24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 20:45

 

Depuis un peu plus d’un an je collecte des informations concernant le Grand Projet du président du Mexique Andres Manuel Lopez Obrador, le dit Train Maya. Essayant de faire la part des choses entre les arguments des partisans et opposants parmi les habitants des régions concernées par ce méga-projet. Au cours des dernières semaines le site Alainet a publié trois articles en français, complémentaires, qui réunissent les principales objections formulées contre la réalisation de ce projet. Des positions que je partage. Ne vous y trompez pas, d’AMLO, j’ai vraiment beaucoup de bonnes et mêmes très bonnes choses à dire, mais pas en ce qui concerne le train dit Maya, voici pourquoi :

Mégaprojets du Sud-Est du Mexique

Mégaprojets du Sud-Est du Mexique

Tous les voyants d’alerte écologique sont allumés : en dépit des disparitions de centaines d’espèces et un taux d’extinction qui s’accélère, une zone forestière qui se réduit à grande vitesse, des ressources en eau en diminution et fortement contaminées par des agrochimiques et des déchets industriels, les entrepreneurs du monde continuent à promouvoir leurs entreprises prédatrices telles que l’extraction minière, l’agro-négoce, le tourisme, les industries des hydrocarbures, le fracking ou la génération d’électricité. Dans cette zone, ils continuent à ouvrir des routes au milieu de la forêt et d’autres voies de communication et de transport de marchandises. Argumentant de l’importance de la croissance économique et de la génération d’emploi, ils parviennent à rallier les gouvernements, toutes orientations confondues, à des projets de modernisation, de développement, et de « bien-être social » qui supposent les mêmes conséquences de dévastation rentable : dévastation au nom du progrès.

Géopolitique des canaux et détroits, des trains et des connections catastrophiques

Ana Esther Ceceña

Le TM n’est pas uniquement un ouvrage de grande infrastructure, c’est la matérialisation et la territorialisation d’une vision du monde et d’un mode de vie encouragés par ceux dont les intérêts sont de les défendre. En peu de mots, le Train Maya n’est ni maya, ni seulement un train, n’est ni socialement, ni écologiquement soutenable, c’est la prolongation, par des moyens nouveaux, du projet néolibéral du marché mondial.

Le Train Maya: Machine sans frein de spoliation entrepreneuriale Sandy E. Ramírez Gutiérrez, Josué G. Veiga

Le troisième article concerne la modification du mode de propriété qu’implique ce projet, dans la plupart des régions traversées la majorité des terres sont en propriété collective. Cette propriété devrait être remise entre les mains d’un Consortium en échange d’actions et verrait une transformation radicale du mode de vie de ses habitants

[…] un des correspondants territoriaux du Train Maya, Pablo Careaga, représentant de FONATUR (Fondo Nacional de Fomento al Turismo- Fonds national du développement du tourisme), rapporte ce qui est dit aux membres des ejidos : « Nous te proposons une alternative. Ta terre, tu la cèdes au Consortium FIBRA Tren Maya. Que te donne en échange le consortium ? Il te donne des actions dans l’entreprise, tu deviens un associé de l’entreprise. Au même titre que les autres associés. Ta terre sera nécessaire pour les pôles de développement ». En d’autres termes, ce fonctionnaire dit : « …les membres des ejidos apportent leur capital sous forme de terre. La terre appartiendra aux associés du projet, aux propriétaires de la terre et à ceux qui investissent de l’argent pour développer les villes ».

Les paysans, « associés » du Train Maya. Le pillage financier

Violeta R. Núñez Rodríguez

salvalaselva.org

salvalaselva.org

Le Train Maya: Machine sans frein de spoliation entrepreneuriale

Sandy E. Ramírez Gutiérrez, Josué G. Veiga

20/04/2020

Article publié en espagnol dans la revue Revista América Latina en Movimiento No. 547: Panamá en Tehuantépec: Colonización ferroviaria del sureste de México 11/03/2020

 

 

 

 

Le train Maya (TM), est un des projets d’infrastructure emblématiques de l’administration d’Andrés Manuel López Obrador, président élu en 2018. Le Plan National de Développement 2018-2024 reconnaît que le TM est le plus important des projets d’infrastructure, de développement socio-économique et touristique. Son étude détaillée permet de relever des éléments qui révèlent certaines contradictions et sa continuité avec la dénommée Quatrième Transformation, prolongation de l’«ancien» régime néolibéral dont il cherche à se différencier.

 

La promotion du projet se fait par le récit de revivre la promesse jamais respectée du progrès dans la région sud-est du Mexique. On reconnaît qu’il existe un problème de « retard » dans la région et que la seule issue est la mise en œuvre de grands travaux d’infrastructure qui connecteraient ses richesses avec les flux commerciaux du commerce mondial. Ainsi le TM a été annoncé comme «une opportunité de vaincre la pauvreté et de générer le développement régional et la soutenabilité», sur la base d’une «nouvelle vision d’un tourisme soutenable», orienté vers un développement durable, intégral, culturel et social, dont la cible prioritaire sont les personnes ».

 

Par ces propos, on évite le questionnement de fond sur le fait que nombre des problématiques qui sont vécues dans la région ne sont pas dues au « manque » de développement ou à un «développement insuffisant», mais plutôt au modèle de «développement» mis en œuvre depuis plus de 500 ans : un modèle fortement orienté vers la concentration de richesses, l’extraction et l’exploitation des ressources destinées à l’extérieur, entraînant une exclusion sociale massive, une pression sur les territoires, leur pillage et le rejet des modes de vie. Ce qui est digne de critique n’est pas le manque de développement mais bien la logique qui y a conduit.

 

Il faudrait préciser quelques points…

 

En premier lieu, ce n’est pas seulement un train

 

Le projet du TM suppose l’imposition d’un vaste complexe d’ordonnancement territorial de tout ce qui existe dans la région : re-localisation des implantations en raison des besoins de nouveaux centres urbains, agrandissement des installations industrielles, exploitation des ressources en eau et autres richesses naturelles, expansion des zones touristiques et autres attractions disneylandisées au service du marché mondial.

 

La grande infrastructure en projet est supposée faciliter la mobilité du fret (pétrole, minerai, fournitures) sur toute la longueur de la péninsule, grâce à une connexion interocéanique et une voie terrestre vers le centre-nord du pays. Elle ouvrira des routes et des enclaves commerciales qui accéléreront la connectivité avec le principal associé commercial, les États-Unis, et avec la région asiatique. Son effet d’entraînement pourra déboucher sur l’expansion économique d’autres secteurs qui ont acquis une importance majeure ces dernières années : tourisme, industrie immobilière, agro-industrie et énergie. 

 

À moyen et long terme, la viabilité économique proviendra des revenus du transport de fret. Actuellement, le transport des marchandises dans la région se fait par l’intermédiaire de véhicules automobiles ; avec la nouvelle infrastructure on espère qu’une grande part du fret soit transférée vers le chemin de fer en raison de sa compétitivité sur les trajets de longue distance. On estime que la demande initiale serait de 2,4 millions de tonnes par an et atteindrait les 10 millions de tonnes, avec les conséquences que cela supposera sur l’environnement.

 

Durant des décennies, à Campeche, dans le Tabasco, le Yucatán et le Chiapas a été élaborée une structure productive basée sur l’extraction du pétrole, l’exploitation des bois précieux, du café et des fibres naturelles. Plus récemment, les surfaces agricoles de la péninsule du Yucatán ont été destinées à d’autres activités comme la culture du palmier à huile, du soja, à l’élevage porcin, toutes activités qui exigent d’énormes surfaces de terre et consomment une grande quantité d’eau.

 

Par exemple, une des entreprises qui bénéficieraient du train est la troisième usine sucrière du pays, San Rafael de Pucté, située dans le Yucatán. Avec une capacité de broyage de plus de deux millions de tonnes de canne à sucre durant la zafra, période de récolte, cette usine peut consommer presque 40 mille mètres cube d’eau par jour. Flores et Deniau indiquent que cette sucrerie jouit de la concession de 6 puits d’eau souterraine dont la capacité équivaut à 57% du total du volume concédé pour usage industriel à Umán, municipalité où elle est implantée. De même à Campeche, dans le Chiapas et le Yucatán a été encouragée à grande échelle la culture du palmier à huile, énorme consommatrice d’eau. À Campeche, trois entreprises consomment environ 14,5 millions de mètres cubes d’eau: Palma real, Consortium Agricole Oléicole et Frutoka (Flores Deniau et Prieto, 2019). En outre, on a relevé la présence d’entreprises telles que Agroimsa, Oleopalma, Propalma, Aceitera chiapanèque La Palma et Procesadora d’huile de palme dans le Chiapas, et Huilerie du Golf et Industrie Patrona dans le Yucatán. Au nombre des entreprises porcines, on distingue Kekén, le meilleur producteur de viande de porc du pays et principal exportateur vers le Japon et la Corée du sud.

 

Les complexes touristiques impliquent aussi une forte pression sur les richesses naturelles et culturelles de la péninsule yucatèque. Pour ce qui est du tourisme dans la péninsule, il est concentré dans des chaînes hôtelières à capitaux d’origine espagnole (Groupes RIU, Barceló, Meliá, Iberostar, Oasis, H10 et Princess), et étatsuniens (Groupe Royal Resorts, Hyatt et Hilton Resort ) et quelques entreprises nationales comme Grupo Posadas, Palace Holding, AM Resorts et Grupo Xcaret. Concernant le développement immobilier«seules dix entreprises [nationales] concentrent 34% du commerce immobilier » (Flores, Deniau et Prieto, 2019:22) parmi lesquelles les Grupo Sadasi, CORPOVAEL, Grupo Vivo, Casas ARA, Cocoma, Inmobiliaria VINTE, Conjunto Parmelli, Grupo BMV(Casas Javer) Empresa ICA et Industrias Curator.

 

Dans le même temps pourraient s’ouvrir d’autres marchés et industries qui profiteraient des conditions naturelles de la région (pétrole, immense biodiversité, etc…) et des coûts peu élevés du nouveau mode de transport, ainsi que d’une main d’œuvre bon marché. Finalement il ne faut pas perdre de vue que la péninsule du Yucatán fait partie de la région « Grande Caraïbe » qui se caractérise par ses interconnexions avec le marché mondial (grâce à différentes voies de communication, de corridors multimodales et de connexions interocéaniques) (Ceceña, 2019). Le train n’est que le prétexte, le fer de lance, qui ouvrira la voie à de nouveaux commerces qui étaient jusque là limités ou qui étaient empêchés par l’article 27° sur la propriété des terres communautaires (ejidos).

 

En second lieu, il n’est ni social ni écologiquement soutenable

 

La mise en place du projet suppose une profonde restructuration, relocalisation et ré-articulation des systèmes sociaux et écologiques conditionnés aux multiples interactions entre les éléments et les dimensions qui fondent les pratiques culturelles matérielles et les processus géophysiques du territoire. La Péninsule du Yucatán fait partie du Corridor Biologique Mésoaméricain qui appartient à ce qu‘on appelle l’Amazonie mésoaméricaine, dont la contribution au climat de l’hémisphère nord est fondamentale. La construction met en péril l’habitat d’une zone riche en diversité : le seul tracé du train traversera, sur 15 hectares, des Aires Naturelles Protégées, parmi lesquelles la Réserve de la Biosphère de Calakmul (Campeche), classée Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO et seconde plus grande réserve du continent américain, juste derrière l’Amazonie brésilienne.

 

La circulation du train engendrera une plus grande pression sur la nature en raison de l’urbanisation qui en découle et de son fonctionnement, générateur d’une augmentation des déchets et de pollution. Un des thèmes les plus sensibles est l’altération de l’écosystème de la péninsule en tant que régulateur du climat (local, régional et même global).

 

Faire qu’un projet, avec ces spécifications, soit rentable économiquement grâce aux revenus du tourisme, implique que ce soit un tourisme de masse pour couvrir les coûts énormes du TM. L’étude coût-bénéfice, élaboré par le Secrétariat des Finances et du Budget public (2020) estime que 42% des bénéfices du développement du TM proviendront des retombées touristiques. Ceci suppose qu’on prétende augmenter la demande de transport (jusqu’à 100.000 passagers par jour) et que soient multipliés les complexes touristiques disponibles pour le tourisme national et étranger. Bien que le Quintana Roo soit doté déjà de la plus grande infrastructure hôtelière, on envisage de l’amplifier et que soit transposé son modèle à des villes comme Mérida dans le Yucatán. Le développement « inclusif » qu’induit le TM s’oriente vers le travail salarié précaire dans des maquiladoras, manufactures sous-traitantes, et le tourisme de masse. Un tourisme qui se traduit par des transformations drastiques des paysages, l’avancée d’une urbanisation anarchique, la pollution et la déprédation sans respect des écosystèmes, dans de très vastes régions. En outre, on prévoit une augmentation exponentielle de la violence directe et structurelle ainsi qu’une augmentation de la concentration de richesse et d’inégalité sociale.

 

En troisième lieu, ce n’est pas un train maya, mais un projet néolibéral

 

Le TM pille et s’approprie des signifiants et des imaginaires collectifs de la culture maya pour les transformer et les vendre comme marque d’un projet nationaliste. Il globalise tous les peuples et, ce faisant, occulte le kaléidoscope des diversités culturelles et naturelles qui cohabitent dans la péninsule. En outre, l’intention d’ouvrir le sud-est mexicain par de grands travaux d’infrastructures n’est pas le fruit du génie du gouvernement actuel. Le TM est la synthèse de la réhabilitation d’anciens programmes d’ordonnancement territorial des gouvernements antérieurs. La plupart ont échoué ou ont été réalisés partiellement, mais l’intention d’«intégrer» ou d’ouvrir la région sud-est au marché mondial a été une volonté constante. Les risques qu’entraîne la réalisation du TM sont très élevés. Le TM présente des éléments de cohérence avec une vision du monde des affaires et des intérêts strictement néolibéraux : une faible présence de l’État dans les investissements, une augmentation de la privatisation suscitant la participation de grandes entreprises locales et étrangères, une accélération de la spoliation, jamais vue auparavant dans le sud-est (des droits, des territoires, des savoirs), une rupture des liens sociaux, des identités culturelles et des pratiques économiques. Le risque encouru est très élevé et il faut réfléchir à si ce qu’on veut est renforcer le droit à la libre autogestion pour que les communautés locales décident des routes et des chemins de leur propre avenir, ou bien imposer, selon une vision paternaliste de l’État, un projet étranger aux besoins des communautés locales qui favorisera la distribution des richesses de la région au profit des grands intérêts privés.

