6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 17:28

 

 

 

Sans avoir à se préoccuper de théorie du complot remontant à des siècles voir à des millénaires et même transplanétaires. En s’en tenant aux faits avérés et parfois révélés, non par le biais de quelques messages mystiques mais bien par des documents  noir sur blanc et des fait échus, il est indéniable que la globalisation est un programme mis en œuvre depuis plusieurs décennies, qui agit sur toutes les dimensions de nos vies et qui après avoir hypothéqué nos existences s’apprête à nous les confisquer  (ce qui est  déjà partiellement ou totalement  concrétisé pour beaucoup d’entre nous – humains.)

Un des axes de ce programme – comment qualifier un coup d’états à l’échelle planétaire ? – est celui de la propagande, un  des aspects « doux » de ce coup d’état : l’élimination de toute presse indépendante - et la domination idéologique de tous les medias audiovisueles -  la dite "guerre psychologique" (une des composante de la nouvelle forme de guerre globale et totale), en était un des objectifs et tous ceux qui douteraient de la réalité d’un programme à long terme devraient se pencher sur les étapes successives qui avec patience et persévérance ont permis à la clique néolibérale avide de pouvoir  mais surtout de profit – une drogue dure – de s’emparer  des principaux médias, de ceux qui forgent les opinions dans le monde. Action par action – enfin un peu à la fois plus tout de même – ils  sont devenus les propriétaires des journaux, des chaînes de télévisions, censés représenter différents courants de pensée,  et sous la surface d’une fausse diversité qui n’excède pas le carcan du système, se sont mis à manipuler les inconscients collectifs de nations entières.


Voici un aperçu de cette hégémonie de la désinformation et de la propagande pour la presse écrite :

 

A qui appartiennent les médias ? | Les Dernières Nouvelles du Monde | Scoop.it
En consultant le schéma ici, Les 10 corporations qui dominent et contrôlent le marché mondial. vous pourrez constater que le contenu de vos assiettes, ne permet pas plus qu'une variété de façade, que celui de vo cerveaux pour ceux qui souffrent d'addiction à la désinformation programmée, Et beaucoup le savent nous parviendront à des schémas similaires pour tous les secteurs du Marché Unique, le monde vu du point de vue de la globalisation, semence, énergie, habillement... et même les dits "partis politiques" ont aujourd'hui les quelques mêmes sponsors, alors que leurs leaders qui ont été formés dans les même Think Tank, participent aux mêmes associations de décideurs, pour lesquels la politique a lieu de se soumettre aux intérêts économiques d'une minorité, et non l'inverse.
Et nous savons tous, du moins implicitement, que les lois imposées au nom de la prétendue "concurrence libre et non faussée" sont en fait des mécanismes conçus, pour permettre aux "gros" d'avaler les "petits".
Une seule bonne réponse, finissons en avec la concurrence, et réalisons nos complémentarités.
Repost 0
23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 15:01

 

 


mercredi 27 novembre 2013


Un jour le prix Nobel de la paix tombera en désuétude à force de se discréditer par des attributions où le grotesque le dispute à l’impensable. Un sommet a été atteint en 2012 avec l’attribution à l’UE « Pour avoir contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe » (sic !).

Venant après d’autres attributions très contestables et contestées cela crée un réflexe bien compréhensible de soupçon à chaque attribution. Celle de 2006 Muhammad Yunus (et la banque Grameen Bank) pour son invention du micro crédit en particulier au Bangladesh pouvait faire illusion. C’était mal connaitre ce partisan d’un "nouveau capitalisme " [1] méconnaissance que le CADTM s’attacha à corriger dans un article paru en 2009..

L’article ci-dessous est une illustration du fait que le jury du Prix Nobel de la paix a une nouvelle fois roulé dans la farine celles et ceux qui pensaient qu’avaient été récompensés un homme et un système humanistes et tiers-mondistes désintéressés...

Depuis le début de l’année 2011, des femmes principalement, organisées dans l’Association de Protection Populaire pour le Développement Social , et dont le nombre atteint aujourd’hui près de 4500 mènent une lutte à Ouarzazate et toute la vallée du Dadès, dans le Sud du Maroc, contre des institutions de micro-crédit pour abus de confiance et conditions de crédit insoutenables.

Profitant de la crise qui a particulièrement touché le secteur hôtelier de cette région touristique, les organismes de micro-crédits se sont implantées dans la région et ont distribué largement des crédits en ciblant tout particulièrement les femmes. Prévus à l’origine pour financer des micro-projets et des micro-entreprises, ils ont souvent été attribués sans réelles vérifications, à la fois parce que les courtiers sont payés en fonction du nombre de clients qu’ils obtiennent et aussi parce que les Institutions de la Micro finance (IMF) et les Associations de microcrédits (AMC) reçoivent des dons et des subventions (de l’USAID, l’ UE, des Fondations, du PNUD, etc.) en fonction de leur clientèle, dans un contexte de concurrence exacerbée entre les organismes. Et de fait, ces sommes ont été utilisées comme crédit à la consommation, (pour s’acheter une mobylette, assurer la rentrée scolaire des gosses, payer un frigo...) ou pour pallier des services publics devenus payants en ces temps de néolibéralisme et inaccessibles pour les couches les plus pauvres de la population (notamment pour des soins de santé). De surcroit, de nombreux crédits ont été contractés pour payer les précédents.

Or, même si l’argent prêté provient de dons, de subventions ou de prêts à taux réduits, les taux d’intérêts que doivent payer les « bénéficiaires » de ces prêts sont exorbitants. Officiellement entre 14 et 18% (soit disant pour financer des frais de gestion lourds en raison des petites sommes prêtées), mais dans la pratique, les femmes de Ouarzazate citent des taux pouvant aller jusqu’à 40%.

En outre, il n’y a pas de rééchelonnement des dettes. Aucun des évènements pouvant survenir dans la vie des personnes endettées n’est pris en compte. Pire encore, un système de prêts solidaires a été mis en place, un groupe de femmes servant de caution pour chacune d’entre elles et les recouvrements peuvent être violents, pressions, chantages, agressions sont monnaie courante.

Derrière le discours caritatif larmoyant de lutte contre la pauvreté et la précarité des femmes, se cache donc une extrême violence vis-à-vis des pauvres. On profite de leur analphabétisme pour leur faire signer des contrats qu’elles ne peuvent pas lire et ensuite, pas de pitié.

Quel intérêt pour les institutions financières de monter des opérations de micro-crédits ?

Les IMF fonctionnent avec du capital bon marché revendu au prix fort aux catégories les plus pauvres : c’est un grand business ! Tellement juteux que les associations de micro-crédits présentes à l’origine se transforment en Institution de Micro-finance, tandis que les plus grosses banques de la place s’intéressent de plus en plus au secteur. Les pauvres ont bien peu d’argent mais ils sont si nombreux... Le tableau ci-dessous l’illustre, les montants sont en Dirham (Dh) monnaie nationale marocaine.

Dénomination Indicateurs d’activité 2011 Indicateurs d’activité 2012
Nombre de clients actifs 793,633 793,245
Montant total des prêts en cours en Dh 4552866542 4715893022
Encours moyen du prêt en Dh 5737 5945

Source FNAM (Fédération nationale des associations de micro-crédit)

La même Fédération prévoit 3 millions de clients en 2020, annonce des taux de 15% à 24 % sur des sommes exonérées d’impôts et provenant de subventions, dons et fonds de la coopération étrangère et constate que les prêts sont globalement bien remboursés. Ainsi pour El Amana, l’une des IMF de la place, le taux de recouvrement avoisine les 99%. [2]

C’est donc déjà en soit une excellente opération.

Bancarisation de nouveaux secteurs

Mais de surcroît cela permet de bancariser de nouveaux secteurs de la population.

« Ce marché constitue un réservoir de croissance très important pour les banques et autres intermédiaires financiers qui souhaitent se diversifier et développer leurs parts de marché. » « Ce segment de clientèle du secteur privé échappe encore largement aux circuits financiers traditionnels » « Ces entreprises se trouvent souvent contraintes à se tourner vers des sources de financement informelles (amis, famille, tontines...), voire vers un autofinancement inadapté. » dit l’AFD (Agence Française de Développement) [3]

Ces micro-crédits constituent en outre une forme de « filets sociaux » évoqués dans les accords de partenariat euro-méditerranéen, face à la crainte que la marginalisation et la paupérisation de larges secteurs de la population, induites par la mise en place du libre-échange, n’accentuent la pression migratoire aux portes de l’Europe.

« De par leur structure et leur flexibilité, elles peuvent également être un élément déterminant d’absorption des crises économiques et financières. » (Ibid.)

Pourquoi les femmes sont-elles ciblées en priorité ?

« Fini le temps où le père ramenait la paie au logis et la remettait à la mère pour qu’elle élève ses enfants. La conséquence de l’ajustement structurel a été le chômage massif, la flexibilisation du travail, la précarisation de l’emploi. Face à ces politiques, le père est entré en crise et la femme est sortie dans la rue pour trouver de quoi survivre, donnant par là un nouveau visage à l’économie, à la ville et à la structure même et au sens de la famille. ... C’est toute cette énergie sociale que développent les femmes dans leur lutte pour la survie qui est instrumentalisée et utilisée par la Banque et le système de la micro-finance par le biais du microcrédit. » [4]

Ces propos de Maria Galindo, animatrice de l’association bolivienne Mujeres creando, donne des pistes de réflexion tout à fait intéressantes pour le Maroc. En effet, le néolibéralisme a massivement poussé les femmes à s’insérer dans le marché de l’emploi, notamment dans les secteurs tournés vers l’exportation (zones franches, textile, agriculture sous serre) profitant de leur absence de tradition sur le marché du travail, du manque d’acquis concernant leurs droits, de leur analphabétisme. La crise de la famille élargie et la crise de la famille tout court, exacerbée par un chômage structurel de masse, a transformé les femmes en chefs de foyer et en actrices de premier plan dans la lutte pour la survie.

Ce sont donc ces mêmes caractéristiques qu’exploitent aujourd’hui les IMF, proposant, dans le meilleur des cas des activités génératrices de revenus, ce degré zéro de l’emploi, ni travail, ni emploi, ni salaire, au nom d’un développement-bidon (ce n’est pas ainsi qu’un pays peut se développer) et provoquant des souffrances accrues pour les femmes. Les femmes de Ouarzazate parlent du stress qui est le leur, de leurs angoisses, des saisies, des procès. Aux problèmes de pauvreté vécus précédemment, que l’accès aux micro-crédits n’a pas résolus, s’ajoutent l’endettement et les pressions pour le remboursement qui détruisent les familles, amènent les femmes à la prostitution ou au suicide.

