1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 17:28

 

Nous le savons, nous le redoutons, la pandémie de coronavirus et son « traitement » laissera des séquelles, des dommages collatéraux, nombreux et variés, dont nous ne pourrons mesurer la réelle ampleur qu’avec le recul du Temps. Il semble que plus strict ait été le confinement, plus grave seront les conséquences. Nous devons nous y préparer.

 

En Espagne où le confinement des enfants a été total depuis le 14 mars, divers symptômes de troubles psychologiques se manifestent. Certains sont caractéristiques de la condition d’enfermement : manque d’appétit, cauchemars récurrents... Il faut dire que l’Espagne a pris des mesures extrêmes par lesquelles, pendant 40 jours, les enfants ne pouvaient sortir sous aucun prétexte, ni même cinq minutes, ni pour une course, ni pour promener le chien, ni même pour s’aérer un peu… Face aux symptômes de troubles mentaux affectant un nombre croissant d’enfants, fin avril, un plan de dé-confinement progressif a donc été mis en œuvre pour les plus jeunes, pas pour les ados à qui il serait – selon les autorités espagnoles et leurs experts - impossible de respecter la saine distanciation.

Susana Distancia, la super-héroïnne mexicaine qui combat le Sars-cov-2

Ni en Belgique, ni en France, ni en Allemagne n’ont été adoptées des mesures aussi drastiques. A Bruxelles, cela faisait même partie des éléments réconfortants de voir jouer et rire des enfants sous le regard vigilant de parents qui veillaient tout à la fois au respect de leur insouciance et à celui des distanciations… dans mon quartier, souvent, les enfants spontanément, mais sans tension, ni angoisse, prenaient les distances au moment de croiser d’autres personnes. Pourtant même dans ces conditions, cela fait question, comment cette crise va-t-elle les marquer les jeunes générations ?

Au Mexique le gouvernement a développé des outils didactiques sous forme de petites vidéos à caractère ludique qui évitent de dramatiser la situation. Il y a même une super-héroïne, Susana Distancia qui a conquis tant les enfants que les adultes, tant les mexicains que d’autres habitants d’Amérique Latine. Transformer en jeu le respect d’une distance protectrice, éviter tout traitement de la pandémie qui génère l’angoisse chez les enfants tout en les invitant à pratiquer les mesures qui les protègent, c’est un beau défi…

La dramatisation de l’Ennemi Invisible, le Super-Terroriste Croquevid-19, avec lequel nous serions en Guerre, qui personnalise Sars-cov-2 alors que les virus ne sont même pas des organismes, n’est saine ni vis-à-vis des adultes, encore moins des enfants. L’Ennemi Invisible, ce sont ceux qui dans la pénombre, infiltrés dans l’OMS et autres secteurs de la santé, ont tiré les ficelles de la gestion de la crise au profit d’intérêts privés d’ordre idéologique et économique. Mais cela c’est une autre partie de l’histoire.

 

Que penser d’un gouvernement qui prend pour mesure un total enfermement de tous les enfant du pays pendant 40 jours et voit comme un grand progrès des sorties d’une demi-heure pendant lesquels les enfants ne pourront ni fréquenter les parc, ni jouer, seulement marcher dans les rues en portant masques et gants. Il ne se rendent pas compte que cela aura des conséquences dramatiques à long terme ? Où ils s’en fichent ?

Aujourd’hui, en Espagne, alors qu’ils en ont – enfin - l’occasion, certains enfants ont peur de mettre le nez dehors. Une peur pathologique qui se manifeste par des sueurs froides, des bouffées de chaleurs, des battements accélérés du cœur, des nausées et même des vomissements. Ils ont peur de tomber malades s’ils sortent et que cette maladie, personne ne puisse la soigner. Ils ont entendu les conversation entre adultes, regardé la télé et suivi des réseaux sociaux… ils se sont imprégné des sentiments d’impuissance qui affectent aussi les adultes, leur laissant l’angoissante perception d’un mal omniprésent à l’extérieur dont personne ne peut les protéger. Ils ont peur de Croque-vid-19, un monstre omniprésent et invisible, qui tue tous ceux qu’il approche.

 

Les enfants entre 7 et 10 ans sont particulièrement touchés, c’est l’âge où il s’éveillent à la réalité extérieure, ils sont alors de véritables éponges qui s’imprègnent indifféremment de toute l’information que leur fournit leur entourage, d’autant plus si aucun adulte ne les aide à décrypter cette info. Ils se sont rendus compte qu’il y avait une menace, celle d’un virus dont personne ne peut les protéger, ils ont perçu que le monde adulte, effrayé par la maladie, est aussi habité par l’angoisse du lendemain, ils cherchent à rationaliser mais ne rencontrent aucune réponse susceptible de les rassurer. L’extérieur leur semble chaotique et dangereux, ils ne veulent pas l’affronter. Et cette nouvelle agoraphobie touche aussi des enfants qui jamais auparavant n’avaient présenté de troubles mentaux.

