu’un pays puisse se développer sur la seule base de la production de matière première, il faut investir des ressources dans le traitement de ces matières premières. D’abord nous regrouper comme organisations et ensuite permettre aux producteurs de croître, de se transformer progressivement. Pour nous les espaces de travail sont les plus propices à la transformation.”ComunaElTambor_09Marisol Fernández, Alberto Cruz et Mina la grand-mère nous expliquent, sourire aux lèvres, que l’expérience des viviers a changé leur vie, car c’est là que s’est concrétisée la possibilité de l’agriculture collective, des soins de la terre comme de la vie elle-même, de l’apprentissage permanent. Neuf femmes et leurs enfants mènent ce travail quotidien sur ces quelques mètres carrés ruraux réhabilités, et les voisins observent, pour voir si au bout de trois mois, sans rapporter de gain chez elles, sans pesticides, à force de volonté pure, elles réussiront à récolter la première production de légumes. “Le plus difficile, c’est le démarrage, mais ici nous disposons de compost, de lombriculture, de vivier de plants de café, de plantes d’ornement et cela a rapporté des ressources pour l’autogestion. Les premiers bénéficiaires de ces aliments sont les gens d’ici, nos enfants participent aux semailles, ils ont semé leurs propres plantes. Nous sommes ici pour tenter de vaincre l’idée reçue que rien ne peut se faire sans produits chimiques, il faut prêcher par l’exemple."

Plus haut, perdue dans la brume, il y a Ciudad Fresita. Là-haut, la commune construit un autre espace pour les semailles et pour le travail, dans ce cas pour l’artisanat. C’est ce que nous explique un homme aux allures de lutin, Mika, comme on le nomme ici. Il joue le rôle du professeur et construit avec ses apprentis cet espace de forme circulaire, fait de terre et de bois de la zone. Lui aussi est arrivé ici en quête de quelque chose.

Pendant ce temps à Petare… (État de Miranda)

comuna 2

comuna 3“Quel travail ! Toute la semaine de réunion en réunion pour nous mettre d’accord, toi tu fais ça, moi je m’occupe de ça… “ Le centre de vote vient d’ouvrir. Chacun des membres de ce bureau a reçu une formation du Conseil National Électoral. Une question : “la communauté viendra-t-elle, approuvera-t-elle le projet de créer une commune ?”

A 7h15 les premiers voisins sont apparus. Petit à petit. “Approuvez-vous la création de la charte fondatrice de la Commune ?” Deux cases seulement : “Oui”. “Non”.

Vu d’en haut les collines de Petare sont une immense marée de peuple. Vu d’en bas, ce sont des files, des urnes, de la musique, des auvents, des textes de loi sous le bras, des Plans de la Patrie 2013-2019  annotés. Ana est sortie quelques minutes du centre de vote pour chercher le soleil, “avant je ne savais pas ce qu’était un maire, un gouverneur, j’ai connu mes voisins à travers le conseil comunal, j’ai beaucoup travaillé avec eux”.

Au même moment les 22 conseils communaux qui ce soir formeront la Commune Alicia Benítez votent eux aussi. Ils ne savent pas encore qu’au même moment, 11 autres communes seront fondées à Petare et que dans l’ensemble du pays on compterait dès demain, lundi 2 décembre, 452 communes.Comuna II e

Comuna II dcomuna 1Le vote s’est déroulé comme prévu, avec les compagnons connus, ceux qui ont donné vie aux “11 modules de santé gratuite du programme “Barrio Adentro” (“au coeur du quartier”), un centre de diagnostic intégral, deux centres de connection Internet communautaires, les six bus du transport collectif communal, une Entreprise de Propriété Sociale de Gaz communal, et le centre de production de chocolat”.

Des jeunes aussi sont venus voter, comme Manuel et Astrid, 18 et 21 ans, membres des Comités de Culture et de Sécurité. Ou John Cisneros, 20 ans, qui enregistre des interviews pour la radio de quartier du Colectivo Radiofónico Petare.

Le soir, les tendances sont irréversibles. La Commune est approuvée. 97% de “oui”. 3459 des 3795 votes exprimés. La commune Alicia Benítez peut commencer à travailler. Un Parlement communal, une Banque Communale… petits pas vers un probable “auto-gouvernement”. Nouvelle réunion à la fabrique de chocolat pour voir si les votes donnent un sens aux années de lutte, si lourdes parfois…

Et vers la mer…. (État de Vargas)

Comuna III a―La commune n’existe pas, c’est une initiative !

Ils nous l’ont dit d’emblée, dès notre arrivée.

―Ce n’est qu’hier que nous avons eu notre première session extraordinaire du parlement communal.

Dans la commune naissante “Cacique Guaicaipuro” on ne se raconte pas d’histoires. On sait que le travail difficile commence. “Oui, des temps difficiles” insiste Leandro Rojas. Il y aura le travail électoral à maintenir dans le secteur de Caraballeda, dans cette géographie qui couvre l’espace communard (avec l’activation de 30 conseils communaux) et tout le temps est englouti par les difficultés de créer une organisation et une production authentiques. Mais : “nous avons un esprit collectif suffisant pour monter la commune”.

Caraballeda. Soleil implacable sur des plages et des montagnes, sur des immeubles de classe moyenne qui se mêlent à présent aux logements publics de la Gran Misión Vivienda Venezuela. Les militants actifs de la commune, les pauvres du secteur, tentent de récupérer le territoire “accaparé par les bourgeois de Caracas qui viennent passer la saison dans leurs appartements”. Ils se réunissent tous les mardis à 16 heures : ils traitent les problèmes des différentes communautés qui jouent un rôle dans ce qu’on appele depuis peu les “gouvernements de rue”.

Maintenant ils peuvent se réunir dans leur salle de bataille “Luisa Cáceres de Arismendi”, un espace qui était aux mains du privé jusqu’au 20 août. L’occupation de ce lieu s’est faite avec l’appui des institutions. Mais ils sont rebelles à toute idée d’”assistentialisme, une culture politique qu’il faut briser” explique José Calero sans crainte; “ensemble on réussira”. L’espace fait face à la plage Alí Babá, quelle chance ! Il fait frais quand souffle au moins un peu de vent mais aujourd’hui le soleil ne pardonne pas.

comuna III bMaintenant ils ont ce lieu fixe de réunion, pour “conspirer” ensemble, avec une bonne expérience en ce domaine: “avant même la commune nous devions travailler ensemble”. Jacqueline Zúñiga est celle qui a la peau noire et le sourire éclatant: “Chávez nous a appelés à construire une autre forme de vie, et nous le lui devons, ne serait-ce que nous organiser. Tout le bien construit dans ces quatorze années m’a ouvert les yeux, parce que j’ai subi la grande tragédie des inondations de Vargas, maintenant mon fils a des possibilités dont je n’ai jamais bénéficié”. Il faut davantage de travail d’organisation mais “nous savons où nous allons”.

Antero Colón parle de la situation scolaire: “Si nous n‘y mettons pas de passion, dans l’idée de forger la commune, nous perdrons face à eux”. Ils sentent ce territoire comme le leur, et il y a une bonne raison à cela.

comuna III cC’est ici qu’en 1560, les indigènes de la vallée de Caracas combattirent l’envahisseur espagnol, hollandais, allemand… Guaicaipuro fut le dirigeant indigène qui réunifia les peuples autochtones face à l’empire espagnol. Les communards connaissent son histoire de martyr écartelé. “C’est dans ces montagnes qu’il campait lorsqu’il fuyait le feu ennemi” raconte Eduardo Álvarez. Ils croient pouvoir projeter son esprit rebelle dans l’action communale. “Le problème de la propriété n’existait pas avant la conquête des terres nôtre-américaines par les européens. Il sont apporté ce concept pervers et l’ont mis en pratique. Guaicaipuro et les siens l’ont refusé, et ont combattu. La mort du premier cacique et la trahison de  Francisco Fajardo ont abouti à la création de Caraballeda comme espace géographique sous l’influence de l’Église catholique et du pouvoir impérial. Nous, nous voulons retrouver les racines communales, démanteler ce vieil espace.”

Ils ont plusieurs idées quant à la viabilité de leur Commune : “Comme nous n’avons pas beaucoup de terre à cultiver, même si nous n’écartons pas cette possibilité, nous pouvons développer le tourisme”. Leandro nomme les différentes Entreprises de Production Sociale (EPS) à l’ordre du jour : machinerie agricole lourde à Caruao; tourisme; stockage. Le plus intéressant du projet est qu’ils pensent non seulement impulser la production locale, mais qu’ils veulent mener un travail en commun avec d’autres communes de l’État de Vargas.

marina-de-caraballedaIls veulent même récupérer la zone portuaire de Caraballeda, qui fait partie du rayon de la commune et appartient à l’État, à Venetur. Le plus curieux de l’affaire est qu’elle est louée au secteur privé pour le seul confort des yachts des riches qui y stationnent. Sur place l’accès aux lieux nous a été interdit par le coordinateur de sécurité qui nous a délogés sans nous permettre de prendre une photo. Le tourisme n’est pas pour tous mais pour ceux qui peuvent payer.

