Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 00:23

 

Lettres au Devoir
mardi 31 janvier 2012



Monique Tremblay - Montréal - Ce mois-ci, le ministre conservateur des ressources naturelles, M. Oliver, a traité les Canadiens qui soutiennent financièrement les organismes luttant pour la protection de l’environnement, de « menaces » contre le Canada. Ces citoyens veulent protéger leur santé en protégeant l’environnement et en favorisant des politiques efficaces contre les gaz à effet de serre.

La semaine dernière, le premier ministre conservateur, Stephen Harper, à Davos devant les hommes les plus riches de la planète, ceux dont les intérêts privés dictent ses politiques, a parlé « d’une menace démographique contre le Canada », un euphémisme pour parler des Canadiens nés entre 1946 et 1960, qui atteindront l’âge de 65 ans d’ici 2025 et recevront une pension de vieillesse à compter de cet âge. Des millions d’entre eux sont les enfants des soldats et des officiers (comme mon père), qui sont sortis vivants de la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, quelques millions auront comme seul revenu la pension de vieillesse et le supplément de revenu garanti parce que les salaires qu’ils ont gagnés durant leur vie étaient trop bas, et que leurs employeurs ne cotisaient pas à un fond de retraite. Selon le premier ministre, nous sommes une menace contre le Canada en raison de notre date de naissance, des conditions de travail que nous avons supportées.

Puis dans deux mois, le ministre conservateur des Finances annoncera la mise au chômage de milliers de fonctionnaires. Son gouvernement abolira de ce fait, des emplois qui font vivre des familles et des communautés partout au Canada, pour financer des baisses d’impôt pour les grandes entreprises qui, elles, ferment leurs usines, leurs bureaux, leurs centres d’appels ici, au gré de la cupidité de leurs dirigeants et de leurs grands actionnaires.

Alors, je me demande, si M. Harper est le premier ministre du Canada, qui est le premier ministre des Canadiens réels, en chair et en os, ceux qui vivent ici au Canada, ces citoyens que son gouvernement ose qualifier de menaces contre le Canada ?

***

Monique Tremblay - Montréal, le 29 janvier 2012



Source
http://www.ledevoir.com/politique/canada/341414/lettres-un-pays-menace-par-s (...)
Un pays menacé par ses citoyens
Par Anne Wolff - Publié dans : Empire économique et concentration de richesses - Communauté : La Cyber-résistance
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 17:37

 

Pourquoi le CADTM introduit avec ATTAC un recours en annulation de l’arrêté royal octroyant une garantie de 54 milliards d’euros (avec en sus les intérêts et accessoires) à Dexia SA et Dexia Crédit Local SA

22 décembre 2011 par CADTM Belgique


Dette du Nord et du Sud, même combat

Depuis plus de 20 ans, le CADTM milite pour l’abolition de la dette publique du Tiers-Monde et l’abandon des politiques d’ajustement structurel imposées au Sud. Depuis la crise de la dette de 1982, celles-ci ont provoqué l’explosion des inégalités, une pauvreté de masse, des injustices criantes et la destruction de l’environnement.

Aujourd’hui, c’est la dette des pays de l’Union Européenne qui est au centre de la crise globale qui a éclaté en 2007-2008. Des grandes banques sont au bord de la faillite, les Etats du Nord ont vu leur dette augmenter très fortement, et les risques de contagion à l’ensemble de l’Europe et du monde sont très élevés.

Bien qu’il existe plusieurs différences importantes entre dette publique des pays en développement (PED) et dette publique au Nord, il apparaît clairement que le remboursement de la dette est l’argument principal utilisé par les gouvernements et la troïka (l’Union Européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI)) pour justifier la mise en place de politiques d’ajustement structurel dans les pays européens.

Depuis 2007, le CADTM a logiquement renforcé son travail sur la dette au Nord. D’une part, il a intensifié son travail en réseau via le CADTM Europe : des CADTM se sont créés en Grèce, en Espagne, en Pologne, ... |1| D’autre part, il a développé une expertise importante sur le sujet, via la production d’analyses et d’études. Son dernier livre « La dette ou la Vie » |2| est principalement consacré à la dette dans les pays du Nord.

Dette publique ou dette bancaire privée ?

Plusieurs Etats européens, après avoir injecté des sommes considérables dans les banques afin de les sauver de la faillite, ont vu leur dette publique exploser. Ils sont maintenant mis sous pression pour imposer des plans d’austérité drastiques afin de trouver les ressources financières nécessaires au remboursement de cette dette publique.

Même si sa situation est moins dramatique que celle de la Grèce ou du Portugal, la Belgique ne fait pas exception : l’augmentation récente de la dette publique belge est directement liée à la crise financière de 2008 et aux sauvetages bancaires réalisés par l’Etat belge en 2008 et 2011. Ces sauvetages ont fortement aggravé la situation des finances publiques belges, et, contrairement à certains discours qui se veulent rassurants, la Belgique n’est à l’abri ni d’une grave récession économique ni d’une attaque spéculative sur sa dette.

L’Etat belge et les régions sont intervenus une première fois en octobre 2008 pour un montant de 20,6 milliards d’euros, dont 2 milliards d’euros pour le sauvetage de Dexia. Pour financer ce sauvetage bancaire, ces 20 milliards d’euros ont été empruntés aux marchés financiers et cela a donc augmenté la dette publique du même montant.

Après le sauvetage de 2008, sans contrôle sérieux vérifiant que l’argent public injecté dans la banque Dexia était dépensé dans l’intérêt général, cette dernière a continué ses opérations spéculatives et les mêmes paris risqués qui l’avaient pourtant conduite dans l’impasse |3|..

Le 10 octobre 2011, le groupe bancaire Dexia tombe en faillite et est démantelé en trois entités : Dexia Holding, Dexia Banque Belgique et Dexia crédit local. L’Etat belge a acquis 100% des actions de Dexia Banque Belgique (DBB) pour un montant de 4 milliards d’euros. Il faut préciser que cela n’en fait pas une entreprise publique. Pour obtenir cela, d’autres transformations sont nécessaires. Par ailleurs, la France, la Belgique et le Luxembourg se mettent d’accord sur une garantie de 90 milliards d’euros sur les actifs du groupe Dexia, dont 60,5% est assumé par la Belgique, ce qui représente un montant de 54 milliards d’euros, soit 15% de son Produit intérieur brut (PIB). Au maximum, l’engagement de la France s’élèvera à un peu moins de 2 % de son PIB.

Portant essentiellement sur des actifs toxiques, il est plus que probable que ces garanties se transforment à moyen terme en de nouvelles dettes publiques, ce qui entraînerait à son tour la mise en place de nouvelles mesures d’austérité socialement très dures du type de celles menées en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie.

La facture totale pour l’Etat belge risque d’être plus que salée, 54 milliards, c’est 34 milliards de plus que le montant octroyé pour le triple sauvetage de Fortis, de Dexia, de KBC et d’Ethias en 2008. C’est aussi 26 fois l’économie budgétaire prévue au budget 2012 en matière de soins de santé et plus de 200 fois les économies prévues à la SNCB (253 millions d’euros) avec en particulier la suppression de 170 trains d’ici décembre 2012. Cela donne une idée de l’ampleur du risque que représentent ces garanties pour les finances publiques belges. D’autant plus qu’à ces 54 milliards, il faut ajouter les intérêts et accessoires qui ne sont pas compris. Malgré les déclarations politiques annonçant la réduction de moitié de cette garantie, rien n’est confirmé à l’heure actuelle, et, de toute façon, cette réduction ne résoudrait pas le problème.

Pour le CADTM, une grande partie de la dette publique belge est illégitime

Il apparaît donc très clairement que les sauvetages bancaires et leurs suites jouent un rôle clé dans l’augmentation de la dette publique belge. Or, pour le CADTM, cette dette est illégitime, dans le sens où la majorité de la population belge n’a rien à voir avec cette dette. Pourtant, les choix pris actuellement font que ce sont les contribuables belges qui payent la facture du sauvetage des banques. Quant aux responsables de la crise, les banques, elles continuent à s’enrichir de manière éhontée et à spéculer sur des titres risqués. Cette situation est inacceptable. C’est aux responsables de payer pour cette crise, et non à la majorité de la population.

Pour le CADTM, des alternatives existent. Récupérer le coût du sauvetage des banques en prélevant un impôt de crise sur le patrimoine des grands actionnaires et des administrateurs des institutions aidées est une mesure juste, que le CADTM prônait dès octobre 2008, au moment où le gouvernement faisait ses (mauvais) choix politiques. Ces recommandations restent d’actualité. L’Etat aurait dû, sans indemnisation des grands actionnaires privés, nationaliser Fortis Banque, Dexia et KBC pour garantir l’épargne des citoyens et se doter d’un instrument public afin de réaliser des investissements et créer des emplois socialement et écologiquement responsables.

Suite au scandaleux rachat de Dexia, nous avons une double démonstration : 1. Oui, il faut transférer les banques privées vers le domaine public, sinon les mêmes excès tragiques se répètent sans fin. Cette décision doit être durable afin que se constitue un puissant secteur public d’épargne, de crédit et d’investissement. 2. Il est inadmissible d’indemniser les grands actionnaires privés de Dexia. Au contraire, ils doivent rembourser les sommes octroyées en 2008 (au moins 3 milliards d’euros), de même que le coût de l’assainissement de ce qui va aller à la structure de défaisance (la "bad bank"). Les dirigeants de Dexia ainsi que les ministres responsables du sauvetage des banques en 2008 et en 2011 doivent rendre des comptes devant la justice pour les préjudices qu’ils ont causés.

Par ailleurs, l’arrêté royal octroyant ces garanties viole la Constitution puisque les droits du Parlement fédéral ont été manifestement bafoués. A aucun moment, nos élu-e-s n’ont été consulté-e-s sur l’octroi de ces garanties. Cet arrêté royal ne peut qu’inciter les banques et organismes financiers privés, se sachant protégés par l’État belge, à chercher à améliorer leur marge de profit sans changer leur comportement à haut risque, c’est ce qu’on appelle l’aléa moral. Dans ces conditions, d’autres sauvetages bancaires sont à prévoir...

Etant donné tous ces éléments, le CADTM décide, en collaboration avec Attac et un collectif de soutien, d’introduire un recours en annulation de ces garanties auprès du Conseil d’Etat.

Au delà de l’objectif premier qui est d’éviter une nouvelle augmentation de la dette publique belge, le CADTM affirme la nécessité d’organiser un vaste débat autour de la question de la légitimité de la dette. D’où vient la dette publique belge ? A-t-elle réellement servi les intérêts de la population belge ? Est-ce vraiment une obligation de la rembourser ? Existe-t-il des arguments qui pourraient justifier une suspension de paiement de la dette, voire une répudiation d’une partie de celle-ci ? Que se passerait-il si la Belgique refusait de rembourser ? Autant de questions auxquelles il est nécessaire et urgent de répondre car, au nom du remboursement de la dette, la vague d’austérité qui est en cours en Belgique et qui suscite à juste titre de vastes mobilisations populaires va toucher les conditions de vie de millions de citoyens et citoyennes belges.

Il s’agit d’avancer vers la mise en place d’un audit citoyen pour faire annuler les parties illégitimes de la dette, en commençant par celles destinées au sauvetage bancaire de 2008 et 2011, mais sans oublier celles qui depuis le début des années 1980 ont servi à combler le déficit budgétaire majoritairement imputable à une baisse de la fiscalité sur les catégories les plus favorisées et les grosses entreprises.

 

Source : CADTM - Pourquoi le CADTM introduit avec ATTAC un recours en annulation de l’arrêté royal octroyant une garantie de 54 milliards d'euros (avec en sus les intérêts et accessoires) à Dexia SA et Dexia Crédit Local SA

Par Anne Wolff - Publié dans : Empire économique et concentration de richesses - Communauté : solidar' infos
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 17:21

 

Hier une nouvelle grève générale a eu lieu en Belgique appelée par les syndicats. Ici une synthèse du honteux traitement réservé à la grève précédente par les médias aux ordres... liquidation des droits acquis de haute lutte par des générations de travailleurs et de ceux qui les ont soutenus.

