8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 12:43

 

La cathédrale St-Basil à Moscou. Crédits: allday2.com

La cathédrale St-Basil à Moscou. Crédits: allday2.com

 

Un texte édifiant du Ministre de la "Culture" Russe, dans la "Voix de la Russie" qui aurait bien besoin d'un bon laxatif. Si c'est votre projet de monde, ce n'est pas le mien !

 

Vladimir Medinskiï : « Non au pluralisme »


Vladimir Medinskiï, écrivain et docteur en histoire et en sciences politiques, est le nouveau ministre de la culture russe. Ce dernier s’était fait remarquer par le passé pour certaines de ses déclarations concernant la culture et l’éducation russe. Voici quelques unes de ses déclarations les plus célèbres.

PhotoXpress

Au sujet des problèmes de l’enseignement secondaire

« Le système éducatif actuel est une absurdité favorisant l’ignorance et la tricherie. Je n’ai aucune explication à ce sujet. Pourquoi existe-t-il 35 manuels d’histoire sur la Russie destinés à l’enseignement secondaire, et tous uniformément recommandés par le Ministère de l’Education ? »

Sur le cinéma historique

« Les films qui sortent au cinéma sont, pour la plupart, des productions pseudo-scientifiques à caractère fantastique. Nous avons besoin d’imposer une évaluation par des pairs (regroupement collectif de chercheurs et d’experts qui jugent les travaux de leurs confrères) dans ce domaine. Il ne s’agit en aucun cas d’une censure à l’encontre des cinéastes mais plutôt d’une expertise savante qui suggérera aux réalisateurs et scénaristes ce qui est correct et ce qui ne l’est pas ».

Les grandes lignes de la thèse du docteur Vladimir Medinskiï

« Il est nécessaire de créer une base d’informations qui permettrait non seulement un accroissement du savoir méthodologique des enseignants d’histoire russe afin d’améliorer les connaissances des étudiants et d’en faire de vrais patriotes ».

Au sujet de Boris Eltsine en 1991

« L’échec des Putschistes (le vrai putschiste ayant été Eltsine en personne puisque ce dernier empêchait les organes de justice de faire leur travail) est due avant tout à la faiblesse du gouvernement soviétique ».

Au sujet de la fermeture de son compte personnel sur le réseau social russe Vkontakte

« Quand des personnes incultes, non éduquées et ignares, souffrant de troubles de la mémoire et de problèmes d’alcool crient leur haine contre le monde entier, c’est dérisoire, car nous pouvons leur tourner le dos. Mais quand une personne instruite, éduquée et influente tient de tels propos concernant le Jour de la victoire, je suis profondément choqué. [Pavel Dourov, dirigeant du réseau social russe Vkontakte, avait déclaré le 9 mai dernier sur son compte Twitter lors de la célébration du Jour de la victoire de 1945 : « Alors que le peuple se promène librement en ce Jour de la victoire, il y a 67 ans, Staline volait à Hitler le droit de réprimer son peuple à la suite de la victoire de 1945 », ndlr].

Au sujet de ses activités culturelles

« Notre histoire est complexe, elle a besoin de plus de films et de livres qui la concernent, j’ai donc décidé de m’y atteler ».

Au sujet du livre d’histoire

« Pour chaque classe d’âge, il ne doit exister qu’un seul et unique manuel d’histoire, expliquant d’une manière univoque qui étaient, par exemple, Alexandre Nevskiï, Dmitri Donskoï ou encore Mikhaïl Koutouzov. Il ne faut pas que les élèves de CM2 adoptent le pluralisme ».

Concernant le gouvernement

« Staline était conscient de la nécessité d’imposer une idéologie et de procéder au lavage des cerveaux de la population. De nos jours, plus rien ne se passe, on laisse les choses se faire d’elles-mêmes et ce n’est pas du tout efficace ».

 

 

source : Vladimir Medinskiï : « Non au pluralisme »

Le même en 2014 : Vladimir Medinsky : « La Russie a le devoir de se défendre culturellement contre cette Anti-Europe » — Le Courrier de Russie

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:52

 

 

 


Ilya Boudraitskis a été un des fondateurs de Vperiod (« en avant »), section russe de la IVe Internationale. Ce groupe s’est élargi pour fonder le Mouvement socialiste de Russie (RSD) dont il est l’un des porte-parole. Il revient ici sur les dernières événements racistes qui se sont déroulés ces derniers jours dans la capitale russe.

Le 13 octobre dernier, ça c’est passé dans le quartier Birioulevo dans le district sud de Moscou. Plusieurs milliers d’habitants et de militants d’extrême droite se sont réunis dans le cadre d’un rassemblement spontané, exigeant « la fin de l’immigration illégale et de la criminalité ethnique ». Rapidement, quelques centaines d’entre eux se sont rués sur le grand marché aux légumes se tenant à proximité et se sont livrés à un pogrom (1). Moscou est ainsi devenu le théâtre de troubles nationalistes de grande ampleur : des images de voitures brûlées et de magasins vandalisés ont envahi toutes les chaînes de télévision.
Le meurtre d’un habitant du quartier de 25 ans, Iegor Scherbakov, perpétré la veille, était invoqué comme principal motif des incidents. Suite à une altercation avec un individu « caucasien », Scherbakov a reçu plusieurs coups de couteau et est décédé sur place tandis que le meurtrier prenait la fuite. Le crime fut mis en lien avec l’atmosphère criminelle qui règne à Birioulevo, du fait d’une grande concentration de migrants travaillant au marché aux légumes.

Un véritable ghetto
Birioulevo est un des quartiers les plus défavorisés de Moscou : l’absence d’une ligne de métro (qui ne devrait être construite que pour 2020), les problèmes environnementaux et l’éloignement du centre en font le lieu le plus abordable de la ville en termes de logement. Le quartier en est d’autant plus attrayant pour les migrants qui y louent des appartements et vivent souvent à deux, voire à trois, dans une seule pièce. Les habitants n’ont souvent pas accès à un emploi fixe. Sur fond d’infrastructure sociale pratiquement inexistante, l’alcoolisme et les drogues dures y sont très répandus. Birioulevo ressemble en fait à un véritable ghetto, où les migrants et autres habitants « de souche » marginalisés ont accumulé ces dernières années une haine viscérale les uns envers les autres.
Cette année la campagne pour l’élection du maire de Moscou est l’un des facteurs qui a mis le feu aux poudres du racisme ordinaire. Tous les candidats sans exception, du représentant du parti du pouvoir Russie Unie Sergueï Sobianine au principal opposant Alexeï Navalny, ont eu allègrement recours à une démagogie raciste pour s’attirer la sympathie du public. Comme il fallait s’y attendre, dans la course pour le titre du « meilleur raciste », c’est toujours le pouvoir en place qui gagne, car lui seul dispose des ressources suffisantes pour passer des paroles aux actes. Ainsi, en août, en plein marathon électoral, la police de Moscou se livrait à des raids brutaux sur les marchés et les chantiers de construction où la présence « d’illégaux » était avérée. Un véritable camp de concentration était installé aux alentours de la ville, où des centaines de migrants entassés comme du bétail attendaient une déportation forcée vers leur patrie d’origine.

