18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:58

 

 

Ces paysans creusent les sillons de la paix

samedi 30 novembre 2013, par Joël Depommier

La Communauté de paix de San José de Apartado revendique la neutralité face au conflit armé, en défendant un mode pacifique de résolution des conflits et le droit des paysans à travailler collectivement la terre. Rencontre avec deux de ses représentants.

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Jesus Emilio Tuberquia et Arley Tuberquia étaient de passage en Suisse pour expliquer le fonctionnement de leur communauté et récolter des fonds. (photo Carlos Serra)

« Notre communauté de paix est née comme réponse civique, pacifique et paysanne à la vague de violence – due à l’armée régulière, aux paramilitaires ou aux guérillas – qu’a connue la Colombie dans la décade des années 90 », explique Arley Tuberquia, porte-parole de la Communauté de paix de San José de Apartado, dans la région bananière d’Uraba, près du Panama, et qui était de passage en Suisse la semaine dernière. Née en 1997, à l’initiative de 300 paysans et avec l’aide d’un père jésuite, la communauté revendique le droit des paysans de rester sur ses terres sans être déplacés et celui de ne pas être victimes de la guerre en Colombie, en ne prenant pas part au conflit. A l’entrée du conglomérat de villages de la zone, on peut ainsi lire cette pancarte : « Ici Communauté de paix. Elle ne participe pas à la guerre ni directement ni indirectement. Ne porte pas d’armes. Ne manipule ni ne livre des infirmations à aucune partie.  » Cela ne suffit pourtant pas à éviter les exactions. « En 17 ans d’existence, nous avons subi près de 2’400 agressions aux droits humains et 270 de nos membres ont été assassinés, dans l’impunité totale des coupables », souligne Arley Tuberquia. La communauté, qui regroupe aujourd’hui près de 1’200 personnes, est essentiellement agraire. « Notre vie quotidienne est rythmée par le travail de la terre. Sur nos onze implantations, qui représentent près de 230 hectares, la plupart des parcelles sont cultivées collectivement. Dès le début, nous avons voulu créer une économie solidaire, en cherchant à être autonomes dans notre production alimentaire, en consommant ce que nous produisons », précise le porte-parole. Dans le même temps, la communauté a élargi ses cultures en produisant aussi du cacao organique qu’elle vend à l’extérieur. « Notre but n’est pas de vendre pour vendre. Notre objectif est que les acheteurs fassent de la publicité pour notre communauté », explique le porte-parole.

 

 


Une « Université de la Vie et de la Résistance »

Avec 18 autres communautés afros, indigènes ou paysannes de Colombie, la communauté de paix a aussi mis en place une « Université de la Vie et de la Résistance ». Celle-ci promeut l’autosuffisance alimentaire « en syntonie avec la nature », un programme de santé alternative basé sur l’utilisation de plantes médicinales, mais aussi les droits propres des communautés à choisir pour elles-mêmes à travers des instruments comme le Conseil interne, plus haute autorité des lieux et chargée de coordonner les activités et de résoudre les conflits à travers le dialogue. « Du fait des attaques contre la culture, la langue ou les coutumes des communautés, nous défendons aussi une éducation alternative, différente de l’officielle qui ne propose aux paysans que de se former pour aller travailler à la ville », souligne encore Arley Tuberquia.

Le porte-parole ne se fait guère d’illusions sur l’issue des élections présidentielles colombiennes de 2014. « L’Etat est dirigé par une petite élite qui domine le pays depuis plusieurs décades. Cette ligne capitaliste a comme objectif de vendre nos richesses et nos ressources aux multinationales. Ce qui préoccupe les mouvements social et paysan, c’est qu’il n’a pas d’espace de participation », soutient Arley Tuberquia, qui rappelle que les traités de libre-échange signés récemment avec les USA, le Canada ou l’UE ne sont pas en faveur de la population. Aux mois de juillet et d’août, les paysans colombiens sont descendus dans la rue, menant une « grève agraire », suivis par la fonction publique, les étudiants et les transporteurs. « Tous ces secteurs ont montré leur mécontentement, du fait qu’ils se sentent discriminés. Les accords de libre-échange interdisent, par exemple aux paysans de cultiver leurs propres semences », ajoute Arley Tuberquia. La communauté se sent aussi menacée par les futurs projets ede développement d’infrastructures dans la région et qui pourraient porter atteinte aux ressources naturelles et à la biodiversité.

Les paramilitaires toujours en embuscade

Cette crainte est d’autant plus prégnante que la présence des paramilitaires reste forte dans la région. « Nous avons vu passer quatre présidents, mais la politique d’horreur et de persécution reste la même. Nous sommes conscients que le défi pour nous est de continuer à exister  », assure Arley Tuberquia. En août, 35 familles ont disparu, victimes des paramilitaires. Récemment, six personnes ont subi le même sort, ce qui a fait l’objet d’un appel national et international de solidarité. « Depuis 2004, les forces paramilitaires comme les AUC (Autodéfenses unies de Colombie) sont censées êtres démobilisées par le gouvernement, mais leur base d’Antoquia reste toujours en place. L’Etat cherche simplement aujourd’hui à occulter leur présence au côté de l’armée. Seul le discours de ces forces a changé. Avant ils voulaient détruire nos villages et terres. Aujourd’hui, ils veulent les racheter. Mais, dans tous les cas, si l’on refuse, on est mort », assène le porte-parole.

Quid des négociations de paix qui se déroulent actuellement à La Havane entre le gouvernement et la guérilla des Farc-ep ? L’avis de la communauté sur ces discussions est tout aussi clair. Selon son point de vue, le gouvernement de Santos veut favoriser les investissements étrangers en Colombie et il y a besoin de la paix et de tranquillité pour y parvenir. « Au niveau international, le gouvernement veut montrer que les Farc-ep sont le problème, tout en fermant les yeux sur les violations des droits humains par les paramilitaires dans des régions comme la nôtre. Nous ne sommes pas optimistes sur l’issue de ces négociations. Même si elles permettent de faire un petit pas vers la paix, il y a encore de grands problèmes à régler comme celui des inégalités », estime Arley Tuberquia.


Informations sur www.cdpsanjose.org

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« La stratégie du grain de sable », expo de photos de Paxti Beltzaiz sur San José de Apartado, est à voir jusqu’au 6 décembre au Collège Sismondi, 3 ch Eugène Rigot, Genève

Besoin de 50’000 francs pour acheter 80 hectares de terrain

« La terre est un thème essentiel pour notre communauté de paix. Avec la campagne de recherche de fonds qui vient d’être lancée à Genève, nous voulons continuer un projet productif alternatif, vivrier, biologique et respectueux de la nature. Il s’agit aussi d’un travail de mémoire, car nous avons connu à Mulatos (centre de la communauté) un massacre de quatre paysans démembrés par des paramilitaires le 21 février 2005 », explique Jesus Emilio Tuberquia, membre de la Communauté de paix de San José de Apartado. L’objectif du projet Tagua Tierra y agua, soutenu par plusieurs associations en Suisse et par Gauchebdo, est de récolter 50’000 francs pour racheter 80 hectares de terre à côté du village historique et les cultiver en propriété collective. Composé de zones cultivées et de forêt primaire, le terrain abrite d’importantes sources d’eau qui doivent permettre la subsistance des agriculteurs de toute une région. Mais cet endroit suscite la convoitise. « Des grandes compagnies veulent exploiter les richesses minières ou pétrolières. De plus, des projets hydroélectriques sont en cours qui pourraient mettre aussi en péril la nature », souligne encore Jesus Emilio Tuberquia. « Nous refusons aussi la culture de coca, alors même que nous subissons les effets néfastes des fumigations conduites par l’Etat, qui ne font pas de distinction entre ces cultures et celles de subsistance, contaminant les sources d’eau et détruisant la faune et la flore de la région », précise le leader paysan. La communauté ne veut pas non plus entendre parler d’huile de palme. « La Colombie du fait des traités de libre commerce, veut se lancer dans cette production. Mais éradiquer des millions d’hectares pour faire du biocarburant pour les automobiles bafoue le droit à l’alimentation. C’est un crime de lèse-humanité », ajoute Jesus Emilio Tuberquia. Comment va se faire la campagne de recherche de fonds ? « Nous espérons réunir la somme en six mois. Outre Genève, New York et la Colombie, nous allons activer les réseaux de soutien de la communauté en Italie, Espagne, Belgique France ou Allemagne », souligne Ramon Munoz Castro, directeur du Réseau international des droits humains qui soutient le projet d’achat.


Les dons peuvent être versés en ligne sur www.tagua-campaign. org ou auprès de Lectures partagées - Tagua, 1200 Genève, IBAN CH68 0900 0000 1217 7592 3

Source ;
Ces paysans creusent les sillons de la paix - Gauchebdo

 


Mulatos - juin 2010

 

soutenir la campagne TAGUA – Tierra y Agua | LA STRATÉGIE DU GRAIN DE SABLE

soutenir une communauté de paix colombienne


Des dizaines de membres de la communauté de paix de San José de Apartadó ont été victimes d'homicides ou de disparition forcée ; la communauté est la cible de menaces et d'actes d'intimidation.

Des dizaines de membres de la communauté de paix de San José de Apartadó ont été victimes d'homicides ou de disparition forcée ; la communauté est la cible de menaces et d'actes d'intimidation.

Les militants s'apprêtent à saturer des fax pour soutenir une communauté de paix colombienne | Amnesty International

 


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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 18:38

Bernard Duraud

  Masiva manifestación de apoyo al alcalde destituido de Bogotá

  Source photo : HONDURAS TIERRA LIBRE


Gustavo Petro

Gustavo Petro, du Pôle démocratique alternatif, a été démis de ses fonctions pour avoir retiré aux entreprises privées la concession de la collecte des ordures.