Ce que les femmes de Ouarzazate ont compris c’est que le micro-crédit n’est pas un outil de lutte contre la pauvreté mais un pillage supplémentaire des maigres revenus des familles pauvres. Elles ont aussi compris que l’endettement n’était pas un problème individuel, mais un problème social et collectif qui doit trouver des solutions sociales et collectives, en termes d’accès à des services publics gratuits et de qualité, en termes de création d’emplois, en termes de droit du travail et de droits économiques et sociaux.

Elles ont compris l’intérêt de s’auto-organiser et de lutter ensemble contre ces nouveaux vampires qui avancent masqués derrière un discours d’altruisme et de féminisme. Elles réclament l’annulation de dettes qu’elles ont déjà remboursées.

Amina Mourad y Benasser Ismaini, deux des animateurs du mouvement contre le micro-crédit, sont assignés devant le tribunal de Ouarzazate. Cinq organismes de micro-crédits avaient déposé une plainte contre eux. Quatre d’entre eux ont retiré leur plainte. Il en reste donc une. Mais le véritable procès, c’est celui qu’intentent par leur action, les femmes victimes de la rapacité des organismes de micro-crédits, faisant de la pauvreté un grand business.

Rabat, le 6 septembre 2013

En complément de cet article, voir le film réalisé par Souad Guennoun

http://www.youtube.com/watch?featur...

Lucile Daumas le 22/11/2013

Transmis par Linsay



[1] Vers un nouveau capitalisme titre de son livre paru en 2007

[2] Malgré le peu de risque pris par les IMF, ells se prémunissent contre le non-remboursement de diverses manières, micro-assurance qui garantit le remboursement en cas d’invalidité ou de décès ; prêts solidaires par groupes ; banques de données commune pour éviter le multi-endettement ; mutualisation des recouvrements par voie judiciaire.

[3] Cf http://www.entreprendre-mediterrane...

[4] La pobreza, un gran negocio. Análisis crítico sobre oenegés, microfinancieras y banca, La paz, Mujeres creando, 201 ?

 

 

Source : Micro-crédit, macro-arnaque - Rouge Midi

A liré également sur le même sujet :

Les promesses non tenues du microcrédit : nouvelles preuves à charge

« L'économie de la honte », ou l'instrumentalisation de la faiblesse des femmes

(...)
L'étude montre comment les ONG ont instrumentalisé la « vulnérabilité positionnelle8 » des femmes, comment elles « manipulent les relations sociales et familiales existantes pour contrôler le comportement financier des emprunteurs individuels afin de créer de la richesse pour les ONG9 ».


Repost 0
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 14:19

 

 

 

Eurovegas, Espagne

 

Maqueta de una de las propuestas de "ciudad modelo".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honduras,  source les tambours de la résistance Garifuna 

 

 

 

Une bonne nouvelle en ce jour. Je sais que l’abandon du projet EUROVEGAS  ne dira pas grand-chose à la plupart d’entre vous. Il m’était difficile de suivre les périples de la Loi établissant les « Cités modèles », appelées aussi « Villes Charters » au Honduras, sans m’intéresser à ce projet similaire qu’incarnait EUROVEGAS en Espagne. Les cités « modèles » sont de véritables métastases du cancer néolibéral. Petits morceaux de territoires littéralement soustraits du pays ou elles s’établissent avec leur propre juridiction et leurs armées, exempes d’impôts, pouvant pressuriser les travailleurs à volonté, elles sont une des formes d’accaparement du monde par les transnationales. Et comme nous savons qu’une des manières d’agir de ces dernières est la phagocytose, nous pouvons redouter que ces chevaux de Troies ne soient aue le prélude à une extension de leur souveraineté sur des territoires dont les populations se voient dépossédées. L’abandon de ce projet est donc une très bonne nouvelle, même si pour les largués du système de l’Espagne fascisante cela ne résoud pas les problèmes urgents auxquels ils sont confrontés, l’esclavage dans la cité modèle EUROVEGAS leur sera momentannément épargnée, même s’il est à redouter que comme au Honduras, déclarée inconstitutionnelle dans leur première forme de RED (Régions spéciales de développement), après limogage des juges de la cour suprême qui s’y étaient opposés, elles ont été réintroduites sous celui de ZEDE (zone d’emploi et de développement).

L’Espagne, étant comme le Honduras l’a été auparavant, confrontée à un coup d’état doux, qui concentre énormément de pouvoir, comme celui d’établir la loi martiale, au main de l’exécutif au détriment du législatif et se dotant elle aussi de ses armées de mercenaires pour réprimer les justes colères du peuple, et les dirigeants du PP ayant comme toute bourgeoisie compradore, très certainement des gros intérêts personnels dans de tels projets, il est plus que probable qu’Eurovegas ou d’autres reviendront sur la table avec de légères modifications, à plus ou moins brève échéance. Une grande victoire tout de même, même s’il s’avère qu’elle sera éphémère.

J'ai également attiré l'attention sur quelques éléments, qui pourrait faire de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le premier pas vers l'établissement d'une telle Ville Charter, quelques propos du Préfet tenu à ce sujet mettait la puce à l'oreille...mais désolée, je suis incapable de les citer de mémoire avec chiffres à l'appui... ils correspondaient tout de même à la prévision d'une augmentation inusité de la population locale et d'un nombre d'emplois crées dont il apparaissait clairement qu'ils étaient un gros multiples de ceux qui seraient affecté à l'aéroport, bref des prévisions impossible à réaliser sans la création d'une ville champignon connexe à l'aéroport...de quoi se poser des questions quand on sait que des membres de fondations ad-hoc, parcourt le monde pour essayer d'imposer cette idée modèle de développement à la sauce néolibérale.


Pour en savoir plus sur ce projet  voir en fin de texte: Eurovegas, future zone de non droit

 


Eurovegas : le méga-projet de « Las Vegas espagnol » définitivement abandonné

par Sophie Chapelle 17 décembre 2013

C’est la mort d’un projet pharaonique : douze hôtels de 3 000 chambres chacun, incluant casinos ou terrains de golf, à Madrid. Le groupe américain Las Vegas Sands a annoncé le 13 décembre qu’il renonçait à investir plus de 30 milliards de dollars dans ce projet controversé baptisé « Eurovegas ». Le directeur de Las Vegas Sands, Sheldon Adelson, 16e fortune mondiale, avait promis la création de 164 000 emplois directs et 97 000 indirects. La panacée pour un pays plombé par 26 % de chômage ! Mais en échange de la création de milliers d’emplois, le magnat étasunien exigeait la révision du droit du travail, de la protection sociale, et la remise en cause de la loi de prévention sur le blanchiment d’argent… (lire notre enquête).

Alors que la pose de la première pierre était prévue fin 2013, de nouvelles exigences du groupe américain ont achevé d’enterrer le projet. Des représentants du gouvernement ont évoqué « de nouvelles conditions […] de nature fiscale, de restrictions à l’entrée de nouveaux opérateurs sur le marché et de blindage juridique de son investissement ». Ni le gouvernement espagnol, ni la Commission européenne n’ont acceptées ces conditions. 

La mobilisation de la plateforme Eurovegas No a également été décisive. En publiant de nombreux rapports sur les impacts économiques et environnementaux du méga projet, elle « a contribué à ouvrir les yeux de la société » et à « arrêter un projet insensé », souligne la fédération Ecologistas en Acción. Mais leur slogan « Ni ici, ni ailleurs » demeure d’actualité. La compagnie Las Vegas Sands affirme désormais chercher des « opportunités en Asie ».

 

Source : Eurovegas : le méga-projet de « Las Vegas espagnol » définitivement abandonné - Basta !

 

 

 

  Eurovegas : future zone de non- droit

Pour réaliser en Espagne son projet d’EuroVegas - un gigantesque complexe dédié au jeu - le milliardaire américain Sheldon Adelson a transmis aux autorités espagnoles sa liste d’exigences : exemption de la TVA, des impôts sur le jeu, des cotisations sociales, réforme du code du travail, régime légal dérogatoire durant 30 ans, subventions européennes, don des terrains, autorisation de jeu pour les mineurs, autorisation de fumer dans les bâtiments, etc ... Le cynisme brutal du promoteur de cette zone de non droit - que se disputent aujourd’hui Madrid et Barcelone, donne la mesure de ce qu’ont abandonné les nations européennes en se mettant à la merci des marchés et des fortunes privées : non seulement leur souveraineté, mais aussi leur dignité.


La Lettre du Lundi, 19 mars 2012

15 milliards d’euros d’investissements, 260 000 emplois directs et indirects créés : tel est le deal que fait miroiter aux régions de Barcelone et de Madrid Sheldon Adelson, 16e fortune mondiale avec un patrimoine estimé à plus de 21 milliards de dollars et par ailleurs président et actionnaire principal de la société Las Vegas Sands, « l’empire du jeu ».

Son projet ? Créer en Espagne une « zone de jeu » identique à celles qu’il a déjà implantées au Nevada, à Singapour et à Macao : 6 casinos, 18 000 machines à sous, 3 terrains de golf, des théâtres et des cinémas, une douzaine d’hôtels, des centres commerciaux... bref, toute l’apparence d’un « paradis » dans un pays où le chômage atteint des records (plus de 20 % de la population active), où la récession frappera dur en 2012 et 2013, où la crise immobilière, née d’une spéculation sur le prix des biens et de conditions de prêts immobiliers délirantes (emprunts jusqu’à 50 ans), paupérise à vitesse grand V les classes moyennes qui ont eu la mauvaise idée d’acheter pour se loger.

Comme au football, Madrid et Barcelone, rivales traditionnelles, se disputent les faveurs du groupe Las Vegas Sands pour que ce complexe de jeu s’installe sur leur territoire. Et, comme au football où le Real et le Barça sont prêts à payer des sommes extravagantes pour attirer les meilleurs joueurs du monde, les deux villes sont prêtes à toutes les concessions pour convaincre Las Vegas Sands de les favoriser de son choix.