 

Grève en Belgique : Haro sur les grévistes et les syndicats

3 janvier par Daniel Zamora

Le 6 décembre 2011, après 540 jours de négociations, la Belgique disposait enfin d’un gouvernement. Mais dès le 2 décembre, le mouvement syndical, qui n’avait guère été enthousiasmé par la publication de l’accord de gouvernement, les mesures concernant les pensions, le chômage et les coupes dans les services publics, avait organisé une manifestation contre l’austérité ayant rassemblé entre 60 000 et 80 000 personnes : la plus grande mobilisation sociale en Belgique depuis le « pacte des générations » (réforme du système de pensions) en 2005. Puis vint la grève du 22 décembre…


Dès le 6 décembre, des mesures concrètes sont annoncées et la première concerne à nouveau le système des pensions. Il s’agit de retarder l’âge possible de la prépension de 60 à 62 ans. En réaction à cette mesure, un front commun syndical organise le jeudi 22 décembre un mouvement de grève dans les services publics. Cette mobilisation d’ampleur, bloquant le pays, a déclenché une réelle offensive médiatique contre les syndicats, soulignant « l’inévitabilité » des réformes. Dans le quotidien Le Soir du 28 décembre, Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB |1|, signait une tribune titrée : « La chasse aux syndicalistes est ouverte » |2|. Et pour cause !

Une réforme « nécessaire »

Le gouvernement et son accord ont été largement salués par la plupart des grands médias : les mesures d’austérité seraient, disent-ils, « urgentes » et « inévitables ». Dès la mise en place du gouvernement et après la première mobilisation sociale du 2 décembre, le vice-premier ministre Johan Vande Lanotte lance un appel dans le journal Le Soir : « Avant même d’avoir un gouvernement, on a déjà manifesté ! On est déjà en train de préparer la grève. Ce n’est pas comme ça que marche, une démocratie ! [...] Évitez de vous mettre hors-jeu ! Restez dans le jeu ! Deux millions d’affiliés… Cela donne des responsabilités » (6/12/2011). Le message est clair : la réforme est inévitable, ne manifestez pas. Les éditorialistes et journalistes des différents quotidiens francophones suivront religieusement l’avis du gouvernement.

Le 20 décembre 2011, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir ne mâche pas ses mots : «  Les grèves, compréhensibles, ne changeront rien à la réalité et à la cruauté de cette crise ». Les réformes seraient nécessaires et inévitables ; il faudrait « s’adapter ». Les éditocrates font mine de s’attrister, mais le jugement est sans appel : « C’est ce qu’on appelle l’adaptation du modèle social, qui va de pair avec le recul social. Ces mesures nous étaient annoncées comme inévitables depuis belle lurette ». Deux jours plus tard, on peut encore lire : « Le modèle social doit s’adapter, nous n’avons plus les moyens de nos dépenses, nous devons structurellement réformer […] Elles [les réformes] sont dures, hélas inévitables, nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes ». Le 21 décembre, Moustique (ex-Télémoustique) se demande : « À quoi bon ? Les causes semblent désespérées. » Et la Libre Belgique, deux jours plus tard, titre :

Le mouvement syndical lui-même, peut-on lire, doit se rendre à l’évidence. D’ailleurs, il le fait déjà… Selon Le Soir du 20 décembre, « Les syndicats le reconnaissent à demi-mots : la marge de manœuvre du gouvernement Di Rupo est très étroite ». Et selon la Libre Belgique du lendemain : « Il apparait aussi que le banc syndical ne sait pas encore exactement vers où l’on va, tenté par le rejet total des mesures gouvernementales, mais aussi convaincu qu’on n’y coupera pas… ». Il n’est donc « plus possible de reculer », affirme Le Soir du 20 décembre. « Le gouvernement résistera-t-il à la pression de la rue ? », fait mine de s’interroger, deux jours plus tard, la Libre Belgique. Et elle répond : « Oui. […] Il faudra exécuter la réforme des pensions telle qu’elle a été négociée ».

On l’a compris : avant même qu’elle ne se déroule, la mobilisation est annoncée comme irrationnelle, inutile et contre-productive. Certes, l’expression des grévistes est « légitime ». Mais elle est le reflet d’une «  inquiétude », d’un « sentiment compréhensible », d’une « peur », et non d’une position raisonnable. Et selon l’éditorialiste de la Libre Belgique du 22 décembre, le respect du droit de grève ne relève que de la tolérance : « Nous pensons que les syndicats font fausse route en paralysant le pays. On peut néanmoins tolérer l’idée que ce droit de grève soit actionné, dans les formes, comme catalyseur du mécontentement des travailleurs en ces temps de remise à plat d’un des piliers de notre modèle social ».

Dans ces conditions, il n’est guère surprenant que les éditorialistes s’attardent, non sur le fond des mesures imposées par le gouvernement, mais sur la communication de ce dernier. Or, pontifie Le Soir du 20 décembre, « la communication du gouvernement a été nulle ». Et de préciser : l’important est donc de « dialoguer, expliquer [...] Le parcours qui s’annonce est rude pour un citoyen qui, de plus, a été mis au frigo plus de 500 jours. Il faut l’accompagner ». La Libre Belgique en conclut deux jours plus tard que le gouvernement doit poursuivre « un long travail d’explication et de pédagogie », « pour faire passer des mesures délicates voire impopulaires. »

Cette campagne médiatique de soutien aux mesures ne peut donc qu’anticiper la dénonciation d’une grève « pour rien ».

Un « jeudi noir », une « grève pour rien »

La première préoccupation des médiacrates a ainsi consisté à informer sur l’ampleur et les effets de la grève, bien davantage que sur les raisons de la colère qui s’y exprimait, en recourant à un vocabulaire d’apocalypse : « Chaos en vue ! » annonce Le Soir du 21 décembre. « L’enfer des voyageurs a commencé », confirme la Libre Belgique du même jour. DH, les 20 et 22 décembre, synthétise :

Et encore :

La Libre Belgique du 21 décembre, à la « Une », porte le deuil…

… Et en pages intérieures :

La Libre Belgique donne également la parole aux « usagers » et notamment à un certain Gianni Tabbone. Auteur d’un site pour les navetteurs, il regrette le début de la grève mercredi dans les trains : « L’action (sauvage) de trop pour les usagers. [...] Cette action de mercredi est absolument désolante car les usagers du train, principalement wallons mais aussi flamands, se sont fait avoir une fois de plus » (22/12/2011). Un entretien parmi les nombreux « portraits » de « simples » citoyens.

Une simple « contribution » à la création d’une opposition entre le droit de ceux qui travaillent et la « gréviculture » de ceux qui ne travaillent pas. « Bloquer une entreprise ou un service public, est-ce vraiment rendre service aux travailleurs ? Pourquoi embêter les simples citoyens ? » se demande de manière faussement naïve le journaliste de Moustique (21/12/2011).

Après l’appel de la raison – « c’est inévitable » –, cet appui à peine déguisé au gouvernement le lendemain de la grève :

Et, miracle du pluralisme :

Si le gouvernement n’a pas reculé, c’est que la grève n’a servi à rien. Le 23 décembre, deux des principaux quotidiens francophones titrent :

Et, nouveau miracle du pluralisme :

Déjà le 2 décembre, l’éditorial du Soir prévenait que les manifestations n’étaient pas utiles si répétées : «  La colère et l’angoisse des citoyens face à ce monde qui bascule, aux dérapages, doivent être exprimées. Mais les manifestations tirent leur force de leur rareté et des résultats tangibles qu’elles provoquent. Faire descendre des militants dans la rue ne peut se limiter à une opération de communication ».

Trois semaines plus tard, le 23 décembre, la Libre Belgique « constate » : la grève « tombe mal. Surtout si elle s’éternise ». Ainsi, « parmi ses dommages collatéraux, la grève sauvage (mardi et mercredi) et annoncée (jeudi) sur le rail belge va alourdir les comptes [...] de la SNCB Logistics ». Moustique, deux jours auparavant, avait « compris » que la crise est justement une mauvaise raison de faire grève : l’activité économique belge n’a « pas besoin de cela en ce moment  ».

La condamnation médiatique de la grève s’est doublée d’une offensive contre le droit de grève et le syndicalisme.

Un droit de grève abusif, des syndicats nocifs

Dès le 22 décembre, la Libre Belgique titre son éditorial : « Un droit, pas tous les droits ». La suite confirme : « Le droit de grève est un droit fondamental mais qui ne donne pas tous les droits, n’autorise pas tous les excès ». La grève « sauvage », cette « mauvaise pratique » du mercredi, n’est « pas acceptable », illustrant les Wallons « de la pire des manières » en « prenant en otage des milliers de navetteurs ». Il faudrait ainsi que les grévistes Wallons arrêtent « de se tirer une balle dans le pied... ».

Le Soir du 23 décembre opte pour ce titre qui s’avère tout sauf anodin : « Où s’arrête le droit de grève ?  ». Si Matéo Alaluf, sociologue du travail à l’ULB, essaie d’en défendre le principe, la question suivante du journaliste est claire : « Ce droit de grève donne donc tous les droits ? ». Est-ce « encore raisonnable ? ». Avec un sens aigu des nuances, Marc de Vos, membre d’un think tank influent, a quant à lui comparé les grévistes au tueur qui a fait six morts à Liège en décembre. « Ce qui s’est passé jeudi est inacceptable, parce qu’il faut respecter le droit de tous. On a le droit de faire la grève, mais on a pas le droit d’empêcher les gens d’aller travailler ». Il va même jusqu’à comparer la grève à une tuerie : « Si vous voulez capter beaucoup d’attention, faites comme ce tireur fou de Liège… C’est une logique criminelle, ça, où est la limite ? Après les blocages, les chantages, où cela va-t-il s’arrêter ? N’oublions pas que nous vivions dans un État de droit tout de même ». Cette prétendue remise en cause de l’État de droit par les grévistes offre une occasion de proposer de discuter d’une loi sur un « service minimum  ».

… Et de mettre en cause, le rôle des syndicats. La « Une » de Moustique (17-23 décembre 2011) donne le ton :

Le « dossier » consacré aux syndicats par l’hebdomadaire « Télé moustique » est probablement le plus agressif de tous.

Sous le titre, « À quoi servent les syndicats ? », on peut lire ce recueil de stéréotypes « Ils aiment manifester et faire la grève. Ils n’aiment pas les patrons ni le changement. Quelles réalités se cachent derrière les clichés que charrient les syndicats ? » |3|. L’enquête promet donc d’être « objective ».

En exergue, ces questions et assertions prometteuses : «  Les syndicats sont des structures archaïques et dépassées » ; « Créées au XIXe siècle, les organisations de défense des travailleurs sont-elles encore adaptées au XXIe siècle ? », « Se syndiquer, c’est ringard et inutile » ; « S’ils ne servent plus à rien, pourquoi continuer à payer des cotisations ? Un monde sans syndicat tournerait-il moins rond ? ». Et l’ « enquête » tient toutes ces promesses.

Morceaux choisis :

  • Vendredi 2 décembre. C’est avec une certaine appréhension que les navetteurs se rendent à la gare. En ce jour de manifestation nationale contre l’austérité, ils craignent de se frotter à une nouvelle pagaille sur le rail. Mais c’est tout le contraire : la circulation n’a jamais semblé aussi fluide et les panneaux horaires n’indiquent aucun retard. Nulle part. Ben tiens, pense-t-on, quand il s’agit de convoyer les camarades syndiqués vers une manif, les cheminots font bien les choses…
  • Sur les quais de la gare du Midi, les trains déversent des groupes vêtus de rouge, de vert et de bleu. Des manifestants sont déjà bien excités. On entend des cris et des chants. Certains navetteurs sourient, d’autres affichent une moue de réprobation. "Il y en a qui carburent pas qu’au café", nous glisse un compagnon de voyage. En quelques minutes, nous vivons l’illustration de deux images qui collent à la peau des syndicats : leur culture de la grève et celle du manifestant braillard et bourré, trop content d’échapper à un jour de travail pour venir perturber l’activité des "honnêtes travailleurs".
  • Se faire élire délégué, c’est entrer dans la caste de ceux qui sont les plus difficiles à virer. Est-ce la seule motivation à se présenter sur les listes ?

Pourtant, Moustique n’est pas le seul enfiler des perles anti-syndicales. Le Soir du 23 décembre offre ce bijou à ses lecteurs : « Les barrages aux portes de Bruxelles ont été levés vers 10h30. L’heure de l’apéro ont médit les vilains. De l’apéro, du shopping de Noël, ou du retour à la maison jusqu’à la prochaine fois. Un jour de grève c’est un jour de grève quoi ! ».

