30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 13:04

 

 

Europe : la liberté de cultiver entravée par les futurs traités de libre-échange

par Sophie Chapelle 29 avril 2014

Des centaines de tonnes de semences détruites au prétexte qu’elles n’ont pas été brevetées par des multinationales. C’est ce qui arrive aux paysans colombiens, et c’est bien ce qui pourrait se produire aussi en France et en Europe à cause du traité de libre-échange discuté entre l’Union européenne et le Canada. Cet accord commercial « brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière », alertent de nombreuses organisations de la société civile. Alors que ce traité doit être ratifié par le Parlement européen, les candidats se positionneront-ils d’ici les élections ? Décryptage.

Les traités de libre-échange constituent-ils une menace pour la liberté de ressemer ses semences ? C’est l’alerte lancée par plusieurs organisations associatives et syndicales après avoir analysé une version confidentielle du projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (AECG), datée du 20 décembre 2013 [1]. « Nous avons notamment eu connaissance du chapitre sur la propriété intellectuelle, raconte Birgit Muller du Réseau semences paysannes. A sa lecture, « il apparaît clairement que ce traité de libre échange, comme les précédents, brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière ».

L’article 18.3 du traité mentionne ainsi qu’un agriculteur en possession de semences d’une variété contenant un caractère breveté pourrait voir ses « biens saisis » et ses « comptes bancaires gelés » ! « S’il n’est pas en mesure de fournir des preuves formelles de la provenance des semences utilisées, l’agriculteur peut être soupçonné de "recel de contrefaçon" », explique Birgit Muller. L’article 16.2 précise également que cette saisie peut se faire sur simple présomption de contrefaçon. En clair, un paysan qui continuerait de faire ce qu’il a toujours fait, garder une partie de sa récolte pour ensemencer ses champs, se verrait donc menacer d’amendes et de poursuites judiciaires.

Extrait du chapitre sur la propriété intellectuelle de l’AECG :

Des réglementations européennes et nationales contournées

Si l’accord entre l’Union européenne et le Canada est ratifié en l’état, « il annulerait les avancées que nous avons obtenues en France dans le cadre de la loi sur les contrefaçons », souligne Roxanne Mitralias de la Confédération paysanne. Pour rappel, ce projet de loi discuté au Sénat en novembre 2013 a suscité de vives réactions en France (nos articles sur ce sujet). C’est à la suite de menaces de grèves de la faim par des paysans, que les députés ont finalement adopté en février 2014 un amendement stipulant qu’un agriculteur qui multiplie et ressème des graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l’industrie semencière ne peut pas être poursuivi pour contrefaçon.

Selon Birgit Muller, le projet d’accord commercial contient des dispositions qui ont également été refusées par le Parlement européen en juillet 2012 dans le cadre de l’ACTA, l’Accord commercial anti-contrefaçon. Ce dernier visait à renforcer l’application des droits de propriété intellectuelle et la collaboration des États dans la lutte contre les contrefaçons, en les mettant directement au service des entreprises. La mobilisation citoyenne contre cet accord, au-travers de nombreuses manifestations et d’une pétition ayant recueilli 2,8 millions de signatures, a finalement conduit au rejet massif de l’ACTA par les eurodéputés (478 contre, 39 pour, 165 abstentions). La ratification de l’accord commercial entre l’UE et le Canada permettrait donc de contourner la réglementation européenne et française.

Monsanto et Syngenta s’imposent en Colombie

Ce type d’accord commercial bilatéral favorise les prérogatives des entreprises et s’impose au droit national. Les paysans colombiens l’ont découvert à leurs dépens : en 2011, 1167 tonnes de semences, principalement de riz, mais aussi de pommes de terre, de maïs, de blé, de plantes fourragères et de haricots rouges, sont retirées de la circulation. L’année suivante, l’Institut agroalimentaire colombien (ICA) confisque ou détruit près de 2800 tonnes de semences. Motif : l’accord signé avec les États-Unis contient une clause qui oblige les paysans à cultiver des « semences certifiées », c’est-à-dire produites par les sélectionneurs industriels comme Monsanto ou Syngenta.

Pour se mettre en conformité avec cet accord, l’ICA publie un texte en 2010 – la résolution 9.70 – qui rend illégale la vente de semences issues de la sélection paysanne, au motif que leurs qualités sanitaires ne sont pas garanties. La mobilisation de dizaines de milliers de Colombiens dans les rues de Bogotá à l’été 2013 conduit le gouvernement à annoncer le 6 septembre la suspension de la résolution pendant deux ans. Toutefois, « l’ICA continue à aller de ferme en ferme pour demander si les semences utilisées sont certifiées » témoigne Victoria Solano, auteure du documentaire « 9.70 ». La pression étatique sur l’autonomie des petits agriculteurs se poursuit.

Droits des peuples à une alimentation locale

« Les accords de libre-échange ont des effets importants sur la vie sociale et économique de pays qui devraient vraiment être discutés avec les citoyens », estime Birgit Muller. Outre les enjeux autour des semences se pose aussi la question du droit des municipalités à se fournir auprès d’un producteur local. « Ce droit aussi va être limité par l’accord économique entre l’Union européenne et le Canada, illustre t-elle. Au-dessus d’une certaine somme, les municipalités devront ouvrir leurs marchés publics à tous les fournisseurs européens. L’université de Toronto par exemple a un partenariat avec les producteurs locaux et biologiques. Mais si l’accord est adopté, elle devra se fournir auprès de producteurs européens si leurs produits sont moins chers. »

La position du prochain Parlement Européen sur ces accords de libre-échange sera donc décisive pour l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire. Dans un appel publié le 29 avril, 23 organisations, dont des producteurs bio, des syndicalistes des douanes, des organisations de commerce équitable [2], alertent sur les conséquences de ce traité qui sera ratifié par les futurs eurodéputés. Ce texte « comprend un important volet sur les droits de propriété intellectuelle et impacte par conséquent le droit des paysans à utiliser leurs propres semences », écrivent les organisations signataires. « Ce modèle d’accord est reproduit de traité en traité, tant qu’aucun frein n’y est mis. Vous avez le pouvoir de le stopper. » Les signataires demandent aux candidats d’annoncer, avant le premier tour des élections européennes le 25 mai, le rejet de l’accord entre l’Union européenne et le Canada. Les critiques des candidats seront-elles aussi vives que celles exprimées contre TAFTA, le projet d’accord commercial entre l’UE et les États-Unis [3] ?

Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

Photo : CC Lifesupercharger

Pour aller plus loin, le documentaire « 9.70 » (en espagnol) de Victoria Solano :

Notes

[1Le 18 octobre 2013, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Stephen Harper, Premier ministre du Canada, ont annoncé la conclusion du traité entre l’Union européenne et le Canada.

[2Liste des signataires : FNAB, OGM Dangers, Bio Consom’acteurs, Attac, Chrétiens dans le Monde Rural (CMR), FIAN, Réseau Semences Paysannes, Les Poissons Roses, Confédération Paysanne, Fédération Nature & Progrès, Solidaires Douanes, FNCIVAM, Amis de la Terre, CNDSF, Fédération Nationale Accueil Paysan, Fondation Sciences Citoyennes, AITEC, Artisans du Monde, Syndicat Simples, Demeter France, MIRAMAP, Agir Pour l’Environnement, GIET.
Avec le soutien de : (en région) Bio Consom’acteurs PACA, Filière Paysanne, Consommateurs pas Cobayes, UDB - Union Démocratique Bretonne, Bio de
Provence-Alpes-Côte d’Azur et de l’Union Nationale des Fermiers du Canada

[3Voir nos articles à ce sujet

 

Source : Europe : la liberté de cultiver entravée par les futurs traités de libre-échange - Basta !

 

A lire aussi, la manière dont le mouvement de résistance à la "Loi Monsanto" au Chili a créer les alliances et le dispositif  qui lui ont permis une première victoire

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 11:10

 

Le Premier ministre Dmitri Medvedev a récemment annoncé que la Russie n'importer plus des produits contenant des OGM, affirmant que la nation a suffisamment d'espace et de ressources suffisantes pour produire de la nourriture organique.



Si les Américains aiment manger des produits contenant des OGM, qu'ils mangent  Nous n'avons pas besoin de le faire; nous avons assez d'espace et la possibilité de produire des aliments biologiques "-. Medvedev

La Russie envisage de rejoindre la longue liste (et sans cesse croissante) des pays anti-OGM . Il le fait après qu'un groupe de scientifiques russes a exhorté le gouvernement à envisager au moins un moratoire de 10 ans sur les OGM et d'étudier de manière approfondie leur influence sur la santé humaine.
"Il est nécessaire d'interdire les OGM, d'imposer un moratoire (sur) pendant 10 ans. Alors que les OGM seront interdits, nous pouvons planifier des expériences, des essais ou peut-être même de nouvelles méthodes de recherche qui pourraient être développés. Il a été prouvé que non seulement en Russie, mais aussi dans de nombreux autres pays dans le monde, les OGM sont dangereux. Méthodes d'obtention des OGM ne sont pas parfaits, donc, à ce stade, tous les OGM sont dangereux. 

La Consommation et l'utilisation des OGM obtenus d'une certaine manière peut conduire à des tumeurs, les cancers et l'obésité chez les animaux. La Bio-technologies devraient certainement être développés, mais les OGM devraient être arrêtés. Nous devrions cesser de les propager. "- Irina Ermakova, vice-président de l'Association nationale pour la sécurité de la Russie génétique
Un certain nombre de scientifiques du monde entier ont clairement souligné les dangers potentiels associés à la consommation d'OGM. J'ai récemment publié un article intitulé "10 études scientifiques démontrant que les OGM peuvent être nocifs pour la santé humaine", vous pouvez lire que dans plein ici . Ce ne sont que quelques-uns choisie parmie les centaines d'études qui sont maintenant disponibles dans le domaine public, il semble qu'ils continuent de faire surface année après année.
La Russie interdit complètement les OGM, comme un grand, pays développé c'est un grand pas en avant dans la création d'une plus grande sensibilisation en ce qui concerne les OGM. Demandez-vous, pourquoi tant de pays interdit les OGM et les pesticides ? C'est parce que la preuve pointe vers le fait qu'ils ne sont pas sûrs, ils sont jeunes, et ne savent pas assez sur eux pour consommer en toute sécurité. Ils ne sont pas nécessaire, alors pourquoi ils les produisent?
Au cours des dernières années, la sensibilisation sur les OGM a grimpé en flèche. Activisme a joué un rôle important dans le réveil d'une grande partie de la population de la Terre en ce qui concerne les OGM. Les gens commencent à poser des questions et obtenir des réponses.
En Février, la Douma d'Etat a présenté un projet de loi interdisant la culture de produits alimentaires OGM. Le président Poutine a ordonné que les citoyens russes soit protégés des OGM. Le Comité de l'agriculture Unis ont appuyé la recommandation de l'interdiction par le parlement russe, et la résolution entrera pleinement en vigueur en Juillet 2014.