―Mais vous pensez pouvoir concrétiser un modèle de tourisme qui ne devienne pas capitaliste ?

― Il y a une forte base écologique mais tout cela est encore en discussion, répond Eglia Lárez.

― Encore que le concept même de tourisme a été inventé par le capitalisme, parce qu’il s’agit de vendre des services, dit Miguelangel.

La discussion se poursuit, comme toujours dans une révolution.

Une des réussites de ceux et celles qui se sont organisé(e)s en commune à Caraballeda, c’est la communication par le journal, la radio et la télévision commuautaires. Héctor Liendo, l’autre afrodescendant du groupe, est le principal coordinateur de TV Caribe, canal 58 qui émet sur le littoral. “La télévision a été impulsée avec nos propres ressources, combien de sous n’avons-nous investis ces dernières années. Mais maintenant la télévision va adhérer à la commune !”. Il nomme tous les appareils que quiconque travaille dans l’audiovisuel lui envierait. “Et le projet est de produire un programme qui raconte le travail communal que nous réalisons ici”.

“Écrire et diffuser notre histoires est important, pour mener la bataille contre le pouvoir hégémonique de la communication et de la culture. Nous penser, nous les pauvres, comme classe sociale et non comme l’objet du regard de la BBC ou de ESPN. Pour l’heure nous ne pouvons faire beaucoup plus, tant que ne seront pas créées les Entreprises de Production Sociale nécessaires mais en attendant nous formulons les projets d’infrastructure pour obtenir les réponses des institutions” reconnaît Antero. “Comment nous organiser si nous restons rivés à nos individualités ?” rappelle Jacqueline.

comuna III dAuteurs : Aquarela Padilla, Ernesto Cazal et Marco Ferrugi.

Articles publiés sur http://comunaadentro.blogspot.com/

Photos : Verónica Canino

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/07/nouvelles-chroniques-communardes-du-venezuela/

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 00:41

 

Juste pour l'espoir... après tout ce que les étasuniens leur ont fait subir, le vol de leur pays,  la guerre biologique, la destruction massive, la condamnation à la misère; à l'acculturation forcée, ils sont là, ils sont debout, et la mémoire ancestrale les habite.

 

Le réveil des légitimes habitants qui protestent devant le capitole, à Washington - où ils installeront leur tipis penfant quatre jours - contre un projet d'oléoduc, qui devrait joindre les sables bitumeux du Canada avec l'état du Nebraska.


(VIDEO) EEUU: Indígenas estadounidenses protestan contra el oleoducto Keystone XL en Washington

 

 

 

Indios onondaga apelan a OEA para que reconozca que EEUU se quedó sus tierras.

 

Les onondaga en appellent à l'OEA. Ils réclament réparation  pour les dégradations commises contre le milieu ambiant. et pour leurs terres qui leur ont été volées, au Sud de ce qui est devenu New York, dans ce pays construit par le meurtre des habitants légitimes, le vol de leur terre, l'esclavage et la ségrégation

Una tribu indígena reclama como su propiedad parte de la ciudad de Nueva York


Yankees, voleurs de terre, meurtriers fiers d'un pays où la discrimination ethnique régnait encore légalement il y a moins de 50 ans, où de fait elle n'a jamais été abolie, mais qui prétend donner au monde des leçons de démocratie !!! (à l'athénienne sans doute où ni les travailleurs, ni les esclaves, ni les femmes, ni les étrangers n'avaient droit de participer aux délibération de l'Agora, la politique, loisir de la ploutocratie)

Aujourd'hui, c'est la planète entière qu'ils veulent accaparer pour la détruire. ainsi que ses habitants..


HANTA YO !

(tire toi de mon chemin !)

 


 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 23:18

 

Dans les commentaires à cet article, Anne-Marie mettait un lien vers une vidéo qui présente le jardin-forêt des Fraternités Ouvrières de Mouscron, en Belgique.

J'ai déjà parlé des jardins-forêt ici :

Mais c'est vrai que cela faisait un bout de temps déjà que je prévoyais de faire un article consacré à ce magnifique exemple des jardins-forêt en Europe.

Alors je m'y colle un peu plus tôt que prévu !

C'est parti...

Tout d'abord, quelques mots pour dire que les jardins-forêt, ce n'est pas quelque chose de nouveau. Ce n'est pas un concept qui est sorti de l'imagination fertile d'un de nos contemporains ! Cela fait longtemps que plusieurs peuples autour de la planète en cultivent, pour leur plus grand bonheur !

Par exemple : au Kerala (Inde), au Népal, au Sri Lanka, à Java, en Zambie, en Tanzanie, au Zimbabwe et au Mexique.

En revanche, la plupart des personnes à qui j'en parle me répondent que oui, certainement c'est un beau concept, mais pour les pays à climat tropical ou sub-tropical, en tous cas les pays chauds !

Et qu'ici, en France, mis à part peut-être dans le sud du Sud, ce n'est pas tenable sur le long terme, et que même si on a des chances de s'en sortir en été, en hiver ce n'est même pas envisageable...

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pourtant, Robert Hart, un visionnaire, décide d'adapter ces jardins-forêt sub-tropicaux à l'Angleterre ! Une gageure qu'il remporte haut la main, après des années d'efforts... En 1960, il commence à cultiver un jardin-forêt à Wenlock Edge, dans le Shropshire. Petit-à-petit, il adopte une alimentation végétalienne et crue, et remplace donc tous les animaux de la ferme par des plantes. Quelles plantes ?

- des arbres fruitiers

- des arbres à noix

- des légumes verts (dont des plantes sauvages comestibles)...

Bientôt, ses plantations couvrent les 5000 m² de la ferme familiale.

Au niveau du concept, il reprend les bases des jardins-forêts exotiques : 7 couches de végétation, qui permettent sur une petite surface la prolifération de nombreuses plantes qui ne se gênent pas les unes les autres, mais au contraire s'aident mutuellement.

Ces 7 étages sont d'ailleurs ensuite repris par Bill Mollison dans le design permaculturel.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

De nombreuses personnes se lancent elles aussi dans la création et l'entretien de jardins-forêt à travers le monde, toujours avec succès...

Parmi les plus célèbres : Graham Bell, Patrick Whitefield (dont je vous ai déjà parlé du livre, disponible ici), Dave Jake...

Gilbert et Josine Cardon, eux, sont moins connus... Et pourtant, leur expérience est tout simplement exemplaire ! En 1970, alors qu'ils se retrouvent tous les deux sans emploi, ils décident de commencer à cultiver leur jardin de Mouscron pour subvenir à leurs besoins alimentaires.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pour les sceptiques, Mouscron, ce n'est ni sous les tropiques, ni même dans le Sud de la France ! Mouscron, c'est ici, en Belgique :

Au nord de Tourcoing et Roubaix...

Très vite, le couple se prend de passion pour cette manière très particulière de jardiner, et crée l'association des Fraternités Ouvrières, pour promouvoir en Belgique, mais aussi dans le monde (leur action continue par exemple en Amérique Latine), un mode de culture qui permettrait à tout un chacun d'avoir accès à une nourriture biologique et abondante, sans un grand espace, et sans énormément de travail (du moins après les premières années)...

Au bout de 35 ans, leur jardin de 1800 m² est une véritable jungle d'arbres fruitiers, de lianes comestibles et de plantes potagères et aromatiques, qui se resèment toutes seules, dans une fantastique variété et une abondance qui dépasse l'imagination.

Quelques vidéos pour vous faire visiter leur jardin :

Un de leurs "trucs", c'est de planter les arbres très serrés : ils se trouvent ainsi dans ce que Gilbert appelle la "concurrence favorable", leur concentration évitant qu'ils ne se développent en troncs et en branches. Ils restent donc souvent à taille d'homme, et s'étalent généralement sur seulement 70 cm de large...

Josine explique aussi que les fruitiers sont "pincés en vert" au début de l'été, lorsque les pucerons arrivent et que l'oïdium commence à se développer sur les feuilles. Pour ceux que ça intéresse, il suffit de pincer entre le pouce et l'index la partie qui a grandi à partir d'un bourgeon terminal et de l'enlever. Le développement de l'arbre est donc stoppé en hauteur, et il garde les proportions voulues, qui permettent aux autres arbres de se développer aussi, ainsi qu'aux plantes basses d'avoir assez de lumière pour pousser correctement. La partie enlevée est remise au pied de l'arbre, apportant ainsi un soin naturel à l'arbre contre l'oïdium et d'autres maladies.