 

Réflexions finales

 

Le projet du TM est conçu pour transporter des personnes (touristes et passagers locaux) et du fret (énergétiques, comestibles, matériaux de construction, et autres); mais il suscitera aussi des intérêts de natures diverses : politiques, économiques, financiers et géopolitiques. Sa construction supposera un réordonnancement territorial en fonction de la demande du marché mondial, le renforcement croissant d’intérêts économiques locaux et l’afflux de capitaux étrangers. La connexion, l’extraction, l’exploitation des ressources pour des bénéficiaires extérieurs seront facilitées, tandis que les besoins locaux resteront subordonnés et relégués au second plan. Loin de promouvoir une croissance économique moins inégalitaire – sans compter les dommages environnementaux, culturels, archéologiques que le projet induit – le projet du TM accentuera les asymétries économiques et le modèle de polarisation, d’exclusion et de concentration entre grandes entreprises (agro-industrie, extraction de pétrole ou de minerais, complexes touristiques), mettant ainsi en danger la diversité culturelle et écologique de la région.

 

Le TM n’est pas uniquement un ouvrage de grande infrastructure, c’est la matérialisation et la territorialisation d’une vision du monde et d’un mode de vie encouragés par ceux dont les intérêts sont de les défendre. En peu de mots, le Train Maya n’est ni maya, ni seulement un train, n’est ni socialement, ni écologiquement soutenable, c’est la prolongation, par des moyens nouveaux, du projet néolibéral du marché mondial.

(Traduction : Françoise Couëdel)

- Sandy E. Ramírez Gutiérrez est doctorante de troisième cycle en Études latino-américaines et membre de l’Observatoire Latino-américain de Géopolitique (OLAG) et du Laboratoire des Études sur les Entreprises Transnationales, à l’IIEc, UNAM sanerag@gmail.com

- Josué G.Veiga Maîtrise de Troisième cycle d’Études latino-américaines et membre de l’ OLAG et du Laboratoire d’Études des Entreprises Transnationales, à l’IIEc, UNAM josuegave@hotmail.com

Références

Ceceña, A. (2019), “Megaproyectos para el mercado mundial”, Avances de investigación. Tren Maya, Observatorio Latinoamericano de Geopolítica, IIEc-UNAM, México, http://geopolitica.iiec.unam.mx/sites/

default/files/2019-12/OLAG-2019-TrenMaya-Avancesdeinvestigacio%CC%81n.pdf

Flores, A., Deniau, Y., Prieto, S. (2019), El Tren Maya. Un nuevo proyecto de articulación territorial en la Península de Yucatán, GeoComunes, http://geocomunes.org/Analisis_PDF/TrenMaya.pdf

Secretaría de Hacienda y Crédito Público [2020], Análisis Costo Beneficio. Versión pública, México,

disponible en Animal Político:

https://www.animalpolitico.com/wp-content/uploads/2020/01/version-

P%C3%BAblica-ACB-Tren-Maya-08012020-VFI-vF-4.pdf

 Source : ALAINET

 

 

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 23:00
ONIC Organisation des indigènes de Colombie

ONIC Organisation des indigènes de Colombie

Note d’introduction : cela prend de plus en plus de temps de vérifier les informations qui nous parviennent. La guerre psychologique atteint des dimensions pharamineuses, et il y a beaucoup de thèmes au sujet desquels j’essaye de suivre les fils d’information, sans avoir le temps de traduire à partir des sources originelles. Ainsi par exemple un article sur les assassinats de la population indigène de Colombie, ou le livre de Dawn Paley « capitalisme « antidrogue » une guerre contre les peuples » qui montre le rôle joué par le narcotrafic, dirigé depuis Washington dans les crimes et déplacements forcés contre les communautés indigènes et paysannes dans le but de livrer leurs terres aux grands propriétaires terriens et corporations extractivistes.

Je relaie donc le texte suivant tout en faisant deux objection : 1) ce ne sont pas des milliers d’indigènes et paysans qui sont en déplacements forcés en Colombie. Selon l’ONU ils seraient près de 7 millions de déplacés intérieurs. Et 2) Le problème ne sont pas les Accords de Paix signé avec les FARC par le précédent gouvernement de Manuel Santos, mais bien le non respect de ces accords par le gouvernement actuel de Duque-Uribe* et la reprise des politiques agressives menés par des groupes militaires et para-militaires qui ont fait déjà plusieurs victimes parmi d’anciens militants des FARC qui s’étaient intégrés dans la société qui ont été assassinés ou la reprise de pratiques de violence d’état et faux positifs (personnes étrangères au conflit assassinées que l’ont fait passer pour des guérilleros pour « augmenter les quotas ») qui ont conduit à un nouveau crime d’état, l’assassinat de 18 enfants qui avaient été enlevés par la guérillas lors de l’attaque de leur camp par les militaires.

Duque-Uribe, parce que l’insipide actuel président est un fantoche de l’ex-président d’extrême-droite Alvaro Uribe Velez. C’est tellement notoire qu’il arrive régulièrement que des politiques ou des journalistes fassent le même lapsus, parlant du Président Uribe (plutôt que Duque) comme s’il était l’actuel président de Colombie.

L’ONIC convoquait aujourd’hui le mouvement indigène de Colombie à se joindre au grand mouvement de grève national qui traverse le pays

L’ONIC convoquait aujourd’hui le mouvement indigène de Colombie à se joindre au grand mouvement de grève national qui traverse le pays


 

Le 29 octobre dernier, en plein cœur des montagnes du département du Cauca, au sud-ouest de la Colombie, cinq gardes et autorités indigènes nasa ont été massacrés par des milices armées, alors qu’ils et elles exerçaient le « contrôle territorial » propre à l’autonomie de leurs territoires. Cette même semaine, 16 personnes au total ont été assassinées dans le Nord du Cauca.

Dans cette zone peuplée majoritairement par le peuple nasa, les communautés ont réussi, à force de luttes depuis l’époque de la colonisation, à faire reconnaître leur autonomie et à créer leurs propres gouvernements locaux. Aux côtés d’autres peuples et mouvements sociaux, elles ont mené depuis les années 1970 de nombreuses luttes pour la récupération des terres volées par les propriétaires terriens issus de la colonisation. Un grand mouvement de « Libération de la Terre Mère » a notamment été lancé depuis 2014 par les communautés nasa afin d’occuper les monocultures de canne à sucre installées dans la plaine du Cauca et de les arracher des mains des entreprises spoliatrices et pollueuses.

La répression n’a cependant jamais cessé de s’abattre sur les communautés indigènes, paysannes ou afro-descendantes et le mouvement social dans son ensemble.L’État par son armée et les groupes paramilitaires ou guerillas avec qui il est en lien, perpétue menaces, massacres et assassinats ciblés pour exercer la terreur et permettre l’exploitation capitaliste des territoires fuis par les milliers de déplacé-es (extraction minière, narcotrafic, grands projets…).

Le massacre du 29 octobre à Tacueyo et les assassinats qui ont suivi sont le symbole d’une stratégie, d’extermination des peuples en résistance pour le contrôle et l’exploitation des territoires qui n’a que trop duré. Les accords de paix entre le gouvernement et les Farc n’ont en rien résolu le problème et ont même permis une recrudescence de la présence de groupes dissidents et de paramilitaires, créés et entraînés pour massacrer les militant-es politiques et sociaux. Depuis la signature de ces accords en 2016, 88 militant-es indigènes ont été assassiné-es dans le Cauca.

Nous dénonçons ces assassinats ciblés qui touchent tous les secteurs sociaux colombiens.

Nous exprimons notre douleur et notre rage devant l’impunité qui frappent ces crimes et manifestons notre solidarité envers les communautés indigènes du Nord du Cauca.

Cristina Bautista, Asdruval Cayapu, Eliodoro Finscue, José Gerardo Soto, James Wilfredo Soto et tou-te-s les autres, on ne vous oublie pas !

No estan soles !

La lucha sigue !

 Source : Commission des Relations Internationale de l’UCL

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 18:24

 

Au Mexique se manifestent tous les préparatifs d’une tentative de coup d’état conjuguant différentes tactiques sur de multiples fronts. Ici c’est l’aspect religieux de cette déstabilisation planifiée qui est mis en évidence. Comme vous le verrez dans la vidéo ci-dessous, un prêtre appelle les Mexicains a exorciser le démon, Satan, auquel le Président Andrès Manuel L.O. aurait selon lui livré le pays.

Un nouveau fanatisme religieux prend place sur la scène politique internationale. Courant majoritairement évangéliste (protestant), il touche également des catholiques. On a pu voir comment en Bolivie, les suppôts du gouvernement putschiste qui ont pris le pouvoir, pratiquent des exorcismes collectifs pour « chasser Satan du pays ». Satan ici est incarné par la Pachamama, par la spiritualité des populations originaires. Ce courant, partie inclusive de l’extrême-droite, est le même qui a porté au pouvoir Bolsonaro au Brésil, un pays où il compte 20 millions d’adeptes. Le même qui chapeaute le suprémacisme blanc au USA, où ce courant trouve à sa tête John Bolton mais aussi Mike Pence qui deviendrait président si Trump se voyait forcé de renoncer à sa charge…

Bien sûr, il y a derrière tout cela de puissants intérêts économiques, mais qui ne triompheront que si ils réussissent à gagner à leur cause également des masses, celles les petites gens qui jamais ne recevront plus que de maigres miettes du gâteau. Dans ce but sont utilisées des idéologies de fanatismes religieux qui prennent à présent la forme déclarée d’une Croisade, d’une Chasse au Sorcière avec ouvertement affirmée une volonté d’exterminer le démon. Un programme génocidaire, fanatique et fasciste.

Ici, je vous présente une vidéo dans laquelle on voit un prêtre catholique mexicain appeler « les croyants » (crédules?) à s’unir pour chasser Satan du Mexique, les hordes sataniques ayant selon lui à leur tête le président Andrès Manuel López Obrador. Une réplique de ce qui se produit actuellement en Bolivie.

Ce qui suit n’est pas anecdotique, puisque la Conférence Épiscopale du Mexique, par la voix de son président Pogelio Cabrera López, s’est prononcée contre le Président et multiplie les déclarations qui le discréditent. De même qu’en Bolivie (et dans certains secteurs européens de ces courants comme on peut le voir ici), le racisme ethnocidaire contre les populations originaires est présenté comme une lutte de la Vierge de Guadalupe contre la Pachamama qui selon eux serait « enceinte de l’antéchrist ». Cela fait froid dans le dos. Heureusement, si la Vierge Guadalupe est vénérée par beaucoup de Mexicains, tous ne sont pas dupes pour autant et s’élèvent de nombreuses voix chrétiennes qui sont prêtes à défendre AMLO, même si pour cela elles doivent condamner la hiérarchie cléricale du pays. Rappelons qu’un des plus grand soutien d’Andrés Manuel est le père Solalinde, un prêtre catholique qui a été nominé au Prix Nobel de la Paix en 2017, un vrai pratiquant de la philosophie chrétienne, qui déploie une inlassable activité pour venir en aide aux migrants et considère AMLO comme un frère.

Il faut chasser Satan du Mexique en détruisant Andrés Manuel López Obrador

Traduction  de cette vidéo de la 3éme à la 7éme minute (le reste est consacré à un autre front, une autre partie de l’histoire) :

« Je suis Mexicain, je viens de Mexico, essayant de promouvoir une croisade d’oraisons. Qu’ont-ils fait avec le Venezuela, nos voisins. Que font-ils depuis neuf mois avec le Mexique ? Le suivant est la Colombie. Quelqu’un dit Non, Merci. Parce que cela va dépendre de nous. Au Mexique actuellement nous menons une Croisade, recherchant 12 millions qui prient le rosaire tous les jours pour contenir le dragon qui vient d’arriver dans notre pays. Mais nous avons besoin de 30 millions. Je vais vous montrer grâce à seulement deux exemples ce qu’ils sont en train de faire dans tous les pays d’Amérique Latine pour les détruire.

Quels sont les trois piliers qui ont soumis Cuba pendant 60 ans. Tu vas être surpris de constater que ce sont les mêmes que ce qu’ils essayent de faire ici. Je ne vais pas les expliquer, je vais juste les mentionner. Premièrement la maçonnerie – ne me dit pas qu’en Colombie il n’y a pas de maçons, c’est infesté de maçons là-bas aussi et beaucoup sont au pouvoir.

Deuxièmement la SORCELLERIE comme ils l’appellent à Cuba Santeria. Tu ne te rends pas compte de comment a commencé le gouvernement du Mexique ? En faisant un rituel – bon je ne sais pas ce qu’il a fait, je ne suis pas exorciste (sic) – mais je suis convaincu que ce rituel consacrait lesMexique à Satan. Un pays dans lequel vit la Vierge à San Diego a été consacré à Satan ! [ San Diego,Tijuana, où selon eux, apparut la Vierge de Guadalupe, lieu de pèlerinage annuel pour environ 8 millions de croyants NdT].

Au Venezuela à partir de l’âge de 3 ans, ton enfant appartient à l’état. Cela tu le sais, tu l’entends, cela se passe ici à côté de toi. Quelle est la première chose qu’ils vont faire au Mexique : supprimer le droit parental

[commentaire de Nacho Rodriguez sur le site duquel est présenté cet extrait de discours insensé, Incrédule, il rappelle que c’est ce qui se passe en Bolivie, les populations originaires sont satanisées., diabolisées. (j’ajouterais, de même que le sont ici les populations africaine, à Cuba tous les indigènes ayant été massacrés par les conquistadores, les populations d’origines africaines mises en esclavage ont amené leur propres rituels origine de la Santeria. Suite du délire « religieux »…]

Tu ne gouverneras plus tes enfants, l’état les gouvernera.

Il faut les démoraliser pour les détruire. Deuxièmement : déstabiliser toutes les institutions. Tu le sais, qui est ne train de châtier le peuple du Venezuela : la Garde Nationale Bolivarienne ? Comment s’appelle la nouvelle armée qu’à formé le Mexique : Garde Nationale… [...] »

 

« Les détruire », « Déstabiliser toutes les institutions »… c’est clairement une composante des préparatifs de coup d’état qui s’intensifient au Mexique

La suite des insanités ne figurent pas dans l’extrait présenté ici, qui me semble amplement suffisant pour se faire une idée avant d’être submergés par la nausée.

Comment croire qu’un Dieu Créateur Parfait a pu créer des créatures qu’il aime pour qu’elles exterminent d’autres de ses créatures qu’il hait. Cela ne tient pas debout.