Juste pour montrer ce que nous pouvons faire lorsque nous nous réunissons et le changement de la demande et du partage de l'information à l'échelle mondiale. Le changement se produit, et un réveille à de nouveaux concepts de notre réalité tous les jours. OGM ne sont que le début, nous avons beaucoup de choses à débarrasser sur notre planète. Nous commençons tous à voir à travers les fausses justifications pour une nécessité des OGM;
Sources:

 

commentaire anonyme :

Je rajoute que la Russie a aussi interdit en 1976 le four micro onde car c'est vraiment dangereux ( comme au Japon ) , les molécules sont trop chauffés et tue toutes les vitamines , minéraux ,bref les molécules sont transformés , le micro onde est nuisible à la santé , perso j'ai jeté depuis longtemps mon micro onde .


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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 18:23

 

Servindi 20 mars 2014 – Le retrait de la loi Monsanto sur la privatisation des semences paysannes et la non adhésion à la Convention UPOV 91 sur la protection de l’obtention des végétaux sont célébrées par les citoyens chiliens qui se mobilisent activement en défense de la production agro-écologique et de la culture familiale paysanne.

La pression est née d’un ample mouvement, de la campagne et de la ville, en défense des semences libres de brevets, non transgéniques et contre les pesticides, articulé dans la Campagne « Yo no quiero transgénicos en Chile » RAP-Chile.

La Présidente Bachelet et sa coalition au gouvernement ont annoncé le 17 mars le retrait du projet connu sous la dénomination de Loi Monsanto et qui avait été déposé au parlement en 2009 par la présidente elle-même au cours de sa précédente administration.

L’initiative légale prétendait accorder aux entreprises transnationales, comme Monsanto, Syngenta, Pioneer/Dupont et Bayer, productrices de semences hybrides et transgéniques d’amples garanties au prix des droits des paysans et paysannes et du patrimoine génétique du pays.

La campagne a suscité une mobilisation massive, des échanges de semences et le déploiement de ressources visuelles sur les réseaux sociaux.

Un rôle remarquable a été joué par les femmes paysannes et indigènes, les agriculteurs biodynamiques, conjointement avec des associations socio-ambiantales, indigènes, de consommateurs et des familles, chacun d’entre eux concernés par la possibilité bénéficier d’une alimentation saine et sûre. Ensemble ils formèrent le cœur du mouvement de défense des semences.

Il faut faire remarquer qu’au cours des dernières années, au Chili, la redécouverte des valeurs de l’agriculture familiale paysanne, et de l’agro-écologie - comme alternatives concrètes pour affronter un changement climatique, également en réponse à la nécessité pour la population de disposer d’une  plus grande quantité et d’une meilleure alimentation - a pris de l’ampleur

L’eau, la terre et les semences sont des éléments essentiels pour parvenir à la souveraineté alimentaire, objectif poursuivit par la campagne Yo no quiero trangenicos en Chile, entendu comme le droit de tous et de toutes a décider librement des aliments qu’ils consomment, prenant en considération la culture traditionnelle, sans que celle-ci soit remise entre les mains des transnationales qui monopolisent le commerce des semences.

L’ex sénatrice Ximena Rincón, actuelle ministre secrétaire générale du gouvernement, était à la tête de l’opposition au projet de loi au Sénat et grâce à la vigilance citoyenne une majorité de législateurs furent informés et s’unirent dans l’opposition à la loi.

L’organisation internationale Via Campesina célèbre cette décision qu’elle considère comme un triomphe du mouvement citoyen, mais elle avertit : il faut rester vigilant face au danger que représente UPOV 91 avec laquelle, on en a pas fini puisque le gouvernement ne « s’est pas engagé à développer un nouveau projet de loi en faisant appel aux différents secteurs impliqués et affectés ».

A ce sujet, elle ajoute qu’il n’y a pas le moindre doute, les entreprises feront des campagnes millionnaires de lobbying et de désinformation, y compris de cooptation d’organisations à travers lesquelles elles espèrent pouvoir continuer à défendre leurs mythes, menaces et mensonge » affirme-t-elle.

La Sénateur Alejandro Navarro, président du parti MAS, exprime : « Cela ne s’arrête pas ici, parce que l’analyse annoncée par l’exécutif requiert une consultation indigène. Piñera fut le maître des consultations indigènes faussées, le champion pour n’appeler au dialogue que ceux qui approuvaient ses projets, dans respecter les réquisits de la consultation tel qu’ils sont définit dans les traités internationaux ».

« C’est ce qui s’est produit avec la loi sur la pêche, avec la loi forestière et avec la loi des concessions électriques. J’espère qu’en tant que Nouvelle Majorité nous ne ferons pas de mëme, des consultations indigènes frauduleuses, allant à l’encontre des droits des peuples indigènes » , déclare Navarro.

Convention UPOV

Le mouvement citoyen dénonce un lobbying exercé par Monsanto depuis six ans faisant pression pour que le Chili signe la Convention UPOV 91, un traité promut par le secteur privé et qui est périodiquement actualisé de manière à augmenter les bénéfices des entreprises.

Il indique que cette convention n’a pas reçu le patronage des Nations Unies et que plusieurs des pays qui enregistrent des semences hybrides au Chili, comme la Nouvelle Zélande, le Canada, l’Afrique du Sud n’ont pas souscrit à UPOV 91.

Ne l’ont pas fait non plus les pays qui valorisent leur patrimoine génétique comme le Brésil, le Pérou et la Chine, parce qu’il n’est pas nécessaire de signer l’actualisation de l’année 1991 (UPOV 91) de cette Convention.

Proposition de Loi des Semencess

La proposition de la Société Civile chilienne est de mettre en gestation une nouvelle loi de Semences qui permette d’avancer dans la direction de la Souveraineté Alimentaire, établissant des programmes de production et de distribution de semences paysannes locales.

La loi doit permettre la commercialisation des semences paysannes locales, reconnaissant le rôle autonome des communautés dans la récupération des semences traditionnelles pour les champs et potagers urbains. *

La proposition citoyenne propose en plus de soutenir le moratoire sur les cultures transgéniques, un moyen de protéger la diversité et d’exiger l’étiquetage des aliments transgéniques qui consacre le droit pour les consommateurs de choisir des aliments sains.

Un autre aspect concerne l’élimination du registre du Service d’Agriculture et d’Elevage (SAG sigle en espagnol) des pesticides hautement toxiques (PAP) et dommageables pour les abeilles.

Et également de soutenir dans chaque région du Chili la créations de ferias locales et de pouvoirs d’achat dans les organismes del’Etat, comme les hôpitaux, les écoles, pour permettre l’approvisionnement de la population avec des aliments agro-écologiques produits de manière saine et sans agro-toxiques.

 


Déclaration de la CLOC-Via Campesina - Chile au retrait du processus législatif de la loi sur les obtentions.

 


Les organisations de la CLOC-Via campesina- Chile nous célébrons la décision du gouvernement de la Présidente Bachelet de retirer du processus législatif le Projet de Loi de Protection des Droits des Obtentions Végétales, projet qui cherche à implanter au Chili, UPOV 91, plus connu sous le nom de Loi Monsanto.

Ceci est une grande victoire obtenue par de multiples actions, réunions, forums, entrevues et des larges initiatives et mobilisations de la CLOC- Via Campesina – Chile et des mouvements sociaux qui permirent une bonne compréhension du problème par les citoyens, grâce au développement d’une solide argumentation et un travail de diffusion massive qui a inclus des centaines de communautés paysannes et indigènes, ainsi qu’une discussion efficace et méthodique avec une grande quantité de Sénateurs.

La CLOC – VC- Chili nous sommes fiers d’avoir participé de manière permanente et sans vaciller à ce processus de résistance sociale, d’avoir impulsé des processus de convergence et de mobilisation malgré les incompréhensions et l’appui apporté au projet de loi par des autres organisations paysannes auxquelles nous avons été confrontés. Cela nous fait plaisir d’avoir contribué à désarmer l’ensemble de mythes qui sont défendu par les appareils de lobbying des entreprises, d’avoir été capables de rompre l’encerclement communicationnel et de nous être fait écouter, malgré que notre voix ait été initialement bloquée et sabotée dans les débats parlementaires et au Tribunal Constitutionnel pendant que les entrepreneurs y étaient amplement entendus. Notre voix a  fini par être bénéficier d’une large audience. Nous nous sentons stimulé(e)s de voir que nos analyses et propositions ont contribué à la lutte contre UPOV 91 et contre la loi des semences de nos frères de la CLOC et de La Via Campesina dans les autres pays confrontés à cette offensive du capital.

Comme nous l’avons affirmé : si elle avait été approuvée, la loi aurait converti en délits les pratiques paysannes et indigènes millénaires – comme celle de sélectionner, prendre soin, conserver et échanger les semences – elle aurait permis que les entreprises s’approprient les semences paysannes, et elle aurait permis des punitions comme des destruction de culture et des confiscation de récoltes.

Nous devons garder présent le danger de UPOV91, ce n’est pas finit. Le gouvernement ne s’est pas engagé à développer un nouveau projet de loi dont l’élaboration fasse appel aux différents secteurs concernés et affectés.

Aucun doute quant au fait que les entreprises vont dépenser des millions à travers de campagne de lobbying et de désinformation, comprenant la cooptation d’organisations à travers lesquelles ils espèrent pouvoir continuer à diffuser leurs mythes, menaces et mensonges.

Nous devons rester en alerte et maintenir notre campagne d’information avec encore d’avantage de détermination, continuer les conversations rigoureuses et fondamentales avec les parlementaire, les organisations, les citoyens, développant nos arguments de manière toujours plus claire. Nous savons que la vérité et la justice sont de notre côté. Et donc nous nous battons pour que la participation des organisations paysannes et des peuples indigènes dans la discussion d’une nouvelle loi soit effective et suffisamment large et représentative, et que nous puissions avoir la garantie d’être écoutés.