Un très mauvais coup vient d’être monté contre le maire de gauche de Bogota, Gustavo Petro. Il a été destitué et privé de fonctions publiques pendant quinze ans pour une passation de marché jugée irrégulière. Cette décision prise lundi a aussitôt suscité la colère de milliers de ses partisans rassemblés pacifiquement dans la soirée sur la place Bolivar, au centre de la capitale.

Pour la justice, et notamment pour le procureur général Alejandro Ordonez, Gustavo Petro aurait «  nui  » au patrimoine public et aux principes constitutionnels de libre entreprise et de concurrence en retirant la concession de la collecte des ordures dans la capitale à des entreprises privées pour la remettre à une compagnie publique. Le maire, élu jusqu’en 2016 sous la bannière du Pôle démocratique alternatif, a indiqué qu’il ferait appel contre cette destitution. «  Je reste le maire de Bogota jusqu’à ce qu’il y ait une décision ferme qui signifie le contraire  », a dit, dans la soirée, Gustavo Petro, qui a dénoncé un «  coup d’État contre le gouvernement progressiste de la ville  » et assuré qu’il agirait toujours en «  faveur des plus modestes  ».

 

Lire la suite, en particulier le commentaire d'Emilio : Colombie : Le maire de gauche de Bogota destitué -- Bernard Duraud

 

Et aussi

Colombie - Le retour des morts

 

 

Des élections présidentielles se préparent en Colombie, après avoir suivi dans les détails la mise en place de la machine de capture complexe et polymorphe qui sous égide de l'ambassade des E.U. a confisqué les élections du 24 novembre au Honduras, nul doute qu'en Colombie une capture d'élection se met également en place et qu'elle prend aussi ce même caractère de "coup d'état doux", qui essaye d'éviter les affrontements directs avec les peuples en colère. Les "Investisseurs étrangers" ont besoin de stabilité, le mouvement de révolte en Colombie est un baril  bourré de poudre, s'il explosait, il deviendrait difficile pour les Corporations de continuer à pratiquer le "meurtre discret" des meneurs populaires, loin des yeux du grand public international qui faute de listes quotidiennement mises à jour ne peut prendre conscience du nombre des morts qui chaque jour s’ajoute à l’interminable liste de ceux qui ont donné leur vie dans cette guerre de conquête des ressources de l'Amérique Latine que mènent les transnationales dans toute la région.

De même, les gouvernements de la gauche souverainiste, qui inversent les mouvements d'accaparement du territoire et de mise sous contrôle militaire de la population, doivent être évités à tout prix, mais en sauvant autant que possible les apparences. Surtout que la victoire de la Révolution Bolivarienne aux élections municipales au Venezuela, dimanche dernier,  est un cuisant échec pour l'oligarchie transnationale, parce que bien plus que le plébiscite d'un parti, le PSUV, fort contesté à gauche dans de nombreux aspects de son gouvernement, le peuple vénézuélien dans sa grande majorité a voté pour la poursuite de la révolution. Pas moins, bien plus même.

 Un solide revers dans cette guerre de conquête qui prévoyait que la disparition – physique d’Hugo Chavez allait mettre un terme à la révolution bolivarienne.  Il est d’autant plus inacceptable pour les Corporations que la Colombie – qui a été longtemps le principal cheval de Troie de l’Empire dans la région - suive le même chemin.  Un chemin qui signifie la fin de leur puissance, dehors les bases militaires,  les forces militaires servant des intérêts impérialistes ; reconquête du territoire et de l’économie réelle, et les « investisseurs .étrangers » se voient les yeux vigilants des observatoires mis en place à cet effet. La semaine passée se tenait un grand rassemblement de la Jeunesse Mondiale en Equateur, un des thèmes abordé en séminaire, fut la mise au pas des transnationales, autrement dit la relève se prépare activement. Les Corporations sont loin d’avoir gagné la guerre et nous pouvons être reconnaissant au peuple du Venezuela qui vient encore une fois de prouver que « Nous sommes tous Chavez » n’est pas un slogan creux, mais le cri d’un peuple éveillé, qui fait barrage à l’absolutisme marchand qui nous menace tous. Et le peuple Colombien qui depuis quelques années inventent de nouvelles formes d’organisations populaires et intensifie sa lutte malgré des décennies de terrorisme d’état en alliance avec Washington et affiliés, intensifie à présent sa lutte, le retour des morts, c’est puissant comme message : « Des centaines de milliers de résistants Colombiens ont été assassinés au cours de plus d’un demi-siècle de guerre, mais leur voix ne se sont pas tues,  aujourd’hui elles amplifient la clameur d’un peuple dont la colère se nourrit aussi de ces meurtres barbares ».

Ceci devrait également nous servir d’avertissement, ces lois de la concurrence au nom desquelles Gustavo Petro subit une tentative de destitution, sont également en vigueur dans nos pays et cela nous montre très clairement que nous aussi à présent vivons en dictature du Marché Unique et Monopolistique, malheureusement nous n’avons pas l’énergie de cette saine colère populaire, dans une Colombie proche de devenir ingouvernable pour la droite et l’extrême-droite.

Et pour en savoir un peu plus :

historiquement

 

Impérialisme et violence en colombie

 

actuellement

 

Amérique latine : thèmes urgents de la conjoncture géopolitique par atilio borón

 

 

En Colombie la lutte pour la terre, pour la justice sociale, constituent l’axe du conflit et de son éventuelle solution. par James Petras

 

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 03:56

 

AIDA-ABELLA

Aida Avella

Résurgence du parti Union Patriotique en Colombie, après avoir souffert un génocide politique durant les années 80 et 90
Loïc Ramirez / Domingo 1ro de diciembre de 2013

 

C’est une victoire déterrée de la tombe que vient d’arracher la gauche colombienne à l’oligarchie. Le samedi 16 et dimanche 17 novembre 2013 s’est tenu à Bogota le Vème Congrès National du parti de l’Union Patriotique, dont le simple nom résonne comme l’écho d’un espoir assassiné en plein vol. C’est en 1985 que commence l’histoire de cette formation politique qui se crée à l’initiative des FARC-EP qui l’année précédente avait signé un cessez-le-feu avec le président Belisario Betancur. Front politique de gauche qui se veut le plus large possible. L’UP comme on l’appelle englobe des forces de la guérilla bien sûr, mais aussi (et surtout) les communistes, des syndicalistes, des militants civiques, et même des libéraux. L’étendard vert et jaune du nouveau parti s’étend alors dans tout le pays, du Putumayo jusqu’à la côte caribéenne. Le pari prend vie.

Face à cet enthousiasme populaire et politique que réveille l’UP toute la machine répressive de l’état colombien et de la bourgeoisie va se mettre en place. Les harcèlements et les menaces à l’encontre des militants vont rapidement s’accompagner d’enlèvements, d’assassinats sélectifs et de massacres. Les guérilleros démobilisés, devenus cadres politiques, sont tués. Les militantes violées, abattues par des "sicarios" à moto. Les dirigeants de l’UP subissent des attentats à la bombe ou sont tout simplement assassinés chez eux, dans la rue, dans les parcs, dans les aéroports, dans leurs voitures. L’armée, les policiers, les services de renseignements, tous les éléments des forces armées de l’état participent de loin ou de près à ce "génocide politique". Ils sont secondés amplement par les forces paramilitaires qui prennent alors tout leur essor militaire à cette époque. Ces groupes armés sont au service de riches paysans, puissants agriculteurs et chef d’entreprises ; des « groupes d’autodéfenses » comme ils aiment à se définir qui cherchent à enrayer toute influence de la gauche et de la guérilla dans leur zone d’exploitation et pratiquent pour cela des massacres et répandent la terreur. Sous les coups de boutoir des cercles militaristes l’Union Patriotique s’est éteinte lentement. Les guérilleros sont retournés dans les montagnes dés 1987 et le parti a pleuré ses mort jour après jour jusqu’à son extinction à l’aube des années 2000.

Le rétablissement de l’entité juridique de la défunte organisation en Juillet 2013 a été l’étincelle de la dynamique qui semble embraser aujourd’hui la gauche colombienne. L’émotion que ravive le retour de l’étendard jaune et vert se devine aisément. « Tout s’est passé en un clin d’oeil. Après tant d’années dans le coma l’Union Patriotique (UP) s’est réveillée dans une salle vétuste. Personne ne le pronostiquait. Même ses proches ne misaient pas un centime sur elle. Ses parents et ses frères ont vieilli et ses fils et ses filles sont devenus adultes » écrit l’ancien guérillero et militant du parti Yezid Arteta [1].

1.287 délégués provenant de tout le pays se sont réunis dans la capitale et ont, pendant presque 3 jours, remémoré les vieilles années et débattu sur les prochaines. Revenue pour l’occasion sur le sol colombien, l’ancienne militante Aida Avella est devenue la candidate de cette UP ressuscitée pour les élections présidentielles qui auront lieu le 25 mai 2014. Ayant échappé à un grave attentat au bazooka sur son véhicule dans la capitale en mai 1996, la militante communiste avait dû renoncer à vivre en Colombie sous la pression paramilitaire et a vécu 17 ans en Europe. Après tant d’années d’exil, elle est accueillie par une foule de militants à son arrivée à l’aéroport El Dorado sous le chant traditionnel du mouvement politique : « Yo te daré, te daré patria hermosa, te daré una rosa, esa rosa se llama “UP” ! UP ! » (Moi je te donnerai, je te donnerai belle patrie, je te donnerai une rose, cette rose s’appelle UP ! UP !). « Nous venons convaincus que nous allons obtenir la paix dans ce pays, que les changement devront se faire, nous venons convaincus que la lutte de nos camarades, de nos amis, de nos militants, n’a pas été en vain, nous venons demander au Président de la République qu’il reconnaisse qu’ici un génocide politique a été commis contre l’Union Patriotique ! » [2] a-t-elle déclaré.

