5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 15:29

 

 

 

par Jorge Elbaum*

Toutes les versions de cet article : [Español]

 

Le modèle de contrôle hégémonique prévu [par les États-Unis d’Amérique] pour l’Amérique Latine est composé d’ancrages médias, de tribunaux, d’agences d’espionnage (locales et internationales) et de dispositifs de manipulation numériques basés sur l’intelligence artificielle et les technologies Big Data. Dans plusieurs pays d’Amérique Latine, s’ajoute à cette combinaison, l’action développée par les secteurs évangéliques fondamentalistes, ayant des racines et des ramifications dans les sphères les plus rétrogrades de Washington.

Au cours de la première quinzaine d’août, un consortium de 15 médias non hégémoniques, dirigé par Columbia Journalism Investigations (CJI) et appartenant à l’Université de Columbia, en partenariat avec le Centro Latinoamericano de Investigación Periodística , a publié un dossier sur le ce conglomérat extrémiste.

Le groupe qui mène l’offensive en Amérique Latine [et partout dans le monde] est la Capitol Ministries (CM) , dirigé par Ralph Kim Drollinger , un ancien basketteur de la NBA devenu un véritable croisé contre les idéologies de genre, les processus migratoires, la séparation de la religion et de l’État, et toutes les luttes sociales émancipatrices.

Les rapports présentés par le CJI montrent la présence de Capitol Ministries au Mexique, au Honduras, au Brésil, au Pérou, en Uruguay, en Equateur et au Costa Rica. Au Nicaragua, au Panama et en Argentine, ils opèrent par l’intermédiaire d’organisations satellites liées au même programme néolibéral, assaisonné d’un langage suprématiste.

Le lien de Drollinger avec l’administration républicaine actuelle se visualise à l’intérieur de la Maison-Blanche, il office le Faith and Opportunity Initiative (WHFOI), un espace au sein duquel le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État au département, Mike Pompeo, et le ministre de l’éducation Betsy De Vos, partagent des réunions théologiques « de guérison » organisées par Capitol Ministries.

Ces réunions ont un rang institutionnel depuis que l’ actuel homme d’affaires devenu président, a signé le décret # 13831 du 3 mai 2018, par lequel le WHFOI est défini comme un espace spirituel de réflexion pour le gouvernement.

Drollinger fut à Buenos Aires en novembre 2009 dans l’intention de renforcer l’opposition au Kirchnerisme qui, à cette époque, cherchait à affaiblir le gouvernement de Cristina Fernández. Depuis cette époque, sa représentation à Buenos Aires est gérée par l’organisation Parliament and Faith, dirigée par Luciano Bongarra, un participant régulier à la Delegación de Asociaciones Israelitas Argentinas (DAIA), avec laquelle il partage sa sympathie pour la politique de Bibi Netanyahu.

Bongarra figure sur le réseau professionnel Linkedin en tant que directeur pour l’Amérique Latine chez Capitol Ministries, alors que le même titre est attribué au pasteur péruvien Oscar Zamora, qui a été le bâtisseur le plus efficace du réseau évangélique avec les différentes délégations diplomatiques de Washington au sud du Rio Grande.

Criminalisation

Dans une de ses interprétations bibliques, selon les exigences du trumpisme, Drollinger a souligné que les processus migratoires devraient être basés uniquement sur des textes sacrés et que la ségrégation ne devrait jamais être mise en question : « Exclure les individus qui peuvent être des criminels, des traîtres, des terroristes ou qui puissent avoir des maladies transmissibles n’est en rien du racisme.

Capitol a justifié la séparation des familles à la frontière mexicaine sur la base de la criminalisation des migrants et a promu la peine de mort sur la base d’un prétendu soutien biblique. L’ancien joueur de basket a également estimé que les femmes ne sont pas aptes à enseigner la Bible et que la présence de femmes dans les domaines législatifs est sans aucun doute un péché, car les femmes doivent prendre soin de leurs enfants et ne pas être loin de chez elles, car elles finissent par fraterniser avec des inconnus.

La relation affective entre les personnes du même sexe, ajoute Drollinger, devrait être considérée comme « une affaire qui suscite la colère de Dieu ». Pour Katherine Franke, professeur de droit et d’études sur le genre et la sexualité à la Columbia University, la présence de Capitol à la Maison Blanche viole la Constitution des États-Unis en promouvant une conviction religieuse particulière : « Le gouvernement [des États-Unis] encourage la religion en tant que projet gouvernemental officiel et cela viole clairement l’une des clauses de la Constitution », a-t-elle déclaré.

Le pasteur Mario Bramnick, descendant de Cubains basé à Miami, a également organisé un mouvement appelé «  Latinos for Trump  », qui a des ramifications au Mexique et en Amérique Centrale et aux Caraïbes. Bramnick est également le fondateur de la « Coalition latino-américaine pour Israël (LCI) », un groupe de pression évangélique au soutien non critique du gouvernement Bibi Netanyahu. Les pasteurs Bramnick et Drollinger ont institué le ministère pastoral de Capitol Ministries aux Honduras, aux côtés de leur président, Juan Orlando Hernández, afin que ce dernier soit libéré des accusations de trafic de drogue qui pesaient sur lui.

Le 2 août, grâce aux interventions des pasteurs, un tribunal fédéral de New York a accusé le frère du président hondurien, Tony Hernández, de trafic de drogue et d’avoir recueilli 1,5 million de dollars pour financer la campagne électorale de son frère. Selon les enquêtes de CJI et du CLIP, le président ne figure pas parmi les accusés, en raison des bons offices probables de ses amis fondamentalistes de l’OFCB. En échange des dites interventions de Drollinger et Bramnick, Juan Orlando Hernández s’est engagé à déplacer l’ambassade de Honduras à Jérusalem, à la demande du gouvernement de Donald Trump.

Au Mexique, les hôtes de Drollinger se sont organisés autour de l’ Alliance Defending Freedom (ADL) [Alliance pour la Défense de la Liberté], qui anime les mouvements pro-vie et cherche à justifier le mur le long de la frontière mexicaine comme une forme de lutte contre le trafic de drogue : les entrées de la drogue aux etats unis limitées , affirment les pasteurs , réduira la violence des gangs criminels immédiatement, au fur à mesure que leur financement diminue.

L’une des organisations membres de l’ADL est l’association Incluyendo México AC , qui a réussi à recueillir environ 62 millions de dollars pour les dépenser dans la diffusion d’activités anti-avortement et promouvoir les cliniques proposant des programmes de conversion des homosexuels.

Les prises de position publiques des pasteurs fondamentalistes, promoteurs des thérapies de guérison forcée pour les personnes appartenant aux groupes LGBTI, ont conduit l’American Psychiatric Association (AAP) à publier pour la énième fois que l’homosexualité ne peut être considérée une maladie ou une déviation et qu’il y a près de 5 décennies, en 1972, elle avait été rayée de la liste des troubles mentaux. Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé a accompagné les déclarations du AAP avertissant que, pour la Cour interaméricaine des droits de l’homme, les soi-disant thérapies de conversion pour les personnes LGBTI sont assimilables aux pratiques de torture et doivent être punissables en tant que telles.

Au Paraguay, l’offensive fondamentaliste est dirigée par le représentant de Capitole Ministries à Asunción, Miguel Ortigoza, qui promeut la lutte contre l’immigration des Afro-descendants et des musulmans et s’oppose à la parité des sexes dans les zones représentatives du Congrès guarani. Pour le pasteur Ortigoza, il existe des raisons bibliques d’empêcher l’arrivée d’hérétiques potentiels qui se cachent aux frontières : « Les musulmans ont commencé à venir, et ils sont venus de toutes les couleurs. Ils ont déjà commencé à investir, ce qui entraîne la migration ».

Au Brésil, les partisans de Drollinger et de Bramnick sont des adeptes fervents de Jair Bolsonaro qui, en juin, ont mis en cause un jugement de la Cour Suprême de leur pays qui assimilait l’homophobie à un crime similaire au racisme. A cette occasion, le président a déclaré que la Cour avait « complètement tort ».

Quelque temps auparavant, le ministre de l’Éducation brésilien, le pasteur évangéliste Damares Alves, avait estimé que les filles devaient porter des vêtements roses alors que les garçons devaient faire attention à s’habiller avec la couleur bleue. Il a également expliqué que les viols des filles dans les secteurs populaires étaient causés par le manque de sous-vêtements. Le problème, a suggéré Alves, pourrait être résolu efficacement avec la mise en place d’entreprises fabriquant des culottes.

Diviser

Les membres de Capitol ont pour tâche fondamentale de promouvoir une législation anti-droits et d’affronter ceux qui défendent les idéologies de genre. Cependant, l’objectif principal est de diviser les majorités populaires, sous le prétexte de la protection de la famille noyau, territoire du soutien de base de l’affectivité sociale des groupes les plus vulnérables.

Basée sur la promotion de cette segmentation caryocinétique, on vise à empêcher la formation et/ou la sollicitation d’identités politiques cohérentes, capables de remettre en cause la logique néo-libérale. En outre, pour contribuer à cet objectif, les membres de l’OFCB proclament la théologie de la prospérité, une doctrine qui bénit ceux qui s’enrichissent et méprisent les humbles.

Pour ces conceptions, les pauvres arrivent à la misère à la suite d’une punition divine : les riches - affirment les membres de Capitole - seront récompensés tandis que les nécessiteux seront les destinataires de la leçon théologique méritée. Par nature transitive, les États-Unis sont prospères par décision céleste, tandis que les habitants de l’Amérique Latine sont les nécessiteux du fait de leur responsabilité propre et absolue.

Ils marchent. Mais ce ne sont pas des saints.

Jorge Elbaum* pour Nodal

Nodal. Buenos Aires, le 2 septembre 2019

*Jorge Elbaum est sociologue, Docteur en Sciences. Économiques. Président du « Llamamiento Argentino Judío ».

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par: Estelle et Carlos Debiasi

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 19:57

 

 

Quelques nouvelles de Bolivie, en vrac, parce que les nouvelles sont rares et arrivent dispersées depuis que la dictature au pouvoir a expulsé la presse internationale et muselé ceux qui sont sur place. Terrorisme et sédition sont les accusations lancées contre tout qui proteste contre le coup d’état, ses auteurs et leurs pratiques. Ce groupe extrêmement minoritaire utilise également ces mêmes arguments « flous » pour démanteler les forces de résistance à ce projet de dictature fasciste, raciste.