Il y a de nombreux sénateurs et sénatrices envers lesquels nous sommes reconnaissant pour leur disposition à écouter et à étudier nos arguments, ainsi que pour la manière honorable dont ils expriment leurs idées et établissent des compromis. Nous remercions en particulier l’ex-sénatrice Ximena Roncón, pour nous avoir écoutés et soutenus dès le départ.

Nous avons gagné parce que nus avons fait un énorme travail collectif et une diffusion sociale massive de notre position. Dans ce processus, nous remercions et valorisons l’implication, les apports et efforts de GRAIN qui a mis à notre disposition ses synthèses et analyses participant de manière active et permanente à la discussion, aux débats et à l’élaboration collective de position.

Nous lançons un appel à toutes les organisations sociales et en particulier  aux organisations des campagnes à s’informer et s’intégrer dès maintenant dans les processus en cours. Le droit paysan et indigène millénaire de prendre soin, conserver et échanger des semences est la baes de la souveraineté alimentaire des peuples et doit être défendu par tous.

LES SEMENCES SONT UN PATRIMOINE DE NOS PEUPLES INDIGENE ET DESPAYSANS DE LEURS FEMMES - PRINCIPALES GARDIENNES - ET CE SONT NOS PEUPLES QUI GENEREUSEMENT LES ONT MIS AU SERVICE DE L’HUMANITÉ !

POUR LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE ET POPULAIRE, NON A LA PRIVATISATION DES SEMENCES ! NON A UPOV 91 !

LES SEMENCES INDIGÈNES ET PAYSANNES SONT LA GARANTIE DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE DES PEUPLES

ANAMURI CONAPROCH CONFEDERACION RANQUIL ANMI

CLOC – VIA CAMPESINA - CHILE

 

Au même sujet en espagnol :

Información relacionada publicada en Servindi:

Servindi, 7 de marzo, 2013.- Una denuncia presentada por diversas organizaciones indígenas ante el relator de la ONU James Anaya ha llevado a que el Congreso de Chile aplace hasta nuevo aviso el debate del proyecto de ley calificado de protransgénico y conocido como “Ley Monsanto”. Seguir leyendo…

 

Por Lucía Sepúlveda Ruiz

23 de enero, 2014.- José Pizarro Montoya, 38 años, agricultor sin tierra, y ex productor de transgénicos en la temporada 2009-2010 en Melipilla (RM), es el primer chileno y quizás el único latinoamericano que le ha ganado una demanda a Monsanto/ANASAC por incumplimiento del contrato. Seguir leyendo…

 

- Denuncian vínculo de Mayol Bouchon con mercado de semillas “transgénicas”.

Servindi, 3 de enero, 2014.- Organizaciones sociales y ambientalistas de Chile otorgaron el “Premio Semillas de Maldad 2013” al ministro de Agricultura de Chile, Luis Mayol Bouchon, por su expresa intención de promover la “Ley Monsanto” en su país.  Seguir leyendo…

 

Adital, 12 de diciembre, 2013.- La industria multinacional de agricultura y biotecnología Monsanto está muy cerca de cambiar los rumbos de la producción y comercialización de semillas. Basada en el Acuerdo de Asociación Transpacífico (TPP), un gran proyecto de libre comercio que incluye 12 países, entre ellos Chile, Perú y México, la empresa puede recurrir a las leyes del acuerdo para tener libre la rotulado de alimentos transgénicos, limitando la siembra y la comercialización sólo para la empresa. Seguir leyendo…

 

Servindi, 8 de diciembre, 2013.- Organizaciones sociales y ambientales emplazaron a la candidata Michelle Bachelet a fijar posición y marcar distancia frente a los transgénicos y la Ley Monsanto. Asimismo, asumir compromisos a favor de la producción de alimentos sanos que protejan el ambiente. Seguir leyendo…

- Monsanto está a punto de celebrar su gran golpe maestro: tenemos hasta el fin de semana para detenerlo.

Servindi, 6 de diciembre, 2013.- La comunidad activista Avaaz lanzó una campaña para evitar que empresas como Monsanto se salgan con la suya y doce países suscriban el Acuerdo de Asociación Transpacífico (TPP por sus siglas en inglés), un pacto ultra secreto y de altísimo alcance que otorgará a las grandes corporaciones un poder sin precedentes. Seguir leyendo…

Otras noticias:

 

Traduction Anne Wolff

Source espagnole ;Chile celebra triunfo contra Ley Monsanto y Convenio UPOV

 


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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 15:01

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João Pedro Stedile: “L’avancée du Capital empêche la réforme agraire”

Par Mário Augusto Jakobskind (ABI)

7 janvier 2014

 

 

 


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MAJ – Selon des informations récurrentes le gouvernement de Dilma Roussef n’a pas fait avancer la réforme agraire en 2013 ?

Joao Pedro Stedile - Le bilan de la réforme agraire sous le gouvernement de Roussef est malheureusement négatif. Honteux, dirais-je. En termes statistiques seules 4.700 familles ont bénéficié d’expropriations de  grands domaines … soit moins de ce que le militaire président Figueiredo [1979-1985] a fait dans sa dernière année.

Tropa de choque da PM fica em área invadida após saída dos sem-terra (Foto: Felipe Néri/ G1)

La réforme agraire est bloquée à cause de la concentration de la propriété de la terre et du contrôle croissant de l’agriculture par le capital. La conjugaison de plusieurs facteurs rendent la situation très difficile pour les travailleurs ruraux sans terre. D’abord, le déferle

ment de capitaux internationaux sur les ressources naturelles brésiliennes, qui fuient la crise globale et spéculent avec nos terres, avec l’ét

hanol, l’hydro-électricité, et même en crédit de carbone avec les titres d’oxygène de nos forêts.

L’augmentation des produits provoquée par la spéculation a entraîné une rente extraordinaire dans les zones rurales, qui a attiré de nombreux capitalistes et a fait s’envoler le prix des terres.

Troisièmement la coalition de forces du gouvernement de Roussef marque une forte hégémonie de l’agro-business. Citons par exemple la sénatrice Katia Abreu, éminente représentante du latifundisme rétrograde de Tocantins, qui appuie le gouvernement et se réunit fréquemment avec la présidente.

Quatrièmement les grands médias de la bourgeoisie brésilienne, avec à leur tête TV Globo, Veja et leurs relais, ont fabriqué une opinion publique qui fait de l’agro-business le meilleur des mondes. Ils cachent les effets pervers comme les inondations qui affectent tous les ans le Sud-Est et les conséquences du déboisement et de la monoculture dans la región amazonienne et dans le Centre-Ouest du Brésil.

Face à une corrélation de forces aussi rude, le monde du travail s’est paralysé et les grandes occupations de terre et les mobilisations en zone rurale ont diminué.

 

 


MAJ – Des multinationales comme Monsanto et d’autres continuent à mettre en oeuvre leur agenda au Brésil pratiquement sans le moindre obstacle. Que s’est-il passé ?

Joao Pedro Stedile – Le capital international et financier a pris possession de nos ressources nature???????????????????????????????lles et de l’agriculture à travers son bras économique : les entreprises transnationales de l’agro. Elles contrôlent des intrants tels que semences et engrais, la technologie, les machines et ensuite, grâce au contrôle du marché des produits, imposent leurs prix et s’emparent de la majeure partie du bénéfice généré par l’agriculture. Par conséquent pour chaque segment de l’agriculture il y a un oligopole d’entreprises transnationales aux commandes. Pour les semences et les grains, il y a Monsanto Cargill, Bungue, ADM et Dreyfuss. Pour le lait, il y à Nestlé, Parmalat et Danone. Pour la cellulose, on compte quatre ou cinq entreprises, et ainsi de suite…

 


    

Leur pouvoir est immense, le gouvernement ne les contrôle pas, et apprend leurs opérations par voie de presse. Je vais vous donner un exemple de leur autonomie et de la perte de souveraineté de notre pays sur son agriculture. Depuis deux ans le Nord-Est vit la pire sécheresse de son histoire. On estime que plus de dix millions de têtes de bétail (bovin, ovin et caprin) sont mortes surtout par manque de nourriture. Le gouvernement avait décidé que le CONAB (compagnie nationale d’approvisionnement) achèterait du maïs pour le distribuer aux agriculteurs de la région. Mais le CONAB a échoué à le faire. Pourquoi ? Parce que l’an passé, Cargill, Bungue et ADM, les trois entreprises états-uniennes qui contrôlent l’agro et l’éthanol, ont exporté 18 millions de tonnes de maïs brésilien aux États-Unis. Nous avons perdu un patrimoine énorme de bétail et nous avons risqué de perdre des milliers de vie humaines en échange… d’éthanol pour les voitures nord-américaines.

 


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João Pedro Stedile (à gauche) parmi les militants du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Goianuia, 17/04/2010)

MAJ – Quelles sont les attentes du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre pour 2014 ?

Joao Pedro Stedile – Nous souhaitons qu’en 2014 se poursuivent les mobilisations de masse au Brésil, et que s’instaure un véritable débat politique dans la rue. En tant que Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre et organisations paysannes, nous faisons partie d’une vaste assemblée plénière de tous les mouvements sociaux, pour lancer le débat das la société sur la nécessité d’une réforme politique. Nous allons débattre avec le peuple sur ce qu’il veut changer dans la politique. Et montrer que les changements dont a besoin le pays passent par une réforme politique et par l’instauration d’une véritable démocratie au Brésil. Le 7 septembre 2014, nous mènerons un plébiscite populaire pour demander aux citoyens s’ils veulent ou non convoquer une Assemblée Constituante souveraine. A partir de là nous pourrons défendre ces résultats dans une grande manifestation à Brasília, pour faire pression sur les trois pouvoirs.

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Le modèle actuel du lulisme – ce pacte gouvernemental avec tous – a atteint ses limites. Nous avons besoin de changements structurels pour améliorer les conditions de santé, d’éducation, de transport public et la réforme agraire. Cela dépend de l’usage de l’excédent qui pour l’heure va aux banques. Ce qui suppose une réforme fiscale et une réforme judiciaire, ainsi qu’une modification des règles électorales qui font actuellement des gouverneurs et des parlementaires les otages des entreprises qui financent leurs campagnes. Nous ne pourrons y arrive

r qu’à travers une réforme politique, et celle-ci n’aura lieu que si le peuple descend dans la rue. J’espère qu’il y reviendra bientôt.


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Un militant du Mouvement des Travailleurs sans Terre du Brésil brûle des graines de soja transgéniques lors d’une manifestation précédant la cérémonie d’ouverture de la huitième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la biodiversité (COP 8) à Curitiba, au Brésil, le 27 mars 2006. On estime à 88,8 % le soja transgéniquement modifié cultivé au Brésil.