Ainsi, les fruitiers restent très longtemps très productifs, sans s'épuiser par une croissance végétative. L'essentiel de leur énergie est gardée pour se protéger des parasites et pour développer les fruits, qui sont nombreux et gros...

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Les sceptiques me diront peut-être que d'accord, là-bas, ça pousse. Mais que bon, ça ne doit pas être super varié non plus, comme alimentation... Qu'ils se détrompent ! Grâce au micro-climat forestier recréé naturellement par la densité de végétation, des espèces étrangères peuvent pousser !

Effectivement, de grands fruitiers ont été placés au Nord. Leur présence, alliée au maillage végétal serré, protège le jardin des vents froids de l'hiver, ainsi que du gel. La profusion des arbustes et buissons fruitiers (groseillers, casseilliers, myrtilliers, cassissiers, framboisiers...) permet de maintenir la densité végétative même au niveau du sol et juste au-dessus. En hiver, la température dans le jardin est généralement de 3 à 5° plus élevée que dans la ville elle-même... En été, c'est plutôt le contraire : l'humidité permet de maintenir une température plus fraîche. Ainsi, Gilbert et Josine ont réussi à cultiver plusieurs figuiers, et même un jeune bananier !

Et surtout, surtout, finie la corvée d'arrosage : le sol étant protégé par la végétation, et nourri par les déchets végétaux et d'alimentation qui restent au sol, il subit moins d'évaporation et échappe à l'action desséchante des vents de la région.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Gilbert et Josine n'ont pas pensé qu'à eux dans ce jardin : au pied de chaque arbre prend place un pot renversé. De la paille est placée à l'intérieur, et permet aux insectes prédateurs des vers de fruits de trouver un abri. De même, les cloportes, qui se nourrissent de matières végétales mortes et produisent en retour de l'humus, peuvent se multiplier ! Il a d'ailleurs aussi une action bénéfique sur les fruits : si un fruit présente des points de pourriture, Josine explique que le cloporte va aller s'en nourrir, empêchant ainsi son développement et la "contagion" aux autres fruits de l'arbre.

Les oiseaux, eux aussi, sont les bienvenus : ils se nourrissent notamment des vers et larves qui attaquent les fruits ! Pour peu qu'on implante un point d'eau, les oiseaux ne s'en prendront que très peu aux fruits, qui ne sont pour eux qu'une source de liquide.

Gilbert et Josine ont aussi eu à coeur de créer dans le jardin plusieurs zones un peu plus sauvages, avec des tas de branchages morts, comme refuge pour les bourdons, les abeilles, les grenouilles et les crapauds.

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?
Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?

Pour terminer, voici un petit inventaire de leur jardin :

- 312 variétés de pommiers (395 arbres)

- 16 variétés de poiriers (242 arbres)

- 69 variétés de pruniers (81 arbres)

- 59 variétés de cerisiers pour 68 arbres

- 82 variétés de vignes différentes (127 plantes)

- 16 variétés d'actinidia pour 35 lianes

- 35 variétés de figuiers (41 arbres)

- 50 variétés de framboisiers

- 70 autres ronces fruitières de 31 variétés différentes

- 98 groseilliers de26 variétés

- 82 agrumes...

Et je vous rappelle tout de même que cette profusion ne court que sur 1800 m² !

Impressionnant, non ?

J'espère que ça vous aura donné envie de vous lancer, même si vous n'habitez pas dans le sud de la France :-)

Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?
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Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ?
Source : Jardin-forêt : uniquement à la campagne et dans le sud ? - Petite Fée Coquelicot
Via : Mes coups de coeur 
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 10:00

¡BASTA YA !


Jean ORTIZ

Le Grand Soir était sur scène avec des interventions de Jean Ortiz et Maxime Vivas, entre autres et celles de Juan Gordillo, maire de Marinaleda, de représentants d’Attac, de CADTM…
Voici le texte de l’intervention de Jean Ortiz.

Le Grand Soir.


Le capitalisme porte en lui un ordre cannibale de l’homme, de la nature, du monde, l’ordre volontairement injuste, sauvage, de nos sociétés.

Oui "Y’en a marre" ! Oui, "y’en a marre" aussi d’entendre ressasser que : "il n’a pas d’alternative" (au système prédateur qui nous opprime). Oui il y a des alternatives, oui, à condition d’attaquer le mal à la racine, d’enfoncer le "mur de l’argent", de partager équitablement le gâteau.

Oui, oui, oui.

Je veux un monde sans abbés Pierre, sans Emmaüs, sans "Restaus du cœur", sans charité, sans Hiver 2015.

Un monde désirable, comme une mer étale, sans bouées caritatives, sans "paix sociale", sans "partenaires sociaux", sans compétition, sans concurrence, sans hiérarchie, où chacun ne restera pas à sa place, où la place de chacun sera celle de tous.

un monde où le pouvoir de tous, l’assemblée de tous, le référendum révocatoire, la communauté des décisions et des biens, la gestion et le contrôle collectifs, le partage et l’égalité des droits et des chances, se substitueront à la ploutocratie, l’exploitation du plus grand nombre, l’aliénation sociale, la discrimination de la femme, du migrant, l’adoration du veau d’or, le festin d’une caste de vampires assoiffés de profits, qui saignent l’homme et la Pachamama, la Terre mère,

et qui tiennent le peuple à l’écart, dans une démocratie prostituée en-dictature des marchés.

Un monde où l’on chassera tous ceux qui font du commerce avec tout et partout.

Je veux un monde où l’humanité ne marchera plus à reculons vers la déshumanisation, l’abîme et le malheur des temps,

où l’on ne nous volera plus la vie.

Je veux un monde où l’homme ne sera pas une "ressource humaine" mais mon frère, libre de ses choix, acteur de sa vie,

où le travail ne sera plus une "variable d’ajustement" mais un bonheur partagé,
où chacun donnera à l’autre, au bien commun, le meilleur de lui-même.

Je veux un monde de tout le monde, de tous les mondes, où chacun fera signifier sa vie, sa dignité, vivra l’altérité, s’enivrera de l’autre,

où chacun naîtra "inclus", intégré, et non "fils de",

où être ne suffira pas ; où il faudra être autre et être ensemble,

où l’on bannira l’avoir pour instaurer le "sans prix",

où la courbe du chômage disparaîtra,

où l’on pourra crier : "au bonheur !"

jeter des pavés dans les mares sans faire de vagues,

ou le cri sera essentiel, où nous serons pierres solidaires du chemin,

où l’on ne dira plus : "c’est comme cela",

où l’on mènera la vie dure aux indifférents,

où l’on perdra la peur des puissants, parce qu’il n’y en aura plus.

Je veux un monde de lenteur, de sobriété, dépourvu de malheur à regarder sans rien faire,

un monde débordant d’alternatives sociétales humanistes, d’arcs-en-ciel possibles,

un monde sans "salariat", sans "capital", sans classes sociales, sans rentabilité en bourse,

sans "droit des affaires", sans politique du chiffre, sans police de la pensée, sans infos-propagande,

sans propriété privée des moyens de production,

où l’on produira juste ce qu’il faut, l’essentiel et non le superflu, pour les besoins des femmes et des hommes,

et pas pour engraisser des actionnaires et des grands patrons, prédateurs et parasites, insatiables.

Un monde qui tiendra compte de sa finitude,

où l’on plantera des arbres pour faire forêt,

où les supermarchés deviendront des coopératives ou des maisons de la culture, ou des hôpitaux gratuits,

et les prisons des écoles,

où l’école laïque, publique, gratuite, obligatoire, sera pour tous un espace de liberté,

suscitera une inextinguible soif d’apprendre, pour atteindre et partager le meilleur de soi.

Je veux un monde où l’on créera de l’emploi sans détruire la nature, en la préservant, sans épuiser la sève nourricière,

où le logement, l’alimentation, l’énergie, l’eau, les forêts, la terre, les ressources naturelles, ces biens communs, seront gérés en commun et relèveront du service public...seront interdits de spéculation.

Je veux monde où la bêtise sera éradiquée,

où la philosophie des Lumières retrouvera son éclat d’antan,

où l’université ne fabriquera plus des clones chair à patron, mais des citoyens à la culture universelle et à la pensée critique.

Je veux un monde multiculturel, débarrassé de tout ordre marchand, du profit et des profiteurs, de toute culture impérialiste,

de toute velléité hégémonique,

où les Palestiniens auront enfin un port d’attache,

et les "Sans-terre" de quoi semer et planter,

où Washington ne pèsera pas plus que La Paz, La Havane, Port au Prince, Luanda, Maputo, Hanoï.