Outre l’ancienne militante, la nouvelle direction de l’UP se compose de plusieurs personnalités de la gauche colombienne parmi lesquelles Omer Calderon, président de l’organisation, Jaime Caycedo, secrétaire général du Parti Communiste Colombien, José Antequera Guzman, militant de gauche et fils de communiste assassiné, ou encore Jahel Quiroga, militante des Droits de l’Homme. Entre 3.000 et 5.000 personnes ont été victimes de la brutale répression à l’encontre du parti politique entre 1985 et 2002 (date de disparition de sa personnalité juridique). Militants de base, dirigeants, cadres régionaux, et même deux candidats à la présidence de la République ont été les cibles de la vague de terreur : Jaime Pardo Leal, abattu en 1987 dans sa voiture devant sa famille, et Bernardo Jaramillo, assassiné à l’aéroport de Bogota en 1990. Malgré les innombrables preuves et témoignages démontrant l’étroite participation des Forces Armées colombiennes dans les différents attentats et enlèvements de militants, seul le cas du sénateur Manuel Cepeda Vargas (élu sous l’étiquette de l’UP, assassiné en août 1994) a donné lieu à des excuses publiques du gouvernement de Juan Manuel Santos en 2011.

Pour l’heure, la situation reste délicate, voire floue. Le phoenix de l’Union Patriotique rappelle qu’il n’est pas le celui de 1985. La gauche politique est plus divisée qu’elle ne l’était à l’époque : aux côtés de l’UP on retrouve le mouvement politique Marche Patriotique qui, même si il ne s’est pas prononcé sur sa forme finale (mouvement ou parti politique classique), englobe des secteurs populaires, principalement la paysannerie, proche des revendications sociales de la gauche. Son apparition en 2012 avait déjà été l’objet de comparaison avec la feu Union Patriotique. Enfin, le Polo democrático, dont le Parti Communiste a été expulsé (pour son soutien à la Marche Patriotique) reste l’élément principal de la gauche social-démocrate. « Si le “Polo” veut se joindre à nous qu’il fasse les démarches, ce n’est pas à nous de le faire » témoigne Yessica, déléguée de l’Union Patriotique pour la région du Tolima. « Pour le moment, la moelle épinière de l’UP reste le Parti Communiste Colombien, mais notre ambition est de rassembler toute la gauche comme cela s’est dit durant le Congrès. Mais tout en gardant un positionnement de classe » [3].

Autre élément de taille à relever est l’absence des FARC-EP dans la formation politique ressuscitée alors qu’ils en avaient été les principaux artisans à l’époque. Ces dernières restent occupées par le dialogue entamé avec Bogota depuis maintenant un peu plus d’un an et qui se poursuit toujours à la Havane. Bien que celui-ci semble avancer de façon positive (les deux premiers points de l’agenda, sur les réformes agraires et la participation politique, ont, semble-t-il, débouché sur un accord) les débats s’annoncent encore longs et les ennemis du dialogue impatients de les rompre. Quant à leur hypothétique participation à la vie politique « elle ne se traduira pas par une insertion dans l’Union Patriotique comme l’a rappelé Omer Calderon, le président » [4]. C’est la Marche Patriotique qui semble être le réceptacle défini pour accueillir une future reconversion de la guérilla en mouvement politique comme le souligne une militante communiste [5].

Face aux fantômes qui planent sur l’histoire du parti jaune et vert il est a noté la participation au V Congrès d’Andrés Villamizar, directeur national de l’Unité Nationale de Protection (UNP). Symbole du compromis étatique, celui-ci a témoigné de « l’engagement du gouvernement à donner à Aida Avella, ainsi qu’à tous les membres de l’UP, toutes les garanties pour que la campagne puisse se réaliser » [6].

Dans l’immédiat, ce qui est certain, c’est que l’Union Patriotique va porter son étendard aux élections législatives (mars 2014) et présidentielles (mai 2014) avec à sa tête Aida Avella. Une façon plus que magistrale de faire un pied de nez à ses adversaires qui pensaient l’avoir enterrée sous une montagne de cadavres. Quant au Pôle Démocratique une brèche semble s’être ouverte avec les déclaration de Clara Lopez sur la possibilité d’une candidature unique : « Maintenant, le dialogue avec Aida Avella et l’UP est une possibilité » [7].

Quant à l’UP, un long travail l’attend. « A mon avis, nous nous sommes précipités par rapport aux échéances de 2014. Car dans l’urgence c’est le Parti Communiste qui va quasiment tout porter à bout de bras. Il s’agit pour nous de recréer les Comités populaires et l’ancienne Union des Jeunes Patriotes. Nous devons recréer tout le tissu militant, nous implanter auprès des masses pour retrouver la force d’antan ». [8]. Un grand défi à relever pour que, comme le dit Yezid Arteta, « l’Histoire rejoigne le présent ». [9]

[1] Voir: http://www.semana.com/opinion/articulo/congreso-de-la-up-opinion-yezid-arteta/364267-3

[2] Voir: http://www.youtube.com/watch?v=tT4NgSiLcag

[3] Entretien avec Yessica Cardenas, déléguée UP du Tolima, jeudi 21 novembre 2013.

[4] Ibid.

[5] Source anonyme selon sa volonté.

[6] Voir: http://www.eltiempo.com/politica/ARTICULO-WEB-NEW_NOTA_INTERIOR-13198659.html] ]. Pour les militants « il est évident que si on nous tue le premier militant, nous n’attendrons pas que meurt le second. Nous devrons avoir une réponse immédiate du mouvement social » [[Entretien avec Yessica Cardenas, déléguée UP du Tolima, jeudi 21 novembre 2013

[7] Voir: http://www.semana.com/nacion/articulo/clara-lopez-invita-aida-abella-la-unidad-de-la-izquierda/365051-3

[8] Entretien avec Yessica Cardenas, déléguée UP du Tolima, jeudi 21 novembre 2013

[9] Voir: http://www.semana.com/opinion/articulo/congreso-de-la-up-opinion-yezid-arteta/364267-3

 

Source : Colombie - Le retour des morts

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 18:18

 

 

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Source photo :México: encuentran cuerpos vacíos de migrantes en fosas comunes | La Radio del Sur

 

Le prêtre mexicain, Alejandro Solalinde, activiste de la défense des migrants, dénonce que des fosses contenant des corps sans organes ont été découvertes en au moins trois lieux du pays. 

     

Solalinde a récemment attiré l’attention du public sur le thème du trafic d’organes au Mexique, qui apparaît de manière sporadique dans la presse locale, mais sans que les autorités n’osent confirmer aucun cas.

Le directeur de l’Auberge sur le Chemin (NdT : lieu d’accueil pour les migrants en difficulté) dit que cela pourrait corroborer le fait « qu’il existe des organisations qui usent des sans-papiers pour le trafic illégal d’organes, j’ai déjà affirmé que ce délit existe tout autant que le trafic d’enfants »

Dans des déclarations formulées a des journalistes de la ville de Puebla, capitale de l’état homonyme, à quelques 150 kilomètres à l’est de Mexico, là où lui fut remis un prix (NdT : en reconnaissance de ses activités de protection des droits humains),  le religieux ne veut pas entrer dans les détails (NdT : les lieux des macabres découvertes doivent pour le moment être tenus secrets).

« En certains lieux que je ne peux révéler pour l’instant, il y a des charniers de corps sans organes et cela est grave. J’en ai été informé par les autorités de cet état »affirme-t-il. « Ce que je peux dire c’est que les autorités locales sont préoccupées » Affirme le prêtre, selon la version publiée par le journal numérique e-consulta.com.

Le prêtre, qui a été menacé de mort pour son activisme (NdT : et sur les conseil d’organisations de défense des DH, a du pour sa sauvegarde quitter le pays pendant plusieurs mois en 2012), signale qu’il fera « une visite spéciale pour voir comment les autorités se chargent de l’enquête ». « Je suis d’accord avec ceux qui pensent qu’il s’agit de migrants, s’ils étaient de cet état, je pense que leurs familles les réclameraient et cela ferait un scandale parce que (les corps) sont nombreux » déclare-t-il.

Solalinde évalue que 40% de la population migrante est composée de mères avec leurs enfants en bas âge (Ndt : il précise  que c’est quelque chose qu’il n’avait jamais vu, un phénomène nouveau).

« Je voudrais que vous vous imaginiez, une maman avec son bébé dans les bras et trois ou quatre autres (enfants) cheminant à son côté, je m’inquiète de savoir s’il y a un trafic d’enfants et s’il y a un trafic d’organes », indique-t-il.

Après avoir reçu le prix “Juan de Palafox et Mendoza” que lui accorda la Municipalité de Pueblo et les défenseurs des droits sociaux, il affirme que les corps trouvés sans organes “n’ont pas été réclamés, ce qui et étrange, vu qu’il y en a une grande quantité”. « C’est une question fort délicate qui jusqu’ici est tabou », soutient le prêtre, qui commença en 2005 son combat pour défendre les droits des migrants et qui deux ans plus tard fonda l’auberge « Frêres du Chemin », située dans la municipalité de Ixtepec, dans l’état du sud de Oaxaca.

Son combat lui a valu de nombreuses récompenses comme le Prix National de l’Egalité et de la Non Discrimination qui lui fut octroyé en 2007.

En 2012, il fut forcé de quitter le pays à cause des menaces qu’il encourut à cause de son travail, mais plus tard, il revint pour continuer sa lutte en défense des migrants.

Le Rapport Global sur le Trafic de Personnes 2012, publié en décembre passée par l’Office national des Nations-Unies pour le Crime et les Drogues révèle qu’entre 2008 et 2010, au Mexique, furent détectés 320 cas de trafic de personnes à des fins d’esclavage, en particulier pour l’exploitation sexuelle et pour les travaux forcés et il recense à deux cas de personnes auxquelles des organes avaient été retirés.