 


MAJ – En octobre 2014 plus de 120 millions de Brésiliens se rendront aux urnes pour élire le Président  de la République, les gouverneurs et les législateurs des États fédéraux et du Sénat. Quel est votre point de vue sur cette échéance ?

Joao Pedro Stedile – La bourgeoisie brésilienne contrôle le Congrès, le pouvoir judiciaire et les médias. Elle est unie en tant que classe. Électoralement, elle va défendre ses intérêts en pondant ses oeufs dans chacun des trois niveaux de candidatures. Il est donc très probable que la présidente Dilma soit réélue. Mais le fait le plus important est que même avec la réélection de la Presidente Dilma Roussef la corrélation de forces ne changera pas pour effectuer les transformations nécessaires. Au contraire la droite va élire un congrès encore plus conservateur et va déployer son énergie dans l’élection des gouverneurs. Notre analyse, en tant que mouvements sociaux, est que les prochaines élections ne feront pas bouger la ligne de forces. D’où le besoin de débattre, de retourner à la rue pour qu’une réforme politique ouvre des brèches pour les réformes structurelles.images?q=tbn:ANd9GcSnbWaXinW256F4DFG9SRU


MAJ – Un message pour les jouralistes brésiliens, en particulier pour les membres de l’ABI (Association Brésilienne de Presse) qui célèbrera en avril ses 106 ans d’existence ?

Joao Pedro Stedile – L’ABI a toujours été une tranchée de lutte démocratique, favorable aux changements sociaux au Brésil, sous toutes les périodes historiques. Cela fait d’elle aujourd’hui une référence politique, non seulement pour la catégorie professionnelle des journalistes ou pour les journalistes comme acteurs politiques, mais pour tous les militants populaires, pour toute la société.

C’est pourquoi il est très important que la direction de l’ABI contribue, stimule et participe au débat politique nécessaire sur les réformes politiques dont les brésiliens ont besoin. Une réforme majeure concerne les médias. Le projet de loi présenté au Congrès est le fruit d’innombrables consultations et de la Conférence Nationale de la Communication. Nous sommes engagés dans une campagne de signatures pour faire pression sur les députés. Ici aussi ce projet de démocratiser les médias ne s’incarnera qu’en se politisant dans la rue. L’ABI peut jouer un rôle prépondérant pour nous aider à porter ce débat partout. Par ailleurs, j’espère que les journalistes qui travaillent dans les médias bourgeois cesseront d’être les carpettes de leurs patrons et exercent leur profession avec éthique, en s’engageant aux côtés de la population.

 

 


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MAJ – Le MST tiendra son congrès national du 10 au 14 février, qu’attendez-vous de ce congrès ?

Joao Pedro Stedile – Ce que nous appelons le Congrès est en fait un événement qui couronne un long processus de discussions organisées au cours des deux dernières années avec toute notre base militante, avec tous les secteurs et instances du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre. En février, nous serons 15.000 militants à Brasilia pour des retrouvailles fraternelles, pour célébrer l’unité autour de nouvelles idées, fruits des débats menés dans tout le pays.

 

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Les idées-maîtresses sont qu’il nous faut un nouveau programme de réforme agraire qui intéresse non seulement les paysans et les travailleurs sans terre mais l’ensemble du peuple, la société tout entière. Une réforme agraire qui vise non seulement à sauver les paysans sans terre mais priorise la production de nourriture saine, sans pesticides. Qui développe une nouvelle matrice technologique sur base de l’agro-écologie pour produire sans déséquilibres naturels. Ces idées parmi d’autres s’incarneront dans le nouveau programme agraire des Sans Terre qui sera synthétisé et lancé à Brasilia en février 2014.

Source : http://www.mst.org.br/node/15598

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p27hZR-pA

 

Pour en savoir plus, le blog francophone du Mouvement des Sans Terre du Brésil est une source incontournable, un récit fait de pages d'humanité qui parle d'un monde de dignité, de solidarité, d'intelligence, de résistance et d'amour:
mouvementsansterre | Solidarité avec le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (MST, www.mst.org.br ), nous vous informons en français des initiatives, luttes et formations organisées par ce mouvement social. Vous pouvez le soutenir concrètement en écrivant à: Salete Carollo prointer@mst.org.br

 

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 13:51

 

Ecrit pour  alainet   

17 de janvier de 2014

Pour suivre le fil

Un premier épisode qui raconte la lutte des mères d'Ituzaingo, comment elles se sont rencontrées, ont mené l'enquête sur les effets des fumigations, leur combat jusqu'à une première victoire, une condamnation de Monsanto

Ogm, pesticides et monsanto : a ituzaingo, ils nous enfument avec le cancer.

Un autre article de Zibechi qui nous décrit l'essentiel les luttes contre l'extractivisme dans la région et en particulier décrit le projet d'usine

Quand le peuple met en déroute monsanto et les extractivistes

 

 Monsanto: vecinos de Malvinas Argentinas bloquean la planta. (Foto archivo)  

 Les habitants de Malvinas bloquent le chantier

Les multinationales ne peuvent être déroutées que s’il existe un puissant mouvement de la société appuyé par une portion significative de la population. Un tribunal provincial de Cordoba a juger que Monsanto devait interrompre la construction de l’usine de traitement de semences de maïs transgéniques, située à Malvinas Argentinas , en réponse  à un recours de protection introduit par les habitants de la zone qui campent depuis trois mois aux portes du chantier. 

La mobilisation a été impulsée par des petits groupes, les Mères d’Ituzaingó, l’Assemblée de Malvinas Argentina en Lutte pour la Vie et les habitants autoconvoqués, entre autres, et trouva la vertu de se mobiliser dans la durée malgré les menaces du gouvernement provincial et du syndicat de la construction. La population de Malvinas Argentinas a sympathisé et a appuyé la résistance, ce qui amena la justice a prendre la résolution de paralyser la construction le 9 janvier passé.

Ce sont toujours de petits groupes qui prennent l’initiative, sans prendre en compte le « rapport de force » mais bien la justice dans leur action. Après, parfois, beaucoup plus tard, l’Etat finit par reconnaître que les critiques sont fondées. Alors ceux qui furent criminalisés sont reconnus comme des héros y compris par ceux qui les ont réprimés. Le point crucial, de mon point de vue, c’est le changement culturel, la diffusion de nouvelles manières de voir le monde, comme l’enseigne l’histoire des luttes sociales.


Manifestación contra Monsanto en Córdoba

Manifestation contre Monsanto à Córdoba

Avant que ne tombent les lois ségrégationnistes aux Etats-Unis, les discriminations firent mises en déroute dans les faits. Le 1er décembre 1955 une femme du commun, Rosa Parks, refusa de s’asseoir dans l’autobus dans les sièges pour noirs et s’assit ceux réservés aux blancs. Elle fut arrêtée pour avoir violé la loi à Montgomery, états d’Alabama. De dizaines de personnes suivirent son exemple, et d’autres dizaines l’avaient précédé. Son action de désobéissance eut un impact parce qu’elle fut suivie par beaucoup.

Franklin McCain, un activiste noir de 73 ans de Caroline du Nord, en 1960 s’assit avec 3 amis au bar d’une cafétéria de la chaîne Woolworth dans la ville de Greensboro. C’était un site exclusivement réservé aux blancs. Ils demandèrent un café et attendirent toute la journée mais on ne les servit pas. Le jour suivant ils revinrent malgré les insultes des blancs et les menaces de la police. En fin de semaine, ils étaient des centaines et la protestation s’étendit à des dizaines de villes. La chaîne « Woolworth se vit obligée de permettre l’accès aux noirs. Récemment en 1964 et 1965, l’État se vit forcé d’éliminer les lois sur la discrimination raciale, quand il y eut un gouvernement qui selon les paramètres actuels – et compte tenu de ce qu’il s’agissait des États-Unis – que nous appellerions « progressiste ».

 

Monsanto


Je crois que ceci est un des enseignements les plus importants que nous donne la victoire de la population de Las Mavinas Agentinas contre Monsanto. Nous devons faire les choses les plus intelligentes et lucides possibles, mais par-dessus tout des actions réalisées par et qui ont du sens pour des gens du commun, des actions sensées, pacifiques, capable de mettre à nu les problèmes qui nous affligent, comme de s’asseoir à la place que l’on souhaite dans un autobus, et pas dans celle à laquelle on t’oblige à le faire, ou camper face à une des plus puissantes multinationales.

 


Visite de Manu Chao aux campeurs

 

 

La suite ne dépend déjà plus de nous. Qu’une partie significative de la population soit d’accord avec nous et nous accompagne, qu’elle vienne participer d’une manière ou d’une autre à la protestation dépend de facteurs que personne ne contrôle, et pour lesquels il n’y a pas de recettes ni de tactiques préétablies. Depuis le point de vue du mouvement social et des changements nécessaires, nous ne pourrons pas dérouter l’extractivisme en réclamant des lois à l’Etat. Les lois viendront quand le modèle aura déjà été dérouté culturellement et politiquement.
Il est certains que les gouvernements de la région, au-delà de leur orientation concrète dans chaque pays s’appuient sur l’extractivisme. Mais ce sont les gens du commun, organisés à qui revient de dérouter l’extractivisme, avec des milliers de petites actions, comme celles que développèrent les Mères de Ituzaingó et à présent les participants à Malvinas Agentinas.

Raúl Zibechi, est un journaliste uruguayen, il écrit dans Brecha et La Jornada et et collaborateur de ALAI

Traduction Anne Wolff

Source en Espagnol 

Fuente: http://alainet.org/active/70496


Campaña ¡NO a la privatización de las semillas!

 



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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 18:57

 

Peinture de Brigida pour commémorer le massacre de La Unión.

Peinture de Brigida pour commémorer le massacre de La Unión.

Source des photos, à visiter : LA STRATÉGIE DU GRAIN DE SABLE | Communauté de Paix San José de Apartadó – COLOMBIE | Page 3

 

 

COLOMBIE – Des paysans spoliés de leur terre

 

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Ce texte d’Orsetta Bellani, publié sur le site de Noticias Aliadas le 23 janvier 2013 présente avec une grande clarté l’enjeu que constitue la propriété de la terre en Colombie, comme ailleurs, et les luttes dont elle fait l’objet.


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La violence et les dettes dépouillent les agriculteurs de leurs terres.

En 2006, un groupe d’agricultrices de San Cayetano, une communauté de la zone Montes de María dans la région caribéenne de la Colombie, a monté l’Association féminine agropastorale de San Cayetano (AFASAN).