Je veux ce monde et j’invite à le vouloir, à rendre l’utopie vivante, par la volonté de lutter, de recréer du lien, du sens, par le rêve multiplié, le refus de toute fatalité, par le "tous ensemble".

Non, nous ne sommes pas condamnés au malheur

Non, cette société pourrie n’est pas l’horizon indépassable de l’humanité.

Il y a des mots que j’aime et qui n’ont pas la mémoire courte ; des mots qui caressent des rêves possibles : solidarité, fraternité, bien commun, "buen vivir", partage, tendresse, amour, bonheur, sobriété, résistance, debout, accueil inconditionnel, pensée libre. Ils sont à portée de main, pour peu que nous le voulions tous.

N’attendons aucun "grand soir". Soyons rebelles. Pour être pleinement soi-même, il faut se rebeller ensemble. Luttons, luttons ! Redonnons du sens, du lien. Le monde n’est pas donné une fois pour toutes.

Nous savons diagnostiquer les fléaux qui nous frappent. Mais nous avons du mal à fédérer nos luttes, à crédibiliser nos projets alternatifs, si humanistes.

Ne cédons pour autant jamais au découragement, croyons au soleil même lorsque de gros nuages noirs s’amoncellent et nous menacent, inventons des fronts de résistance jusqu’au bout, des Marinaleda, libérons des espaces et transformons-les en lieux d’émancipation. Le temps est venu d’inscrire nos pas dans ceux des résistants, d’hier et d’aujourd’hui, dans ceux de l’abbé Pierre au Vercors, dans ceux des "étrangers et nos frères pourtant" de "l’Affiche rouge", afin d’inventer le chemin entre mille orages. Ce monde nouveau vit et palpite en nous.

Accouchons-en ! Donnons-lui la lumière, par l’insurrection des consciences, et par l’insurrection citoyenne dans la rue. "A la calle que ya es hora (...)

¡Basta ya !"

Jean Ortiz, universitaire, Pau.

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 21:20

http://lutteaeroportnddl.files.wordpress.com/2014/01/zad.jpg?w=500

 

Résistance !

 

Les infos concomitantes d’une intervention militaire sur la ZAD à partir du lundi 20/01/2014 s’accumulent de jour en jour. Voir à ce propos le flash info de la ZAD de cette semaine :


http://zad.nadir.org/spip.php?article2099 


Vinci est d’ailleurs sorti du bois hier, le 16/01, pour annoncer le début du déplacement des espèces protégées de la ZAD et le défrichement de la zone d’ici quelques semaines à quelques mois !


Cela faisait très longtemps que Vinci n’avait pas effectué de déclaration aussi tonitruante et d’importance sur le projet d’aéroport de NDDL. Il n’a surement pu le faire qu’après avoir eu l’assurance du soutien de l’Etat !

 



La multinationale du béton a d’ailleurs rappelé que ces opérations, d’arasement de la ZAD et de déplacement/destruction de la faune et de la flore, devaient être menées en toute sécurité… Comment ne pas y voir l’allusion à une nécessaire intervention de l’Etat pour expulser les occupant-e-s de la ZAD préalablement aux travaux…


Nous avons d’ailleurs appris il y a peu de temps, via un camarade de la ZAD, qu’une opération d’expulsion de cette envergure était prévue en Octobre et qu’elle a été annulée par l’Etat, ce qui a coïncidé avec le mouvement des bonnets rouges qui a nécessité un paquet de forces du désordre…


Malgré le fait que cela paraisse inimaginable pour certain-ne-s, le PS est prêt à passer en force à NDDL, pour preuve les infos de ces dernières semaines !


Une expulsion massive de la ZAD à partir de lundi ou de mardi prochain est à craindre ! Nous devons nous préparer à la résistance sur la ZAD et partout ailleurs en soutien aux zadistes !

 

 



Nous appelons tou(te)s ceux et celles qui le peuvent, à rejoindre la ZAD ce week-end ou en début de semaine prochaine !


Tenons-nous prêts à venir résister activement sur le terrain !


Vinci et sa clique militaire ne passeront pas !


Toutes et tous zadistes !


Voir l’appel détaillé à actions de la ZAD en cas d’expulsions ou de travaux à Notre Dame Des Landes :


https://zad.nadir.org/spip.php?article2051 


http://lutteaeroportnddl.files.wordpress.com/2014/01/images2.jpg?w=500

 

Source :
Le blog de Comite pour une Nouvelle Resistance- CNR

 

 

 

Être à la hauteur de la menace


A l’heure où nous écrivons, l’annonce du calendrier préfectoral concernant la mise en oeuvre du projet d’aéroport est encore en suspens. Cependant, les grandes étapes à venir pour eux sont aujourd’hui à peu près claires, de premières perspectives en réactions de notre coté aussi.

– Empêcher le déplacement des espèces et la compensation

Pendant la période d’un an précédant les expulsions, les experts de la compagnie privée Biotope ont été grassement rénumérés par Vinci pour répertorier les espèces présentes sur le site de la ZAD. Il s’agissait d’estimer et chiffrer selon leurs critères la valeur du bocage nantais et d’y appliquer des quotas de compensation. Pour obtenir le privilège de venir tout bousiller là où nous vivons, ils sont censés expulser et "reloger" des tritons crêtés et autres espèces "précieuses", déplacer certains arbres morts abritant des insectes, refaire quelques centaines de mètres de haies, des prairies humides et creuser quelques dizaines de mares. Logiquement ils devraient le faire dans la région alentour, sur des terrains achetés ou loués dans ce but. Mais comme, dans leur logique, tout est compensable, n’importe où et a peu près n’importe comment, il leur est aussi possible de « respecter » leurs quotas en opérant à l’autre bout de la France et même à l’étranger.

Au-delà de l’aéroport de NDDL il s’agit là de la mise en place de techniques d’ingénierie écologique, largement expérimentales et emblématiques du greenwashing moderne, qui pourraient servir de modèle et de légitimation sur la faisabilité d’autres projets de ce type. Pour des compagnies comme Vinci, il s’agit bien d’acheter un droit à polluer et à détruire. Des entreprises mercenaires comme Biotope ou Dervenn se chargent de le légitimer. La compensation incarne une logique gestionnaire qui entend pouvoir paramétrer et quantifierl’entièreté du vivant. Nous entretenons un rapport tout autre aux bois, bocages et chemins, aux histoires qui les traversent et aux être vivants qui habitent notre quotidien. Ces liens sensibles et savoir faires, outils, armes et complices, ressources ou repaires ne se laisseront pas aplanir. Nous refusons absolument que nos vies soient casées et fractionnées à l’infini dans des équations savantes selon les principes éco-nomiques en vigueur.

La mise en place du déplacement des espèces et de la compensation marquerait le début des travaux du futur aéroport. Ils doivent théoriquement opérer avant le 31 mars pour "respecter les cycles biologiques". Les en empêcher, ce sera donc retarder considérablement cette phase, nécessaire et emblématique pour eux, des travaux de l’aéroport. De premières mares fraîchement creusées ont déjà été rebouchées. Dans un appel commun (lisible sur le site zad ;nadir.org)), les opposant-e-s à l’aéroport appellent à venir bloquer les travaux de compensation sur place pour ceux qui le peuvent ou à protester par des actions adéquates devant les mairies PS, préfectures, ou bureaux locaux de vinci. L’alerte sera donnée largement en cas de travaux. Avis à se tenir prêt-e-s.

 

A lire en entier ici : LETTRE AUX COMITES LOCAUX - Nouvelles et actions à venir - Zone A Défendre

 



 


 

 

 

 

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 17:45

 

 

 

 

Ils vivent en roulotte et ils sont heureux

Thomas Jonckeau (Reporterre)

samedi 16 novembre 2013

Pendant douze ans, la famille Hemelrijk a sillonné l’Europe en roulotte. Cette année, ils ont décidé de faire une pause et font le bilan de leurs années de vadrouille.


- Reportage, Marciac (Gers)

C’est loin, très loin, à l’écart des grands axes routiers, à quelques kilomètres du village de Marciac, dans le Gers, que les roulottiers ont établi leur campement. Quatre roulottes aux couleurs éclatantes et joliment décorées, sont installées au sommet d’un coteau, à l’ombre des chênes. C’est ici que la famille Hemelrijk a posé ses valises, après douze ans de vadrouille à travers l’Europe.


- André et Judith -

Judith s’affaire à la préparation du café sur un réchaud à gaz et au rangement de sa roulotte. Elle tient à ce que tout soit toujours bien rangé et propre autour du camp, c’est une question d’image. “Nous avons toujours beaucoup de visites, dit-elle. Et les gens ont déjà beaucoup de préjugés sur notre mode de vie. Nous ne pouvons pas nous permettre de donner l‘impression que nous sommes sales ou mal habillés.”