Toutes les concessions ? Jugez-en plutôt. Réparties en 5 thèmes par le journal espagnol El Pais qui a eu accès aux documents de travail des négociations en cours, cette longue liste donne une idée du rapport de forces qui s’est désormais établi entre puissance privée et (im)puissance publique :

1. Droit du travail

● Modification du Code du travail afin d’assouplir « la rigidité des conventions collectives », notamment dans les secteurs présents dans le complexe de casinos (hôtellerie, restauration, jeu, commerces...) ;

● Réduction du temps nécessaire pour admettre des travailleurs étrangers (hors UE) en Espagne, via la création d’un régime spécial qui accélèrera la délivrance d’un permis de travail ;

● Exemption totale pendant deux ans des cotisations de Sécurité sociale, puis 50 % de remise les trois années suivantes. À compter de la 5e année, les travailleurs non espagnols pourront être rattachés au régime social de leur pays d’origine ;

● Création d’un MBA spécialisé dans l’industrie du jeu ;

● Appui du gouvernement à une demande de subvention d’aide à l’emploi de plus de 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement ;

● Financement par les autorités publiques de 60 % des frais de formation des employés recrutés par Las Vegas Sands ;

● Perception par Las Vegas Sands de subventions pour l’emploi, tant en ce qui concerne les emplois directs qu’indirects créés durant la construction du complexe.

2. Infrastructures

● Prise en charge par les autorités espagnoles de la construction d’une nouvelle station de métro, d’une interconnexion avec le TGV, de nouvelles lignes d’autobus, de nouvelles routes et autoroutes...

● Autorisation des vols en hélicoptère entre l’aéroport et le complexe de jeux, construction d’un ou plusieurs héliports dans le complexe ;

● Suppression ou enfouissement des infrastructures de gaz, d’eau et d’électricité, renforcement des services d’urgence (pompiers, ambulances, etc.) dans le complexe...

3. Urbanisme

● Cession gratuite, à Las Vegas Sands, de toutes les terres que les autorités publiques possèdent dans la zone ;

● Expropriation des terres privées de la zone afin que Las Vegas Sands en prenne rapidement possession ;

● Suppression des règles d’urbanisme, y compris des critères de construction, afin que Las Vegas Sands ait toute latitude pour construire.

4. Réglementation

● Vote d’une loi spécifique, ne pouvant être modifiée pendant au moins 30 ans, déclarant le projet d’intérêt général, créant un régime dérogatoire en ce qui concerne le jeu et le commerce, supprimant les limites aux investissements étrangers dans les casinos ainsi que la nécessité d’une autorisation préalable si plus de 5 % du capital social change de mains ;

● Autorisation d’accès aux casinos pour les mineurs, les majeurs incapables et les interdits de jeu ;

● Modification de la loi sur le blanchiment d’argent avec, notamment, autorisation de transférer les fonds sans limites ;

● Autorisation, pour les casinos, d’accorder des prêts aux joueurs, suppression des interdictions publicitaires concernant le jeu, modification de la législation sur les dettes de jeu qui réserve actuellement l’exécution des sanctions à la seule justice civile, légalisation du système d’intermédiaires et de « rabatteurs » incitant les joueurs potentiels à se rendre au complexe ;

● Homologation automatique des jeux déjà autorisés dans d’autres pays de l’Union européenne ou aux États-Unis, autorisation donnée à Las Vegas Sands pour approuver de nouveaux jeux et traiter des questions administratives afférentes ;

● Création d’une commission des jeux, formée de membres du gouvernement régional et d’« experts indépendants » ;

● Autorisation de fumer dans les espaces clos à l’intérieur du complexe, liberté totale des horaires dans tous les commerces.

5. Fiscalité

● Remboursement de la TVA aux entreprises du complexe, statut de « zone franche » (donc, pas de paiement de TVA ni de taxes) pour les joueurs extra-communautaires ;

● Suppression des taxes et simplification des procédures pour tous les produits importés qui rentrent dans le complexe ;

● Modification des règles fiscales d’amortissement, de déduction du résultat fiscal, d’imposition des non-résidents et des impatriés ;

● Exemption pendant 10 ans de la taxe sur les jeux ;

● Réduction de 95 % de l’impôt sur les transmissions patrimoniales, ainsi que des impôts fonciers ;

● Réduction de 50 % de l’impôt sur les activités économiques ;

● Négociation préalable et obligatoire avec Las Vegas Sands avant toute entrée en vigueur de nouvelles taxes.

Pour effarantes qu’elles paraissent, les prétentions de Las Vegas Sands n’en sont pas moins, dans leur globalité, accueillies avec bienveillance tant à Madrid qu’à Barcelone. Les représentants d’Adelson n’ont d’ailleurs pas caché qu’ils donneraient la préférence à la ville qui leur ferait le plus de concessions, d’où la déclaration de la présidente de la région de Madrid : « s’il faut effectuer des modifications légales qui sont en accord avec mes principes, elles se feront. »

Cet accord en voie de conclusion entre une TGE (très grande entreprise) et les responsables politiques d’une région et d’un État illustre parfaitement le transfert de pouvoirs et compétences des autorités publiques vers les TGE que nous avons analysé dans plusieurs billets. On y retrouve en effet la plupart des caractéristiques de la décadence des États-nations :

● remplacement de la loi par le contrat, lequel acquiert ainsi une force supra-législative, au mépris absolu de la pyramide des normes juridiques qui, de la Constitution au simple arrêté municipal, sert de fondement à tout notre système juridique ;

● « liquéfaction » complète des individus, coupés de leurs racines culturelles et nationales : Las Vegas Sands ne dissimule même pas son intention d’aller chercher des employés dans des pays à très bas salaires et sans protection sociale et de les transposer « tels quels » en plein milieu de l’Europe, des pions que l’on déplace sur un échiquier planétaire, et que l’on remplacera dès que les signes d’usure apparaîtront ;

● création d’une zone de « non-droit », ou plutôt d’une zone placée sous la quasi-juridiction d’une TGE. Nous y voyons là l’indicateur d’une évolution dont nous avons tracé les contours dans Après le capitalisme : la primauté de la force : des entreprises privées prennent de facto le contrôle par la force d’une zone géographique. Nous n’en sommes plus très loin : la présence de la milice privée qui assurera demain l’ordre dans la zone des casinos sera la confirmation, s’il en était besoin, de la confiscation des prérogatives publiques qui est en train de s’opérer en Espagne.

Il est de surcroît significatif que ce « déshabillage » de l’État-nation s’opère au profit d’une activité - le jeu - qui n’apporte aucune valeur ajoutée à la collectivité. Nous retrouvons ici - pardonnez les références multiples à cette période - une caractéristique de la chute de l’Empire romain : quand le système s’effondre, il faut bien occuper la plèbe et détourner son attention de la gravité de la situation, que ce soit en multipliant les jeux du cirque ou les bandits manchots.

On aurait pu à la rigueur comprendre que des avantages du type de ceux exigés par Las Vegas Sands soient accordés pour bâtir une Silicon Valley européenne qui aurait eu pour objectif d’attirer chercheurs et entreprises high tech du monde entier. Mais il ne s’agit ici que de recréer un ersatz de Circus maximus, un monde d’illusions et d’oubli de la réalité.

Le précédent espagnol pourrait bien faire des émules : selon nous, le jour n’est pas très éloigné où, sur le territoire d’un État membre de l’Union européenne, on installera une « zone franche » où des entreprises de type Foxconn implanteront leurs usines dans le cadre d’un contrat qui se résumera à : « nous ne payons pas d’impôts, nous faisons la loi et nous maintenons l’ordre selon nos critères à l’intérieur de la zone, remerciez-nous de proposer un peu de travail à vos nationaux, mais à nos conditions »... celles du contrat de servage du XXIe siècle.

22 mars 2012

Sur le web :

El Païs : Leyes a medida para la capital del juego (liste des exigences)

El Païs : El Gobierno acepta estudiar la lista de exigencias para construir Eurovegas

Repost 0
12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 16:56

Voilà, quand plus tôt dans la journée, je parlais d'identifier les causes de la pauvreté et ceux qui en sont responsables, plutôt que d'égarer les gens dans la chimère de l'éradication d'une entité Pauvreté, c'est aussi de cela dont je parlais, ce pur scandale :

 

Un ouvrier de Renault au Smic générera presque l’équivalent de deux mois de son salaire en profits pour les actionnaires.

encore une fois de l'excellent journalisme de
Bastamag !


Coût du capital

Quand les actionnaires accaparent 60% des bénéfices des entreprises

par Ivan du Roy 5 décembre 2013

L’équivalent de 60% de leurs bénéfices : c’est ce qu’ont versé à leurs actionnaires les 47 grandes entreprises françaises cotées en bourse que nous avons étudiées. Alors même que les suppressions de postes se multiplient et que l’investissement est en berne, plusieurs grands groupes hexagonaux continuent de redistribuer une proportion considérable de leurs profits aux actionnaires – y compris lorsque ces profits sont faibles voire inexistants. Notre enquête sur ce « coût du capital » révèle également que l’Etat est un actionnaire aussi gourmand que les autres.

Les actionnaires nuisent-ils à la « compétitivité » de leur entreprise ? Combien coûte la rémunération du capital pour les entreprises cotées ? Chaque année, les dividendes versés aux actionnaires s’élèvent de quelques dizaines de centimes à plusieurs euros par action. Insignifiant ? Loin de là. Car les grandes entreprises françaises sont plutôt très généreuses avec leurs actionnaires. En moyenne, les 47 entreprises que Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont étudiées (elles figurent parmi les plus grosses sociétés cotées en France, voir notre tableau ci-dessous) ont versé en 2012 l’équivalent de 60% de leurs bénéfices aux détenteurs de leur capital. Soit 32 milliards d’euros environ sur les 54 milliards de « résultats nets » des entreprises, après acquittement de l’impôt. Le montant total de ces dividendes varie de 15 millions d’euros (Atos) à près de 5,3 milliards (Total). Huit grandes entreprises françaises ont choisi de verser à leurs actionnaires des dividendes supérieurs à leurs bénéfices.

Pour les conseils d’administration, maintenir un dividende élévé permet, en théorie, de fidéliser les actionnaires. Plusieurs administrateurs y consentent d’autant plus facilement qu’ils détiennent eux-mêmes une forte participation au capital de l’entreprise. Parmi notre panel, seule une poignée de groupes sont plutôt raisonnables, redistribuant moins de 20% de leurs bénéfices. Rémunérer fortement le capital, c’est se priver de financements qui auraient pu bénéficier à la recherche, à de nouvelles stratégies industrielles, à la réduction des impacts environnementaux ou à l’amélioration des conditions de travail.