J’ai un grand respect pour ceux qui parmi les chrétiens pratiquent l’amour du prochain, le refus de s’enrichir au détriment d’autrui, la compassion… je me sens en affinité avec ceux-là, mais ceux dont il est question ci-dessus, encore plus après avoir vu les crimes qu’ils perpétuent en ce moment en Bolivie, me dégoûtent et me mettent en colère, car ils sont entièrement faits de haine et non d’amour. Parce que la malveillance les guide et que le Dieu qu’ils se sont inventé leur donne le droit – que dis-je – le devoir de tuer en son nom. Bienvenue au 21ème siècle…

 

Ben voilà, je voulais approfondir cette question de courants religieux d’extrême-droite génocidaire qui appellent à exterminer les « infidèles », des courants qui prennent place sur la scène politique et dont les adeptes se comptent par dizaines de millions en Amérique Latine et au Nord où ils occupent une place importante dans l’actuel gouvernement des USA alors qu’ils gouvernent le Brésil et essayent d’installer leur pouvoir en Bolivie.…

 

Anne W

 

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 01:38
Manifestations en Amérique Latine, c’est le tour de la Colombie

Une vidéo avec des images et des explications concises de la grève d’aujourd’hui-hier en Colombie. Chaque image parle…

Que se passe-t-il en Colombie ?

Traduction libre du contenu :

Au cours des derniers mois la situation en Amérique du Sud a été brutale grèves, manifestations, blocages, pillages ;;; jusqu’à des blessés et des morts. Pour différents types de demandes et problématiques sociales dans chaque nation. Depuis l’augmentation du prix du métro au Chili à la réélection du président en Bolivie. Mais en dernières instances toutes ont un point commun, des gouvernements qui sont sourds aux aspirations des habitants, ce qui provoque le soulèvement d’une grande partie de la population.

Cette fois c’est le tour de la Colombie qui s’est réveillé ce matin avec les frontières fermées (Brésil, Venezuela, Équateur et Pérou) et les forces militaires en état d’alerte maximale pour ce qui s’annonçait comme une journée de protestations massives.

Au départ la mobilisation est appelée par les organisations syndicales et les centrales ouvrières qui appellent à une grève générale et le mouvement s’est étendu.

Des manifestations ont eu lieu aujourd’hui non seulement à la capitale bogota, mais aussi dans de nombreuses villes à travers le pays, alors que le gouvernement a préparé un dispositif policier et militaire dans tout le pays pour éviter que les manifestations se terminent en troubles et il a fermé les frontières.

Aujourd’hui des millions de personnes ont manifesté en Colombie pour des raisons qui peuvent se diviser en 4 :

1)Un paquet de mesures ( de type néolibéral), des mesures qui auront de forts impacts économiques et sociaux pour les travailleurs. Une des ces mesures : l’élimination du fond de pension de l’état qui se double d’une augmentation de l’âge de la pension. Une forte diminution du salaire des jeunes de moins de 25 sous le salaire minimal. Le gouvernement affirme qu’il n’appliquera pas ces mesures mais beaucoup pense que c’est un mensonge. (ce ne serait pas le premier, Duque est notoirement un menteur pathologique)

2)L’éducation Des milliers de manifestants sont des étudiants des universités publiques et privées qui se sont déjà mobilisés à plusieurs reprises cette année. Il réclament aussi l’application d’un accord qu’ils avaient signé avec le gouvernement et protestent contre les brutalités policières dont ils ont soufferts lors de précédentes mobilisations, en particuleir de la part des escadrons anti-émeutes. En Colombie aussi, la police rend aveugles les étudiants en tirant dans leurs yeux. Et enfin ils manifestent également contre la corruption qui règne dans plusieurs universités.

Assassinats d’indigènes, de leaders sociaux et d’ex guérilleros (qui après la signature du Plan de Paix s’étaient intégrés dans la société, parfois leurs familles aussi sont des cibles) (et n’oublions pas les journalistes qui dans certaines région portent en permanence des gilets pare-balles). Plusieurs centaines de morts cette année. (je n’ai pas la dernière tragique actualisation). Une situation particulièrement critique dans la région du Cauca. Les défenseurs du milieu ambiant sont des cibles privilégiées des assassinats sélectifs.

Non-accomplissement du processus de paix. Un accord qui avait été signé avec les guerillas politiques par le président précédent Manuel Santos. Au lieu d’appliquer cet accord devait mettre un terme à plus d’un demi-siècle de guerre civile de basse intensité, le gouvernement est accusé de raviver la violence… Des violences qui avaient atteint des sommets sous la présidence d’Alvaro Uribe, un des dirigeant de l’extrême-droite latino et membre important de UnoAmerica), dont l’actuel président est la marionnette.

Ce sont les principales raisons pour lesquelles la Colombie s’est mobilisée hier-aujourd’hui. Et aujourd'hui-demain ?

Anne Wolff traductrice libre

Manifestations en Amérique Latine, c’est le tour de la Colombie
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Ils nous a coûté si cher d'ouvrir les yeux, ils veulent nous rendre aveugles

Ils nous a coûté si cher d'ouvrir les yeux, ils veulent nous rendre aveugles

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 23:19

 

Il devient de plus en plus difficile de savoir ce qui se passe vraiment en Bolivie Profonde. Au cours des derniers jours, à travers toutes les sources, dans toutes le régions, revenait ce même appel chargé de douleur et de colère des populations originaires : « Ils nous tuent comme des chiens et la presse est absente. S’il vous plaît, aidez-nous, montrez ce qui se passe ici, nous avons besoin de tous les soutiens »

Je viens de publier une traduction, d’une vidéo qui décrit le coup d’état made in USA en 1954 au Guatemala. Pendant toute la traduction, je sens la résonance avec ce qui se produit en Bolivie, même si Evo Morales n’a plus la popularité incontestable dont il jouissait lors des précédentes élections, il effectuait toujours le mandat en cours jusqu’au 22 janvier 2020 pour lequel il a été élu avec plus de 60 % des voix, il a été forcé à démissionner sous la pression dans une mauvaise farce de soulèvement populaire préparé depuis Washington. Ma traduction suivante sera celle d’une vidéo qui analyse, documents à l’appui ce coup d’état « made in USA ». Et montre que le soulèvement au cri de « fraude » était déjà programmé de toute façon au cas plus que probable ou Evo gagnerait les élections et que le rapport de l’OEA au sujet de cette fraude a été critiqué de manière convaincante, plus que les arguments que ce rapport bâclé et inexacte présente

 

Pour comprendre ce que rétablir la démocratie veut dire pour les USA, il suffit d’aller voir ce qui se passe au Honduras depuis plus de 10, une triste histoire… une histoire de terreur et de misère qui pousse une grande partie de la population à fuir le pays, coûte que coûte. Alors que l’immense majorité des habitants demandent le départ d’un président élu de manière inconstitutionnelle doublée d’une fraude, la preuve est faite depuis New-York où son frère vient d’être condamné pour trafic international de drogue à haut niveau et autres bagatelles (j’ai oublié les termes techniques), la preuve est faite que le président Juan Orlando Hernandez (JOH) a été bénéficiaire de l’argent de la drogue de son frère, qui a – entre autre – financé ses campagnes électorales, et que la femme de ce JOH a contribué au blanchiment de cet argent sale. JOH fait l’objet d’une enquête de la DEA depuis 2012, le fils du précédent président a également été condamné aux USA pour trafic de drogue. La violence a explosé dans le pays depuis le coup d’état, alors que la misère touche une majorité de la population. Les opposants, les journalistes sont harcelés, menacés, assassinés ou disparaissent, comme la militante lenca du COPINH, Berta Caceres, assassinée de deux balles dans la tête, le 3 mars 2016, alors que les organisations internationales de Droits Humains avaient exigé du gouvernement qu’elle bénéficie de mesures de protection. Etc…

Mais Trump a félicité en personne JOH pour l’excellent travail qu’il fait… On croît se retrouver en plein cauchemar, quand tout perd son sens parce que les mots disent le contraire de ce qu’ils signifient réellement.

C’est ce que vivent les habitants originaires et légitimes de Bolivie en ce moment. Une presse prostituée qui présente une réalité inventée du pays, pendant qu’ils se font humilier, battre, assassiner, emprisonner… Le cri d’alerte aujourd’hui qui fait écho en différents lieux du pays : le gouvernement fait disparaître les corps des morts.

Une image parle plus que des mots...les petits points verts…

Brèves du jour 21 11 2019

Le coup de force de ce coup d’état, c’est que par un des tours de passe passe auquel la CIA voudrait nous habituer, un parti tout aussi extrêmement minoritaire qu’il est sans contestation possible raciste et d’extrême-droite, par une manipulations des faits et des circonstance, organisée, préparée de toutes pièces a pris le pouvoir. Dans la distribution des sièges parlementaires en Bolivie, le parti du nouveau pouvoir est représenté par les petits points verts.

 

Aujourd’hui se déroule en Colombie une grève générale, un arrêt du pays, en protestation contre des mesures néolibérales, l’absolue incapacité du président Duque a gouverner le pays, les assassinats constants de militants et autres dirigeants populaires, le retour de la terreur dans la « guerre contre la drogue » qui a causé dernièrement la mort de 8 enfants, la persistance de la violence paramilitaire d’extrême-gauche, comme d’extrême-droite, etc.

En vue de la manifestation, Duque a mis les casernes en état d’alerte et déclaré à partir d’aujourd’hui un couvre feu… je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir en détail comment se passe les manifestations…. Un autre bon élève de Washington

Une bonne nouvelle : au Chili les forces de l’ordre n’ont dorénavant plus le droit d’utiliser les cartouches qui ont rendu plus de 200 chiliens partiellement ou totalement aveugles. Mais. Trop de témoignages confirment que certains carabiniers tiraient volontairement de près et au visage, pour douter que ces sadiques trouveront d’autres manières de faire souffrir le peuple rebelle…. Et autres mauvais traitements.

 

Je voulais surtout vous inviter à ne pas détourner le regard de ce qui se passe en Bolivie, même s’il est de plus en plus difficile de trouver des sources qui rendent compte de la situation de terrain en différents lieux du pays.

A suivre

Anne

La presse d’ici ne dit rien, elle parle seulement de pacification. Le jeune montre sur l’écran de son téléphone, le corps de son beau-frère traversé de part en part par une balle des militaires. Il montre ensuite le corps d’une femme de pollera (jupe traditionnelle) morte [...] et cette fois encore « Il n’y a pas de justice, ils nous dirent, comme des chiens, comme des animaux. Je l’ai vu avec nons propres yeux, ils nous tirent dessus »

Démenti du Ministre de la Justice qui affirme que l'armée n'a pas tiré

La presse d’ici ne dit rien, elle parle seulement de pacification. Le jeune montre sur l’écran de son téléphone, le corps de son beau-frère traversé de part en part par une balle des militaires. Il montre ensuite le corps d’une femme de pollera (jupe traditionnelle) morte [...] et cette fois encore « Il n’y a pas de justice, ils nous dirent, comme des chiens, comme des animaux. Je l’ai vu avec mes propres yeux, ils nous tirent dessus »

 

Mais encore

Arrestation d’un médecin qui soignait les blessés (23s)

 

Vous trouverez d’autres courtes vidéos qui montrent ce qui se passe en Bolivie profonde sur Noticias Bolivia. qui est régulièrement actualisé.

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15 novembre 2019 5 15 /11 /novembre /2019 20:32

2138 personnes détenues, parmi elles 243 enfants et adolescents et 407 femmes. Neufs d’entre elles furent dénudées pendant les procédures policières

Par Página 12 Jeudi 14/11/2019 Source 1

Les femmes victimes de la répression au Chili

Cela a commencé avec les coups, les humiliations, les menaces, mais au cours des dernières heures, les tortures et viols de femmes se sont convertis en une réalité au Chili. L’état d’exception qu’a implémenté le gouvernement de Sebastián Piñera a ramené les pratiques de la dictature, y compris en qui concerne les disparitions. Beaucoup de femmes qui ont été détenues jusqu’ici ont disparu. En plus, les prisonnières à Santiago du Chili furent dénudées devant le personnel masculin qui leur touchait les parties génitales et « leur mettait la pointe du fusil dans le vagin pendant qu’ils les menaçaient de les violer et de les assassiner », comme il apparaît dans les témoignages recueillis par des compagnes de détention.

La Commission de Droit Humains de l’OEA (CIDH) a exprimé sa préoccupation pour les dénonciations faites auprès de l’Institut National de Droits Humains (INDH) concernant la violence sexuelle, les obligations de se dénuder et les tortures dans le cadre des détentions de manifestantes. « Le Chili doit mener une investigation et sanctionner ces faits avec diligence, de même que les actions policières et militaires dans lesquelles fut fait usage d’une force disproportionnée contre les civils. L’usage de la force doit être régit par les principes de légalité, nécessité, proportionnalité » a exprimé le CIDH.

Selon les chiffres de l’Institut National de Droits Humains (INDH) après les journées de protestation de dimanche, 2138 personnes furent détenues, parmi elles 243 enfants et adolescents et 407 femmes. Neufs d’entre elles furent dénudées pendant les procédures policières, des faits qui ont eu lieu dans les communes de Santiago, Maipú, Iquique, Antofagasta, Coquimbo, Valparaíso, Talca, Concepción, Valdivia, Temuco, Puerto Montt et Punta Arenas. La majorité mettent en cause l’usage disproportionné de la force au moment de la détention, en plus des détentions d’enfants, des mauvais traitements, des coups aux visages et à la poitrine, des tortures et les brimades sexuelles, entre autres outrages.

L’avocate du Réseau Chilien contre la Violence faite aux femmes, Silvana del Valle rapporte à El Desconcierto que la violence politico-sexuelle est une constante dans notre pays et dans toute la région depuis les dernières décennies, parce que les appareils policiers sont éduqués pour devenir des dispositif patriarcaux. Cela apparaît pendant la dictature Chilienne et pendant la période qui suit comme une caractéristique fortement marquée des forces de police ».

D’autre part, un groupe transversal formé d’académiques de différentes idéologies exigent des autorités la fin du couvre-feu et de l’État d’Urgence face aux lésions et morts occasionnées par les forces en uniforme ; ils exigent également que les avocats garantissent le respect des droits des citoyens. Selon des informations de La Tercera, 206 Académiques, doyens et doyennes, des principales facultés de Droit du pays ont signé une lettre concernant « la grave crise politique et sociale que vit le Chili et les violations des Droits Humains qui se sont produits ». Le début de la missive dit « Comme professeurs de droits de différentes facultés du pays et de diverses positions politiques nous ne pouvons garder le silence face à la situation que traverse actuellement notre pays ». Ils poursuivent en condamnant « les graves violations des droits humains qui ont été constatées en différents lieux de notre pays. Nous acons constatés au cours du temps des faits gravissimes qui montrent des schémas communs ».