Campagne contre la « criminalité ethnique »
Le pogrom de Birioulevo a également eu lieu sur fond d’une campagne agressive contre la « criminalité ethnique » répercutée par tous les médias contrôlés par le pouvoir. Bien qu’Alexeï Navalny ait tenté de se montrer encore plus radical sur cette question, proposant de réintroduire le régime de visas entre la Russe et les ex-républiques soviétiques asiatiques et caucasiennes, c’est bien le pouvoir qui l’a emporté, aux prix d’une xénophobie qui a supplanté toutes les questions politiques et sociales clés aux marges de l’opinion publique.
Bien sûr, on ne peut pas dire que la question des migrations ait été inventée de toutes pièces par le politique. Selon différentes estimations, sur une population de 15 millions d’habitants, Moscou compte 1 à 2 millions de migrants originaires du Caucase du Sud, d’Asie centrale et du Sud-Est qui ne sont enregistrés nulle part. Toutes ces personnes occupent plusieurs secteurs de l’économie de la ville : construction, gardiennage d’immeuble, transport privé, industrie et commerce de détail. Une masse colossale de main d’œuvre dépendante et à bas prix.
Qu’il soit en situation « illégale » ou même « légale », le migrant est une personne de second rang : à tout moment il peut être victime de l’impunité policière, d’une tromperie de son employeur ou de la xénophobie agressive d’une part importante de la population dite « de souche ». Dans cette situation, la « communauté » des pairs, dont les leaders sont en fait des marchands de main d’œuvre ou sont liés au crime organisé, constitue sa seule protection.

Diviser toujours plus
Le racisme qui traverse la société russe produit des lignes de division partout où cela est possible : les Russes détestent les « noirs » (2), et les Caucasiens, à leur tour, regardent les ressortissants d’Asie centrale avec mépris. Et cela se reproduit au niveau économique : la police, menaçant en permanence de mener des « vérifications », reçoit des pots-de-vin de la part des commerçants caucasiens qui exploitent le travail de leurs compatriotes et des migrants des républiques asiatiques. Le citoyen lambda n’est évidemment pas indifférent à cette immense sphère économique opaque et semi criminelle.
Et c’est manifestement ce qui est en train de se passer, tandis que le gouvernement russe fait face à un problème évident de stagnation économique et parle ouvertement de la nécessité de faire des coupes sombres dans le budget. Récemment, le Premier ministre Dmitri Medvedev invoquait « l’augmentation de la productivité du travail » comme une des principales mesures de dépassement de la crise. Selon lui, celle-ci est actuellement trop faible et ne correspond pas aux salaires élevés dont bénéficie la population russe.

Pendant la crise, l’horreur...
Alors qu’ils sont occupés à détruire les services publics et à baisser les salaires, les dirigeants peuvent caresser la majorité dans le sens du poil en recourant à l’humiliation publique des minorités. C’est ce type de geste populiste cynique qui a été posé juste après le pogrom de Birioulevo : le marché aux légumes a été fermé, plus de 1 000 migrants en situation illégale ont été arrêtés et le meurtrier de Scherbakov a été trouvé et arrêté en un temps record. L’homme, un marchand de fruits misérable originaire d’Azerbaïdjan, a subi une arrestation « exemplaire » dans le cadre de laquelle les forces de l’ordre ont allègrement recouru à la force, avant d’être livré au ministre de l’Intérieur Kolokoltsev en personne. Les images ont été diffusées sur toutes les chaînes de télévision, provoquant sans doute la joie instantanée des citoyens de Birioulevo sympathisants des responsables des pogroms (3).
Cependant, l’horreur de l’État et de la société capitaliste, c’est bien le fait que tout un chacun peut se retrouver à la place de Scherbakov et de son meurtrier. La vie d’un migrant ou d’un travailleur russe ne coûte pas plus cher que ses droits civiques. Mais dans cette lutte intestine insensée des exploités et opprimés, les juges seront toujours issus de la classe dominante prête à tout pour maintenir son hégémonie.

Traduit du russe par Matilde Dugaucquier

1. En russe, le terme « pogrom » est employé pour qualifier toute agression à caractère raciste impliquant un nombre assez élevé de personnes (ndt.)

2. Le terme « noir » désigne ici toutes les populations d’origine caucasienne : Tchétchènes, Géorgiens, Azéris, etc. (ndt.)
3. Des images de l’arrestation spectaculaire sont disponibles notamment ici : http ://www.rferl.org/content/russia-zeynalov-azerbaijan-reaction-murder-suspect/25138882.html

Via Libre expression. Pogrom à Moscou : l’économie du racisme | NPA

 

Des émeutiers ont détruit les vitrines d'un centre commercial, ici devant les caméras russes. (Capture d'écran Russia Today)


 

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 19:51

 

La Russie cherche son identité 

 


La Russie cherche son identitéA
15:08 09/10/2013APar Alexander Rahr pour Moskovskié Novosti

Qu'est-ce que l'Etat, la société et la nation russes représentent dans le monde d'aujourd'hui ? Pourquoi la Russie postcommuniste devrait rechercher son idée nationale, alors qu’elle pourrait simplement rejoindre la civilisation occidentale?

Les intellectuels occidentaux ne comprennent pas cette quête de la Russie. Ils pensent qu’elle devrait se transformer en pays démocratique, avec des libertés civiles et un système juridique efficace, et qu’alors tout irait bien. D'ailleurs, les représentants de l'opposition libérale russe qui ont participé aux récentes discussions du Club Valdaï ont tenu les mêmes propos : selon eux la société russe est déjà si imprégnée par l’idée de consommation et la soif de réussite personnelle que le slogan traditionnel "pour l'empereur, pour la patrie et pour la foi", que l'élite conservatrice cherche encore à utiliser, s'est transformé en pièce de musée.

Le président russe Vladimir Poutine a dénoncé cette approche qu’il juge simpliste lors de son intervention à la dernière réunion du Club Valdaï. Après avoir reconnu que le gouvernement devait entretenir un dialogue plus attentif avec la nouvelle génération russe, il s'est prononcé en faveur de la préservation des valeurs traditionnelles dans la société et pour une distanciation entre la vie russe et l'Occident postmoderniste.

Poutine voudrait deviner la tendance politique de son propre peuple et y voir une aspiration à l’identité européenne, mais différente des valeurs occidentales actuelles. Après le cataclysme des années 1990, cette distanciation apporterait un sentiment de dignité à la population. La plupart des Russes soutiennent la "révolution conservatrice" comme moyen pour se distancer de l'Occident sans quitter l'Europe. Mais cette idée a une lacune : elle n’est pour l’instant fondée que sur une opposition à "l'extrémisme libéral" de l'Occident.

Le débat sur l'identité russe a porté sur des thèmes larges comme le multiculturalisme et la diversité du pays - ses régions donatrices riches et ses régions assistées pauvres, sa société laïque et l'islamisation du Caucase du Nord… Troisième ligne de partage : les citadins qui pensent "à l'européenne" et la population rurale conservatrice. Ou encore : la capitale, Moscou, contre tout le reste du pays. Un jeune penseur russe a conclu qu’en Russie, une partie de la population vivait au XXIe siècle et l'autre au XVIe.