Le rapport signale que le trafic humain avec pour fin le prélèvement d’organes est un délit détecté dans 16 pays, dont trois se situent sur le continent américain, au Brésil (24 cas officiellement confirmés, et 15 autres documentés par des sources extra judiciaires), Mexique (avec deux cas) et Bolivie (deux cas).

Dans le cas concret du Mexique les deux cas furent rapportés par le tribunal Spécial pour les Délits de Violence Contre les Femmes et la Traite des Personnes (Fevimtra), de le bureau de Procureur Général dans l’année 2010, quoiqu’ils ne furent jamais rendus publics.

 

Source en espagnol :

México: Hallan fosas con cadáveres sin órganos, revela sacerdote | CONTRAINJERENCIA


 Compléments d’information

[…] Entre le 22 et 23 août 2010, 72 sans papiers venus d’Amériques centrale et du Sud furent assassinés de sang froid à seulement 160 km de la frontière avec les Etats-Unis, dans un ranch de la municipalité de San Fernando (Tapamaulitas, nord-est). Ce massacre considéré comme le plus sanglant commis contre des migrants est, jusqu’ici attribué au cartel des Zetas.

En 2011, également à San Fernando furent exhumés, hors de fosses clandestines, les cadavres de 193 migrants, alors que 43 autres furent localisés dans la municipalité de Cadereyta (Nord) en 2O12.

Quelques 140 000 étrangers – une majorité venue d’Amérique Centrale – entre chaque année de manière illégale au Mexique, tentant de gagner le territoire étasunien, selon les estimations officielles.

Quelques-uns d’entre eux, ont payé des « polleros » (trafiquants) afin qu’ils les guident dans leur route clandestine et beaucoup sont victimes de vol, d’extorsion, de viol, de traite, de séquestration et d’assassinat de lapart du crime organisé, ainsi que d’abus de la part des autorités.

L’institut Mexicain des Migrations a récemment attiré l’attention sur le nombre croissant de mineurs non accompagnés venu d’Amérique Centrale qui voyagent clandestinement au Mexique.

Source en espagnol : Existen en México fosas con cadáveres sin órganos - Terra Perú

 

Traduction Anne Wolff

A lire en complément

Maria José, jeune hondurienne sur la route de l'enfer

ainsi que les articles de la rubrique migrants de Espoir Chiapas - Esperanza Chiapas qui donne une bonne vue d'ensemble des problèmes rencontrés par les migrants au Mexique, et aussi des nombreux soutiens qui interviennent pour les protéger,souvent en se mettant eux-même en danger.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 20:17

 

 

Chronique 
sur  la « folie »,
après une extermination
Par Álvaro Miranda et Adriana Grosso – Notes et traduction de Libres Amériques
La violence torture, mais la violence permanente rend fou, comme ce qui se passe en Colombie. L’addition de tant d’années de sévices du pouvoir avec la population la plus pauvre a provoqué chez de nombreuses personnes des problèmes mentaux, une réalité qui a été peu observée (et surtout peu mentionnée, mais bien connue des psychologues locaux et accompagnant ce type de tragédie, qui ne résume pas à un cas). Les traces laissées par la violence non seulement se calme à l’hôpital, les prisons ou les cimetières, mais l’horreur se fixe aussi dans les esprits (ce que l’on appelle plus communément un « traumatisme de guerre »).
L’extermination de plus  de 5.000 militants de l’Union Patriotique (UP) a été l’un des épisodes les plus cruels et violents de notre histoire et chez beaucoup de Colombiens cela a laissé l’empreinte de faits tragiques. 