Marches d'opposition qui seront récupérées par le coup d'état fasciste

Marches d'opposition qui seront récupérées par le coup d'état fasciste

Après que Evo Morales ait renoncé à son mandat présidentiel, qui ne devait prendre fin qu’un janvier 2020, le rapport de force a changé en Bolivie. Beaucoup de ceux qui ont manifesté pour le départ d’Evo, en pensant que cela permettrait d’opérer « un retour à la démocratie » ont compris qu’ils avaient été abusés, manipulés, utilisés pour favoriser un coup d’état de l’extrême-droite dont les premières expressions de victoires furent des explosions d’un racisme longtemps refréné : Whipalas brûlées et piétinées, femmes indigènes agressées et humiliées, satanisation des croyances des peuples originaires avec exorcismes à la clé…. Et la violence brutale de l’agression de ce pouvoir qui – à cause de son absolu manque de représentativité – ne peut se maintenir que par un usage démesuré de la force brutale de l’armée et la police d’une part, et d’autres part de groupes qualifiés de « société civile » qui sont composés en grande partie de délinquants payés pour semer la terreur.

Ce sont ces groupes violents qui ont agressé les législateurs ou leur famille quand il ne pouvait les atteindre directement, forçant ainsi à démissionner : Morales, le vice-président Linera, Salvatierra la présidente du Sénat, etc... afin de créer le vide politique qui permettrait à Añez de s’autoproclamer présidente avec une fiction de légalité. Ensuite on le sait, la plus brutale et cruelle répression s’est déchaînée contre la population indigène en générale, en résistance contre le coup d’état en particulier, facilité par le décret 4708 de la présidente : les forces de l’ordre seront exemptées de responsabilité pénale pour les exactions de la répression. Tirer dur le peuple était comme une sorte divertissement pour les militaires de Santa Cruz (fief des fascistes) venu réprimer la résistance de l’Alto. Beaucoup tirent aux jambes (témoignage du journaliste argentin Fernando OZ) + vidéo de témoignage d’un de ceux qui a eu la jambe brisée par les balles des militaires.

Des jeunes fascistes et des délinquants incarnent la "société civile"

Des jeunes fascistes et des délinquants incarnent la "société civile"

En même temps que les élections présidentielles d’octobre controversées, un sujet pour lequel aucun rapport concluant n’a été produit jusqu’ici, ont eu lieu des élections législatives, le MAS a reculé mais dispose toujours de la majorité des sièges des assemblées. Pour le mandat en cours lui aussi jusqu’au 20 janvier 2020 ; le MAS dispose au Congrès de presque 2/3 des représentants,

Et donc le MAS et autres organisations sociales, syndicales, paysannes ont adopté, à contrecœur, une position conciliatrice pour tenter de replacer la lutte sur le terrain politique qu’ils dominent et mettre un terme à la violence dévastatrice de l’affrontement entre force de l’ordre puissamment armées qui massacrent un peuple dont les luttes sont majoritairement pacifiques, alors que les mieux « armés » n’ont que des pierres à opposer aux fusils. Un rapport de force totalement défavorable.

La clé de voûte et la cheville ouvrière de cette réactivation politique, c’est la nouvelle présidente du Sénat, Eva Copa, une jeune femme de 32 ans qui a déjà derrière elle une longue carrière politique puis qu’elle a commencé à militer dès l’adolescence. Une jeune femme simple, sensible et forte, intelligente et courageuse, qui a assumé sans faiblir les responsabilités que lui a donné un improbable destin. La journaliste Maria Galinda  a réalisé une longue interview radiophonique   (esp), de la nouvelle présidente du sénat, elle dira « Depuis 13 ans que je fais ce métier, j’ai interviewé des tas de gens, personne jusqu’ici ne m’avait inspiré un aussi grand respect qu’Eva ». Je cite parce que je partage ce point de vue. Jusque-là Eva était une sénatrice de profil bas, plus intéressée par le travail à la base que par la fréquentation des sommets. Evo Morales, elle ne l’a rencontré que quelques fois lors de la campagne présidentielle, sans avoir avec lui aucun contact particulier. Il faut dire les hautes sphères du Mouvement vers le Socialisme étaient toujours plus coupés de la base, y compris ses législateurs qui sont en majorité des gens simples, des gens du peuple ayant une pratique de luttes sociales et populaires locales et régionales.

Présidente du Sénat, c’est le deuxième échelon au haut de la hiérarchie politique, juste après la présidente. On a pu lire et entendre un peu partout dans les médias que la présidente avait promulgué une Loi Électorale. Impasse sur le fait que cette loi est avant tout l’œuvre des législateurs du MAS et des mouvements sociaux, qui se sont assis à la table de négociation avec les tortionnaires du peuple, en présence des médiateurs de l’église catholique, de l’ONU et de l’UE, sous la direction d’Eva Copa, qui a rappelé ces jours-ci que les putschistes faisaient tout pour déstabiliser ce pouvoir législatif en reconstruction : menaces contre eux et leurs familles, arrestations arbitraires et disparitions forcées… + vidéo (esp) témoignage des tortures subies par le frère de l’ex-président de la Chambre des Députés, en guise de pression pour le forcer à renoncer à ses fonctions.

Eva et la présidente de fait signant la loi électorale

Eva et la présidente de fait signant la loi électorale

Je l’ai dit je ne prendrai pas position concernant ce qu’a fait ou non Evo Morales pendant ses mandats successifs. Il y a trop de désinformation en circulation, et en plus c’est aux boliviens de juger de cela. Ce que j’ai pu entendre en échos d’une manière générale, c’est que pendant ces deux premiers mandats, il avait fait un travail formidable et s’il avait quitté la présidence après ces mandats, il serait resté dans la mémoire collective, le meilleur président qu’ait jamais eu la Bolivie. Cela se traduit par les 64 % qu’il a obtenu au premier tour lors de sa troisième élection. Mais depuis, il a perdu une grande partie de la confiance dont il jouissait jusque-là, et pas seulement parce que Washington menait une rude guerre psychologique contre son gouvernement. Penser cela serait un grand mépris du peuple et de son intelligence. Ce qui me dérange profondément, c’est que depuis qu’il est au Mexique, Evo la ramène (entre autres) avec cette dernière « victoire » obtenue avec 47 % de voix (une chute de 17 % par rapport aux précédentes élections). Je n’entre pas non plus dans la question de savoir s’il y a eu ou non fraude, ce qui m’importe ici, c’est que je n’ai pas entendu de questionnement de sa part sur cette chute drastique de la confiance que lui accordait le peuple, pas l’ombre d’une autocritique ni d’une volonté de redéfinir son projet de pays en consultant les bases qui ne le soutiennent plus. Je l’ai dit, on ne peut opérer la transformation radicale d’un pays avec le soutien d’une minorité d’électeurs.

Et malheureusement, la campagne électorale a commencé en Bolivie, et à droite comme à gauche, règne la division. Les manifestations post coup d’état réunissaient dans un immense mouvement populaire des pour et contre Evo, ensemble, unis dans la même volonté de renverser le pouvoir usurpateur confisqué par la plus radicale extrême-droite. Une magnifique occasion de repartir sur de nouvelles bases, avec un MAS prêt à pratiquer une radicale autocritique afin de redéfinir un projet qui réponde majoritairement aux aspiration de la population. Mais ses différents candidats potentiels font campagne avec encore et toujours ce triomphalisme qui n’est pas de mise.

Eva Copa, elle à d’ores et déjà annoncé qu’à la fin de son mandat actuel, prévu pour janvier, (mais il est question de prolonger cette législature jusqu’à la tenue de nouvelles élections), elle ferait une pose dans sa carrière politique pour se consacrer à sa famille, à ses enfant une petite fille de quelques mois, un petit garçon de 4 ans confiés actuellement à sa maman, pour des raisons de sécurité, mais aussi parce que son travail actuel ne lui permet pas de s’éloigner de La Paz, les législateurs travaillent presque 24/24. Elle voudrait aussi pouvoir se consacrer au travail social pour lequel elle a été formée à l’Université Publique del Alto, la ville dont elle est originaire. Je sais qu’elle est sincère, et j’espère qu’elle pourra faire cette pose, à 32 ans elle a encore une longue carrière politique devant elle, et prendre de la distance est souvent salutaire.

Adriana et Andronico canditats potentiels du MAS aux élections 2020
Adriana et Andronico canditats potentiels du MAS aux élections 2020

Adriana et Andronico canditats potentiels du MAS aux élections 2020

Je l’ai dit je ne prendrai pas position concernant ce qu’a fait ou non Evo Morales pendant ses mandats successifs. Il y a trop de désinformation en circulation, et en plus c’est aux boliviens de juger de cela. Ce que j’ai pu entendre en échos d’une manière générale, c’est que pendant ces deux premiers mandats, il avait fait un travail formidable et s’il avait quitté la présidence après ces mandats, il serait resté dans la mémoire collective, le meilleur président qu’ait jamais eu la Bolivie. Cela se traduit par les 64 % qu’il a obtenu au premier tour lors de sa troisième élection. Mais depuis, il a perdu une grande partie de la confiance dont il jouissait jusque-là, et pas seulement parce que Washington menait une rude guerre psychologique contre son gouvernement. Penser cela serait un grand mépris du peuple et de son intelligence. Ce qui me dérange profondément, c’est que depuis qu’il est au Mexique, Evo la ramène (entre autres) avec cette dernière « victoire » obtenue avec 47 % de voix (une chute de 17 % par rapport aux précédentes élections). Je n’entre pas non plus dans la question de savoir s’il y a eu ou non fraude, ce qui m’importe ici, c’est que je n’ai pas entendu de questionnement de sa part sur cette chute drastique de la confiance que lui accordait le peuple, pas l’ombre d’une autocritique ni d’une volonté de redéfinir son projet de pays en consultant les bases qui ne le soutiennent plus. Je l’ai dit, on ne peut opérer la transformation radicale d’un pays avec le soutien d’une minorité d’électeurs.

Et malheureusement, la campagne électorale a commencé en Bolivie, et à droite comme à gauche, règne la division. Les manifestations post coup d’état réunissaient dans un immense mouvement populaire des pour et contre Evo, ensemble, unis dans la même volonté de renverser le pouvoir usurpateur confisqué par la plus radicale extrême-droite. Une magnifique occasion de repartir sur de nouvelles bases, avec un MAS prêt à pratiquer une radicale autocritique afin de redéfinir un projet qui réponde majoritairement aux aspiration de la population. Mais ses différents candidats potentiels font campagne avec encore et toujours ce triomphalisme qui n’est pas de mise.