Ses vêtements colorés et ses couettes ornées de rubans lui donnent un air de petite fille espiègle. Toujours souriante, elle s’exprime dans un français fortement teinté d’accent hollandais, qui n’hésite pas à emprunter des mots à l’espagnol ou à l’anglais. Une langue de voyage, apprise au gré des rencontres et des paysages.

André vient de terminer sa journée de bricolage sur leur dernière roulotte. Il est accompagné par la meute des six chiens, recueillis le long du chemin et qui constituent le reste de la famille. Lui a opté pour un style cheveux longs et lunettes rondes à la John Lennon. Les filles sont encore au collège, pour la première fois de leur vie, elles ont fait leur rentrée en septembre, comme les autres enfants.


- André pose les tôles qui constituent le toit de la future "maison roulante" -

“Pour moi, vivre en roulotte a toujours été un rêve d’enfant”, confie Judith. Le rêve s’est réalisé en 2000, lorsque, après quatre ans de préparation, toute la famille est partie de Hollande, à bord de la première roulotte pour partir à l’aventure. Safire, leur fille aînée, avait trois ans, Yetl Rose, la cadette, venait de naître. Pour gagner un peu d’argent, André faisait des photos et Judith des maquillages pour enfants sur les foires et les marchés.

“J’allais beaucoup dans les crèches ou les écoles pour faire de jolis portraits des enfants que je vendais aux parents, se souvient André. Et comme les gens trouvaient les roulottes jolies, ils nous louaient souvent comme attraction pour différents événements, j’exposais mes photos et Judith maquillait les enfants.”

Sur la route, la famille a dû apprendre à vivre de peu. “Les gens croient toujours qu’ils ont besoin de plein de choses, lâche André. Quand on vit en roulotte, on doit faire attention à tout : l’eau, l’électricité, l’argent, etc. On ne peut pas emporter trop de choses car ça alourdirait trop la roulotte.” Des fruits, légumes et autres plantes sauvages glanées en chemin constituent une part importante de leurs repas quotidiens.

“Notre mode de vie intéresse beaucoup de gens qui viennent nous voir, nous posent des questions et très souvent, ils nous amènent de la nourriture, des légumes, où nous laissent utiliser leur douche ou leur machine à laver.” Petit à petit, le convoi grandit et passe de une à trois roulottes. “En 2008, nous nous sommes arrêtés en Galice, raconte André. Les filles avaient grandi et la roulotte était trop petite pour nous quatre. Mon père nous a donné un peu d’argent pour en construire une deuxième. A chaque fois, il faut trouver des idées d’aménagement pour gagner de l’espace et limiter le poids au maximum.”

Les roulottes font en moyenne 8 m2. Une fois aménagée il ne leur reste que 4 m2 d’espace à vivre. Pour chauffer ces petits espaces mal isolés tout en consommant le moins possible, André a trouvé l’astuce : il fabrique de petits poêles à bois avec des objets de récupération : extincteur, bouteille de gaz ou fût à bière. Passionné d’électronique, il a aussi installé deux panneaux solaires inclinables de 20 et 80 watts qui leurs fournissent l’électricité pour alimenter l’éclairage à ampoules LED et quelques appareils électriques comme un ordinateur portable.


- De droite à gauche : la "Roulotte Papillotte" (la plus ancienne), la "Roulotte Pâquerette" (la dernière, depuis 2013) et la "Casita Libelotta" (maisonnette libellule, achetée en 2008) -

André et Judith, ont bien conscience qu’ils sont porteurs d’un message, qu’il est possible de vivre différemment, de consommer moins en vivant plus près de la nature. Pour André, “Ecologie rime aussi avec économie. On montre que c’est possible et pas forcément ennuyeux de consommer moins. On donne une image plus jolie de l’écologie.” C’est ainsi qu’est né le projet de raconter leurs aventures dans un livre, un conte pour petits et grands pour faire vivre au lecteur le quotidien du roulottier, le faire voyager et lui donner à réfléchir.

Mais ce choix de vie n’est pas toujours facile dans une société basée sur le principe de sédentarité. N’ayant aucune preuve de résidence à fournir à l’administration, ils n’ont droit à aucune aide gouvernementale ni de la France ni des Pays-Bas. Pire, ils n’ont aucune couverture santé. “Quand on a bien travaillé, on va chez le dentiste ou on achète des chaussures", lâche André d’un ton sarcastique.

En 2013, la famille a décidé de faire une pause : « Nos filles ont toujours vécu avec nous, sur la route, explique Judith. Nous voulions qu’elles connaissent aussi la vie sédentaire, qu’elles aillent au collège comme les autres enfants et qu’elles puissent se faire de vrais amis. » Pour l’instant, l’expérience n’est pas tout à fait concluante pour André : « Elles s’ennuient, elles ont du mal à s’intéresser aux cours. Quand nous étions en Galice, nous avons vu des dauphins depuis la côte, elles se sont alors renseignées sur leur mode de vie, les différentes espèces, tout ça. Ici, ils ont passé un mois à apprendre l’évolution de l’aspirateur et de la machine à laver ! »

Les parents se sont aussi vite rendus compte que la roulotte est peu adaptée à la vie sédentaire. C’est pourquoi, l’année dernière, la famille a acheté et aménagé une troisième roulotte pour gagner encore un peu de place. Ils se sont aussi attaqués à la fabrication de leur quatrième roulotte, ou plutôt leur « maison sur roues » comme ils préfèrent l’appeler, car celle-ci sera trop lourde pour être tirée par des chevaux.


- Judith et André vivent à deux dans leur première roulotte d’un espace de 8 m2. -

« Maintenant que nous voyageons moins et que le filles vont au collège, nous avons besoin de beaucoup plus de place pour vivre ; il y a tous les livres à stocker, il faut de la place pour faire les devoirs, etc. Mais nous voulons pouvoir bouger quand on veut. » En bons roulottiers, les Hemelrijk ne savent pas vraiment de quoi leur avenir sera fait. Ils n’ont rien contre un retour à la vie sédentaire mais ils ne veulent « surtout pas acheter », de peur de se retrouver enchaînés.

« Et puis nous partirons souvent », assure André, car pour eux, l‘appel de la route est toujours le plus fort.


Source et photos : Thomas Jonckeau pour Reporterre.

Contact : Roulotte papillote

Lire aussi : Elle vit sans argent, et s’en porte très bien.

 

Source : Ils vivent en roulotte et ils sont heureux - Reporterre

Merci Pascale

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 13:50

Un peu des deux certainement. Un nouveau monde est en gestation, partout sur la planète mais il ne cesse de se heurter aux ardeurs guerrières et destructrices des marchands de morts. Il est possible à chacun de devenir bâtisseur d'un nouveau monde, l'enjeu c'est tout simplement la survie de l'humanité.

 

La fin ou le début ? d’un monde...

par David Brooks *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Une bicyclette passe à toute allure sur Broadway avec un énorme bandeau sur lequel est écrit : « Repens-toi. Reviens vers Jésus ». Un moine tibétain distribue des billets qui proposent un moyen de surmonter tout ce qui est négatif. Un groupe de gens bien intentionnés essaye d’alerter les passants sur les dangers mortels des combustibles fossiles, un autre groupe demande de faire des dons pour les enfants qui meurent de faim dans le monde, et encore un autre pour sauver de l’extinction encore plus d’animaux.

Les informations – que transmettent les radios, journaux, télévisions, Internet, Twitter, Facebook – alimentent le pessimisme et la peur (mais les publicités invitent à toujours plus de pain et de cirque). Tout semble nous indiquer sans cesse que la fin du monde est proche.

Le dysfonctionnement spectaculaire de Washington ces dernières semaines a prouvé que le pays le plus puissant n’a aucune idée de la manière dont on pourrait résoudre les grands problèmes de fonds dont il souffre. Pire encore, l’accord politique ne visait pas à générer des emplois, augmenter les salaires, investir davantage dans l’enseignement et les infrastructures ou bien à endiguer le réchauffement climatique, mais à évaluer les moyens de réduire encore davantage les dépenses sociales afin de mieux contrôler le déficit et la dette.

