15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:04

Ce texte aurait tout aussi bien pu s’intituler « Election piège à con ». Les stratégies de l’embrouille-confusionnisme décrites ici ne sont pas le seul apanage de la Grèce. S’il y a bien un parti qui gagne en puissance en Europe actuellement, c’est celui des « Non Votants ». Une manière, la seule, pour beaucoup, de dire : je ne suis pas dupe. Ce qui ne suffit pas, la plupart du temps à libérer du sentiment d’impuissance qui naît de la confusion des discours. Ce texte est intéressant en ce qu’il apporte des outils pour analyser les causes de ce sentiment d’impuissance qui désamorce les velléités de résistance. Déjà beaucoup de gens, au cours des années 90, alors que je n’avais pas encore personnellement conscience de l’ampleur du désastre à venir, me disaient que : non, vraiment ils n’aimaient pas le système qui se mettait en place mais qu’il n’y avait rien à faire parce qu’il avait d’ores et déjà gagné.

C’est l’occasion pour moi de vous signaler un site que j’ai découvert récemment Le pire n'est jamais certain l’auteur, Julien Salingue, y fait preuve dans ses analyses de ce sens de la nuance dont nous avons tant besoin pour comprendre les réalités auxquelles nous sommes confrontés sans avoir besoin systématiquement d’opérer une distinction entre des absolument bons et des absolument méchants. Faire la part des choses. (Son sens de la nuance s'émousse un peu quand il évoque CFourest…mais cela, on le comprend, et même l'encourage vivement).

Jaime bien ce point de vue, du pire jamais certain, qui s’oppose à celui évoqué plus haut de ceux qui ont accepté un peu vite que le système global avait d’ores et déjà gagné… On n’aime pas, mais on fera avec, rase muraille tout de grisaille et profil bas, p’têt ben qu’on passera entre les gouttes… etc…. La démission était un peu rapide. Mais pas de solution dans le dualisme deu bon et du méchant,un peu subtilité s'impose pour qui cherche une conciliation des bienveillances dans un monde en paix.

Il est vrai cependant que le changement de société qu'est la globalisation, privilégie les stratégies qui produisent chez l’ennemi (entendre les peuples du monde en tant qu’ils n’acceptent ni le contrôle permanent et intrusif, ni le conformisme social-soumission aux normes les plus avantageuses pour les exploiteurs – le mot est adéquat) un sentiment d’impuissance et de paralysie, un confusionnisme qui ne permet parfois même plus de distinguer ses propres options et volontés politiques contingentes. Ce qui entraîne bien sûr une difficulté à reconnaître ses amis, les alliés potentiels d’une résistance collective.

Mon opinion, est qu’aujourd’hui toute refondation politique doit se donner comme priorité la refondation d’une éthique collective ancrée dans l’avenir, ancrée dans le monde que l’on voudrait voir advenir qui, comme l’étoile lointaine des physiciens, est la référence ultime de chacun de nos choix. Ce n’est qu’après ce choix de valeurs, que peuvent intervenir les leçons de l’histoire. En ce qui me concerne par exemple, après un parcours de gauche de toute une vie, je sais que pour le monde que je voudrais voir advenir, je ne peux me référer ni au modèle de l’URSS et de la Révolution Bolchevique, de la dictature est des massacres qui l’ont accompagnée ni à celui de la Chine et sa révolution permanente-terrorisme-lavage de cerveau, et la Russie actuelle, comme modèle ? Je n’y pense même pas.. Alors quoi ? (A suivre et bonne lecture)

Anne

 

 

 

Elections en Grèce : L’emprise de l’image.

Source : Mondialisation.ca, 14 octobre 2015

En dépit des sondages qui le plaçait au coude à coude avec Nouvelle Démocratie, Tsipras a remporté les deuxièmes législatives avec 35,46% des voix, contre 28,10% à ce dernier parti. Il a ensuite choisi de reconduire l’ancienne majorité gouvernementale en faisant alliance avec le parti des Grecs Indépendants de droite souverainiste. Pour certains observateurs, tel que Romaric Godin, “Les Grecs savent récompenser celui qui s’est battu, fût-il vaincu au final[1]“. Pour lui, “cet esprit de combat” aurait rendu la dignité au peuple grec.

Il faut d’abord remarquer que le soutien est loin d’être massif si l’on tient compte du niveau de 45% d’abstentions, c’est à dire 10 points de plus que pour les élections de janvier. Si l’on ajoute les bulletins blancs ou nuls (2,5 % des suffrages contre 0,5 % en janvier), c’est près de la moitié des électeurs qui ont manifesté leur désaveu de la politique du gouvernement. L’abstention, le vote blanc, ainsi que l’incapacité des dissidents de Syria, l’Unité Populaire, de constituer une force politique reconnue par les électeurs indiquent une défiance par rapport à l’ensemble de la classe politique[2] et surtout l’existence d’un sentiment d’impuissance. Pourquoi aller voter puisque cela ne sert à rien. La totale soumission de Tsipras au diktat des créanciers, après avoir organisé un référendum qui s’était massivement opposé à un tel abandon, a détruit tout désir de résistance. La victoire de la droite aurait constitué une défaite, mais la lutte contre les réformes aurait pu continuer par d’autres moyens, celle de Stipras plonge au contraire les populations dans l’anéantissement, car elles n’ont plus les mots pour pouvoir se battre. Elles sont placées hors langage, dans l’indifférenciation de l’image. La défaite devient victoire et la collaboration se nomme résistance. Le renversement opéré au niveau du langage va de pair avec un renversement formel dans l’action politique. La «Troïka» n’est plus l’adversaire du gouvernement grec, mais devient son alliée dans sa «lutte contre l’oligarchie et la fraude fiscale». Les réformes entreprises par le gouvernement grec seraient plus efficientes grâce l’aide des institutions européennes qui deviennent ainsi des instruments privilégiés de lutte contre le capital financier.

Cependant, malgré son caractère paradoxal, la majorité obtenue par Syria, sa victoire relative devant les urnes, indique bien quelque chose de réel : la primauté actuelle de l’image sur les faits.

Une image de résistance.

Ainsi, sa capitulation n’a pas remis en cause l’image du premier ministre. Il a pu déclarer : « on ne peut pas me reprocher de ne m’être pas battu. Je me suis battu jusqu’où personne ne s’est battu[3] » On sort d’une problématique d’affrontement pour occuper une place de victime. L’iconographie produite par l’idéologie victimaire fusionne deux aspects, elle se présente à la fois comme image du héros, celui qui s’est battu plus que tout autre, et comme victime, celui qui a dû signer les accords « avec le revolver sur la tempe ». La « gauche radicale » est ainsi sacralisée. La mère d’Alexis, Aristi Tsipras, 73 ans, raconte à l’hebdomadaire people Parapolitika :  ”dernièrement Alexis ne mange plus, ne dort plus, mais il n’a pas le choix, il a une dette envers le peuple qui lui a fait confiance[4]“. Son épouse ajoute : “Je ne le vois plus que rarement. Il va de l’aéroport au Parlement. Il n’a pas le temps de voir ses propres enfants, comment pourrait-il me voir moi?” Tout se réduit à la souffrance de la « belle âme », celle d’un homme politique fidèle, mais blessé. La primauté de l’image supprime toute séparation entre le citoyens et le pouvoir. La critique devient alors une hérésie, car déni de l’amour sacrificiel du dirigeant.

L’enjeu de l’affrontement se déplace, de l’opposition objective entre des forces sociales, au conflit intérieur du premier ministre, à ses états d’âme. Les populations sont  dépossédées de la matérialité de leurs luttes au profit de la sauvegarde de l’image de Tsipras. Le résultat des élections remet en place un premier ministre qui a dénié ses promesses électorales et renversé les résultats d’un référendum qu’il a lui-même organisé. Son succès témoigne de l’efficacité d’une procédure qui demande aux populations de suspendre leurs intérêts, afin de laisser intacte l’image de résistance de leur dirigeant.

Primauté de l’image.

L’image exhibe l’invisible : la lutte sans égale de Stipras. Elle révèle ce qui est caché par les faits, par sa capitulation devant l’UE. Le résultat des élections rend objectif le regard que Stipras porte sur lui-même et le met à la place du réel. L’image devient plus réelle que la réalité et échappe à la contradiction. La fusion qu’elle opère entre les citoyens et leur dirigeant fait que sa « résistance » ne peut faire l’objet ni d’un débat, ni d’une critique.

L’image a toujours été centrale pour le gouvernement grec. Ainsi, le changement de nom de ses interlocuteurs, la mutation de la “Troïka” en “institutions” a aussi été présentée comme une victoire.

Or, le gouvernement grec s’est totalement plié aux exigences des créanciers et accepté toutes les surenchères de ces derniers. Les exigences de la “Troïka” ne sont d’ailleurs pas terminées. La nouvelle dégradation économique du pays permettra aux “institutions” d’exiger d’avantage de restrictions et de privatisations. L’urgence aura pour conséquence que ces dernières ne pourront se faire qu’à prix cassés. Après la capitulation, le gouvernement ne pourra que participer au dépeçage du pays. Cependant, grâce à l’indifférenciation, produite par l’image, l’abandon peut s’appeler lutte.

Indifférenciation entre une chose et son contraire.

L’image « est  la chose tout en étant pas », elle établit une équivalence entre ce qui est et ce qui n’est pas. La capitulation peut alors être présentée comme une victoire. Ainsi, Stipras, devant le Parlement grec, afin de pousser les députés à accélérer les procédures d’application de l’accord signé avec les “institutions” européennes, déclare : «Il est crucial de ne pas perdre un millimètre du terrain que nous avons gagné en signant l’accord [5]». Ce processus d’indifférenciation entre une chose et son contraire est une constante dans la politique de ce gouvernement. Les citoyens furent appelés par leur premier ministre, à se prononcer, à travers un référendum, contre les propositions de l’UE qui furent rejetées par 61% des votants. A la suite, Tsipras accepte un accord encore plus défavorable pour les populations grecques. De plus, tout en se soumettant au dictât de l’UE, il déclare : « je ne crois pas à cet accord. C’est un mauvais accord pour la Grèce et pour l’Europe, mais j’ai dû le signer pour éviter une catastrophe [6]»

Double pensée.

Kamenos, président des Grecs Indépendants, le parti nationaliste membre de la coalition gouvernementale, et ministre de la défense, a aussi déclaré que l’acceptation de l’accord du 13 juillet constituait une « capitulation » qui est le résultat d’un « chantage » et d’un véritable « coup d’État ». Il a ajouté : « La Grèce capitule, mais ne se rend pas[7] » et a demandé aux députés de la majorité de voter en faveur de l’accord.

Tsipras et Kamenos développent ici une procédure de double pensée qui consiste à annuler un énoncé en même temps qu’il est prononcé, tout en maintenant ce qui a été préalablement donné à entendre. Ainsi, député et le citoyen à qui s’adressent ces discours doivent avoir la capacité d’accepter des éléments qui s’opposent, sans relever la contradiction existante. Ils possèdent alors deux visions incompatibles.

Énoncer en même temps une chose et son contraire, produit une désintégration de la conscience. Le déni de l’opposition entre les deux propositions empêche toute représentation. Il n’est plus possible de percevoir et d’analyser la réalité. Dans l’incapacité de mettre l’émotion à distance, on ne peut plus qu’éprouver le réel, lui être soumis et non le penser et de l’organiser.