Priorité aux financiers, quoiqu’il en coûte

Plusieurs groupes sont d’une générosité à toute épreuve à l’égard de leurs investisseurs. Même en perdant de l’argent, ils leur distribuent des dividendes ! Chez ArcelorMittal, ST Micro, Accor et Areva, à tous les coups, les actionnaires gagnent. Malgré une perte de 2,8 milliards, le n°1 de l’acier a ainsi ponctionné 910 millions d’euros au profit de ses actionnaires ! La fortune de la famille Mittal, qui détient près de 40% du groupe sidérurgique – et donc perçoit environ 40% des dividendes, soit 360 millions d’euros – passe avant tout. Les métallos sont les grands perdants. En 2013, le groupe supprime 1 600 emplois en Belgique après avoir fermé, l’année précédente, l’aciérie de Florange en Moselle.

Même ambiance chez l’hôtelier Accor. Malgré une perte de 600 millions d’euros l’année dernière, le groupe (Sofitel, Novotel, Ibis, Mercure…) a versé 269 millions d’euros de dividendes… Ce qui ne l’a pas empêché de lancer un « plan d’économie en Europe de 100 millions d’euros » et de supprimer 172 postes en France en 2013. Bref, priorité aux financiers. En l’occurrence, le fonds d’investissement Colony Capital, allié au fonds Eurazeo, premiers actionnaires d’Accor avec 21% du capital. Le nouveau PDG du groupe, Sébastien Bazin, en est d’ailleurs issu. « D’autres emplois sont menacés. Chaque fois ce sont des compétences fortes qui disparaissent en même temps que des collègues qui perdent leurs emplois. Dans le même temps l’entreprise continue de distribuer de forts dividendes », dénonce de son côté la CGT au sein de ST Micro. Et pour cause, la direction a maintenu le versement de 273 millions d’euros de dividendes malgré un résultat négatif de 903 millions en 2012. La réduction des dettes, c’est pour les autres.

Cliquez sur chaque entrée du tableau pour voir le classement des 47 entreprises par catégorie, par ordre croissant ou décroissant :

Sur les cinq entreprises déficitaires de notre panel, seul Peugeot a renoncé à rémunérer ses actionnaires. Mais c’est surtout pour sauver l’activité financière du groupe, la Banque PSA Finance, que la famille Peugeot, actionnaire à 25%, ne s’est pas versée un seul euro de dividendes. En échange d’une garantie de l’État sur 7 milliards d’euros d’emprunts, le groupe a promis en octobre 2012 de « ne pas procéder à des distributions de dividendes ou à des rachats d’actions, et à ne pas attribuer aux membres du directoire d’options de souscription ou d’achat d’actions ni d’actions gratuites ». Et ce, pendant trois ans. De leur côté, les salariés de PSA paient le prix fort : plus de 8 000 emplois sont supprimés, l’usine d’Aulnay-sous-Bois en région parisienne a fermé, celle de Rennes est menacée. Au printemps 2012, les effectifs de l’activité automobile s’élevaient à 67 100 personnes. Selon les syndicats, ils devraient fondre à 55 900 employés d’ici à mi-2014. Les actionnaires, eux, devraient de nouveau percevoir des dividendes en 2015. Les salariés au chômage arriveront, eux, en fin de droits.

L’État, un actionnaire aussi gourmand que les autres

L’État, directement ou via l’une de ses institutions – Caisse des dépôts, Fonds stratégique d’investissement (FSI), Commissariat à l’énergie atomique (CEA)… – est présent au capital d’une vingtaine d’entreprises de notre panel. Dans neuf d’entre elles, la puissance publique pèse plus de 10% des actions, donc des voix (Areva, EADS, EDF, Eramet, GDF Suez, Orange, Renault, Safran, ST Micro). Comment se comporte l’État actionnaire ? Est-il aussi gourmand que les gros fonds ou portefeuilles d’actions privés ? Le cas Areva montre que l’État peut privilégier ses propres intérêts financiers, quel que soit l’état de santé de l’entreprise. Actionnaire à plus de 85% du champion du nucléaire, via notamment le CEA, l’État a empoché la plus grande part des 112 millions d’euros de dividendes, quand le fabricant de combustible nucléaire déplore une perte de 99 millions.

Areva n’est pas le seul exemple. En plus des multinationales déficitaires, quatre autres grands groupes français ont distribué à leurs actionnaires davantage d’argent qu’ils n’en ont gagné. Ils ont un point commun : l’État est très présent au sein du capital. Eramet, l’une des rares sociétés minières hexagonales, a ainsi versé l’équivalent de 738% de ses bénéfices en dividendes ! Parmi ses actionnaires figurent le FSI et le Bureau de recherche géologique et minière, un établissement public (27% à eux deux). Les actionnaires d’Orange – dont l’Etat et le FSI (toujours 27%) – peuvent également se réjouir : ils ont perçu 328% des bénéfices du principal opérateur de téléphonie. Un pactole non négligeable : 3,6 milliards d’euros. La rémunération, longtemps fixée à 1,4 euro par action, a entravé les investissements et a provoqué de sérieux remous en interne. « Depuis dix ans, Orange a versé 27 milliards d’euros de dividendes, c’est plus que son poids en Bourse aujourd’hui ! », dénonçait la Confédération générale des cadres lors de la dernière assemblée générale des actionnaires fin mai 2013. Une proposition de baisse des dividendes à 0,78 euro par action a plusieurs fois été refusée par les actionnaires... avec le soutien de l’Agence de participation de l’État, qui représente le ministère des Finances. Elle est désormais en vigueur.

Même scénario pour GDF Suez. Prétextant une hausse des coûts d’approvisionnement, GDF Suez ne cesse de réclamer – et d’obtenir – de nouvelles hausses des tarifs du gaz. Tout en redistribuant des dividendes représentant 122% de ses bénéfices à ses actionnaires, au premier rang desquels l’État (39% avec la Caisse des dépôts). Quand à Suez environnement, elle a distribué 239% de son résultat après impôt, dont un bon tiers à son principal actionnaire… GDF Suez. Enfin, EDF, la seconde entreprise cotée en bourse, avec Areva, où l’État est majoritaire (84%), a reversé l’équivalent des deux tiers de ses bénéfices à ses propriétaires, soit 2,1 milliards d’euros. Toujours ça que les énergies renouvelables n’auront pas ! Reste à voir comment seront répartis les résultats de l’exercice 2012 pour vérifier si le gouvernement socialiste infléchit ces pratiques. Ou s’il préfère de l’argent frais à court terme quitte à fragiliser des entreprises.

Sept mois de salaires pour les actionnaires

S’il existait en France la palme du salarié le plus rentable au regard de l’argent qu’il fait gagner aux actionnaires de son entreprise, elle serait remise aux salariés de Total. Chacun des 97 126 employés du groupe pétrolier a rapporté plus de 54 000 euros de dividendes aux propriétaires de l’entreprise en 2012 ! Soit les trois quarts de ce que le groupe pétrolier dépense en moyenne par salarié chaque année. Et l’équivalent de trois années de Smic ! Total est aussi celle qui, parmi les 47 entreprises que nous avons étudiées, a reversé à ses actionnaires les plus gros dividendes : 5,3 milliards d’euros, soit quasiment la moitié de ses bénéfices.

A ce concours des salariés les plus « stakhanovistes » du point de vue de la rentabilité boursière, le personnel de Sanofi arrive en deuxième position : chacun des 112 000 employés du labo pharmaceutique, dont 28 000 en France, a permis à ses actionnaires d’engranger plus de 31 000 euros. Mais le capitalisme financier ne connaît pas la gratitude : entre 900 et 1 500 postes devraient être supprimés en France d’ici 2015, en particulier dans la recherche. Parallèlement, 70% des bénéfices, soit près de 3,5 milliards, ont été distribués aux actionnaires du groupe.

Les salariés de Pernod Ricard, de Vivendi et d’Orange ont également fait gagner plus de 20 000 euros à leurs actionnaires. Pour la moitié des opérateurs et techniciens de l’ancienne France Télécom, qui gagnent moins de 2 950 euros bruts, cela représente sept mois de salaire ! Ils récupéreront cependant l’équivalent d’un mois de salaire au titre de l’intéressement, et se consoleront peut-être en se rappelant que les salariés, via un fonds commun de placement, possède environ 4% des actions d’Orange.

Ces actionnaires qui en profitent le plus

La bourse est un vaste monde. Les petits actionnaires et leurs PEA (Plan d’épargne en actions) y côtoient les grandes fortunes, françaises mais aussi belges, états-uniennes, égyptiennes ou russes. On y croise une multitude de gestionnaires de portefeuilles d’actions des grandes banques françaises ou nord-américaines, des fonds de pension, des fonds souverains norvégiens, koweïtiens ou qataris, des États – la France bien sûr mais aussi l’Italie (dans le capital de ST Micro), l’Allemagne (EADS) ou le Grand Duché du Luxembourg (ArcelorMittal). Les salariés de plusieurs groupes y détiennent, via les fonds communs de placement de leur entreprise, des participations parfois non négligeables : chez Bouygues (23%), Safran (15%), Vinci (10%), Essilor (8%), ou Vallourec (7%) [1] Y apparaissent aussi quelques « humanitaires », comme le fonds britannique « Children’s Investment Fund Management » (Fonds d’investissement pour les enfants) qui possède une petite participation dans le groupe Safran, spécialiste en matière de défense et de drones. Et des multinationales elles-mêmes actionnaires d’autres multinationales. Tous sont unis vers un même objectif : percevoir des dividendes.

Si l’État est loin d’être le dernier à profiter du « coût du capital », plusieurs grosses entités bénéficient pleinement de ce généreux régime de redistribution. Le Groupe Bruxelles Lambert est ainsi présent en force : au sein de Lafarge (20,9%), de Pernod-Ricard (7,5%), de Suez environnement (7,2%), de GDF Suez (5,1%) et de Total (4%). Il s’agit d’une holding détenue par le milliardaire belge Albert Frère et la famille du milliardaire canadien Paul Desmarais, décédé en octobre. Tous deux étaient proches de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Du CAC 40 aux sociétés coopératives

Le groupe Arnault, qui gère les intérêts de la première fortune de France, possède 46,2% de LVMH, qui a reversé 1,4 milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires, et 15,6% de Carrefour (en alliance avec Colony Capital, très présent dans Accor). La société Wendel, dans laquelle officie l’ancien président du Medef Ernest-Antoine Seillières, possède 19,4% du groupe industriel Legrand et 17,4% de Saint-Gobain. Cette dernière est l’une des sociétés du CAC 40 les plus généreuses avec ses actionnaires. Ils se sont vu accordés des dividendes équivalent à 91% des bénéfices, soit 700 millions d’euros. Famille Bouygues ou Bettencourt, Financière Pinault... La liste des autres gros propriétaires de capitaux est loin d’être exhaustive.