Quelle sera la situation en Russie dans un futur proche ? A ce sujet le Forum de Valdaï n'a pas omis d’évoquer le phénomène de la classe moyenne. Jusqu'à récemment, elle n’existait qu’en Occident. Aujourd'hui elle est omniprésente en Russie. Elle se bat pour une participation plus active à la politique et pour la création d'une société civile où le rôle de l'Etat serait réduit. L’un des participants a comparé la "révolution" actuelle de la classe moyenne aux tentatives de révolution ouvrière mondiale du début du siècle dernier. Les intervenants du Forum ont finalement conclu que la révolution de la classe moyenne était un mythe. Il n’existe pas selon eux de potentiel révolutionnaire en Russie, comme on a pu le penser pendant les manifestations de 2011. Et à observer la carte géopolitique du Moyen-Orient, on voit qu’après les protestations civiles seules les positions islamistes se renforcent.

On assiste aujourd’hui à la renaissance de la géopolitique, au rétablissement de frontières civilisationnelles oubliées. L'Europe ne reconnaît pas l'Union eurasiatique et refuse de coopérer avec elle. La Russie, de son côté, est prête à châtier l'Ukraine par une nouvelle guerre commerciale si Kiev rejoignait l'Union européenne. Certains pays occidentaux ne font pas confiance à la diplomatie russe en Syrie, bien qu'elle ait empêché une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Ces conflits reprennent un caractère idéologique en Europe : l'Occident croit défendre la liberté et les droits de l'homme ; la Russie protège les principes du droit international.

Les participants au Forum de Valdaï ont beaucoup débattu sur l'image du pays. Dans quelle mesure détermine-t-elle le statut d'un Etat dans la politique mondiale ? Les experts occidentaux ont cité l'exemple des USA et de l'Allemagne, deux pays bénéficiant des meilleurs indices en matière d'image. La Russie, elle, n'a pas encore trouvé comment s'attirer la sympathie du monde qui l'entoure, notamment parce qu'elle ne traite pas professionnellement son image extérieure. La Russie doit construire une image attrayante d’elle-même. Son succès dépend notamment de l'affaiblissement économique et moral de l'Occident. Et inversement : si la Russie n'arrivait pas à créer une "identité" en assurant sa modernisation économique et un milieu social sain, le pendule basculerait à nouveau du côté occidental.

 

Source : La Russie cherche son identité | Débats | RIA Novosti

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 01:28

Lavrov hostile à des scénarios musclés en politique internationale

MOSCOU, 29 décembre - RIA Novosti

 

La Russie n'accepte pas de scénarios musclés en politique internationale et ne voudrait pas que l'Otan se transforme en "chirurgien mondial" qui applique le scénario de l'opération libyenne dans d'autres pays, a indiqué le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

"On refuse de croire à l'idée de transformation de l'Alliance atlantique en "chirurgien mondial" qui s'ingère radicalement dans des conflits intérieurs", a écrit le ministre dans un article intitulé "Relations internationales en zone de turbulence: où est le point d'appui?" et publié jeudi dans le "Recueil diplomatique" russe.

Le ministre regrette que "certains politiciens" estiment que le mandat du Conseil de sécurité de l'Onu n'est pas du tout nécessaire pour une opération militaire.

"Cette année, les relations internationales sont entrées en zone de turbulence", a constaté M.Lavrov, en évoquant la vague de révolutions et des troubles massifs au Proche-Orient, la crise sur les marchés financiers du monde et le problème de la dette dans les pays de l'Union européenne.

Dans ces conditions, il est nécessaire, selon le chef de la diplomatie russe, de rendre plus souple et plus équilibré le système de rapports internationaux, en renonçant à la force et à des sanctions unilatérales lors du règlement des conflits, que ce soit dans le monde arabe ou autour du programme nucléaire controversé de l'Iran.

 

Sur le même sujet

 

Source : Lavrov hostile à des scénarios musclés en politique internationale RIA Novosti

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 19:35

 

 


 Ils sont plusieurs centaines, fascistes contre antifascistes, à se livrer une guerre sans merci dans la capitale russe- Des bagarres en pleine rue, mais aussi, des meurtres. Nous avons rencontré un couple chasseurs de skinheads d’extrême droite.

Moscou, non loin du métro Proletarskaya, une salle de concert dans la banlieue sud-est. Un endroit tenu secret. « Si les fascistes le découvrent, ils risqueraient de débarquer », explique Igor, jeune antifasciste, qui dit aussi ne pas aimer les journalistes.

Seul problème : l’endroit est infesté d’agents du département de lutte contre l’extrémisme du Ministère de l’Intérieur de Russie. Avec la loi anti-extrémisme de 2002 (révisée en 2008), ce département se fait une joie d’interdire tout rassemblement jugé dangereux.

Des groupes très divers

Denis, veste bleue, baskets et pantalon militaire, devait se produire ce soir. A 27 ans, il travaille à l’usine mais est également batteur dans un groupe punk-rock.

Mais pendant son temps libre, il chasse les skinheads d’extrême droite. A ses côtés, Katya, sa femme depuis trois ans. Contrairement à son mari, elle porte des chaussures rouges JB Martin, typiques des Redskins, les skinheads anarchistes ou communistes. À Moscou, les groupes antifascistes sont très divers – violents, pacifiques…- et pas vraiment organisés. Parfois, ils se viennent en aide par l’entremise d’Internet. En réalité, en Russie, les Redskins sont rares. Les néo-nazis Boneheads, ceux d’extrême droite dominent.

« Il y a une véritable guerre à Moscou. »

À l’intérieur, les organisateurs négocient la tenue du concert. Sans succès. Il est interdit par la police. Impossible de continuer la discussion ici. Le couple propose de les suivre dans leur appartement. « Il y a une véritable guerre à Moscou. J’ai déjà perdu deux de mes amis. Poignardé, le premier a perdu son sang en quarante minutes. Le second, est mort d’une balle dans la tête. Ce sont des meurtres planifiés », raconte Denis, qui roule à tombeau ouvert sur le périphérique. À la radio, Nasha, une station qui passe de la pop russe. De sa poche, Katya sort une arme à feu. Un « pistolet à plombs », qui ressemble étrangement…à une arme à feu. « Je l’ai toujours sur moi. Pour notre sécurité », précise Katya, en sortant du véhicule. Ambiance.

Denis et Katya sont un couple d'antifascistes moscovites. Ils posent le visage masqué, par peur de représailles. Le mari conduit régulièrement, des missions punitives contre des fascistes. (photo Nicolas Burnens)

« Je lui ai tiré dessus »

Dans le salon du jeune couple, un coup de poing américain, un couteau à cran d’arrêt, une batte et un sabre. Lors des expéditions punitives, Denis conduit la voiture. Ce qui ne l’empêche pas « d’avoir tous les doigts cassés ». Sur sa main, un tatouage : « STR 8 EDGE ». Comprendre « straight edge », une mouvance du mouvement punk dans laquelle les adeptes s’engagent à suivre un style de vie sain. En résumé : pas de drogues, pas d’alcool. Et l’utilisation de la violence ? « On a bien essayé de discuter avec les fascistes. Il faut les frapper, c’est le seul moyen. »

« Il faut les frapper, c’est le seul moyen. »

Qui sont-ils ces fascistes ? Des membres de Russkiy Obraz, ou Slavic Union, groupes d’extrême droite violents ? Denis a de la peine à l’expliquer. Ce qui ne l’a pas empêché de mettre le feu à « un magasin fasciste » il y a quelques semaines. L’hiver dernier, il a même tiré sur un groupe de musique néo-nazi. Un peu au hasard. « Il s’est enfui, je lui ai tiré dans le dos. » La balle a atteint la moelle épinière. Aujourd’hui, il est invalide.