En attendant la prochaine et probable grève du 30 janvier, nul doute que la campagne de propagande se poursuivra. Faire accepter la pilule de l’austérité, ça se travaille…

 

Source : CADTM - Grève en Belgique : Haro sur les grévistes et les syndicats

Par Anne Wolff - Publié dans : Antidote à la désinformation - Communauté : C'est arrivé près de chez vous
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 11:57

 

Un blog, quelques textes dont chacun est une contribution aux mouvements à volonté révolutionnaires qui surgissent aujourd'hui en tous lieux de la planète. Une analyse  lucide de la révolte tunisienne et de son échec à se transformer en révolution. Comprendre les causes de l'échec, corriger les erreurs. Nous ne sommes qu'aux débuts d'une lutte d'une forme nouvelle,nous sommes en face d'un ennemi qui n'est pas seulement puissant mais aussi d'une perfidie inégalée. Passé maître es Art de la Manipulation, infiltration, récupération, opération sous faux drapeau sont les armes qu'il préfère à l'affrontement direct. Pour déjouer ses stratégies nous ne pouvons faire l'économie d'en ignorer l'histoire et les méthodes. Le texte que j'ai choisi est celui qui a la plus grande portée générale, chacun destextes de ce blog nousaide à mieux comprendre pourquoi la révolution tunisienne n'a pas eu lieu, mais aussi quels sont les pièges qui guettent ceux qui veulent s'opposer au Monstre Polycéphale pour transformer le cours de l'histoire et rendre aux Peuples ce qui leur appartient. Bonne lecture

 

La stratégie de la tension

Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l’un veut qu’elle disparaisse.

Guy Debord

 

Les choses ne semblent pas encore claires pour tous. Beaucoup pensent que tout va bien ; que nous nous dirigeons tranquillement vers une ère de liberté sans précédent ; que sous peu nous nous épanouirons dans un régime démocratique. Ceux-là considèrent qu’il faut cesser de voir le mal partout et arrêter de crier au loup. Pourtant, ils prétendent également qu’il faut rester vigilant et garder les yeux ouverts. Un choix doit être fait. Celui de la vigilance et de l’inquiétude qui provoque l’action, où celui de la confiance qui amène à la torpeur et à la mort de la liberté.

 

Il n’est plus temps d’avoir confiance. La confiance ne vaut rien si elle n’est pas accompagnée d’actes, et une machine aussi puissante qu’un État a besoin de moins d’une semaine pour rendre effectives des décisions et des volontés. Cela va bientôt faire trois mois que nous sommes censément dans une période révolutionnaire et qu’est ce que la révolution a changé à ce jour sinon un changement, en apparence, des propriétaires de l’État ?

 

Nous sommes actuellement en train de nous faire balader. Que cela plaise ou non, cela est la réalité politique tunisienne actuelle. Ce qui se passe aujourd’hui et depuis quelques temps en Tunisie a un nom : la stratégie de la tension.

 

C’est le processus contre-révolutionnaire qui a été mis au point aux environs de 1965 en Europe et dans l’ensemble du continent Sud Américain afin de contrer la poussée révolutionnaire populaire qui souhaitait se débarrasser des restes des régimes fascistes de l’immédiat après guerre.

 

Il ne s’agit pas là d’affabulation paranoïaque mais d’énoncés historiques stratégiques facilement vérifiables qui sont, par ailleurs, enseignés dans la plupart des écoles militaires du monde.

 

Qu’est ce que la stratégie de la tension ? Si il fallait en expliquer le principe en quelques mots, il suffirait de décrire la société comme un ressort qui en son état naturel est détendu (donc, facilement gouvernable), mais que les agitations sociales et les revendications populaires tendent (contestant le pouvoir qui gouverne). Afin que le ressort ne craque pas, le pouvoir va se mettre à diffuser la tension artificiellement jusqu’à l’amener à un point considéré par l’ensemble de cette société comme le point de tension limite au-delà duquel elle risque la cassure définitive. Une fois ce point de tension « limite » atteint, la société sera prête à tout accepter pour se préserver. Et c’est à ce moment là que le pouvoir politique relâche la tension et gagne une nouvelle légitimité.

 

En d’autre terme : la stratégie de la tension c’est le contrôle par le pouvoir politique de la tension au sein d’une société et, ce, afin de réguler artificiellement les tensions sociales et populaires au cœur de cette société. Le tout pour ne pas perdre ni le contrôle de la société ni le pouvoir politique.

Si l’on applique ce principe à l’ensemble des évènements politiques et sociaux actuels de la Tunisie, cela apparaît plus clairement.

 

De la multiplication des partis politiques (dont l’ordre d’apparition est tout sauf innocent, qu’on se le dise), à la menace des extrémistes religieux, en passant par les débats autours de la commission inutile et les nombreux petits sujets de discordes (de la laïcité à la parité) savamment distillés de façon quasi magique tout au long de ce dernier mois, tout s’explique par la stratégie de la tension. Tout cela se diffuse dans la société par le seul endroit qui semble avoir été préservé de tout changement : la presse et la télévision.

 

La multiplication des partis politiques

 

Nous voilà arrivés à plus de cinquante partis politiques aujourd’hui en Tunisie. Rappelons que l’un des premiers, parmi les nouveaux, qui obtint son visa et qui fit grand bruit fut Ennahdha. Ensuite, parmi ceux dont on a entendu parler, il y eut El Watan de Jegham et Friia. Puis dernièrement El Moubadara de Morjane.

 

Cette multiplication sans frein n’est bien évidemment pas du fait du pouvoir en soi. Mais cela permet d’inclure une distinction supplémentaire importante dans la théorie de la stratégie de la tension : celle de l’agent involontaire, autrement nommé l’idiot utile. Le pouvoir, lorsqu’il souhaite distiller de la tension se sert habituellement de tels agents. Des individus ou groupes qui pensent agir dans leur intérêts propres ou pour une idée et qui, en dernière instance servent des intérêts dont ils n’ont aucune idée.

 

Pour revenir à la question des partis politiques, il est certain qu’un grand nombre d’individus poussés par un idéal politique, par une ambition démesurée et hors de propos, ou tout simplement par un désir longtemps frustré par la politique du parti unique ont voulu se lancer dans l’aventure de créer un parti politique. Sauf que le rôle de ce gouvernement de transition était justement de faire en sorte que la transition se passe bien et que les élections se passent au mieux. Que l’on explique, dès lors, pourquoi est-ce qu’il a autorisé tous ces partis dont la plupart se ressemble comme deux gouttes d’eau ? Le rôle et le devoir de ce gouvernement aurait été de réguler réellement les créations des partis en mettant en relation entre eux les fondateurs des petits partis qui se ressemblent.

 

Or on se retrouve aujourd’hui avec un nombre absurde de partis politiques, pour la plupart vides de tout militant, et dont personne ne sait rien. Cela crée un climat d’inquiétude et de panique au sein de la population ; climat qui est bien évidemment entretenu par les commentateurs médiatiques qui ne cessent de répéter que cette profusion ne servira qu’à disperser les voix lors des élections et que cette dispersion des voix permettra aux « extrêmes » de s’élever.

 

Voilà la tension et la peur qui monte d’un cran.

 

La menace des extrêmes religieux

 

Depuis le retour de Rached El Ghannouchi le spectre de l’Islam politique hante la Tunisie, du moins une certaine partie de la Tunisie. Des manifestations devant les maisons closes jusqu’à la prière sur l’avenue Bourguiba, en passant par la manifestation devant la synagogue et les prestations grand guignolesques répétées à la télévision de Mourou, tout est fait pour donner la sensation que les militants de l’islam politique sont partout, prêts à prendre le pouvoir.

Cela est un élément fondamental de toute stratégie de la tension : un ennemi des valeurs fondamentales de la société que l’on fait grossir de sorte que la société pense être totalement isolée et noyautée par lui. L’avantage majeur de cet élément est qu’il divise artificiellement la population en deux parties et radicalise l’opinion autours de sujets qui sont à priori consensuels. Nul besoin de rappeler l’usage qu’à fait Mitterrand, en France, du Front National dans les années 1980 afin d’asseoir son second mandat.

 

Encore une fois il convient de se demander pourquoi, alors que ce gouvernement de transition diabolise une certaine contestation politique, il laisse tranquille ces militants vindicatifs et irrespectueux de la loi. Pourquoi la police n’est jamais en train d’appréhender les militants extrémistes qui sèment le chaos, mais toujours en train d’arrêter les jeunes contestataires politiques pacifistes ? Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que ces militants n’existent pas en tant que force politique, ni qu’ils sont payés ou envoyés par le gouvernement, non. Mais ils sont aussi des idiots utiles auxquels ce gouvernement laisse toute latitude.

 

Et les vidéos de leurs exploits circulent, et les médias continuent de les montrer.

 

Et voilà un degré supplémentaire de pression et de peur qui s’abat sur l’ensemble de la population et de la société.

 

La commission du vide

 

Il s’agit là de parler de la commission aux noms divers et changeants présidée par Ben Achour. Cette commission, on le voit de plus en plus, aurait du, si nous avions réellement vécu une révolution achevée, être, en fait, l’assemblée constituante.

 

À la place, nous avons une espèce de monstre à deux têtes impuissant qui ne ressemble à rien et qui est entièrement soumis au bon vouloir de deux vieillards qui se sont retrouvés à la tête d’un État qui essaye de se survivre en pleine tempête révolutionnaire.

 

Nous voilà donc avec une commission dont l’une des têtes doit proposer un code électoral à la seconde tête (qui ne s’y connaît pas plus que cela), et qu’à la fin, les tergiversations des deux têtes seront soumises à la décision des deux vieillards.

 

Et l’on voudrait que cela se passe bien et sans tension… alors qu’en soi-même cette commission est source de tension et d’inquiétude de la part d’une population qui n’a jamais été sensibilisée à des questions juridiques d’ordre électoral et dont la représentativité au sein même de la commission est à ce jour encore mise en question.

 

La plupart des informations qui s’y rapportent relèvent des tensions qui existent en son sein, des désaccord quant à ses membres et de texte de loi dont on ne sait toujours pas qui les votera, ni qui les écrit, ni qui les propose. Toute cette absence de compréhension quant aux mécanismes de cette commission, ainsi que la difficulté du sujet en lui-même pour des néophytes amènent la population à craindre le pire pour les élections à venir. Alors qu’elles devraient être censément envisagées positivement, elle sont considérées avec inquiétude et méfiance.

 

Les sujets de discorde factices et factieux

 

De la laïcité à la parité, nous avons droit tous les jours à l’introduction dans le débat public de sujets complètement artificiels et importés qui ne touchent en rien à notre réalité tunisienne, ni à l’urgence de la situation politique nationale. Ces débats et ces questions semblent surgir tout droit de l’esprit de communicants politiques dont le but est d’éloigner les questions réellement vitales aujourd’hui en Tunisie.

 

Nous voilà donc pris en étau dans des questions absurdes qui ne font qu’instiller, au mieux, un sentiment de distance à l’égard du politique de la part de la population tunisienne ; au pire un sentiment que la politique c’est comme le foot, à savoir, un terrain sur lequel on peut choisir un camp et se disputer de façon absurde dans un but cathartique.

 

Cela émaille la vie tunisienne de débats certes constants, mais d’une stérilité et d’un inintérêt abyssal.

 

L’usage, là encore, de la menace à l’encontre des valeurs fondamentales de la société (en tout cas des valeurs vendues comme telles), ne fait que rajouter encore plus de tensions et de peur de l’autre.

 

Les médias

 

Les médias qui n’ont changé ni de propriétaires, ni de directeurs de programmation font partie des responsables de cette situation et sont parties prenantes dans cette stratégie de la tension. Ils sont le point central d’où se diffuse l’ensemble des points évoqués ici.

 

Il convient de rappeler que la collusion entre le pouvoir et les médias est encore à ce jour aussi forte que ce qu’elle était avant le 14 janvier 2011. En ce qui concerne El Watania, il n’y a pas besoin d’expliquer ni le comment ni le pourquoi. Pour Hannibal, le coup de pression à l’encontre de Larbi Nasra dès les premiers jours de la révolution a servi à s’assurer de la loyauté de sa chaine à l’égard du nouveau régime. Et il apparaît que Tarek Ben Ammar se vante assez de son « investissement » dans la révolution pour qu’il n’y ait pas besoin de faire une grande démonstration de la collusion qui existe entre lui, sa chaine et le gouvernement de transition.

 

Il est évident de toute façon, que pour être fonctionnelle une stratégie de la tension doit pouvoir contrôler les moyens de diffusion de l’information. Sans cela les informations ne seraient pas les mêmes et la population pourrait s’apercevoir du subterfuge et de la manipulation.

 

Avis, donc, aux révolutionnaires, la révolution passe dorénavant par la libération des médias, et par la diffusion d’informations réelles. C’est d’ailleurs pourquoi Sihem Ben Sedrine n’a toujours pas eu l’autorisation de diffuser sa chaine Radio Kalima sur les ondes FM (et qu’elle est à nouveau, comme du temps de Ben Ali, victime d’une attaque sur sa réputation). Et c’est aussi pourquoi une des seules animatrices réellement révolutionnaire de la radio nationale a été embêtée par sa direction.