Grâce au soutien financier de l’ONG locale, Corporation du développement solidaire (CDS), elles sont parvenues à acheter à des propriétaires privés 9,5 hectares de terres qui nourrissent aujourd’hui 16 familles.

« Nous cultivons des légumes, nous élevons du bétail, nous avons un projet d’apiculture et un autre de pisciculture. Nos maris nous aident dans le travail mais c’est nous, les femmes, qui prenons les décisions » nous a expliqué Duvis Ballesteros, présidente de l’AFASAN lors du Forum de la terre – Amérique latine et Caraïbes, évènement régional sur le droit à la terre qui a eu lieu les 27 et 28 novembre 2012 à Cartagena de Indias. Aujourd’hui, notre exploitation est autosuffisante et nous voulons accroître la production ».

 

 

Malgré le vol de têtes de bétail et malgré les menaces que les adhérentes de l’association ont reçues de la part de groupes armés illégaux, l’AFASAN est reconnue comme un projet réussi sur des terres difficiles : Montes de María a été l’une des zones les plus affectées par les conséquences du conflit colombien. Selon les sources officielles, la moitié de la population a été déplacée sous la pression des acteurs du conflit armé qui opèrent dans cette zone : la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les paramilitaires du Bloc Héros de Montes de María appartenant aux Autodéfenses unies de Colombie (AUC), créées en 1998.

À vingt minutes de San Cayetano se trouve San Basilio de Palenque, où ont été déplacés les habitants de la communauté La Bonga.

 

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« Le 5 avril 2001 quelques “messieurs” des AUP sont arrivés à La Bonga. Ils distribuaient des tracts disant que les habitants devaient quitter la communauté dans les 48 heures sans quoi ils seraient expulsés » raconte Primitivo Pérez, de La Bonga. « C’est comme ça que nous sommes partis et que nous nous sommes réinstallés à San Basilio de Palenque, où nous avons pu reconstruire nos maisons grâce à l’aide de quelques ONG. Par contre, nous n’avons reçu aucune aide du gouvernement. La majorité d’entre nous continue à travailler sa parcelle à La Bonga, ce qui nous oblige à parcourir 12 km. Un jour, des fonctionnaires de l’INCODER (Institut colombien de développement rural) sont venus nous proposer des terrains encore plus éloignés. Nous leur avons répondu que les fonds dont ils disposent, ils feraient mieux de les investir dans des aides à notre travail sur la terre que nous possédons déjà, mais ils sont partis. Plus tard, on a vu arriver des entrepreneurs qui nous ont proposé d’acheter nos parcelles ; un seul d’entre nous a accepté. En avril 2012, nous avons obtenu le titre de propriété collective de nos terres, de telle sorte que personne ne puisse vendre ».

 

 

C’est un évènement encore plus tragique qu’a vécu Luis Alfredo Torres de la communauté El Salado, située dans les Montes de María où les AUC ont commis une de leurs actions les plus sanguinaires : en février 2000, une incursion paramilitaire a fait 66 victimes et a provoqué le déplacement de plus de 600 familles.

« À cette époque, dans la région de Montes de María, nous avons vécu des déplacements qui, en réalité, sont des spoliations dissimulées : sous le poids des pressions, par peur, les gens vendent leurs terres à bas prix aux grandes entreprises » commentait Torres.

 

Mulatos - commémoration du massacre célébrée par le père Javier Giraldo - 21 février 2012

Mulatos – commémoration du massacre – 21 février 2012

 

La Resbalosa - commémoration du massacre - 21 février 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Resbalosa commémoration du massacre – 21 février 2012

Pression des banques

Les dettes que les paysans de Montes de María avaient contractées auprès des banques représentent un élément de pression. L’origine de ces dettes c’est l’effondrement du prix du riz, au début des années 2000. Or cette culture avait été encouragée par le gouvernement au moment de la réforme agraire avortée, dans les années soixante. Quand le marché colombien s’est ouvert au riz des États-Unis et de la Chine, ça a été la faillite et les paysans qui ne produisaient rien d’autre ont commencé à s’endetter.

En 2004 les paramilitaires ont été démobilisés et en 2007 Gustavo Rueda Díaz, connu sous le nom de Martín Caballero, chef du Front 37 rattaché au Bloc caraïbe des FARC est mort. Dans les années qui suivirent, la violence a diminué dans les Montes de María. Mais l’achat massif des terres des paysans endettés ne s’est pas arrêté pour autant.


Tout membre de la Communauté de Paix peut participer à l’assemblée communautaire. De nombreux points sont discutés par hameaux avant de porter leur parole en assemblée.

 

En octobre 2010, le législateur Iván Cepeda a demandé des comptes au Ministère de l’agriculture sur les achats massifs de 37 273 hectares de terres dans la zone de Montes de María, tout en dénonçant que ces formes apparemment légales d’acquisition se pratiquaient dans une zone où 120 000 personnes avaient été déplacées.

D’après le journal La Silla Vacía [« La Chaise vide »] le résultat de l’enquête menée par la Surintendance du notariat et du registre révèle que les 133 titres examinés sont entre les mains de quelques entreprises intéressées par l’agro-industrie, la reforestation et l’exploitation pétrolière et qu’elles sont toutes administrées par des fidéicommis.

 

 

Zone de réserve paysanne

Quoi qu’il en soit, dans un entretien au journal El Tiempo, le chef d’entreprise Álvaro Ignacio Echeverría a déclaré que « sur l’ensemble des terres, 1000 hectares seulement appartenaient à des petits propriétaires et que personne n’avait fait pression sur eux. Tout est légal ». Cependant, l’enquête de la Surintendance du notariat et du registre a dénoncé aussi des irrégularités qui ont favorisé le regroupement des terres comme, par exemple, la falsification de documents ou l’achat d’une Unité agricole familiale (UAF).

 

 

Montes de María est une zone de réserve paysanne (ZRC) – il y en a sept en Colombie actuellement – entité définie par la Loi 160 de 1994 qui détermine l’existence de zones géographiques bien délimitées où les paysans ne peuvent posséder qu’une seule UAF et où, en accord avec le gouvernement, ils doivent établir un projet de développement durable.

« Dans les Zones de réserve paysanne, les Unités agricoles familiales ont été créées pour déterminer la superficie maximum de terre que peut posséder une famille, dans une zone précise. Aucune famille ne peut avoir plus d’une UAF afin d’éviter le regroupement des terres. Nous observons que, bien souvent, la Loi 160 a été violée et nous enquêtons là-dessus », nous a expliqué Jennifer Mojica, de l’INCODER, pendant le Forum de la terre.

« Cette loi est violée en permanence » dénonce César Jerez, de l’Association nationale des zones de réserve paysanne (ANZORC), au cours du même forum. « Le modèle de gouvernement colombien est agro-exportateur ce qui nécessite beaucoup de terres. Nous devons élaborer un nouveau modèle de développement pour apporter des solutions structurelles ».

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- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3242.
- Traduction de Michelle Savarieau pour Dial.
- Source (espagnol) : Noticias Aliadas, 23 janvier 2013.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’autrice, la traductrice, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

 

 

Via COLOMBIE – Des paysans spoliés de leur terre | Mondialisation

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:23

 

Faisons connaissance avec Talato,

sa famille et son village

Qui est cette jeune fille avec une cruche sur la tête?

Retournons vers Talato et les siens

Faisons connaissance avec Talato

Talato, en moore, (la langue des mossis, une des 60 langues du Burkina) veut dire mardi. Talato est née un mardi. C'est pour cela que ses parents l'ont appelée ainsi.

Mais pour nous, elle représente toutes ces filles nées dans un des 8 000 villages du Burkina Faso. Car c'est la vie au village que nous voulons vous faire découvrir. Et nous nous promènerons à travers tout le Burkina.

Au village, il n'y a pas "l'eau courante", pas de robinet à ouvrir pour laisser couler l'eau. Il faut aller chercher l'eau au fond du puits, souvent à plus de 15 m de profondeur, parfois à plus de 50 m.

Et ça, c'est le travail des filles et des femmes.

Matin et soir, c'est la corvée d'eau. Mais c'est aussi l'occasion de se communiquer les nouvelles.

La préparation de la nourriture demande beaucoup de temps. Il n'y a pas de boites de conserves, ni de plats préparés !

Même la préparation de la farine de mil est à faire. Il faut commencer par  piler le grain (photo), puis  le vanner.

Ensuite il faudra l'écraser (le moudre) pour en faire une fine farine.
Après, c'est la cuisine proprement dite.

La nuit, pas facile de surveiller la cuisson quand il n'y a pas de lumière : ni électricité, ni lampe à pétrole.

Alors, on allume une paille pour s'éclairer et jeter un coup d'œil dans la marmite.

Malgré tous ces travaux, les filles trouvent quand même le temps de jouer ! Elles aiment bien se retrouver entre elles pour chanter et danser; surtout la nuit quand il y a clair de lune !

 

Visitons son village

Ces cases rondes, avec un toit en paille sont typiques de l'habitat mossi. C'est que chaque ethnie a sa façon de construire.

Chez les samos, les maisons et les cours sont très proches les unes des autres. Chez les mossi ou les dagara, l'habitat est dispersé, avec des champs autour des maisons.

Quand la récolte a été bonne, aussitôt, il faut penser à construire des greniers pour la protéger des animaux.

Dans un bon grenier, le mil peut être conservé plusieurs années.

Tous les paysans font un petit élevage de volailles :
des poules, comme sur cette photo, mais aussi des pintades.

Beaucoup ont aussi quelques chèvres et moutons.

Les chrétiens font également l'élevage des porcs.

Les villageois construisent eux-mêmes leur maison. Si le village a de l'eau en abondance, ils feront ce travail pendant la saison sèche.

Si non, ils profiteront des premières pluies pour s'y mettre; surtout quand une bonne pluie arrive en avance !

 
Talato en famille Imprimer Envoyer
Souvent, toutes les filles du quartier se retrouvent pour piler ensemble.

Comme ça, elles travaillent dans la bonne humeur, en chantant au rythme des pilons.

La grand-mère de Talato a fini de préparer la farine de mil.

Il est temps d'aller la porter à la cuisine pour le repas du matin.

Talato prépare le tô, appelé saghabo en mooré (prononcez sarabo !). Il s'agit d'une sorte de semoule épaisse préparée avec de la farine de mil ou de sorgho (cela ressemble beaucoup à la polenta des italiens ou des savoyards).

Il faut également préparer la sauce qui sera servie à part.