En général, les skinheads sont repérés directement sur Internet. Certains blogs antifascistes regroupent les photos de leurs cibles. Denis et ses amis planifient ensuite leur attaque. « On ne veut pas les tuer, juste leur faire peur. »



« J’ai peur pour mon mari. Mais nous sommes nés juste avant la fin de l’époque soviétique. Nous sommes une génération perdue », explique Katya. Sa situation n’est pourtant pas mauvaise. Elle travaille dans une clinique privée comme laborantine.

Fascisme, néo-nazisme, extrême droite, nationalisme. Katya les met tous dans le même panier. S’ils doivent agir, c’est que la police ne fait rien. Pour autant, le discours de Katya contraste avec celui de son mari. Elle ne participe pas aux actions violentes et est plutôt dans le combat d’idées. « Il faut rester discret, pour ne pas décrédibiliser le mouvement antifascistes. »


Bientôt, Denis et Katya veulent avoir des enfants. « À ce moment là, j’arrêterai les actions violentes. Je me consacrerais uniquement à la musique pour faire passer mes idées antifascistes », assure Denis, avant de nous raccompagner en voiture. Dehors, il ne devra pas faire trop de bruit. C’est soir de match. Les supporters du Spartak Moscou, réputés proches de l’extrême droite, sont dans les rues.

A Moscou, Nicolas Burnens et Polina Myakinchenko

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 18:46

 

 

 

 

 A huit mois des élections législatives, l’extrême-droite tente de surfer sur un sentiment xénophobe latent, dans un pays où 53% de la population considère que la « Russie doit appartenir aux Russes ».

Affublé d’un masque, Artem, supporter du Spartak Moscou, ne passe pas inaperçu. Face à lui, dans la tribune, les orateurs se succèdent. Ce jour-là, en plein centre de Moscou, ils sont un millier à demander la réduction des aides sociales accordées par l’Etat russe aux républiques du Nord-Caucase à majorité musulmane, frontalières de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan.

Le public, après un passage sous les portiques de sécurité, reste confiné derrière les robustes barrières. « Ce sont les Caucasiens qui tuent les Russes, je l’ai vu sur des vidéos », affirme Artem, un drapeau russe flottant au dessus de lui.

La manifestation se tient en plein mois d’avril, période où le nombre d’agressions contre les étrangers s’envole. Autour du 20 avril, date anniversaire d’Adolf Hitler, des groupes néo-nazis honorent le Führer en tabassant tout ce qui n’a pas l’air d’un slave. 11 morts déjà pour 2011. Et, depuis les affrontements du 11 décembre 2010 Place du Manège (voir encadré), une digue a cédé : la haine s’affiche désormais au grand jour.

« Ne donnez pas à manger aux Caucasiens ! », scande la foule. Le jeune Artem répond en levant les bras au ciel. Il fait partie des 53% de Russes qui considèrent que la Russie doit leur appartenir, selon un sondage de l’institut indépendant Levada. Un sentiment accentué par l’attentat terroriste de l’aéroport de Domodedovo le 24 janvier 2011.

Artem, moscovite de 17 ans, dissimule son visage derrière un masque. Il est supporter du Spartak Moscou. Comme 53% de la population russe, il considère que la « Russie appartient aux Russes ». Moscou, manifestation nationaliste, 23 avril 2011 (Photo : Nicolas Burnens).

Les Caucasiens en ligne de mire

Autre décor, autre ambiance. Au volant de sa Ford, Dmitri Demoushkin juge lui aussi que l’on dépense trop pour les Caucasiens. Il roule à tombeau ouvert dans la banlieue moscovite. « J’aurais préféré une voiture allemande », rigole le leader de Slavjanskij Sojuz (L’Union slave) durant douze ans. A 32 printemps, Dmitri reste une figure du mouvement skinhead en Russie.

Slavjanskij Sojuz reprend en cyrillique l’abréviation de SS. Très organisé, le mouvement skin puise nombre de ses préceptes de l’Unité nationale russe, entité extraparlementaire inspirée du nazisme et qui participa à une tentative de coup d’Etat contre Boris Eltsine.

En 2010, l’organisation est interdite, considérée comme « trop extrémiste » par la justice. Elle changea alors de nom et poursuit son chemin. Une pratique courante en Russie.

« Plus personne ne représente cette moitié des Russes qui ne veulent pas des musulmans ici », regrette Dmitri, en caressant sa barbe rousse, devant une tasse de café ouzbèk à l’arrière d’un restaurant. Lui donne l’exemple : il entraîne les forces spéciales russes en Tchétchénie et initie des membres du FSB, l’ex-KGB à l’usage des armes blanches.

Devant le journaliste étranger, le camarade Demoushkin se permet quelques écarts de langage. « Je préférerai avoir 20 000 mauvais Azerbaïdjanais, assène-t-il, plutôt qu’en avoir 20 millions bien intégrés. Ils menacent notre culture et notre mode de vie. »

Pour le reste, ce diplômé en psychologie manie la langue de bois aussi bien que le couteau. Il en a d’ailleurs toujours un dans sa poche intérieure de veste. « Pour se protéger, en cas d’attaque. » Le salut nazi ? Il se fait appeler le Führer, mais prétend n’avoir jamais tendu le bras. Sur son bras droit, une croix gammée tatouée. Il dit condamner la violence, ses relations sont « excellentes » avec les antifascistes et les défenseurs des droits de l’Homme. En 2004, il fut pourtant arrêté pour l’empoisonnement d’un activiste avant d’être soupçonné deux ans plus tard d’avoir perpétré un attentat contre une salle de prière islamique.

Dmitri Demoushkin est une figure de la mouvance skinhead en Russie. Il a été le leader de Slavjanskij Sojuz (L’Union slave) durant douze ans, organisation aujourd’hui interdite et qui reprenait en cyrillique l’abréviation de SS. Il pose ici près de son école, où il entraîne les forces spéciales russes en Tchétchénie et initie des membres du FSB, l’ex-KGB à l’usage des armes blanches. (Photo Nicolas Burnens).

« Quand vous vous promenez à Paris, ça ne vous dérange pas ces hordes d’Arabes et de Noirs propriétaires de vos magasins ? », interroge-t-il soudainement, avant de partir.

Se regrouper pour exister

A côté de Demoushkin, Vladimir Ermolaev dans son costard-cravatte passerait presque pour un enfant de chœur. Dans ce bar lounge du centre, l’ancien leader du Mouvement contre l’immigration illégale (DPNI) professe pourtant la même radicalité. Le 18 avril dernier, le DPNI a aussi été fermé sur décision de justice. Créé en 2002, il était un des partis les plus actifs dans la société. Souvent accusé de recourir à la symbolique nazie à sa cause, il avait pour objectif premier la déportation de tous les migrants illégaux hors du territoire.

« Je veux protéger la Russie contre les barbares », explique ce sociologue de formation, passionné par l’empire romain et admirateur de Marine Le Pen. Son débit est régulier, ses mots bien choisis. « Je parle de ceux qui font des attentats dans le métro à Moscou, et qui débarquent sur l’île de Lampedusa. » Il en est sûr : avec le printemps arabe, la « révolution des Russes contre le pouvoir et les étrangers est proche ».