Ils lancent également un appel aux avocats et avocates de tout le pays afin qu’ils informent les citoyens de leurs droits et des moyens de les exercer, et qu’ils assument la défense gratuite et adéquate de ceux dont les droits ont été violés ». « Nous faisons savoir que dès à présent nous nous engageons à ce que aucun acte constituant une violation au droits humains ne reste impuni » concluent-ils.

 

Des adolescentes et des enfants sont brutalement arrêtés !

Des adolescentes et des enfants sont brutalement arrêtés !

Des Infiltrés aux ordres

Les provocations violentes commises par des carabiniers infiltrés incluent l’incendie et le pillage de supermarchés. Plusieurs dénonciations de montages effectués par les carabiniers sont devenus virales, avec des images pour les illustrer, comme cette vidéo dans laquelle on voit des effectifs de police qui font descendre de leur véhicule un civil qui va mettre le feu à une succursale de la Banque de Crédit et Inversion (BCI).

« De même que pendant la dictature, il y a des mères désespérées qui cherchent leurs enfants dans les tribunaux. De nombreux mineurs d’âges ont été arrêtés » raconte Patricia, une psychologue interviewée par Ancap. Patricia raconte que dans le Chili de Piñera des gens sont séquestrés, qu’ils sont transférés dans des camions et leur proches ignorent où ils se trouvent. Déjà circulent des images d’incendie dans lesquelles on peut voir des cadavres, de ceux que les cercles médiatiques veulent faire passer pour des pilleurs », alors que nous avons vu dans des vidéos la manières dont ils jettent les corps [dans les incendies] Nous pensons tous que ce sont des victimes qui sont jetées dans le feu pour faire disparaître tout indice. »

L’Institut National de Droits Humains du Chili a tenté d’intégrer hier le poste [de santé] central de Santiago, un des lieux les plus vaste qui existe en ce qui fait référence à la santé publique et qu’ils se sont heurtés à une porte fermée par des chaînes, empêchant qu’ils entrent. « Nous ne savons pas ce qui ce passe mais ils sont entrain de bloquer le système de santé. Les installations portuaires sont également fermées. Nous sommes comme en guerre » ajoute Patricia dans un sens opposé à celui donné par le président chilien. La chronique de Ancap (Agence de Nouvelles de Communication Alternative) affirme que   « ceux qui ont vécu la dictature de Pinochet sont plongés dans la terreur et ont peur de sortir dans les rues, mais leur enfants et leurs petits-enfants le font pour eux ». Dans la commune de San Bernardo, située au Sud de Santiago, ils sont entrés dans les écoles et on séquestré des petites filles et des adolescentes. Plus tard, dans les centre de santé des lésions pour viols ont été constatées chez beaucoup d’entre elles » révèle ce média.

La suite est le récit de Pamela Maldonado, qui a donné plusieurs interviews complémentaires que je vais rassembler ici Source 2 et Source 3. Les faits ont eu lieu le 19 octobre, ils sont illustratifs de ce qui se produit chaque jour au Chili depuis.

Capture de la vidéo d'arrestation de Pamela et son papa à voir ici : https://radiolaclave.cl/politica/mujer-denuncia-torturas-a-su-papa-diabetico-lo-patearon-y-recibio-combos-en-la-cara/

Capture de la vidéo d'arrestation de Pamela et son papa à voir ici : https://radiolaclave.cl/politica/mujer-denuncia-torturas-a-su-papa-diabetico-lo-patearon-y-recibio-combos-en-la-cara/

«  Nous étions avec mon papa dans la rue San Isidro, près du métro Santa Lucia, aux environs de sa maison, il habite là, nous regardions ce qui se passait, lorsque une cinquantaine de carabiniers des Forces Spéciales sont arrivés en courant », raconte Pamela Maldonado, qui dénonce les tortures subies par son père le samedi 19 octobre, au cours des intenses manifestations qui se déroulaient dans tout le pays. « Mon papa, Miguel Maldonado a 53 ans et sans que leur importe que nous soyons là seulement en passant et en regardant, ils l’ont empoigné et jeté au sol. Je leur demandais de ne pas le frapper parce que c’est une personne âgée et diabétique, mais au moins 30 carabiniers l’ont encerclé, ils ont fait un barrage de leurs boucliers et entre tous ont commencé à le frapper ».

Pamela relate qu’elle criait aux carabiniers d’arrêter de le frapper, mais la réponse qu’elle a obtenu fut une forte poussée dans le dos qui l’a jetée contre un mur que sa tête a cogné, elle est tombée.

« Quand je me relevai je vis qu’ils avaient mis mon papa dans un fourgon carcéral et je commençai à filmer. Je demandai avec insistance de me dire où ils l’emmenaient et ils ne me répondaient pas. Finalement l’un d’eux m’a dit qu’ils l’emmenaient à la Troisième Division des Commissariats. Quand je lui demandai où il se situait, il me répondit de chercher sur Google. » raconte-t-elle.

« Puis il s’est énervé, m’a insultée et saisie par le cou et m’a dit que j’étais prisonnière, ils ont pris mon téléphone cellulaire pendant qu’il me faisaient monter dans le fourgon. A l’intérieur, j’ai vu mon papa avec le visage plein de sang. Avant qu’il le fasse monter dans le véhicule, il n’était pas comme ça, ils avaient continué à le frapper à l’intérieur » dénonce-t-elle.

« Je voudrais dénoncer un carabinier en particulier, Danilo Muñoz, qui s’est comporté comme un forcené » ajoute la plaignante. « Il a dit qu’il aimerait descendre pour tuer des gens, tous les enculés de communistes et il se vantait qu’il pouvait faire ce que bon lui semblait grâce à nos impôts » détaille-t-elle.

La jeune femme raconte que pendant tout ce temps ils maintenaient les menottes, volontairement serrée à outrance, à son papa dont le visage saignait. « Je lui offris de l’eau, mais un Carabinier me poussa, je m’assis et ils commencèrent à jeter de l’eau au visage de mon père avec une bouteille qu’ils avaient. Ils serraient les menottes toujours d’avantage et je les priai d’arrêter, parce qu’il est diabétique et qu’il est dangereux pour lui de saigner comme cela, pendant tout ce temps, mais eux les serraient toujours plus, et le frappaient à la poitrine. » affirme-t-elle. Arrivé à ce point elle ne pouvait croire à ce qui se passait, elle a serré son papa dans ses bras pour le protéger des coups.

Maldonado raconte qu’ils furent arrêtés aux environs de 16h30 et maintenus dans le fourgon au moins jusqu’à 20h. « Pendant que nous étions dans le véhicule, ils ont fait monter un homme, appelé Sergio dont le nez n’arrêtait pas de saigner. Il criait de douleur et disait qu’il était un malade chronique, quand je lui demandai ce dont il souffrait, il me répondit qu’il était séropositif »

Selon Pamela, quand les carabiniers ont appris se dont il souffrait, ils ont commencé à se moquer de lui avant de l’isoler et de continuer à le frapper.

La jeune femme dénonce un autre carabinier nommé Gallardo. Quand le véhicule s’est approché du commissariat les coups contre les détenus ont redoublé. Gallardo a proféré à Pamela des menaces sexuelles :« On va voir si cela te plaît de te faire enculer ! » et il a proféré des menaces contre les enculés de communistes et de mapuche [nation native à l’avant-garde des luttes contre le néolibéralisme et son corollaire extractiviste.]. Au commissariat ils furent enfermés dans des cellules glaciales, improvisées, avec des toilettes bouchées débordant d’excréments. Ils ont encore été battus.

« Après un long moment, est arrivé un avocat des Droits Humains qui a pris notre déclaration et des photos. Les carabiniers l’ont menacé et il nous dit qu’il avait peur de ce qu’ils pourraient nous faire à l’intérieur. Après ils ont emmené mon papa pour constater les lésions et puis ce fut mon tour, ensuite nous avons signé des papiers et ils nous ont relâches » Il était minuit passée.

La jeune femme assure qu’elle portera plainte contre le carabinier Daniel Muñoz pour tortures et menaces.

« Il me fait peur ce type, en vérité c’est une bête, un psychopathe qui clame qu’il aimerait tuer des gens et changer son second nom de famille mapuche, parce qu’il veut tuer tous ces enculés »

La jeune femme et son papa sont cités à comparaître devant un juge pour désordres légers qu’ils n’ont jamais commis.

Voilà ce qui se reproduit chaque jour au Chili en 2019, dans la Suisse d’Amérique Latine, modèle de démocratie selon les USA. Basta !

Traduction et compilation Anne Wolff

Chili modèle de démocratie

Chili modèle de démocratie

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 04:03

 

 

« Je crois qu’il est temps de changer le modèle économique qui s’est imposé pendant des décennies. Les gens ne veulent plus de sacrifices faits seulement au bénéfice de minorités. C’est très injuste ».

Andrès Manuel López Obrador

Andrès Manuel  López Obrador

Andrès Manuel López Obrador

Chaque matin à 7 heures le président du Mexique Andrès Manuel López Obrador, après sa réunion avec le Conseil de Sécurité tient une conférence de presse. Voici comment AMLO a ouvert cette conférence le 24 octobre 2019, par un message à l’ONU, à l’Amérique Latine et au monde.

 

Un des buts revendiqué par le gouvernement du Mexique est de mettre fin au néolibéralisme dans le pays. Mais mettre fin au néolibéralisme dans un seul pays n’est pas possible. L’Empire du Nord a attaqué le Mexique et son gouvernement, le Président réagit, il lance un appel à la solidarité des peuples pour en finir avec le Monstre. Un courant de refus du néolibéralisme soulève les populations dans toute l’Amérique Latine. Qu’est-ce que le néolibéralisme et pourquoi les populations veulent-elles y mettre un terme ?

L’exemple du Chili illustre fort bien les raisons qui font du refus du néolibéralisme une question de survie pour beaucoup d’habitants de la planète. Le Chili était pourtant présenté comme la Suisse d’Amérique Latine, un pays prospère où les habitants disposent du salaire de base le plus élevé d’Amérique Latine (300$ par mois, soit 3600$ par an dans un pays où en 2018 le revenu moyen par habitant en fonction du PIB est supérieur à 13 000$ ). Alors que les coût des loyers, des transports, de l’énergie, de l’éducation, de la santé y sont sont équivalents ou plus élevés que ceux d’Europe. Une petite partie de la population concentre la plus grande partie des richesses du pays. Cela fait de ce pays le 7ème sur la liste mondiale des pays les plus inégalitaires, le 7ème du monde !

Sans entrer dans les détails, le néolibéralisme est cette phase du capitalisme où la richesse financière, la propriété du territoire et des moyens de production se concentre entre un nombre toujours plus restreint de « privilégiés » au détriment de tous les autres dont la qualité de vie, la survie sont menacé par ce dépouillement, cette dépossession qui, quand elle ne tue pas immédiatement ses victimes, crée les conditions d’une infra-humanisation.

Une partie au moins des forces de gouvernement des USA ont lancé une attaque contre le gouvernement du Mexique. Je me demandais hier qu’elle serait la réponse d’AMLO à cette attaque contre la souveraineté du pays, la voici, un appel à la solidarité internationale pour mettre ensemble un terme aux exactions du néolibéralisme.

Même s’il n’est pas toujours évident de savoir qui est réellement aux commandes aux USA, nous pouvons observer à travers de plus de 70 ans de continuité des politiques de mise sous tutelle et pillage de l’Amérique Latine, que dans les termes de la doctrine de sécurité « défense des intérêts et de la sécurité des USA » le terme USA doit être remplacé par Corporations étasuniennes. Des Corporations que servent tant les gouvernements officiels US, que le Pentagone ou les services de renseignement et interventions « secrètes » de ce pays. C’est une constante. Des corporations qui remplacent les gouvernements du monde par des gouvernances qui sont les interfaces, les relais de transmission de leurs diktats aux peuples dépouillés de leur souveraineté. Dans ce contexte, le message d’AMLO est une déclaration de guerre de fait à ces Corporations :

« Le modèle néolibéral est épuisé, c’est un échec. Les gouvernements qui n’opèrent pas de changements et poursuivent les mêmes politiques affrontent des problèmes avec leurs peuples...parce que les gens ne veulent plus d’avantage de sacrifices seulement pour le bénéfice de minorités, c’est très injuste. Toutes les politiques de privatisation ont été un échec. Elles ont bénéficié seulement à des petites minorités, appauvrissant des millions d’êtres humains. C’est la cause des mouvements de rébellion, de non-conformité. Nous autres, notre peuple sage a compris que le moment est venu de changer ces politiques. Et cela, il l’a exprimé massivement l’année passée dans les urnes. Et nous sommes en train d’opérer une transformation de manière pacifique et de démontrer que c’est possible de mettre en pratique une politique différente, que oui, il est possible de mettre en pratique une politique qui prenne en compte tous les mexicains, que le gouvernement ne soit pas celui d’une faction, que le gouvernement ne soit pas se mettre au service de groupes d’intérêts fabriqués, que le gouvernement représente tous (les habitants) et que doit mis en avant le bien-être du peuple. C’est cela qui crée la gouvernabilité, c’est cela qui permet la paix sociale. C’est ma réflexion. Heureusement cela commence à être compris et accepté par tous les gouvernements. Dans le cas de l’Équateur ils ont pu faire marche arrière à la mesure d’augmentation des combustibles. Clairement pas seulement pour les manifestations, qui sont ce qui met en évidence cette non-conformité. Mais cela vient d’où ça, d’augmenter la décision d’augmenter le prix du combustible ? Cela vient de l’ancienne politique, du vieux régime, de l’orthodoxie du modèle néolibéral.

Je disais hier que j’allais faire un commentaire au sujet d’un personnage. Quel personnage ? J’ai des informations, cela fait partie du domaine public, il y a une enquête au sujet d’un personnage puissant, un potentat qui avait recommandé au gouvernement précédent de doubler le prix de l’essence au Mexique, cela au début du mandat du précédent gouvernement, et [ces gouvernants] de cela ils en ont tenu compte. Rappelez-vous combien coûtait l’essence lors des débuts de ce gouvernement et quel en était le prix à la fin. [entre 2012 et 2018, le prix moyen de l’essence est passé au Mexique de 9,8 pesos à 18,3 pesos NdT] cette mentalité était prévalente. Elle résout le problème des finances publiques : pour faire rentrer plus d’impôts, augmentez le prix de l’essence.