Dans un monde parallèle au capitalisme financier, une autre répartition des richesses est à l’œuvre. Tout n’est pas parfait au sein des 2 000 sociétés coopératives et participatives (Scop) qui existent en France. Mais un autre partage de la valeur créée y est pratiquée entre détenteurs du capital et les 43 800 salariés qui y travaillent. « En 2011, 43,2 % des excédents nets ont été distribués aux salariés sous forme de participation, 44,1 % ont été mises en réserve et 12,7 % ont rémunéré le capital investi dans les entreprises », explique la Confédération générale des Scop. L’État actionnaire pourrait, au moins, s’en inspirer.

Ivan du Roy

Tableau : Mathieu Lapprand via Datatables

Photo : via NYSE Euronext

Voir aussi notre enquête : Ecarts de rémunérations entre salariés et PDG : quelles sont les entreprises françaises les plus inégalitaires ?


Méthodologie du tableau

Pour élaborer ce classement, l’Observatoire des multinationales et Basta ! ont étudié les documents de référence 2012, remis à l’Autorité des marchés financiers, de 47 grandes entreprises cotées. Nous avons comparé le montant des dividendes versés au résultat net, équivalent au bénéfice après impôt, de chaque entreprise. Cela permet de donner une idée des choix des dirigeant d’entreprise : favoriser la rentabilité financière à court terme ou consacrer davantage de bénéfices à de nouveaux investissements futurs.

Nous avons ensuite rapporté ces dividendes à l’effectif salarié du groupe dans le monde pour donner une idée des dividendes généré par chaque employé. Et pour que celui-ci constate, au vu de son salaire, la part de la richesse créée qui part rémunérer le capital. Exemple ? Un ouvrier de Renault au Smic générera presque l’équivalent de deux mois de son salaire en profits pour les actionnaires.

Précisons que les grands groupes non cotés en bourse ( comme Auchan) n’ont pas l’obligation de publier leur document de référence. Ils n’apparaissent donc pas dans ce panel.

Notes

[1Des fonds communs de placement existent dans plusieurs autres grandes entreprises mais ils dépassent rarement les 5% du capital.

 

Source :
Bastamag !

Repost 0
19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:58

 

Nous ne sommes plus là dans un simple processus d’accumulation de capital, mais bien dans un processus impliquant un changement qualitatif, une appropriation du monde. Et ce processus d’appropriation implique la prise pouvoir de ces corporations tant sur le personnel politique, que sur les forces de répressions publiques et privées qui défendent leurs intérêts et la sécurité de leurs investissements contre les peuples dépossédés qui se rebellent.

Et en plus, ils ont le culot de se livrer à l’espionnage pour détecter les opposants avérés ou potentiels à l’iniquité absolue. L’ère du Totalitarisme Marchand s’installe simultanément sur tous les fronts.

Les 10 corporations qui dominent et contrôlent le marché mondial.


Par: Actualidad RT

 

Credito: Actualidad RT

 

Credito: Actualidad RT

Dix méga corporations contrôlent la production de quasiment tout ce que nous achetons, depuis les produits pour la maison à la nourriture pour animaux domestiques jusqu’aux vêtements.


Le site Policymic présente un graphique intitulé « L’illusion du choix » « The Illusion of Choice » qui montre que l’emprise de ces fameuses corporations atteint des ramifications que nous n’aurions jamais imaginées.

 

Par exemple, Yum Brands, qui est une filiale de Pepsi, possède KFC et Taco Bell. Tous les restaurants Yum Brands vendent uniquement des produits Pepsi à cause d’un accord spécial avec la compagnie fabricante de boissons rafraîchissantes.

L’entreprise Procter & Gambel, évaluée à 84 000 millions de dollars, s’est emparée d’un grand nombre de marques qui produisent une large gamme de produit depuis des médicaments et de la pâte dentifrice jusqu’à des vêtements de luxe. Au total, à travers ses réseaux, la compagnie atteint 4 800 millions (près de 5 milliards !) d’acheteurs dans le monde entier.

 

La corporation Nestlé, connue pour ses chocolats et évaluée à 200 000 millions de dollars, est la plus grande entreprise d’alimentation du monde. Elle possède près de 8 OOO marques différentes et détient des participations ou est associée avec un grand nombre d’autres entreprises comme le géant cosmétique l’Oréal, la productrice d’aliments pour bébés Gerber, la marque de vêtement Diesel et les fabricants d’aliments pour animaux domestiques Purina etFriskies.

 

Et ce schéma ne reprend pas que les entreprises de l’industries alimentaires. Il montre également que les compagnies du secteur bancaire, dans lequel 37 banques étasuniennes ont fusionné, en un peu plus de 20 ans, pour ne plus être que 4 (JPMorgan, Bank of America, Welles Fargo et Citigroup) selon le tableau réalisé par la réserve fédérale.

 

Traduction Anne Wolff

Source en espagnol

Repost 0
19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 15:53

 

 

Je suis très certainement beaucoup plus radicale que Michel Collon et bien plus dubitative aussi face à l’adoption du modèle industriel par les pays socialistes d’Amérique du Sud et moins Cocorico de ce « nous sommes tous affectés par la pauvreté des autres », je ne sais pas qui il rencontre dans notre petit pays, mais il est clair que la plupart des gens s’en contrefichent de la pauvreté tant qu’ils ne sont pas eux-mêmes touchés. Elitisme de pacotille, racisme et colonialisme sévères gangrènent les consciences et/ou les inconscients de non con-citoyens. S’il n’en n’était pas ainsi le monde irait bien mieux, si « nosotros todoas somos Chavez » est l’ontologie des uns, ce ne sont pas les petits Goldman Sachs en puissance qui manquent à l’appel quand il faut manifester pour revendiquer toujours plus de saccages, toujours plus de pillages, toujours plus de meurtres afin qu’ils puissent continuer à s’offrir de toxiques illusions.

Quand je traite certains sujets, comme le génocide actuels des peuples indigènes d’Amérique Latine, je sais bien que pour quelques rares personnes qui vont prendre conscience qu’il y a là une guerre et que nous en sommes par nos modes de vie partie, du côté des oppresseurs et autres assassins, pour une majorité d’autres, ces « assimilés bougnoules » qui ne veulent pas se soumettre à la « modernité feraient aussi bien de disparaître, sans bruit et sans laisser de traces, por favor. .

Pour le moment, moi, ce sont ces peuples-là qui m‘aident à vivre. Tant de courage, de lucidité, d’abnégation, de détermination et tant d’amour aussi forcent le respect. Et fiche là honte face aux tentations de se « laisser aller ».Leur lutte est une lutte assumée pour sauver la planète des Saigneurs Prédateurs, toute la planète, pas rien que leur petit bout de territoire, c’est là leur force : la générosité, l’esprit du collectif.

En Amérique Latine comme en Afrique se mettent en place les moyens d’une Solution Finale pour les peuples indigènes ! Et tous en appelle à la Communauté Internationale des Peuples, donc à moi, à vous, à nous !

 

PREFACE AU NOUVEAU LIVRE DE RAF CUSTERS

 
Chaque citoyen européen consomme par an en moyenne 26 kilos d’appareils[1] en tous genres : ordinateurs, téléphones, télévisions, électro-ménager... L’avons-nous décidé ? Le souhaitons-nous ?
 
Quoi qu’il en soit, cet acte apparemment innocent a en réalité un impact énorme. Sur la Nature, on s’en doute, mais aussi sur des êtres humains. Des femmes et des hommes du Sud sont condamnés à mourir de faim, leurs enfants seront privés d’éducation, ils souffriront de la malaria, de la tuberculose et autres maladies endémiques.
 
Mais quel lien y a-t-il donc entre ces achats au Nord et cette misère au Sud ? C’est ici que le livre de Raf Custers apporte un éclairage indispensable. Cuivre, aluminium, fer, plomb, cobalt, zinc, manganèse, bauxite, chrome, uranium, or et diamants proviennent surtout d’Afrique, et leur extraction crée à la fois une richesse fabuleuse et une misère impitoyable. Raf Custers se rend sur place sur place et nous fait comprendre comment.
 
Chasseurs de matières premières, nous le voyons comme une pièce qui doit absolument figurer dans votre dossier personnel « Puis-je faire quelque chose contre la faim, contre la pauvreté, pour la solidarité ? » Une pièce qui donne tout son sens aux recherches et à la colère de Jean Ziegler concernant la faim dans le monde, ses causes et la responsabilité des multinationales. Jean m’en a parlé : « Les chiffres sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains ! Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est un enfant assassiné. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total. »[2] Mais ce livre donne aussi tout son sens à mes recherches personnelles : pourquoi l’Amérique latine est-elle pauvre et quel espoir de libération apporte l’expérience d’Hugo Chavez, Evo Morales et d’autres…[3]

Nous sommes traumatisés, on peut le dire, par cette pauvreté qui persiste et même s’aggrave, en dépit des promesses les plus solennelles. Nous sommes angoissés par ce chiffre impitoyable : un milliard d’êtres humains souffrent aujourd’hui de la faim. Plus que jamais dans l’histoire de l’humanité ! Et donc nous sommes tous deux extrêmement soucieux de voir s’engager plus de forces encore dans cette bataille contre des règles économiques meurtrières, contre une concurrence aveugle qui pousse inexorablement à détruire la Nature et les hommes.
 
Plus de forces, cela veut dire plus de témoignages, plus de reportages, plus d’analyses concrètes sur cette affaire qu’on veut absolument nous cacher : comment la politique du Nord, la politique du 1% (menée en notre nom en plus !), comment cette politique assassine-t-elle ? N’est-ce pas un slogan facile ?
 