Un principe de l’asservissement.

L’individu possède alors deux visions incompatibles et dénuées de tout lien. Le déni de l’opposition entre ces deux éléments supprime toute conflictualité, car il fait coexister au sein du moi deux affirmations opposées qui se juxtaposent sans s’influencer. Cette procédure est nommée clivage par la psychanalyse. Elle interdit tout jugement et entraîne une indifférenciation des éléments de la réalité. La déconstruction de la faculté de symboliser empêche la formation d’une mémoire et s’oppose ainsi à la constitution d’un nous. Nous transformant en monades, le discours a alors un effet de pétrification face à la toute puissance des institutions européennes et enferme dans la psychose : aucune autre politique n’est possible.

George Orwell a déjà décrit dans 1984, le dispositif de « double pensée » qui consiste à « retenir simultanément deux opinions qui s’annulent, alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux[8]. » Il avait déjà identifié ces « principes de l’asservissement » qui destituent l’individu de toute capacité de résistance, qui ont pour fonction d’effacer chez le sujet « tout souvenir de l’existence d’un désir possible de résistance[9]. » La politique qui tend à effacer le “désir même de résistance” peut être illustrée par la saisie du Parlement grec par le procureur général de la Cour suprême, afin de lui demander d’examiner deux plaintes déposées contre l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis, en rapport avec l’élaboration d’un plan, non appliqué, de créer une monnaie parallèle. Comme l’écrit le Courrier International : “ses réflexions secrètes pourraient avoir des conséquences d’envergure pour l’ancien patron des Finances grecques[10]“. Pensez résister pourrait devenir un délit.

Intégration renforcée dans la structure impériale

Le processus de double pensée ne se limite pas à la politique économique et financière du gouvernement, mais intègre également sa politique étrangère. Le Rabbin Mordechai Frizis, ancien grand rabbin de Salonique, s’était inquiété de la victoire électorale de Syriza. Il avait ajouté que le “parti Syriza  est un parti antisioniste qui est contre Israë[11]. L’antisionisme supposé du gouvernement grec s’est récemment traduit par la signature d’un accord militaire privilégié avec Israël. Cet acte est similaire à celui existant entre ce dernier pays et les Etats-Unis. Il n’a pas d’autre équivalent. Il  garantit de immunités légales à chaque personnel militaire lors d’un entraînement dans l’autre territoire.[12] L’accord stipule que la marine israélienne pourra dorénavant intervenir, dans les eaux chypriotes et en méditerranée orientale, pour neutraliser toute attaque islamiste contre les intérêts grecs et ceux de l’Etat Hébreu. Des unités d’élite de Tsahal pourraient aussi, en cas de besoin, se déployer sur les plateformes gazières de Chypre ou s’installer sur des bases militaires grecques[13].

La collaboration militaire a été signée, au nom du gouvernement grec, par Panagiotis Kammenos, le ministre de la Défense membre des Grecs indépendants [ANEL], le parti nationaliste faisant partie de la majorité gouvernementale. L’accord ne peut cependant exister qu’avec l’assentiment de Syriza. Ce choix fut confirmé le  6 juillet 2015 par le voyage à Jérusalem de Nikos Kotzias, le ministre des Affaires étrangères nommé par Syriza pour des discussions avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, afin de «renforcer les liens bilatéraux entre les deux pays.[14]

De plus, à la demande des autorités américaines, le gouvernement Tsipras vient d’interdire le survol de son territoire national par des avions russes se rendant en Syrie, et cela peu avant de livrer du matériel, militaire et non militaire, « destiné à combattre les mercenaires de l’EI ».

Ainsi, le discours de Syrisa se présentant comme le résultat d’une volonté populaire voulant rompre avec “l’impérialisme,” s’accompagne d’une politique d’intégration renforcée dans la structure impériale. L’action gouvernementale doit oublier le programme du parti et ce dernier s’abstrait de tout acte concret. L’anti-impérialisme  n’existe que par son énonciation et peut se développer en parallèle avec une politique qui relève de son contraire.Nous sommes hors langage, le discours et la réalité coexistent de manière indépendante, le premier comme simple litanie, comme babillement, c’est à dire comme pure jouissance, l’autre se réduit à l’innommable, au réel que l’on ne peut penser et donc que l’on ne peut confronter. Ce qui est énoncé devient le réel, ils se confondent. Ainsi, l’écart avec le dit du pouvoir n’est plus possible.

L’austérité comme seule politique possible.

Alexis Stipras a répété tout au long de la campagne électorale qu’il respecterait ses engagements, tout en soulignant qu’il n’était pas d’accord avec cette politique d’austérité. Le gouvernement grec s’est engagé à adopter environ 223 nouvelles mesures dans les trois prochaines années et cela en contrepartie d’un financement de 86 milliard d’euros. Le fonctionnement du troisième mémorandum place la Grèce sous une étroite surveillance. L’argent n’est versé qu’au goutte à goutte et moyennant des réformes précises. Il ne laisse aucune initiative budgétaire au gouvernement.[15]

En restant dans le carcan de l’euro, l’avenir des banques dépend également du bon vouloir des créanciers qui seuls peuvent donner leur feu vert au programme de recapitalisation prévu à une hauteur de 15 milliard d’euros. [16]

Stipras a justifié son abandon au diktat de la Troïka par la vague promesse d’une future restructuration de la dette. Le FMI a déclaré à plusieurs reprises que celle-ci était une nécessité et une condition de sa participation au financement des réformes. Cependant, suite au blocage de Berlin, la Grèce ne pourrait compter que sur des réductions de taux et un ré-échelonnement des remboursements, obtenir seulement des maturités plus longues. Pour l’Allemagne, il s’agirait de maintenir la pression sur le gouvernement grec en mettant en place une restructuration «progressive[17]». Cette lecture a été confirmée par un entretien au Financial Times du 1ier octobre du directeur du Mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling. Il a prévenu, que, malgré les déclarations de Stipras, la Grèce ne devait pas s’attendre à une large renégociation de sa dette.[18]Le pays serait ainsi condamné à verser une rente perpétuelle à ses créanciers et à connaître une paupérisation croissante.

Une nouvelle paupérisation du pays.

M. Tsipras, qui s’est engagé “sur son honneur et sa conscience” à “servir le peuple grec“. Son honneur et sa conscience risque cependant d’être de peut de poids par rapport à ses engagements face aux financiers, suite au mémorandum imposé par les “institutions” et accepté par le gouvernement Grec. Il ne laisse aucune place à l’initiative politique et réduit à néant la souveraineté de l’Etat grec.

Les réformes imposées touchent tous les pans de l’économie, même les plus immédiats de la vie quotidienne. Cela va du prix du lait à la date de l’ouverture des soldes, en passant par le travail, autorisé ou pas, le dimanche, le montant des salaires dans les secteurs privé et public, et les dédommagements en cas de licenciement. Sans oublier la vente de médicaments dans les supermarchés, la libéralisation des métiers réputés fermés et les privatisations[19]. Les créanciers ne lâcheront, les 86 milliards de prêts accordés sur trois ans qu’au compte gouttes, suite à des évaluations sur l’avancée des réformes et le respect des objectifs budgétaires par Athènes. La marge de manoeuvre est nulle, dès fin d’octobre, une série de taxes et d’impôts, couplés à des baisses dans les retraites complémentaires, s’est abattu sur les Grecs. Le gouvernement devra également reporter l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans, réduire la possibilité des pré-retraites, finaliser les privatisations et libéraliser le marché de l’énergie.

La « politique d’austérité » imposée au pays a déjà, en cinq ans, fait baisser de 25% à 30%,  le PIB du pays et d’avantage le niveau de vie de la grande majorité de la population, les hauts revenus ayant été peu touchés par les mesures prises. Le plan imposé ne peut qu’accentuer cette tendance : austérité accrue et augmentation relative de la dette. La Grèce ne pourra pas faire face à ses engagements, ce qui impliquera une nouvelle intervention extérieure. La sortie de la Grèce de la zone euro pourrait être simplement reportée. De plus, la Grèce perd l’essentiel de ce qui lui restait de souveraineté nationale, car elle doit se conformer à des mécanismes de coupes automatiques de ses dépenses et  soumettre ses réformes au bon vouloir des institutions européennes. Où se situe la « catastrophe », dans un nouvel affaiblissement rapide et programmé du pays ou dans une sortie de l’Euro permettant  un défaut sur la dette et ainsi une possibilité de relance de l’activité économique?

La Grèce : un objectif en trompe l’oeil.

Le plan mis en place par le ministre de l’économie Wolfgang Schäuble ne vise pas prioritairement  la Grèce, mais a comme objectif, à travers elle, de toucher des pays dont le déficit budgétaire est important, tels l’Italie et la France, afin de transférer aux institutions européennes, c’est à dire à l’Allemagne, ce qui reste de leurs prérogatives budgétaires[20]. Si l’extinction de la zone euro dans un ensemble transatlantique fait partie des « cartons » des institutions européennes, ce démantèlement doit s’effectuer dans l’ordre, celui de « l’austérité », celui de l’Allemagne, de la puissance européenne dominante, autour de laquelle les Etats-Unis ont construits l’UE et sont en train de la déconstruire Les populations appauvries de l’Union européenne ne pourront plus servir de débouché privilégié des exportations allemandes, alors destinées à se tourner vers les USA.

En effet, la dissolution de l’Union Européenne, dans cette zone politique et économique, ne peut se faire qu’au prix d’un important recul du niveau de vie et des libertés en Europe. Les populations de l’UE devront consentir au démantèlement de leurs acquis. L’expérience grecque, conduisant à créer un sentiment d’impuissance face à ces politiques dévastatrices, révèle alors la totalité de son enjeu.

Propager un sentiment d’impuissance dans l’UE.

Dans ses célèbres conférences, l’historien Henry Guillemin, nous rappelait une phrase,  datant de 1897, de Maurice Barrès, maître à penser de la droite nationaliste française : « la première condition de la paix sociale est que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance. » Ce paradigme éclaire le résultat des négociations menées par Alexis Tsipras, mais aussi l’attaque contre les populations de l’ensemble de l’UE.

Tsipras a voulu croire que ce qu’il considérait comme tabou : un « Grexit » présentant un danger de démantèlement de la zone euro, l’était également pour ses interlocuteurs. Or, pour les dirigeants de l’UE et principalement pour l’Allemagne, la construction européenne est destinée à disparaître dans le futur grand marché transatlantique. L’attitude de l’Allemagne qui, aussi bien au niveau de la lutte contre la fraude fiscale que en ce qui concerne ses tergiversations  répétées face aux attaques contre l’euro, a favorisé les opérations des hedge funds étasuniens[21]. Cette volonté de mettre la zone euro en difficulté est confirmée par le refus réitéré de refuser l’inévitable, la restructuration de la dette grecque. Ce déni a pour effet de créer une instabilité permanente dans la plupart des pays membres de l’Euro et de les placer sous la menace des marchés financiers Cette attitude est cohérente avec l’engagement privilégié de cet Etat européen dans la mise en place d’une union économique avec les Etats-Unis.

Préparer le grand marché transatlantique.