 

But de la stratégie de la tension

 

Le but de la stratégie de la tension actuellement mise en œuvre en Tunisie est clairement d’entretenir une peur vive au sein de la population tunisienne afin de la maintenir divisée et morcelée. Encore faudrait-il préciser quelle est la population ciblée par cette stratégie de la tension. Il ne s’agit pas de la population tunisienne dans son ensemble, non.

 

Seule une petite portion de cette population est la cible directe de cette stratégie. Il s’agit de cette strate de la population qui a été inventé à dessein pour servir le pouvoir et que l’on nomme, faussement par ailleurs, la « classe moyenne », à savoir, une catégorie de population majoritairement urbaine qui, par un travail laborieux, se maintient dans des critères de vie occidentaux et à qui les deux derniers tyrans ont concédé l’accès à un grand nombre de petits plaisirs luxueux. Ce tableau sociologique risque de déplaire à un grand nombre de mes lecteurs, mais qu’ils soient indulgents et se disent que ce n’est pas le miroir qu’il faut blâmer lorsque l’image qu’il nous renvoie nous déplait.

 

Pour finir j’appelle encore une fois à la réunion de toute les volontés révolutionnaires. Cessez de penser dans la division, cessez de tomber dans les pièges du pouvoir. Il convient plus que jamais de remettre en question les faux arguments que l’on nous assène pour nous appeler au calme ! Nous nous sommes trop avancés pour reculer, il faut avoir l’audace et la volonté d’aller jusqu’au bout de notre liberté.

 

Paris le 07 04 2011,

 

Shiran Ben Abderrazak

Source : La stratégie de la tension - The Invisible War

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Par Anne Wolff - Publié dans : résistance concrète - Communauté : La Cyber-résistance
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 09:39

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CIA et mafia marseillaise

Les socialistes, les Guerini et la CIA

 


Si les alliances nouées pendant la guerre par la pègre corse devaient avoir d’importantes conséquences après la Libération pour le trafic de l’héroïne et si elles avaient jeté les fondations de la future dynastie criminelle de Marseille, la fin de l’occupation allemande allait en générai faire connaître au milieu marseillais des temps difficiles. Pendant plus de vingt ans en effet, Carbone et Spirito avaient domine la pègre, inaugurant de nouvelles formes d’activité criminelle, organisant le commandement et la discipline et établissant surtout des alliances politiques. Ils n’étaient plus la désormais, et aucun des patrons survivants ne jouissait encore du pouvoir ni de la prérogative de ramasser leur sceptre.

 

Pour aggraver les choses, les ennemis traditionnels du milieu, c’est-à-dire les partis communiste et socialiste, restèrent fermement unis jusqu’au milieu de 1946, retirant ainsi à une alliance entre les conservateurs et la pègre toute chance d’obtenir le pouvoir politique. Lors des premières élections municipales d’avril 1945, une coalition de gauche porta le chef du Parti socialiste Gaston Defferre à la mairie. Rompant avec les socialistes en 1946, le Parti communiste mena avec succès une campagne indépendante et élit son propre candidat a la mairie en novembre (23).

 

En outre, une nouvelle unité de la police, les CRS (Compagnies républicaines de sécurité), était devenue le fléau de la pègre marseillaise. Formées pendant les combats de la Libération d’août 1944, lorsque la majorité des policiers municipaux (qui avaient été des collaborateurs notoires) disparurent (24), les CRS se virent assigner la tache de rétablir l’ordre public, de rechercher les collaborateurs, de restreindre la contrebande et de réprimer le trafic du marché noir. Un pourcentage élevé de leurs officiers avaient été recrutés parmi les résistants communistes et ils remplirent leur devoir bien trop efficacement pour la tranquillité du milieu (25).

 

Mais le milieu ne tarda pas a entamer son ascension vers le pouvoir. En automne 1947, un mois de sanglantes batailles de rue, des revers électoraux et l’intervention secrète de la CIA privèrent le Parti communiste du pouvoir et entraînèrent une redistribution définitive des cartes politiques a Marseille. Lorsque les grèves et les émeutes prirent fin, les socialistes avaient rompu tout contact avec les communistes, une alliance entre les socialistes et la pègre contrôlait la vie politique de Marseille et les frères Guerini étaient devenus les « juges de paix » incontestés du milieu marseillais. Pendant vingt ans leurs décisions allaient avoir force de loi au sein de la pègre de Marseille.

 
L'affrontement commença très innocemment par les élections municipales des 19 et 26 octobre 1947. A l’échelon national, le nouveau parti anticommuniste du général de Gaulle (le RPR Rassemblement du peuple français) remporta un confortable succès électoral dans toute la France. A Marseille, les conservateurs requinqués enlevèrent suffisamment de sièges au conseil municipal pour écarter le maire communiste et élire une municipalité conservatrice. L’un des premiers actes officiels de la nouvelle administration consista à augmenter le tarif des tramways municipaux : décision apparemment inattaquable puisqu’elle était parfaitement justifiée par l’aggravation du déficit financier. Pourtant cette mesure allait avoir des conséquences imprévues.
23. Agulhon et Barrat, CRS Li Marseille, p. 144.
24. nlion, Les FTB pp. 292-93.
25. Agulhon et Barrat, CRS d Marseille, p. 46-47, 75-77.

Plus de deux ans après la fin de la guerre, Marseille se dégageait encore difficilement des ruines laissées par les bombardements alliés. Le taux du chômage était élevé, les salaires étaient bas; le marché noir régnait et une grave pénurie des denrées les plus indispensables donnait un air désespéré aux acheteurs matinaux (26). Les tramways présentaient une importance vitale pour la ville, et l’augmentation des tarifs avait pour effet d’aplatir les porte-monnaie et de provoquer la colère. Le syndicat ouvrier socialo-communiste (CGT, Confédération générale du travail) répliqua par le boycottage actif des tramways. Le conducteur qui osait faire rouler un tramway était bloqué par des barricades et des volées de pierres lancées par la population furieuse (27).
La classe ouvrière de Marseille n’était pas seule dans son malheur. Dans la France entière les ouvriers souffraient du fait des difficultés entraînées par un redémarrage économique douloureux. Les ouvriers accomplissaient de longues journées pour relancer la production et ils étaient mal payés de leurs efforts.
Poussés par leurs conseillers américains, les gouvernements français successifs bloquaient les salaires afin d’accélérer le renouveau économique. En 1947 la production industrielle avait pratiquement atteint son niveau d’avant-guerre, mais l’ouvrier spécialisé moyen de Paris ne gagnait que 65 % de ce qu’il touchait au plus fort de la dépression 28. Il était de plus littéralement affamé : le prix de la nourriture était monté en flèche, et l’ouvrier moyen mangeait 18 % de moins qu’en 1938. Et quoique leurs salaires pussent a peine couvrir leurs frais de nourriture, les ouvriers étaient contraints de supporter la plus lourde part des impôts. Le système fiscal était si injuste que le prestigieux quotidien Le Monde l’avait déclaré « plus inique que celui qui avait provoqué la Révolution française (29) ».
A Marseille, durant tout le début du mois de novembre, de regrettables incidents aggravèrent les tensions politiques à la suite du boycottage des tramways, pour culminer avec le déchaînement de violence du 12 novembre. Ce jour fatal commença le matin par une manifestation d’ouvriers en colère, se poursuivit l'après-midi par le tabassage des conseillers communistes lors de la réunion du conseil municipal et finit par un meurtre en début de soirée (30). Tôt ce matin-là plusieurs milliers d’ouvriers s’étaient rassemblés en face du Palais de justice pour exiger la libération de quatre jeunes ouvriers métallurgistes qui avaient été arrêtés pour avoir attaqué un tramway. Alors que la police conduisait deux d’entre eux vers le tribunal, la foule bouscula les policiers et les deux hommes s’échappèrent. Enhardie par ce premier succès, la foule chercha pendant plusieurs heures à forcer les cordons de police,en exigeant que les accusations portées contre les ouvriers soient abandonnées. Devant la détermination de la foule, la cour se réunit hâtivement et vers quatre heures de l’après-midi l’accusation était réduite a un délit mineur. Les manifestants se préparaient a se disperser lorsqu’un ouvrier non identifié arriva en criant : «Tous a la mairie. Ils tabassent nos camarades (31) »
Cette agression avait eu lieu au cours d’une réunion ordinaire du conseil municipal, au moment ou les conseillers communistes avaient soulevé la question du tarif des tramways.
26. Castellari, La Belle Mstoire. . ., pp. 218-19.
27. Agulhon et Barrat, CRS ri Marseille, p. 145.
28. Ioyce Kolko et Gabriel Kolko, The Limits ofPower [N ew York, Harper
& Row, 1972), p. 157.
29. md., p. 440.
30. Agulhon et Barrat, CRS d Marseille, pp. 145-146.
31. Ibid., p. 147.

La discussion s`était envenimée et quelques-uns des partisans musclés du maire (tous membres de la bande Guerini) étaient intervenus pour administrer une correction aux conseillers communistes (32). La nouvelle du tabassage se répandit rapidement dans Marseille et en une heure quarante mille manifestants s’étaient rassemblés devant l’hôtel de ville (33). La poignée de policiers présents sur les lieux ne réussit à maîtriser la situation que lorsque l’ancien maire communiste Jean Cristofol eut calmé la foule. En une demi-heure celle-ci s’était dispersée, et à 18h30 tout était tranquille.
Alors que la plupart des manifestants rentraient chez eux, un groupe de jeunes ouvriers reflua sur les quais et investit les petites rues situées aux abords de l’opéra. Peuplé de boites de nuit et de bordels, ce secteur passait généralement pour être le quartier général de la pègre. ll était de notoriété que ces établissements contrôlaient le marché noir et ils constituaient une cible légitime pour la colère de la classe ouvrière.
Alors que la foule se répandait dans les rues en brisant les vitres, Antoine et Barthélemy Guerini tirèrent des coups de feu dans sa direction, blessant plusieurs manifestants. Dans la soirée un jeune ouvrier métallurgiste mourut de ses blessures (34).
Le lendemain matin le journal communiste La Marseillaise affirmait que « Carlini et de Vernejoul rétablissent les méthodes de Sabiani à la mairie de Marseille ».
Le journal disait qu’une enquête avait révélé que l’attaque dont avaient été victimes les conseillers municipaux était due aux hommes des Guerini (35). Cette accusation ne fut pas réfutée d’une manière convaincante par le journal socialiste Le Provençal ni par Le Méridional gaulliste. Au cours de l’audience du tribunal du 16 novembre, deux policiers témoignèrent avoir vu les Guerini tirer dans la foule. Lors de la même audience, l’un des plus jeunes frères Guerini reconnut qu’Antoine et Banhélemy se trouvaient dans les parages au moment de la fusillade. Mais quatre jours plus tard les policiers se rétractèrent mystérieusement, et le 10 décembre toutes les accusations portées contre les Guerini étaient abandonnées (36). Le matin du 13 novembre, lendemain de la fusillade, la confédération locale des travailleurs appela à une grève générale, et la ville fut entièrement paralysée. Les travailleurs de Marseille avaient atteint le point de rupture a peu près en même temps que leurs camarades du reste du pays. Des grèves sauvages éclatèrent partout, dans les usines, dans les mines et les chemins de fer (37). Puisque les militants ouvriers descendaient dans la rue pour manifester en faveur de salaires honnêtes et de la baisse des prix, la direction du Parti communiste fut obligée, contre son gré, d’entreprendre une action.
Le 14 novembre, le lendemain du jour ou les syndicats de Marseille avaient appelé a la grève, la confédération de gauche des travailleurs, la CGT, appela a une grève générale dans tout le pays.
Contrairement a ce qu’on serait tenté de croire, les dirigeants communistes français de l’époque étaient loin d’être de farouches révolutionnaires.
C’étaient pour la plupart des hommes d’un certain âge, de tendance conservatrice, qui avaient bien servi la patrie dans les rangs de la Résistance et qui aspiraient maintenant par-dessus tout à prendre part au gouvernement de leur pays.
 32. Ibfd., p. 148.
33.1bfd., p. 171.
34.1bid., pp. 149-150.
35. La Marseillaise (Marseille), 13 novembre 1947.
36. La Marseillaise, 17 et 21 novembre et 10 décembre 1947.
37. Kolko et Kolko, The Limits of Power, p. 396.