Eva Copa, elle à d’ores et déjà annoncé qu’à la fin de son mandat actuel, prévu pour janvier, (mais il est question de prolonger cette législature jusqu’à la tenue de nouvelles élections), elle ferait une pose dans sa carrière politique pour se consacrer à sa famille, à ses enfant une petite fille de quelques mois, un petit garçon de 4 ans confiés actuellement à sa maman, pour des raisons de sécurité, mais aussi parce que son travail actuel ne lui permet pas de s’éloigner de La Paz, les législateurs travaillent presque 24/24. Elle voudrait aussi pouvoir se consacrer au travail social pour lequel elle a été formée à l’Université Publique del Alto, la ville dont elle est originaire. Je sais qu’elle est sincère, et j’espère qu’elle pourra faire cette pose, à 32 ans elle a encore une longue carrière politique devant elle, et prendre de la distance est souvent salutaire.

Les candidats potentiel du MAS qui se distinguent aujourd’hui sont l’ex-présidente du Sénat Adriana Salvatierra, et Andrónico Rodríguez Ledezma, vice président des fédérations de cocaleros de Cochabamba. Un fait remarquable : à deux ils totalisent tout juste 60 ans. Ils sont en quelque sorte des prolongations désignées par Evo pour lui succéder, il n’y a pas non plus – que je sache – de remise en question de leur part, d’interrogation sur la perte de confiance des anciens électeurs du MAS, ce qui a pour déplorable résultat que d’autres mouvements populaires ont décidé de présenter leur propre candidat, et que la division règne, là où l’unité permettrait un raz-de-marée populaire aux prochaines élections. Je les ai écouté tous les deux, avec le peu d’infos qui nous parviennent et donc je peux me tromper… je l’espère.

La droite aussi se chamaille. Le leader de l’extrême-droite et agent de Washington Camacho a décidé de se présenter, il se dispute déjà avec son complice et binôme Pumari chacun veut occuper la première place : Président de Bolivie. Mesa, le candidat de droite second derrière Evo aux élections d’octobre a annoncé qu’il serait candidat au prochain scrutin. Et donc la division règne à droite comme à gauche.

D’autre part le gouvernement de transition qui devrait se borner à la gestion courante et l’organisation des nouvelles élections s’est lancé à fond dans un programme néolibéral de privatisation, d’explosion des tarifs de l’énergie, le prix de l’électricité a augmenté de près de 500 %, la nourriture est exportée plutôt que de contribuer à la souveraineté alimentaire du pays.

Après que sous la pression des organisations internationales de Droits humains constatant les crimes de lèse-humanité et autres massacres commis par les forces de répression dans le pays après la publication du décret 4708, la présidente ait été contrainte à l’abroger jeudi dernier, de nouvelles inquiétudes se dessinent. Hier a été crée le GAT, un groupe de « répression antiterroriste » de choc intégré par 70 effectifs, il sera équipé d’armes semi-automatique et de longue portée et a officiellement pour mission de « démanteler les cellules terroristes » qui génèrent l’insécurité dans le pays. Tout un programme qui plane comme la menace de nouveaux massacres, tortures, exécutions extra-judiciaires, viols et autres disparitions forcées. Et qui éveille, une fois de plus le douloureux souvenir des escadrons de la mort de « l’époque des dictatures » réactivés déjà au Honduras depuis le coup d’état militaire de juin 2009.

Le plus horrible, c’est de savoir que seront qualifiés de terroriste et séditieux tout qui s’opposent à ses sadiques, alors que les « forces civiles » que ces fascistes utilisent pour imposer leur pouvoir, tuent, torturent, violent les résistants, détruisent et brûlent leurs biens personnels ou collectifs, impunément, avec la très chrétienne bénédiction du pouvoir aux yeux duquel ils sont « les bons » les défenseurs de « la démocratie et la liberté ».

Voilà, un peu en désordre, un peu comme cela me parvient un bilan partiel de la situation en Bolivie ce mercredi 4 décembre.

 

Anne W

Les GAT, nouveaux agents de la répression du peuple en résistance en Bolivie

Les GAT, nouveaux agents de la répression du peuple en résistance en Bolivie

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 01:07
Echos de Bolivie : "Ils sous tirent dessus comme sur des animaux"

Echos de Bolivie : "Ils sous tirent dessus comme sur des animaux"

par Ollantay Itzamná , avocat et anthropologue quechua

Source en français alterinfo mis en ligne par Françoise Couëdel

 

Le déterminisme biologique néolibéral, après une décennie de pause protocolaire, renaît de façon triomphante en Bolivie (tel l’Oiseau Phénix), révélant les vilénies les plus misérables qui habitent la « bolivianité » de la classe moyenne et les « modèles » politiques et culturels auxquels elle obéit.

Le rejet des résultats électoraux récents orchestrés/ pollués par des « damoiseaux et damoiselles » de la classe urbaine, loin de manifester des velléités d’attitudes démocratiques, pour la « défense de la démocratie », révèle la manifestation publique du racisme suintant qu’ils diffusent dans leurs selfies. Assoiffés d’images de corps ensanglantés ou morts, pour « accuser l’indien qui gouverne », ils témoignent ainsi de l’hypocrisie raciste dont « par nature l’indien est coupable ».

Le rejet raciste de rue, dans le style mal imité des guarimbas vénézuéliennes, ne plaide pas en défense de la démocratie, ni de la seule défense de leurs privilèges culturels « supposés en déclin dans les 13 dernières années ». C’est avant tout la revendication publique de l’identité collective que partage une classe. Constater cette réalité est douloureux mais c’est ce que l’on voit et observe.

Elles/ils haïssent, rejettent le sang indien qui coule dans leurs veines et fantasment, s’imaginent en blanc « mythique » qu’ils ne parviendront jamais à être. Dans cette contradiction existentielle ils perdent leur humanité détériorée. C’est la schizophrénie congénitale culturelle/identitaire de la bolivianité républicaine.

Ces 13 années de démocratie libérale institutionnalisée n’ont pas été suffisantes pour soigner/guérir/ la schizophrénie culturelle/identitaire qui habite la bolivianité républicaine/ coloniale. Morales et son gouvernement, s’est égaré dans la « modernité matérialiste », et a négligé ou fait trop peu pour aider à guérir ce mal congénital qui habite la bolivianité « traditionnelle ».

Plus encore, cette bolivianité traditionnelle maladive, incarnée par Carlos Mesa et les « civiques », est l’archétype souhaité par la jeunesse et les nouveaux citoyens de la classe moyenne. Álvaro García Linera et les scribouillards du gouvernement, avec leurs académismes dépassés, éloignés de l’idée du Bien vivre, ont encouragé et encouragent cette fausse illusion. L’académie hégémonique occidentale est ontologiquement raciste et epistémicide.

Il est douloureux de l’affirmer, la Bolivie actuelle, malgré son « économie modèle », son réseau de routes, et de transport moderne, de sa « souveraineté satellitaire » …semble encore figée dans le dilemme du XVIe siècle : « Les aborigènes andins sont-ils ou ne sont-ils pas des humains ? ».

Mais cette interrogation est actuellement teintée de rancœur et de haine, car le sang aborigène circule même dans les veines de Carlos Mesa, de Albarracín, de Camacho…cela explique que la négation et la détestation de ce qui les trahit, qu’ils tentent de cacher (en portant barbe, et cravate et des noms métissés) deviennent viscérales.

C’est cette contradiction existentielle de classe qui anime et épuise les « racistocrates » boliviens, malgré la défense historique portée par Las Casas en faveur des aborigènes.

Même aux débuts de la République le débat ne portait plus sur la condition anthropologique de l’indien mais sur sa condition de citoyen. À cette époque les créoles libéraux soutenaient que les « aborigènes grâce à l’éducation, pourraient accéder à la citoyenneté bolivienne », tandis que les créoles conservateurs prétendaient que « les aborigènes, par nature, ne pourraient pas devenir des citoyens boliviens ». Finalement, depuis les premières décennies, en théorie, c’est l’argumentation des créoles libéraux qui s’est imposée.

Mais, en dépit de cette reconnaissance des libéraux (légalisée par le vote universel de 1952) [1] « les Boliviens traditionnalistes » refusent de reconnaître le vote des Indiens, et en conséquence de reconnaître l’Indien comme sujet politique. Et plus triste encore, ils avancent l’argument que c’est pour « la défense de la démocratie ».

Ces constatations, et bien d’autres encore, révèlent que pour cette triste classe moyenne bolivienne, il n’y a démocratie que quand les riches/blancs triomphent, y compris grâce aux votes des Indiens, mais que quand ce sont les Indiens qui gagnent (faisant de la majorité démographique une majorité politique) il y a eu fraude.

Face à cette conviction identitaire de classe il n’y a pas de principe, ni de règle, ni d’audit électoral qui vaillent. Et comme à l’atroce époque coloniale on agresse, on roue de coup (dans les rues, en place publique, face aux caméras) tout mortel qui s’oppose à leur « racistocratie ». Dans le seul but de faire prévaloir le supposé déterminisme biologique néolibéral.


Blog de l’auteur : https://ollantayitzamna.com/.

Traduction française : Françoise Couëdel.

Source (espagnol) : https://ollantayitzamna.com/2019/11/02/bolivia-no-es-la-democracia-es-la-racistocracia/.

 

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:58

Message de Murillo, pseudo-ministre de l’intérieur de Bolivie à une délégation de Défenseurs de Droits Humains venue de la voisine argentine enquêter dans le pays: « Étrangers qui venez dans ce pays, a essayer d’incendier le pays, avancez avec précaution, nous vous observons, nous vous suivons,, nous voyons ce que vous faites. Au premier pas de travers que vous ferez pour faire du terrorisme ou de la sédition ; vous aurez affaire à la police. Les policiers sont attentifs et ont reçu des ordres pour ne pas permettre qu’on nuise à notre pays ».

Les Défenseurs de Droits Humains Argentins sont menacés par le gouvernement at agressés par la "Société Civile"

Il y a deux semaines, la ministre factice des communications, avait tenu un discours similaire aux journalistes étrangers qui se trouvaient encore dans le pays. Et les journalistes ont quitté le pays, non parce qu’ils redoutaient d’être accusés de sédition, mais parce qu’ils craignaient pour leur vie. Cette fois, le ministre s’adresse à une délégation argentine de droits humains qui après avoir été persécutée par les policiers à leur arrivée, avec des interrogatoires approfondis (on leur exige de donner les noms et autres données de ceux dont ils vont recueillir le témoignage) et des fouilles au corps, se sont vu insultés et menacés par un groupe de la « société civile ». La délégation argentine n’a pu faire qu’une partie de l’enquête qu’elle avait prévu de mener, ses membres aussi se sont sentis en danger. Ils ont néanmoins pu récolter de nombreux témoignages et preuves de crime de lèse humanité commis par l’extrême-droite qui s’est emparée du pouvoir.