Le bras de fer entre les institutions de l’UE et la Grèce a une portée qui dépasse l’appauvrissement programmé de ce pays. Il concerne l’avenir même de l’Union européenne. Rappelons que l’intégration de l’UE dans le futur grand marché transatlantique est synonyme d’une baisse importante du pouvoir d’achat et d’une destruction des libertés des citoyens européens. L’indifférence des populations concernant l’inflation de législations antiterroristes, supprimant leurs libertés individuelles et publiques, est jusqu’à présent rassurante pour les pouvoirs européen et nationaux. Quant à Chypre et la Grèce, ils constituent deux laboratoires permettant aux dirigeants de l’Union européenne de tester, en grandeur réelle, la résistance des populations aux attaques massives contre leur niveau de vie.

L’expérience Chypriote nous avait déjà montré que l’on peut sans difficulté confisquer l’épargne des citoyens. Rappelons que 60% du montant des comptes bancaires de plus de 100.000 euros de la plus grande banque de Chypre, la Bank of Cyprus ont été confisqués, afin de redresser les comptes de la compagnie[22]. Cette mesure, présentée comme une intervention contre les mafias et une lutte contre la spéculation internationale fut infirmée par le déroulement des évènements. Avant que la mesure annoncée soit appliquée, les agences chypriotes restaient fermées, tandis que les deux agences londonienne et russe étaient ouvertes, afin de permettre aux mafias et aux grosses fortunes de retirer leurs avoirs.  Quant à l’expérience grecque, elle nous montre que, par le biais de l’endettement on peut mettre en coupe réglée tout un pays et plonger la grande masse de la population dans la misère .

Jean-Claude Paye

 

Jean-Claude Paye, auteur de L’emprise de l’image, de Guantanamo à Tarnac.

Editions Yves Michel 2012.


[1]Romaric Godin,  “La Grèce entre en résistance”, La Tribune, le 20/09/2015, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-grece-entre-en-resistance-506776.html

[2]Angélique Kourounis, “Le vote des Grecs dit leur dégoût de la politique”, La Libre.be, le 22 septembre 2015, http://m.lalibre.be/actu/international/le-vote-des-grecs-dit-leur-degout-de-la-politique-5600686535700fb92f135574

[3]Angélique Kourinis, Op. Cit.

[4]” Tsipras “ne mange plus, ne dort plus”, s’inquiète sa mère”, LaLibre.be avec AFP,le 18 juillet 2015, http://www.lalibre.be/actu/international/tsipras-ne-mange-plus-ne-dort-plus-s-inquiete-sa-mere-55aa3dbe35708aa4370a70ba

[5]Manon Malhère, “Plan d’aide à la Grèce. Tsipras veut aller vite”, Le Figaro, le 25/9/2015, http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/09/26/20002-20150926ARTFIG00019-plan-d-aide-a-la-grece-tsipras-veut-aller-vite.php

[6] Kourinis, “Une large majorité des Grecs maintiennent leur confiance en Tsipras”, LaLibre.be, le 15 juillet 2015, http://m.lalibre.be/economie/actualite/une-large-majorite-des-grecs-maintiennent-leur-confiance-en-tsipras-55a6b9993570b54652b916a6

[7]in Eric Toussaint, ” Grèce, les conséquences de la capitulation”, CDATM, le 21 juillet 2015, http://cadtm.org/Grece-les-consequences-de-la

[8]George Orwell:1984 – Première Partie – Chapitre III, Gallimard Folio 1980, p. 55,  Librairal.org, http://www.librairal.org/wiki/George_Orwell:1984_-_Premi%C3%A8re_Partie_-_Chapitre_III

[9]Christine Ragoucy, « Le Panoptique et 1984 : confrontation de deux figures d’asservissement », Psychanalyse 2010/2 (n° 18), Erès, p. 85.

[10]“Grèce. Plan secret d’un “Grexit” : Varoufakis finira-t-il au tribunal ?”, Courrier International, le 30 juillet 2015, http://www.courrierinternational.com/article/grece-plan-secret-dun-grexit-varoufakis-finira-t-il-au-tribunal

[11]” Syriza : les juifs grecs craignent pour leur avenir”, tribunejuive.info,le 19 janvier 2015, http://www.tribunejuive.info/international/syriza-les-juifs-grecs-craignent-pour-leur-avenir

[12]Le 19 juillet 2015 Israpresse présentait  cet accord: Le chef de l’appareil de défense israélien et le ministre grec de la Défense nationale ont conclu un Accord sur le statut des forces (Status of forces agreement ou SOFA), c’est-à-dire une entente juridique mutuelle permettant aux forces armées d’Israël de stationner en Grèce, et inversement. C’est le premier SOFA qu’Israël conclut avec un pays allié autre que les États-Unis.

[13]Ali Abunimah, “Grèce-Israël. Un type d accord militaire sans précédent”, voir note 1 de la rédaction, Alencontre ,le 9 juillet 2015. http://alencontre.org/europe/grece/grece-israel-un-type-daccord-militaire-sans-precedent.html

[14]Ali Abunimah,  Op. Cit.

[15]Adéa Guillot, «La Grèce s’apprête à détailler ses nouvelles mesures d’austérité», Le Monde, le 2 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/02/la-grece-s-apprete-a-detailler-ses-nouvelles-mesures-d-austerite_4781144_3234.html

[16]Romaric Godin, « Grèce : pourquoi alexis Stipras veut être le bon élève de la troîka?», La Tribune, le 5 octobre 2015, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-pourquoi-alexis-tsipras-veut-etre-le-bon-eleve-de-la-troika-510866.html

[17]Mattew Karnitsching, «Germany pushes staggered Greek debt relief», Politico, le 2 octobre 2015, http://www.politico.eu/article/germany-pushes-staggered-debt-relief-for-greece/

[18]Adéa Guillot, Op.Cit

[19]Angélique Kourounis, “Grèce: les chantiers qui attendent Tsipras sont dantesques”, Lalibre.be,le 22 septembre 2015, http://m.lalibre.be/actu/international/grece-les-chantiers-qui-attendent-tsipras-sont-dantesques-560060f93570b0f19ecb0ea4

[20]Jacques Sapir, « Varoufakis et le plan B, RussEurope, le 3 août 2015, http://russeurope.hypotheses.org/4177

[21]Jean-Claude Paye, « La crise de l’Euro bégaie », Réseau Voltaire, le 29 décembre 2010, http://www.voltairenet.org/article167903.html

[22]“Ponction massive à Chypre sur les comptes de plus de 100.000 euros», La Tribune.fr, le 30 mars 2015, http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130330trib000756871/ponction-massive-a-chypre-sur-les-comptes-de-plus-de-100.000-euros.html

 

 

 

Published by Anne Wolff
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 19:59

 

 

 

 

 

 

 

Parce qu'il est bon de le rappeler..."There Is No Alternative" nous le vivons au quotidien, intégré aux inconscients collectifs populaires par l'obligation d'austérité, principe moral, principe religieux, principe d'Inquisition. Il est d'autres chemins, l'alternative existe, et nul aujourd'hui ne la défend avec plus d'intensité que ceux qui composent, vivent et proposent la Via Campesina et son "Alegria"

 

 

 

Nous continuons à nous organiser, à nous mobiliser et à élaborer des alternatives pour remédier à la crise climatique et défendre la Terre Mère.

Nous, La Vía Campesina, peuples autochtones, paysans, jeunes, migrants, travailleurs ruraux, journaliers, pêcheurs, artisans, en coopération avec nos alliés engagés dans la lutte pour des transformations sociales profondes, nous nous rassemblons à Lima pour la COP 20 afin de réaffirmer, une fois encore, notre engagement à nourrir la population de la planète, à nous organiser, nous mobiliser, à lutter et élaborer des solutions qui refroidissent la planète, pas seulement pour notre propre bénéfice mais également pour ceux avec qui nous partageons la Terre Mère.

La société civile doit, continuellement, se défendre et rejeter les fausses solutions du capital et de ses institutions qui prétendent nous prendre en compte. L’année 2014 étant l’Année internationale de l’agriculture familiale, la Banque mondiale et ses alliés aux Nations Unies s’efforcent de vendre au monde ce concept qu’ils ont bien mal nommé « Agriculture intelligente face au climat » (Climate-smart Agriculture), en le présentant comme un nouveau produit qui allait ralentir la crise climatique pour de bon.

Cependant, dans les rues de New York tout comme à l’intérieur du Sommet, nous avons déjoué cette prétention erronée et avons informé l’opinion publique de la vraie nature de « l’Agriculture intelligente face au climat ».

Il s’agit d’une agriculture plus industrielle, d’un accroissement des financements de la Banque mondiale et du soutien au capital, d’une augmentation de la pollution et du pillage des ressources naturelles, d’une plus grande exploitation des terres, des territoires, des peuples et des travailleurs. Cette agriculture se situe dans la lignée des propositions d’économie verte dont les fondements s’éloignent de la justice et de l’écologie.

Aux Etats-Unis, pays de Sandy |(2012) et de Katrina (2005) – où les pauvres sont les plus touchés par l’aggravation des ouragans, des inondations, des sécheresses et des incendies de forêts – nous, les paysans organisés, les Noirs, les peuples autochtones, les migrants, les pêcheurs, les femmes et les jeunes, nous avons uni nos voix pour former la plus grande manifestation de l’histoire du changement climatique afin d’exiger, une fois encore, la justice environnementale et climatique maintenant !

Avant d’aller à New York, nous sommes allés au Venezuela participer aux réunions sociales de préparation au COP 2014. Nous avons contribué à la Déclaration Margarita qui a été soumise aux représentants de 40 états dont les pays qui forment l’Alliance bolivarienne des Peuples des Amériques (ALBA). Ces pays partagent notre vision et porteront le message de la réunion de préparation à la COP à la Conférence des Parties officielle (COP 20) à Lima au Pérou et les organisations péruviennes avec leurs alliés locaux, nationaux, régionaux et internationaux les soutiendront dans les rues de la capitale.

Nous nous mobiliserons dans les rues de Lima pour participer au Sommet des Peuples, nous ferons entendre nos voix comme nous l’avons fait à Rio (2012), Durban (2011), et Cancun (2010). Nous allons exiger que, dans l’avant-projet du premier accord contraignant depuis Kyoto – accord qui devrait être signé à la COP 21 à Paris en France – figure un engagement de la part des signataires à tenir les promesses faites de réductions d’émissions de carbone et de limite du réchauffement mondial à 2 degrés, suivant ainsi les recommandations de la communauté scientifique afin d’éviter un débâcle climatique aux proportions catastrophiques.

Alors que les Sommets se succèdent, chacun avec son poids et son sens historique, La Via Campesina continue à œuvrer à la construction de la base sociale nécessaire à l’accomplissement de sa demande principale – la souveraineté alimentaire, la reconnaissance et la protection de nos peuples, de nos terres, de nos territoires et l’arrêt de toutes tentatives de privatisation de biens communs de l’humanité. Nous voudrions également attirer votre attention sur les migrations forcées causées par la crise climatique. Il ne faut pas aller plus loin pour trouver un symbole terrible de la tragédie humaine causée par la crise climatique : les 50 millions d’êtres humains déplacés d’un pays qui les expulse vers un autre qui les rejette.