Très tôt, chez Talato, les enfants apprennent à rendre service.

Comme ces deux enfants qui s'entraident pour se coiffer.

Ici, les filles ne perdent pas de temps.

Tout en vendant des galettes de mil et des oignons, la sœur de Talato coiffe son amie !


Talato et Fati  ont passé la nuit dans une des maisons de cette cour.

Elles se lèvent en même temps que le soleil.

Pendant que Talato et sa maman vont au puits, Fati s'occupe de sa petite sœur.

Un jour, quelqu'un demandait à Fati : "Tu n'es pas fatiguée de porter un lourd fardeau comme cela sur ton dos?"

Elle répondit : "Ce n'est pas un fardeau ! C'est ma petite sœur !"

Au puits, Talato et sa maman retrouvent les autres femmes du village. Chaque matin, chaque soir, il faut puiser l'eau nécessaire aux besoins de la famille.

Parfois, comme dans ce puits, l'eau est à plus de 50 m de profondeur.

Les travaux de constructions sont réservés aux hommes et aux garçons. Ils se font le plus souvent pendant la saison sèche. Ou au moment des premières pluies, dans les villages qui manquent d'eau.
Les filles sont chargées d'apporter l'eau nécessaire à ces travaux.

Tout le monde participe, même les plus jeunes !

Chacun selon ses forces !

 
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Une saison de culture

Quand tombent les premières pluies, ceux qui pratiquent la culture attelée, préparent le sol.

Comme ce jeune homme de Loroni, avec sa sœur. Dans le nord du pays, le plus souvent, ceux sont les ânes qui tirent la charrue.

D'autres se précipitent pour semer sans préparer le sol. 

Pour ce travail, certains se courbent toute la journée, mettant les graines en terre à la main, et refermant le poquet avec leurs pieds.

Ailleurs, ce travail se fait en deux temps. Quelqu'un prépare les trous avec un semoir fixé au bout d'un long bois. Puis une autre personne passera mettre les graines en terres et les recouvrir.

Bientôt ce sera le temps des cultures. C'est une course de vitesse entre le mil et les mauvaises herbes.

Pendant un mois, il faut travailler dur pour arracher les mauvaises herbes.

Au mois d'août, quand le mil a grandi, il faut repasser déherber à nouveau, mais cette fois on est un peu moins pressé : le mil a déjà gagné la partie.

Pendant ce temps les enfants sont chargés de garder le petit bétail : les chèvres et les moutons.

Cela se fait souvent par quartier. Toutes les bêtes d'un même quartier sont rassemblées en un seul troupeau, et les enfants de ce quartier les gardent ensemble.

Quand les pluies sont abondantes, les récoltes sont bonnes, et c'est la joie au village.

Cette année 2000, au Burkina, la situation n'est pas la même pour tous. Les récoltes sont bonnes dans le sud-ouest du pays. 

Par contre, dans le nord et l'est du pays, c'était la sécheresse. Certains n'ont presque rien récolté. 

 
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Et aussi  
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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 00:25

http://www.luxe-campagne.fr/images/brouette-herbe.jpg

 

 

Dans le cadre de l’année de l’agriculture familiale, je vous propose ce texte fondamental pour comprendre le rôle de l’Agenda 21, et la grosse arnaque qu’il constitue, défendant les droits de grandes corporations transnationales au détriment de ceux des peuples qui sont toujours plus résolument incompatibles.

Aujourd’hui le terme capitalisme est en passe de devenir obsolète, la nouvelle phase d’accumulation capitaliste que nous subissons actuellement est un capitalisme par expropriation, qui transforme les quelques proprétaires de ces Corporations en véritables Propriétaires de planète qui substituent la Loi du Marché, une véritable Loi du plus Fort, au droit des états et des peuples, ne laissant plus même le minimum vital à plus d’un milliard de personnes, une sitation qui chaque jour s'aggrave.

 

http://img2.hebus.com/hebus_2012/06/29/tn/b1340984117_9112.jpg


Comprendre ce que sont ces Corporations et ce qu’elles font, comment elles s’imposent au détriment des habitants en tous lieux et un préalable à tout engagement « pour sauver la Planète » et le vivant dans sa diversité. L’agenda 21 tel qu’il est présenté au public ne pose pas toutes les cartes sur la table. Un des but de cette année 2014 paysanne sera de mettre en évidence ces cartes cachées – en finir avec une rétention d’information dont le personnel politique se rend complice confisquant le pouvoir - afin que chacun puisse comprendre clairement les enjeux et décider en personne bien informée du choix d’un modèle et de l’avenir qu’il détermine.

Une chose aussi est à garder à l’esprit, une fois que les élus cessent de se comporter en mandataires, personnel politique à votre service et à votre disposition et pratiquent la rétention d’informations se comportant en dirigeants, , ils outrepassent leur mandat et abandonnent les règles de la démocratie pour imposer une dictature de fait. Il est alors nécessaire de les rappeler à l’ordre et à plus d’humilité.

Le but ici est de rendre public un débat dont dépend l'avenir et dont les enjeux nous concernent tous et chacun à part entière. Autrement dit de poser les bases d'une souveraineté populaire articulée sur la Souveraineté Alimentaire qui en est la fondation.

 

ville morte


Mettre fin au contrôle des multinationales sur l'Organisation des Nations unies

Friends of the Earth International, Corporate Europe Observatory, La Via Campesina, Jubilee South/Americas, Paix et Justice en Amérique Latine/SERPAJ-AL, Institut Polaris Institute, Le Conseil des Canadiens, The Transnational Institute, Third World Network, World March of Women

Déclaration conjointe de la société civile

Nous, les organisations signataires, estimons que l'Organisation des Nations Unies (ONU) est actuellement l'institution mondiale la plus démocratique et la plus appropriée pour les négociations internationales. Nous soutenons par conséquent le renforcement des institutions et des processus multilatéraux dans le cadre des Nations Unies, afin de les rendre plus démocratiques et réactifs aux besoins des peuples.

 

 

ancien jardin 

Toutefois, nous sommes fortement préoccupés par l'influence croissante des grandes entreprises et des groupes de pression industriels au sein de l'ONU: à travers leur influence sur les positions prises par les gouvernements nationaux dans les négociations multilatérales, et leur domination au sein de certains organismes et espaces de discussion onusiens. Nous constatons que de plus en plus de politiques de l'ONU ne servent pas nécessairement l'intérêt du public, mais soutiennent plutôt les intérêts commerciaux de certaines entreprises ou certains secteurs d'activité. Le Sommet de la Terre à venir, à Rio en Juin 2012, devrait être l´opportunité de stopper cette tendance, de mettre fin aux partenariats douteux entre l'ONU et les entreprises, et de mettre un terme à l'accès privilégié qui a été accordé au secteur des entreprises -et par conséquent son influence excessive sur d’importants processus multilatéraux et les décisions qui y sont liées.

 http://img2.hebus.com/hebus_2012/07/07/tn/b1341681822_51962.jpg

Le préambule de la Charte de l'ONU commence par les mots «Nous, peuples des Nations Unies". Aujourd'hui cependant, au sein des institutions et processus onusiens, priorité est de plus en plus souvent faite aux intérêts des entreprises par rapport à ceux des peuples. La prise de contrôle des positions d’États membres clefs par les intérêts des grandes entreprises se traduit par une influence significative de leur part sur les décisions de l'ONU. Sous l’Agenda 21, l’industrie bénéficie du statut de « groupe principal », alors qu’elle ne peut pas être considérée comme faisant partie de la société civile, à cause de sa différence essentielle par rapport à celle-ci. De même, puisque les entreprises ont de beaucoup plus larges ressources pour influencer les négociations à leur disposition que la société civile, elles sont souvent prépondérantes par rapport aux délégations de la société civile. Le lobby des entreprises au sein des négociations onusiennes a réussi à bloquer des solutions pourtant efficaces à des problèmes liés au changement climatique, la production alimentaire, la violation des droits de l'homme, l'approvisionnement en eau, les problèmes de santé, la pauvreté et la déforestation.

 

Fonds d'écran Constructions et architecture Villes - Villages Vue de l'Arc de Triomphe - Paris (France)

 

L'influence énorme des lobbyistes industriels et les déséquilibres de pouvoir qui lui sont liés dans certains espaces de négociation, tels que la CCNUCC, mettent à mal la démocratie et résultent trop souvent dans l’ajournement, l'affaiblissement ou le blocage d´avancées pourtant urgentes en matière de justice sociale et environnementale au niveau international.

La pression en faveur de solutions basées sur des systèmes de marché - pour l'air, la biodiversité, l'eau, les terres et autres biens communs - comme des solutions à la crise environnementale actuelle, illustre la promotion de fausses solutions. De telles solutions servent les intérêts des entreprises - qui profitent des crises affectant des millions de personnes - sans s´attaquer au fond du problème et tout en continuant à renforcerdavantage le contrôle des entreprises sur les terres, les ressources et la vie des populations.


 Art - Peinture Image sans titre N°312811

De nombreuses agences onusiennes, y compris l'UNICEF, le PNUD, l'OMS ou l'UNESCO, se sont engagées dans des partenariats avec des entreprises multinationales. Le PNUE a établi des partenariats avec ExxonMobil, Rio Tinto, Anglo American et Shell, tous impliqués dans des violations des droits humains et la destruction de la biodiversité. On compte, parmi d’autres exemples, Coca-Cola et le PNUD sur la protection des ressources en eau, et BASF et Coca-Cola avec ONU-HABITAT sur l'urbanisation durable. En plus de nuire à la crédibilité de l'ONU, de tels partenariats minent aussi sa capacité et sa volonté à réagir et à réglementer le secteur des entreprises lorsqu’il est impliqué dans la violation des droits sociaux, environnementaux et humains. En outre, le Pacte Mondial des Nations Unies (Global Compact) encourage une «citoyenneté responsable entrepreneuriale», sans pour autant obliger les entreprises à adhérer à des normes internationalement reconnues. Il permet à des violateurs des droits humains notoires de participer et donne la fausse impression que l'ONU et les multinationales partagent les mêmes objectifs. Ainsi, il permet le «Blue-Wash»1 et aide principalement les entreprises à renforcer leur image de marketing et leurs profits, au lieu de promouvoir des mesures contraignantes qui pourraient contribuer au changement de leurs performances. Dans le processus conduisant au Sommet de la Terre ¨Rio +20¨, l'ONU a établi un partenariat avec la Chambre de Commerce Internationale (CCI) et le Conseil Mondial des Entreprises pour le Développement Durable (WBCSD) dans le cadre de l´Action des Entreprises pour un Développement Durable2. L’avant-projet Zéro de la déclaration de Rio +20 renforce le rôle des entreprises en tant que promoteurs de l'économie dite verte, mais il néglige complètement la question de leur rôle dans la genèse des crises financière, climatique, alimentaire entre autres. Cela n’est pas une surprise, étant donné la forte implication de représentants d´entreprises de haut niveau, comme la Deutsche Bank, dans le développement du concept de la dite «économie verte».