D’aucuns affirment qu’il s’agit là de symptômes de la fin de l’empire des États-Unis. Chris Hedges - journaliste, prix Pulitzer, correspondant de guerre pour de grands médias et devenu aujourd’hui un critique féroce de l’élite politique et économique qui se consacre à rendre plus dure la vie de la majorité de la population - a écrit dans un article pour Truthdig que « les derniers jours d’un empire sont comme un carnaval de folie. Nous sommes en plein dans le nôtre, tombant vers l’avant tandis que nos leaders invitent à l’autodestruction économique et environnementale. Sumer et Rome sont tombés ainsi, de même que les empires ottoman et austro-hongrois. Des hommes et des femmes particulièrement médiocres se trouvaient à la tête des monarchies d’Europe et de Russie à la veille de la Première Guerre Mondiale. Et maintenant les Etats-Unis, dans leur déclin, viennent d’offrir à leur tour tout un éventail de débiles, bêtes et attardés qui les mènent vers leur destruction... Si nous avions une idée de ce qui est vraiment en train de nous arriver … nous nous serions rebellés ». Il prévient que « notre déclin entraînera avec lui toute la planète ».

Mais il ne s’agit peut-être que de la fin de ce monde-là. D’ailleurs, si l’on évite l’avalanche d’informations sur les dernières tragédies et horreurs qui pour une raison quelconque nous sont offertes avec délectation, alors soudain on découvre d’autres choses.

Certaines sont quotidiennes : des professeurs qui enseignent aux futurs Martin Luther King ou Albert Einstein, ou encore aux poètes de la prochaine génération , et ce malgré les réformes destinées à écraser la dignité, l’imagination, la beauté et presque tout ce qui est noble (tout cela ne rentre pas en ligne de compte dans un examen standardisé et ne génère pas d’argent pour les entreprises et les financiers qui impulsent ces réformes).

Il y a aussi, tous les jours, une musique underground qui illumine par sa beauté la grisaille des promesses que nous font les experts sur la fin du monde. Soudain on entend un reggae joué par un groupe d’ouvriers du bâtiment ; des musiciens de Veracruz qui défendent leur identité et par là même celle de nous tous, après avoir passé douze heures à laver des voitures ; des tambours arabes ou africains dans des parcs qui invitent avec leurs rythmes anciens à fêter le présent et par conséquent aussi le demain.

Au-delà de tout cela, des initiatives invitent les gens à se rassembler - action la plus basique de la civilisation humaine – pour se raconter des contes, préserver la mémoire collective, échanger des expériences, se défendre et conspirer pour créer un autre avenir. Cela existe dans les champs de Floride, avec la Coalition des travailleurs de Immokalee, dans les sous-sols des églises de Sunset Park, Brooklyn, dans des centres de culture et éducation populaire des montagnes du Tennessee (le Highlander Center), et aussi au travers du hip-hop radical dans les rues de notre pays, entre autres.

Il existe un nombre incalculable de batailles et d’actions qui se livrent contre la fin du monde à travers tout le pays, comme les récentes actions directes d’immigrants et de leurs alliés en Arizona et San Francisco afin d’empêcher physiquement la déportation de jeunes sans-papiers qui défient les autorités en criant « sans-papiers et sans peur », ou encore un mouvement croissant, chaque jour plus large et déterminé, contre la construction d’oléoducs et l’extraction de pétrole par fragmentation. Il existe aussi des initiatives locales contre la violence entre groupes de jeunes dans les rues de Chicago, ou bien des efforts citoyens pour aider ceux qui avaient perdu leur maison lors de la crise des subprimes à récupérer un logement .

Et en même temps, un phénomène à long terme prend forme pour construire des bases économiques qui échapperaient au modèle imposé par Wall Street. Gar Alperovitz, professeur d’économie politique à l’Université du Maryland, explique que face à l’accélération du déséquilibre économique qui est en train de menacer la vie démocratique du pays, la douleur économique et sociale croissante crée les conditions pour qu’apparaissent plusieurs nouvelles formes – de la propriété, de la richesse et des institutions - de démocratisation ».

Aujourd’hui, près de 130 millions d’États-uniens sont membres de coopératives de consommateurs, de production et de crédit, et plus de 10 millions font partie, d’une manière ou d’une autre, d’entreprises appartenant aux travailleurs. Il existe aussi des milliers d’ « entreprises sociales », gérées démocratiquement afin de générer des ressources qui sont mises au service d’un but social plus vaste de rénovation communautaire, de développement durable et de redistribution de la richesse, rapporte un article de « The Nation ».

Alperovitz indique qu’il existe des initiatives pour établir des réseaux de production et de consommation et aussi d’entraide. Par exemple, le syndicat de la sidérurgie USW, celui des services SEIU e la Corporation Mondragon du Pays Basque – modèle intégré qui compte de nombreuses coopératives et plus de 80 000 personnes – ont annoncé le lancement d’une campagne pour aider à créer aux États-Unis des entreprises coopératives syndicales appartenant aux travailleurs.

Qui sait, non seulement un autre monde est possible, mais il est déjà en construction.

La Jornada, http://www.jornada.unam.mx/2013/10/.... Mexico, 21 octobre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : M-R.A.

El Correo. Paris, le 23 octobre 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.

* David Brooks est un journaliste Étasunien, correspondant aux États-Unis pour le journal mexicain La Jornada de Mexico.
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 19:50

 

 

Via campesina : 200 millions de paysans s’unissent pour une autre agriculture

par Patrick Piro 17 juillet 2013

Qui aurait prédit, il y a vingt ans, qu’un collectif de paysans deviendrait le plus grand mouvement social international ? Dans les années 1990, alors que triomphe l’agro-industrie, menaçant les petits agriculteurs de disparition, la Via campesina (la voie paysanne, en espagnol) relève le défi de défendre un autre modèle. Représentant plus de 200 millions d’agriculteurs dans 79 pays, le mouvement est parvenu à faire reconnaître au plus haut niveau la justesse de ses luttes, pour la souveraineté alimentaire des peuples et la promotion des semences paysannes, contre l’accaparement des terres ou la violence subie par les femmes.

Une onde d’émotion parcourt l’arène du Padepokan Pencak silat Indonesia, ce 12 juin 2013. Dans ce centre sportif de la banlieue de Jakarta, en Indonésie, dédié au silat (art martial national), la voix d’Elizabeth Mpofu s’élève crescendo et enflamme les quelque 500 participants, paysans venus de partout pour la conférence internationale que la Via campesina tient tous les quatre ans. Cette Zimbabwéenne de haute stature, jusque-là assez discrète, vient de faire éclater son charisme, alors que Henry Saragih, secrétaire général du Serikat petani Indonesia (Syndicat des paysans d’Indonésie, SPI) vient de lui transmettre pour quatre ans le mandat de direction de l’exécutif du mouvement international.

Pour la première fois en vingt ans d’existence, l’organe de pilotage de la Via campesina s’installe en Afrique [1], et sous la responsabilité d’une femme. Elizabeth Mpofu, qui préside le Zimbabwe smallholder organic farmers forum (Forum des petits paysans bio du Zimbabwe, Zimsoff), veut renforcer les actions pour mettre fin à la violence contre les femmes — l’une des campagnes majeures du mouvement —, pour donner plus de place aux jeunes en milieu rural et pour promouvoir les semences paysannes. Autant de thématiques déclinées ensuite dans les organisations paysannes nationales qui composent la Via campesina.

« Un véritable mouvement, pas un simple forum »

En 1993, le mouvement naissait en Europe de l’intuition de quelques agriculteurs syndiqués, qu’il fallait porter la voix de la petite paysannerie sur la scène internationale, afin de résister au laminoir d’une mondialisation néolibérale qui prenait résolument pied dans l’agriculture. À Jakarta, la Via campesina, participante assidue des forums sociaux mondiaux depuis leur origine, s’est imprégnée un peu plus de la conscience d’être devenue un acteur de premier plan de l’altermondialisation. Rafael Alegría, dirigeant d’une coopérative agricole hondurienne et cadre de l’époque pionnière, semble presque s’en étonner : « Nous sommes devenus le plus grand mouvement social international ! »

À Jakarta, 33 organisations ont rejoint la Via campesina, portant le nombre de ses membres à 164 [2], issus de 79 pays et représentant plus de 200 millions de paysans en Afrique, Asie, Amériques et Europe. « Nous sommes parvenus à nous doter d’une vision collective cohérente, il s’agit d’un véritable mouvement, pas d’un simple forum », souligne Paul Nicholson, dirigeant du syndicat paysan basque espagnol Ehne et l’une des âmes historiques de la Via campesina.