Le régime fait tout pour pouvoir agir loin des regards. Il a essayer de faire gober au public international, sa version qui raconte que les morts, ce sont les indigènes qui se sont entre-tués et que les militaires, la police n’ont pas tirer un seul coup de feu sur les manifestants. Une bonne raison pour contribuer faire connaître les crimes qu’il pensait pouvoir commettre en toute impunité, et qui sont d’ores et déjà qualifiés par les organisations de défense des droits humains de crime de lèse humanité, des crimes pour lesquels il n’y a pas de prescription. Le plus horrible, c’est que certaines des victimes, le sont simplement, parce qu’elles sont indigènes et que le décret 4708 promulgué par la « présidente » qui exempte de responsabilité pénale, les forces de l’ordre pendant les actes de répression, sont pour certains policiers et militaires fascistes, racistes, que cela démangeaient depuis longtemps, un droit de tuer, de blesser, de torturer des « indios » à volonté. Ce décret a été abrogé jeudi dernier mais cela c’est le chapitre suivant.

Les témoignages des derniers journalistes restés sur le terrain, sont concordants, et font échos les uns aux autres. Chacun a vu des morts, des blessés à qui les soins étaient refusés par mauvaise volonté ou par manque de moyens, et d’autres qui n’osaient aller se faire soigner de peur de se faire arrêter. Un de ces journalistes qui a fait un travail d’une grande humanité, Esteban Trebucq a réuni les témoignages recueillis sur place dans une vidéo bouleversante que vous pouvez voir en espagnol. Parmi les récits a posteriori des journalistes que j’ai écouté, j’ai retenu celui-ci particulièrement illustratif des horreurs commises par ce régime putschiste. C’est celui du journaliste Fernando Ortega Zabala, plus connu comme OZ, que je vous résume ici. Il est interviewé un journalistes de America TV. Âmes sensibles s’abstenir.

Le témoignage de Fernando OZ

Fernando OZ raconte qu’il s’est retrouvé entouré de morts, qui étaient tombés juste à côté de lui. Qu’il a vu mourir des gens sous ses yeux. Quatre personnes sont mortes devant lui. Les forces de l’ordre tiraient sur tout ce qui bougeait. « A un moment, j’ai voulu traverser une rue, j’ai crié je vais traverser, j’ai montré ma carte de presse,, je montrais ma carte, et ils ont tiré vers moi 2 fois. S’ils avaient voulu me tuer, ils l’auraient fait, mais c’était leur manière de se divertir. C’étaient des militaires. Ils avaient le champ libre, parce qu’à ce moment-là la présidente avait promulgué un décret, une espèce de patente pour tuer. […] A un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une question… je ne sais pas si pour eux c’était du divertissement, mais ils tiraient dans les jambes, et cela produisait beaucoup de blessés. Il y a eu beaucoup de blessés. Ils ont clairement passé les limites » Les deux sont d’accord pour le dire : ce sont des criminels, totalement.

OZ a été témoin du massacre de Senkata, alors que la presse ne pouvait y pénétrer. Il pensait y passer quelques heures, mais il s’est fait piéger sur place, en même temps qu’un journaliste mexicain travaillant pour une chaîne française, ils étaient les deux seuls journalistes présents sur place et ils étaient là par hasard et ils ne pouvaient pas sortir de la zone où ils étaient. Ils avaient peur qu’on les recherchent, les habitants les ont cachés. […] OZ n’a pas été blessé, mais il s’est retrouvé avec le visage enflammé (par les gaz) dans la manifestation qui descendait del Alto, avec des gens venus de différents lieux de la province . Il a essayer d’aider des blessés, mais les médecins n’avaient aucun matériel pour les soigner, ils n’avaient rien. […] Mauro demande : « Ils veulent tuer les gens pourquoi ? Ils veulent tuer pour tuer ? » OZ :  « Cela a été un massacre. Réellement je n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. » Il fait alors remarquer que l’ensemble des militaires présents venaient d’autres régions, principalement de Santa Cruz, le fief fasciste de Bolivie. Comme toujours quand il faut éviter que les militaires qui vont devoir tirer sur le peuple se retrouvent face à leur mère, leur sœur, leur cousin, leur proches… « Et les militaires qui sont venus ont ouvert le feu et il y a eu beaucoup de blessés ». Les militaires tiraient littéralement sur tout ce qui bougeait et des enfants ont également été blessés. OZ, comme l’ont fait d’autres journaliste reconnaît que c’était une expérience réellement traumatisante. « On a une dose d’adrénaline qui maintient extrêmement vigilant, on ne sait pas ce qui va se passer. Nous étions encerclés. On ne sait pas ce qui pourrait se passer. Les deux, nous étions recherchés. » OZ va raconter comment ils ont passé la nuit, ils ont dormi dans l’endroit même où étaient les cadavres. Ils ont dormi à côté des corps privés de vie. En réalité, ils ont à peine dormi et toute la nuit ils entendaient les détonations. « C’était impressionnant de voir ça. Je l’avais vu dans des films. Voir comment les hélicoptères lançaient les gaz." Pour lui, cela évoque le Vietnam. Et pourtant, il ne voulait pas partir, il a eu mal à monter dans l’avion, il ressentait la nécessité de continuer à couvrir ce qui se passait. Il se sentait mal aussi de ne pas connaître les noms des morts., Surtout ceux des 4 qui sont morts sous ces yeux. […] « Il y a un manque de respect de la vie. » et de la mort, comme il a le pu voir, quand un million de personnes descendaient en manifestation pacifique, portant les morts dans leur cercueils, et les gazéifications massives font fuir la foule en deuil et les porteurs et que les cercueils gisent abandonnés dans les rues.

Il termine en disant qu’il y a eu aussi de la répression en Équateur, qu’il y a de la répression au Chili, mais là-bas, la presse est présente, la particularité de la Bolivie, c’est que le gouvernement fait tout pour qu’aucun journaliste, aucun témoin ne puisse en rendre compte. Comme je disais plus haut, se faire accuser de sédition par ce gouvernement de pacotille ne faisaient pas peur aux journalistes. Par contre voir circuler dans les réseaux sociaux des proches du régime leur photo accompagnée de cette même accusation les exposait à la violence de « la société civile ». Ceux qui connaissent les stratégies de coups d’état dit doux et assimilés savent que ce terme de « société civile » est utilisé pour qualifier les groupes de déstabilisation formés depuis Washington à travers des organisations comme la NED et l’USAID, des groupes systématiquement chapeautés par l’extrême-droite locale, qui confisquera le mouvement son heure venue. Des journalistes, avec des dizaines d’années de métiers, de couvertures de situations de crise dans le monde entier, ont des témoignages concordant : jamais ils ne s’étaient sentis aussi personnellement menacés pour faire honnêtement leur travail.

Depuis une semaine, depuis la signature de la loi électorale, qui a ramené la lutte sur le terrain politique, et la pachamama dans le palais présidentiel, un calme relatif est revenu en Bolivie, en surface, parce que la répression, les menaces contre les membres du Mouvement pour le Socialisme, en particulier dirigées contre ses Parlementaires continuent, Démocratiquement parlant, sur le plan politique, le rapport de force est favorable au MAS et autres organisations sociales et populaires en lutte contre la dictature et le fascisme qui ont volé le pouvoir du peuple. Et cela les usurpateurs, avec leur 4% de représentativité, ne peuvent l’accepter.

Et cela, c’est le chapitre suivant

Anne W.

Andronico probable candidat présidentiel du MAS rencontre la jeunesse d'Eterazama

Pour fini sur une note d’espoir : Andronico probable candidat présidentiel du MAS aux prochaines élections prend un bain de jeunesse. Les plus jeunes, parfois révoltés contre le gouvernement autoritaire d’Evo Morales, ne savaient pas avant les dernières semaines ce qu’était une réelle dictature. Cette expérience a éveillé leur conscience, et réuni dans un même combat contre la dictature des jeunes pro et anti Evo, Les jeunes d’une municipalité de Cochabamba ont convoqué une réunion politique dont Andrinico est l’invité.

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 14:15

 

 

En Bolivie, on a pu voir au cours des derniers jours les équipes d’enquêtes de différentes organisations de droits humains recueillant les témoignages bouleversants des victimes de massacre. Des proches de ceux qui sont morts, en larmes, amènent aux enquêteurs les balles des militaires qui ont tué ceux qui leur êtres chers et les vêtements des défunts transpercés par ces balles. Des gens ont été tués non parce qu’il étaient « séditieux » ou terroriste mais bien parce qu’ils étaient indigènes. Je vais vous traduire ce qu’en dit le Haut Commissaire du Comité International des Droits Humains :

LeHaut commissaire aux Droits Humains déclare :

"La situation en Bolivie est alarmante, très préoccupante. Au point que je commence par la fin et je vous dis : la commission va établir, je suis autorisé à le révéler, que doit être constitué un groupe interdisciplinaire et international d’experts qui puissent être constitué dans le pays et enquêter, approfondir les fait qui ont eu lieu après le renoncement du président Morales et l’annulation électorale qui ont causé au moins deux massacres clairement vérifiés dans l’Alto et l’autre à Cochabamba où il y a eu une vingtaine de personnes qui sont mortes par balles dans des opérations conjointes des forces armées et de la police malgré que l’information officielle parle de morts qui se seraient produites dans des affrontements entre civiles. Nous pensons que cela exige une enquête internationale parce que nous ne rencontrons pas de garanties internes d’enquête impartiale et ferme. Nous allons également poser que la Commission Inter-américaine doit réaliser rapidement une visite dans le pays intégrées par les commissionné(e)s afin de dialoguer, vérifier sur les lieux et amplement avec les autorités, avec les organisations de la société civile, avec la presse, avec les victimes, avec leurs proches sur les faits qui se sont déroulés. Il est également très alarmant de constater que un de ces massacres s’est produit le jour qui a suivit la promulgation de ce décret très questionnable par lequel le gouvernement intérimaire dispose des forces armées et décide que cette intervention sera exempte d’enquête et de tout type de responsabilité. Répression pour les anciennes autorités, répression et réduction au silence d’une partie de la presse et silence délibéré pour l’autre. [une enquête aussi] concernant les personnes qui considèrent avoir été victimes de leurs violation de droit humains pendant le gouvernement d’Evo Morales avant les élections et également victimes postérieures au thème électoral. Il y a une situation très alarmante, un polarisation, des discours de haine, de violence de la part de groupes armés et cela est quelque chose de très sérieux."

 

Il faut remarquer que si il y aura bien une enquête concernant d’éventuelles violations contre les droits humains de la part d’Evo Morales et de son gouvernement, les crimes contre l’humanité sont eux de la seule responsabilité de l’extrême-droite au pouvoir.