DES GROUPES MARGINALISES

Dans les villes russes, on recense plusieurs centaines de ces groupes d’extrême droite. Plus ou moins structurés, la plupart ne cherchent pas à accéder au Parlement. Mais pour compter, ils doivent s’allier. C’est pourquoi divers mouvements, dont certains interdits – le mouvement contre l’immigration illégal (DPNI) et le mouvement skinhead « L’Union Slave » -, ont annoncé en mai dernier la création d’une « structure-parapluie unifiée ». Son nom : « Les Russes », un mouvement qui revendique une solidarité ethno-politique. Le but : fédérer une vaste frange de l’extrême droite, et pourquoi pas, présenter des candidats aux élections.

A l’heure de séduire, certains ratissent large. C’est le cas de Russian Obraz, un mouvement importé de Serbie qui réunit quelques centaines d’adeptes moscovites. « Nous voulons aborder tous les problèmes, y compris environnementaux », argue le leader Alexey Mikhailov, dans un restaurant asiatique tenu par des Russes. Son parti fait l’éloge de la culture russe, excluant notamment les drogués et les alcooliques. Il impose aussi un code éthique nationaliste très strict.

Ce partisan du monoculturalisme traîne un passé d’activiste néo-nazi. Il n’a pas de sympathie pour les Juifs, d’autant que « l’un d’eux l’a mordu petit », dit-il pour rigoler. Son rêve ? Voir l’extrême droite au pouvoir. Pour parvenir à ses fins, Alexey embrigade de jeunes fanatiques des clubs de supporters moscovites.

« Ces leaders essaient de monopoliser d’autres thèmes, comme les droits démocratiques. Mais il est difficile de se défaire d’un passé ultra-violent », analyse Alexander Verkovsky, directeur du centre SOVA, une ONG qui travaille sur le nationalisme et la xénophobie en Russie. « Gangrénés par des luttes internes, ces mouvances n’arrivent pas à se regrouper. Du coup, elles n’ont pas de figure rassembleuse », ajoute l’activiste des droits de l’Homme, régulièrement menacé de mort.

Les groupes d’extrême droite, eux, accusent le gouvernement de les museler avant les prochaines élections. Argument spécieux, selon Alexander Chernich, expert du nationalisme. « Depuis que les leaders cherchent des compromis avec le pouvoir, ils ne sont plus suivis par les militant », souligne-t-il. Cheveux courts et boucle d’oreille, ce journaliste du quotidien Kommersant faisait partie de la mouvance antifasciste. « Ici commence la cellule antinationaliste », rigole-t-il, en présentant son bureau.

Pour ce spécialiste, la Russie connaît aujourd’hui une nouvelle vague de fascisme. « C’est la plus dangereuse. En quittant les organisations, les jeunes se sont réunis au sein de groupuscules peu maîtrisables par la police. »

LA RUSSIE MALADE DE SES NATIONALISMES

Andrei Yurov est un militant des droits de l’Homme bien connu en Russie. (photo : SD)

Le 11 décembre 2010, plus de 5 000 jeunes affrontent les forces de l’ordre sur la Place du Manège, aux portes du Kremlin, après la mort d’un jeune supporter russe tué par des Caucasiens. Des extrémistes tabassent plusieurs « culs noirs », comme ils les surnomment élégamment.

Les néonazis ont surgi au lendemain du naufrage de l’URSS en 1991. La présence de travailleurs immigrés ainsi que les guerres avec les séparatistes tchétchènes ont déclenché une xénophobie et une flambée des crimes racistes. Mais d’autres facteurs ont joué. « L’Allemagne a su solder l’ère d’Hitler. En Russie, il n’y a pas eu de vraie déstalinisation », accuse Andrei Yurov, un militant des droits de l’Homme bien connu à Moscou. Un argument qui n’est pas partagé par la chercheuse Marlène Laruelle, spécialiste du nationalisme russe à Paris. « Le nationalisme existait bien avant la chute de l’URSS. Le sentiment d’un « déclassement » sur la scène internationale et d’un « déclassement » économique, social et culturel jouent un grand rôle ».

Dans la décennie 2000, les pogroms sont monnaie courante. Avec 116 tués et 623 blessés, l’année 2008 a été la pire, selon l’institut SOVA. Aujourd’hui, le nombre de meurtres a baissé mais le nombre de blessés reste stable.

La situation reste néanmoins préoccupante. « La moitié des jeunes Russes éprouvent de la sympathie pour les idées fascistes et sont prêts à agir. Ajoutez les nationalistes, xénophobes et racistes, staliniens et totalitaires, vous atteignez 70% », fait remarquer Andrei Yurov, responsable du développement du groupe Helsinki à Moscou.


Article publié dans l’édition du Nouvelliste et de L’Express/L’Impartial du 30 mai 2011. Traduit en russe sur le site Internet InoSMI, qui répertorie les meilleurs articles étrangers sur la Russie.

 

Source : Nationalisme russe : une violence sans visage « Nicolas' Works

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 10:33


le 4/1/2008

 

Interview de Maria Rozalskaya, du Centre Sova et de Mina Sodman, du journal antifasciste de Saint-Pétersbourg, Antifascistki Motiv

À quelques semaines des élections en Russie, nous avons rencontré deux militantes antifascistes russes : l’une, de Moscou, participe au Centre Sova, qui recense quotidiennement dans la presse russe (y compris sur Internet) les indicateurs de l’activité d’extrême droite en Russie, l’autre, de Saint-Pétersbourg, participe au journal antifasciste Antifascistki Motiv, successeur de Tum Balalaïka, partie prenante depuis une dizaine d’années du Réseau antifasciste international Antifanet auquel participe également le réseau No Pasaran.


Quelle est exactement la tâche que s’est fixé le Centre Sova ?
À partir d’un examen rigoureux de tout ce qui est publié en Russie, aussi bien dans la presse traditionnelle et officielle, mais aussi sur Internet via les blogs et autres sites, le Centre Sova s’efforce d’élaborer des statistiques au sujet des crimes racistes et idéologiques perpétrés par l’extrême droite russe. Ainsi, pour l’année 2007, nous avons recensé 53 morts, soit à peu près un mort par semaine. Il faut préciser à cet égard qu’il s’agit uniquement des cadavres trouvés par la police, autrement dit, ce qu’on sait. On sait qu’il faut multiplier ce chiffre macabre par quatre, pour avoir une idée exacte de la violence à caractère raciste et néo-nazie qui existe en Russie. Nous avons également dénombré 472 blessés, ce qui équivaut donc à plus d’une victime de tabassage à caractère raciste ou perpétré pour des motifs d’extrême droite dans tout le pays par jour.
Les chiffres concernant les néo-nazis violents, c’est-à-dire ceux qui sont susceptibles de passer à l’acte dans la rue, sont un peu plus difficiles à établir : néanmoins, nous sommes parvenus à dénombrer entre 50 000 et 70 000 militants actifs sur toute la Russie. Bien entendu, il faut différencier entre ceux qui arpentent les rues, crient des slogans d’extrême droite et font surtout de la provocation, et qui, s’ils sentent l’impunité, pourraient se lancer dans l’action violente, et les néo-nazis qui passent concrètement à l’acte.
Des sondages effectués tous les ans sont assez parlants à cet égard, même s’ils sont à prendre avec prudence. Lorsqu’on demande à un échantillon de la population ce qu’ils pensent du slogan « La Russie aux Russes », les réponses les plus fréquemment citées sont : « Oui d’accord, mais je ne sais pas comment », « Oui d’accord, mais avec des limites », « Oui d’accord, mais ça dépend du contexte », « Oui d’accord, et sans conditions ». En somme, 55% des réponses collectées commencent par un « oui ». Le même sondage a été effectué au sein de la police russe, et les réponses montrant une adhésion à ce slogan nationaliste ont été beaucoup moins nombreuses ; ce phénomène s’explique peut-être par le fait que les policiers savent ce que ce slogan signifie en termes de cadavres.
Au sein de la population russe, les deux tranches d’âge qui montrent une adhésion à une idéologie nationaliste sont d’une part les 60-70 ans, qui constituaient la base du Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF), qui sont aussi violemment antisémites, et d’autre part les jeunes, qui sont les plus violents.