 


Fonds d'écran Nature Champs de Fleurs à Samoens

 


Les groupes soussignés sont convaincus que l'ONU doit donner la priorité aux mesures qui servent l'intérêt public et répondent aux multiples crises en cours, plutôt qu’au développement de politiques qui résultent principalement en la création de nouveaux débouchés économiques et profits pour les entreprises.

 

 

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Nous exigeons donc que:

 

  • L'ONU et ses États membres réaffirment que leur principale prérogative est de servir l'intérêt public plutôt que les intérêts du secteur privé. Les processus de prise de décision doivent être révises afin d'assurer un rôle prépondérant à la société civile et de limiter l'influence de l'industrie.
  • L'ONU et les Etats membres doivent résister à la pression exercée par les entreprises pour obtenir une position privilégiée dans les négociations des Nations Unies:

 Fonds d'écran Nature Coquelicot

 

  1. Les gouvernements doivent cesser de créer de nouveaux organes de discussion et des groupes de haut niveau (et dissoudre ceux qui existent déjà) qui offrent aux entreprises un statut privilégié dans les négociations officielles, comme les "dialogues mexicains" établis parallèlement aux négociations climatiques de Cancun en 2010.
  2. L'ONU et ses Etats membres doivent prendre des mesures résolues pour renforcer la transparence en matière de lobbying et veiller à ce qu'aucun des groupes représentant l’industrie ne bénéficie d´un accès privilégié dans l'élaboration des politiques de l´ONU. Le mécanisme de la Société Civile du Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire Mondiale pourrait être utilisé comme un modèle pour améliorer la participation directe des Organisations de la Société Civile.
  3. Les représentants des entreprises ne doivent pas faire partie des délégations nationales participant aux négociations de l'ONU. 
  4. Le rôle du groupe principal « entreprises et industrie » doit être limité. Puisque l’industrie dispose de ressources beaucoup plus considérables que tous les autres secteurs, une limite devrait être imposée à sa participation ; l’industrie ne devrait pas avoir plus de représentants qu’aucun autre groupe dans les processus de négociations multilatérales.

marché de producteurs

 

  • L'ONU doit divulguer toutes les relations et les liens existants avec le secteur privé.
  • Un code de conduite pour les fonctionnaires de l'ONU, comprenant une "période de mise à l’écart" (cooling-off) pendant laquelle les fonctionnaires ne peuvent pas commencer à travailler pour des groupes de pression ou de lobbying des cabinets de conseil, devrait être introduit.
  • L'ONU ne doit pas s'engager dans de nouveaux partenariats avec des entreprises et autres organisations commerciales, de même qu´elle devrait revoir tous les partenariats similaires existants3.
  • L'ONU, en servant l'intérêt public, doit surveiller les impacts des entreprises sur les populations et l'environnement et établir un cadre juridiquement contraignant pour tenir les compagnies responsables vis-à-vis des lois en matière d'environnement, de droits humains et du travail. Ceci devrait inclure une obligation pour les entreprises de reporter sur leurs impacts sociaux et environnementaux. 

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Ce sont là les exigences de base nécessaires afin de garantir que l'ONU soit à la hauteur de sa mission fondatrice d'être un forum de représentation des peuples et de protection de leurs droits et leurs intérêts universels. Nous lançons un appel aux gouvernements pour qu’ils prennent en compte ces inquiétudes dans la perspective de construire un espace qui réponde aux besoins des peuples, et qui a le potentiel de prendre des initiatives en faveur de l’intérêt public et qui apportent des réponses adéquates aux multiples crises que le monde traverse actuellement.

Vous trouverez le formulaire pour signer cette déclaration sur: http://www.foei.org/en/get-involved/take-action/end-un-corporate-capture

 


1 Le terme “Bluewash’’ est apparu suite au lancement du Pacte mondial des Nations Unies (Global Compact). Il fait référence aux partenariats entre les NU et les grandes entreprises, en réaction aux entreprises qui utilisent le drapeau bleu de l’ONU afin de stimuler leur image, sans pour autant changer leurs pratiques de manière fondamentale.

 

http://www.unglobalcompact.org/NewsAndEvents/rio_2012/business_action_for_sustainable_development.html

3 For an overview of partnerships, see http://www.un.org/partnerships/Docs/Partnership_Initiatives.pdf

Source :
Via Campesina fr

 

 

 


Fonds d'écran Nature Fleurs Balade en pleine nature.

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 01:12

 

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Vive l'Agriculture Familiale ! Non aux accords de libre échanges !

La Via Campesina appelle à la cohérence des politiques agricoles de l'Union européenne

b_350_0_16777215_00___images_stories_agriculture_paysanne_durable_2014-10-01meeting_FTA_Brusselsscaled.JPG(10 décembre 2013, Bruxelles). Pour marquer le lancement de l'Année Internationale de l'Agriculture Familiale, la Commission Européenne a organisé une conférence sur ce thème le 29 novembre à Bruxelles, où La Via Campesina a été invitée à s'exprimer1. L'enjeu a été de défendre une vision paysanne de l'agriculture familiale, son importance dans l'économie européenne et mondiale, et ses qualités sociales et environnementales.

Des cinq continents, nous avons fait venir une vingtaine de paysans et paysannes affiliés : Inde, Mozambique, Nicaragua, Argentine, Etats-Unis, Mali, Maroc, et les Européens d'Italie, de France, de Croatie, de Roumanie, d'Espagne et de Norvège. La problématique ne concerne pas uniquement les pays du sud, mais l'ensemble de la communauté internationale. Le « nord » détient la plus grande part de responsabilité quant à l'état de l'agriculture familiale dans le monde. 

Profitant de la présence de tout ce beau monde, des séminaires de travail et de préparation ont été mis en place à la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) à Bruxelles pour s'interroger aussi sur la question actuellement cruciale des Accords de Libre Échange, et notamment le fameux Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP). Il s'agissait de construire une position commune sur ces accords, car ils se multiplient à l'échelle globale et concernent chacun d'entre nous : UE/Canada, UE/Maroc, US/Pacific, UE/US.

Le présent article vise à rendre compte des discussions et des décisions prises, afin d'encourager la prise de conscience et la mobilisation sur ces deux sujets.

  1. Agriculture familiale paysanne : un modèle d'avenir

Suite à une initiative un peu obscure2, la Food and Agriculture Organisation (FAO), rattachée à l'ONU, a décidé de faire de « l'Agriculture Familiale » la thématique de 2014. Si à l'échelle européenne, l'agriculture présente généralement moins de 5% des emplois, ce chiffre peut monter jusqu'à 80% dans les pays en développement, en Asie ou en Afrique. C'est donc un beau geste en faveur d'une grande partie de l'humanité, et c'est symboliquement fort en ces temps de crise économique, sociale, mais aussi idéologique.

Qu'est-ce que l'Agriculture Familiale ? Sans définition claire du concept, à laquelle La Via Campesina doit s'attacher dès à présent, le risque de détournement est majeur. Nous attachons une grande importance à rappeler que l'agriculture familiale est d'abord paysanne. Elle s'appuie ainsi sur une utilisation mesurée et écologique des ressources naturelles. Elle est orientée vers les circuits courts, locaux et nationaux, et ne prétend pas faire de l'exportation sa priorité. Elle renforce le tissu social du monde rural, favorisant l'emploi, les revenus de ses habitants, tout en dynamisant ces espaces souvent délaissés au profit des villes.

Tous ces avantages sont décisifs pour palier aux manques liés à la généralisation du système économique héritée du XXe siècle. Les monocultures, le productivisme, la concentration des exploitations ont largement participé à l'exode rural qui induit des problèmes sociaux importants3, à la capitalisation de l'agriculture, à la perte de qualité de la production, à la mise en concurrence mondiale du secteur agricole. Or, la récente crise capitaliste a une fois de plus montré les déficiences de ce système économique en ce qu'il favorise les inégalités et fragilise les petits producteurs.

La modernité agricole est entre les mains des paysannes et des paysans du monde. Ce sont eux qui nourrissent effectivement la planète et qui proposent le modèle économique le plus solide et durable du secteur agricole. Ce sont eux qui proposent les produits de qualité, ayant la valeur ajoutée la plus élevée, favorisant la relocalisation des champs et des élevages. Ils proposent un modèle durable quant à la gestion des ressources en limitant les externalités, tout en intégrant une organisation du rural socialement dense et dynamique, et en assurant une production en quantité et en qualité. C'est dans ce secteur et non dans l'agro-industrie que l'on crée des emplois dignes.

L'agriculture familiale comprise comme paysanne est un modèle d'avenir, qui doit être encouragé et soutenu par les politiques agricoles, notamment par la PAC, car les limites de la concentration de la production agricole sont visibles et évidentes. Il faut que ses aides directes et contraignantes soutiennent le travail et la production, et qu'elles arrêtent d'aller dans les poches des grandes exploitations qui sont, économiquement, socialement et environnementalement moins intéressantes pour la société. Les grosses fermes ne sont plus compétitives que parce qu'elles sont plus subventionnées.

La Commission européenne, et spécialement le personnel de la DG Agri est attentive à ce déplacement de paradigme économique. Soucieux d'utiliser cet espace ouvert, nous adressons un message à l'ensemble de l'Union européenne : l'agriculture d'aujourd'hui fait face à des problèmes qui ont été créés par la PAC d'après guerre, qui visait l'autosuffisance alimentaire de l'Europe. Cet objectif ayant été rempli, il faut à présent se tourner vers les problèmes actuels, qui sont d'ordre sociaux et environnementaux, et que le modèle de l'agriculture familiale paysanne est à même de résoudre. Il faut soutenir les petites fermes, en favorisant leur accès à la terre, à l'eau et aux semences, leur installation pour affronter le défi générationnel, leur accès au crédit en rattachant les aides directes à la production.

Enfin, nous pensons que les accords de libre échange ne donnent pas à l'Europe les moyens de résoudre les problèmes sociaux et environnementaux qu'elle rencontre. Au contraire, ils les rendent plus aigus. La déréglementation des normes et des politiques agricoles mettent en concurrence petites et grandes exploitations, menaçant les premières qui garantissent pourtant un avenir digne à l'Europe.