Le livre de Raf Custers prouve que non. Ce journaliste et chercheur - d’un genre particulier – parcourt le monde et il nous prête ses yeux pour voir tout ce qu’on cherche à nous cacher… Nous rencontrons ces mineurs maliens obligés par Bouygues et Cie de chercher l’or avec de l’arsenic et du cyanure qui les tuent en quatre ou cinq ans, et leur pays qui reste pauvre parce que les bénéfices de cette industrie s’en vont au Nord sans aucun partage. Nous entendons ces pêcheurs marocains que les bateaux industriels du Nord ont ruinés en pillant le poisson de l’Atlantique et qui ensuite ne trouvent aucun travail dans la région parce toute la richesse des mines de phosphate est confisquée par une élite marocaine corrompue qui la refile aux transnationales. Nous éprouvons l’amertume de ces paysans congolais qui vivent au pied d’un des plus grands barrages électriques du monde mais n’ont pas d’électricité parce que les tyrans et leurs protecteurs occidentaux ont décidé que cette énergie ne servirait qu’à faire du fric. Nous sentons l’angoisse de ces mineurs d’un peu partout qui ont ou n’ont pas de travail selon les décisions fluctuantes du « marché », c’est-à-dire - pour ne pas être hypocrites - des spéculateurs boursiers richissimes qui s’enrichissent sur leur sueur, mais dont la cupidité provoque des crises à répétitions. Tous ces gens, Raf Custers va à leur rencontre, les écoute et nous transmet leur vie : souffrances, colères, espoirs, résistances…

Mais le livre va plus loin. Raf Custers interroge aussi… certains responsables de ce pillage et de cet appauvrissement. Pas au plus haut niveau, on s’en doute, mais des acteurs locaux : ingénieurs, directeurs d’exploitation, experts des firmes minières transnationales confient leurs petits secrets au reporter qui a su les approcher. Et nous en apprenons de belles sur les méthodes locales de ces firmes. Nous comprenons mieux leur logique dangereuse. Des connaissances dont nous avons besoin, en tant que citoyens : il faut savoir comment fonctionne notre adversaire.
 
Mais Raf Custers n’est pas seulement témoin et reporter, il est aussi chercheur au Groupe de recherches sur l’économie alternative (Gresea), basé à Bruxelles. Et donc, il complète le dossier en analysant pour nous les mécanismes économiques, les règles de la concurrence, les stratégies spéculatives. En outre, quand il parcourt le monde, c’est aussi pour enquêter auprès de certains acteurs et experts locaux qui en savent long sur ces stratégies des multinationales. Bref, nous en apprenons beaucoup sur des groupes très connus : Bolloré, ArcelorMittal, George Soros, Mitsubishi. Et sur d’autres groupe moins connus qui préfèrent rester discrets, mais tout aussi importants : AngloGold, BHP Billiton, Banro, Umicore…
 
Reste la question : comment ces transnationales ont-elles tant de pouvoir ? S’amènent-elles avec tellement de canons ? Parfois oui, mais en général, c’est plus subtil : corruption, chantage et lobbying. Et là aussi Raf Custers nous permet de comprendre comment ceux qui sont les instruments des transnationales manœuvrent sur le terrain. C’est la Banque mondiale qui se présente toujours en humanitaire arrogant et dominateur alors que ses choix ont plongé dans la misère chacun des pays qu’elle a « aidés ». C’est le commissaire européen au Commerce, le Belge Karel De Gucht, qui s’amène à Kinshasa en rangeant au dernier moment son casque colonial au vestiaire. Ce sont ces ONG oeuvrant soi-disant à la « transparence », mais financées par un des spéculateurs les plus secrets et les plus criminels de la planète. C’est… oh surprise, le séduisant George Clooney transformé en vulgaire représentant de commerce des compagnies minières US qui cherchent à faire main basse sur les matières précieuses de la région.

La leçon de Chasseurs matières premières est limpide et tellement utile : tant que les pays du Sud seront faibles et dépendants, tant qu’ils ne pourront décider par eux-mêmes, alors toutes les richesses de l’Afrique ne cesseront de s’enfuir par les « veines ouvertes » de l’Afrique. Mais c’est aussi une leçon d’espoir.
 
Sa visite en Bolivie montre sur le terrain comment Evo Morales inverse la logique : au lieu d’exporter le lithium brut dont la transformation (et le gros des profits) se fera au Nord, les Boliviens ont mis en route tout un programme pour le transformer sur place, le vendre plus cher, voire même fabriquer eux-mêmes des autos électriques. S’industrialiser ? Grande fureur de Renault qui voulait garder le contrôle total comme « au bon vieux temps ».

Ce que l’Amérique latine a entrepris, l’Afrique commence à se dire qu’elle peut le faire aussi. Récupérer la souveraineté sur les matières premières, employer ces richesses pour apporter – enfin - l’éducation et les soins de santé aux êtres humains qui produisent ces richesses. Et pour développer une économie locale qui permettra de nourrir ceux qui ont faim.

Seulement, sur cette route, les pays africains auront à faire à forte partie ! Raf Custers nous révèle les chantages, sabotages, guerres civiles et autres crimes, le mot n’est pas trop fort, auquels recourent les transnationales. Tout faire pour empêcher un pays comme le Congo de se mettre debout et de décider de ses proches richesses. « Le souverainisme, voilà le danger », affirme crûment le néocolonial Karel De Gucht en visite à Kinshasa.
 
La pauvreté n’est pas un accident, c’est un système. Très bien organisé et ceux qui en profitent n’ont aucune intention de le changer. Autant le savoir. Seule la lutte et la solidarité vaincront la pauvreté.

Et là aussi, Custers est très utile. Son épilogue recherche où les pays africains pourront trouver la force nécessaire à ce combat. En s’unissant et en coopérant entre eux, bien sûr. En se tournant vers les nouvelles puissances économiques émergentes : Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud et surtout la Chine, bien sûr.
 
Mais tout est fait pour empêcher l’Afrique de nouer un partenariat avec la Chine. Alors, la question – clé sera donc : où trouver la force pour imposer une autre politique ? Visitant l’Afrique du Sud, ses mineurs, ses syndicalistes, Custers nous répond : la force véritable ne se trouve pas au sommet, dans les Etats. Elle se trouve seulement en bas : en mobilisant les masses et en développant la démocratie. Voilà pourquoi ce livre ne nous apporte pas seulement la colère, il nous apporte aussi l’espoir.
 
Et le rappel de notre responsabilité… Alors, on continue comme ça ? Au Nord, on jette et au Sud, on crève ? On laisse faire les transnationales ? En attendant l’explosion générale ? Ou bien, on s’assied, on écoute les témoignages et les analyses, et on décide ensemble, Nord et Sud, comment changer ces mécanismes meurtriers, comment supprimer la faim et la pauvreté, comment bâtir un autre monde…
 

Chasseurs de matières premières de Raf Custers disponible sur le site Michelcollon.info


[1] Le Soir (Belgique), 10 août 2013.
[2] Jean Ziegler, Des enfants meurent à cause des gangsters de la Bourse, interview, michelcollon.info. Jean Ziegler, L’Empire de la Honte, Fayard, 2005. Jean Ziegler, Destruction massive, Seuil 2011.
[3] Michel Collon, Les 7 Péchés d’Hugo Chavez, Investig’Action, Bruxelles 2009.
Repost 0
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 16:00

Dans  la catégorie "une logique économique irréprochable" voici :

La catastrophe en petite robe rouge

 

nnaVAvjIhl.jpg

P.S.: Le texte date de 2012, mais n’a rien perdu de son actualité… Au contraire.

Gaëtan Pelletier 

***

Il faut lire la dernière note ébouriffante quoique frappée au coin du bon sens de Jean-Marc Sylvestre en son blog contournable pour bien appréhender la haute potentialité du plus phosphoré de nos journalistes économiques depuis François de Closets c’est dire :

« L’ouragan Sandy coûte cher mais rapportera gros »

Pour vous la faire courte et vous éviter la lecture fastidieuse de cette fulgurante bouse : tout ce qui est détruit devra être reconstruit et plus ça coûte cher en décombres plus ça rapporte bonbon en moellons.

Jean Marc Sylvestre certes, déplore quand même que, si une bonne guerre jugule les crises, il serait plus sympa de trouver une autre méthode pour relancer la croissance, mais on sent poindre comme une vieille nostalgie pour le dernier conflit mondial en ses tapis de bombes prometteurs pour le bâtiment.

Il est vrai que les camps de concentration firent beaucoup pour relancer l’emploi. Notamment dans le secteur porteur du mirador.

nnaVAvjIhl.jpg

Aussi devrions-nous appeler de nos vœux un bon gros tremblement de terre, un tsunami des familles, ou carrément deux ou trois Fukushima, tant on ne peut miser tout à fait sur l’aléatoire des catastrophes naturelles pour rassurer les marchés.

Une pandémie vous remet le sourire à un monsieur Servier (on ne dira jamais assez le bien que fit le sida pour la relance du préservatif en voix d’extinction) comme un cataclysme vous remonte illico le moral de mr Bouygues.

Et nous devons admettre que dans ce domaine-là, nos pays tempérés ne peuvent rivaliser avec les états émergents largement favorisés. Pour une vulgaire avalanche ou une modique inondation faisant la joie de nos journaux télévisés faute de mieux, un Pakistan, une Indonésie ou un Mexique peuvent opposer d’admirables désastres ainsi que des centaines de milliers de victimes autrement plus rentables.

Et que dire de la chance inouïe d’Haïti, frappé par toute une gamme de catastrophes naturelles et d’épidémies diverses dont nous ne récoltons que quelques miettes au travers d’interventions humanitaires délocalisées trop ponctuelles.

nnaVAvjIhl.jpg

Ainsi grâce à Jean-Marie Sylvestre nous appréhendons mieux la logique capitaliste qui consiste à détruire la planète pour mieux doper la croissance et à éradiquer sa population pour une meilleure concurrence libre et non faussée entre les survivants.

En effet rien de plus efficace qu’un bon choc tellurique plutôt qu’un choc socio-démocrate de laborieuse compétitivité.

En ces temps confus où pour certains esprits méchamment parachutés, une dictature modérée serait une solution raisonnable à la perte de temps démocratique, envisager la catastrophe comme réponse adaptée à la crise peut paraître adéquat.

Un tremblement de terre amorti

Un ras de marrée adouci

Une explosion nucléaire proportionnée

Une guerre pondérée

Une apocalypse mesurée pour la plus grande prospérité du complexe militaro industriel à titre posthume.

nnaVAvjIhl.jpg

Oui, le cataclysme c’est bon pour la santé économique. Marx déjà l’avait écrit, le capitalisme se nourrit de crises et de cata.

Mais une société en crise depuis 40 ans est t’elle encore une société ou ne serait-ce pas plutôt une crise ?

Nonobstant, n’oublions pas qu’une révolution en ses gravats peut-être franchement productive également et que la tête sur une pique de Jean-Marc sylvestre (au hasard) serait assez bénéfique à la branche taxidermiste.

tgb

http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/archive/2012/11/02/la-catastrophe-en-petite-robe-rouge.html

 

 

Via LA VIDURE | Naître dans une explosion et finir en implosion!

Repost 0
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 16:36

 

Juste pour dire que je ne suis pas la seule à perdre en « civilité » dans mes propos. L’étrange bouillie aux relents nauséabonds qui émane de la grande marmite où mijotent les grenouilles est sur le point de déborder.