Dans le cas de l’Équateur, ils ont fait marche arrière avec cette mesure. Dans le cas du Chili, il est également question d’une augmentation, celle du prix des transports publics, du métro. Et ils ont reculé. Je célèbre ce recul opéré par les mandataires, parce que ce serait téméraire de soutenir par le feu et le sang ces mesures. Dans le cas du président du Chili, il a été jusqu’à présenter des excuses. Dans un acte que je considère comme d’honnêteté, une rectification. Mais, à la fin, c’est le même schéma, et cela n’est plus possible d’appliquer ces politiques. Ces politiques, il faut les mettre de côté, mais également les organismes financiers internationaux doivent aider, ils doivent coopérer. Et ne pas être là à contraindre, à obliger les gouvernements à imposer ce types de politiques anti-populaires. J’espère que ces changements vont se poursuivre et aboutir, parce que de cette manière ils obtiendront le développement, le bien-être, et le plus important : la paix.

Il y a déjà une attitude différente de la part des organismes financiers internationaux, mais il y a aussi des résistance, comme toujours. Il faut que soit produit, avec beaucoup d’objectivité, un rapport sur l’échec du modèle qu’ils ont imposé pendant une longue période, une autocritique sans tomber dans l’auto complaisance., et il doivent continuer à rectifier et changer et mettre en avant le bien-être des personnes, le bonheur du peuple. »

AMLO, 24 octobre 2019

 

Cet appel devrait être un tissu d’évidences. Non ? Et pourtant nous savons bien que ceux qui tiennent de tels propos aujourd’hui deviennent des cibles pour les assassins du système.

 

Au cours de décennies d’ingérence étasunienne en Amérique Latine d’autres présidents ont été renversés, d’autres leaders politiques ont été assassinés pour moins que cela. Un appel à mettre fin au néolibéralisme, c’est un appel à en finir avec les privilèges des quelques rares bénéficiaires de ce système mortifère, brutal, cruel, grossier, destructeur de la vie et de la beauté du monde. Je ne comprendrai jamais ce qui motive ces gens, leur manque d’empathie. Mais j’ai appris qu’il ne sont pas prêts à céder une parcelle de leur pouvoir, un centime de leur fortune, une parcelle de leurs propriétés pour le bien du plus grand nombre, en particulier des plus pauvres. Il se sont contentés pendant longtemps de distribuer les quelques miettes indispensables au maintien d’une fiction de paix sociale. A présent les processus de leur enrichissement par dépossession de tous les autres s’accélèrent. Je n’ai aucun doute quant au fait que Andrés Manuel est parfaitement conscient du caractère de provocation de ce message. Non qu’il ait envie de provoquer qui que ce soit, mais le simple fait de vouloir en finir avec l’accaparement par quelques-uns des ressources du monde, est aux yeux de ces (indicibles) une déclaration de guerre, un crime qui doit être puni.

Je ne suis pas encore prête à dire ce que je pense du projet d’AMLO dans son ensemble. J’ai appris au cours de ma déjà longue existence, que si chacun est porteur d’un projet de monde, le monde qu’elle ou il voudrait voir exister, tous sont soumis à des contraintes, celles qui résultent de la possibilité réaliser ce projet sans faire obstacle au projet d’autrui et celles qui résultent d’un moment donné de l’histoire. Et cette contingence redistribue les alliés et les ennemis.

Il y a un demi-siècle quand le système a inventé l’exclusion sociale en masse de ceux qui ne se répondaient pas aux impératifs de conformité du système qui se mettait en place, cela nous faisait rire : exclusion de quoi ? Du consumérisme et des sacrifices qu’il impose à ceux qui en veulent toujours plus. Nous ne voulons pas d’un monde où « la fonction fait l’homme », nous ne voulons pas être employés, nous voulons travailler, acquérir des savoir-faire et des connaissances qui nous déterminent toujours d’avantage en tant que personne singulière, dont l’apport au Vivre Ensemble contribue avec originalité au bien être de tous dans la diversité des possibles, une invention continue de la Vie. Nous nous disions alors : pas de problèmes, nous construirons nos mondes dans les failles du système, les failles ce n’est pas ce qui manque. Nous ne voulons pas grand-chose, un bout de territoire où nous donner les moyens de vivre bien, simplement, par notre travail, en harmonie avec nos voisins, avec ce milieu ambiant dont nous faisons partie.

Quand les envahisseurs du territoire qui deviendra États-Unis d’Amérique du Nord se sont appropriés de cette Terre, ils ont massacrés les habitants et les survivants ils les ont repoussés vers des espaces toujours plus réduits, les réserves comme des prisons à ciel ouvert où se consomme la lente agonie de peuples autrefois fiers et dignes. Après ils ont étendu au monde ce principe d’appropriation de territoires au détriment des habitants originaires. Nous avons vu se réduire les larges failles de la géographie du système, notre accès au territoire. Aujourd’hui il reste à peine des interstices dans lesquels se glisser pour échapper aux moules des réducteurs de conscience. Des interstices qui se réduisent et nous étouffent, discrètement.

Ce que propose AMLO, un être humain imparfait comme tel, c’est de renverser ensemble ce processus d’expropriation, de mettre un terme à cette agonie par étouffement. Ce n’est pas grand-chose et c’est beaucoup à la fois.

Anne W

 

Pour terminer en beauté, le cri de la fête de l’indépendance du Mexique le 16 septembre, un moment de bonheur partagé.

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 14:04

 

 

Depuis plusieurs mois je découvre intensément le Mexique, mais le sujet est tellement riche, vaste, que jusqu’ici je n’avais pas trouvé le chemin pour aborder ce thème sur le blog. Face à la désinformation éhontée qui sévit dans la presse francophone concernant les événements de la semaine dernière à Culiacán et les révélations qui ont suivi, j’ai choisi cette entrée en matière pour aborder ce sujet passionnant : le Mexique en quête d’équité et de souveraineté nationale et populaire.

 

Les événements de Culiacán (capitale de l’état de Sinaloa, côte pacifique du Mexique) qui se sont déroulés depuis le jeudi après-midi au samedi de la semaine dernière ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dans une première phase, il s’agissait de dégager la réalité derrière les informations contradictoires qui circulaient, y compris dans le discours officiel du propre Secrétariat à la Sécurité Civile du pays.

La première version de ce secrétariat décrit une opération de patrouille de routine d’un groupe d’une trentaine d’effectifs de la Garde Nationale qui auraient été attaqués par surprise depuis une villa. Les gardes auraient répondu à cette agression et se seraient alors emparés de la villa où se trouvait justement Ovidio Guzman, fils du narcotrafiquant Joaquin Gusman Loera, un des chefs du groupe criminel transnational connu comme Cartel de Sinaloa. Guzman mieux connu sous le nom de El Chapo a été récemment condamné par un tribunal de New York à l’emprisonnement à vie.

Quelques heures plus tard, cette version sera complètement démentie par le même Secrétariat de Sécurité dont la nouvelle narration décrit une tentative d’arrestation du même Ovidio G. sur base d’un mandat d’extradition (sollicitée par les USA) émis par un juge. L’opération aurait foiré parce que le groupe militaire en question, déjà engagé dans l’action, n’aurait pas reçu à temps le mandat qui lui permettait d’opérer légalement cette arrestation alors que pendant leur attente, le cartel avait mobilisé quelques centaines de membres de son armée dotée d’armes de guerre pour prendre en otage Culiacan, menaçant d’opérer un carnage si el Chapito Guzman n’était pas immédiatement libéré. Il apparaît alors que ni le secrétariat de sécurité, ni le chef d’état n’avaient été informé de cette opération et qu’ils se retrouvaient devant le fait accomplit : une opération bâclée qui enfreint toutes les règles. Selon divers experts une telle opération demande la mobilisation de plusieurs centaines d’effectifs, disposant d’une couverture par hélicoptères et d’un centre de coordination efficace. Cette opération a eu lieu dans l’après-midi alors que toutes les règles veulent qu’une telle intervention se déroule à l’aube, quand il y a peu de présence d’habitants dans les rues, après qu’un cordon sanitaire ait été établit pour assurer la protection des civils du voisinage.

Mis devant le fait accomplit, face à l’ampleur de la crise, et pour éviter le risque de massacre parmi la population civile, le secrétaire d’état décide de relâcher Ovidio, une décision qu’avalisera inconditionnellement le chef de l’état Andrés Manuel López Obrado (AMLO).

La décision d’Andrés Manuel recevra entre 80 % et 90 % d’approbation de la part des habitants de Culiacán, alors que le reste du pays est partagé. Ce qui est intéressant, c’est que nombre de ceux qui ne soutiennent pas AMLO approuvent néanmoins ce qu’ils et elles considèrent comme une sage décision.

Ces événements ont généré des flux de questions qui à leur tour ont donné lieu à une multiplications de débats pour tenter d’y répondre. Dans un premier temps, il apparaît que si la décision de libérer le jeune Guzman n’est pas questionnable, ce qui l’est et exige des réponses claire de la part du gouvernement, c’est le fait qu’un petit groupe de Gardes Nationaux ait pu entreprendre cette opération sans que soit consulté ni le chef d’état ou au moins le Secrétariat de Sécurité.

Une enquête est en cours pour mettre des noms sur ceux qui dans la chaîne de commandement sont responsables de ce cafouillage qui aurait pu tourner au massacre entraînant le pays dans une nouvelle guerre contre le narcotrafic sur le même mode que celle qui au cours des précédents mandats présidentiels avait fait des centaines de milliers de morts, principalement des civils, généré un climat de terreur dans le pays et entraîné des déplacements massifs de population entre autres conséquence néfastes pour la tranquillité du pays.

AMLO l’a clairement exprimé, bien avant même la campagne présidentielle qui l’a porté au pouvoir : il ne combattra pas les Cartels du Narcotrafic et autres formes du crime organisé par les armes. « On éteint pas le feu en y jetant de l’essence » a-t-il coutume de dire, et les résultats catastrophique d’escalade de la violence obtenus par les guerres contre les narcos menées par ces prédécesseurs semblent bien lui donner raison. Plus de deux décennies de « guerre contre le narco trafic » en Colombie, en Amérique Centrale et au Mexique l’ont clairement démontré, cette stratégie n’est pas seulement inefficace elle est très clairement aussi sanglante que contre-productive. Du moins si son véritable objet est d'éradiquer la production de narcotiques et la quantité de ces produits qui pénètrent aux USA pour alimenter une demande qui n’a cessé de croître.

Pour lutter contre le narcotrafic et la violence toujours plus terrifiante qui l’accompagne, AMLO développe différents axes de lutte comme la prévention. Par exemple en luttant contre l’abandon scolaire par l’octroi de bourses aux familles d’étudiants dans l’ensemble de leur parcours scolaire, en accordant des subsides aux entreprises et artisans qui forment de jeunes apprentis et en développant un programme de jeunes inventant le futur qui se déploie dans de vastes domaines artistiques, protection du milieu ambiant, travail communautaires…. Un autre axe de lutte est la lutte contre la corruption qui prétend éradiquer le narcotrafic en s’attaquant aux biens mal acquis et aux ressources financières des Cartels et de ceux qu’ils ont achetés. Le projet de souveraineté alimentaire a également des impacts dans la lutte contre le narcotrafic. En effet de nombreux paysans ont du abandonner leurs terres chassé par les narcos ou se mettre au service de ces derniers en cultivant l’opium, la coca ou la marijuana. Repeupler les campagne et permettre aux paysans de disposer d’un juste revenu pour la culture de produits alimentaires, permet d’éviter que ceux-ci s’adonnent à des cultures illicites, souvent les seules qui leur permettaient de nourrir leur famille.

 

Les USA qui ont dépensé des milliards de dollars pour « lutter », sans succès, contre le narcotrafic dans les pays du Sud n’ont jamais rien entrepris pour mener sur leur territoire une lutte de prévention, au contraire, nous verrons pourquoi par la suite. Le seul changement significatif dans le marché de la drogue aux USA est celui du rôle devenu prédominant de sociétés pharmaceutiques dans la croissance de l’addiction de la population au cours des dernières années. Une diversification qui étend le phénomène de la dépendance aux opiacé à des couches de populations qui jusque-là étaient relativement épargnées. La multiplication des overdoses provoquant une chute de l’espérance de vie dans le pays.

 

Pour évaluer la stratégie de López Obrador et ses chances de succès de nombreux facteurs sont à prendre en compte. La situation dont il a hérité est grave, complexe, pour la comprendre une connaissance de l’histoire du narco-terrorisme mexicain s’impose. J’emploie le terme narco-terrorisme au sens large qui recouvre autant les dit « Cartels » et leurs méthodes que la manière dont ils se sont militarisés avec l’aide en arme et formation des USA qui ont contribué à leur transformation en armées, utilisant des modèles éprouvés, les méthodes de formations de l’École des Amériques ou celles des Kabyles du Guatemala, des militaires conditionnés pour devenir les tortionnaires des gauches et autres souverainistes latinos, spécialistes des coups d’état militaires, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires, maîtres en matières de soumissions des populations par la création d’un climat d’insécurité et de terreur.

Une petite anecdote concernant les formations que reçoivent ces militaires : chaque nouvelle recrue doit se charger d’un animal de compagnie. Si les étudiants de l’École des Amérique se verront obligés quelques années plus tard de tuer leur compagnon animal et de le manger, les Kabyles eux doivent le manger vivant. Leur formation fait de ces militaires guatémaltèques une élite parmi les élites qui ne reculent pas quand le devoir leur impose de massacrer des communautés indigènes ou des paysans requalifiés pour l’occasion de terroristes, narcotrafiquants ou autres étiquettes utilisée pour qualifier des ennemis intérieurs fabriqués de toutes pièces.