Quels sont les modes d’apparition publics de l’extrême droite russe ?
Le 4 novembre a lieu tous les ans la Marche russe, qui rassemble les nationalistes « de toutes les couleurs ». À cette occasion, les langues se délient, et d’aucuns ont pu entendre dans la rue ou dans le bus des discussions au sujet des marchés russes (dont les vendeurs sont majoritairement des ressortissants des anciennes républiques du Sud de l’Union soviétique comme le Caucase et l’Asie centrale) : des passants se félicitaient ainsi de la fermeture des marchés, disant que les skinheads avaient fait le sale boulot, mais qu’enfin le résultat était là. À quelqu’un qui leur disait que de tels propos étaient honteux, que leurs grands-pères s’étaient battus contre les nazis, les gens sont tombés des nues, ne voyant pas le rapport.
Les violences d’extrême droite qui ont lieu quotidiennement sont le mode d’apparition le plus fréquent de cette extrême droite très brutale : les motivations racistes et nationalistes sont parfois difficiles à démêler, témoignant du fouillis idéologique qui prévaut en Russie. Ainsi, un jeune homme dont les vêtements ressemblaient à ceux de la scène punk a été assassiné « par erreur » par deux skinheads à Izhevsk. En règle générale, ceux qui ont une apparence non-slave sont pris pour cibles par les militants violents d’extrême droite : ainsi, un Iakoute a été assassiné, alors que les Iakoutes sont un des peuples autochtones de la Russie. Sur les blogs néo-nazis, on pouvait lire après ce triste événement que les Iakoutes ressemblaient décidément trop à des Chinois.

Existe-t-il des groupes néo-nazis déclarés, officiels ?
En Russie, il y a des partis politiques enregistrés, et d’autres qui ne le sont pas. Néanmoins, même ceux qui sont enregistrés sont en minorité totale car ils ne recueillent pas assez de voix pour se maintenir à la Douma (cf. les réformes électorales de Poutine). À côté des masses de skinheads plus ou moins organisés, qui sont d’ailleurs l’objet des convoitises des partis d’extrême droite qui, à grand renfort de camps d’été paramilitaires, essaient de les intégrer à leurs rangs, il y a deux grands pôles dans l’extrême droite russe : les nationaux-socialistes, et la droite raciste plus modérée, tel Rodina (Patrie, en russe), qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui était présidé par Rogozin, le représentant de la Russie au Conseil de l’Europe et s’est illustré à la fin de l’année 2005 par un spot électoral télévisé particulièrement raciste. On y voyait des Tadjiks et des Kirghizes en train de manger du melon dans la rue et jeter les écorces par terre, et le slogan était : « Prenons exemple sur la France , débarrassons-nous de l’ordure. »

Quelles sont les composantes idéologiques de l’extrême droite russe ?
Une idée importante est celle du complot juif international, que véhiculent les Protocoles des Sages de Sion, ou que résument assez bien les lettres ZOG , un autre grand classique des organisations néo-nazies depuis des dizaines d’années. L’autre pan idéologique consiste en une rhétorique sociale raciste : pour l’extrême droite, les Africains et les Roms sont des trafiquants de drogue tandis que les autres immigrés prennent le travail des Russes. Pour beaucoup se mêle à ce discours une rhétorique anti-étatique : les agressions racistes ont ainsi pour objectif non seulement de terroriser et de faire partir les étrangers, mais aussi de maintenir une certaine pression sur l’État, en attendant mieux…
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’unité de l’extrême droite russe : tous les petits groupes se tirent dans les pattes, surtout quand un groupe semble prendre plus d’importance que les autres.

Et les communistes dans tout ça ?
Le Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF) est dirigé par Guennadi Ziouganov, et il revendique son héritage avec le PCUS d’avant 1989 : il se caractérise par son antisémitisme et son racisme envers les immigrés. C’est un très grand parti d’opposition, présent au Parlement, et qui a paradoxalement proposé au vote (comme on leur a dit de le faire) la loi anti-extrémiste, censée permettre la lutte contre les groupes néo-nazis mais qui réprime actuellement toute opposition à Poutine.
Il existe par ailleurs des petits groupes trotskistes et communistes (comme Jeunesse rouge), qui correspondent un peu plus à l’idée d’une gauche comme on se l’imagine en Occident.
Mais toujours dans ce même spectre communiste, il y a le NBP, le parti national-bolchévique, qui, malgré une scission récente, regroupe beaucoup de monde et allie discours anti-bourgeois et anticapitaliste et racisme : leur slogan « Tue le bourgeois, tue le Caucasien » ainsi que leur drapeau rouge où se trouve un cercle blanc dans lequel un marteau et une faucille s’entrecroisent pour former une svastika sont éloquents. Fondé par Édouard Limonov, qui, au cours de ses séjours en France a participé au journal de la Nouvelle Droite Éléments, le NBP est connu également pour ses actions radicales et anti-poutiniennes qui séduisent la jeunesse mais ont valu à Limonov plusieurs séjours en prison.
Il y a également l’Union des Jeunesses communistes, qui refuse les discours racistes, mais qui ont organisé un tabassage massif des homosexuels qui participaient à la Gay Pride l’année dernière.

Ces groupes entretiennent-ils des liens au niveau international ?
Le KPRF est en bons termes avec Castro et Chavez, Rodina a participé à une rencontre avec les institutions européennes initiée par Dieudonné.
Du côté des néo-nazis, il existe des liens étroits avec des groupes ukrainiens, biélorusses, moldaves ou polonais : il arrive que des pogroms ou des concerts néo-nazis soient organisés par ce biais. Il existe une sorte de fraternité néo-nazie, si bien que, lorsqu’il y a des problèmes avec la police en Russie, les militants incriminés sont évacués par le biais de filières en Ukraine ou ailleurs.