Les grenouilles croassent à qui mieux mieux ; il y a longtemps qu’elles ont perdu la faculté de se rebeller contre les injustices, fussent-elles les victimes.

« Le monde va changer de bases », nous n’étions plus grand-chose et demain rien… et les quelques-uns encore debout subissent les coups de la valetaille aux ordres qui se précipite pour ramasser les dernières miettes que jettent désinvoltes, les Nouveaux Propriétaires du Monde. « Chacun pour soi » est sa devise. « Morts aux gueux qui nous volent notre pitance !  ». Je les trouverais pathétiques s’ils n’étaient pas si néfastes pour ce que notre Terre héberge encore d’humanité.

« Fin de partie », la grande expulsion globale touche à son terme !

 

 

Trop d’injustices : Il est temps de faire la Révolution

Gilles Devers

vers4_bertaux_001f.jpgLa nature a horreur du vide, et le gauchisme étant devenu une sorte de sanatorium pour retraités dépressifs et distrayants, ce sont les banques qui ont repris le flambeau de la Révolution.
Sur le haut de la barricade, dans un halo au milieu de l’épaisse fumée des gaz lacrymogènes, voici le leader de la direction des études du Crédit Suisse, mégaphone à la main, qui appelle le monde à renverser la table.
On sent en lui toute la force de la victoire. Il sait que le prochain de coup de baston, c’est pour son museau, mais le bleu marine ne peut rien contre la vérité, pas plus qu’un bloc de béton ne pourrait tarir une source.
D’une main de fer, il brandit son mégaphone, pendant que 583 camarades pédalent pour fournir l’électricité permettant de sonoriser le monde.
De son autre main de fer, le camarade banquier tient le livre rouge,… euh, le Wealth Report 2013 du Crédit Suisse, et c’est de l’authentique bombe révolutionnaire, certifié par la Lénine corporate.
Tout va péter.
La crise ? C’est la propagande des capitalistes. La richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un record de 241 billions de dollars US. Cet enrichissement doit tout à l’écrasement des plus pauvres par les plus riches, les chiffres donnant le vertige :
- la moitié de la population mondiale possède moins de 1% de la richesse totale ;
- les 10% les plus riches détiennent 86% des richesses mondiales,
- les 1% les plus fortunés représentent à eux seuls 46% des actifs mondiaux.
Hardi, chères amies et chers amis, rejoignons vite le camarade du Crédit Suisse sur le haut de la barricade mondiale.
La richesse n’est légitime que si elle a été acquise dans le respect du droit. Or, la règle qui permet à 1% de détenir la moitié de la richesse du monde n’est que la loi du milieu, la pourriture du crime organisé, avec de bonnes petites guerres à la clé. La vérité est simple : une bande de salopards rançonne le monde et plonge dans la misère la moitié de l’humanité, condamnant des êtres humains à un degré de pauvreté qui casse leur santé et broie leur vie.
Être humain… S’ils ne savent plus ce que ça veut dire, on va leur expliquer, et si ça ne rentre pas dans leur tête, on leur collera en suppo...
Quant à leurs biens… Qu’ils soient riches, on s’en tape. Mais que leur richesse atteigne un niveau qui condamne à la précarité la moitié des êtres vivants, c’est juste impossible. Selon l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants.
Cette richesse est la marque de la violence en bande organisée, et il faut donc la reprendre à ces salopards.
Vu les ravages causés, on peut songer à leur casser la gueule.. mais ils nous colleraient au gnouf. De plus, ils ont d’excellents chirurgiens plasticiens, alors ça ne mènerait à rien de concret. Je déconseille.
En revanche, les attaquer en justice pour tout leur piquer, ce sera un régal. On visera l’article 1131 du Code civil selon lequel le contrat qui repose sur une cause illicite ne peut avoir aucun effet. Tout le business de ces crapules repose sur des mécanismes vicieux qu’ils font valider par des parlements croupions et qui permettent de condamner à la servitude 50% de l’humanité. Mais le droit est plus fort que la loi.
Donc, on leur colle une rafale de bons procès. Et si ça ne marche pas, parce qu’ils contrôlent tout, on fout le feu : « La moitié de la population mondiale possède moins de 1% de la richesse totale ». Merde à la fin.
Repost 0
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 14:37

 

 

Voici ma réponse à cette question. J’ai la rage en ce moment, et sans doute demain serai-je à nouveau plus indulgente… et les images du monde entier qui nous disent que la misère nous réduit au dénominateur commun du même attracteur fatal que nous soyons ici ou bien d'ailleurs

 

Bien sûr, il y la colère ; Il y a aussi cette poignante tristesse face à ce gâchis d’enfants, de femmes, d’hommes qui subissent aux quotidien en plus des privations de la misère accrue, les regards qui stigmatisent et méprisent et rejettent et condamnent que leur jettent de plus en plus fréquemment les « passants honnêtes » convertis par la propagande du Pouvoir (central globalisant) et qui sont finalement tout aussi responsables et artisans de notre détresse que les Profiteurs de ce pouvoir central, le 1% le plus riche qui possède 40% de la richesse globale, dit-on.

Beggar : Beggar enfant garçon examine l'argent qu'il a reçu en regardant dans boîte de conserve


Nous avons ras-le-bol, de voir défini par ces quelques-uns ce que veut dire richesse. Et encore plus marre de voir ceux qui autour de nous, si nombreux, trop nombreux, larbins parmi tant d’autres, valetaille des Saigneurs de Planète, qui entrent sans se poser de questions dans ce cirque, cette spirale fatale, celle de défendre la nécessité de « Croissance » production de ces fausses richesses à prix de sang, de larmes, de destructions, afin d’augmenter leur « pouvoir d’achat » grâce à un emploi de merde.

Et oui, j’ai bien écrit « emploi de merde », je n’aime pas trop employer des termes grossiers et insultants, cela ne fait rien avancer, mais parfois tout de même, j’ai beau chercher aucun terme trop policé de rend vraiment compte de la réalité des choses.

Non, vous faire chier au travail, payer vos impôts en râlant, et voter sans bien savoir pour qui, ne fait en aucun cas de vous des personnes honorables et ne vous donne aucun droit de juger ceux qui ne le font pas, en vertu du principe qui veut que la connerie du plus grand nombre ait force de loi. Cette loi à laquelle sont si vite prêts à se rallier les plus crétins, les plus minables, les plus nuisibles quand elle leur donne un semblant de pouvoir et le sentiment d’appartenir à une élite, certes au bas de l’échelle… mais tout de même.


Beggar : Famille sans-abri mendier dans la rue

 

 

Beggar : Homeless famille a abandonné

Non, nous, les fous, les orphelins, les fragiles, les rêveurs, les sensibles, les largués d’un système dont nous ne voulons pas, n’avons aucun respect pour vos Minabilités Arrogantes et pour vos Nullités Hautaines d’Incapables. Incapables de réfléchir au-delà des prémâchés  d’une propagande dont vous vous gaver en engloutissant la Mal Bouffe concoctée pour vous par les empoisonneurs de planète. Incapable d’assumer la responsabilité collective de donner un avenir heureux aux enfants de la Terre. Et comme la grenouille de la fable, vous gonflez, gonflez, gonflez à force de vouloir vous faire gros comme les Maîtres Bœufs. Ce n’est pas de la hargne que je ressens, mais un profond dégoût.

Je ne suis pas en Espagne, je suis en Belgique et j’ai beau mobiliser toutes mes ressources d’indulgence, le constat est sévère, s’il existe encore beaucoup de braves gens, ils comptent pour la plupart parmi les plus pauvres, les plus démunis de ressources, de possibilité pour faire entendre leur voix et défendre leur point de vue qui dit : c’est le système qu’il faut changer. Les repus, eux, pleins de convoitise, n’ont finalement d’autre but que d’imiter ces modèles de riches qui les font baver d’envie alors qu’il bâfrent comme des porcs. Et si beaucoup doivent mourir pour leur assurer leur semblant de « richesse », ils font appel à toute leur imbécile stupeur pour donner un air de sincérité à leur affirmation de n’être pour rien dans les crimes commis pour leur donner juste la part de miettes qui les maintient dans une dépendance complice.

 

Beggar : L'homme sans-abri de dormir sur le trottoir Banque d'images


Tel maître, tel valetaille. Les petits contremaîtres du système se transforment en délateurs, distribuent les punitions, mettent la diversité au pilori, et se précipitent les pierres à la main quand il s’agit de lyncher collectivement les bouc-émissaires désignés, sans endosser la responsabilité laissée à celui qui aura jeté la première pierre…mais qui ? A moins qu’ils ne contemplent le spectacle, jouissant abrutis devant leurs écrans de la douleur de celui qu’on torture.

Il y a quelques années, j’ignorais ce que globalisation voulait dire et ce qu’elle impliquait pour l’avenir du monde. Aujourd’hui je comprends mieux ce terme et je comprends aussi qu’il existe une valetaille complice qui est prête à sacrifier la majorité de l’humanité dans sa crétine conviction de faire un jour partie des élus.

Voilà pourquoi la pauvreté fait place à la misère et au désespoir pour cette majorité sacrifiée sur l’autel du Profit, avec la bienveillante complicité de ceux qui .pensent être bénéficiaires de ces sanglants sacrifices.

Les bûchers sont rallumés où les « Bons peuples » venaient contempler les martyrs de la dissidence.

Anne W

Ps ... ben voilà, au moins on ne pourra m'accuser de cette démagogie qu'on appelle aujourd'hui populisme...

 


 

Combien de pauvreté pouvons-nous supporter ?

Esther Vivas

 

« Les choses ne peuvent pas être pires ». Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Nous pensons que plus de pauvreté, plus de précarité, plus de chômage, plus d’expulsions de logement, plus de faim sont impossibles. La réalité, cependant, contredit cette perception.

Beggar : Sans-abri à Bangkok en Thaïlande Banque d'images
 
Ces dernières années, les chiffres et les visages de la misère n’ont fait qu’augmenter dans l’Etat espagnol. Aujourd’hui, le nombre de personnes qui vivent en situation de pauvreté extrême se situe déjà à trois millions. Les revenus des familles sont tombés aux niveaux de l’année 2001. L’explication est aussi simple que brutale : les revenus ont diminué de 4% tandis que les prix ont augmenté de 10%. C’est ce qu’indiquent les chiffres fournis par le rapport « Inégalité et droits sociaux. Analyse et perspectives 2013 » élaboré par la Fondation Foessa.
 