Survivants ou pas, témoins oculaires ou lointains, ils vivent sans savoir pourquoi une vie grise, le produit indélébile de quelques jours qui n’ont cessé de resurgir, comme ce que vit (encore aujourd’hui) Ricardo Cheliá.
La nuit où ils tuèrent Blanca Cecilia Palacios, elle avait donné du lait son enfant âgé de deux mois. L’enfant avait pleuré pour des coliques, mais il dormit un peu. Blanca était une femme en charge des travaux de son foyer et n’avait jamais eu de relation avec la politique.
- « Je vais dormir », dira-elle à son époux Rodrigo Barrera, qui regardait la télévision ;
 - « J’ai mal à la tête ». Elle se passa la main sur son front, là où se trouvait sa douleur, le même endroit où quelques heures plus tard, à 2h45 du matin, elle reçue un tir mortel.
Lors de cette nuit seulement le silence s’entendzit, il s’était emparé du quartier populaire « Los Comuneros », dans la commune de Fusagasugá, à deux heures de Bogotá, la capitale de la Colombie. Puis soudainement, il fut possible d’entendre les moteurs de deux camionnettes et les bruits de bottes que donnèrent de 30 militaires en descendant de celles-ci.
Quelques témoins qui avaient entendu leur arrivée, purent voir ainsi comment des hommes avaient transporté deux cadavres. Deux personnes sans vie, qui juste quelques minutes auparavant avaient été éliminées sans aucune décision de justice, et les corps comme telles étaient une gêne pour eux, ils les déposèrent à l’entrée de la maison, qu’ils allaient maintenant assaillir. Dans un style commando, ils entourèrent la petite maison et d’un coup, ils firent tomber la porte d’entrée.
Puis s’entendirent des cris :
- A l’étage - hurla le sous-lieutenenat Cruz -, qui effectua l’opération et une violation illégale du domicile. Le sergent Ramírez et le reste du personnel qui l’accompagnait ajustèrent leurs armes sur la famille.
- A l’étage – le sous-officier revint  - la famille fut obligée de s’allonger face contre le sol. Les hommes de la maison étaient quasiment nus, avec un simple pantalon de pyjama, qu’ils utilisaient pour dormir. Les victimes n’avaient aucune arme sous la main dans leur domicile. Malgré cet état de faiblesse commença l’exécution.
Il ne s’agissait pas d’une exécution contre un mur, sinon d’être à même le sol. Le premier à mourir fut Antonio Palacios Urreaun, un humble travailleur de 65 ans, chef de famille, et que ses assassins accusèrent d’être un sympathisant de l’Union Patriotique (UP), un parti légal de la gauche colombienne, qui s’était constitué avec des intellectuels, des enseignants, des syndicalistes et des travailleurs, ayant pour objectif concret : la recherche de la paix en Colombie.
Suivit l’immolation des trois fils d’Antonio, qui dormaient dans des pièces attenantes : Camilo, un étudiant en mathématique de 27 ans, Janeth, 19 ans, et Blanca Cecilia 17 ans, qui fut prise de panique, quand elle vit tombé le corps de son époux Rodrigo Barrera. Elle pris son fils dans ses bras et chercha une sortie par laquelle elle pouvait sauver sa vie et celle de son nouveau-né.
L’enfant se mit à pleurer à la brusque détonation des tirs. La jeune femme chercha à faire quelques pas. Une balle dans sa tête la renversa à terre devant sa mère, qui la fixa sans pouvoir rien faire, seulement ouvrir ses bras aux deux enfants du foyer qui avaient survécu au massacre.
Vingt ans après de cette obscure nuit du 21 août 1991, un des témoins, Monsieur Ricardo Cheliá, se trouvait sur un banc du Parc central de Fusagasugá. Il prenait le frais. Ses souvenirs au fil du temps se sont transmis à tout son épiderme, se plissant (à l’idée ou l’évocation) de son récit obscur et bref, et de ses cheveux se cachant sous sa casquette noire.
Ricardo devint un homme de plus, de ceux, - qui, depuis -, n’ont ni nord, ni sud, sauf à revivre les centaines de possibilités de désastres de cette guerre politique, qui a commencé en Colombie après l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, le 9 avril 1948, en la dénommée rue Real de Bogotá.
« J’ai mal à la tête », répétait Ricardo Cheliá, ce qu’avait dit Blanca Cecilia Palacios avant d’aller voir une dernière fois son enfant de deux mois, la même plainte, qui avait cette nuit-là  précédée sa mort. C’était comme si cette phrase tissait un lien invisible entre la tragédie de cette année (1991) et le mélange de ses jours, semaines et des mois de souvenirs, que vivait Ricardo dans son présent de 2013.
La mort de Blanca Cecilia Palacios, de ses frères et de son père, s’était transformée pour Ricardo en un référent, qui chaque fois jalonnait son histoire. Au milieu des années 1950, quand il était petit, il a dû fuir sa maison incendiée par les ennemis politiques de son père, un émigrant arabe, qui était venu en Colombie s’aventurer à la campagne, pour écraser de la canne à sucre et produire cette grande douceur s’appelant la « Panela » (sorte de pain de sucre ocre servant à la préparation de boissons sucrées chaudes et froides).
Ricardo Cheliá arrivant sur ses 66 ans et autres histoires
A la fois, beaucoup de personnes ne connaissent rien, ni un mort, ni la furie politique vécue dans le pays, d’autres ont encore présent à l’esprit l’assassinat de quelqu’un de connu, de quelques familiers. Il est curieux comme dans la région de Fusagasugá, située dans le Parc National de Sumapaz, centre d’activité de la guérilla, ces récits de vies ont des liens avec beaucoup d’autres meurtres. A tuer - pour tuer -, depuis le début il en retourne une affaire promue par l’Etat, les particuliers, les groupes organisés, les corporations d’éleveurs, les  commerçants et les tueurs à gages.
Frapper à la porte de n’importe quelle maison et trier pour assassiner n’a pas été seulement l’affaire de la famille de Blanca Cecilia Palacios. Il s’agit d’une affaire ayant laissé une blessure ouverte pour des millions de douleur et à différents niveaux de criminalité (et de responsabilité criminelle).
La famille Palacios, de l’U.P, a été accusé d’appartenir au groupe armé des FARC, sans l’être.
La presse nationale a enregistré que pour l’année 1991, ce type de situation s’était déroulé beaucoup de fois, lorsque des militaires préparèrent pour scénario de provoquer une fausse culpabilité, sur des actions jamais commises par les victimes accusées d’appartenir à des groupes hors la loi.
Ce fut plus tardivement que l’on les nomma les « faux-positifs »  (notamment à partir de 2008 et ce que l’on nomme plus exactement des exécutions extra judiciaire), c’est-à-dire, réaliser l’assassinat d’innocents pour toucher une prime officielle en argent, et recevoir des médailles pour en avoir fini avec ce qu’ils désignèrent comme des personnes « dangereuses ». (si le nombre d’exécution extra judiciaire a fortement baissé depuis l’arrivée en 2010 de Juan Manuel Santos, toutefois la pratique n’a pas complètement disparu)
Pendant que Ricardo Cheliá assis sur le banc du parc voyait voltiger en cercle cent colombes en fuites, il se rappelait à voix haute, comment la 13° Brigade de l’armée, en un communiqué fait par le commandant de cette unité militaire, déclarait qu’ils en avaient fini avec les activistes du Front N°15 des FARC. Selon le communiqué, les troupes officielles, auraient reçu des coups de feux des « subversifs », et qu’à ce moment, ils se trouvaient dans la maison.
La population de Fusagasugá laissait s’écouler les jours au gré d’une continuité, cultiver des fleurs, planter du café, récolter des haricots et des fruits tropicaux comme les mangues ou les mandarines. Les voisins du quartier « Los Comuneros » ne surent jamais comment avait été justifié par l’Etat le massacre des voisins et amis innocents. Les coupables, 19 mois après, furent condamnés à la prison.
Le regard que Ricardo Cheliá conserve sur le massacre de Fusagasugá était le résumé de centaines d’autres coorespondant à ce que vit le  pays, et cela fait depuis plus de 60 années ininterrompues. L’homme du banc du parc, à la casquette noires, est un être perdu dans un fatras d’épisodes que lui, dans la simplicité de sa vie, ne peut saisir. Il existe un énorme tissu de tragédies, que le descendant des Arabes, aperçue à peine comme les roues libres du destin.
La figure de la violence a d’énormes proportions, qui jusqu’à présent l’histoire est venue s’entrechoquant avec la mémoire à travers des publications écrites, la radio ou la télévision. Cheliá, comme des millions de Colombiens, il navigue à vue au milieu de personnes de toutes conditions, qui ont été des acteurs ou pas du processus né du désir de participer politiquement en paix, comme l’était la proposition de l’Union Patriotique.
Il s’agissait de lutteurs sociaux qui venaient d’organisations légales de gauche comme, par exemple, Leonardo Posada, représentant à la Chambre, un jeune avocat qui voulait lire tous les romans du monde, et qui a été assassiné en 1986 dans la ville pétrolière de Bucaramanga avant de pouvoir se mettre à son compte.
En janvier de la même année, ce fut le tour tragique de Gildardo Castaño Orozco, responsable syndical et conseiller de la ville de Pereira, qui fut victime d’un attentat criminel réalisé en moto par des sicaires, tout près de sa maison.
En octobre 1987 le candidat à la présidence de l’année précédente pour l’U.P, Jaime Pardo Leal, après avoir parlé avec un plombier pour qu’il règle la pression de l’eau de sa petite maison de campagne, a été assassiné sur la route en direction de la capitale, devant le regard de sa femme et ses fils.
Le 3 mars 1989 les balles tombèrent sur sa frêle humanité de José Antequera, avocat, danseur de musiques de la Caraïbe, le dirigeant de la Jeunesse Communiste, a été assassiné dans le même aéroport, celui de Bogotá, quand il saluait le Libéral en pré campagne, Ernesto Samper, qui fut gravement blessé.
Le 22 mars 1990 Bernardo Jaramillo Ossa a été assassiné dans le même terminal aérien de Bogotá, pendant qu’il attendait son vol, accompagné de son épouse. Ce jour, un jeune sicaire (ou tueur à gage) sort une mitraillette (Mini Igram 380) et tira contre le candidat à la présidence de l’Union Patriotique, qui n’avait pas douté pour continuer avec l’organisation que Pardo Leal avait dirigé juste un an au moment d’être assassiné. Les dernières paroles de Jaramillo Ossa, qui était blessé dans les bras de son épouse, furent : « Mon amour, je ne sens plus les jambes. Ces fils de pute m’ont tué, je vais mourir. Embrasse-moi et protège-moi ».
La mort semblait avoir été montée comme un manège qui ne se fatigue pas de réaliser ses tours sanglants. A chaque fois, les promoteurs étaient des membres des forces de sécurité de l’Etat, comme dans le cas de la famille de Blanca Cecilia Palacio, ou des criminels des Autodéfenses de l’extrême droite convertis en narcotrafiquants.
Ricardo Cheliá, comme des milliers de colombiens dans la  moyenne, il ressentait dans sa vie une étrange sensation qu’il ne pouvait expliquer, mais qui se manifestait comme un agir cruel et systématique. Pour ceux qui peuvent l’exprimer, c’était comme si en permanence ils vivaient sur un baril de poudre. Quiconque, ou aucune personne ne pouvait savoir où et quand il était possible sortir (...). Malgré le souci des crimes sélectifs, des voitures piégées dans les rues, les immeubles et les centres commerciaux, la vie s’impose en Colombie.
Pour les centaines d’hommes et de femmes comme Cheliá, l’existence est reliée à une lignée de mort au milieu de l’agitation quotidienne des magasins de commerce, écoles, hôpitaux, places de marché, autobus, églises ou restaurants. Un, deux, des centaines, des milliers de morts ont eu la « chance », d’être retrouvés, là où des milliers se perdent dans les campagnes et forêts au fond d’une fosse commune.
Des cas, il existe des cas entre tous les cas. Un exemple pris au hasard est celui d’Ana Fabricia Córdoba, militante de l’U.P, pour laquelle correspond d’avoir vécu toutes les violences s’étant produites en Colombie.
Pareillement que Cheliá, quand petite, elle fut expulsée de sa terre natale en raison de l’affrontement des deux partis traditionnels, les paramilitaires tuèrent son époux l’année 2000, pour son appartenance à l’U.P, et elle a eu à retrouver le cadavre de son fils Johnatan, après avoir été criblé de balles dans les rues de Medellín. Elle et son ami ont été tués par la patrouille n°301384 de la police. Ainsi à neuf heures du soir, Johnatan appela Ana Fabricia, sa mère. Elle raconta : « Il était tétanisé par la peur et il m’a dit qu’ils allaient le tuer ».
Le jour suivant, les deux jeunes  réapparaissent morts. Pour la responsable Ana Fabricia, à l’égal de Blanca Cecilia, un homme à briser sa vie d’un tir dans sa tête en juin 2011, la même semaine pendant laquelle, le président Juan Manuel Santos se prononça pour la Loi des « Victimes » (du conflit armé).
Le soleil de Fusagasugá était d’une chaleur douce au moment où Ricardo Cheliá entra dans un mutisme total. Il se réfugia dans ses pensées avec un regard fixe, duquel il ne voyait pas les vendeurs ambulants de glaces et de ballons gonflés. Il écoutait seulement et entendait les colombes grises qui picotaient ou déployaient leurs ailes, les transportant d’un lieu à l’autre du parc.
- Ainsi elles volèrent toutes – dira-t-il, regardant les petits oiseaux faisant un large vol pour se rendre sur un espace se tenant sur un côté de l’église aux deux tours de Notre Dame de Belén (en photo ci-dessus), et sur ses autres côtés, le Centre administratif Municipal, les banques, les joailleries, les papeteries ou les cafetiers.
 Chelíá avait vécu les exodes pendant l’enfance dans la ferme de son père et après, de part les divers endroits où elle allait pour chercher de quoi faire. La Colombe, pour le descendant de l’émigrant arabe, était un pays de nomades, de déplacés par la violence.
- Mon père a dû laisser son travail à la campagne devant les pressions, lors des quelques années du gouvernement du dictateur Rojas Pinilla. (1953-1957)
Maintenant la situation reste similaire, mais avec des variantes sur les signalements qui parviennent de la violence. A la moitié du vingtième siècle, Cheliá aurait été une victime innocente de l’affrontement partisan entre les conservateurs (bannière bleue comme symbole héraldique) et les libéraux (bannière rouge comme symbole héraldique).
A partir des années 1980, ce fut au tour du conflit pour la terre, mais avec des conséquences politiques entre les secteurs radicaux en arme, qui sélectionnaient leurs victimes dans les villes et les campagnes.
Les membres de l’U.P. et d’autres organisations syndicales et démocratiques commencèrent à quitter le pays devant le risque de se faire tuer. La fatalité - pour qui pensait différemment – ont continué jusque dans les années 1990. Non, il n’y avait pas de reste, sinon à chaque attentat, une addition : Huit sénateurs, 13 députés, 70 conseillers et 11 maires de l’U.P. assassinés. Au total, plus de 5 000 militants et sympathisants morts, c’est-à-dire, la fin de l’organisation.
- Sait-il pourquoi il porte des vêtements noirs ? - Demande Cheliá sans perdre pour cela son regard d’oiseau endeuillé – Parce que dans ce pays, il y a eu beaucoup de mort par la faute de cette guerre.
4 ou 5 générations de colombiens n’ont pas pu vivre une année de paix depuis 1931 à 1939 quand il s’est déroulé à Guaca et à Capitanejo (localités du département du Santander, nord de la Colombie), les prémices du conflit avec l’extermination de la population conservatrice et libérale, faisant des massacres politiques, l’étincelle qui s’est enracinée depuis lors. La seule statistique récente datant de 1985 et divulguée est terrifiante.
Ricardo sait que depuis beaucoup d’années, que quelque chose va mal, mais pareillement que beaucoup de colombiens ne pouvant  préciser les causes et apporter des solutions, et considérant que cet état d’altération s’achèvera, avec la paix au quotidien et le droit à la vie comme éléments connaturels (qui est naturellement en accord avec une autre chose).
Chez le kiosquier près du supermarché, sous la main de quiconque, apparaît l’hebdomadaire « Semana ». La publication sort tous les 7 jours avec un tirage prometteur de 52.800 exemplaires et une des meilleures diffusions dans le pays. La Colombe s’approche des 50 millions d’habitants et, cependant le niveau de lecture de la presse n’est pas généralisé. Seuls lisent les catégories de la population de haut niveau, intellectuels et professeurs intéressés par l’économie, la politique et la vie en rose.
Des personnes comme Cheliá ne connaissent pas l’existence de cet hebdomadaire, parce qu’ils ne vont pas au supermarché, comme d’autres visitent les nommées centres d’esthétique ou de coiffures pour se faire couper les cheveux. Ce sont dans ces lieux où en général le commun des mortels peut jeter un œil aux nouvelles.
Selon l’hebdomadaire Semana, depuis 1985, au 31 mars de cette année-là, il a été comptabilisé 5.405.629 victimes de violence.
Blanca Cecilia Palacios fait partie de la statistique des 2.683.335 femmes assassinées.
Son père et ses frères sont de ce tragique compte :
Mineurs de moins 12 ans : 1.163.218.
Syndicalistes assassinés entre 1978 et 2012 : 2.994.
Défenseurs des droits : 299.
2.087 massacres entre 1983 et 2011, 9.509 personnes ont été assassinées.
Journalistes assassinés depuis 1977: 137.
Les enlèvements pour extorsion de fonds entre 1996 et 2002 ont été de 16.123.
Les colombiens qui sortirent du pays pour des raisons de guerre : 395.577.
Fonctionnaires, employés ou candidats publics assassinés : plus de 3.000.
Personnes qui ont souffert d’un déplacement forcé depuis 1985 : 4 ou 5 millions. (plus de 6 millions selon le Movice)
Personnes touchées par las mines antipersonnelles : 10.272.
Amérindiens assassinés : 2.628.
Tous ces actes violents de la guerre agissant comme des tsunamis ont en continus d’autres mouvements de vague de moindre hauteur, mais pas moins dangereux. Blanca Cecilia Palacios a été une victime des très nombreux tsunamis continuant à se suivre. Ses voisins, les survivants, sous une autre forme, ils continuent de vivre éclaboussés par les innombrables gouttes de sang qui proviennent de leur existence, de leur pensée, de leur manière d’agir ou de se taire.
Cheliá s’est relevé de son banc du Parc. Il chemine entre les centaines de colombes, lui donnant juste le pas par un petit sautillement. Il ne s’est pas où aller. Finalement, avant que la guerre ne trouve sa fin, elle ne montre toujours pas sous le destin de la paix. 