L’habileté dont ils avaient fait preuve dans la direction de la Résistance leur avait valu le respect de la classe ouvrière et, grâce à leurs efforts, les travailleurs français syndiqués avaient accepté des bas salaires après la guerre et s’étaient abstenus de faire grève en 1945 et 1946.
Cependant, leur soutien renouvelé à la politique d’austérité draconienne du gouvernement commençait à leur coûter des voix aux élections syndicales, et au milieu de 1946 un observateur du département d’Etat américain déclarait que les dirigeants communistes « ne pouvaient plus contenir le mécontentement de la base (38) ». Lorsque des grèves sauvages et des manifestations éclatèrent à la mi-novembre 1947, le Parti communiste se vit obligé de les soutenir pour ne pas perdre la direction de la classe ouvrière. ll le fit toutefois sans enthousiasme. Cependant, à la fin de novembre, 3 millions de travailleurs étaient en grève et l’économie française se trouvait pratiquement paralysée.
Dédaignant l’avis de leurs propres experts, les responsables de la politique étrangère américaine interprétèrent la grève de 1947 comme une manoeuvre politique du Parti communiste et « craignirent » qu'elle ne fut le prélude d’une « mainmise sur le gouvernement ». La raison de cet aveuglement était simple : dès le milieu de 1947 la guerre froide avait « gelé » et tous les événements politiques se voyaient considérés sous l’angle du « conflit idéologique mondial opposant le communisme de l’Est a la démocratie occidentale (39) ».
Inquiète des progrès soviétiques en Méditerranée orientale et de la croissance des partis communistes en Europe occidentale, l’administration Truman mit sur pied en mai un plan de redressement européen (appelé couramment le plan Marshall) dont le budget se montait à plusieurs milliards de dollars et créa en septembre la CIA (40). Décidée à sauver la France d’un coup d’Etat communiste imminent, la CIA intervint pour aider à briser la grève, en choisissant le Parti socialiste pour gourdin.
Après des décennies d’enquête, les acteurs de ces opérations clandestines sortirent du secret officiel qui les avait longtemps dissimulés. Lorsque, au début de l’année 1947, le Congrès vota un budget de 400 millions de dollars pour combattre le communisme, le président Harry Truman «employa cet argent ouvertement en Grèce et en Turquie, mais clandestinement en France et en Italie, par l’intermédiaire de la CIA, en vue d’apporter un soutien aux partis politiques démocratiques (41) ». Cet été-la, dans le chaos bureaucratique qui suivit la création de l’Agence, les fonctions de renseignements furent dispersées entre le Département de la Défense, le Département d’Etat et la branche exécutive sous la direction assez lâche du nouveau directeur de la CIA. Dans l’urgence de se doter d’une force de renseignements, le National Security Council créa l‘0ffice of Policy Coordination (OPC) en juin 1948 en vue de développer « une capacité d’action politique secrète », mission assez large qui le chargeait d’opérations clandestines telles que l’infiltration des syndicats.
Financé par la CIA mais hébergé par le Département d’Etat et celui de la Défense, l’OPC se développa dans cette situation anormale - hors de tout contrôle bureaucratique et bien plus généreusement financé que la CIA elle-même (42).
38. Ibid., p. 157.
39. Walter Lafeber, America, Russia and the Cold Mr (New York, Iohn Wiley and Sons, 1967), p. 47.
40. lbid., pp. 48, 56.
41. John Ranelagh, The Agency : The Rise and Decline ofthe CIA (New York : Simon & Schuster), p. 131.
42. Commission sénatoriale sur les activités du gouvernement, « History of the Central Intelligence Agency », Supplementary Detailed Staff Report on Foreign an lwlitary (Government Printing Ofice, Rapport du Sénat
n° 94-755), pp. 25-37.

Le fondateur de l’OPC était Frank Wisner, ancien agent de l’OSS qui avait passé les années d’après-guerre en Europe à recruter d’anciens nazis, dont de nombreux criminels de guerre de premier plan, en vue de les envoyer derrière les lignes soviétiques.
Sous sa direction brillante et originale, l’OPC attira rapidement de talentueux vétérans de l’OSS comme Thomas Braden et Wllliam Colby qui partageaient l’opinion selon laquelle tout ennemi du communisme, qu’il soit officier de la Gestapo ou gangster corse, pouvait devenir un allié de l’Amérique (43). Ainsi que l’expliquait Colby, futur directeur de la CIA, l’OPC de Wisner « agissait comme un ordre des Templiers, voué à sauver la liberté de l’Occident des ténèbres communistes (44) ».
Des le début de la Guerre froide, la CIA et l’OPC décidèrent que les syndicats étaient la clé du combat pour l’Europe occidentale. Par l’intermédiaire de l’American Federation of Labor (AFL), qui organisait déjà ses propres réseaux clandestins en Europe, l’Agence entreprit de faire parvenir quelque deux millions de dollars par an aux dirigeants syndicaux Anticommunistes (45). « ]e crois que l’intérêt manifesté par l’AFL/CIO pour la protection du port de Marseille et d’autres choses de cet ordre avait commencé avant la création de l’Agence », déclarait Braden, responsable de l’OPC pour ces opérations. « ]’ai l’impression qu'elles étaient effectuées par l’OSS, ou bien par l’armée, ou bien encore par le Département d’Etat (46). » ll est de fait qu’au début de l’année 1947, l'ambassadeur des Etats-Unis en France, Iefferson Caffery, avait déjà prévenu Washington que « le pouvoir du Kremlin s’étendait de plus en plus... par l’intermédiaire... du Parti communiste français et de sa forteresse, la CGT (47) ». En un tacite appel de fonds, l’ambassadeur regrettait que « les dirigeants syndicaux qui s’opposent à l'emprise des communistes sur la CGT n’aient pas été en mesure (principalement par manque d’argent) d’organiser des groupes d’opposition eficaces (48) ». Lorsqu’en 1947, les communistes appelèrent à des grèves contre le plan Marshall, la CIA, au cours de l’une de ses premières opérations, lança une contre-attaque secrète. Par l’intermédiaire de l’AFL, elle organisa la première scission d’un syndicat européen en faisant parvenir des fonds
a Léon Jouhaux, dirigeant socialiste, qui fit sortir son syndicat Force Ouvrière d’une CGT dominée par les communistes (49).
Sans pour autant en reconnaître l’origine, le président de l’AFL, George Meany, devait se vanter plus tard d’avoir « financé la scission du syndicat français sous contrôle communiste - nous l'avons payé, nous leur avons fait parvenir de l’argent des syndicats américains, nous avons organise leurs bureaux et envoyé du matériel (50) ».
43. ]ohn Loftus, The Belarus Secret (New York : Knopf, 1982), pp. 105-29; Vfllian Colby, Honorable Men :My Life in the CIA (New York : Simon& Schuster, 1978), p. 75.
44. Colby, Honorable Men, p. 73.
45. Ronald L. Filippelli, American Labor and Postwar Italy, 1943-1953 (Stanford : Standford University Press, 1989), pp. 112-113.
46. Tom Braden a fait ces remarques en novembre 1983. Cf Ranelagh, The Agency pp. 247-48.
47. Peter Weiler, «The United States, International Labor, and the cold War : The Breakup of the World Federation of Trade Unions », Dqolomatic History  5 n° 1 (1981), p. 12.
48. Trevor Barnes, « Le secret de la guerre froide : la CIA et la politique étrangère américaine en Europe, 1946-56 », 1er partie, Historical Journal 24, n° 2 (1981), pp. 411-12.
49. Filippelli, American Labor; pp. 112-13. Quelques mois avant de « provoquer » la scission entre les fractions communiste et socialiste de la CGT, le dirigeant ouvrier socialiste Léon Jouhaux s'était rendu à (...) Washington pour y rencontrer les membres de l’administration Truman. Le Monde (Paris), 12 mai 1957.

A première vue, il peut sembler déplacé de voir la CIA soutenir un organisme situé aussi à gauche qu’un Parti socialiste. Or il n’existait en France que trois partis politiques importants : les partis socialiste, communiste et gaulliste, et, par simple élimination, la CIA se retrouva dans les bras des socialistes. Si le général de Gaulle se montrait bien trop indépendant au goût des Américains, les dirigeants socialistes, qui perdaient rapidement du terrain sur les communistes, n’étaient, eux, que trop disposés a collaborer avec la CIA.
Dans un article du Saturday Evening Post paru en 1967, l’ancien directeur du département des affaires internationales de la CIA, Thomas W. Braden, expliquait la stratégie de l’Agence qui consistait à se servir de la gauche pour combattre la gauche : Elle fut l’oeuvre de Jay Lovestone, adjoint de David Dubinsky au Syndicat international des travailleurs de la couture. Ayant été le chef du Parti communiste des Etats-Unis, Lovestone possédait une parfaite connaissance des opérations d’infiltration à l’étranger.
En 1947 la Confédération générale du travail, communiste, déclencha à Paris une grève qui faillit paralyser l’économie française. On craignait une prise de pouvoir.
C’est dans cette conjoncture qu’intervinrent Lovestone et son adjoint Irving Brown. A l’aide de fonds fournis par le syndicat de Dubinsky, ils créèrent Force Ouvrière,
un syndicat non communiste. Lorsqu’ils furent à court d’argent, ils firent appel à la CIA. C’est ainsi que commenca le financement secret des syndicats libres, qui bientôt se répandit en Italie.
Sans ce financement, l’histoire de l’après-guerre eut peut-être été très différentes (51).
Les versements de la CIA, de l'ordre de un million de dollars par an, assurèrent au Parti socialiste une solide base électorale au sein du mouvement ouvrier (52), et donnèrent à ses dirigeants la puissance politique nécessaire pour affronter les travailleurs en grève.
Tandis que le leader socialiste de Marseille, Gaston Defferre, prêchait une croisade anticommuniste du haut de la tribune de l’Assemblée nationale et dans les colonnes du Provençal (53), le ministre socialiste de l’intérieur, Jules Moch, ordonnait à la police d’intervenir brutalement contre les travailleurs en grève (54). 
50. Filippelli, American Labor; p. 113.
51. Thomas Braden, « Je suis heureux que la CIA soit “immorale” », Saturday Evening Post 20 mai 1967, p. 14.
52. Ibid. Ce n’était pas la première fois que les services de renseignements américains employaient ce mode de financement secret pour créer des dissensions dans les rangs du mouvement ouvrier français. Durant la Seconde Guerre mondiale, la branche travail de l’0SS, dirigée par Arthur Goldberg, procura des fonds à la «direction socialiste» de la CGT clandestine, mais refusa catégoriquement d’en accorder aux éléments communistes de la même organisation. Ce parti pris occasionna un regrettable incident qui envenima les relations existant entre (...) les parties concernées.
(R. Hams smith, OSS : The Secret History Umvelslty of American’s First Central Intelligence Agency (Berkeley, University of California Press1972. p 182)
53. Le Provençal (Marseille), 8-9 et 14 novembre 1947.
54. « C’est à cette occasion que les dirigeants de la fraction Force Ouvrière se séparèrent définitivement de la CGT et fondèrent, avec l’aide des organisations syndicales américaines (C’est nous qui soulignons),   l’organisation qui porte toujours ce nom».
Jacques Julliard, la IV République, Paris, Calmann-Lévy 1968, p. 124.