 

Qui est qui dans ce jeu pervers est fort difficile à définir. Non seulement certains Cartels sont formés en partie d’anciens militaires de forces spéciales, de kabyles ou d’anciens membres de la DEA, alors que d’autres ont bénéficié d’une relative impunité pour les services qu’ils ont rendu aux USA qui les ont armés pour lutter contre les autres cartel (cas du cartel de Sinaloa). La DEA n’est pas une organisation homogène, et de nombres de ses membres ont crée leur propres réseaux et lignes de trafic, avec l’aval ou non de leur direction ? La réponse n’est pas claire. Certains louent parfois leur service de sicaires à des cartels de la drogues et autres transnationales. On a vu à diverses reprises la CIA (à l’insu des agents de terrain de la DEA) utiliser des organisation narcos dans sa lutte contre la « subversion » comme pendant la guerre des Contras. Les USA livrent des armes aux forces « contre-insurrectionnelles » d’Amérique Centrale contre de la drogue qui arrosera la jeunesse rebelle dans un but de démobilisation dans leur pays et en Europe, des narcos mexicains servant d’intermédiaires dans ce trafic seront formés militairement pour jouer ce rôle. Un premier, le franchissement d'un premier seuil dans l'escalade de la violence narco.

Si les forces de l’Ordre ont pratiqué des infiltration de ces groupes criminels, l’inverse est bien plus développé et généralisé : les groupes criminels ont infiltrés tous les secteurs de l’état, depuis la police municipale jusqu’aux différents gouvernements successifs, en passant par l’armée, la justice, etc. En plus ces mêmes gouvernements ont totalement abandonnés une majorités de communautés et états du pays permettant aux Cartels qui créent de l’emploi licite et illicite, des écoles, des hôpitaux, des musées d’apparaître comme des bienfaiteurs du peuple.

Alors que l’opposition reproche à AMLO de « n’avoir rien dans le pantalon » et d’avoir cédé au chantage des narcos, son prédécesseur Enrique Peña Nieto, qui voyage beaucoup en ce moment, a du renoncer à la visite qu’il voulait faire dans son pays. Un autre fils de Guzman, Archibaldo, le menace : il existait un accord entre Peña et le Chapo qui avait soutenu sa campagne électorale par un don de millions de dollars en échange de l’impunité. Un contrat que le président de l’époque n’a pas respecté puisqu’il a livré Guzman aux USA , pays où il a été condamné à perpétuité. Un exemple parmi d’autres, des gouverneurs d’état, des maires, des syndicalistes et autres politiciens, des juges, des policiers ont été achetés. Comment recréer des bases saines depuis cette gangrène de corruption qui corrompt la géographie et tous les niveaux de hiérarchies sociales du pays, c’est un des défis que doit relever l’actuel gouvernement et il est de taille.

Le sujet est bien trop vaste, complexe, et produit d’une trop longue histoire pour que je puisse ici en montrer d’avantage que quelques lignes de force. Si l’histoire de cette transformation de paysans cultivateurs de quelques acres de maria ou de pavot en Cartels agissant dans plus de 100 pays, interpénétrant les réseaux financiers et des gouvernements à échelle internationale, ayant diversifiés leurs activités et disposant de leurs propres armées est fort bien documentée en espagnol, en français, il existe peu de documents de référence. Beaucoup de matière à traduire.

Comment des drogues produites dans un premier temps à petite échelle et de manière artisanale vont être produites à échelles industrielles, dans un climat de violence et de terreur dont les populations civiles sont les premières victimes ne peut se comprendre sans mettre en relief le rôle joué par les USA et les gouvernements locaux complices dans cette transformations d’un « artisanat » local en une industrie transnationale du crime organisé. Pour le comprendre en profondeur, il faudra mettre en lumière le double rôle du narcotrafic a)comme outil de neutralisation de la jeunesse potentiellement rebelle et b)comme agent de pénétration des transnationales minières et de l’agro-industrie et organisation paramilitaire de défense des biens et intérêts de ces mêmes corporations sur les territoires ou sévit la "lutte contre la drogue" made in USA.

Il faut également souligner que la volonté de Trump de fermer la frontière Nord avec le Mexique pour éviter le trafic de drogue est tout simplement ridicule, parce que 1) les voies maritimes et aériennes prédominent dans ce juteux trafic et 2) les nouvelles drogues comme le Fentanyl et les méthamphétamines peuvent tout aussi bien être produites dans des laboratoires situés sur le territoire des USA. Et aussi, une partie du Fentanyl consommé aux USA provient de Chine, pays qui produit 85 % de la production mondiale du mortel opiacé. Les consommateurs étasuniens pouvaient jusqu’à ces derniers mois y commander sur Internet la drogue qui leur parvenait par courrier. Au début de cette année Trump a sommé le président Xi Jinping de mettre un terme à ce trafic.

Depuis les débuts de la guerre contre la drogue des USA, les foyers de production n’ont cessé de se déplacer sans que la production diminue, au contraire, quand aux routes de la drogues elles s’adaptent aux nouvelles contingences. Les résultats de la lutte contre la consommation de drogue aux USA aurait été bien plus efficace si les dizaines de milliards dépensés en actes de guerre avaient été utilisés pour favoriser l’éducation et les perspectives d’avenir d’une jeunesse sacrifiée. Mais tous le prouve, si le gouvernement réel ou officiel des USA s’inquiète des nouvelles addictions étasuniennes, c’est que cette fois ce ne sont plus les cibles désignées, minorités de couleurs et population pauvre, rebelle ou marginale qui sont affectées mais bien la classe moyenne en majorité blanche.

Le gouvernement du Mexique exige pour sa part un meilleur contrôle des USA sur les armes lourdes utilisées par les narcos qui proviennent de ce pays. Une demande qui est elle parfaitement fondée. Paradoxe : les USA qui prétendent vouloir collaborer avec le Mexique pour lutter contre ce trafic, envoie un ambassadeur dans ce pays, qui a été auparavant un des principaux avocats … du lobby des fabricants d’armes. Mais ce n’est qu’une des données qui met en doute la volonté de collaboration réciproque entre deux pays souverains.

Jusqu’ici chaque fois que j’ai été tentée de prendre AMLO pour un naïf, la suite m’a donné tort. J’espère que ce sera encore le cas cette fois-ci. Cela ne m’empêche pas d’être critique, au contraire, mais c’est un des éléments intéressants de ce processus politique :toute la mobilisation critique de ceux qui soutiennent ce changement de régime et apportent leur contribution en mettant en évidence les lacunes et contradictions du processus. La qualité du débat, du travail des journalistes et autres chercheurs, du travail de milliers de militants et autres travailleurs sociaux est tout simplement impressionnante.

Après que des éclaircissements aient été donné sur le déroulement sur le terrain des événements de Culiacán, un nouvel acteur a été mis en évidence : la DEA qui serait à l’origine de cette action « malheureuse » et qui aurait donné de fausses informations aux acteurs mexicains de terrain prétendant que le Cartel de Sinaloa serait complètement disloqué et que l’arrestation d’Ovidio aurait tout d’une opération de routine. C’est ce qui a été mis en lumière ces derniers jours alors même que les USA exigent à présent d’AMLO de reprendre une « guerre contre le narcotrafic » dont leurs services d’intelligence, le Commandement Militaire Nord et autres groupes militaires US anti-narcos seraient à nouveau les dirigeants depuis la conception de cette lutte jusqu’à un retour de la présence de forces armées et de renseignements des USA sur le territoire mexicain. .Telle qu’elle apparaît aujourd’hui l’opération de Culiacán se révèle clairement comme un acte d’ingérence des USA qui l’ont organisée avec des « complices » mexicains, politiques et membres des forces armées à l’insu du gouvernement du Pays, dans un but d’affaiblissement voir de renversement d’un gouvernement qui au début de ce mois jouissait de 69 % de soutien populaire. Les derniers développement montrent que cette opération est clairement le premier volet d’une stratégie de reprise en main de l’annexion du Mexique, de sa mise sous tutelle.

De nouvelles questions, de nouveaux débats, mais surtout après les révélations des dernières 24 heures, même les plus prudents parmi les analystes ont abandonné la position de « doute raisonnable » pour reconnaître que cette opération ratée de Culiacán fait partie d’un plus vaste plan de déstabilisation du Mexique et de son gouvernement, une réactivation de l’Opération Mérida par les voisins du Nord. 

 

 

Anne W

 

 

Pour en savoir plus sur le narco capitalisme et la guerre « contre les drogues », l’article de Dawn Paley traduit sur ce blog :

Narco Capitalisme. Première partie

Narco Capitalisme. Partie 2 : Le modèle économique de Colombie

Narco Capitalisme. Partie 3 : Application du modèle au Mexique

Narco Capitalisme. Partie 4

Dawn Paley est également auteure du livre

Capitalisme antidrogas. Una guerra contra el pueblo dont la version en Espagnol est en libre accès, la version originale est en anglais.

 

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 08:47

 

 

Aujourd’hui le Mexique joue un rôle important dans l’évolution de l’Amérique Centrale, alors que le président Andres Manuel Lopez Obrador, AMLO et le mouvement MORENA, Mouvement de Régénération Nationale se sont attelés simultanément redressement du pays et à celui de la région.

Le président des États Unis du Mexique Andres Manuel Lopez Obrador

Le président des États Unis du Mexique Andres Manuel Lopez Obrador

 

 

 

 

Mais qu’est-ce que MORENA ?

 

Morena est un parti qui a moins de 10 ans d’existence et se définit comme « parti et mouvement social de gauche nationaliste ». Le mouvement, lancé en 2010 a été reconnu comme parti officiellement le 28 juillet 2014. Il réunit tous groupes ou personnes qui désirent s’impliquer dans la vie sociale et politique du pays, couvrant un large spectre politique, la condition d’adhésion est le respect des principes énoncés dans sa déclaration.

Très vite le mouvement/parti a pris une grande ampleur et il domine actuellement la vie politique du pays. Pour la première fois depuis 24 un président dispose d’une majorité à la Chambre des Députés comme au Sénat et le président qui a été élu avec 53 % des voix, jouissait après 6 mois d’exercice du gouvernement d’un taux d’approbation supérieur à 60 %.

Pourtant la situation dont a hérité AMLO est catastrophique, vous trouverez ici un bref bilan de l’état dans lequel 30 ans de néolibéralisme brutal et corrompu ont laissé le pays.

 

 

Déclaration de Principes de MORENA

 

 

Il n’y a rien de plus noble et de plus beau que de se préoccuper des autres et de faire quelque chose pour eux, aussi peu que ce soit. Le bonheur peut aussi s’atteindre en agissant pour le bénéfice d’autrui, voisins, compagnons d’étude ou de travail, quand une action est menée pour le quartier, la collectivité, le peuple où le pays. Ces actions nous définissent comme genre humain, formant une communauté, construisant une citoyenneté et faisant de ce monde un endroit un peu meilleur.

 

Dans le Mexique actuel, la vie politique et institutionnelle est marquée par la corruption, les faux-semblants et l’autoritarisme. Malgré cela, des millions de mexicains travaillent chaque jour honnêtement et durement, pratiquant la solidarité et s’organisant pour en finir avec ce régime caduque.

C’est sous ces prémisses qu’est né en 2010 le Mouvement de Régénération National (MORENA) qui vise la transformation démocratique du pays. Un changement politique, économique, social, culturel. Ceci pourra se réaliser en en imprimant des principes éthiques dans notre mouvement et en défendant les droits humains, la liberté, la justice et la dignité de tous.

Le modèle néo-libéral appliqué au cours des 30 dernières années, n’a bénéficié qu’à une minorité au prix de la pauvreté de la majorité des mexicains. L’économie est aux mains de monopoles, la structure productive a été détruite, il y a des millions de jeunes qui n’ont aucune opportunité d’étude ou de travail, la campagne est à l’abandon et chaque jour des milliers de migrants traversent la frontière nord, malgré les risques et la persécution.

 

Ce régime de corruption, d’oppression et de privilège est un véritable état maffieux construit par la minorité qui concentre les pouvoirs économiques et politique du Mexique. Ce groupe dispose des budgets publiques et des institutions et utilise la télévision et les moyens de communication comme son principal outil de contrôle et de manipulation des citoyens.

 

Le Mouvement de Régénération National a surgit avec l’objectif d’en finir avec ce système ignominieux, et la conviction que seul le peuple peut sauver le peuple et que seul le peuple organisé peut sauver la nation. Cela sera possible avec la participation politique déterminée des citoyens, en la dotant d’une éthique démocratique et de la vocation de servir autrui. Démontrant ainsi qu’il y a plus de joie à donner qu’a recevoir.

 

Nous Membres de MORENA, nous régirons notre conduite personnelle et collective appliquant les principes éthiques suivants et les valeurs humaines défendues par notre organisation :

 

1.Le véritable changement du pays commence par changer la manière traditionnelle d’intervenir dans les affaires publiques. La politique n’est pas seulement une affaire de politiciens. Le Mouvement conçoit la politique comme une vocation de service, comme un travail en faveur de la collectivité, comme une manière de servir le Mexique. C’est une responsabilité et un engagement avec les aspirations démocratiques et les causes du peuple mexicain. Nous cherchons à récupérer la politique, aujourd’hui avilie, comme un instrument de transformation des citoyens, participant aux affaires publiques.

 

2.Le changement que propose MORENA est pacifique et démocratique. Il cherche la transformation par la voie électorale et sociale, ce qui suppose le respect de la liberté d’élection, d’expression, d’association et de manifestation des mexicains, de la Constitution Politique et des lois qui en émanent ; et un élément déterminant est la participation démocratique du peuple lui-même aux affaires publiques.

 

Nous ne sommes pas mus par la haine, mais bien par l’amour du prochain et de la patrie.

 

3.Dans MORENA, il n’y a pas de pensée unique mais bien des principes démocratiques orienté vers un objectif commun. Nous aspirons et nous travaillons pour que le Mexique se consolide comme une nation de diversité et pluriculturelle fondée dans la liberté de croyances et de cultes, dans l’équité des opportunités pour tous les mexicains, réduisant les inégalités entre ceux qui détiennent le plus et ceux qui possèdent le moins ; et pour en finir avec toute forme d’exploitation et d’oppression.

 

Nous promouvrons une authentique démocratie participative utilisant des figures comme la consultation citoyenne, l’initiative populaire, le référendum, le plébiscite et la révocation de mandats. Seule l’organisation des citoyens peut construire une société démocratique, déterminer les (affaires) publiques et faire contrepoids aux abus de pouvoir.

 

4.Les membres de MORENA s’inspirent de l’histoire de la lutte du peuple mexicain. Notre pays a vécu trois transformations principales : l’Indépendance, la Réforme et la Révolution. MORENA propose d’impulser la quatrième transformation sociale de l’histoire du Mexique.