Quelle est la réponse antifasciste à cette situation ?
Un nouveau mouvement est en train de se constituer, à la fois assez massif et très jeune (14-25 ans). Pourtant, Antifascistki Motiv est le seul journal antifa de Russie. En effet, il y a quelques années le terme même d’antifasciste était totalement nouveau, dans le sens où il renvoyait pour la société russe à quelque chose de révolu, la Seconde Guerre mondiale. Mais aujourd’hui, tout le monde sait ce que ça veut dire, et il n’est plus possible pour les antifas d’agir à visage découvert ou sans violence : la confrontation physique est devenue inévitable, c’est aussi ce qui explique la présence d’antifascistes toujours plus jeunes.
Il y a un an et demi, on disait qu’il y avait 200 antifascistes à Moscou, susceptibles d’affronter physiquement les fachos ; aujourd’hui, 400 sont capables de se déplacer pour un concert où ils savent pourtant qu’ils risquent de se faire attaquer par les fafs.
Au niveau des partis politiques, le discours antifasciste est aussi en progression.

Où en est-on des agressions anti-antifascistes ?
Depuis les assassinats de Nikolaï Girenko, Timur Kacharava, Samba Lanpsar et Alexander (Sacha) Ryuhin, il règne en Russie en général, et à Saint-Pétersbourg en particulier un véritable climat de terreur. Cela fait maintenant partie du folklore d’envoyer aux antifas des messages tels que « Vous direz bientôt bonjour à Timur » par tous les moyens possibles (graffiti, SMS, Internet, etc.) Les proches des quatre antifascistes assassinés ont été menacés , de même que d’autres antifas radicaux de la même mouvance : à chaque fois, ceux et celles qui sont victimes des menaces n’ont aucune possibilité de se mettre à l’abri, car une fois qu’on est enregistré par l’administration dans une ville, on ne peut déménager que très difficilement. Maxim, qui a vu Timur se faire assassiner et devait identifier ses assassins, n’a pas pu partir à l’étranger : il n’y a pas de statut de réfugié politique antifasciste… Et quand les antifas ont recours à la police, ils sont l’objet de suspicion, car bien souvent, la police ne voit dans tout cela que des affrontements qui opposent une subculture à une autre. Le procès des assassins de Timur a abouti à une condamnation à de la prison ferme (12 ans) : les 10 autres inculpés ont eu du sursis, mais tous ont été condamnés pour un crime commis pour des motifs anti-antifascistes, ce qui, en soi, est une avancée importante.

Quelle solidarité pouvons-nous mettre en œuvre en France et dans le reste de l’Europe ?
La première solidarité à laquelle on pense est la solidarité financière : ainsi, au plus fort des assassinats anti-antifascistes, les premières collectes d’argent nous ont permis d’acheter tout un lot de colliers cloutés, parce que les attaques se font systématiquement à l’arme blanche, par derrière : les fachos essaient d’égorger les antifas, et si le cou n’est pas protégé, ils y arrivent malheureusement assez facilement en quelques minutes. Aujourd’hui, il faut pouvoir payer les avocats, mais aussi apporter un soutien logistique à ceux qui doivent se cacher ou qui ne peuvent pas aller travailler.
Une autre forme de solidarité consiste à diffuser l’information : il faut écrire ce qui se passe en Russie et faire en sorte que l’antifascisme soit reconnu. Il faut organiser des réunions d’informations, et expliquer les raisons de la violence antifasciste : les antifas ne peuvent pas accepter de se faire égorger comme des agneaux, dès lors qu’ils sont attaqués, ils doivent se défendre.
Enfin, il faut pouvoir partager les expériences : depuis 15 ans, nous autres de Tum Balalaïka puis Antifascistki Motiv nous efforçons de faire cela avec les jeunes antifascistes, et pourtant, ils sont complètement désespérés. La plupart sont anars, ou redskins, mais ils ont besoin d’échanger sur les expériences politiques avec d’autres groupes, y compris à l’étranger.
Une bonne idée serait d’organiser une rencontre entre groupes antifascistes occidentaux et groupes de jeunes antifas russes, ou encore d’écrire des textes pour des zines russes.

Où en est-on dans le procès qui oppose le DPNI (Mouvement contre l’Immigration Illégale) et les antifas qui se sont opposés à la tenue de leur rassemblement en septembre 2006 ?
Il faut rappeler le contexte dans lequel les faits se sont produits : cela fait en effet un an que les manifs sont interdites, quelle que soit leur forme. Or après les émeutes raciales de Kondopoga en Carélie (où la communauté russe et celle originaire du Caucase se sont violemment opposées après la mort de deux Russes), le DPNI, qui avait envenimé les choses en dépêchant ses militants par cars entiers en Carélie, a voulu organiser un rassemblement à Saint-Pétersbourg. Et, comme par hasard, l’autorisation leur a été accordée, alors même que tous les rassemblements de l’opposition se faisaient interdire, ce qui constituait un scandale pour tout le monde.
Pour toutes ces raisons, les antifas de Saint-Pétersbourg ont organisé un contre-rassemblement, à grands renforts de fumigènes, pour faire peur aux fachos. Le DPNI a répliqué à coups de couteaux, l’un des leurs a ouvert le ventre d’un antifa et blessé l’un des siens par erreur. Beaucoup de militants ont été embarqués des deux côtés.
Seul le DPNI a eu accès aux médias : les faits ont donc été présentés de façon totalement fantaisiste, et les antifas se sont retrouvés dépeints comme des monstres armés de couteaux. Même le Centre Sova a eu du mal à savoir ce qui s’était réellement passé. De fait, les antifas n’ont pas pu faire de communiqué…
Un antifa a été inculpé de hooliganisme, et d’incitation de mineurs, mais à ce jour, son procès a été reporté à chaque fois. Ce procès est emblématique de ce qui est fait pour effrayer les jeunes antifascistes. D’ailleurs, on s’attend malheureusement à une condamnation assez lourde, entre 5 et 7 ans de prison ferme, en particulier à cause des déclarations d’un très jeune homme qui a été manipulé par la police.

Interview réalisée par Tina, avec le concours précieux de Mina Sodman pour la traduction et la correction

Ce texte a d'abord paru dans la revue No Pasaran de décembre 2007.

Source :  BARRICATA - BARRICATA

 

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 15:59



Je publie ce texte qui ne date pas d'hier mais qui décrit une situation qui perdure en Russie. Je ferai d'autres recherches de textes qui montrent la tolérance du régime vis-à-vis des groupements fascistes alors que les dissidents progressistes sont sévèrement réprimés voir assassinés dans ce pays. Histoire de savoir un peu mieux avec qui Obama vient de faire alliance. Un lien vers le figaro qui confirme
Le Figaro - Actualités
Anne
Confirmation 2009 :(article original dans le monde diplomatique)
Un « Kampf » sur fond de crise : Meurtres politiques et racistes en Russie « Futur Rouge



D’après une traduction de « Russia : The killing goes on. », Graeme Atkinson, Searchlight Magazine, septembre 2007
Publié le 18 décembre 2007, mise à jour le 17 décembre 2007
par REFLExes



Les tueurs ont envoyé le film sur internet par l’intermédiaire de sites de fascistes russes. Les images, accompagnées par du heavy metal, était tellement brutales, que certains ont cru à un faux, ce qui s’est effectivement avéré quelques semaines plus tard. Mais nul ne sait aujourd’hui qui sont les personnages filmés dans le rôle des victimes, s’ils ont été ou non assassinés plus tard, et si oui, quand le crime a été commis, et enfin quand le film lui même a été tourné...


 


Le 16 août, le ministre de l’Intérieur russe a annoncé l’arrestation du responsable de la diffusion du clip vidéo et a affirmé qu’il serait jugé pour incitation à la haine raciale. Viktor Milkov, un étudiant de 23 ans qui diffusait du matériel nazi sur internet depuis 2 ans, serait membre du PNSR.