En première ligne face au système capitaliste

Dans la salle, Pablo Solon, ancien ambassadeur de Bolivie. Aujourd’hui directeur de l’ONG altermondialiste Focus on the global South (Bangkok), il assiste pour la première fois au rassemblement quadriennal, en observateur stratège. « La Via campesina est un mouvement avant-gardiste. Là où des réseaux syndicaux en restent souvent à des luttes catégorielles, ce mouvement a su s’engager bien au-delà des revendications paysannes et indigènes, remettant en cause le libre échange, priorisant le lien à la nature, menant campagne contre le dérèglement climatique, etc. Autant de luttes centrales pour affronter le système capitaliste aujourd’hui. »

En l’espace d’une demi-décennie, la Via campesina s’est trouvée en première ligne alors que montaient des assauts sans précédent contre l’agriculture paysanne. La crise mondiale des prix alimentaires de 2008, en partie due à la spéculation sur les céréales, a vu plusieurs centaines de millions de ruraux démunis rejoindre les rangs des personnes souffrant de la faim dans le monde. L’accaparement des terres agricoles a pris une ampleur inédite, expropriant des dizaines de milliers de petits paysans, qu’il s’agisse, pour des pays du Golfe ou d’Extrême-Orient, de faire produire une partie de leurs aliments en Afrique ou en Amérique latine, ou bien pour les pays du Nord de compenser leurs émissions de CO2 en plantant des forêts industrielles. « Nos initiatives sont aujourd’hui attendues par les autres mouvements sociaux et les ONG engagés sur ces luttes planétaires », signale Henry Saragih, l’ancien président. Pour le Mouvement des sans-terre brésiliens, l’un de ses membres les plus radicaux, la Via campesina se doit aujourd’hui d’être plus offensive pour assumer ce rôle nouveau dont les contours se dessinent.

La souveraineté alimentaire comme étendard

Depuis l’origine, le mouvement revendique, comme un étendard, la souveraineté alimentaire des peuples — le droit à choisir leur alimentation et à en garantir un approvisionnement local et indépendant. Cette idée est aujourd’hui admise au plus haut niveau, comme le démontre un message vidéo transmis à l’assemblée par Olivier de Schutter. « Dans le monde, 2,6 milliards de personnes dépendent de la petite agriculture. C’est là qu’il faut investir pour le futur, en soutenant des modèles qui protègent les écosystèmes », professe le Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des Nations unies, qui tient la Via campesina pour un partenaire incontournable dans la conquête de la souveraineté alimentaire. « Même si cette bataille culturelle n’est pas encore gagnée dans les milieux urbains, qui persistent souvent à considérer l’agriculture industrielle comme une voie d’approvisionnement privilégiée, en dépit de ses échecs répétés », regrette Josie Riffaud, de la Confédération paysanne, le syndicat français membre du mouvement international, avec la Confédération nationale des syndicats d’exploitants familiaux (Modef).

Le mouvement revendique bien plus qu’une fonction de pôle de résistance. Interlocuteur de plus en plus reconnu des institutions internationales [3], la Via campesina est aussi aujourd’hui à la pointe de l’expérimentation de terrain en agro-écologie : une cinquantaine de centres de formation ont éclos en son sein depuis cinq ans à peine, enseignant des techniques douces et durables de protection des sols, de gestion de l’eau et des intrants naturels, de conservation de variétés locales, d’association de cultures. La Via campesina est aussi particulièrement fière de sa campagne contre la violence subie par les femmes, « une des plus audacieuses et des plus importantes que nous ayons menées », souligne un communiqué. Selon Paul Nicholson, « la transformation de la société rurale n’est pas qu’une question de modèle agricole. Elle n’acquerra sa plénitude que si les femmes peuvent y prendre toute leur place ».

Texte et photos : Patrick Piro

Notes

[1Le mouvement s’organise de façon décentralisée au sein de 9 régions. La coordination entre les régions est gérée par le Comité de Coordination International qui est constitué d’une femme et d’un homme élus par les organisations membres de chaque région. Le secrétariat opérationnel international se déplace selon une décision collective prise tous les 4 ans par la Conférence Internationale. Il est passé de la Belgique (1993-1996) au Honduras (1997-2004) pour s’installer ensuite en Indonésie jusqu’en 2013.

[2La Via campesina dénombre 15 organisations membres en Afrique, 7 en Amérique du Nord, 40 en Amérique du Sud, 35 en Asie, 27 en Amérique Centrale, 13 dans les Caraïbes, 27 en Europe. Source

[3Notamment auprès de la Fao (agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), du Fida (Fonds International de Développement Agricole), de l’Onu (Organisation des Nations Unies), du Gfar (Forum Global pour la Recherche Agricole) et du Pnud (Programme des Nations Unies pour le Développement).

 

Source : Via campesina : 200 millions de paysans s'unissent pour une autre agriculture - Basta !

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:19

Une autre manière de le dire, plus soft, une autre manière de le vivre :

Le refus de s’intégrer à un système injuste et destructeur, de toute son âme et de toute sa conscience.

A tous ceux qui vivent là où le hasard les a fait naître, à tous ceux qui vivent ailleurs et qui refusent de s’intégrer au système pour ne pas se faire complices de crimes de lèse-vie, une pensée amicale…Anne

 

Après moi...

2CCR      

Comme je n’attends rien de précis dans la vie, que je me suis détaché de toute envie de réussite sociale, professionnelle, je ne suis jamais déçu.  Le bonheur est quelque part par là...

 

Se mettre sur le côté, c’est éviter les rythmes qui te colleront un jour une dépression, un cancer ou un AVC : je veux mourir en bonne santé, ce qui est de plus en plus rare dans notre monde ; moi, je me suis mis de côté, en faisant en sorte que ma vie ne nuise ni à mon voisin ni à la terre. Je ne suis que sur le chemin et l’aboutissement est encore loin, car c’est dur de  se débarrasser de certains besoins inutiles.
Se mettre de côté c’est arrêter la lutte. Parce que je pense que la seule solution est la résistance passive, et notamment résister aux besoins que la société nous crée pour mieux nous asservir. Je pense également que consommer des choses inutiles est non seulement inutile mais dangereux à long terme puisque consommer signifie puiser dans des ressources souvent non renouvelables, et j’espère que l’homme disparaitra avant d’aller polluer tout l’univers. À mon avis, l’homme n’a pour seule mission que de se développer en phase avec la nature (développement spirituel, physique et non économique).
Je peux imaginer facilement un monde, sans économie au sens moderne du terme, ou avec une économie planifiée, dans le sens qui anticipe sur le futur, mais je sens que je vais passer pour un empêcheur de tourner son égo en rond, voire pour un rétrograde. Tant que les citoyens seront plus intéressés par « face de plouc » et les tablettes que par ce que font les décideurs (politiques, économiques, religieux) ça sera la fête pour les puissants qui doivent bien se fendre la gueule en regardant tout cela de leurs jets privés. D’ailleurs, les milliardaires vous remercient (voir ici) !
Quant au winner qui se déclare libéral pragmatique et met en avant la méritocratie, c’est à dire que son intérêt passe avant celui du groupe : c’est très bien, très égoïste et en plus il pense pouvoir  se la « péter » parce qu’il croit que sa réussite n’est due qu’à son propre travail, ce qui me fait doucement rigoler car s’il était né dans un bidonville de Calcutta, il aurait pu bosser comme un dératé, il serait resté en bas de l’échelle sociale.
J’ai bien peur que notre addiction au confort ait balayé les belles idées du conseil national de la résistance… Il est bien plus important de se payer une tablette, j’en conviens. Tu penses avoir un max d’amis sur les réseaux et tu y passes un max de temps, mais le jour où EDF te coupera le jus, tu pourras compter sur qui ? Si tu veux tuer les rapports humains, invente la télé, si ça ne suffit pas, fait croire aux gens que la vraie communication c’est internet et les téléphones portables. Combien de milliers d’amis as-tu ? Sur combien  peut-tu compter si tu es dans le pétrin ? Je crois que sous couvert d’ouverture au monde et de communication à outrance, on a définitivement réussi à isoler les individus.
Comme des millions d’humains l’ont fait avant moi, je construis ma vie sans penser à la retraite, aidé en cela par l’observation des vieux de ma montagne qui n’ont besoin de quasi rien pour vivre et mourront le jour où ils seront trop faibles pour cultiver leur potager. Soit vous courrez après le travail pour accumuler des biens matériels qui n’entreront pas dans la boite où, de toute façon vous finirez, soit vous courrez après le travail pour survivre et là, ce n’est pas la retraite à quoi il faut penser, mais à la révolution. Si vous ne comprenez pas que travailler dans un système capitaliste, c’est se faire avoir, je ne peux qu’exprimer ma compassion à vos souffrances…. ; les inégalités, ce ne sont pas les patrons qui les créent, ce sont les citoyens qui les laissent apparaitre, souvent par égocentrisme et égoïsme.
Solidarité, égalité sont des mots que j’ai rarement vus dans le monde du travail, ni même dans notre monde tout court.
Moi, ça me fait bien rigoler, un écroulement de tout le système financier international… c’est peut être parce que je sais faire pousser mes légumes et poser des collets… et je suis heureux malgré le bordel ambiant …. 
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 19:32

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MEXIQUE - Chiapas : les petites écoles d’en bas

Raúl Zibechi

mercredi 9 octobre 2013, mis en ligne par Dial

Depuis début 2013, les préparatifs sont allés bon train pour organiser la petite école zapatiste qui a eu lieu du 12 au 16 août et a finalement accueilli quelque 1700 étudiant-e-s. Une des formes qu’a pris la petite école a été d’accueillir dans l’une des communautés d’un des 5 caracoles  [1] un-e étudiant-e pendant 5 jours. Dans cette colonne publiée par La Jornada le 23 août 2013 et traduite et publiée en français sur le site La voie du jaguar (25 septembre 2013), Raúl Zibechi revient sur ce qu’il a appris et pensé à cette occasion.