Ce qui frappe en premier lieu, c’est que le délégué du CIDH est dans ce même état de choc de témoins de l’horreur que l’étaient les journalistes internationaux qui filmaient la réalité de la répression et les témoignages des victimes et de leurs proches avant de devoir abandonner le pays à cause des menaces que proférait contre eux le pouvoir putschiste. Le même état de choc dans lequel je me suis retrouvée quand les premières vidéos nous parvenaient qui montraient des scènes de massacres, de rafles de la population civile, des hôpitaux de rue où des volontaires médecins, infirmiers, personnes de bonne volonté tentent de soigner au mieux les blessés alors que certains d’entre eux sont arrêtés pour sédition. Une manifestation pacifique de deuil bombardée de gaz lacrymogène forçant les participants à fuir abandonnant les cercueils qu’ils portaient au milieu des rues. Ils ne respectent vraiment rien.

Le décret promulgué par la présidente usurpatrice, qui a signifié le droit de tuer pour les militaires, le décret 4078 a été abrogé jeudi. Mais ce décret, semble-t-il, n’exemptera pas le pouvoir factice des crimes dont il est responsable face à la communauté internationale.

Les groupes de l’extrême-droite paramilitaires avaient déjà été mis en cause par les organisations de droits humains dès 2008 pour les crimes dont ils étaient responsables, assassinats et agressions de militants du MAS, paysans, ouvriers syndicalistes, et les crimes selon les termes du FIDH, commis contre des personnes « simplement parce qu’elles sont indigènes ou sympathisante du MAS ». C’est ce qui a eu lieu aucours des dernières semaines, des personnes ont été assassinées simplement parce qu’elles étaient indigènes ou opposées au coup d’état.

Samedi dernier lors des débats de la table de négociation entre les mouvements sociaux et le gouvernement de fait, une discussion avait opposé la présidente assassine et le « ministre » de la défense, un personnage répugnant, aux représentants des associations qui exigeaient l’abrogation de ce décret. Et cela donnait envie de vomir. Nous seulement le ton utilisé par le ministre qui semble prendre les militants indigènes qui lui font face pour des imbéciles, mais aussi les mensonges qu’il profère avec beaucoup de conviction comme l’affirmation ceux que l’armée combat  sont des étrangers qui se seraient introduits dans le pays pour y semer le chaos. Si,si, il le dit et le répète avec une grande conviction : nous devons combattre les forces étrangères qui ont envahi notre pays. « Tout cela, c’est de la démagogie » lui rétorque un représentant des mouvement sociaux. A d’autres moments l’argument du pouvoir étaient que les morts et les blessés par balles auraient été le résultat d’affrontements entre civiles. Ce que réfute le CIDH. L’attitude tant du « ministre » que de la « présidente » dévoile aussi qu’à leur yeux le vandalisme mérite la peine de mort… et que l’interdiction de tuer le peuple à vue est pour eux une grande frustration, en particulier pour le ministre.

Le CIDH, heureusement, n’est pas dupe et je sais que nous sommes beaucoup à espérer que les enquêtes conduiront le gouvernement putschiste et ses complices devant les Cours de Justice Internationale pour y être jugés pour crime contre l’humanité. Un avertissement pour l’extrême-droite bolivienne et latino qui rêve de pouvoir partir à la chasse aux indigènes sans rencontrer de résistance. Nous sommes tout aussi nombreux à souhaiter que la présence des organisations internationales qui vont enquêter sur le terrain dissuadera les tyrans sanguinaires qui ont confisqué le pouvoir exécutif en Bolivie de perpétuer de nouveaux massacres et tout autre forme d’atteinte aux droits humains et aux droits politiques des personnes.

 

Anne W

Une vidéo qui montre ce qui s’est déroulé après la confiscation du pouvoir par l’extrême-droite putschiste, comment se sont déroulées les rafles qui se sont produites à ce moment, comme un relent de nazisme :

 

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 15:31
La Pachamama est de retour au palais présidentiel
La Pachamama est de retour au palais présidentielLa Pachamama est de retour au palais présidentielLa Pachamama est de retour au palais présidentiel

La Pachamama est de retour au palais présidentiel

Le Mouvement pour le Socialisme a montré ces derniers jours qu’il est une force politique bien implantée dans la population, capable de se recomposer même après une attaque féroce, comme le coup d’état qui a tenté de le détruire. Les putschistes ne se sont pas contentés de renverser Evo Morales, ils s’en sont pris aussi au dirigeants et cadres du mouvements, forçant les uns à fuir le pays, emprisonnant d’autres et tentant de semer la terreur dans l’ensemble du mouvement.

Il y a à peine quelques jours, la Bolivie était plongée dans la violence, et la situation semblait désespérée. Les usurpateurs du pouvoir avaient déchaîné une violence qui plus que les coups d’états qui ont mis au pouvoir des dictatures en Amérique Latine évoquait la montée au pouvoir des nazis en Allemagne. Non sans raison sans doute, puisque les principales forces des putschistes viennent de la Media Luna bolivienne, une région qui a eu le triste privilège d’être une foyer d’accueil de l’essaimage nazi, un des pires d’entre eux ,Klaus Barbie y trouva un refuge, protégé par les USA pour les services qu’il leur avait rendus dans la « lutte contre le communisme ».

Le fascisme en accédant au pouvoir pratique systématiquement un nettoyage ethnique, un nettoyage politique et un nettoyage social. La cible ethnique des néo-fascistes et autres nazis d’Amérique Latine, ce ne sont pas les juifs, mais bien les populations indigènes, leur mot d’ordre : achever la Conquista en apportant une solution finale à la « question indigène », l’ extermination définitive des peuples originaires. Un des vecteurs de ce courant est religieux, c’est un courant évangélique en pleine croissance. Il sévit en Amérique du Nord au Sud et compte des dizaines de millions d’adeptes, 20 millions au Brésil où ils ont porté Jair Bolsonaro au pouvoir.

Mais il existe également des courants catholiques qui servent la même cause, comme on a pu le voir récemment au Mexique quand un prêtre demande à ses disciples de prier pour délivrer ce pays de Satan auquel l’aurait livré le président Andrès Manuel López Obrador et de détruire toutes les institutions du pays, alors qu’en Bolivie, de bons chrétiens pratiquent des exorcismes collectifs pour chasser Satan, la Pachamama (enceinte de l’antéchrist) du pays. Le coup d’état a été dirigé par Luis Fernando Camacho, qui bien que catholique est un proche de Bolsonaro et des fondamentalistes évangéliques. Il dirige l’Union des Jeunes Cruzénistes, mouvement d’extrême-droite, paramilitaire dont la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, déjà en 2008 dénonçaient les exactions commises par ce groupe paramilitaire « parmi lesquelles figurent les harcèlements, menaces, assassinats de défenseurs de droits humains et de paysans qui luttent pour une juste répartition des terres mais qui mènent aussi des attaques contre des personnes ou des groupes du seul fait qu’ils sont indigènes ou partisans du gouvernement »….. « 

Nettoyage ethnique, nettoyage politique, nous avons pu voir leurs troupes à l’œuvre au cours des dernières semaines, cette fois ils bénéficiaient de la protection de la police et de l’armée.

Le coup d’état consommé, Camacho qui ne s’est jamais présenté à aucune élection entre au palais présidentiel en vainqueur et prononce cette phrase qui fera le tour de la planète « Le Christ est de retour, plus jamais la Pachamama n’entrera dans ce palais ».

La répression se déchaîne alors, ciblée ou « aveugle », le paysage du pays se couvre de champs de bataille, des batailles ignobles tant les forces sont inégales. C’est clair toute la violence ne vient pas du côté des putschistes, il y a des groupes violents qui s’opposent au nouveau pouvoir et des actes de vandalisme, dont on ne sait qu’elle fut la part de provocation et le rôle qui aurait joué des membres du MAS. Mais l’immense partie du mouvement de résistance qui se lève est pacifique, et d’autres qui le sont moins opposent des pierres aux fusils des militaires qu’un décret promulgué d’urgence par la pseudo-présidente a exempté de toute responsabilité pénale pour les actes commis pendant cette sanglante répression.

Officiellement c’est une trentaine de personnes qui sont tombées, en majorité tuées par les balles des militaires, mais il y a de nombreux disparus et des témoignages affirment que les militaires ont fait disparaître des corps en différents lieux du pays. Les hôpitaux sont fermés ou débordés, pour soigner les centaines de blessés, des médecins, infirmiers et autres volontaires installent des hôpitaux de rue, plusieurs d’entre eux seront arrêtés pour cela sous prétexte de sédition. Un mot à la mode à ce moment en Bolivie, le même qui a obligé les journalistes internationaux a quitter le pays, une autre décret les menacent de se voir accusés de sédition si dans la pratique de leur métier, plutôt que de chanter les louanges du nouveau pouvoir, ils filment la terrible réalité du terrain et recueillent des témoignages qui permettent au monde d’en prendre connaissance. Les journalistes sont également menacés physiquement, ils ne s’approchent plus des fenêtres, de peur que quelque franc-tireur les prenne pour cibles, la situation devient intenable. J’ai pu voir une partie de l’évacuation épique de plusieurs journalistes argentins, en état de choc, choqués parce qu’ils avaient pu voir, choqués de s’être vu menacés de mort pour simplement faire leur boulot.

Mais déjà le rapport de force se déplace. Le projet de pays d’Evo Morales avait perdu une grande partie de son soutien. De plus de 60 % des voix, il tombe à 47 % (toute question de fraude présumée mise à part), clairement il est en désaffection. Un projet de transformation radicale comme le menait Evo Morales n’est viable que si l’adhésion qu’il rencontre est en permanente augmentation. Un projet de changement radical pour s’imposer quand moins de la moitié du pays le soutient, demande sinon une dictature, du moins un régime autoritaire afin de contraindre les opposants à se soumettre au nouveau modèle.

Pourquoi ce projet est tombé en désaffection, j’ai des pistes et mon opinion, mais pas encore assez documentée pour mener une plus ample analyse. Je suis cependant toujours surprise de voir que la gauche crie au miracle parce qu’un président socialiste à un taux de croissance élevée, alors que même des économistes de droites commencent à reconnaître que les taux de croissance positifs sont synonymes d’écocide et que l’importance du PIB comme ont la vu pour le Chili, n’est en rien une garantie de réduction des inégalités et de la pauvreté d’un pays. Que pendant ses deux premiers mandats Evo ait accomplit un travail formidable pour améliorer les conditions de vie, l’accès à l’éducation et à la santé d’une grande partie de la population la plus pauvre, la plus abandonnée, la plus démunie et exclue, c’est certain. Qu’il ait contribué à la possibilité pour la population originaire, jusque-là marginalisée, de prendre place à part comme sujet à part entière dans l’activité politique du pays, cela aussi il faut le mettre à son actif. Mais petit à petit, le pouvoir s’est stratifié, et les hautes sphères du MAS ce sont coupées des militants de base du parti et de leur implantation populaire. Les témoignages se recoupent, si de nouvelles têtes apparaissent dans le cénacle dirigeant ce n’est plus parce qu’elles ont été élues par la base, mais bien parce qu’elles ont été cooptées par Evo.