Sur les conseils et avec l’aide de l’attaché militaire américain à Paris, Moch demanda le rappel de 80000 réservistes et mobilisa 200 000 soldats pour lutter contre les grévistes. Face à ce déploiement de force, la CGT suspendit la grève le 9 décembre, après moins d’un mois d’arrêt de travail (55) ".
Les plus sanglants affrontements survenus durant cette grève n’eurent pas lieu à Paris, comme le dit Braden, mais à Marseille. Pour plusieurs raisons, il était capital pour la politique étrangère américaine de  remporter la victoire à Marseille qui, étant un des plus grands ports internationaux de France, constituait une tête de pont vitale pour les exportations du plan Marshall vers l’Europe. Une influence durable des communistes sur l’administration du port aurait fait peser une menace sur le succès du plan Marshall et de tout autre programme d’assistance ultérieur. Marseille étant par ailleurs la seconde ville de France, une emprise durable des communistes sur l’électorat marseillais augmenterait les chances du Parti communiste de recueillir suffisamment de voix pour former le gouvernement (le Parti communiste représentait déjà 28 % de l’électorat et il était le premier parti de France).
L’élargissement du fossé creusé entre les Partis communiste et socialiste de Marseille et l’attitude anticommuniste de Defferre s’étaient déjà manifestés au cours des débats de l’Assemblée nationale portant sur les sanglants incidents du 12 novembre à Marseille.
Alors que les porte-parole locaux du Parti communiste avaient imputé aux Guerini les violences subies par les conseillers municipaux et l’assassinat d’un ouvrier métallurgiste, le leader socialiste Gaston Defferre préféra attaquer les communistes Les drapeaux américain et britannique qui flottaient sur l'hôtel de ville ont été arrachés par les hordes communistes.... Nous savons maintenant de quoi les communistes sont capables : je ne doute pas que le gouvernement n’en tire les conséquences. Le Parti socialiste déplore ces incidents, et ne tolérera pas que ceux qui se disent députés soient à même de défier la loi (56).
Quelques jours après, le député communiste Jean Cristofol réfuta les allégations de Defferre, accusant à son tour les truands aux ordres des Guerini d’être à la solde des Partis gaulliste et socialiste de Marseille.
Lorsque Defferre s’éleva pour nier qu’il put même connaître M. Guerini, un autre député communiste lui rappela qu’un cousin de Guerini était rédacteur en chef de son journal Le Provençal. Puis il prit la parole pour révéler quelques signes inquiétants de la renaissance du milieu marseillais : les collaborateurs étaient libérés de prison sur parole et les fonctionnaires autorisaient la réouverture des boites de nuit du milieu, au nombre desquelles figurait le Club Parakeet des Guerini. Ces établissements avaient été fermés en juin 1947 sur ordre de Cristofol lui-même, alors maire de la ville (57).
55. Kolko et Kolko, The Limits of Power, p. 370. Cette alliance entre la CIA et les socialistes fut apparemment précédée de négociations complexes. Au cours d'une visite effectuée à Washington en mai 1949, le chef du Parti socialiste Léon Blum déclara a un Journaliste français d'une agence de presse :
« De nombreux diplomates américains avec (...) qui j 'ai parlé sont persuadés que le socialisme peut devenir le meilleur rempart contre le communisme en Europe. » La presse américaine rapporta plus tard que le secrétaire au Trésor du président Truman avait exhorté Blum à rassembler les partis non communistes et a expulser les communistes du gouvernement. (Le Monde, Paris, 12 mai 1967).
56. Le Provençal, 14 novembre 1947.
57. La Marseillaise, 14 novembre 1947.

La première mesure prise par les socialistes pour briser la grève de Marseille consista à éliminer des rangs des CRS les partisans supposés des communistes. Cette tache une fois accomplie, il deviendrait possible sans difficulté de donner a ces unités l’ordre d’employer des méthodes violentes contre les grévistes.
A cette fin, et quoique les rapports officiels n’aient pas été avares d’éloges à l’égard de la conscience professionnelle de ces policiers (58), le maire socialiste Gaston Defferre leur reprocha d’avoir pris le parti des manifestants au cours de l’émeute du 12 novembre (59). Après que les responsables socialistes eurent dressé la liste des hommes suspectés de communisme, Defferre la transmit au ministre socialiste Jules Moch, qui ordonna la mise à pied des accusés (60). Cette initiative des socialistes fut certainement du goût des organisations corses aux abois. A la différence de la police régulière les CRS s’étaient attaqués sérieusement à la contrebande et au marché noir auxquels se livrait le milieu (61).
Une fois l’épuration menée à bien, les CRS se lancèrent à l’attaque des piquets de grève avec une violence sans frein (62).
Mais il fallait davantage qu’une simple épuration policière pour briser la détermination des quatre-vingt mille grévistes de Marseille. Si les Américains tenaient à remporter la victoire à Marseille, il allait devoir se battre. C’est d’ailleurs exactement ce que fit la CIA.
Grâce à ses relations avec le Parti socialiste, la CIA avait envoyé à Marseille des agents et une équipe de spécialistes de la guerre psychologique qui traitèrent directement avec les chefs des organisations corses par l’entremise des frères Guerini.
Les agents de la CIA fournirent des armes et de l’argent aux gangs corses pour leur permettre d’attaquer les piquets de grève communistes et de harceler les principaux responsables syndicaux. Au cours de ce mois de grèves, les gangsters de la CIA et les CRS épurées malmenèrent les piquets de grève et assassinèrent plusieurs gréviste.
Pour finir les spécialistes de la guerre psychologique de la CIA diffusèrent des tracts, des émissions de radio et des affiches visant à dissuader les travailleurs de poursuivre la grève (63). Certaines initiatives des spécialistes de la guerre « psy » furent assez brillantes : à un moment donné le gouvernement américain menaça de rapatrier aux Etats-Unis une cargaison de soixante-cinq mille sacs de farine destinés à la ville affamée si les dockers ne la déchargeaient pas immédiatement (64).
La violence et la faim se faisaient si durement sentir que le 9 décembre les travailleurs de Marseille abandonnèrent la grève en même temps que leurs camarades du reste de la France. La conclusion de cet épisode ne manqua pas d’ironie.
58. Agulhon et Barrat, CRS à Marseille, pp. 156-173.
59. Le Provençal, 14 novembre 1947.
60. Agulhon et Barrat, CRS à Marseille, pp. 204, 215.
61. Ibid., pp. 76, 128.
62. Ibid., p. 196.
63. Entretien avec le lieutenant-colonel Lucien Conein, McLean, Virginie, 18 juin 1971. (Lucien Conein servit d’officier de liaison de 1’OSS auprès de la Résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale, et devint ensuite un agent de la CIA).
64. Castellari, La Belle Histoire de Marseille, p. 22 1.

La veille de Noël 1947, quatre-vingt-sept wagons arrivèrent en gare de Marseille, chargés de farine, de lait, de sucre et de fruits, « dons du peuple américain », qu’acclamaient des centaines d’écoliers agitant des petits drapeaux américains (65).
Les Guerini retirèrent assez de pouvoir et de notoriété du rôle qu’ils avaient joué dans l’écrasement de la grève de 1947 pour s’affirmer comme les nouveaux chefs de la pègre corse. Mais quoique la CIA eut contribué à rétablir le politique de la pègre corse, ce n’est qu'à 1’occasion de la grève des dockers de 1950 que les Guerini acquirent suffisamment de puissance pour prendre le contrôle des quais de Marseille.
Influence politique et mainmise sur les quais créaient de parfaites conditions pour le développement des laboratoires d’héroine de Marseille - au moment même où le patron de la Mafia Lucky Luciano, recherchait de nouveaux fournisseurs.
L’austérité économique qui avait provoqué la grève de 1947 fut aussi à l’ori gine de celle de 1950 . La condition des travailleurs loin de s’améliorer durant cet intervalle de trois ans, avait au contraire  empiré. Marseille avec sa tradition de radicalisme ouvrier, avait encore davantage de raisons de se mettre en grève. Marseille était la « Porte de l’Orient » de la France, par laquelle passait 1e matériel (notamment les munitions et les vivres américains) destiné au corps expéditionnaire français combattant en Indochine. La guerre d’Indochine était à peu près aussi impopulaire en France que la guerre du Viêt-nam allait l’être en Amérique.
En outre, Ho Chi Minh avait participé à la création du Parti communiste français et était considéré en France comme un héros par les membres progressistes de la classe ouvrière, surtout à Marseille où résidaient beaucoup d’Indochinois (66).
En janvier, les dockers de Marseille entreprirent le boycottage sélectif des navires transportant des marchandises vers la zone des combats. Et le 3 février la CGT réunit une assemblée des dockers marseillais à l’issue de laquelle fut publiée une déclaration exigeant « le retour du corps expéditionnaire d’Indochine pour mettre fin à la guerre du Vietnam » et exhortant « tous les syndicats à entreprendre les actions les plus efficaces possible contre la guerre du Vietnam ».
La circulation des cargaisons d’armes à destination de l’Indochine fut « paralysée » (67).
Quoique les ports de l’Atlantique se soient joints à l’embargo au début de février, leur action n’eut ni la même efficacité ni la même importance que la grève de Marseille (68).
A la mi-février la grève s’était étendue à l’industrie métallurgique (69), aux mines et aux chemins de fer.
65.1bid., p. 222.
66. Les relations étroites existant entre la communauté vietnamienne de Marseille et la gauche française jouèrentt également un rôle dans l’histoire de la deuxième guerre d’Indochine. Aussitôt après la Libération, le commissaire de Marseille, Raymond Aubrac, dont les sympathies allaient à la gauche, découvrit les conditions misérables prévalant dans les campements des travailleurs indochinois installés dans la banlieue de la ville et fit tout son possible pour les assainir. Ses efforts lui valurent le respect des organisations nationalistes vietnamiennes et, par leur intermédiaire, il fut présenté a Ho Chi Minh, qui était venu en France pour négocier en 1946. Quand la commission Pugwash élabora en 1967 une proposition de désescalade destinée à mettre fin à la guerre du Vietnam, Aubrac fut choisi pour la transmettre à Ho Chi Minh à Hanoi (Agulhon et Barrat, CRS à Marseille, p. 43).
67. Combat (Paris), 4 février 1950.
68. New York Times, 18 février 1950, p. 5.
69. New York Times, 24 février 1950, p. 12.

Mais la plupart de ces grèves étaient entreprises à contrecoeur.
Le 18 février le journal parisien Combat écrivait que Marseille se trouvait une nouvelle fois à la pointe du combat : 70 % des travailleurs marseillais soutenaient la grève contre seulement 2 % à Bordeaux, 20 % à Toulouse et 20 % à Nice (70).
Le radicalisme de la classe ouvrière de Marseille nécessitait une fois de plus des méthodes spéciales et Thomas Braden, de la CIA, a raconté plus tard de quelle manière il résolut le problème : Devant moi, sur le bureau où ces lignes,  est posée une feuille de papier jaune, froissée et décolorée. Elle porte la mention suivante écrite au crayon : « Reçu de Warren G. Haskins la somme de 150000 dollars (signé) Norris A. Grambo ». J’ai recherché ce papier le jour où les journaux révélèrent le « scandale » des relations existant entre l’Agence centrale de renseignements et les étudiants et dirigeants syndicaux. Ce fut une recherche mélancolique et, lorsqu’elle prit fin, je me sentais triste. Car Waren G. Haskins, c’était moi. Norris A. Grambo était Irving Brown de l’Arnerican Federation of Labor (AFL). Les 15 000 dollars provenaient des coffres de la CIA, et ce papier jaunie est le dernier souvenir que je possède d’une vaste opération secrète... C’est moi qui ai eu l’idée de donner 15 000 dollars à Irving Brown. Il en avait besoin pour payer ses escouades de gras bras des ports de Ia Méditerranée (c’est nous qui soulignons), afin que les cargaisons américaines puissent être déchargées en dépit de l’opposition des dockers communistes (71).
Grâce à deux millions de dollars fournis par la CIA, le dirigeant de l’AFL Irwin Brown fit venir d’Italie des travailleurs « jaunes » qu’il mit à la disposition de son allié, Pierre Ferri-Pisani (72). Décrit par le magazine Time comme un « Corse rude et impétueux », Pierre Ferri-Pisani fit travailler ces « jaunes » ainsi qu’une escouade de criminels corses sur les quais ou ils déchargèrent les armes en provenance d’Amérique et parvinrent ainsi à briser la grève.
Entouré de ses mercenaires, Ferri-Pisani faisait irruption dans les cellules locales du Parti communiste et menaçait de faire « payer personnellement » les dirigeants du Parti si le boycottage continuait.
Et, comme le rapportait avec satisfaction le magazine Time, « le premier communiste qui essaya de virer les hommes de Ferri-Pisani fut flanqué à l’eau (73) ».
En outre les hommes de Guerini furent charges de tomber à bras raccourcis sur les piquets de grève communistes pour permettre à la troupe et aux jaunes de parvenir jusqu’aux docks ou ils pourraient commencer à décharger les munitions et les vivres.
Le 13 mars les représentants du gouvernement étaient en mesure d’annoncer que, en dépit d’un boycottage persistant de la part des travailleurs communistes, 900 dockers renforcés par la troupe avaient rétabli le service normal du port de Marseille (74) ».
70. Combat, 18-19 février 1950.
71. Braden, « Je suis heureux que la CIA soit “immorale” », p. 10.
72. Filippelli, American Labor,  p. 181; Ronald radosh, American Labor and United States Foreign Policy (New York : Random House, 1969), pp. 323-24.
73. Time, 17 mars 1952. P. 23.
74. New York Times, 14 mars 1950, p. 5.