 

 

 

Présents au Pérou, nous réaffirmons que :

· Le but de l’économie verte n’est pas de mettre fin au changement climatique ou à la dégradation de l’environnement, mais plutôt de généraliser le principe qui permet à ceux qui ont de l’argent de continuer à polluer. Jusqu’à présent, la farce des crédits de carbone a permis de continuer à émettre des gaz à effet de serre. Maintenant, on parle de crédit de biodiversité ; c’est-à-dire que les entreprises pourront continuer à détruire les forêts et les écosystèmes dans la mesure où elles paient quelqu’un qui promette de conserver la biodiversité ailleurs. Il est bien probable qu’à l’avenir, on invente des crédits pour l’eau, les paysages et l’air pur.

· Le paiement pour services à l’environnement est utilisé pour expulser des peuples autochtones et des paysans de leurs terres et de leurs territoires.

Les gouvernements et les entreprises font la promotion de mécanismes tels que REDD et REDD Plus, qui, selon eux, réduiraient les émissions de gaz à effet de serre causées par la déforestation et la dégradation des forêts. De fait, ces mécanismes sont utilisés pour imposer des projets d’aménagement qui privent les familles rurales et leurs communautés des droits d’accès à leurs terres, leurs forêts et leurs points d’eau. Ces projets garantissent aux entreprises un accès illimité aux forêts communales, augmentant ainsi les probabilités de bio-piratage. Des contrats sont imposés liant les communautés paysannes à des projets pour 20 ans ou plus ; les terres autochtones et paysannes sont alors hypothéquées et risquent d’être saisies. L’objectif de ces services à l’environnement est d’arriver à contrôler de plus en plus d’espaces naturels.

· Une autre initiative de l’économie verte consiste à convertir les plantes, les algues et tous les résidus organiques (déchets, fumier) en une source d’énergie afin de remplacer le pétrole, il s’agit de « l’utilisation de la biomasse ». La production d’agro-carburants utilise déjà des millions d’hectares qui devraient être couverts de forêts ou de cultures vivrières et qui sont maintenant utilisés pour alimenter les machines. Si l’utilisation énergétique de la biomasse se généralise, la vie marine se réduira encore plus car une quantité importante d’espèces marines ne pourront plus se nourrir, les sols ne récupèreront plus la matière organique qui leur est nécessaire afin de rester fertile et de se protéger contre l’érosion et la sécheresse et il deviendra impossible d’alimenter les animaux car les fourrages deviendront rares et chers. L’eau se raréfiera que ce soit à cause des cultures pour les agro-carburant ou parce que nos sols n’auront plus la capacité d’absorber et de retenir l’eau par manque de matière organique.

· L’Agriculture intelligente face au climat n’est qu’une nouvelle révolution verte – avec des organismes génétiquement modifiés en plus – elle exige qu’au lieu de rechercher un soutien efficace contre les effets du changement climatique, nous acceptions des paiements insignifiants qui fonctionnent comme le mécanisme REDD. Ils veulent aussi nous imposer des systèmes entièrement dépendants d’intrants agricoles toxiques tels que le semis direct à base de pulvérisations aériennes de Round up, ce qui est nommé « agriculture à faible teneur en carbone ». Nous serons donc obligé de pratiquer un certain type d’agriculture, et de perdre le contrôle de nos terres, de nos écosystèmes et de notre eau.

· L’un des aspects les plus pervers des fausses solutions mises en avant lors des négociations internationales, est de restreindre l’accès à l’eau et son utilisation à des fins d’irrigation. Prenant la rareté de l’eau comme prétexte, il est proposé d’en réserver son utilisation aux « cultures de plus grande valeur » c’est-à-dire les cultures destinées à l’exportation, les agro-carburants et autres cultures industrielles au détriment des cultures vivrières.

· La promotion de solutions technologiques, qui n’offrent aucune solution, figurent également à l’ordre du jour des discussions de Rio. Parmi les plus dangereuses se trouve la géo-ingénierie et les cultures transgéniques. Jusqu’à présent, aucune des solutions proposées par la géo-ingénierie ne s’est avérée capable d’apporter une solution réelle aux problèmes climatiques. Bien au contraire, certaines formes de géo-ingénierie (comme la fertilisation des mers) sont si dangereuses qu’un moratoire international a été déclaré. Dans le but de nous faire accepter les transgéniques, on nous dit qu’ils créeront des cultures résistantes à la sécheresse et à la chaleur, mais la seule nouveauté est une variété résistante aux herbicides, ce qui provoque le retour sur le marché d’herbicides très toxiques tels que le 2,4-D.

· Le projet le plus ambitieux et ce que certains gouvernements identifient comme le défi majeur, est la marchandisation des biens de la nature (l’eau, la biodiversité, le paysage, la forêt, les semences, la pluie, etc.) puis leur privatisation (invoquant les fonds nécessaires à la conservation) et enfin de nous faire payer leur utilisation. Ce système est connu sous le nom de L’Economie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB). C’est l’assaut final sur la vie et la nature ainsi que sur les moyens d’existence des populations qui vivent de l’agriculture de la chasse et de la pêche.

· Nous en appelons à la société civile de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils enlèvent les barrières à tous systèmes d’énergie renouvelable décentralisés et contrôlés par les populations locales, qu’il s’agisse d’énergie solaire, éolienne, marémotrice ou hydraulique, etc. et pour qu’ils mettent à disposition les fonds nécessaires à la conception et à la mise en place de ces systèmes d’énergie renouvelable. En même temps nous devons éduquer les populations sur les avantages de ces systèmes communautaires d’énergie renouvelable pour la préservation de l’agriculture paysanne agroécologique, l’environnement et les économies alternatives, saines, dignes et équitables.

De nouveau, nous présentons nos propositions, opposées aux fausses solutions de ceux qui ont causé la crise climatique. Au Pérou, comme précédement aux COP, nous déclarons que :

. Le système alimentaire industriel agro-exportateur doit être remplacé par un système fondé sur la souveraineté alimentaire qui rende à la terre sa fonction sociale qui est de produire des aliments et de donner la vie et qui place la production alimentaire locale, la transformation et la commercialisation locale au centre du système. La souveraineté alimentaire mettrait fin aux monocultures et à l’industrie agricole et encouragerait des systèmes de production paysanne caractérisés par une intensité et une productivité majeures, une capacité à fournir du travail, à soigner les sols et à produire une alimentation saine et diversifiée. L’agriculture paysanne et autochtone est celle qui a les moyens de refroidir la planète, en absorbant ou en évitant de produire jusqu’à 2/3 des gaz à effet de serre émis chaque année.

. Les communautés paysannes et autochtones disposent, à présent de 20% des terres arables du monde entier et arrivent à produire la moitié de la nourriture consommée dans le monde. Notre système est le plus efficace et le plus sûr afin d’éliminer la faim dans le monde.

. Si nous voulons alimenter le monde entier et restaurer une normalité climatique, il faut que l’agriculture retourne dans les mains des paysans et des peuples autochtones. Pour arriver à cette fin, il faut entreprendre, en urgence, des réformes agraires complètes et de large amplitude visant à mettre fin aux concentrations extrêmes et croissantes de terre qui affectent l’humanité aujourd’hui. Ces réformes agraires créeront les conditions matérielles permettant à l’agriculture de remplir son rôle pour le bénéfice de l’humanité entière ; voilà pourquoi la défense et la protection des agricultures paysannes et autochtones concernent chacun et chacune. Dans l’immédiat, il faut arrêter toutes transactions, concessions et transferts visant à concentrer ou accaparer des terres et à déplacer des populations rurales.

. Les systèmes paysans et autochtones d’agriculture, de chasse, de pêche, d’élevage qui travaillent la terre et produisent de la nourriture doivent être soutenus de façon adéquate par des financements publics inconditionnels. Les mécanismes de marché – tels que les crédits de carbone et les régimes de services à l’environnement – doivent être démantelés immédiatement et remplacés par de vraies mesures comme celles mentionnées ci-dessus. Mettre fin à la pollution est la responsabilité de tous et personne ne peut y échapper en achetant un « droit » à continuer à détruire.

. La seule utilisation légitime de ce que les organismes internationaux et les entreprises appellent la “biomasse” consiste à alimenter les êtres vivants et à retourner à la terre afin de restaurer sa fertilité. Les émissions provenant de cette utilisation abusive d’énergie doivent être réduites à la source, mettant ainsi fin à ce gaspillage. Il nous faut des sources d’énergie décentralisées, à la portée des peuples.

Nous, paysan/nes, paysan/nes sans terre, peuples autochtones et migrants – hommes et femmes – nous nous opposons à la marchandisation de la terre, de nos territoires, de l’eau, des semences, des aliments, de la nature et de la vie humaine. Nous réaffirmons ce qui a été dit lors du Sommet des Peuples à Cochabamba en Bolivie : « L’Humanité se trouve devant une alternative historique : continuer dans la voie du capitalisme, de la dégradation et de la mort, ou s’engager dans la voie de l’Harmonie avec la nature et le respect de la vie ».

Nous répudions, dénonçons l’économie verte, ce n’est qu’un masque qui cache la convoitise des grandes entreprises et de l’impérialisme alimentaire dans le monde et une tentative de blanchir le capitalisme qui impose de fausses solutions : l’agriculture intelligente face au climat, le commerce du carbone, REDD, la géo-ingénierie, les transgéniques, les agro-carburants, le bio-carbone et toutes les solutions du marché devant le crise environnementale.

Notre défi est de créer une autre relation avec la nature et entre les peuples. C’est notre devoir et notre droit et ce pourquoi nous luttons et nous appelons à continuer la lutte inlassablement pour la souveraineté alimentaire, pour la réforme agraire complète et la récupération des territoires des peuples autochtones, pour mettre fin à la violence du capital et pour retrouver un système paysan et autochtone de production fondé sur l’agroécologie.

NON AUX FAUSSES SOLUTIONS DU CAPITALISME VERT !

AGRICULTURE PAYSANNE POUR UNE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE ET CLIMATIQUE, MAINTENANT !

WWW.VIACAMPESINA.ORG

Porto, Portugal 20 Novembre, 2014

source :

»» http://www.viacampesina.org
Via :

 
 
 
 
 

Voilà l'ALTERNATIVE !

 

et elle est partout...

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 18:58
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 16:50
Au pays de la démocratie et de la liberté

Au pays de la démocratie et de la liberté

Et chez nous... l'habitat nomade et éphémère se développe

Et chez nous... l'habitat nomade et éphémère se développe

Nous aussi à présent, nous vivons le "rêve américain"

Nous aussi à présent, nous vivons le "rêve américain"

et ce n'est qu'un début, binetôt le libre échange nous arroseras de ces bienfaits

et ce n'est qu'un début, binetôt le libre échange nous arroseras de ces bienfaits

Vive la société d'abondance et de consommation !!!

Vive la société d'abondance et de consommation !!!

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 11:56

 

 

 

 

Aujourd’hui, un peu de positif au sein des rumeurs de guerre toujours plus assourdissantes… Bruits de bombes ou bruits de Pub… c’est toujours la même guerre. Et certains résistent. J’avais déjà publié quelques dossiers sur les récupérations d’entreprises en Argentine. Un dossier qui mettait en évidence quelques points communs : la fierté, le sentiment d’une dignité accrue de ceux qui ont pris en main avec succès et leur vie et leur entreprise ; le constat récurrent, ce qui coulait l’entreprise étaient les coût patronaux prohibitifs ; et ne caractéristique commune une redistribution des bénéfices, en partie entre les travailleurs mais aussi destinés à des projets de biens communs : aide sociale, projets sportifs et culturels pour la communauté, création d’espaces conciciaux dynamiques… Bonne lecture et merci à la traductrice... je voulais traduire ce texte... et c'était déjà fait.