Le mécontentement grandit, et quand Evo annonce qu’il est réélu président, il se déchaîne sous forme de massives protestations. Des protestations qui ont certes deux composantes, une qui est le résultat du travail de sape qui fait partie du coup d’état préparé depuis Washington avec des complicités locales depuis l’accession au pouvoir d’un président socialiste, exactement comme ce fut le cas au Venezuela, où renverser Hugo Chavez était devenu une priorité pour Washington et l’oligarchie locale dés sa première élection en 1998. Il y a beaucoup de points communs dans les mouvements subversifs et putschistes qui sévissent dans ces deux pays et de liens entre les membres de ces 2 factions qui font partie d’un même courant et reçoivent les mêmes formations de la NED, l’USAID et autres ONGs de la subversion US. Mais où je voulais en venir, c’est que si comme au Chili ou en Colombie, se retrouvent dans les soulèvements des gens qui ont été mobilisés par des « agitateurs professionnels », ils sont une petite partie d’immenses mouvements de légitime mécontentement populaire, c’est important, j’y reviendrai plus tard, quand Piñera, Duque ou le « ministre de la défense » du gouvernement de fait de Bolivie Luis Fernando López Julio justifient la répression militaire par la présence d’une « attaque d’origine étrangère », ils insultent un peuple capable de décider seul que la manière dont il est gouverné ne lui convient pas.

Et donc dans la première phase de soulèvement populaire en Bolivie, il y a beaucoup de gens qui sont là parce qu’ils aspirent réellement à un changement à la tête du pays, des gens qui se sentiront trahis et utilisés quand l’extrême-droite confisquera le mouvement puis le pouvoir. La grande erreur de cette clique usurpatrice a été de déchaîner leur racisme triomphant dès les premières heures de leur victoire. Des sinistres relents d’un passé pas si lointain, d’une cruelle domination et exploitation de la majorité indigène du pays par cette même minorité blancoïde a ouvert les yeux de ceux qui manifestaient contre Evo, mais certainement pas pour l’accession au pouvoir d’une extrême droite raciste, cruelle, et fanatique religieuse.

La composition des manifestations avant et après la victoire du coup d’état n’est pas la même, le rapport de force change et le peuple uni commence a se réorganiser. Le nouveau pouvoir débordé par la force de la réaction déchaîne une répression démesurée. Il espère semer la terreur parmi la population, la forcer à dégager les routes et les rues, c’est le contraire qui se produit, au-delà de la douleur, la colère et la détermination populaire s’intensifient.

Pendant ce temps, le nouvel exécutif formé totalement des fidèles de ce courant qui a emporté 4 % des votes aux dernières élections, tente de détruire les assemblées législatives où le MAS occupe presque deux tiers des sièges. Les représentants du peuples sont sauvagement agressés, leurs familles sont séquestrées, leurs maisons brûlées, d’autres sont emprisonnés, d’autres encore entrent dans la clandestinité où prennent le chemin de l’exil. Des députés, des sénateurs ne peuvent tout simplement plus quitter leur région pour se rendre au siège du gouvernement faute de moyens de transport.Tout semble perdu…

Eva Copa Présidente du Sénat de Bolivie

Eva Copa Présidente du Sénat de Bolivie

Soudain pourtant le processus s’inverse. Des députés et sénateurs du MAS se sont accrochés, pour pouvoir continuer à travailler certains campent sur place dans les locaux du Congrès , ils ont peur s’ils sortent soit de se faire arrêter, soit d’être empêchés de rentrer par des forces de l’ordre qui ont battus l’ancienne présidente du sénat, toujours sénatrice, pour l’empêcher de pénétrer dans les locaux.

Une jeune femme va prendre la direction de la réorganisation des forces. Elle s’appelle Eva Copa Murga, elle a 32 ans, militante dès l’adolescence, elle a déjà derrière elle un long parcours politique. Je n’ai pas tous les détails de toutes les étapes des événements qui vont suivre, mais une bonne idée générale. Le 14 novembre Eva est élue, dans le respect des règles constitutionnelles, présidente du Sénat. Le but : remettre le législatif au travail pour pouvoir opposer aux putschistes à la légitimité nulle, une force politique légitime, cohérente et représentant la majorité du pays. Parce que dehors le massacre se déchaîne, que l’armée tire sur des gens désarmés, parce que les représentants du peuples sont menacés de mort. Il faut avant tout arrêter le massacre et ensuite, couper court à la volonté clairement et activement manifestée des usurpateurs de se maintenir au pouvoir. Il ne faut pas laisser se prolonger le vide législatif qui leur permet de gouverner par « décret suprême ». Il ne faut pas leur permettre d’organiser seuls de nouvelles élections dont ils décideraient des règles. Je ne sais pas exactement comment les Assemblées ont pu se remettre au travail, mais elles l’ont fait. Et sous supervision de représentants de l’église, de l’Union Européenne et de l’ONU, des tables de négociations ont eu lieu réunissant le pouvoir de fait, le pouvoir législatif et les représentants des organisations sociales. Le samedi 23 novembre sont proposées face à cette assemblées les versions finales de deux projets de loi, la première concerne la pacification du pays, la seconde l’organisation des élections, elles seront signées le le lendemain. Quatre vidéos d’un peu plus d’une heure chacune rendent compte de ces débats, j’ai regardé la dernière, je vous en rendrai compte par la suite, parce qu’il y apparaît beaucoup de choses importantes pour comprendre les forces en confrontation et que ce moment est une incontestable victoire du peuple obtenue par des négociations qui ont ramené la Pachamama de pied ferme, la voix haute, claire portant un discours intelligent et déterminé, au cœur du palais présidentiel.

 

Anne W

 

 

Le pouvoir factice n'en mène pas large, la "présidente" et le "ministre de la Défense ont perdu leur suberpe
Le pouvoir factice n'en mène pas large, la "présidente" et le "ministre de la Défense ont perdu leur suberpeLe pouvoir factice n'en mène pas large, la "présidente" et le "ministre de la Défense ont perdu leur suberpe

Le pouvoir factice n'en mène pas large, la "présidente" et le "ministre de la Défense ont perdu leur suberpe

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 18:24

 

Au Mexique se manifestent tous les préparatifs d’une tentative de coup d’état conjuguant différentes tactiques sur de multiples fronts. Ici c’est l’aspect religieux de cette déstabilisation planifiée qui est mis en évidence. Comme vous le verrez dans la vidéo ci-dessous, un prêtre appelle les Mexicains a exorciser le démon, Satan, auquel le Président Andrès Manuel L.O. aurait selon lui livré le pays.

Un nouveau fanatisme religieux prend place sur la scène politique internationale. Courant majoritairement évangéliste (protestant), il touche également des catholiques. On a pu voir comment en Bolivie, les suppôts du gouvernement putschiste qui ont pris le pouvoir, pratiquent des exorcismes collectifs pour « chasser Satan du pays ». Satan ici est incarné par la Pachamama, par la spiritualité des populations originaires. Ce courant, partie inclusive de l’extrême-droite, est le même qui a porté au pouvoir Bolsonaro au Brésil, un pays où il compte 20 millions d’adeptes. Le même qui chapeaute le suprémacisme blanc au USA, où ce courant trouve à sa tête John Bolton mais aussi Mike Pence qui deviendrait président si Trump se voyait forcé de renoncer à sa charge…

Bien sûr, il y a derrière tout cela de puissants intérêts économiques, mais qui ne triompheront que si ils réussissent à gagner à leur cause également des masses, celles les petites gens qui jamais ne recevront plus que de maigres miettes du gâteau. Dans ce but sont utilisées des idéologies de fanatismes religieux qui prennent à présent la forme déclarée d’une Croisade, d’une Chasse au Sorcière avec ouvertement affirmée une volonté d’exterminer le démon. Un programme génocidaire, fanatique et fasciste.

Ici, je vous présente une vidéo dans laquelle on voit un prêtre catholique mexicain appeler « les croyants » (crédules?) à s’unir pour chasser Satan du Mexique, les hordes sataniques ayant selon lui à leur tête le président Andrès Manuel López Obrador. Une réplique de ce qui se produit actuellement en Bolivie.

Ce qui suit n’est pas anecdotique, puisque la Conférence Épiscopale du Mexique, par la voix de son président Pogelio Cabrera López, s’est prononcée contre le Président et multiplie les déclarations qui le discréditent. De même qu’en Bolivie (et dans certains secteurs européens de ces courants comme on peut le voir ici), le racisme ethnocidaire contre les populations originaires est présenté comme une lutte de la Vierge de Guadalupe contre la Pachamama qui selon eux serait « enceinte de l’antéchrist ». Cela fait froid dans le dos. Heureusement, si la Vierge Guadalupe est vénérée par beaucoup de Mexicains, tous ne sont pas dupes pour autant et s’élèvent de nombreuses voix chrétiennes qui sont prêtes à défendre AMLO, même si pour cela elles doivent condamner la hiérarchie cléricale du pays. Rappelons qu’un des plus grand soutien d’Andrés Manuel est le père Solalinde, un prêtre catholique qui a été nominé au Prix Nobel de la Paix en 2017, un vrai pratiquant de la philosophie chrétienne, qui déploie une inlassable activité pour venir en aide aux migrants et considère AMLO comme un frère.

Il faut chasser Satan du Mexique en détruisant Andrés Manuel López Obrador

Traduction  de cette vidéo de la 3éme à la 7éme minute (le reste est consacré à un autre front, une autre partie de l’histoire) :

« Je suis Mexicain, je viens de Mexico, essayant de promouvoir une croisade d’oraisons. Qu’ont-ils fait avec le Venezuela, nos voisins. Que font-ils depuis neuf mois avec le Mexique ? Le suivant est la Colombie. Quelqu’un dit Non, Merci. Parce que cela va dépendre de nous. Au Mexique actuellement nous menons une Croisade, recherchant 12 millions qui prient le rosaire tous les jours pour contenir le dragon qui vient d’arriver dans notre pays. Mais nous avons besoin de 30 millions. Je vais vous montrer grâce à seulement deux exemples ce qu’ils sont en train de faire dans tous les pays d’Amérique Latine pour les détruire.

Quels sont les trois piliers qui ont soumis Cuba pendant 60 ans. Tu vas être surpris de constater que ce sont les mêmes que ce qu’ils essayent de faire ici. Je ne vais pas les expliquer, je vais juste les mentionner. Premièrement la maçonnerie – ne me dit pas qu’en Colombie il n’y a pas de maçons, c’est infesté de maçons là-bas aussi et beaucoup sont au pouvoir.