Source : El Ojo del Cangrejo (l'oeil  du Crabe)


LIBRES AMéRIQUES: Colombie, traumatismes de guerre et conséquences psychiques

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 09:54

 

 

 

niños indigenas 

 

Par Ricardo Marapi Salas ·

Un autre facteur cause de mortalité infantile est la faible attention des organismes de santé aux communautés indigènes.

Les organisations Free Press Unlimited, War Child Holland et l’agence pour l’enfance PANDI (Journalisme ami des droits de l’enfance), ont publié une étude sur les hauts indices de dénutrition qui affectent les peuples indigènes colombiens.

L’étude révèle que 70% des enfants indigènes colombiens souffrent de dénutrition chronique.

Ce chiffre est de loin supérieur si nous le comparons avec les enfants non indigènes où « seulement » (guillemets en NdT) 12% souffrent de dénutrition.

En plus, une étude signale que les infections respiratoires aiguës et les diarrhées sont une cause importante de la mortalité des enfants indigènes.

Une autre cause sont les conflits armés, la violence et le suicide.

Un problème qui affecte également les indigènes colombiens est le déplacement forcé dont souffrent les peuples à cause du conflit armé qui affecte le pays.

Selon le rapport, le déplacement forcé affecte 47% des enfants indigènes. (PULSAR)

Source en espagnol
Colombia: Uno de cada cuatro niños indígenas muere antes de cumplir los seis años debido a desnutrición | Agencia Púlsar

Traduction Anne Wolff

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 07:55

 

 

Je continuerai à en parler de la Colombie,  même si manifestement cela n’intéresse pas grand monde. Autant que la Syrie, la Colombie est au cœur du conflit mondial. Là aussi, il y a un peuple en lutte contre une dictature. Et cette dictature est maintenue en place par les mêmes qui prétendent mener et soutenir   en Syrie le grand combat mondial de la Démocratie contre la Dictature.

Un peuple qui malgré la misère à laquelle il a été réduit, continue de résister et se fait même porteur d’un projet de monde qu’il invite le reste du monde à découvrir, à partager, à soutenir. D’Europe lui répond le grand silence de l’indifférence. Générosité et appel à la coopération sont des mots qui n’ont pas de sens en novlangue, des concepts qui n’ont pas leur place dans le système de concurrence qu’elle exprime. Générosité, coopération et quelques autres notions du genre ont été renvoyé au domaine de l’inconcevable. Pas pour tous, heureusement.

C’est une réalité, aucun peuple n’est, aujourd’hui, tellement éloigné de nous que nous ne partagions des problèmes communs. Les technologies au service de la globalisation,  ont transformé la notion de distance et intensifié les interdépendances entre les habitants du monde, augmentant d’autant les probabilités de voir apparaître des effets de papillon bénéfiques que des contaminations sans frontières.

Voici donc pour les quelques rares qui seraient intéressés un récapitulatif de  ce qui a été publié sur ce blog concernent la Colombie où un peuple est en lutte, résiste et invente de nouveaux possibles dans un laboratoire des transnationales, de la bonne graine à prendre...

 

 

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 06:35

 

Source images - à visiter : Solidarité avec le Peuple Nasa _

 

 


Le Peuple de Colombie est aujourd’hui au front d’une lutte qui nous concerne tous. Notre Dame des Landes est un autre front de cette même lutte. Lutte contre l’appropriation du monde par les transnationales.

  En Colombie l’instrumentalisation des gouvernements étasuniens et colombiens ainsi que des armées de ces pays au service de ces transnationales apparait très clairement et nous permet de mieux comprendre ce que vaut dire réellement le « sécurité des Etats-Unis » comme fondement des doctrines militaires du Pentagone et programme pour les régimes politiques étasuniens.

Ce sont ces transnationales qui sévissent partout sur la planète, utilisant tant les armées et forces de répressions et services d’espionnage des nations que les armées de mercenaires qu’elles louent en fonction de leurs intérêts. Elles ont leurs propres servies d’information. Elles constituent une sorte de supra état par-dessus les états. Nous le voyons très clairement avec la guerre de Syrie, quand l’agenda transnational l’exige, le régime étasunien  ne tient aucun compte de l’ONU qui finalement n’est là que pour donner un verni de légitimité aux guerres des transnationales, « Au nom de la communauté internationale » ? La communauté internationale rejoint les rangs des Sans Voix lorsqu’elle s’oppose  aux pouvoirs de la globalisation.

Voici quelques éléments clés pour comprendre non seulement en Colombie, mais dans le monde.

 


Les peuples originaires au milieu de la guerre en Colombie


vendredi 23 novembre 2012, par Manuel Rozental

Fondateur du « Tissu de communication et relations externes » de l’Association de cabildos (conseils communaux) indigènes du nord du Cauca (ACIN), Manuel Rozental analyse la guerre colombienne depuis la perspective des peuples originaires.

L’histoire de la résistance du peuple nasa est une de plus parmi toutes celles qui peuplent l’Amérique (Abya Ayala). Sa lutte, marquée par la répression, les assassinats de leaders et les massacres, a permis la reconnaissance de 544 000 hectares comme territoire indigène, en plus d’avoir réussi une réforme constitutionnelle de 1991 où ont été rédigés les droits fondamentaux des peuples originaires.

« La première action, fondamentale, est la résistance des peuples à chaque étape, depuis la conquête espagnole jusqu’à maintenant. Une fois que l’on a reconnu qui était l’agresseur, quelle stratégie il use, quels objectifs il a, et, en prenant en compte ces éléments, le peuple se réorganise en s’appropriant ce dont il a besoin pour résister à l’agression. Voir, penser et agir. C’est le cadre général. Et là s’abat cette agression du néolibéralisme, du Plan Colombie, de la globalisation et des multinationales qui sont les bénéficiaires de tout cela », explique Manuel Rozental, médecin, « communicateur », stratège et activiste colombien exilé au Canada, fondateur et premier coordinateur du Tissu de communication et relations externes de l’Association de cabildos indigènes du nord du Cauca (ACIN).

Quel est le contexte de lutte sur le territoire ? Quels sont les ressources qui sont en jeu ?

C’est la toile de fond : ce qui a été analysé par l’ACIN et par tous les peuples indigènes de Colombie durant trois ans c’est qu’avant les propriétaires terriens venaient pour créer de grandes haciendas et exploiter la terre et les indigènes, les Afro-Colombiens et les paysans. Ce qui a changé récemment c’est que maintenant la dispute territoriale est encore pire. Elle se joue avec un acteur différent, corporatif, supranational et transnational : un acteur externe. C’est ce qui se joue dans tout le pays. Le général Pace, à l’époque commandant du Commando Sud des États-Unis (puis commandant pendant la guerre d’Irak et finalement commandant de toutes les forces des USA), a expliqué au Congrès des États-Unis qu’il y avait cinq motifs de sécurité nationale pour les Nord-Américains sur le continent : l’eau, l’oxygène, le pétrole, la biodiversité et l’activité minière. Juste après sort le document du Plan Colombie.