A lire à ce sujet

Usines récupérées et autogérées en Amérique Latine. Chemin d'espoir, de dignité, de bien-être

Argentine : entreprises récupérées par les travailleurs

Zanon : 10 ans d'autogestion

Argentine : une nouvelle vague de récupération d’entreprises ?

Source  du texte : « Des travailleurs unis qui produisent sans patron, ça n’existe pas ?». Voyage au coeur des « Ateliers de Grès »

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-22W

 

 

Le patron s’est installé dans son bureau… en Espagne – peut-être était-ce son domicile ?, a activé Skype et a ordonné d’appeler tous les travailleurs de l’usine de Barquisimeto (Venezuela) autour de l’ordinateur du gérant local : « Je n’ai plus de quoi investir, l’entreprise est liquidée, lundi vous pouvez passer chercher votre chèque » a-t-il dit. Message concis, depuis un pays lointain, dont se souviennent bien les employés des « Ateliers du Grès ». Maintenant il n’y avait plus de doute : l’usine fermait, les licenciait tous, le vendredi 31 août 2012.

Le premier réflexe fut d’empêcher l’avocat d’emporter les machines de l’usine. Le second, de cadenasser la porte d’entrée. Le troisième, de commencer à s’organiser devant les bruits qui circulaient : l’usine sera vendue, démolie sous peu. Les travailleurs formèrent trois groupes de surveillance pour garder les installations 24 heures sur 24, du dimanche au dimanche.

Commencèrent les chantages, les tentatives d’usure et les menaces de la part du patron, de l’avocat, de l’acheteur du terrain et en même temps la pression économique sur des travailleurs privés de salaire, l’apprentissage d’une lutte sur le long terme. Tout ce qui était prévisible dans un bras de fer où la propriété d’une usine est en jeu.

Sur les 150 ouvriers céramistes, 25 sont restés, puis 19… L’argent manquait, impossible d’apporter une réponse aux besoins urgents des familles. Ceux qui maintinrent l’occupation mirent sur pied des stratégies de survie : un étal à la porte de l’usine pour y vendre du café, des bonbons, tout ce qu’on pouvait, et la recherche d’appuis solidaires rapidement apparus : celui de la Fédération Bolivarienne Socialiste de Travailleurs Urbains, Ruraux et de la Pêche- qui monta l’ « opération kilo » afin d’obtenir des aliments – et celui des camarades de l’usine Altusa, qui avaient affronté le même patron dans un conflit similaire.

Les céramistes résistèrent 19 mois, en maintenant chaque machine en état de marche, en construisant un réseau d’appui familial, ouvrier, une conscience, une capacité d’affronter des nuits de solitude. Devant eux, l’usine n’était que silence. Immobilisée, la pièce maîtresse avait fonctionné durant des décennies sans jamais s’éteindre – un four de 120 mètres de long, 2m80 de haut, 60 de large, à une température de 890 degrés, et une capacité de traiter 45 wagons. Sur le modèle de ceux « créés par les allemands durant la deuxième guerre mondiale pour brûler les corps des homosexuels et des juifs » expliquent les travailleurs.

19 mois. Jusqu’au jour où, devant l’absence de réponse de la part de patron et suite aux démarches auprès de l’Etat, ils décidèrent de remettre l’usine en marche, de réactiver le four avec l’aide des travailleurs d’Altusa qui avaient appris comment rallumer les machines de leur usine sans leur patron. « Ils l’ont chauffé pendant deux mois, on leur disait que s’ils l’allumaient, Barquisimeto allait exploser » raconte José Novoa, Président de la fédération.

Mais après les essais et les erreurs – comme la difficulté de stabiliser la température à son juste niveau-, le four recommença à fonctionner, le pré-four et les différents engrenages pour fabriquer les dalles de grès, celles qu’avait toujours produit cette usine.

Avec le premier pas vint le premier problème : le manque de produits chimiques nécessaires à la fabrication des dalles. La solution : produire des poutrelles et des briques alvéolées avec des matières premières faciles à se procurer – argile, eau et mélasse. A force d’invention, on changea les moules, les instruments de découpe et construisit de nouvelles lignes de transport. Et tandis que la production commençait, la situation se régularisait juridiquement : on enregistra la fabrique auprès du Ministère des Communes en tant qu’Entreprise Sociale Directe – c’est-à-dire sans participation de l’Etat : « Ateliers de Grès ». Le bras de fer sur la propriété s’est achevé en faveur des travailleurs.

La production actuelle, après une année et demie de fonctionnement, est de 10.000 briques alvéolées par jour. Lorsque le processus d’automatisation sera finalisé, avec le soutien de la Mission Savoir et Travail, il y aura 30 à 35.000 unités par jour. « Aucun d’entre nous n’est un professionnel, la plupart de ceux qui dirigent l’entreprise n’ont pas le baccalauréat », explique Pedro, l’un des dix-neuf. Il était « homme à tout faire » comme il s’appelle lui-même : il réparait les sous-sols du four, il faisait des travaux de maçonnerie, des réparations mécaniques, il baignait les chiens.

Pour mettre en fonctionnement ces six hectares sur lesquels s’étend l’usine ils ont dû s’organiser davantage en mettant sur pied quatre unités : administration, gestion productive, formation et contrôle. Pedro, par exemple, est membre de la troisième. « Les unités ont été choisies en assemblée, petit à petit nous avons découvert quelle tâche pouvait exécuter chacun d’entre nous » raconte-t-il. Dans les installations on voit une partie de son travail : des fresques murales, des slogans, des consignes, l’esthétique révolutionnaire de l’usine.

« On dit que nous ne savons ni gérer ni produire, mais dans les faits nous avons démontré le contraire. C’est dur mais nous avons appris, tout est dirigé par les travailleurs, l’entreprise est à nous, nous devons en prendre soin. », dit Jorgina Catalina, de l’unité administrative. « Les Ateliers de Grès » comptent aujourd’hui 85 travailleurs, en majorité des jeunes, de moins de 25 ans. L’objectif est d’arriver à 150, lorsque l’usine produira 35 000 briques alvéolées dont ils savent qu’elles seront achetés par la Grande Mission Logement Venezuela.

« La situation n’est pas ce que dit la droite. Une usine sans patron et avec des travailleurs unis, oui, ça produit » explique Pedro. À présent les bénéfices sont répartis de façon équitable entre ceux qui produisent les briques alvéolées, pas comme avant, où « sur les huit heures de travail, deux allaient à celui qui produisait et 8 au patron ».

Les travailleurs des Ateliers ont conscience de représenter une expérience d’avant-garde, non seulement parce qu’il s’agit de l’Entreprise de Production Sociale Directe de plus grande taille mais parce qu’ils sont l’une des rares usines récupérées à être administrées intégralement par des travailleurs. Ils ont noué une alliance étroite avec les deux autres expériences qu’ils connaissent et toutes deux à Barquisimeto : Beneagro –anciennement Poulets Souto- récupérée et mise en production par les travailleurs, et Travailleurs Unis –ex Brahma- (1) où on a résisté à la tentative de licenciement en occupant l’entreprise et où on n’attend que l’expropriation pour la mettre en marche.

« On compte sur les doigts d’une main les entreprises occupées et totalement administrées par les travailleurs » souligne José Novoa qui donne les chiffres actuels : il y a au Venezuela 1800 entreprises récupérées, nationalisées, occupées et alliées, c’est-à-dire là où il existe une forte présence syndicale et un contrôle de la base.

Les « Ateliers du Grès » est l’une de celles que l’on compte sur les doigts d’une main ; elle est parvenue à résister, à se mettre en marche, à produire, à vendre et à croître. Sans baccalauréats, ni propriétaires étrangers, ni experts venant de l’extérieur pour « conseiller » la direction. Ils ont leurs défis, tel que celui d’équilibrer les dynamiques entre les 19 travailleurs et ceux qui s’incorporeront- le groupe qui a résisté n’a pas perçu de salaire pendant deux ans, comment prendre en compte cela sans générer de disparités ?, celui de réaliser une gestion collective, efficace, transparente,  celui de montrer, tant pour eux-mêmes que pour la batailles d’idées en cours au Venezuela, que « oui, la production socialiste ça existe ».

Texte : Marco Teruggi

Photos : Milángela Galea

Traduction : Sylvie Carrasco

Source : http://laculturanuestra.com/no-existe-la-produccion-socialista-viaje-al-interior-de-alfareros-del-gres/

Note : (1) Sur cette expérience, on peut lire “(Photos :) occuper, résister, produire”, http://wp.me/p2ahp2-1UN

 

 

Published by Anne Wolff
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 10:31

Instructif ! Le sort des malades mentaux en Grèce ? Un bon descriptif de ce qui nous attend ? Bientôt ? Et quelques recettes pour y résister au sens le plus fondamental. Résister à la maladie, résister au mal social qui déstabilise mentalement des proportions inquiétantes de la population et plus la misère vient, plus cela va. Je souligne quelques passages qui m'interpellent.

Source (à visiter) Compte-rendu de voyage en Grèce (31/08/15 au 04/09/15) | Entre les lignes entre les mots

La perspective d’un réseau de solidarité centré sur les pratiques de résistance en santé mentale, a été une de nos principales motivations pour rencontrer les Dispensaires Solidaires Sociaux et d’autres structures autogérés ainsi que des équipes grecques de soins psychiatriques et le syndicat des salariés de l’hôpital psychiatrique de Dafni.

L’accueil de notre projet a été chaleureux et intéressant partout. Venir physiquement porter la solidarité concrète d’autres pays d’Europe est vécu comme essentiel par les soignants, les militants et des structures d’avant-garde de résistance à l’austérité.

 

Mardi 1er septembre:

Le dispensaire social de Péristéri (ville populaire de 140.000 habitants dans la banlieue d’Athènes), qui est jumelé avec le comité de soutien au peuple grec de Paris 13 et l’Assemblée citoyenne de Paris 14, ce qui a permis d’apporter une aide financière conséquente et préparer l’organisation de la venue de ses représentants à Paris.

Le dispensaire est ouvert depuis 3 ans dans une maison mise à disposition par un particulier solidaire. Il a été inspiré par la création en Crète en 2009 (avant la crise) du premier dispensaire solidaire. Il reçoit des personnes en rupture de sécurité sociale, pour cause de chômage (le maintien des droits ne dure que 2 ans après la perte de l’emploi), d’impossibilité de régler les cotisations par des indépendants précarisés (petits commerces, artisans, et professions libérales), des personnes même assurées mais dans l’impossibilité de payer le restant à charge (augmenté depuis l’application des mesures d’austérité) ainsi que l’ensemble des précaires et des sans-papiers.

Son fonctionnement est autogéré par les bénévoles, professionnels de santé ou simples citoyens issus de la population (qui peuvent en être au départ des usagers). La responsabilité de l’organisation soins et des actions militantes est donc partagée les décisions étant prises par une assemblée mensuelle. Il est un véritable lieu d’accueil, contrairement à nombre de dispensaires du Système Public de Soins également sans moyens. Des échanges de médicaments sont souvent le seul lien, avec les autres dispensaires autogérés et la pharmacie municipale.