2) Les accords de libre échange menacent la souveraineté des Etats et les paysan(e)s

Les accords de libre échange que proposent l'Europe et les Etats-Unis au reste du monde sont aussi hérités de la tradition néolibérale, et sont la conséquence des échecs de l'Organisation mondiale du commerce. Les accords multilatéraux ne peuvent plus se faire dans le sens des Occidentaux à l'échelle globale, car les autres pays, lorsqu'ils se regroupent, sont capables de s'opposer à leurs prétentions planétaires4. Le multilatéralisme laisse alors la place à une multiplication des accords bilatéraux : EU/Canada et EU/Maroc ; US/Pacific ; US/EU pour ne citer que les plus actuels.

L'idée défendue par ses partisans est celle d'un double avantage. D'une part, la mise en place d'immenses marchés (c'est-à-dire le nivellement des réglementations, des droits de douane et des standards) favorise les investissements et le développement économique. Dans le cas du TTIP, on parle de 0,5-1% de point de croissance, et d'un million d'emploi aux Etats-Unis5. D'autre part, cette définition des standards et des règles de commerce s'appliquera à terme à l'ensemble du globe, jusqu'à la Chine. En effet, il faudra les respecter et s'y aligner pour commercer avec les acteurs économiques de ces entités, qui représentent la plus grande partie du commerce mondial. L'effet attendu est celui de la tâche d'huile. Or, l'avantage de définir les normes et les modèles est commercialement décisif dans le contexte de la mondialisation. Il s'agit, en d'autres termes, de pérenniser la domination de l'Occident sur le reste du monde6.

Face à cet argumentaire, La Via Campesina souligne l'un des effets les plus pernicieux de cette libéralisation des échanges. Il ne s'agit pas, dans les faits, de défendre des régions du monde et leurs sociétés, mais au contraire de renforcer les entreprises transnationales qui les habitent. Or, cette logique reste la même que celle décrite plus haut : concentration, inégalité, disparition des unités économiques et sociales à même de répondre aux besoins du XXIe siècle. De plus, ces accords ont pour conséquence d'étendre ce même système économique très critiqué et très limité, à l'échelle planétaire.

La Via Campesina démontrent que trois bonnes raisons existent qui justifient de s'opposer à ces accords : a) l'absence de démocratie et des acteurs politiques dans les négociations ; b) les avantages juridiques donnés aux entreprises sur les Etats et les peuples ; c) les conséquences potentielles néfastes pour les paysans et paysannes.

a) Les négociations sont conduites de la manière la plus obscure possible. Le contenu des négociations est inconnu du grand public, et même les parlementaires européens sont tenus à l'écart, comme nous l'a appris Michel Dupont, assistant parlementaire de José Bové ! Le peu d'informations qu'ils recevront seront confidentielles. De plus, les gouvernements nationaux ne font pas leur travail. Dans les couloirs de RMC radio, la Ministre française au Commerce, Sylvia Pinel a confié à José Bové qu'elle n'avait pas lu le mandat de négociation confié à la Commission européenne.

Des indices pourtant existent sur le contenu des accords. Ainsi, la Malaisie a signé un accord de libre échange avec les Etats-Unis récemment. D'après un député Malaisien de passage à Bruxelles, Charles Santiago, le contenu est le même que celui en cours de négociation avec l'UE, et ne porte presque pas sur le commerce: « ces deux accords ont exactement le même contenu. Le gouvernement malaisien lutte contre la signature du TPP. Dans tout le texte de l’accord, il n’y a qu’un seul chapitre sur le commerce et 24 chapitres qui ne portent pas sur le commerce : ce n’est pas un accord commercial, mais un accord pour contrôler le commerce, dans l’intérêt des grandes compagnies. C’est comme une nouvelle constitution dont nous, parlementaires, nous n’avons pas le contrôle. Même le Parlement des USA, avec la procédure du « fast track », n’en a pas le contrôle. L’objectif des accords de libre échange est avant tout la convergence des normes et des règles, bien avant la baisse des droits de douane. Où est notre souveraineté, où est notre espace politique ? Le business régule le gouvernement : c’est cela la nouvelle constitution. Il faut restaurer la souveraineté des Etats ». Ces éléments doivent inquiéter les citoyens d'Europe et des Etats-Unis. ECVC et La Via Campesina exigent une transparence totale sur le contenu des négociations et une place prioritaire au politique. Ces accords ne doivent pas être laissés uniquement entre les mains de la DG Commerce de la Commission Européenne car leur champ d'application dépasse ce domaine. Il faut appliquer la stratégie Dracula comme le suggère Susan George : exposer les négociations à la lumière pour qu'ils soient détruits.

b) L'accord prévoit un tribunal qui permettrait aux entreprises d'assigner des Etats en justice au prétexte que certaines dispositions législatives leur ferait perdre des bénéfices, et d'exiger un dédommagement. Cet « Investor/State dispute agreement » fera perdre un pouvoir régalien aux Etats qui sera transféré aux multinationales : celui de rendre la justice et de dépenser l'argent public comme bon leur semble, sous la souveraineté du peuple. Ainsi, si telle loi environnementale ou sociale, bien que politiquement fondée, fait perdre de l'argent aux agents économiques, ceux-ci n'ont plus qu'à exiger leur dédommagement à l'Etat en question.

La Via Campesina, ECVC et bien d'autres organisations appellent à sortir ce système d'arbitrage des négociations du TTIP.

c) Les conséquences de ces accords dans le domaine agricole sont difficiles à connaître précisément car, justement, le contenu des négociations n'est pas rendu public. En revanche, nous pouvons tout à fait anticiper certaines dispositions. Premièrement, les standards de production sont mis sur la table à travers le concept de reconnaissance mutuelle : « reconnais que mes standards sont bons, et je reconnaîtrai les tiens » ; ainsi de ceux qui protègent les consommateurs américains et européens : les seconds pourraient se voir obliger d'accepter le retour de vieux dossiers comme celui de la viande aux hormones ou des OGM ! Ne nous y trompons pas, dans certains domaines, les États-Unis protègent mieux leurs consommateurs que l'Europe. Le résultat attendu est le suivant : les entreprises pourront piocher chez l'un ou l'autre les éléments qui les arrangent, et faire interdire ceux qui les gênent. Deuxièmement, la logique néolibérale est à l’œuvre, la même que celle dénoncée par ECVC et La Via Campesina dans le dossier de l'agriculture familiale : encourager les concentrations d'entreprise, les capitaux transnationaux, le productivisme hérité du XXe siècle.

Réunis à Bruxelles en même temps que d'autres membres de la Via Campesina le sont à Bali à propos des accords de l'OMC et du cycle de Doha, nous appelons à la définition de nouvelles règles de commerce à l'échelle globale qui respectent les principes de la souveraineté alimentaire et ne fixent pas les agenda politiques.

En conclusion, nous voulons rappeler les liens très forts entre l'agriculture familiale et les accords de libre échange : l'un et l'autre sont en parfaite contradiction, alors que les défis sociaux et environnementaux qui sont ceux de notre temps doivent pris au sérieux. Nos sociétés doivent s'orienter vers des modèles durables, locaux, résilients. Dans le domaine agricole, seuls le modèle de l'agriculture familiale paysanne offre une réponse solide et crédible à ces défis. En revanche, le néolibéralisme tel que prôné dans les accords de libre échange est la cause principale des dégradations sociales et environnementales. Il est du ressort des institutions européennes, et en premier lieux des gouvernements, de se saisir de ces questions et d'écouter ce point de vue émergeant, concret et intelligent. Il est aussi de leur ressort d'assurer la cohérence de leurs politiques et de réduire l'influence des lobbys sur leurs décisions7.

Pour finir, la Via Campesina et sa Coordination Européenne se sont aussi rendus compte de la similarité des situations sur les cinq continents, dont la cause est l'imposition globale d'un même système économique. Et c'est également avec un point de vue global que les paysans et paysannes du monde entier s'unissent et réfléchissent ensemble à ces questions cruciales, pour eux, mais aussi pour les autres, appelant à multiplier les alliances et à partager et diffuser ces réflexions.

2 Voir le World Rural Forum:http://www.familyfarmingcampaign.net/

3 Voir les travaux d'Henri Rouillé d'Orfeuil sur la perte d'emploi produite par la modernisation de l'agriculture.

4 D'après Gérard Choplin lors de son intervention jeudi 28 novembre à ECVC ; la conclusion des accords de Bali a minima ne vont sans doute pas remettre en cause cette logique.

6 Lori Wallach, « le traité transatlantique, un typhon qui menace les européens », Le Monde Diplomatique, nov 2013.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 14:10

 

Des potagers en pleine rue

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November 11, 2013 by Mathieu

Faire pousser courgettes, tomates, potimarrons, rhubarbe et capucines le long des casse-vitesse, c’est possible ! Depuis le mois de mai 2013, des Schaerbeekois(es) suivent l’exemple, tout à fait étonnant, de trois femmes originaires d’une petite ville anglaise du Yorkshire (Todmorden) qui ont eu l’initiative très surprenante de faire pousser des légumes en pleine la rue. Elles ont ainsi créé un mouvement qui fait aujourd’hui des émules dans toute l’Europe, et notamment dans notre ville et notre commune : ce mouvement s’appelle Incredible Edible.

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A Bruxelles, le concept anglais des Incroyables Comestibles (c’est-à-dire des potagers de rue en libre-service) s’est développé à partir de la rue Frédéric Pelletier, non loin de la station de pré-métro “Diamant”, grâce à l’enthousiasme d’un petit groupe de Schaerbeekois(es) : notamment grâce à Catherine Piette et à la conseillère communale Joëlle van Zuylen.

potagers

” A partir du moment où on offre un lambeau de terre aux citadins, ils se rappellent que la nourriture sort du sol. Et ce qui est étonnant, c’est qu’ils ont envie d’en prendre soin” (Catherine Piette, Le Soir, le 7 novembre 2013)

Bruxelles compte aujourd’hui une centaine de potagers (ici) et de vergers urbains, etablis sur des zones non-bâties, mais aussi des toits, des toitures d’immeubles. A ceci, il faut rajouter des initiatives plus plus symboliques qu’alimentaires, mais qui ont aussi leur importance : Brussels Farmer s’efforce par exemple de faire pousser des tournesols dans les parterres et les espaces de terre inutilisées.

 

Et vidéo à la source: Des potagers en pleine rue | I love Meiser

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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