Deuxièmement la SORCELLERIE comme ils l’appellent à Cuba Santeria. Tu ne te rends pas compte de comment a commencé le gouvernement du Mexique ? En faisant un rituel – bon je ne sais pas ce qu’il a fait, je ne suis pas exorciste (sic) – mais je suis convaincu que ce rituel consacrait lesMexique à Satan. Un pays dans lequel vit la Vierge à San Diego a été consacré à Satan ! [ San Diego,Tijuana, où selon eux, apparut la Vierge de Guadalupe, lieu de pèlerinage annuel pour environ 8 millions de croyants NdT].

Au Venezuela à partir de l’âge de 3 ans, ton enfant appartient à l’état. Cela tu le sais, tu l’entends, cela se passe ici à côté de toi. Quelle est la première chose qu’ils vont faire au Mexique : supprimer le droit parental

[commentaire de Nacho Rodriguez sur le site duquel est présenté cet extrait de discours insensé, Incrédule, il rappelle que c’est ce qui se passe en Bolivie, les populations originaires sont satanisées., diabolisées. (j’ajouterais, de même que le sont ici les populations africaine, à Cuba tous les indigènes ayant été massacrés par les conquistadores, les populations d’origines africaines mises en esclavage ont amené leur propres rituels origine de la Santeria. Suite du délire « religieux »…]

Tu ne gouverneras plus tes enfants, l’état les gouvernera.

Il faut les démoraliser pour les détruire. Deuxièmement : déstabiliser toutes les institutions. Tu le sais, qui est ne train de châtier le peuple du Venezuela : la Garde Nationale Bolivarienne ? Comment s’appelle la nouvelle armée qu’à formé le Mexique : Garde Nationale… [...] »

 

« Les détruire », « Déstabiliser toutes les institutions »… c’est clairement une composante des préparatifs de coup d’état qui s’intensifient au Mexique

La suite des insanités ne figurent pas dans l’extrait présenté ici, qui me semble amplement suffisant pour se faire une idée avant d’être submergés par la nausée.

Comment croire qu’un Dieu Créateur Parfait a pu créer des créatures qu’il aime pour qu’elles exterminent d’autres de ses créatures qu’il hait. Cela ne tient pas debout.

J’ai un grand respect pour ceux qui parmi les chrétiens pratiquent l’amour du prochain, le refus de s’enrichir au détriment d’autrui, la compassion… je me sens en affinité avec ceux-là, mais ceux dont il est question ci-dessus, encore plus après avoir vu les crimes qu’ils perpétuent en ce moment en Bolivie, me dégoûtent et me mettent en colère, car ils sont entièrement faits de haine et non d’amour. Parce que la malveillance les guide et que le Dieu qu’ils se sont inventé leur donne le droit – que dis-je – le devoir de tuer en son nom. Bienvenue au 21ème siècle…

 

Ben voilà, je voulais approfondir cette question de courants religieux d’extrême-droite génocidaire qui appellent à exterminer les « infidèles », des courants qui prennent place sur la scène politique et dont les adeptes se comptent par dizaines de millions en Amérique Latine et au Nord où ils occupent une place importante dans l’actuel gouvernement des USA alors qu’ils gouvernent le Brésil et essayent d’installer leur pouvoir en Bolivie.…

 

Anne W

 

 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 23:19

 

Il devient de plus en plus difficile de savoir ce qui se passe vraiment en Bolivie Profonde. Au cours des derniers jours, à travers toutes les sources, dans toutes le régions, revenait ce même appel chargé de douleur et de colère des populations originaires : « Ils nous tuent comme des chiens et la presse est absente. S’il vous plaît, aidez-nous, montrez ce qui se passe ici, nous avons besoin de tous les soutiens »

Je viens de publier une traduction, d’une vidéo qui décrit le coup d’état made in USA en 1954 au Guatemala. Pendant toute la traduction, je sens la résonance avec ce qui se produit en Bolivie, même si Evo Morales n’a plus la popularité incontestable dont il jouissait lors des précédentes élections, il effectuait toujours le mandat en cours jusqu’au 22 janvier 2020 pour lequel il a été élu avec plus de 60 % des voix, il a été forcé à démissionner sous la pression dans une mauvaise farce de soulèvement populaire préparé depuis Washington. Ma traduction suivante sera celle d’une vidéo qui analyse, documents à l’appui ce coup d’état « made in USA ». Et montre que le soulèvement au cri de « fraude » était déjà programmé de toute façon au cas plus que probable ou Evo gagnerait les élections et que le rapport de l’OEA au sujet de cette fraude a été critiqué de manière convaincante, plus que les arguments que ce rapport bâclé et inexacte présente

 

Pour comprendre ce que rétablir la démocratie veut dire pour les USA, il suffit d’aller voir ce qui se passe au Honduras depuis plus de 10, une triste histoire… une histoire de terreur et de misère qui pousse une grande partie de la population à fuir le pays, coûte que coûte. Alors que l’immense majorité des habitants demandent le départ d’un président élu de manière inconstitutionnelle doublée d’une fraude, la preuve est faite depuis New-York où son frère vient d’être condamné pour trafic international de drogue à haut niveau et autres bagatelles (j’ai oublié les termes techniques), la preuve est faite que le président Juan Orlando Hernandez (JOH) a été bénéficiaire de l’argent de la drogue de son frère, qui a – entre autre – financé ses campagnes électorales, et que la femme de ce JOH a contribué au blanchiment de cet argent sale. JOH fait l’objet d’une enquête de la DEA depuis 2012, le fils du précédent président a également été condamné aux USA pour trafic de drogue. La violence a explosé dans le pays depuis le coup d’état, alors que la misère touche une majorité de la population. Les opposants, les journalistes sont harcelés, menacés, assassinés ou disparaissent, comme la militante lenca du COPINH, Berta Caceres, assassinée de deux balles dans la tête, le 3 mars 2016, alors que les organisations internationales de Droits Humains avaient exigé du gouvernement qu’elle bénéficie de mesures de protection. Etc…

Mais Trump a félicité en personne JOH pour l’excellent travail qu’il fait… On croît se retrouver en plein cauchemar, quand tout perd son sens parce que les mots disent le contraire de ce qu’ils signifient réellement.

C’est ce que vivent les habitants originaires et légitimes de Bolivie en ce moment. Une presse prostituée qui présente une réalité inventée du pays, pendant qu’ils se font humilier, battre, assassiner, emprisonner… Le cri d’alerte aujourd’hui qui fait écho en différents lieux du pays : le gouvernement fait disparaître les corps des morts.

Une image parle plus que des mots...les petits points verts…

Brèves du jour 21 11 2019

Le coup de force de ce coup d’état, c’est que par un des tours de passe passe auquel la CIA voudrait nous habituer, un parti tout aussi extrêmement minoritaire qu’il est sans contestation possible raciste et d’extrême-droite, par une manipulations des faits et des circonstance, organisée, préparée de toutes pièces a pris le pouvoir. Dans la distribution des sièges parlementaires en Bolivie, le parti du nouveau pouvoir est représenté par les petits points verts.

 

Aujourd’hui se déroule en Colombie une grève générale, un arrêt du pays, en protestation contre des mesures néolibérales, l’absolue incapacité du président Duque a gouverner le pays, les assassinats constants de militants et autres dirigeants populaires, le retour de la terreur dans la « guerre contre la drogue » qui a causé dernièrement la mort de 8 enfants, la persistance de la violence paramilitaire d’extrême-gauche, comme d’extrême-droite, etc.

En vue de la manifestation, Duque a mis les casernes en état d’alerte et déclaré à partir d’aujourd’hui un couvre feu… je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir en détail comment se passe les manifestations…. Un autre bon élève de Washington

Une bonne nouvelle : au Chili les forces de l’ordre n’ont dorénavant plus le droit d’utiliser les cartouches qui ont rendu plus de 200 chiliens partiellement ou totalement aveugles. Mais. Trop de témoignages confirment que certains carabiniers tiraient volontairement de près et au visage, pour douter que ces sadiques trouveront d’autres manières de faire souffrir le peuple rebelle…. Et autres mauvais traitements.

 

Je voulais surtout vous inviter à ne pas détourner le regard de ce qui se passe en Bolivie, même s’il est de plus en plus difficile de trouver des sources qui rendent compte de la situation de terrain en différents lieux du pays.

A suivre

Anne

La presse d’ici ne dit rien, elle parle seulement de pacification. Le jeune montre sur l’écran de son téléphone, le corps de son beau-frère traversé de part en part par une balle des militaires. Il montre ensuite le corps d’une femme de pollera (jupe traditionnelle) morte [...] et cette fois encore « Il n’y a pas de justice, ils nous dirent, comme des chiens, comme des animaux. Je l’ai vu avec nons propres yeux, ils nous tirent dessus »

Démenti du Ministre de la Justice qui affirme que l'armée n'a pas tiré

La presse d’ici ne dit rien, elle parle seulement de pacification. Le jeune montre sur l’écran de son téléphone, le corps de son beau-frère traversé de part en part par une balle des militaires. Il montre ensuite le corps d’une femme de pollera (jupe traditionnelle) morte [...] et cette fois encore « Il n’y a pas de justice, ils nous dirent, comme des chiens, comme des animaux. Je l’ai vu avec mes propres yeux, ils nous tirent dessus »

 

Mais encore

Arrestation d’un médecin qui soignait les blessés (23s)

 

Vous trouverez d’autres courtes vidéos qui montrent ce qui se passe en Bolivie profonde sur Noticias Bolivia. qui est régulièrement actualisé.

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 22:22

Publiée il y a quelques heures, une vidéo d’un des derniers journalistes de la presse internationale encore sur le terrain en Bolivie. Le gouvernement de fait a expulsé par la force et la menace tous les correspondants qui filmaient la réalité de terrain avant de publier un décret qui exempte les forces de l’ordre de toute responsabilité pénale dans leur tâche de répression. Un droit de tuer. Loin des yeux du public. A présent l’armée utilise des balles réelles et les morts se multiplient.

Des heures dramatiques

Comme je le disais hier, Esteban Trebucq journaliste de la chaîne argentine Crónica TV, qui a parcouru le pays et se trouve actuellement à Cochabamba, affirme que la question principale aujourd’hui en Bolivie est une question raciale, la chronique d’un massacre en cours à côté de quoi la question d’Evo devient secondaire. La chronique d’un ethnocide annoncé.

Il va nous montrer les balles qu’utilise l’armée contre le peuple. Dans les images qui accompagnent son témoignage on voit comment les militaires gazent les indigènes lors de l’enterrement collectif de victimes de la répression. Sur d’autres vidéos, nous voyons comment les soldats après avoir regroupé des indigènes les forcent à se mettre à genou.