Pour comparaison : les dispensaires municipaux, de statut public (ne fonctionnant pas comme des centres de santé) ainsi que des dispensaires « sociaux » parrainés par Eglise Orthodoxe ou par des intérêts privés se limitent à une offre strictement médico-pharmaceutique (soumise parfois à la condition d’une vérification exhaustive de documents) sans organisation d’échanges ni entre les intervenants (pas toujours bénévoles) ni entre les intervenants et les usagers.

Les actions solidaires organisées par le DPSS sont laccès aux soins et l’action alimentaire : collectes dans les supermarchés et distributions auprès de personnes dans le besoin. Le DPSS participe aux mobilisations contre les actions répressives (police et conseil de l’ordre des médecins). Le dispensaire participe à la Coordination des Dispensaires Solidaires Sociaux, qui se réunit régulièrement pour organiser la mise en commun de moyens et décider d’actions communes, coopère avec l’association « Solidarité pour Tous », participe aux actions citoyennes de protestation et de revendication, au mouvement de soutien aux réfugiés, et à l’organisation de campagnes d’offre de soins et de distribution de produits de première nécessité aux réfugiés. Contrairement à d’autres DPSS (CSAG), il n’est pas soutenu politiquement et économiquement par la municipalité dans laquelle il est implanté.

La question de la précarité psychique est centrale ; le DSS de Péristeri reçoit des personnes qui sont censées recevoir des soins psychiatriques au long cours mais qui, en réalité, ne bénéficient pas des soins dont ils ont besoin de la part des structures compétentes (centres de santé mentale, consultations spécialisées des hôpitaux) car ces structures sont débordées par la masse de la demande, en manque de personnel suffisant, submergées par les tâches de renouvellement d’ordonnances qu’exige un système de contrôle et de vérification des prescriptions instauré par le mémorandum.

Le psychiatre du DSS de Péristeri (Dr NP) en décrit les difficultés actuelles : travail isolé centré sur le médicament, mais importance reconnue par les patients de l’accueil au quotidien. Le nombre de suicides s’est considérablement accru depuis 2010 et le dispensaire reçoit beaucoup de patients qui décrochent du suivi psychiatrique. Comme psychiatre il est très intéressé par le projet de réseau de solidarité que je propose et parle de son travail libéral complété par sa venue au dispensaire autogéré ainsi aussi dans une structure de soins d’addictologie pour personnes en prison, qui est une structure « ouverte » en ville, fonctionnant depuis 2002 à 80 km d’Athènes, dans laquelle l’équipe d’intervenants se réunit une fois par semaine.

Mercredi  2 septembre

L’hôpital psychiatrique de Dafni, dans la banlieue d’Athènes.

Le syndicat des salariés et 2 équipes sont rencontrées :

Le syndicat des salariés de Ψ.Ν.Α. (Hôpital Psychiatrique d’Athènes – Dafni)

Un échange sur la casse des services publics, de la protection sociale, de l’accès aux soins et des droits fondamentaux du fait des politiques d’austérité en Europe fait consensus, en particulier quand à ces effets sur les soins psychiatriques et la santé mentale des populations. La situation est particulièrement dramatique en Grèce. C’est toutes les organisations de soins ouverts à tous qui sont remises en cause ainsi que leurs pratiques créatives et les effectifs dans les équipes soignantes. La Santé mentale dans l’UE est réduite à un prêt à porter déterminé par la concurrence entre services privés et publics. Nos interlocuteurs représentent des tendances syndicales différentes, ainsi que des métiers différents, mais s’opposent tous aux politiques néolibérales, aux privatisations et à l’austérité.

Un service de l’Hôpital (Département 2).

Présenté comme un état des lieux actuel en Grèce, il comprend 40 patients pour 25 places dans cette unité d’hospitalisation. Le ratio type soignants/patients parait peu différent que celui d’un service parisien, si ce n’est le surencombrement. La différence notable est l’absence de chambres d’isolement, mais aussi l’absence de tout recrutement depuis 5 ans. Les ASH ont disparu (départs non remplacés) et de ce fait les infirmier(e)s et aides infirmier(e)s sont chargé(e)s des tâches « d’intendance » en plus de leurs propres tâches. Il n’y a pas d’activités thérapeutiques continues de socialisation, ni de professionnels paramédicaux.

L’échange se déroule entre médecins (Médecin Chef et Praticien Hospitalier) et le responsable syndical, psychologue qui travaille dans un autre Service. La discussion se centre sur l’ouverture des portes (possible ou pas) et les liens avec les structures extérieures, ces deux thèmes montrant une continuité avec l’hôpital psychiatrique traditionnel.

Actuellement il n’y a qu’un seul patient « en isolement » à Dafni, auteur d’un meurtre sauvage dans les lieux de l’Hôpital. Nous avons cependant été informés d’autres sources que des patients agités sont cependant occasionnellement contenus mais ce sujet n’a pas été abordé ici. Nos interlocuteurs nous ont fait part de leurs doutes quant à la possibilité s’assurer des soins totalement ouverts.

Deux jours après notre visite un incendie s’est déclenché à proximité d’un lieu où se trouvaient des patients chroniques et trois patients sont décédés. Ce gravissime accident a déclenché chez certains médias grecs la polémique autour de l’Hôpital Psychiatrique, présenté de manière négative et caricaturale. Le syndicat des salariés voit dans cette campagne médiatique une tentative pour dénigrer leur outil de travail et pose l’accent sur le manque cruel de moyens et de personnel qui met en péril la sécurité des patients et des salariés.

Il n’y a plus que des actes techniques dans les Services d’hospitalisation : prescriptions d’ordonnances et distribution de médicaments. Les prescriptions médicales sont sous surveillance depuis l’application en Grèce du mémorandum et les médecins sont obligés de respecter certains quotas.

Le service du « Département 2 » a un dispensaire au centre d’Athènes qui fait continuité.

Nos interlocuteurs connaissent, bien entendu, l’existence des dispensaires autogérés mais nous précisent que le Service, intégré au Système Public, ne peut formellement avoir des liens avec ces structures. Ils font cependant le commentaire que, compte tenu de la situation sociale des patients accueillis, l’hôpital tout entier pourrait être considéré comme un établissement « social » ; pour illustrer le propos ils nous relatent des cas où les soignants se cotisent pour couvrir des besoins matériels des patients.

Il y aurait aussi, nous informe-t-on, une structure de soins, sociale et solidaire, fonctionnant dans l’enceinte de l’hôpital universitaire Attiko, mais on n’en a pas de précisions.

L’unité ouverte du Département 9.

L’équipe infirmière rencontrée parle de moins de tension et de plus de liberté dans le soin, des liens avec le dispensaire et le foyer de postcure qui font continuité, mais pas de travail avec les familles, qui sont reçues à l’admission et la sortie du patient ou par le médecin uniquement pendant la durée de l’hospitalisation. Il est souligné que le travail est différent quand le patient est sorti d’hospitalisation car, dans le dispositif ambulatoire les infirmier(e)s participent aux entretiens et à d’autres actes d’accompagnement.

Le psychiatre Yannis Papadopoulos (Chef de Service) nous reçoit ensuite. La Santé Mentale ? Il y a eu 2 phases : la première avec la fermeture de Leros à la fin des années 70. Puis une loi de Santé mentale qui a promus un mouvement d’ouvertures de structures hors de l’hôpital. Les Hôpitaux psychiatriques ont été fermés sauf 3 (2 à Athènes et 1 à Thessalonique). L’hospitalisation s’est alors faite dans les hôpitaux généraux, et se sont ouvertes des structures de postcure qui dépendent de l’hôpital ou d’associations (ONG). Les financements (75%) par les fonds européens dans le cadre de plans successifs pluriannuels spécifiques, dédiés à la Santé Mentale, sont assortis d’évaluations périodiques qui marquent respectivement leur arrivée à terme. L’état grec est censé par la suite prendre le relai du financement mais les moyens du budget de la Santé sont très faibles. Donc se posent les questions de l’avenir, de la continuité et de la qualité finale de ces projets.

Sa critique est que la polémique public-associatif nuit, car elle met en concurrence le type de gestion, les statuts et les conditions de travail. Il n’y a pas de réseau national en Grèce et la sectorisation ne fonctionne pas de manière généralisée.

Le vrai moteur pour la mise en place en Grèce du secteur psychiatrique a été le financement européen, l’Etat étant défaillant, tant sur le plan de l’initiative politique que des financements. Il y a, dans le cadre du Système public de soins, 10 (dix) Centres de Santé Mentale, implantés à Athènes, au Pirée et dans leurs banlieues, offrant des soins pluridisciplinaires en psy adulte et infanto-juvénile, rattachés administrativement à la Faculté, au CHU, à des Hôpitaux Généraux, aux Hôpitaux Psychiatriques, auxquels se rajoutent les consultations externes spécialisées des Hôpitaux Généraux et des HP ainsi que les consultations au sein du système de soins primaires et les dispositifs d’addictologie. (3 centres de santé mentale à Athènes et 1 au Pirée qui dépendent de l’hôpital psychiatrique). Ce dispositif est insuffisant pour une région qui a près de 4 millions d’habitants et qui reçoit aussi des patients en provenance d’une grande partie du pays.

Les Conseils locaux de santé mentale, réclamés par les programmes des partis de gauche, bien que prévus par les textes de loi sur la sectorisation (déjà anciens), ont été réellement constitués il y a à peine un mois par le premier gouvernement SYRIZA. Nommés par décrets ministériels, les membres de ces Conseils sont essentiellement des médecins avec la participation ultra-minoritaire d’une seule association d’usagers. Le mouvement social n’y est pas représenté et ces conseils n’ont à ce jour joué aucun rôle déterminant.

La situation actuelle d’austérité a aggravé la multiplication de patients psychiatriques en errance médicale pour lesquels le système n’apporte pas de réponse aux besoins en soins. (cela j'ai pu l'observer sur le terrain à Bruxelles aussi, depuis quelques années, une aggravation permanente qui rencontre toujours moins de réponses appropriées. Anne)Cette situation cependant préexistait, à moindre échelle, de la crise économique et sociale actuelle.

Actuellement les hospitalisations sous contrainte se multiplient (autorisation préalable du juge requise). Il n’y a pas de réelle formation spécifique aux métiers de la psychiatrie et il n’y a plus de recrutement de personnels. Pour ce médecin, les dispensaires sociaux sont aujourd’hui nécessaires pour pallier aux carences manifestes et profondes du système.

Le Docteur Papadopoulos adhère à notre projet d’un réseau de psychiatrie solidaire France-Grèce qui pourrait s’élargir à d’autres pays comme l’Italie.

Reprise de la visite de l’hôpital avec Yannis Kourmoulakis, secrétaire du syndicat.

L’établissement a 1500 salariés, 100 à 200 participent activement aux mobilisations. Le premier risque vient d’un projet de loi sur le syndicalisme porté par la « Troïka » : limitation du droit de grève par le vote préalable de 50%+1 des salariés d’une entreprise ou lieu de travail pour la décider légalement ce qui aurait comme conséquence l’élimination du rôle des syndicats. Il s’agit donc d’un démantèlement des droits syndicaux sur lesquels Tsipras reste attentiste.