Bien que des boycottages sporadiques aient eu lieu jusqu’à la mi-avril, Marseille était désormais soumise et la grève était pratiquement terminée (75).
Mais ces « victoires » enregistrées dans la guerre froide eurent des conséquences imprévues.
En fournissant aux organisations corses de l’argent et un appui, la CIA avait levé le dernier obstacle qui entravait les opérations de contrebande des Corses à Marseille.
Quand le milieu eut ajouté la prise de contrôle des quais à l’influence politique qu’il avait acquise avec l’aide de la CIA en 1947, les conditions se trouvèrent réunies pour que Marseille devienne le laboratoire d’héroïne de 1'Amérique. La police française déclara plus tard que les premiers laboratoires de Marseille furent ouverts en 1951, quelques mois seulement après que le milieu eut pris le contrôle des quais.
Gaston Defferre et le Parti socialiste sortirent également victorieux des grèves de 1947 et 1950 qui affaiblirent le Parti communiste local. De 1953 jusqu’à sa mort, en 1986, Defferre et les socialistes ont régné sans discontinuer sur la municipalité de Marseille.
Les Guerini semblent avoir maintenu leurs relations avec les socialistes de la ville.
Des membres du clan Guerini ont servi de gardes du corps et de colleurs d’affiches aux candidats socialistes locaux jusqu’à la chute de la famille en 1967.
75. New York Times, 16 avril 1950, 4em section. P. 4.

Extraits de "Marseille sur Héroïne, la French Connection (1945-1975)"
de Alfred McCoy

Source : CIA et mafia marseillaise - Chien Guevara

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Par Anne Wolff - Publié dans : guerres de l'empire - Communauté : Résistance 2007
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 09:19

 

 

Après les nations, au tour des administrations d'être notées

Standard & Poor’s s’attaque à la Sécurité sociale


Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Unedic, Réseau ferré de France, Caisse des dépôts et consignations... De nombreuses structures publiques sont sous la menace d’une dégradation de leur notation financière par l’agence Standard & Poor’s. Comme si tout ce qui relevait de l’intérêt général devait être éradiqué au profit de la spéculation.

L’agence Standard and Poor’s semble partie en croisade : après avoir placé « sous surveillance avec implication négative » le triple A de la France, en même temps que les notes de 15 pays de la zone euro le 5 décembre, puis sous surveillance négative le Fonds européen de stabilité financière (FESF) le 6 décembre, l’agence de notation a menacé de dégrader la note de régions et de grandes villes françaises. Le 7 décembre, elle envisageait de baisser les notes de la Ville de Paris et de la région Île-de-France. Ce même jour, elle plaçait « sous surveillance avec implication négative » les notes de plusieurs organismes publics français : la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), l’Agence française de développement, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), la Caisse nationale des autoroutes, l’Unedic, le Réseau ferré de France (RFF)… L’agence de notation cible ainsi la protection sociale, la santé, les transports publics et la coopération internationale, estimant que ces organismes dépendent de l’État et seraient donc mécaniquement touchés par une dégradation du triple A de la France.

La Caisse des dépôts et consignations (CDC), elle aussi menacée d’une dégradation de son triple A, rappelle dans un communiqué qu’elle dispose d’une « situation de solvabilité très solide, nettement supérieure à celle requise par les normes bancaires, et adaptée à sa mission d’investisseur de long terme et de protection des dépôts réglementés ». La décision de Standard and Poor’s pourrait pénaliser la CDC dans son rôle de soutien financier à l’économie française (sauvetage de la banque Dexia, financement des collectivités locales...). Alors qu’elle a réalisé en 2010 un bénéfice net 2,1 milliards d’euros, en progression de 8,6 %.

La Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) s’étonne également de cette décision, alors qu’une loi organique protège ses ressources jusqu’en 2025, prévoyant que toute nouvelle dette reçue par la Cades soit accompagnée de ressources nouvelles [1]. La menace de Standard and Poor’s provoquera un enchérissement du crédit pour ces structures publiques, ce qui diminuera leurs ressources et donc, entre autres, alourdira la dette de la Sécurité sociale ou affaiblira leurs capacités d’action. En s’attaquant à des organismes dépendants de l’État mais dont les finances semblent saines, Standard and Poor’s donne un signal clair aux marchés financiers : feu vert à la spéculation sur tous les leviers financiers de l’État !


Par Agnès Rousseaux(12 décembre 2011)

  Notes : [1] Chaque année, le Conseil constitutionnel vérifie que les ressources qui lui sont affectées sont suffisantes pour qu’elle puisse mener ses missions. Le remboursement de la Cades est notamment garanti par le produit de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et par un prélèvement sur la contribution sociale généralisée (CSG).

Source : Après les nations, au tour des administrations d'être notées - Chien Guevara


Par Anne Wolff - Publié dans : Empire économique et concentration de richesses - Communauté : La Cyber-résistance
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 23:52

 

 


Entretien publié dans Siné Mensuel en octobre 2011.

lundi 21 novembre 2011, par Raoul Vaneigem

Membre de l’Internationale situationniste de 1961 à 1970, Raoul Vaneigem est l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Gallimard, 1967), d’où furent tirés les slogans les plus percutants de Mai 68, et d’une trentaine d’autres livres. Dernier titre paru : L’État n’est plus rien, soyons tout (Rue des Cascades, Paris, 2010).

Peux-tu donner une brève définition des situationnistes ?

Non. Le vivant est irréductible aux définitions. Ce qu’il y avait de vie et de radicalité chez les situationnistes continue à se développer dans les coulisses d’un spectacle qui a toutes les raisons de le taire et de l’occulter. En revanche, la récupération idéologique dont cette radicalité a été l’objet connaît une vague mondaine dont les intérêts n’ont rien de commun avec les miens.

Que voulaient dire les situs quand ils affirmaient que le situationnisme n’existait pas ?

Les situationnistes ont toujours été hostiles aux idéologies, et parler de situationnisme serait mettre une idéologie où il n’y en a pas.

Pour quelles raisons as-tu rompu avec l’Internationale situationniste en 1970 ? Avec le recul, que penses-tu de Guy Debord ?

J’ai rompu parce que la radicalité qui avait été prioritaire jusqu’en mai 1968 était en train de se dissoudre dans des comportements bureaucratiques. Chacun a alors choisi ou de poursuivre seul sa voie, ou d’abandonner le projet d’une société autogérée. Peut-être Debord et moi étions-nous plus dans la complicité que dans l’affection, mais qu’importe la rupture ! Ce qui a été sincèrement vécu n’est jamais perdu. Le reste n’est que l’écume de la futilité.

Quel regard portes-tu sur le mouvement des Indignés ?

C’est une réaction de salut public, à l’encontre de la résignation et de la peur qui donnent à la tyrannie du capitalisme financier son meilleur soutien. Mais l’indignation ne suffit pas. Il s’agit moins de lutter contre un système qui s’effondre qu’en faveur de nouvelles structures sociales, fondées sur la démocratie directe. Alors que l’État envoie à la casse les services publics, seul un mouvement autogestionnaire peut prendre en charge le bien-être de tous.

L’utopisme est-il toujours à l’ordre du jour ?

L’utopisme ? Mais c’est désormais l’enfer du passé. Nous avons toujours été contraints de vivre dans un lieu qui est partout et où nous ne sommes nulle part. Cette réalité est celle de notre exil. Elle nous a été imposée depuis des millénaires par une économie fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme. L’idéologie humaniste nous a fait croire que nous étions humains alors que nous restions, pour une bonne part, réduits à l’état de bêtes dont l’instinct prédateur s’assouvissait dans la volonté de pouvoir et d’appropriation. Notre « vallée de larmes » était considérée comme le meilleur des mondes possibles. Or, a-t-on inventé un mode d’existence plus fantasmatique et plus absurde que la toute-puissante cruauté des dieux, la caste des prêtres et des princes régnant sur les peuples asservis, l’obligation de travailler censée garantir la joie et accréditant le paradis stalinien, le Troisième Reich millénariste, la Révolution culturelle maoïste, la Société de bien-être (le Welfare State), le totalitarisme de l’argent hors duquel il n’y a ni salut individuel ni salut social, l’idée enfin que la survie est tout et que la vie n’est rien ? À cette utopie-là, qui passe pour la réalité, s’oppose la seule réalité qui vaille : ce que nous essayons de vivre en assurant notre bonheur et celui de tous. Désormais, nous ne sommes plus dans l’utopie, nous sommes au cœur d’une mutation, d’un changement de civilisation qui s’esquisse sous nos yeux et que beaucoup, aveuglés par l’obscurantisme dominant, sont incapables de discerner. Car la quête du profit fait des hommes des brutes prédatrices, insensibles et stupides.

Explique-nous comment la gratuité, selon toi, est un premier pas décisif vers la fin de l’argent.

L’argent n’est pas seulement en train de dévaluer (le pouvoir d’achat le prouve), il s’investit si sauvagement dans la bulle de la spéculation boursière qu’elle est vouée à imploser. La tornade du profit à court terme détruit tout sur son passage, elle stérilise la terre et dessèche la vie pour en tirer de vains bénéfices. La vie, humainement conçue, est incompatible avec l’économie qui exploite l’homme et la terre à des fins lucratives. À la différence de la survie, la vie donne et se donne. La gratuité est l’arme absolue contre la dictature du profit. En Grèce, le mouvement « Ne payez plus ! » se développe. Au départ, les automobilistes ont refusé les péages, ils ont eu le soutien d’un collectif d’avocats qui poursuit l’État, accusé d’avoir vendu les autoroutes à des firmes privées. Il est question maintenant de refuser le paiement des transports publics, d’exiger la gratuité des soins de santé et de l’enseignement, de ne plus verser les taxes et les impôts qui servent à renflouer les malversations bancaires et à enrichir les actionnaires. Le combat pour la jouissance de soi et du monde ne passe pas par l’argent mais, au contraire, l’exclut absolument.

Il est aberrant qu’une grève entrave la libre circulation des personnes alors qu’elle pourrait décréter la gratuité des transports, des soins de santé, de l’enseignement. Il faudra bien que l’on comprenne, avant le krach financier qui s’annonce, que la gratuité est l’arme absolue de la vie contre l’économie.

Il ne s’agit pas de casser les hommes mais de casser le système qui les exploite et les machines qui les font payer.

Tu prônes la désobéissance civile. Qu’entends-tu par là ?

C’est ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en Tunisie, au Portugal. C’est ce que résume le titre de mon pamphlet écrit pour des amis libertaires de Thessalonique, L’État n’est plus rien, soyons tout. La désobéissance civile n’est pas une fin en soi. Elle est la voie vers la démocratie directe et vers l’autogestion généralisée, c’est-à-dire la création de conditions propices au bonheur individuel et collectif.

Le projet d’autogestion amorce sa réalisation quand une assemblée décide d’ignorer l’État et de mettre en place, de sa propre initiative, les structures capables de répondre aux besoins individuels et collectifs. De 1936 à 1939, les collectivités libertaires d’Andalousie, d’Aragon et de Catalogne ont expérimenté avec succès le système autogestionnaire. Le Parti communiste espagnol et l’armée de Lister l’écraseront, ouvrant la voie aux troupes franquistes.

Rien ne me paraît plus important aujourd’hui que la mise en œuvre de collectivités autogérées, capables de se développer lorsque l’effondrement monétaire fera disparaître l’argent et, avec lui, un mode de pensée implanté dans les mœurs depuis des millénaires.

Tu désapprouves le système carcéral mais, en 1996, tu as participé à Bruxelles à la Marche blanche qui, selon la presse française, réclamait une répression accrue des actes de pédophilie. N’est-ce pas contradictoire ?

Voilà bien un exemple de contre-vérité journalistique manifeste. Si les parents des victimes de Dutroux avaient réclamé la peine de mort pour l’assassin, la foule aurait abondé dans leur sens. Or, c’est le contraire qui s’est passé. J’admire le courage et le sens humain de Gino et Carine Russo, qui se sont opposés résolument à toute idée de peine de mort (ils ont même prévenu qu’ils n’accepteraient pas que le meurtrier soit, comme de coutume, liquidé par les autres prisonniers). La Marche blanche a été l’exemple rarissime d’une émotion populaire qui en appelait au refus de la pédophilie au nom de l’humain et du refus des prédateurs, et non par le biais de la répression pénale. Il y avait là une dignité tranchant avec l’ignominie populiste qui consiste à se servir de l’émotion pour promouvoir la bestialité répressive, la vengeance. Où voit-on aujourd’hui une réaction collective dénoncer cette stratégie du bouc émissaire qui, pour empêcher que la colère des citoyens ne s’en prenne aux mafias affairistes, qui les ruinent, sonne le tocsin de la peur et du sécuritaire pour désigner comme menace et ennemi potentiel l’autre, l’étranger, le « différent » – juif, arabe, tzigane, homosexuel ou, au besoin, simple voisin ?

Tu as plusieurs enfants. Ne trouves-tu pas cruel de faire délibérément naître de nouveaux êtres dans ce monde-ci ?