D’après Esteban, forcer les indigènes à se mettre à genou, en particulier les femmes, est une des méthodes utilisées par l’armée pour intimider et humilier les indigènes, les soumettre par la terreur, les renvoyer au néant de misère dont selon, les racistes minoritaires – et fanatiques religieux diaboliques - qui ont pris le pouvoir, ils n’auraient jamais du sortir. Un des buts de cette terreur est de forcer à l’exil les sympathisants d’Evo Morales et autres militants de la souveraineté populaire, comme le déclare un des membre du gouvernement de fait.

Une discussion avec un intervenant séditieux en studio qui veut absolument attribuer à Evo la culpabilité du massacre actuel perturbe le fil d’info de la vidéo.

Esteban fait remarquer à son interlocuteur qui voudrait faire d’Evo la cause première du massacre, que quand bien même Evo aurait envoyé les troupes réprimer l’opposition, cela ne justifie en rien les massacres actuels. Dans l’aveuglement de la communauté internationale. Et ce qu’oublie de dire cet intervenant, c’est qu’alors que la majorité des marches indigènes sont pacifiques, les groupes dirigés par Camacho auquel devait s’affronter le gouvernement d’Evo, sont des groupes paramilitaires d’extrême-droite qui ont été entraîné pour semer la sédition violente dans le pays. Mais cela j’en parlerai par la suite. Sans écouter ce que dit le journaliste, l’intervenant refuse de comprendre que les manifestations actuelles dépassent de loin la question d’Evo Morales, que parmi ceux qui se lèvent aujourd’hui se retrouvent des opposants de Morales, qui sont les premiers surpris d’avoir été manipulés et utilisés par les groupements d’extrême-droite raciste minoritaires qui ont pris le pouvoir. Qui comprennent qu’ils ont ouvert les portes du palais présidentiel à ceux qui pendant des siècles les avaient maintenus sous le joug de la domination coloniale. Et voudraient les soumettre à nouveau à leur suprémaciste domination.

Il explique aussi, que seule équipe internationale sur le terrain ils ont droit à une ovation populaire. Je vous disais hier que de tout le pays montent les appels désespérés de ceux qui voient leur proches assassinés loin des yeux du « grand public ». Le métier de journaliste est devenu un métier dangereux, j’ai vu comment les équipes de journalistes arrivaient à l’Ambassade d’Argentine dans un état de stress profond après avoir été agressées dans leur travail par des suppôt des nouvelles « autorités » du pays, alors que des militaires gazent volontairement des journalistes sur le terrain. Lors du coup d’état au Honduras, les troupes avaient encerclé l’hôtel qui hébergeaient les journalistes avant de les escorter pour une évacuation hors du pays. Comme c’est le cas aujourd’hui en Bolivie, certains étaient revenus clandestinement dans le pays à leur risque et péril pour continuer leur travail, sans caméras, avec des téléphones cellulaires afin de filmer discrètement. Mais de très loin, le niveau de violence contre les journalistes au Honduras n’atteignaient pas ce qu’on a pu voir ces jours-ci en Bolivie, une violence organisée et encouragée par le gouvernement de fait. Il n’y avait pas non plus l’utilisation des réseaux sociaux faite en Bolivie pour les désigner comme cibles de la violence des partisans du gouvernement putschiste.

Dans tout le pays, les arrestations se sont multipliées. Comme pour les chiffres des morts : 23, des blessés :700 et quelques,  donnés par l’officialisme usurpateur semblent de loin inférieurs à ceux que laissent présager les témoignages sur le terrain. On ignore également le nombre réel d'arrestations. Aucune raison n’a été donnée par les putschistes pour justifier les détentions et les détenus sont maintenus au secret… je n’ai aucun doute quand à l’existence des mauvais traitements et tortures auxquels doivent être soumis les prisonniers, ni quand au fait que les disparitions forcées figureront au triste bilan de ce coup d’état. J’aimerais me tromper, mais toute l’expérience historique nous indique que c’est sans doute ce qui se passe aujourd’hui en Bolivie, et dans une moindre mesure au Chili où la haine des communistes et des populations natives mapuches est une caractéristique de force de répression marquées par le Pinochétisme. Depuis trop d’années, je vois se rassembler tous les indices d’un racisme blancoïde en Amérique Latine, depuis les commentaires des Sifrinos du Venezuela, qui veulent renvoyer les « crapauds », les indigènes et métisses à la soumission dont ils n’auraient jamais du sortir, aux partisans de Bolsonaro au Brésil et à ceux de Camacho, en Bolivie et quelques émules de Miami qui appellent ouvertement à la « Solution finale de la question indigène », leur élimination physique ou leur intégration forcée.

L’intervenant dans le studio en Argentine essaye de justifier la tuerie en argumentant que si l’armée et la police ne tuent pas, elles se feront agresser… On voit le journaliste atterré, il répond qu’il est témoin de ce qui se passe, que les manifestants arrivent désarmés à l’entrée des villes, qu’ils portent des bannières indigènes et des drapeaux blancs… « Ils n’ont pas d’armes, la majorité sont des femmes. Les femmes, ils les forcent à se mettre à genou. Il les frappent ». On voit des militaires donner des coups de pieds aux manifestants au sol.

C’est une image récurrente que l’ont retrouve dans plusieurs vidéos qui ont filtré : c’est au sens propre du terme que le gouvernement de fait oblige la population indigène à se mettre à genou. Depuis les hélicoptères les militaires tirent sur la foule. Le nouveau ministre Arturo Murillo annonce qu’une chasse aux principaux partisans d’Evo est ouverte dont beaucoup sont déjà emprisonnés ou en arrêt domiciliaire.

La désinformation contre laquelle je veux lutter ici : ce ne sont pas seulement les partisans d’Evo qui manifestent en réclamant la démission du gouvernement de fait, mais l’ensemble des populations indigènes en lutte pour leur droit à une vie digne que leur refuse les nouvelles autorités du pays. Et si je parle d’un fanatisme religieux diabolique, ce n’est pas que je crois au diable de la mythologie chrétienne, mais bien à celui que des hommes font exister quand il massacrent leur prochain au nom du Christ et d’une idéologie obscurantiste de chasse aux sorcières. Qualifier la spiritualité indigène de satanisme comme il le font et pratiquer des rites d’exorcisme pour purifier le pays de la sorcellerie de la Pachamama, encourager le meurtre et la répression féroce des populations natives, cela oui, c’est diabolique et me fait froid dans le dos.

Anne W

Quelques courtes vidéos illustratives depuis Noticias Bolivia.

A Cochabamba l'armée met les indigènes à genou. 17 11 2019

Veillée des morts de la répression à Cochabamba 17 11 2017

Dénonciation du gazage par les forces de l 'Ordre de la marche de deuil à El Chapare

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 02:16

Dans des immenses Cabildo (réunion politiques) dans tout le pays la résistance des peuples originaires s'organise.

L’usurpatrice de la présidence de Bolivie a émis un décret qui exempte les Forces de l’Ordre d’assumer la responsabilité des conséquences de leurs actes pendant la répression. Qui se déchaîne.

Usurpatrice, parce que alors qu’elle ne représente qu’un faible pourcentage, et qu’elle n’est là officiellement que pour assurer la transition et organiser dans un délai de 90 jours de nouvelles élections, elle prend des décisions qui engagent l’avenir du pays.

La « ministre » des communication a déclaré que les journalistes gênants seraient accusés de sédition. Une annonce très vite mise en pratique contre plusieurs équipes de journalistes de télévision argentine qui ont depuis été évacuées. Des gens qui faisaient simplement leur métier : filmer et rendre compte des réalités de terrain. Mais dit l’un d’entre eux « Ce qui me fait peur ce n’est pas un procès pour sédition, cela ne tient pas la route. » Il explique que ce qui lui fait peur ce sont les attaques que plusieurs équipes ont subit dans la rue. Ils avaient été désignés dans les réseaux sociaux, avec leur photo, comme des fomenteurs de violence, des cibles à abattre.

Si certains pro-gouvernements les attaquaient avec parfois une grande violence, d’autres parts des gens humbles leurs demandaient de rester : « Il n’y a personne pour montrer ce qui nous arrive, ils nous tuent. Il faut le faire savoir dans le monde entier ».

Ce qui domine aujourd’hui dans les manifestations des peuples indigènes, c’est la colère face à l’humiliation : le racisme affiché du nouveau pouvoir, qui brûle et piétine leurs symboles comme leur bannière, la Whipala ; se moque des polleras, jupes traditionnelles des femmes ou pratique des rituels collectifs d’exorcisme des sorcelleries sataniques indigène : la spiritualité de la pachamama d’après ces « amoureux » du Christ. C’est vraiment effrayant, dans ce contexte, cela apparaît plus que comme un droit, comme un devoir d’éliminer le Mal et ceux qui l’incarnent.

Alors ce qui mobilisent les personnes originaires aujourd’hui va bien plus loin que la question d’Evo président ou non, parmi les manifestants se rejoignent des natifs partisans d’Evo et d’autres qui ne le sont pas, unis par une même colère, une même volonté, celle de ne pas être renvoyés dans l’indignité d’une sous-humanisation dont ils ont trop longtemps soufferts. Et une même douleur, un couteau tourné dans les plaies non cicatrisées de la domination coloniale. Et c’est terrible de voir que nous en sommes là en plein 21ème siècle.

Plus bas, vous verrez comment un groupe d’indigènes de Cochabamba qui menaient une marche pacifique pour demander la démission du pseudo-gouvernement se se sont vu refuser l’entrée de la ville par l’armée. Ils évacuent les morts et les blessés… les chiffres officiels parlent de 10 morts pour les manifestations d’hier, de centaines de blessés et d’un nombre indéterminé d’arrestations. Les manifestants transportent leurs morts et leurs blessés dans l’attente d’une ambulance qui n’en finit pas d’arriver. Une pénurie d’essence généralisée laisse les villes sans approvisionnement et les vivre commencent à manquer.

Sur le site Noticias Bolivia vous pourrez trouver  des courtes vidéos qui donnent une idée de la situation. Les images parfois disent plus que les mots.

Anne W

PS, je vous renvoie à un texte qui m’a été signalé par un lecteur Pachamama est enceinte mais porte l’antichrist pour détruire les sacrements et retourner à l’idolâtrie et à la superstition, je ne sais pas trop qui sont ces catholiques du Salon Beige en lien avec l’extrême-droite, mais cela nous montre que l’Europe aussi est touchée et que ces fanatiques religieux ont des réseaux internationaux. Le pire c’est qu’il taxent les autres d’obscurantistes !

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Gilles Deleuze, février 1977.