L’an dernier il y a eu une grande mobilisation contre la fermeture de l’hôpital exigée par la « Troïka », avec un concert qui a réuni 2000 citoyens solidaires. Depuis plus de deux ans maintenant la lutte est contre les évaluations des fonctionnaires qui visent à réduire le service public, car selon le système qui est proposé il existerait des quotas prédéfinis pour octroyer des bonnes et des mauvaises notes. Une fiche d’évaluation est adressée à chaque agent qui la remet au chef de service. La majorité des chefs de Service avait accepté de collaborer. 1200 salariés, dont une minorité de médecins, ont répondu en l’envoyant au syndicat. C’est donc un mouvement de désobéissance civile des salariés. Il accompagne le refus des infirmiers de faire des transferts d’établissement médicalisés sans médecins.

La conclusion est que ces luttes rejoignent celles des dispensaires sociaux autogérés car, loin d’être des luttes corporatistes, elles ont pour objectif la protection du Service public et la qualité et gratuité des soins pour tous les patients.

Yannis, qui fait partie aussi d’un comité pour le suivi du respect des droits des patients auprès du Ministère de Santé, est très positif vis-à-vis du projet d’un réseau international pour la santé mentale. Il voit même la possibilité que des réunions publiques aient lieu au sein même de l’Hôpital Dafni.

 

 

Lieux autogérés dans Athènes

Découverte d’un parc, d’un centre socioculturel, d’un restaurant, autogérés par des habitants du quartier Exarchia, sans échanges particuliers avec ses animateurs (timing de la visite ne l’ayant pas permis, mais à suivre. Il y a également un dispensaire social autogéré qui était fermé à cette heure-là).

Rencontre avec Katerina Matsa, psychiatre retraitée, bénévole dans plusieurs dispensaires sociaux.

Figure emblématique du mouvement désaliéniste en Grèce, ancienne médecin chef d’un Département de Psychiatrie à Dafni aux pratiques ouvertes et innovantes, engagée dans le soin des patients toxicomanes, Katerina Matsa est aussi rédactrice en chef de la revue grecque « Tetradia Psychiatrikis » (« Cahiers de Psychiatrie »).

Katerina décrit une situation très dégradée de la psychiatrie, les psychiatres subissant les oukases de la Troïka. Les expériences d’un travail collectif sont donc à recréer.

Selon Katerina, les droits des patients ne sont pas respectés en Grèce. La contrainte est autorisée par un juge mais qui entérine toujours l’avis du psychiatre.

Les médicaments ont remplacé la parole comme outil de soin.

Les seules avancées actuelles au niveau des pratiques alternatives sont les dispensaires sociaux autogérés, qui sont devenus de réels lieux d’accueil.

Elle cite un patient qui dit à propos des dispensaires sociaux : « ici je me suis écouté ». La fonction d’accueil et d’écoute n’est pas remplie aujourd’hui par les centres de santé mentale existants du Système public de Santé. La psychiatrie est essentiellement médicalisée et son développement institutionnel reste déterminé par les financements de Bruxelles. La « Troïka » veut fermer les 3 HP restants pour des raisons seulement économiques.

Est très intéressée par le projet de réseau et première discussion sur son organisation possible (3 jours d’échanges en ateliers, un premier argument à écrire, des textes à échanger en déterminant ceux qui seront présentés dans la préparation. Nous constatons l’intérêt de la traduction et diffusion (à travers nos revues respectives) de textes de nos collègues et camarades grecs en France et inversement.

Jeudi 3 septembre

« Solidarité pour Tous »

L’association « Solidarité pour Tous » est une plateforme d’échanges, de coordination, de formation et de soutien logistique qui s’adresse à toutes les structures autogérées de solidarité (sanitaires, alimentaires, coopératives, juridiques, culturelles, éducatives) à condition que celles-ci fonctionnent sur la base du bénévolat et n’entretiennent pas de liens avec des institutions officielles, publiques ou privées. (intéressant comme point de vue quand on sait que l'associatif institutionnalisé est au mieux inefficace et meme laplupart du temps contreproductif... lié par le cycle circulaire - ballade -subsides. ^Le passage suivant montre que d'autres fonctionnements sont possible, même aupirede l'austérité. Ou peut-être à cause de cela ? Parce que c'est devenu alors - clairement - une question de survie ?)A.)

Le soutien aux dispensaires sociaux représente une part importante de l’activité de l’association. Dans cet esprit, « Solidarité pour Tous » a soutenu la constitution d’une coordination des dispensaires et pharmacies sociaux solidaires de la région Attique (dans laquelle se trouvent Athènes et le Pirée). La mise en place de cette coordination a permis la mise en commun de moyens et la planification d’actions militantes communes sur le terrain, mais aussi l’organisation d’actions « extraverties » comme, par exemple, une campagne d’ampleur pour l’offre de soins aux réfugiés qui arrivent sur les côtes des îles grecques, situation nouvelle et très critique.

Dans le cadre concret de cette action, il existe le projet d’un bus mobile qui irait vers les lieux où sont rassemblés des réfugiés en situation de carence sanitaire et alimentaire ; secondairement, l’acquisition d’une plateforme matérielle adéquate mobile permettrait son utilisation dans des territoires sans dispensaires sociaux pour offrir des soins à des populations autochtones en situation de carence sanitaire. Nous convenons sur le constat que ces deux types de populations ont des caractéristiques sociales et des besoins différents, cependant la responsable de l’association nous affirme que, dans le contexte actuel de la crise grecque, la souplesse et l’adaptabilité sont nécessaires. Les difficultés de mise en place de ce projet tiennent, comme en France, à la multiplicité d’intervenants aux finalités institutionnelles parfois concurrentes. Il s’agit notamment de collecter des dons de matériels et d’espèces dans un cadre, entre autres, humanitaire. Un budget de 100 000 euros est prévu ainsi que l’aide de MSF pour une première mise en place du projet sur l’île de Mytilène.

En réponse à notre question sur la contribution du Système national de Santé, et notamment des hôpitaux locaux, au devoir de soigner les réfugiés, notre interlocutrice nous présente très brièvement la situation actuelle :

Le financement des hôpitaux publics est brutalement décroissant d’année en année (1,6 milliards en 2014, 1,3 en 2015, 1,0 prévus pour 2016)

 

 

Quelles perspectives politiques pour sortir de la stricte action humanitaire face à la violence des mesures d’austérité imposées par les mémorandums de l’UE ? Quelques points.

-Débat sur la possible transformation des dispensaires sociaux autogérés en réels dispensaires publics de base indépendants de l’Etat et des institutions officielles, publiques ou privées. Les dispensaires, nous explique-t-on, n’ont pas comme perspective de se substituer à l’Etat mais d’être un outil d’intervention qui s’articulerait avec des assemblées populaires de quartiers, de villes et de villages. Ils sont aujourd’hui une avant-garde de résistance contre l’austérité et la précarité qui en résulte, en Grèce, mais aussi dans d’autres pays d’Europe.

-le refus des programmes de « partenariat » public-privé, portés par la « Troïka », pour le financement de la Santé, car cette option politique aggrave l’absence de permanence des soins offerts à la population ; refus aussi de la rétrogradation des structures de soins primaires (dont les dispensaires sociaux) qui, le cas échéant, se transformeraient en centres de tri discriminatoire. On peut aussi se poser la question de la récupération du mouvement des dispensaires par le gouvernement actuel. La question de l’avenir des dispensaires implique des décisions au plus haut niveau : pression sur le gouvernement Grec (par la « Troïka ») et indirectement sur les structures autogérées, mais aussi publiques (notamment municipales), par la rétention des financements et les interventions au niveau de leur répartition.

-Débat sur la caractérisation du gouvernement intérimaire et du programme d’application du 3ème mémorandum, signé par le Premier Ministre Tsipras, dans la perspective des élections du 20 septembre. Un alignement de SYRIZA sur les partis traditionnels désavoués aux élections de janvier, et jusqu’où ? Il y a un débat politique au sein de « Solidarité pour Tous » comme dans le peuple grec, depuis la création d’Unité Populaire qui défend le programme de Thessalonique contre la perspective gouvernementale de SYRIZA ; cet état des choses politiques pourrait induire une crise au sein du mouvement.

 

Centre d’accueil de réfugiés afghans, Eléonas.

Ouvert il y a 3 semaines sur un terrain vague à 2 km du centre d’Athènes, avec des logements préfabriqués et tous les raccordements nécessaires qui sont aujourd’hui en voie de finalisation. Présence de La Croix Rouge qui distribue l’alimentation apportée par l’armée et qui a ouvert un centre de veille sanitaire. Son financement est porté par l’Etat (service immigration et Ministère de l’Intérieur) avec la présence du HCR. La police municipale (non armée) surveille « discrètement » les abords du centre (à quelques cent mètres de l’entrée du Centre nous avons pu observer la présence d’une voiture de police avec à l’intérieur des agents armés !).

La durée moyenne de séjour est celle d’une cité de transit, pour l’instant de 3-4 jours. La population actuellement accueillie est (suite à un tri préalable) homogénéisée : très majoritairement des ressortissants afghans (hommes seuls et familles avec enfants). Il y a 685 places : le jour de notre visite 400 présents, après un pic de 785 la semaine dernière. Le premier accueil, pas encore bien aménagé, fait du dépistage sanitaire, distribue alimentation, produits de ménage et vêtements.

Nous sommes donc dans une toute autre perspective de centres autogérés, qui est celle de camps de transit et de tri promus par l’UE avec l’aide du HCR.

Nous nous y sommes rendus en accompagnant une équipe de « Solidarité pour Tous » qui effectuait de la distribution de produits alimentaires et autres biens de première nécessité.

 

Dispensaire solidaire du Pirée – Korydallos, en banlieue.

Retour vers un dispensaire autogéré, ouvert il y a 2 ans et demi avec l’aide de celui d’Ellinikon. Il s’agit de plusieurs appartements aménagés en centre médical dans un immeuble qui est celui de services sociaux de la municipalité. Il est indépendant de la municipalité dans son fonctionnement.

Il est autogéré par des bénévoles solidaires avec la présence de nombreux professionnels médicaux (médecins généralistes, 14 dentistes, 1 cardiologue, 1 psychiatre…) des psychologues et des orthophonistes. Depuis sa création 3479 personnes y ont consulté. Problème avec le dentaire car manque de tous les consommables (accessibles seulement par achats) et de moyens pour les appareillages et les prothèses. Il réalise la distribution de médicaments (manque permanent car grosse demande pour les pathologies chroniques) avec la présence d’un pharmacien. Les personnes qui consultent appartiennent à des couches précarisées de la population (comme à Péristéri), et en rupture de sécurité sociale.

Des réunions à fréquence moyenne mensuelle des intervenants, en fonction des sujets à traiter, avec la participation de quelques patients. Les bénévoles de la structure participent occasionnellement aux assemblées populaires, aident à la création d’autres dispensaires autogérés (chaine de formation réciproque Ellinikon, Pirée-Korydallos, Philadelphia, Pirée-Centre), participent aussi à des actions sanitaires communes et des suivis conjoints de patients avec des structures publiques de soins (échanges d’informations, de médicaments, de matériaux d’examens et de soins). Notre interlocutrice nous explique qu’elle a participé également au mouvement de solidarité avec les salariés sous licenciement de Coca-Cola, dont elle boycotte les produits.