 

5.Notre Mouvement est un espace ouvert, plural et incluant auquel participent des mexicains de toutes les classes sociales et de divers courants de pensées, religions et cultures. Dans MORENA participent des femmes et des hommes : des entrepreneurs, des producteurs et des consommateurs ; des étudiants et des professeurs ; des ouvriers, des paysans et des indigènes. Nous sommes convaincus que seul l’unité de tous les mexicains rendra possible la transformation du pays. Nous savons que pour conduire le Mexique de l’avant tous les secteurs de l’économie sont nécessaires : le secteur public, le secteur social et privé. Nous ne sommes pas contre les entrepreneurs, mais bien contre la richesse mal acquise, la corruption, les monopoles et l’exploitation inhumaine.

 

Étant un mouvement démocratique, MORENA promeut le débat ouvert et le respect entre (personnes) différentes. Dans nos relations internes nous nous comportons avec respect et fraternité, dans la joie de l’effort partagé en faveur du bien être collectif et la certitude que l’unité de nos différences la rend possible.

 

Les intégrants du Mouvement ont le droit d’exercer la plénitude de leur liberté et leur droit de dissidence, nous nous efforçons de nous exprimer en public avec respect pour les autres compagnons. Nous pouvons avoir des divergences, mais nous unit l’objectif supérieur de transformer le Mexique en une nation démocratique, juste et libre.

 

6.Notre Mouvement trouve son essence dans la pluralité. MORENA est respectueux de la diversité culturelle, religieuse et politique en son sein.

 

Notre action individuelle et collective est soutenue par des principes d’honnêteté, de patriotisme et de reconnaissance des différences pour forger une nouvelle forme de pratiques publiques, éloignées des vices et de la corruption des pratiques de l’actuel système culturel et économique.

 

Les intégrants du mouvement doivent garder présent à l’esprit dans leur pratique quotidienne, le fait qu’ils sont porteurs d’une nouvelle manière d’agir fondée dans des valeurs démocratiques et humanistes et non en recherche de la satisfaction d’intérêts égoïstes, de faction ou de groupes.

 

7.Les membres du Mouvement se nourrissent des luttes et des mouvements sociaux du Mexique ; des causes autour desquelles s’organisent les citoyens et promeuvent leurs droits d’exercer (de la démocratie).

 

C’est un engagement éthique : les intégrants de MORENA connaissent leurs propres droits et améliorent leur formation culturelle. Les débats publics servent d’instrument pour l’apprentissage collectif concernant les problèmes du pays et leurs possibles alternatives. La bataille des idées, la discussion ouverte et plurielle sont des outils qui aident à créer une conscience citoyenne et à construire entre tous le pays que nous désirons.

 

De même, nous considérons comme indispensable la formation des jeunes comme dirigeants sociaux et politiques dans toutes les régions du pays, pour mener à bien les tâches de transformation du pays.

 

Il faut contrecarrer de manière active toute la propagande manipulatrice et lutter pour faire valoir le droit à l’information véridique. Il est idéal que chaque femme et chaque homme de MORENA se convertissent en moyen de communication pour informer le peuple et obtenir la participation des citoyens. Dans cette tâche la démocratisation des moyen de communication et le développement de nos propres médias est fondamentale.

 

8.MORENA forme partie des luttes du peuple du Mexique, en défense de la souveraineté, du patrimoine collectif, de la dignité, de la justice, de la démocratie et du bien-être du peuple. Nous luttons pour notre indépendance et défendons la souveraineté nationale.

 

Nous sommes solidaires des luttes du peuple mexicain, en particulier avec celles des plus exclus, exploités, humiliés comme les migrants, les discriminés, les indigènes et les victimes de violence et d’injustice.

 

Nous rejetons toute forme d’oppression : la faim, la pauvreté, l’inégalité, l’exclusion sociale et l’exploitation. Nous nous opposons aux violations de droits humains et à la corruption gouvernementale. Nous luttons contre la violence faite aux femmes et contre toute forme de discrimination pour raison de sexe, de race ou d’origine ethnique, religieuse, de condition sociale, économique, politique ou culturelle.

 

MORENA promouvra et luttera pour l’égalité réelle entre hommes et femmes.

 

Nous sommes contre toute forme de domination et autoritarisme et n’importe quel acte qui prétend usurper la libre volonté du peuple mexicain.

 

9 .A MORENA nous travaillons pour générer une nouvelle culture et protéger la nature, préserver les eaux et les forêts, ainsi que toutes les formes de vies et de cultures qui ont rendu possible que le Mexique soit un grand pays doté d’une grande diversité. Nous nous organisons pour défendre le territoire et parvenir à la souveraineté alimentaire ; ainsi que pour protéger le patrimoine historique et culturel.

 

10.MORENA valorisent la connaissance et l’apprentissage par l’expérience, les traditions scientifiques et culturelles propres et d’autres peuples, en particulier ceux d’Amérique Latine et des Caraïbes. Notre mouvement est engagé dans la création et les libertés avec une éducation de qualité dans la liberté et pour la liberté.

L’art et la culture sont des territoires privilégiés pour rénover les espérances en un future meilleur, plus humain, plus égalitaire.

 

Sur le plan international, nous sommes régit par la maxime qui veut que « le respect de droit étranger est la paix » et nous sommes solidaires avec les peuples du monde dans leurs luttes pour la démocratie et l’égalité.

 

MORENO n’acceptera aucun pacte qui le subordonne à des organisations internationales, gouvernements ou des associations religieuses.

 

Le véritable changement consiste en ce que la société devienne capable de se gouverner démocratiquement, ce qui implique une révolution culturelle et morale.

 

Notre principal objectif est de construire une société libre, juste, solidaire, démocratique et fraternelle.

 

 

Traduction des Principes de MORENA : Anne Wolff


 

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 21:49
Mexique, une intégration énergétique totale… sans mexicains !

 

 

 

Entretien du 30 mai 2016, remis en avant récemment pour son grand intérêt informatif quand il est question de comprendre les défis que doit relever Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), actuel président du Mexique qui a d’immenses défis à relever pour rendre au pays son indépendance, sa dignité et aux habitants le bien être et la paix.

 

 

Ce débat fait partie d’une série intitulé : L’intégration de l’Amérique du Nord dans un monde complexe et ce chapitre nous parle d’Energie, Sécurité et Souveraineté. Nous y voyons comment les précédent chefs d’états ont livré le Mexique aux USA à travers l’Initiative Merida (pseudo outil de lutte contre la drogue et le crime organisé, équivalent du Plan Colombia qui a fait exploser criminalité et le narcotrafic en Colombie) et du TLC, Traité de Libre Échange d’Amérique du Nord entre USA, Canada et Mexique et de son Programme d’Intégration Energétique.

Les invités sont reçu par Rosío Vargas Suárez, Chercheuse de l’Université Autonome du Mexique (UNAM), qui est docteur en Ingénierie de l’Énergie, Maître en Économie et Politique Internationale entre autres qualifications. Les invités sont 3 encyclopédies vivantes de l’histoire contemporaine du Mexique. Le docteur John Saxe-Fernandez (1944), diplômé des Universités Washington du Missouri, Brandeis du Massachusetts et de l’Unam est un vieux routier d’ études latino-américaine ;le ex-sénateur Manuel Bartlett diplômé en Droit de l’UNAM et de l’Université de Strasbourg, auteur d’une thèse intitulée « De l’obligation de l’état de réparer les dommages qu’il cause », après une longue carrière politique est aujourd’hui Directeur Général de la Commission Fédérale d’Electricité ; Quand au docteur Alfredo Jalife-Rahme (1948) lui aussi a un parcours remarquable après des études de médecine et une spécialisation en endocrinologie, il étudiera la psychologie avant de se réorienter vers la géopolitique. Si je devais vous cité tous les grades, titres, récompenses obtenus, toutes les recherches d’importances et travaux menés par ces 4 là, je n’en finira pas. Les écouter est vraiment passionnant. Je vous propose un compte rendu presque exhaustif, de cette discussion entre Sages Anciens.


 

 

 

Question de RVS : Comment définir l’intégration de l’industrie pétrolière mexicaine dans le cadre du projet géostratégique des USA : « intégration énergétique » de l’Amérique du Nord.

Docteur Saxe :Il s’agit premièrement d’une relation asymétrique : Le Mexique est un pays sous-développé, qui dispose de pétrole dont les USA sont les plus grands consommateurs.

Il faut tout d’abord considérer les antécédents historiques du Traité de Libre Commerce au moment de sa dicussion. Le moment où le Traité est discuté, puis envoyé et finalement adopté par le Congrès des USA. Ce qui ne va pas se faire sans rencontrer une opposition au Congrès. Le Vice-Président y répond

« Comment pouvez-vous vous opposer à ce traité qui est aussi important pour les USA que le furent l’achat de la Louisiane et l’achat de l’Alaska ».

Pour vaincre les réticences, il présente ce Traité comme ce qu’il est réellement:une opération de l’expansionnisme territoriale étasunien similaire à l’annexion de la Louisiane et de l’Alaska.1903, Jefferson pour la Louisiane et 1877 ? pour l’Alaska. Et donc il s’agit de mettre la main sur le territoire mexicain et ses ressources. Une intégration très asymétrique.

Comme le montre aussi la production de gaz à effet de serre pas personne dans chacun de ces trois pays. Pour les USA elle s’élève à 19 tonnes annuelles. Pour le Canada : 17. Alors que le Mexique à une émission de 3,4 tonnes par personne et par an.

Ce sont les même vers qui vont les consommations de cuivre, les consommations de ressources naturelles en général. Il s’agit d’une asymétrie abyssale en matière énergétique entre ces pays.

Mais avant tout, il faut replacer cela dans le cadre de la réunion de Chapultépec de 1945 quand les USA viennent annoncer au monde que le Mexique et l’Amérique Latine devront se spécialiser dans l’exportation de matières premières vers les pays capitalistes centraux qui vont les transformer.

Et le Mexique, à l’époque a joué le rôle du « mauvais du film ». La gauche mexicaine, voulait opérer la transformation de nos ressources Toute une structure pour la transformation du pétrole a été mise en place. Et ce que fait le TLC justement, c’est désactiver ou récupérer les processus d’industrialisation dans le pays, et cela débouche sur la mort de Pemex (Petroleos Mexicanos) ; et donc sur le suicide du Mexique. Nous allons voir le démantèlement de la capacité de transformation d’une ressource naturelle. Ce point de vue historique est un élément important de la problématique.

 

RVS adresse une question au docteur Jalife .: A cette question historique et structurelle,il faut ajouter l’introduction d’un élément conjoncturel, les replacer dans le contexte financier. C’est un facteur qui a eu des répercussion dans l’actuelle situation de Pemex surtout par le biais des rentrées financières pétrolières ? Comment se meut le Marché international sous influence de ces groupes financiers qui utilisent la géopolitique, ou qui produisent des événements qui ont des répercutions géopolitiques dans le prix international du pétrole. La répercussion de la chute des prix pétrolier a profondément affecté l’industrie pétrolière mexicaine.

Jalife : Le Centre Financier, le lieu où sont fixés les prix du pétrole, c’est la City de Londres. Il existe un rapport émis par un économiste, Phil Velegger qui montre que Wall Street est la place où ces prix sont vérifiés. C’est une domaine où il y a beaucoup de désinformation, et certaines données sont impossibles à vérifier. Mais admettons l’explication qui veut qu’il y ait eu à un moment donné une production de deux millions de baril en excès, cela n’explique ni ne justifie la chute des prix depuis un pic 150$, suivit d’une descente à une moyenne de 110$ le baril avant une chute jusqu’à 20$, cela n’a pas de sens. Et si nous allons voir du côté de la géométrie financiériste, qui va m’expliquer que dans les deux mois qui précèdent, le prix est remonté de 20 à 50$. Il n’y a plus les 2 millions de barils excédentaires ? Il est vrai que la production de certains pays a diminué alors que la Chine achète beaucoup parce que le pétrole est bon marché. Mais ce n’est pas une explication suffisante.

Où je veux en venir, et là je rejoins le propos du Docteur SAX. Après Chapultépec, Brezinski, dans les années 70 a réitéré cette division du travail imposée. Il a affirmé : « Nous ne voulons pas d’un Japon à notre Frontière » Un sujet qui touche aussi le Sénateur Bartlett, qui a vécu cet événement et qui devrait déclasser ses archives sur Brezinski. .

Il y a eu une division du travail, et nous n’avons même plus de Banque Nationale  et encore moins transnationales Le problème, c’est que nous sommes un pays intégré dans le projet Amérique du Nord des USA en fonction de leurs besoins à eux.. et c’est pareil pour le Canada.

Nous continuons notre intégration à ce projet dont la matrice opérative est à Washington. Nous ne manions même plus de pétrole. Le prix du pétrole augmente alors que le peso se dévalue, c’est parce que nous n’avons déjà plus de pétrole pour le soutenir. C’est fini, et là nous allons aller chercher les ressources en eau profondes, et nous savons par avance que les 4 grandes pétrolières US vont débarquer, parce que nous n’avons pas les moyens de cette exploitation.

Cela dit quels sont les données du problèmes ? Nous assistons à une balkanisation du pays, une double balkanisation économique et éducative.Nous avons le Nord, les régions de la Maquila (des fabriques) ont une croissance de l’ordre de 10 % par an alors que Campeche qui avait les meilleures ressources pétrolière subit une « croissance négative » de – 7 %, Ciudad del Carmel y est devenue une ville fantôme. Les Chiapas sont à – 6,5 %,Tabasco – 6 %;...

C’est totalement limpide, les pays de Maquila, une distribution du travail imposée par les USA, sont en pleine croissance. On peut voir cela par exemple dans l’incroyable augmentation des prix du terrain, 1m carré en dans les meilleures zones vaut 3000$.Alors que les zones de richesse pétrolière, ils sont en train de la annihiler littéralement. Balkanisation. Ce n’est pas pour rien que les 6 états du Sud du pays sont en ce moment dans une situation de balkanisation éducative.

 

RVS ?. : Cette question de la spécialisation, à présent nous sommes en train de la redéfinir dans le cadre de la réforme énergétique, et ce n’est clair en rien. Sinon en ce que nous sommes devenus économiquement dépendants de produits pétrolier de meilleur valeur ajoutée que nous devons importer, et c’est que nous sommes en train de remettre en question. Je voudrais poser une question au sénateur  Bartlett , elle concerne toute une série de lois qui avaient été approuvées par le Sénat et qui sont en lien avec tout ce processus de trans-nationalisation, en particulier en matière d’énergie. Et il y a là des questions délicates, comme celle des militaires, mis à disposition du Ministère Public et qui participent à des tâches de renseignement avec avec la possibilité d’opérer des fouilles de domiciles privés. Ou les lois qui concernent la privatisation des ports. Il y a toute une série de lois, comme ça, certaines fort récentes, il y a 3 jours, vient dêtre finalisée la loi du commandement unique comme commandement mixte. Comment peut-on contextualiser tous ces processus de trans-nationalisation dans ce cadre juridique ?