Les zapatistes ont annoncé que l’école reprendra du 25 au 29 décembre 2013, ainsi que du 3 au 7 janvier 2014. Une fête est aussi organisée le 31 décembre et 1er janvier pour célébrer les 20 ans du soulèvement zapatiste. [2]


Il y aura un avant et un après les petites écoles zapatistes. Pour celles d’aujourd’hui et celles de demain. Leur effet se diffusera lentement et ne sera sensible que dans quelques années, mais il marquera la vie de ceux d’en bas pour les décennies à venir. Nous y avons expérimenté une éducation non institutionnelle, pour laquelle la communauté est actrice de l’éducation. Une auto-éducation en face à face, où l’on apprend avec l’âme et avec le corps, comme dirait le poète.

Il s’agit d’une « non-pédagogie » qui s’inspire de la culture paysanne : on sélectionne les meilleures semences, on les sème en terre fertile et on arrose le sol afin de provoquer le miracle de la germination, toujours incertain et imprévisible.

L’école zapatiste a représenté, pour plus de mille élèves, une forme différente d’apprentissage et d’enseignement, sans tableau ni salle de classe, sans maître ni professeur, sans CV ni qualification. Le vrai apprentissage commence par la création d’un climat de fraternité autour de la diversité des personnes, plutôt qu’avec la division entre, d’une part, l’éducateur qui possède pouvoir et savoir, et, d’autre part, les élèves ignorants auxquels on doit inculquer des connaissances.

Parmi les divers enseignements à en tirer, impossibles à énumérer en quelques lignes, cinq points ont retenu mon attention, peut-être influencée par le contexte que nous traversons au sud du continent.

Le premier, c’est que les zapatistes ont fait échouer les politiques sociales qui constituent, pour ceux d’en haut, un moyen d’étouffer la révolte en divisant, cooptant et soumettant les peuples qui se soulèvent. Toutes proches des communautés zapatistes se trouvent des communautés affiliées au mauvais gouvernement, des quartiers de blocs de petites maisons identiques, qui reçoivent des aides sociales et où le travail de la terre est presque absent. Des milliers de familles ont succombé un peu partout, en acceptant ces cadeaux d’en haut. Il est donc remarquable, et même exceptionnel, de voir que des milliers d’autres continuent de ne rien accepter.

Je ne connais aucune autre expérience, dans toute l’Amérique latine, qui soit ainsi parvenue à neutraliser les politiques sociales. C’est le plus grand mérite du zapatisme, acquis grâce à la fermeté militante, la clairvoyance politique et une force d’abnégation inépuisable. C’est la première leçon qu’il nous apporte : il est possible de vaincre ces politiques sociales.

Le deuxième enseignement, c’est l’autonomie. Cela fait des années qu’on entend des discours sur l’autonomie dans les mouvements les plus divers, et c’est tant mieux. Dans les communautés et les communes autonomes qui constituent le Caracol Morelia, je peux témoigner de la construction d’une autonomie sur le plan économique, de la santé, de l’éducation et du pouvoir. Il s’agit d’une autonomie intégrale, qui couvre tous les aspects de la vie. Aucun doute que le même phénomène existe dans les quatre autres Caracoles.

Quelques mots sur l’économie, c’est-à-dire la vie matérielle. Les familles des communautés ne « touchent » pas à l’économie capitaliste. Elles effleurent à peine le marché. Elles produisent tous leurs aliments, y compris des protéines en bonne quantité. Elles achètent dans les magasins zapatistes ce qu’elles ne produisent pas (sel, huile, jambon, sucre). Les excédents des familles et des communautés et la vente de café permettent une épargne sous forme de têtes de bétail, qu’on peut vendre pour des besoins de santé ou ceux de la lutte.

L’autonomie dans l’éducation et la santé est possible grâce au contrôle communautaire. La communauté choisit ceux qui enseigneront à ses enfants, et ceux qui prendront soin de sa santé. Il y a une école dans chaque communauté, et le centre de santé regroupe des sages-femmes, des guérisseuses et des spécialistes en plantes médicinales. La communauté leur fournit le nécessaire comme elle le fait pour ses autorités.

Le troisième enseignement concerne le travail collectif. Comme le dit un votán [3] : « Le travail collectif est le moteur du processus. » Les communautés ont leurs propres terres grâce à l’expropriation des expropriateurs, un premier pas incontournable pour créer un monde nouveau. Hommes et femmes ont leurs tâches respectives et leurs espaces collectifs.

Les travaux collectifs sont un des ciments de l’autonomie, dont les fruits sont destinés aux hôpitaux, aux cliniques, à l’éducation primaire et secondaire, au renforcement des communes et des conseils de bon gouvernement. Sans ce travail collectif des hommes, des femmes, des enfants et des anciens, rien de tout ce qui s’est construit n’aurait pu voir le jour.

Le quatrième point, c’est cette nouvelle culture politique qui prend sa source dans les relations familiales et se divulgue dans toute la « société » zapatiste. Les hommes collaborent au travail domestique qui néanmoins reste dévolu aux femmes, ils gardent les enfants lorsqu’elles sortent de la communauté pour leurs tâches en tant qu’autorités. Les relations de respect et d’affection sont de mise entre parents et enfants, dans un climat d’harmonie et de bonne humeur. Je n’ai remarqué aucun geste de violence ou d’agressivité dans les foyers.

L’immense majorité des zapatistes sont jeunes voire très jeunes, et il y a autant d’hommes que de femmes. Il est évident que la révolution ne peut être portée que par des jeunes. Ceux qui dirigent obéissent, ce n’est pas qu’un discours. Ils s’impliquent corps et âmes, c’est une des clés de cette nouvelle culture politique.

Le cinquième point, c’est le miroir. Les communautés sont un double miroir : nous pouvons nous y voir et les y voir. Non pas à tour de rôle, mais simultanément. On s’y voit en les voyant. Dans cet aller-retour, on apprend en travaillant ensemble, on dort et on mange sous le même toit, dans les mêmes conditions, on utilise les mêmes toilettes, on marche dans la même boue et sous la même pluie.

C’est la première fois qu’un mouvement révolutionnaire réalise une expérience de ce style. Jusqu’à présent, l’enseignement entre révolutionnaires reproduisait les moules intellectuels de l’université, avec un haut et un bas stratifiés, et congelés. Ici c’est différent : on apprend avec la peau, avec les sens.

Enfin, il y a une question de méthode et de façon de travailler. L’EZLN est née dans le camp de concentration des relations violentes et verticales imposées par les grands propriétaires. Ils ont appris à travailler famille après famille, en secret, transformant les modes d’action des mouvements antisystème. Alors que le monde s’apparente de plus en plus à un camp de concentration, leurs méthodes peuvent s’avérer fort utiles pour nous tous qui continuons à lutter pour créer un monde nouveau.


  • Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3254.
  • Traduction d’Ana pour La voie du jaguar. Traduction légèrement revue par Dial.
  • Source (français) : La voie du jaguar, 25 septembre 2013.
  • Texte original (espagnol) : La Jornada, 23 août 2013.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, la traductrice, la source française originale (La voie du jaguar - http://lavoiedujaguar.net/) et l’une des adresses internet de l’article.

 

Notes

[2Un récit détaillé d’une expérience de la petite école a été publié en espagnol sur AlterInfos : « MÉXICO - La “escuelita de la libertad” : el ABC zapatista ». Le site La voie du jaguar a aussi publié le témoignage de Guillaume Goutte (français), l’un des étudiants du mois d’août. De nombreux textes autour de la petite école sont aussi disponibles (en espagnol, parfois avec une traduction française) sur le site des zapatistes, http://enlacezapatista.ezln.org.mx/.

[3Pendant la petite école, chaque étudiant-e était confié-e aux soins d’un votán membre de la communauté zapatiste où il était accueilli et chargé de veiller sur lui et de répondre à ses questions – note DIAL.

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Gilles Deleuze, février 1977.

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