Des enfants sans troubles préalables présentent à présent des troubles nerveux, posent beaucoup de questions, voient leur sommeil interrompu par des cauchemars, manquent de concentration et de motivation pour réaliser des tâches scolaires autant que des activités de loisir, ils sont facilement irrités ou au contraire passent trop de temps sur les réseaux sociaux et à des jeux sur ordinateur. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour se soustraire ou retarder le moment de sortir. En général, il est possible de les convaincre de sortir en leur donnant une réelle mesure du danger, en dédramatisant la situation.

D’autres enfants qui avaient des troubles préalables, peuvent les voir s’aggraver, certains imaginent le virus qui pénètre leur corps ou celui de leurs êtres chers, et les rend malades et tuent à petit feu. Ils ne font pas la différence entre danger réel et danger fantasmé, et il est bien plus difficile de les ramener à la réalité.. Leur logement devient la bulle qui les protège de ce mal, qu’ils ne veulent abandonner sous aucun prétexte. Le danger est de voir ces troubles se cristalliser et s’installer de manière durable.

 

L’exemple de l’Espagne est particulièrement radical, et nous voyons que déjà s’y manifeste de manière aiguë un des effets collatéraux, une dramatique conséquence de la gestion de la pandémie par le gouvernement de ce pays, mais aussi conséquence de réactions de parents qui n’étaient pas préparés pour savoir comment se comporter avec leurs enfants. Le gouvernement aurait pu fournir aux parents des outils didactiques pour les aider à informer leurs enfants sans les traumatiser. La télé auraient pu diffuser ces outils.

Il serait naïf de croire que les enfants des pays plus « laxistes » ne seront pas – même si dans une moindre mesure - psychologiquement affectés. Bref, le covid-19 va également affecter la santé mentale des habitants, et certaines tranches d’âge plus que d’autres. Comment réparer, autant que possible, les dégâts ?

 

Cette pandémie, elle était annoncée de longue date, le plus probable était qu’elle se produirait à court terme, on l’attendait même plus tôt… un des plus graves constats que nous pouvons faire aujourd’hui, c’est que les habitants n’ont absolument pas été préparés pour affronter la crise. Nous pouvons voir aussi, avec un début de recul, que les mesures de confinements et les dispositifs de répression contre les contrevenants étaient plus ou moins drastiques selon la confiance accordée par les gouvernements en la capacité des habitants de leurs pays respectifs de respecter la saine distanciation. Mais pas seulement, il apparaît aujourd’hui que le confinement avait surtout pour but d’étaler la pandémie dans le temps, en vue d’éviter la saturation des hôpitaux, plus que de diminuer à terme le nombre de ceux qui seraient affectés. Ce qui dénonce aussi un manque de prévision.

 

Cette pandémie, il y a de fortes probabilités que ce ne soit pas la dernière à laquelle nous auront à faire face.

Alors une chose oui est de critiquer les manquements des autorités (y compris les « personnes » d’influence non élues), et cela doit être fait sans nul doute et en profondeur pour comprendre sur quel terrain nous jouons. Mais autre chose, c’est de se réattribuer le pouvoir de décision concernant nos destins en nous organisant collectivement, quartier par quartier, ville par ville… pour faire face à de telles crises en minimisant les effets secondaire. Des gens de bonne volonté, prêts à donner d’eux-même pour créer et mettre en œuvres des processus d’entraide, ce n’est pas ce qui manque. Ce qui a manqué, c’est la préparation de ces processus.

En ce qui concerne l’Espagne : était-il vraiment impossible d’organiser des tournantes d’activités collectives et/ou de plein air pour les enfants, avec respect de distance, mais bonne humeur, afin d’éviter une dramatique rupture sociale, alors qu’il est de plus en plus évident que la condition de non propagation ce n’est pas le confinement, mais bien une saine distance et l’usage de masques pour éviter que le virus ne se propage dans l’air environnant ? Cela demande une préparation des parents, des enseignants et autres moniteurs et éducateurs de groupes d’enfants, mais ce n’est ni insurmontable du point de vue logistique, ni plus coûteux à moyen terme que d’avoir à gérer les conséquences de troubles mentaux affectant durablement une génération.

Et chez nous ?

 

Anne W

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.