 

Manuel Bartlett : Je vais compléter les analyses qui précèdent en m’attaquant à la politique interne : il s’agit de livrer la présidence du Mexique à Washington. Et ce n’est pas une pression énorme qui a conduit à cette situation, mais bien une connivence de nos présidents de la République avec ce projet étranger. Depuis Salinas, ils ont tous facilité cette détermination des USA d’utiliser le Mexique à leur convenance. Et donc il y a un grave problème, les présidents PAN et PRI ont livré le pays. Ils ont accepté toute une série d’instruments et de mesures qui nous ont mené à nous retrouver en situation de colonie sous hégémonie totale des USA . La question est celle du pétrole, de l’électricité, de l’énergie. Les réformes ont été faites de manière opportune pour favoriser les intérêts des USA, pour que leurs transnationales puissent investir quand elles le veulent, où elles le veulent. Parmi les mesures véritablement inconcevables de la part de ces présidents qui n’ont aucunes capacité réelle, qui sont titeres (présidents mis en place par les USA), nous devons considérer celles qui concernent l’exploitation du pétrole par ces entreprises étrangères ou celles qui favorisent l’énorme main mise sur la distribution de l’électricité pour que ces entreprises qui débarquent puissent gagner de l’argent. Il est réellement question d’une occupation du territoire national.

Le système électrique mexicain, toutes les installations, les réseaux de distribution qui couvrent tout le territoire national ont coûté des milliards. Parmi toutes les informations qui nous parviennent de là-bas, il y a ce personnage, Carlos Pascual, qui avait été ambassadeur des USA pour les questions d’énergie en Irak, et qui a été envoyé au Mexique pour s’occuper de tout ce qui relève du domaine énergétique. Lui a expliqué devant le Congrès US ce qu’est la Réforme Énergétique à leurs yeux, il n’est pas seulement question de venir et de repartir avec le pétrole, non ils restent ici, et le Congrès n’en savait rien, parce que les principaux traîtres sont les Présidents et ceux qui manipulent l’information. Et cela personne ne s’en rend compte. « La Manœuvre » a dit Pascual devant le Congrès, « c’est de réorganiser les réseaux électriques de manière à ce que, dans les ports mexicains, puissent s’installer les transnationales US et que ces ports deviennent les plateformes d’exportation de leurs produits. Et donc toute ces structures extraordinaires sont conçue dans l’intérêt des transnationales, pour qu’elles utilisent les ports mexicains pour leurs exportations.

En plus, il y avait une série d’exigences qui sont de terreur :l’état devait leur offrir des garanties sous forme d’un Régime Pénal Spécial en matière d’énergie. Avec toute l’hypocrisie utilisée par le Président et ses sénateurs, ils ont sorti des transformations aux lois régissant l’industrie pétrolière, pour augmenter les peines. Cette loi punitive en est venue à établir que toute atteinte aux installations pétrolières relève du terrorisme de manière à paralyser toute tentative d’action à leur encontre de la part de la population. Et cela concerne tout le dispositif, les oléoducs, les plateformes, les bureaux, pour lesquels ont été établies des pénalités fort supérieures à celles qui existaient.

 

RVS ?« Comment opère en réalité ce régime de sécurité en Amérique du Nord ? Comment le vivons-nous ?

Sax: Il s’agit d’un concept d’intervention et de regroupements de pays, elle à un nom, et elle a aussi un budget : »Elle s’appelle « Initiative Merida». Elle avait un budget total prévu entre 2,5 et 3 milliards, et j’ai revu les chiffres hier, jusqu’ici elle a dépensé à peu près 1 565 millions de dollars. Un grande quantité en équipements militaires et le reste pour une quantité de choses dont il n’y avait de comptes à rendre à personne de l’usage qui était fait de cet argent. Aux USA, il y a eu une série de Commissions du Congrès, mais ici l’ex-secrétaire des relations extérieures de Calderon, Espinoza Villarreal, quand on lui a demandé de montrer les documents relatifs à l’Initiative Merida a répondu « Mais il n’y a aucun documents signés . Ce n’est régi ni par le droit international, ce n’est pas régi non plus par la loi  interinstitutionnelle des Traités », c’est la réponse qu’elle a donné à des députés qui l’ont enregistrée. Carlos Facio, un journaliste qui publie comme moi dans la Jornada a sorti cette info. Il faut rappeler au public qu’il existe des règles de fait. Pourquoi de fait ? Mais parce qu’elle sont en rupture avec les lois constitutionnelles aux USA et elles sont en rupture avec l’appareil constitutionnel au Mexique. Par exemple, il est interdit d’utiliser des militaires pour des actions relevant du Ministère Public, mais aux USA aussi il existe une telle loi de 1878, le Posse Comitatus Act qui est une loi du Congrès des États-Unis signée le 18 juin 1878 par le président Rutherford B.. Cependant Bush a approuvé une telle violation de la légalité par le biais d’un décret du Commandement Nord, et Obama a poursuivit avec d’autres décrets pour soutenir cette force militaire qui agit à l’intérieur des USA, au Canada et au Mexique.

Ce qui est important, c’est l’aspect territorial, c’est aspect d’occupation territoriale qui présidait au Traité de Libre Commerce, et qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. L’United States Department of Homeland Security, DHS, est un département du gouvernement fédéral des États-Unis officiellement créé le 27 novembre 2002 par le Homeland Security Act (en français, « Loi sur la sécurité intérieure ») Cette création devrait concerner la sécurité intérieure des USA, homeland : c’est un concept territorialisé, cela veut dire sécurité du territoire de la patrie, cela évoque les années 30 en Allemagne, mais c’est comme cela que cela s’appelle et on le traduit mal. Pourtant le DHS va étendre son aire d’action, son périmètre de sécurité au Canada et au Mexique. Et en plus, et cela est importantissime, quant le sénateur  (Bartlett) dit que c’est un concept d’ordre colonial, c’est effectivement un concept d’ordre colonial par lequel, une nation comme le Mexique subit une intervention autant en ce qui concerne sa frontière Nord avec les USA, que sa frontière Sud avec le Guatemala. Il met en œuvre des programmes appelés « programmes de frontières intelligentes », des programmes spécifiques. LEmpire Britannique avait fait pareil avec les principautés de l’Inde : « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez chez vous, sauf mener une politique internationale, sauf mener une politique de défense et sauf mener une politique économique, de cela nous nous en chargeons ». Et ce que nous vivons ici, cela ressemble beaucoup à cela !

Le sénateur : Le HDS, il est ici, il opère ici. Le HDS est un département fasciste que Bush a imposé après l’incident (traduction personnelle et relativiste. NdT) des Tours Jumelles, et le personnage mis à sa direction, Jeh Johnson est un personnage sinistre. C’est un avocat qui a justifié les assassinats sélectifs qui sont une violation de tous droits. C’est ce qui permet au président des USA de décider que l’on va tuer untel avec un drone et qu’on va pouvoir tuer n’importe qui. Et le HDS à les mains libres pour agir au Mexique en tant que partie de l’Amérique du Nord et ils disent :  « La sécurité de l’Amérique du Nord doit être garantie par l’Amérique du Nord ». Johnson est venu ici et Peña Nieto (ex-président) l’a reçu avec les drapeaux, alors qu’à l’époque il n’était encore que secrétaire et violait tous les respects de hiérarchie. Et nous voyons ainsi comment s’est imposé ce régime pénal spécial qui s’applique à ceux qui vont toucher une installation pétrolière ou électrique, alors que ces transnationales vont s’installer sur toutes les propriétés des paysans, sur les territoires indigènes. Et s’ils protestent, s’il osent toucher la moindre de ces installation étasunienne, ils seront accusés de terrorisme. Parce que, en plus, ces lois prévoient un Droit d’Occupation Temporaire des Terres par ces Corporations, en fonction des besoins pour leur installations, et donc ce sont elles qui décident.

Or jusque-là ceux qui défendaient ce territoire national, c’étaient les polices municipales, ce sont elles qui protégeaient de la destruction, par les minières et les pétrolières qui viennent s’installer, ce qui est aussi leur propres lieux de viet. La structure politique du Mexique fondée dans la notion de « municipalités libres », ce qui fait des polices municipales une institution fondamentale structurelle. Mais ils vont prétendre qu’elles sont « contaminées » et qu’il faut les faire disparaître et les remplacer par un commandement unique. Ce commandement unique va regrouper la Police Fédérale, l’armée et la marine du Mexique. Ainsi va être instauré le commandement unique faisant disparaître toute possibilité de reprise du territoire national. Et in fine l’armée devient la force dominante des forces de contrôle social.

Et cela ne s’arrête pas là : l’armée, elle, est placé sous la domination du Commandement Nord des USA. Tout cela est anticonstitutionnel, et ils prennent alors une autre décision inconstitutionnelle qui est de faire participer l’armée mexicaine à des Opérations Internationales de « Paix » des Casques Bleus. Ce qui est interdit par la constitution s’il n’y a pas d’autorisation du Sénat, pourtant ils envoient des militaires, participer à différentes missions. Peña Nieto, dans ces « farces » qu’il fait à la télévision, a félicité la secrétaire des relations extérieures pour la participation antérieures (à sa présidence) des militaires à des missions au Liban, etc.. Ils s’en fichent de l’autorisation constitutionnellement nécessaire du Sénat pour décider de telles missions.

 

Jalife : John Kerry déclare alors : « Nous avons 72 pays qui sont en guerre contre les Jihadistes ». Beaucoup disent que ce n’est pas possible que le Mexique se voit impliqué dans la « guerre contre le terrorisme », mais nous le sommes déjà, par Ordre de Kerry, sans que ni le Président, ni le Sénat n’en soient informés, n’en aient conscience.

 

SénateurJe vais terminer. Lors du changement de direction du Commandement Nord, e secrétaire de la défense, Ashton Carter a pris la parole et il dit « Je veux remercier le Secrétaire Mexicain de la Défense et le Commandant de la Marine, je veux dire qu’ils sont d’ores et déjà en train d’aider à la sécurité du monde entier, participant à toutes classes d’activités ». C’est ce que dit le Secrétaire de la Défense US, cela ne pourrait pas être plus publiquement, plus clairement : nous sommes au service du Commandement Nord des USA, sur tous les théâtres de guerres du monde, sans qu’ici en été dit une seule parole.

 

Sax ajoute : Nous vivons aussi une tragédie humanitaire, si nous faisons le compte des morts de la période Fox, (Vicente Fox Quesada, né le 2 juillet 1942 à Mexico, est un homme d'État mexicain, président de la République du 1ᵉʳ décembre 2000 au 30 novembre 2006) ce sont 300 000 morts et entre 27 et 36 000 disparitions forcées.

Ce massacre va continuer ? Roberta Jacobson, la nouvelle ambassadrice (juin 2016 – mai 2018) des USA au Mexique l’a dit : « Je viens ici pour relancer l’initiative Merida », autrement dit le programme d’intervention et d’occupation. Le point central auquel je veux en venir, la transformation, le tournant, ce n’est pas seulement une guerre irrégulière du Pentagone, qui aurait pour cible le crime organisé et le narcotrafic – alors qu’on sait très bien que personne ici ne combat ni le narcotrafic, ni le crime organisé et que l’armée est utilisée dans des tâches de répressions - mais en plus le changement légal qui a été mentionné, ils étendent cela à la guerre contre le terrorisme qui suppose une hyper défense des installations des Corporations Transnationales. Avec tous les dangers que cela présente. Comme l’anticipation d’un scénario électoral tragique pour 2018, parce que le terrorisme et l’antiterrorisme se prêtent à toutes formes de persécutions politiques. Et donc le pays est en période de risque majeur pour la Nation à présent que le lien est fait entre guerre contre le narcotrafic et guerre antiterroriste. Et le Mexique propose sa jeunesse comme chair à canon. Et la Secrétaire aux Relations Extérieures a annoncé que le principe de non intervention a été aboli comme élément de la politique extérieure, précisément pour adapter le Mexique à ce contexte.

Les 3 : On assiste donc à la pure et simple négation de principes constitutionnels historique. L’armée, sous direction du Commandement Nord, a été transformée en outils de l’occupation du territoire.

 

RVS ? J’ai une dernière question pour le Docteur Jalife qui concerne justement cette intégration Nord Américaine avec hégémonie des USA en tant que puissance énergétique. Nous voyons qu’il y a réellement tout un projet géopolitique dans lequel il y a des choses innovatrices. Est-ce que nous en sommes réellement arrivé à un renversement des structures de pouvoir international en faveur des pays consommateurs, en faveur du Marché, et sous le contrôle des USA, à partir justement de l’énergie, du pouvoir que leur donne le fracking et la révolution énergétique.

 

Jalife à le dernier mot : C’est assez clair la direction que prend le monde, le monde prend un chemin de dé-globalisation - Le FMI, déjà, vitupérait contre l’Ordre Néo-libéral Global – le monde se dirige vers une régionalisation qui inclut le régionalisme énergétique. Lle Mexique dispose de la troisième réserve de gaz de schiste, de shale gaz et shale oil, mais ces réserves se trouvent dans des lieux qui ne disposent pas de l’immense quantité d’eau nécessaire pour leur extraction. Pas grave, qu’est-ce qu’ils font faire ? Il vont détourner des rivières, comme ils l’ont fait pour le Rio Panuco… et que meurent les vilains paysans qui sont la troisième partie de la population du pays.Quelle importance ! Moins il y a de Mexicains, mieux c’est ! Et c’est là que vient la partie intéressante. Cette intégration est pire que l’intégration coloniale à l’époque de la Nouvelle Espagne qui tolérait – encore - la présence des habitants. Ici, il s’agit d’un intégration de franchise, une intégration du Mexique, dans le cadre d’une intégration totale, mais… sans mexicains !

 

Traduction, mise en forme Anne Wolff

 

Lecture complémentaire sur les mêmes sujets, Opération Merida et application du TLC :

Narco Capitalisme. Première partie

Par Dawn Paley Première partie Narco Capitalisme.

Narco Capitalisme. Partie 2 : Le modèle économique de Colombie

Narco Capitalisme. Partie 3 : Application du modèle au Mexique

Narco Capitalisme. Partie 4 : La face cachée du modèle colombien et son application au Mexique

 

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