Et le document relatif à ce Plan, élaboré aux États-Unis, parle d’une occupation territoriale dans le but d’accéder aux ressources vitales pour les corporations transnationales et le capital que représentent et servent les États-Unis. Dans la zone nord du Cauca, il y a toutes ces ressources, mais en plus il s’agit d’un couloir stratégique entre la côte pacifique et les plaines orientales, et, avant tout, c’est le cœur de la résistance populaire non violente (ce qui ne veut pas dire pacifique) au projet d’occupation territorial.

Qui sont ceux qui exécutent cette politique dans le Cauca ?

Il y a deux composantes. Il y a une stratégie centrée sur le militaire, très sophistiquée et de longue date, qui est l’intention de transformer la guerre, et peu importe d’où elle vient, en une manière d’accéder aux territoires stratégiques. C’est quelque chose qu’il est difficile de comprendre de l’extérieur, selon la logique qui affirme qu’il y a un camp armé des gentils et un camp armé des méchants. Mais toujours est-il que, d’un point de vue géostratégique, il importe peu que la guerre vienne des insurgés ou des combinaisons de paramilitaires, armée, police et forces armées de l’État, légales ou illégales, ce qui est important c’est que le résultat final de la guerre soit l’expulsion et la spoliation du territoire pour accéder à ces ressources et désarmer la résistance.

C’est le point de vue militaire. Mais le Plan Colombie combine terreur et guerre avec la propagande et la politique publique. Le Plan Colombie parle de « consolidation », ce qui signifie le transfert de fonds à des programmes sociaux : santé, éducation, logement, alimentation, marchés et contrôle des militaires. C’est la carotte et le bâton. Le message pour la population est, au choix : ou vous vous soumettez à ces politiques et en échange vous donnez le territoire et le travail aux multinationales ou vous prenez des coups de bâton. C’est à cela finalement que contribuent les insurgés (guérilla), dans le nord du Cauca, qui est dans le secteur d’influence des FARC.

D’autre part, on peut voir la présence de nombreuses ONG, de gauche ou de droite, sur le territoire, avec chacune son langage, mais qui viennent toutes supplanter l’État en termes de plan sociaux, divisant au passage les communautés ou substituant par exemple les cultures et la projection collective pour leur bénéfice propre et finalement celui du régime, c’est-à-dire, de l’accumulation de capital des transnationales. Si les communautés n’acceptent pas, la réponse est qu’il n’y a pas d’argent et qu’il y a la guerre. Les insurgés et l’armée viennent occuper le territoire, avec entre quinze mille et trente mille soldats, en plus de la police et de toutes sortes de services secrets militaires, et en même temps on voit plus de FARC que jamais dans l’histoire du nord du Cauca, qui transforment le territoire ancestral et autonome en un théâtre d’opérations militaires. C’est la même dynamique que l’on observe pour tous les peuples indigènes du pays.

Et quelles sont les action menées par les peuples indigènes ?

La première action, fondamentale, est la résistance des peuples à chaque étape, depuis la conquête espagnole jusqu’à maintenant. Une fois que l’on comprend que le modèle économique actuel est le problème fondamental, tout devient clair, et ce qui est clair c’est que tout seuls nous ne pouvons rien. Jusqu’à maintenant, le mouvement indigène, et en particulier le peuple nasa, avait lutté pour résister et défendre son identité et sa culture. Ce qu’il continue de faire, mais maintenant il comprend que pour réussir, il faut s’unir avec d’autres peuples, d’autres cultures, car ce projet de spoliation et d’ethnocide est global et l’agresseur n’est même pas sur son territoire, mais est transnational et supragouvernemental. C’est là que se prend la décision éthique et stratégique consolidée dans un agenda qui commence par le modèle économique et ses stratégies de terreur, de propagande et de guerre. Reconnaître et dépasser enfin le fait que nous, les peuples de Colombie, nous n’avons pas d’agenda propre, nous n’avons pas pu le construire, et que par conséquent nous allons en négociant pour obtenir quelques miettes de notre oppresseur. En parallèle, du fait que les paramilitaires comme la guérilla tuent les gens, en 2001 se rétablit la garde indigène pour exercer le contrôle communautaire sur le territoire avec des hommes, des femmes et des enfants. Avec ces deux choses combinées nous avons pris la décision — la première en 2001 mais la plus grande en 2004 — de créer cet agenda et de convoquer le Premier Congrès indigène et populaire. La « Minga » part de Popayan et arrivera à Cali, des montagnes jusqu’à la route panaméricaine. Ce fut l’année du pic de popularité d’Uribe, qui a été surpris de s’entendre dire qu’ici il n’est pas populaire et que nous ne voulons pas de son modèle de libre commerce.

Propos recueillis par le Collectif Colombiens au Sud.
Entretien publié par Marcha (Argentine).
Traduction et source : Solidarité avec le peuple nasa.

Via : Les peuples originaires au milieu de la guerre en Colombie - la voie du jaguar

 


http://www.nasaacin.org/images/stories/miraa26.jpg

 

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:55

 

 

Colombie, grèves et violences policières contre civiles et la presse

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Por primera vez en tres años de mandato el presidente colombiano, Juan Manuel Santos, afronta una de las rebeliones sociales más crudas, con su Gobierno en jaque debido a un paro nacional que aún no se sabe como terminará.

vendredi 30 août 2013

Forte répression de la police colombienne contre la population et la presse

Par Lionel Mesnard

Dans un communiqué publié en ce jour, la Commission Justice et Paix de Colombie a dénoncé l’agression dont ont été l’objet une journaliste et un photographe de Contagio Radio hier à Bogota à 15 heures locales, bien qu’indentifiables comme faisant partie de la presse. La journaliste et le photographe ont du essuyer une charge de la police et se réfugier dans un bâtiment public. Pareillement, à Medellin, un groupe de journaliste de presse a été aussi l’objet d’agression selon l’Agence Efe. Hier dans ces deux villes sont intervenus des heurts violents avec la police, pendant que se déroulaient des cortèges pacifiques en faveur ou en soutien au mouvement national de grève des paysans colombiens, et l’arrêt des traités de libre-échange.

Jeudi 29 août 2013, à Bogota ont surgi des individus cagoulés et s’attaquant aux forces de l’ordre, provoquant une riposte et des blessés parmi la police. La place principale Simon Bolivar de Bogota devait être l’objet d’un rassemblement à l’appel des étudiants du syndicat MANE, il s’est terminé sous les gaz lacrymogènes et avec des charges brutales de la police contre les manifestants. Il est à déplorer des blessés (89 selon Telesur) de chaque part et deux morts dans des circonstances un peu particulières (dont un mineur), et la police a procédé à des arrestations avec une brutalité inquiétante ou révélatrice ?

Au 12ème jour de grève, il est difficile de ne pas constater à quel point la répression policière touche aveuglement des civils dans de nombreux lieux du pays. A ce sujet, le collectif d’avocats colombiens José Alvear Restrepo a déjà publié sur son site des éléments prouvant dans plusieurs régions ou départements (1), l’action brutale et violente des forces de police de l’ESMAD.

Beaucoup de vidéos de particuliers circulent sur les réseaux sociaux ou les diffuseurs en ligne de contenu vidéo. Certaines scènes ou images sont effrayantes et certaines de ces actions policières vont jusqu’à intervenir dans les domiciles privés des personnes, les éléments de harcèlements sont nombreux et aussi de multiples tirs ont été constatés de toute part dans le pays sur les manifestants, depuis le début du mouvement « agraire ».

L’horreur et la terreur en Colombie par l’ESMAD !

Voir videohttp://www.youtube.com/watch?featur...

Compilation des attaques de l’ESMAD, images prises par des amateurs

Le mouvement depuis lundi, (à son huitième jour) : (lire l’article en relation) s’est étendu aux rues de la capitale et sous les coups des casseroles et chants des participants. Une bonne dizaine de milliers de personnes ont ainsi manifesté leurs soutiens en début de soirée sur la Place Bolivar.

Steven Cohen dans le « ColombiaReports »

« La grève nationale en Colombie qui avait débuté par une grève du monde rural le 19 août a pris beaucoup d’ampleur du fait d’un soutien populaire croissant ».

(…) Plus de 10 000 personnes ont participé à des “cacerolazos” - manifestations dans lesquelles les participants frappent sur des casseroles ou autres ustensiles de cuisine - organisées à travers toute la Colombie dans les grands centres urbains le lundi 26 août au soir pour soutenir le mouvement de protestation des agriculteurs. De nouveaux groupes socio professionnels comme les mineurs, les travailleurs du domaine de la santé et les routiers se sont joints à la grève des agriculteurs. (…)

(…) Dans ce pays, un nombre croissant de citoyens, manifestants ou non, interpellent le gouvernement et lui demande de prendre en compte l’inquiétude croissante des grévistes et d’éviter au pays l’extension d’une paralysie économique catastrophique déjà effective dans plusieurs régions. (…) (Source Global Voices)

Mercredi dernier, le président Juan Manuel Santos sortait de son inflexibilité et promettait une issue par des propositions économiques visant à appuyer l’agriculture et la production agricole nationale.

Jusqu’à présent aucun accord n’est intervenu et trois départements sont totalement impropres à la circulation des véhicules, en raison des blocages routiers (dans le département de Boyaca notamment). Il a été mentionné par ailleurs, qu’il s’agissait de 48 axes de routes concernés, qu’il y aurait en cours une quinzaine de marches se déployant dans le pays, plus de multiples actions d’appuis, de soutiens ou de participations à cet éveil social des campagnes, qui se déroule sans plier devant les provocations policières. (el vigoroso resurgimiento de la izquierda social)

Il a pu être constaté sur une vidéo du 22 août 2013 comment des hommes cagoulés pouvaient échanger avec la police. Le fait que soit apparu ce genre de phénomène hier dans les rues de la capitale n’a rien de surprenant. Les encagoulés, c’est un vieux modèle du genre, qui fonctionne quand un gouvernement se sent un peu faible face à la vindicte populaire. Et cela marche toujours quand il s’agit au Chili et en Colombie de cortèges étudiants, il y a toujours des casseurs, bien évidemment non identifiables et rarement dérangés, si ce n’est servant à discréditer ceux s’élevant contre une méthode de gouvernement peu scrupuleuses des droits humains et démocratiques.