J’exècre la politique nataliste qui, en multipliant mécaniquement les enfants, les condamne à la misère, à la maladie, à la désaffection, à l’exploitation laborieuse, militaire et sexuelle. Seul l’obscurantisme religieux, idéologique et affairiste y trouve son compte. Mais je refuse qu’un État ou une autorité, quelle qu’elle soit, m’impose ses ukases. Chacun a le droit d’avoir des enfants ou de n’en avoir pas. L’important est qu’ils soient désirés et engendrés avec la conscience que tout sera fait pour les rendre heureux. Ce sont ces nouvelles générations – tout à fait différentes de celles qui furent les fruits de l’autoritarisme familial, du culte de la prédation, de l’hypocrisie religieuse – qui aujourd’hui sont en train d’opposer, si confusément que ce soit, la liberté de vivre selon ses désirs au totalitarisme marchand et à ses larbins politiques.

Parle-nous de la cause animale, dont les penseurs révolutionnaires n’ont longtemps tenu aucun compte.

Il s’agit moins d’une cause animale que d’une réconciliation de l’homme avec une nature terrestre qu’il a exploitée jusqu’à présent à des fins lucratives. Ce qui a entravé l’évolution de l’homme vers une véritable humanité, c’est l’aliénation du corps mis au travail, c’est l’exploitation de la force de vie transformée en force de production. Notre animalité résiduelle a été refoulée au nom d’un esprit qui n’était que l’émanation d’un pouvoir céleste et temporel chargé de dompter la matière terrestre et corporelle. Aujourd’hui, l’alliance avec les énergies naturelles s’apprête à supplanter la mise à sac des ressources planétaires et vitales. Redécouvrir notre parenté avec le règne animal, c’est nous réconcilier avec la bête qui est en nous, c’est l’affiner au lieu de l’opprimer, de la refouler et de la condamner aux cruautés du défoulement. Notre humanisation implique de reconnaître à l’animal e droit d’être respecté dans sa spécificité.

En Belgique, le vote est obligatoire. As-tu déjà voté dans ta vie ? Tu paies les amendes ?

Je ne vote jamais, je n’ai jamais reçu d’amende.

Quelle leçon peut-on tirer de cette longue année pendant laquelle la Belgique s’est passée de tout gouvernement ?

Aucune. Pendant le sommeil lucratif des hommes politiques – cinquante-cinq ministres qui n’ont pas de problèmes de fins de mois –, les mafias financières continuent à faire la loi et se passent très bien des larbins qui sont à leur botte.

Comment vois-tu la « révolution » en cours dans les pays arabes ? L’islam te semble-t-il une menace pour elle ?

Où le social l’emporte, les préoccupations religieuses s’effacent. La liberté qui se débarrasse aujourd’hui de la tyrannie laïque n’est pas disposée à s’accommoder d’une tyrannie religieuse. L’islam va se démocratiser et connaître le même déclin que le christianisme. J’ai apprécié le slogan tunisien : « Liberté pour la prière, liberté pour l’apéro ! »

Finalement, tu restes un optimiste irréductible, non ?

Je pourrais me contenter de la formule de Scutenaire [1] : « Pessimistes, qu’aviez-vous donc espéré ? » Mais je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Je me fous des définitions. Je veux vivre en recommençant chaque jour. Il faudra bien que la dénonciation et le refus des conditions insupportables qui nous sont faites cèdent la place à la mise en œuvre d’une société humaine, en rupture absolue avec la société marchande.

Recueillis par Jean-Pierre Bouyxou,
Siné Mensuel, octobre 2011.

Notes

[1] L’écrivain belge Louis Scutenaire (1905-1987) est l’auteur de Mes inscriptions. Raoul Vaneigem lui a consacré un livre dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » (Seghers, 1991)

 

 

Source : « La gratuité est l'arme absolue de la vie contre l’économie » - la voie du jaguar .

Par Anne Wolff - Publié dans : résistance concrète - Communauté : La Cyber-résistance
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 23:28

 

 

la voie du jaguar


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Nouveau site relais des luttes zappatistes, voici un aperçu de ce que vous y trouverez

 

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Par Anne Wolff - Publié dans : Sud Amérique - Communauté : Résistance 2007
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 23:02

 

Mais… est-ce vraiment cela que vous voulez ?


C’est parti comme une plaisanterie, avec Mélenchon dans Gala… tout de même…  Bougnoule, chef de bande de son HLM, qui avoue vouloir écrire des romans sur cette chose si  déconcertante, l’amour. Yes, yes…

Et puis je me suis mise à examiner à temps perdu ses textes, ses discours… à cerner un peu mieux sinon la personne du moins le personnage. Et c’est déjà beaucoup moins rigolo. Des germes de dictature en voici en voilà.

Le premier Soubresaut, en lisant le texte d’une entrevue avec l’AFP où il pousse un "cri d'alarme" pour une gauche de gauche».


Et voici donc le cri de la Méluche :

C'est le cri d'alarme que je lance : si la gauche ce n'est pas la retraite à 60 ans, l'augmentation des petits salaires et plus de démocratie, c'est quoi au juste ?


Pour celui qui se pose comme défenseur de la gauche traditionnelle, la gauche de gauche ?… c’est un peu faiblard tout de même. Cela ferait penser à un fraîchement débarqué dans l’histoire qui n’a pas encore vraiment compris de quoi il retourne. Sans entrer dans les détails, le premier projet de la gauche, son but sans lequel le reste n’a aucun sens, c’est l’abolition du capitalisme et de ses rapports d’exploitation et pas des réformettes pour le rendre plus supportable.

J’ai fait d’autres incursions et relevé d’autres « incohérences » mais ce dont je voudrais vous parler ici, c’est de certains points qui concernent son programme concernant l’enseignement. J’espère que certains de ceux qui sont aujourd’hui des inconditionnels fanatisés de celui qui leur procure l’illusion de se retrouver au bon temps de l’imagination au pouvoir, que quelques-uns de ceux pour qui la liberté n’est pas la contrainte au conformisme de l’égalité  se poseront quelques questions tout de même.


Voici un aperçu de l’école de l’égalité. Je vous passe les phrases creuses et les pieux souhaits pour me concentrer sur quelques points qui sont bien en résonance avec l’idée qu’il se fait de la gauche (de gauche).

Citation 1

Les systèmes scolaires les plus démocratiques sont ceux qui s’abstiennent de toute mise en concurrence des écoles et des familles, qui bannissent le libre choix de l’école,[…]

 

Citation 2

L’école de l’égalité c’est avant tout une école humaniste et progressiste, laïque, indépendante des logiques de marché et de l’utilitarisme économique. C’est une école qui renoue avec la culture, la connaissance et les idéaux collectifs. Elle permet à tous les élèves, scolarisés de 3 à 18 ans, d’acquérir une culture commune, une qualification reconnue et de s’émanciper. C’est une école où pas un jeune ne sort sans une qualification.

Il faut souligner que la scolarité obligatoire sera portée à 18 ans.  Et que L’école maternelle sera obligatoire à partir de 3 ans,

Et oui, les enfants contraints encore plus tôt à l'acole obligatoire... je suis désolée pour ceux qui y qont déjà contraints mais faut-il priver ceux qui ne le sont pas de cette liberté de se faire enfermer un peu plus tard ?  

Et il faut Refonder l’école sur le modèle de l’élève qui n’a que l’école pour apprendre. 

Mais encore

Le service public d’éducation nationale devra prendre en charge tous les apprentissages nécessaires pour réussir à l’école : il faut en finir avec la délégation aux familles, aux collectivités locales ou aux cours privés. L’école doit se faire à l’école.

Donc suppression de tous ce qui peut apporter un autre son de cloche, et que de l'institutionnel officiel laïque... sans tenir compte du fait que les enfants qui baignent dans un milieu culturel riche seront tout de même avantagés et que ce sont justement les collectivités locales qui ont les meilleures résultats pour contrebalancer cela, et ceux qui voudront que leurs enfants suivent des coursprivés pour monter le niveau je ne vois pas comment on pourrait les en empêcher... il y aura des inspecteurs à domicile pour contrôler ? Soit c'est complètement hypocrite soit on entre dans une dictature de type stalinien :

Viennent en complément :  Associations éducatives et pédagogiques laïques partenaires de l’école publique (associations complémentaires de l’école, mouvements pédagogiques et d’éducation populaire). Ces associations ont toujours agi avec, dans et autour de l’école. Elles contribuent à la promouvoir, à la rendre plus démocratique et font vivre les valeurs de laïcité et d’éducabilité de tous. Nous proposons de pérenniser leurs financements et promouvoir leur action. 

Tous capables ! Parce que les différences entre les élèves ne sont pas naturelles mais socialement construites, que l’échec scolaire n’est pas une fatalité, l’affirmation de la capacité de tous les élèves à entrer dans les apprentissages scolaires est au fondement du projet éducatif.

C'est ridicule, an dehors des différences socialement construites, il y a les différences naturelles et les différences de potentiel de chacun. Que chacun ait un potentiel ne fait aucun doute mais prétendre que ce potentiel soit conforme à un programme commun unique, c'est honteus et inadmissible, c'est du conditionnement pur et simple. C'est du communisme dans ce qu'il a de pire. L'apprentissage oui mais avec une diversification afin que chacun puisse s'épanouir et se former en fonctions de ses talents et de ses aptitudes.

Construire une culture commune ambitieuse. Le commun est porté par des valeurs laïques, les mêmes contenus de savoirs pour tous et par les modalités d’apprentissages, qui privilégient l’apprendre ensemble, l’exercice de la pensée et l’autonomie intellectuelle. Les mêmes programmes doivent être enseignés à tous jusqu’à la fin du collège pour que l’orientation dans les différentes voies du lycée, générale, professionnelle ou technologique, soit un vrai choix.

 

L’égalité pour tous comme nivellement par le bas, comme moule unique dans lequel tous seront fondu dès l’âge de trois ans. Fin de la liberté pour les parents du type d’éducation qu’ils veulent donner à leurs enfants. Il n’y a pas que les écoles élitistes qui vont être éradiquées, ce sont aussi les écoles alternatives  Aucune  place pour la marginalité, pour l’originalité, pour des projets de vie différents… tous conformes avec tous les mêmes valeurs, la dictature de la laïcité… aucune place pour des projets de vie qui ne conduisent pas au marché de l’emploi. Tous capables de cela je n’ai aucun doute, mais pas tous capables des mêmes choses, il faut revaloriser les différences.

Une culture commune ? Maçonnique peut-être ? Il n’y a pas de vrai choix quand on est conditionné selon les mêmes valeurs dès l’âge de trois ans. C’est une incroyable mainmise de l’état sur l’éducation. Les fondement de la dictature du tous pareils.


Par Anne Wolff - Publié dans : univers carcéral - Communauté : La Cyber-résistance
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 21:35

 

 

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Le “guerilla gardening” est un acte éco-militant qui consiste à reverdir les centres villes. Les guerriers jardiniers armés de pelles, de rateaux et de leur fameuses “seed bombs” envahissent les centres villes…

 

 

 

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Les “seed bombs” ou ” seed grenades”  sont les armes favorites des “Guerilla gardeners”, elles permettent en effet de végétaliser facilement des espaces urbains inhospitaliers. Elles sont composées d’un mix de graine, d’1/3 de lombricomposte et de 2/3 d argile. Ainsi compactées et séchées elles sont facilement transportables et on peut ainsi les jeter par dessus n’importe quelle barrière et sur n’importe quel terrain.

 

Lire la suite : Jardins et Potagers Urbains

 

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Par Anne Wolff - Publié dans : Un autre monde est parmi nous - Communauté : La Cyber-résistance
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SAUVAGE

 

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    Sauvage est un mot qui me parle de beauté.

Là-haut  dans   la montagne, ils m’appellaient la « salvaje », la sauvage et j’aimais bien car je savais ce que civ ilisé à l’oc cidental peut con tenir de mesquinerie, de dévitalisation, de déshumanisation, d’apologie de l a haine. J’en avais fini avec le mythe du progrès. Je n’avais pas encore compris ce que les horreurs du 20ème siècle avait de concerté, de prog rammé, de volontaire, mais je savais par contre que si l’humanité survivait aux conséquences des désastres produits par l’occident universaliste triomphant, ce siècle apparaîtrait comme la genèse de l’horreur absolue : celle de « l’ Homme » détruisant l’humanité en gestation.

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Aujourd’hui j’en sais trop, je ne crois pas que je pourrais jamais retrouver cette vie de plénitude sereine de fille des bois sans que se rappelle à moi la destruction organisée de notre monde. Mais ce qui motive avant tout mon combat, c’est la survie de la vie sauvage. Une vie où même les mots proie et prédateur participent de la survie et n'ont pas le sens comme c’est le cas avec les Hommes, de la destruction de toute vie, de toute tendresse, de toute compassion sur la planète. Mais je n
 e suis pas un Homme, je suis une humaine,…

Anne 

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