Les plus touchés sont les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui possèdent le moins. Hier, une personne sans ressources, qui vivait dans la rue, est morte de faim à Séville. D’abord, c’est le chômage, ensuite les difficultés pour boucler les fins de mois, puis on ne sait plus payer l’électricité, l’eau, le loyer ou l’hypothèque et, finalement, la nourriture. La tendance indique que les choses empirent. Selon le rapport de Intermón Oxfam, « Le piège de l’austérité », on estime que pour l’année 2025, le nombre de pauvres dans l’Etat espagnol pourrait atteindre 8 millions de personnes.

Beggar : estropié demandant à proximité du temple le jour de la Sainte Trinité
 
Il ne s’agit pas seulement d’une crise mais bien des mesures qui sont appliquées pour la résoudre. L’austérité, les coupes, la réduction des aides et des allocations, la privatisation des services publics, l’augmentation de la TVA, tout cela retombe principalement sur les secteurs les plus vulnérables.
 
En conséquence, les inégalités sociales augmentent. La différence entre les plus riches et les plus pauvres dans l’Etat espagnol se situe déjà à 30%, constituant le sommet de l’inégalité en Europe. Cette position se situe même devant les pays les plus durement frappés par la crise, comme la Grèce, et elle n’est dépassée que par des pays comme la Lettonie, la Bulgarie et le Portugal.
 
La conclusion est limpide : une petite minorité augmente ses richesses sur le dos de l’appauvrissement de la majorité. La sortie de crise n’est ni impartiale ni idéologiquement neutre ; elle répond aux intérêts d’élites politiques et économiques qui veulent tirer profit – et pas qu’un peu – de cette situation. Notre misère n’est, ni plus ni moins, que leur profit.

Beggar : Un mendiant est assis en face d'un swarovsky-boutique dans la rue Rambla de Barcelone, cachant sa tête, il a un gobelet en plastique à la main Banque d'images
 
Les choses peuvent-elles être pires ? Malheureusement oui. Les politiques de sortie de crise qui sont actuellement appliquées dans les pays de la périphérie de l’Union européenne sont la copie conforme de celles qui ont été menée à bien dans les pays du Sud. Si on les appelait à l’époque « Programmes d’Ajustement Structurel, aujourd’hui elles reçoivent le nom de « sauvetage ». La logique est cependant la même et le résultat est plus que suffisamment connu. Nous allons vers une « tiers-mondisation » de la société. La dynamique centre-périphérie qui s’était déployée ces dernières années à l’échelle globale se reproduit aujourd’hui au sein de l’Union.
 
Mais combien de pauvreté pouvons-nous supporter ? Combien de misère sommes-nous disposés à accepter ? Jusqu’où permettrons-nous qu’ils nous saignent à blanc ? La soif du profit du capital n’a pas de limites. Et le goût du lucre ne fait qu’augmenter leur avarice. Nous, la majorité, sommes les seuls capables de leur faire front. Quand nous aurons pris conscience de cela et que nous agirons en conséquence, nous aurons gagné la partie.

Beggar : Streets of Kolkata Thousands of beggars are the most disadvantaged castes living in the streets on November 28, 2012 in Kolkata, India Banque d'images
 
*Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.
 



http://alainet.org/active/67928&lang=fr

 


Beggar : mendiants dans la vieille ville de Harar en Ethiopie

 

Repost 0
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 10:02

 

Livre Procès

Postface de Jean Ziegler, du livre Procès d’un homme exemplaire

Dans notre Europe de la conscience homogénéisée, du consensus confus, de la raison d’État triomphante, toute idée de rupture avec l’ordre meurtrier du monde relève de l’utopie et même, plus communément, du délire. |1| Un révolutionnaire, chez nous, est considéré au mieux comme un original sympathique, une sorte de clochard de l’esprit, un illuminé inoffensif, un marginal pittoresque, au pire comme un inquiétant trublion, un déviant, un fou. Les oligarchies du capital financier globalisé gouvernent la planète. Leur idéologie légitimatrice : un économisme rigoureux, un chauvinisme fanfaron, une doctrine des droits de l’homme à usage discriminatoire. J’exagère ? Les États-Unis, la France, la Belgique, l’Angleterre, la Suisse et bien d’autres États occidentaux abritent à l’intérieur de leurs frontières des démocraties réelles, vivantes, respectueuses des libertés et des revendications au bonheur de leurs citoyens. Mais dans leurs empires néocoloniaux, face aux peuples périphériques qu’elles dominent, ces mêmes démocraties occidentales pratiquent ce que Maurice Duverger appelle le fascisme extérieur : dans nombre de pays de l’hémisphère sud, depuis près de cinquante ans, tous les indicateurs sociaux (sauf l’indicateur démographique) sont négatifs. La sous-alimentation, la misère, l’analphabétisme, le chômage chronique, les maladies endémiques, la destruction familiale sont les conséquences directes des termes inégaux de l’échange, de la tyrannie de la dette. Les démocraties occidentales pratiquent le génocide par indifférence. Régis Debray constate : « Il faut des esclaves aux hommes libres. » |2| La fragile prospérité de l’Occident est à ce prix !

Les peuples des pays pauvres se tuent au travail pour financer le développement des pays riches. Le Sud finance le Nord, et notamment les classes dominantes des pays du Nord. Le plus puissant des moyens de domination du Nord sur le Sud est aujourd’hui le garrot de la dette.

Les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport aux flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent d’elles sous forme d’investissements, de crédits de coopération, d’aide humanitaire ou d’aide dite au développement.

Point n’est besoin de mitrailleuses, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples. La dette, aujourd’hui, fait l’affaire.

La dette extérieure constitue une arme de destruction massive. Elle soumet les peuples, détruit leurs velléités d’indépendance, assure la permanence de la domination planétaire des oligarchies du capital financier.

En 2013, toutes les cinq secondes un enfant en dessous de dix ans meurt de faim. 57’000 êtres humains périssent chaque jour par la faim. Près de 1 milliard des 7 milliards d’êtres humains que nous sommes souffrent de sous-alimentation permanente et grave. Cela se passe sur une planète qui pourrait, selon la FAO, nourrir normalement (2200 kilocalories individu adulte par jour) 12 milliards d’êtres humains.

L’Afrique est le continent qui – au prorata de sa population – compte le plus grand nombre d’affamés : 36,2% en 2012. En chiffre absolu c’est l’Asie qui l’emporte dans ce dramatique décompte. Le garrot de la dette extérieure empêche les pays les plus démunis de réaliser les investissements minima dont leur agriculture a urgemment besoin.

Les 54 États d’Afrique, dont 37 sont des pays presque purement agricoles, aux terres vastes et fertiles, sous-peuplées, ont dû importer en 2012 pour 24 milliards de dollars de nourriture du fait de l’absence d’investissements dans l’agriculture. Les semences sélectionnées, les engrais minéraux, les engrais animaliers font défaut, 250 000 animaux de trait sur le continent et moins de 85 000 tracteurs. La houe et la machette restent en 2013 encore les principaux outils de production.

Seules 3,8% des terres arables au sud du Sahara sont irriguées. Le reste relève de l’agriculture de pluie, avec tous les risques meurtriers que les aléas du climat impliquent.

Le FMI administre la dette des pays pauvres.

Les mercenaires du FMI sont les sapeurs-pompiers du système financier mondial. A l’occasion, ils n’hésitent pas à se faire pyromanes…

En temps de crise aiguë, intervenant sur des places financières exotiques, ils veillent ainsi avant tout à ce qu’aucun spéculateur international ne perde sa mise initiale. The Economist, qui n’est pas exactement un brûlot d’extrême gauche, écrit : « … So when sceptics accuse rich country governments of beeing mainly concerned with bailing out western banks when financial crisis strikes in the world, they have a point » (« Quand certains esprits sceptiques accusent les gouvernements des pays riches d’être avant tout désireux d’éviter des pertes aux banques occidentales lors des crises, ils ont raison. ») |3|.

Pour le maintien, la reproduction, le renforcement de cet ordre cannibale du monde, Jacques De Groote joue depuis des décennies un rôle-clé : comme directeur exécutif du FMI, directeur de laBanque mondiale, conseiller du prédateur Joseph Désiré Mobutu, etc.

De Groote est aujourd’hui devant la Cour pénale de la Confédération helvétique à Bellinzone avec six coaccusés tchèques pour, selon l’acte d’accusation du Ministère public fédéral, « blanchiment d’argent aggravé et escroquerie ».

De la carrière tumultueuse, sulfureuse, de Jacques De Groote, Éric Toussaint a fait un livre fascinant, à l’écriture brillante, à la documentation fouillée et précise.

 

Éric Toussaint est un auteur mondialement connu et un conseiller recherché précisément par les gouvernements nombreux qui cherchent à se défaire de leurs dettes « odieuses ». Ses ouvrages scientifiques font autorité dans le monde entier, y compris auprès du FMI et de la Banque mondiale. La bourse ou la vie. La finance contre les peuples (1998), 60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (2002, rééd. 2008),Banque mondiale : le coup d’État permanent. L’agenda caché du consensus de Washington (2006), La dette ou la vie (2011), etc. sont des ouvrages indispensables pour comprendre le fonctionnement du présent ordre économique planétaire mis en place par les oligarchies du capital financier.

Dans cette œuvre scientifique riche et foisonnante, Procès d’un homme exemplaire occupe une place à part. Jean-Paul Sartre, pour le travail intellectuel, établissait une distinction entre les œuvres scientifiques, analytiques, d’érudition, et les « livres d’intervention ». Dans ces derniers, le chercheur se mue en lanceur d’alerte. Procès d’un homme exemplaire est un livre d’intervention.

Au moment où j’écris ces lignes, le verdict de la Cour pénale de Bellinzone n’est pas encore connu. Il faut donc à l’égard de Jacques De Groote – et même si cela paraît difficile – respecter scrupuleusement la présomption d’innocence.

Le livre d’Éric Toussaint pose néanmoins dès à présent des questions inquiétantes. Comment un personnage comme De Groote a-t-il pu pendant plus de vingt ans poursuivre impunément au sein du FMI et de la Banque mondiale ses contestables activités ? De quelles protections, de quelles complicités a-t-il joui ?

Ce formidable livre y répond.

Notes

|1| Ce texte constitue la postface du livre d’Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire, Al Dante, Marseille, 2013

|2| Régis Debray, in Le Tiers monde et la gauche, ouvrage collectif, Éditions du Seuil, 1979, p. 79.

|3| « A Plague of Finance », The Economist (Londres), 29 septembre 2001.http://www.economist.com/node/796127

Source : Procès d’un homme exemplaire : Éric Toussaint, lanceur d’alerte | Mondialisation

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Archives