La presse et violences policières en Colombie

Medellin, jeudi 29 août des journalistes de presse agressés par la police

Les journalistes de la ville de Medellín ont dénoncé ce jour qu’ils avaient été agressés par la police alors qu’ils couvraient la manifestation de soutien à la grève du secteur agricole. Les agressions se sont déroulées à 13 heures pendant qu’ils couvraient une manifestation et les journalistes concernés couvrait l’événement pour le Canal Teleantioquia, Blu Radio, le quotidien El Colombiano, et un photographe de l’Agence Efe.

« Nous étions en train de prendre des photos et les policiers nousont dit que nous ne pouvions plus le faire, sinon qu’ils allaient casser notre matériel » a déclaré Luis Eduardo Noriega, photographe au service de l’Agence de presse Efe.

« Un peu avant 13 heures, ils avaient frappé un autre journaliste de Blu Radio, lui très proche lançant une bombe étourdissante et un fragment lui a fait une coupure au front » a précisé Luis Eduardo Noriega à l’Agence Efe.

Bogota, jeudi 29 août, deux reporters de la Radio Contagio chargés par la Police

Ana María Rizo et Luis Gabriel Galindo journalistes, défenseurs des droits humains, de Contagio Radio, ont été agressés par des agents de l’ESMAD pendant qu’ils couvraient en audio et en video la mobilisation, qui va en se développant dans la ville de Bogota en soutien à la grève nationale agraire.

La journaliste, Ana María Rizo a été obligée de se réfugier dans les locaux d’un bâtiment public de la Justice, se situant à la hauteur de la rue n°12 et n°7 vers 15 heures, en raison des agressions de l’ESMAD avec des gaz, pendant qu’elle accomplissait son travail de presse. Les membres de la force publique les ont empêchés de sortir du lieu, par des harcèlements et des intimidations permanentes.

Luis Gabriel a été agressé par des agents de l’ESMAD qui cherchaient à l’attraper alors qu’il filmait. Tout en cherchant à asperger d’eau sa caméra. .

Luis Gabriel et Ana Maria Rizo ont été molestés dans le centre de Bogota, alors qu’ils cherchaient à rejoindre la place Simon Bolivar, les policiers de l’ESMAD frappèrent et s’emparèrent de Luis Gabriel qui se trouvait entrain d’enregistrer des images de la mobilisation, de même les policiers ont empoigné la journaliste pendant une diffusion en directe, par téléphone.

Images de l’agression de l’équipe de CONTAGIO Radio

Voir video

Les agressions d’hier, se sont produites sur des personnes indentifiables avec leurs signes visibles de presse.

"Contagio Radio a suivi au niveau régional et national et en direct la Gréve du mouvement agraire depuis le 19 août, donnant à faire connaître à l’opinion publique les différentes agressions de la force publique (et de l’ESMAD en particulier).

Nous réitérons la nécessité que le gouvernement offre des garanties, pour le défense et la protection des droits humains et la liberté d’expression devant les abus d’autorité et l’usage indiscriminé et poussés des forces policières."

Ecouter la bande sonore au moment auquel les journalistes furent attaqués : Cliquez ici !

Libres Amériques, 30 aôut 2013.

 

Source : el correo

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:13

 




10 septembre 2013

par Hedelberto López Blanch

Les manifestations massives qui se déroulent depuis quelques semaines dans les villes de Colombie sont liées à la situation d’abandon et de faim dont souffre la population de ce pays à la suite de la signature, en 2012, d’un Traité de Libre Echange (TLE) avec les Etats-Unis.



Pratiquement aucun recoin de ce pays andin n’a été à l’abri des effets désastreux produits par ce TLE. Cet accord couronne l’œuvre entreprise par les gouvernements antérieurs afin de porter à leurs ultimes conséquences le système néolibéral et de privatisation impulsés par Washington, la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI).

Le peu de temps passé depuis sa signature a donné raison aux analystes qui prédisaient qu’avec l’entrée en vigueur du Traité - le 15 mai 2012- , la fuite des capitaux s’accélérerait, ainsi que la destruction de l’environnement, les privatisations de services essentiels comme l’enseignement, l’au, l’électricité et la santé. Les inégalités et le travail précaire ont augmenté tandis que la production alimentaire s’est réduite avec l’entrée de produits subsidiés provenant des Etats-Unis. On assiste, enfin, à une perte de souveraineté économique et politique du pays.

Grève Nationale Agraire et Populaire

Les grèves, les manifestations et les blocages de routes actuels dépassent en ampleur la mobilisation des mois de février et mars derniers et se sont caractérisées par leur massivité et combativité. Elles sont menées à bien des paysans, des producteurs agraires et des secteurs solidaires comme la santé, les transports et l’enseignement.

Dans plus de 25 départements, des petits producteurs de pommes de terre, de lait, de café, d’oignons et d’autres produits, ont cessé leurs activités et manifestent contre les dégâts provoqués par le TLE, la remise de vastes surfaces de terres aux multinationales minières et le peu d’aides reçues du gouvernement pour tenter pallier aux dommages. Parmi les régions où la mobilisation est la plus intense figurent Boyacá, Nariño, Catatumbo Cundinamarca, Antioquia, Valle del Cauca, Santander, Norte de Santander, sud de Bolívar, Casanare, Arauca, Meta, Caquetá, Putumayo, Cauca, Nariño, Huila et Tolima.

Mais le gouvernement « démocratique » de Santos a répondu aux revendications de la même manière que son prédécesseur Álvaro Uribe, autrement dit par la militarisation des principales voies terrestres et par la répression policière et militaire contre les participants aux mobilisations. Quelques jours avant la grève, les autorités avaient lancé une puissante campagne destinée à terroriser la population. Elles ont annoncé à travers tous les médias qu’elles mèneraient à bien une « opération implacable » avec l’armée et la police pour contrecarrer les « émeutiers ». Ces menaces ont été effectivement appliquées puisqu’on a utilisé contre les participants tous les types d’armes et de gaz lacrymogènes, ainsi que l’arrestation de dirigeants et de manifestants.

Il n’est pas moins exact non plus que la répression, le peu d’informations diffusées dans le pays sur les protestations et l’interdiction faite aux manifestants (de la part de l’armée) de se déplacer d’un département à un autre pour coordonner les actions, sont parvenues par la force des choses à maintenir sous contrôle l’extension de cette lutte.

TLE : Cheval de Troie de l’impérialisme

Les efforts destinés à conclure ce pacte néolibéral ont commencé avec le gouvernement précédent d’Álvaro Uribe, qui avait fait de son adoption une véritable obsession politique, obsession qui fut poursuivie par l’actuel président Juan Manuel Santos.

Dès son adoption, les 1.531 pages (ainsi que de nombreux appendices) du TLE signé par Washington et Bogota ont pris force de loi garantie par une série de règles internationales. En conséquence, aucun organisme de l’Etat colombien n’a le droit d’approuver quoi que ce soit qui contredise ce texte. Seuls les tout-puissants Etats-Unis peuvent réaliser des modifications, et toujours en leur faveur.

Ainsi, en signant le premier chapitre sur la propriété intellectuelle, la Colombie s’est engagée à respecter quatre autres accords internationaux qui favorisent la pénétration et la liberté de mouvement des multinationales étasuniennes dans le pays, sans devoir rendre des compte face à des plaintes pour causes environnementales, pour des suppressions d’emploi ou pour des violations des droits humains.

Comme résultat, on a assisté à une invasion de capitaux étrangers dans tous les secteurs de l’économie et de la société : entreprises, banques, mines, électricité, téléphonie, santé, alimentation, éducation, environnement (flore, faune, eaux). Après la mise en vigueur du Traité, du fait des avantages qu’il octroi aux grandes compagnies étrangères, il y a eu une augmentation effrénée des importations et une réduction des investissements et des productions nationales. Le gouvernement importe de grandes quantités de viande, de poulets, de lait, d’oignons, de café, de riz et de maïs. Les marchés se sont remplis de marchandises à bon marché provenant de l’étranger, ce qui entraîne la ruine des paysans, des mineurs, des camionneurs et de petits entrepreneurs.

Au milieu du mois de juillet dernier, un rapport officiel précisait qu’au cours de ces dernières années on a privatisé la Banque Populaire et le Colpatria, presque toutes les grandes et moyennes industries étatiques, les compagnies d’électricité de Boyacán, Pereira, Cundinamarca, Santander, Norte de Santander, Meta et Termocandelaria ; les mines et l’immobilier, les services d’eau potable, la gestion des égoûts, la santé, les assurances et l’enseignement.

On a également vendu à des prix dérisoires de vastes étendues de terrains pour l’extraction des minéraux et pour la construction de centrales hydroélectriques, avec tous les dommages qui en découlent pour les populations originaires et pour l’environnement.

Sage fut la décision prise par plusieurs gouvernements latino-américains de s’opposer, au cours du IIIe Sommet des Amériques de 2005 en Argentine, à la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA) qui était impulsée par les Etats-Unis. Cependant, ce projet est appliqué bilatéralement avec la néfaste approbation de Traités de Libre Echange par le Chili, la Colombie, le Pérou et d’autres gouvernements. Ceux qui en sortent perdants, ce sont les peuples qui se dressent aujourd’hui pour leurs revendications.

Source :
http://www.rebelion.org/noticia.php... 
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Via : Traité de Libre Echange : Le coup de grâce pour les Colombiens

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