On ne sait si le PNSR a été inventé pour l’occasion, mais la capacité de cette avant-garde militaire auto-proclamée à transmettre son film à une multitude de groupes fascistes indiquent une prise de contact préalable. Une note accompagnant le film appelait à la démission du président Vladimir Poutine et à la mise en place d’un gouvernement dirigé par Dmitri Rumyantsev, leader de la Société National-Socialiste. Etait également demandée la libération de Maxim Martsinkevich, chef d’un autre groupe nazi (Format 18), qui est détenu pour incitation à la haine ethnique et violence.


 


L’apparition de la vidéo coincide avec l’attentat contre l’Express Moscou-Saint Peterbourg qui a déraillé le 14 août faisant 27 blessés. Les extrémistes nationalistes font parties des principaux suspects et la police a interrogé les membres de la branche de Novgorod du Mouvement contre l’Immigration Illégale.


 


S’il est impossible d’affirmer qu’il existe un lien direct entre l’exécution filmée et l’attaque contre le train, il est clair, par contre, que le meurtre de sang froid est le dernier d’une série d’attaques meurtrières orchestrées par les nazis contre les russes et les immigrés. Les principales cibles sont les populations des Républiques de l’ex-URSS (sud et Asie centrale), les Roms, les Juifs, les gays et lesbiennes, les étudiants venant d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, mais aussi de plus en plus des militants des droits de l’homme et des antifascistes. Les coupables ont, par ailleurs, de plus en plus tendance à se glorifier de leur crime par le biais de vidéos sur téléphone portable et sur internet.



Maureen Byrnes, dirigeante de Human Rights First, explique ainsi : « La violence raciste est déjà depuis longtemps un sérieux problème dans la Fédération Russe, mais si les actes horribles de ces vidéos sont authentiques, ils marquent le début d’une inquiétante escalade. » L’accélération de la violence raciste et fasciste en Russie inquiète au niveau international. Alors que les autorités russes ne recensent pas les « crimes de haine », seul, le centre SOVA basé à Moscou, principal organe de contrôle russe, suit et analyse les tendances. Le centre recense au minimum 31 meurtres racistes en 2005 et 415 attaques contre des individus motivées par la haine raciale. En 2006, 541 cas de violences racistes sont comptabilisés, dont 54 meurtres.


 











L’augmentation se poursuit depuis. Pendant les 7 premiers mois de cette année, la SOVA a enregistré 310 attaques racistes, qui ont fait 37 morts. A Moscou, 24 personnes ont été assassiné et 93 blessées ; à Saint Petersbourg, 5 tués et 63 blessés.

Les autres villes n’ont pas échappé à la violence. A Nizhny Novgorod, au moins 34 personnes ont été blessé dans les derniers mois par des gangs de skinheads qui se sont renforcés. En outre, des étudiants étrangers ont été assassinés à Voronezh, un des plus gros bastion de skinheads estimés à 70 000.


 


Malgré les difficultés pour accéder au niveau exact de violence raciste et fasciste car la plupart des attaques ne sont pas reportés, le Centre SOVA a également pointé un autre phénomène inquiétant. La violence envers les jeunes antifascistes, les sous-cultures alternatives et les campagnes progressistes ont tellement augmenté au printemps et à l’été que cela ne peut être que le résultat d’une décision des fascistes russes de déclarer la guerre à ceux qui sont le plus aptes à résister.


 



Ainsi, au petit matin du 21 juillet, une bande de skinheads nazi a lancé une attaque vicieuse contre un camp de protestation contre le nucléaire à Angarsk en Sibérie. Les nazis ont violemment attaqué les activistes dans leur tente et duvet avec barres de fer, couteaux et pistolet à air comprimé. L’un des campeurs, Ilya Borodaenko, 21 ans, qui souffrait d’une blessure à la tête est mort à l’hôpital.


 



Au moins neuf autres, dont un avec les deux jambes cassés, souffre de blessures sevères. Cette attaque en suivait une autre, perpetrée quelques jours plus tôt par une bande de 20 nazis contre des jeunes qui distribuaient de la nourriture aux sans-abris à Novosibirsk et qui s’est soldée par les graves blessures d’un jeune de 13 ans qui passait par là. Les activités de « Food no bombs » organisées par des antifascistes et des anarchistes sont souvent la cible des violences nazies.

 


A Moscou et à Saint Petersbourg, il est de plus en plus dangereux pour les jeunes de porter des insignes antifascistes, car ils les rendent visibles à l’ennemi.

La plupart des actes de violences fascistes reste sans opposition et sans enregistrement. La réponse des autorités russes a été faible et sans efficacité car la justice criminelle ne s’occupe que de peu de cas. Même quand ils agissent, ils se contentent de poursuivre pour hooliganisme au lieu d’avoir recours à l’Article 282 du code pénal qui couvrent les crimes raciaux. Le mouvement antifasciste est, lui, courageux mais trop peu nombreux.


 


Rachel Denber, directrice adjointe de la section Europe et Asie Centrale de Human Right Watch, explique que qualifier les crimes fascistes d’ « hooliganisme » cache leur existence et les rend difficile à combattre. Cela conduit également à réduire les peines lors des jugements.


 


Au début du mois d’août, Alexander Barkashov, fondateur de l’organisation nazi illégale Unité National Russe, a été condamné à deux ans de sursis pour avoir mené une attaque féroce contre un officier de police en 2005. Barkashov et trois de ses nervis nazis ont battu leur victime avec des pelles, après l’avoir surpris entrain de filmer la maison de Barkashov. Bien qu’un procureur de la région de Moscou ait demandé une peine de 4 ans ferme, Barkashov est sorti libre du tribunal. Barkashov, qui n’a fait aucun effort pour cacher son flagrant nazisme et qui était clairement motivé par une haine bien ancrée, a été poursuivi principalement pour hooliganisme, chef d’accusation pour lequel il a été acquitté.


 

 


La faiblesse du système judiciaire s’est confirmé en août, quand une cour de Saint Petersbourg condamna Andrei Shabalin à 12 ans de prison pour avoir battu à mort un militant antifasciste et pour tentative de meurtre sur Maxim Zgibai en 2005, lors d’une attaque en bande. Shabalin et six autres personnes ont été reconnu coupable de « hooliganisme » et d’incitation à la haine raciale.




Trois ont été condamné à deux ans de prison ferme et les autres ont eu du sursis. La clémence de peines données aux complices de l’homicide de Shabalin laisse la mère et les amis de Kacharava perplexe et démuni.

Poutine et son gouvernement sont parfaitement conscients de la propagation des crimes fascistes en Russie. Poutine en a parlé publiquement à de multiples occasions et à appeler à la « destruction de l’extrémisme ».


 


Il y a encore peu de preuves d’une répression de l’Etat contre la violence d’extrême droite, hormis quelques refus ponctuels d’une reconnaissance officielle des organisations fascistes et quelques menues actions contre la publication et la distribution de propagande haineuse. Le problème sous-jacent du profond racisme, de l’antisémitisme et autres préjugés haineux n’est jamais évoqué. C’est cet échec qui nourrit la violence effrénée des fascistes.


 


 

REFLEXes - Russie : les meurtres continuent

 

 

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