 

Premier bilan.

Les dispensaires sociaux autogérés sont une expérience émancipatoire, qui pourrait inspirer toute l’Europe comme projet alternatif de santé démocratique. Leur nombre actuel est de 55 en Grèce.

Ils sont un début d’un projet d’ouverture et de réappropriation par la population de ses besoins fondamentaux, conçu initialement pour faire face aux mémorandums illégaux, illégitimes, odieux qui constituent une atteinte aux droits fondamentaux humains : droit à la vie, aux soins, à la dignité.

Le projet d’un réseau de solidarité santé mentale Grèce-France-Italie (pour l’instant) est sur les rails, avec la perspective d’un évènement commun au printemps prochain : venue à Athènes d’intervenants en santé mentale de chaque pays, participation à la journée d’un dispensaire social autogéré, 3 jours d’ateliers d’échanges de pratiques et de luttes, avec un rassemblement final de mise en place du Réseau de solidarité.

Cette action se fera quelle que soit la situation politique issue des élections du 20 septembre, mais son contenu sera évidemment alimenté par elle. Le débat sur la lutte contre les politiques d’austérité en Europe, contre l’utilisation de la santé mentale dite positive comme instrument de restructuration économique, de formatage de pratiques de soins normalisées et de tri de populations, y sera central car c’est la finalité même de ce Réseau.

Jean Pierre Martin

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 12:31

Par Gilles Devers

Source : Actualités du droit

L’humanitaire a été si souvent critiqué, il est vrai pollué par bien des ambiguïtés, qu’il faut savoir le défendre quand il s’inscrit dans la plus noble des traditions, et qu’il paye cash pour avoir défendu les principes les plus établis du droit international : soigner quiconque a besoin de soin. Pour avoir respecté cette ligne douze membres du personnel de MSF en Afghanistan et 10 patients, dont trois enfants, ont été tués ; 37 blessés parmi lesquels 19 membres de l’équipe MSF. Ça s’est passé dans la nuit du 3 ou 4 octobre à Kunduz. Pour travailler là-bas, il fallait de solides convictions. Ces héros ont notre admiration.

L’affaire, c’est l’attaque de l’hôpital de Kunduz, un crime de guerre commis par les États-Unis au cœur de l’Afghanistan.

Attaque de l’Hôpital de Kunduz : Appel à MSF pour une plainte devant la CPI

Kunduz

La ville de Kunduz, 300 000 habitants, la 4° ville du pays, est un carrefour sur la route reliant Kaboul au Tadjikistan. C’est la porte vers le grand dans le grand nord-est du territoire.

Lundi dernier, le 28 septembre, après une attaque de quelques heures, Kunduz est tombée sous le contrôle des Talibans. Depuis la chute de leur régime en 2001, jamais ils n’avaient connu une victoire de cette importance. Une conquête qui montre les faiblesses endémiques de l’armée afghane, après 14 ans de leadership étasunien, et 60 milliards € de dépenses militaires… La chute de Kunduz est un échec cinglant pour le pro-occidental président Ashraf Ghani, et elle signe le désastre des États-Unis sur une terre qui ne sera jamais pour eux, i vis-à-vis d’un peuple qu’ils n’ont jamais compris, et auquel ils ont fait tant de mal. La coalition occidentale souhaitait entretenir le mythe de Talibans réfugiés dans les montagnes près de la frontière pakistanaise. C’est raté : ils ont pris le contrôle de la quatrième de ville du pays, mettant l’armée en déroute.

Jeudi, l’armée afghane a entrepris la reconquête… mais impossible d’agir seule. Sur le territoire afghan, il reste 13 000 soldats de l’OTAN, dont 10 000 étasuniens. Ils assurent l’administration et le renseignement, soi-disant conseillent et forment l’armée afghane... Bien peu de capacité opérationnelle. Mais il reste l’aviation US…

A Kunduz, et loin au-delà, tout le monde connait le centre de traumatologie de Médecins Sans Frontières, la seule structure hospitalière capable d’offrir des soins médicaux et chirurgicaux essentiels. En quatre ans d’activité, des dizaines de milliers de patients y ont été soignés. La semaine dernière, alors que les combats secouaient la ville, l’hôpital a traité 400 patients. Seul critère pour être admis : nécessiter des soins.

Attaque de l’Hôpital de Kunduz : Appel à MSF pour une plainte devant la CPI

L’attaque de l’hôpital de MSF

L’attaque a eu lieu dans la nuit du 3 au 4. L’alerte est venue avec un avion étasunien, un AC-130 – au top de la technologie – qui après plusieurs survols, a bombardé le bâtiment central de l’hôpital : soins intensifs, salles d’urgence et service de physiothérapie. A cet instant, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents.

MSF explique que l’hôpital a été pris pour cible entre 2 h 08 et 3 h 15, avec des frappes menées à intervalle de 15 minutes. Chaque raid visait de manière précise le bâtiment principal.

Au premier tir, MSF a alerté les commandements militaires afghan et de la Coalition, avec qui les contacts sont directs. La ville était calme, il n’y avait aucun combat à proximité de l’hôpital, et les coordonnées GPS de l’hôpital étaient parfaitement connues des états-majors. Mais malgré ces alertes circonstanciées, effectuées par les responsables légitimes de MSF et adressées aux autorités militaires légitimes, les attaques aériennes ont continué. Seul le centre hospitalier a été bombardé.

Attaque de l’Hôpital de Kunduz : Appel à MSF pour une plainte devant la CPI

Le caractère intentionnel reconnu

Les explications données, d’abord embrouillées, ont finalement reconnu la réalité d’une attaque intentionnelle.

Première version : il ne s’est rien passé. Voici le colonel Brian Tribus, porte-parole de la mission de l’OTAN en Afghanistan, confirmant que dans la nuit, les forces US avaient mené une attaque aérienne à 2 h 15. La frappe avait « peut-être provoqué un dommage collatéral sur un bâtiment médical situé non loin » de la cible visée. Une heure et quart de bombardements, et 22 morts…

Deuxième version : ce bombardement a été mené pour protéger des soldats étasuniens. Dimanche, ce gros menteur Ashton Carter, le secrétaire à la défense US, est venu expliquer que « des forces américaines (étasuniennes) se trouvaient à proximité de l’hôpital et sous le feu ennemi », ajoutant que si « un avion américain a effectivement ouvert le feu, cela ne signifie pas pour autant que cette frappe a conduit à la destruction de l’hôpital ». Problème : aucun soldat US n’était au sol, ça ne tient pas deux minutes.

 

Troisième version : c’est l’armée afghane qui a requis ce soutien pour une attaque ciblée sur l’hôpital, et on doit cette franchise au gouverneur de Kunduz, Hamdullah Danishi, affirmant que « l’hôpital était occupé à 100 % par les talibans, ce qui a justifié ces frappes ». Le ministère de l’intérieur afghan a ajouté que dix à quinze talibans avaient été tués, ce qui est faux. Deux versions concordantes, ça, c’est une preuve. « Justifiant ces frappes » : l’ordre était de viser l’hôpital, et d'ailleurs, comment oser soutenir autre chose ? Devant la commission des forces armées du Sénat, le général Campbell a expliqué hier que l’attaque a été demandée par les Afghans mais décidée par la chaîne de commandement US.

Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a estimé que si cette frappe est reconnue comme délibérée, elle constituerait un crime de guerre : « Les stratèges militaires internationaux et afghans ont une obligation de respecter et protéger les populations civiles à tout moment, et les établissements médicaux et leur personnel font l’objet d’une protection spéciale. Ces obligations s’appliquent quelle que soit la force aérienne.

C’est dire qu’il y a eu clairement intention de détruire cet hôpital, au motif que, respectant le droit international, il soignait tout le monde. Joanne Liu, présidente internationale de MSF, est très nette dans sa déclaration du 6 octobre 2015 : « Les forces afghanes et américaines qui coopéraient ont décidé de raser un hôpital complètement fonctionnel, ce qui constitue l’aveu d’un crime de guerre ».

Attaque de l’Hôpital de Kunduz : Appel à MSF pour une plainte devant la CPI

Trois enquêtes,… rien de sérieux

Trois enquêtes ont été annoncées : par les Afghans et les Etasuniens, de la plaisanterie assurée, et par l’ONU, sans moyen d’investigation, rendez-vous dans quelques années...

MSF dénonce juste titre ces enquêtes dont l’inefficacité est garantie, et l’ONG demande une enquête internationale… Oki, excellente idée, mais vu les enjeux de cette affaire, car il y a eu 22 morts par l’attaque délibérée contre un hôpital et parce que le but de réel est de combattre une médecine humanitaire indépendante, il faut tourner la page de ces procédés d’enquête qui ne conduisent à rien car, quel que soit la bonne volonté de leurs auteurs, ils ne s’inscrivent dans aucune procédure. C'est de la procédure qu'il faut ! 

La CPI est compétente

La réponse à donner est claire : Médecins Sans Frontières doit déposer une plainte devant la Cour Pénale Internationale, en application de l’article 15.1 du statut qui permet à toute personne de dénoncer au procureur des faits relevant de la compétence de la cour.

En effet, l’Afghanistan a ratifié le Statut de Rome le 10 février 2003. La Cour pénale internationale est par conséquent compétente à l’égard des crimes visés par le Statut commis sur le territoire afghan ou par des ressortissants de ce pays à compter du 1er mai 2003. Le bureau du procureur a reçu de nombreuses plaintes, mais cela patauge pour le double motif que le gouvernement afghan ne veut pas gêner les États-Unis, et que les États-Unis ont fait signer au gouvernement afghan un accord, totalement illégal, aux termes duquel les États-Unis restent en Afghanistan à condition que jamais le pouvoir afghan ne fasse quoi que ce soit pour reconnaître leur responsabilité. Les États-Unis savent que s’ils restent en Afghanistan, ils commettront des crimes et, au nom des « valeurs de l’Amérique », ils achètent leur impunité.

L’attaque de l’hôpital est tellement nette qu’elle peut permettre d’inverser le cours des choses, et donner au procureur la matière à ouvrir une enquête.

L’attaque d’un hôpital est depuis toujours une violation grave du droit international, et la sanction est explicitement prévue par l’article 8, 2, b, ix) du statut de la CPI : « Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement, à l’art, à la science ou à l’action caritative, des monuments historiques, des hôpitaux et des lieux où des malades ou des blessés sont rassemblés, à condition qu’ils ne soient pas des objectifs militaires ». C’est net et précis.

Si l’on ne réagit pas, toute structure de soin qui accueillera tous les malades pourra être attaquée. Les États-Unis refusent l'application du droit international, pour défendre leurs intérêts impérialistes. Ils détruisent les Etats avec des discours sur la démocratie. C’est l’occasion de les placer devant le juge, et de faire juger leur responsabilité internationale. 

Un p'tit voyage à La Haye,  rien de mieux pour restructurer le surmoi

Un p'tit voyage à La Haye, rien de mieux pour restructurer le surmoi

Published by Anne Wolff
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 02:45
Progressisme, gauches plurielles et néolibéralisme  en Amérique Latine

 

Je vous propose un résumé d’un texte de Eduardo Gudynas, chercheur du Centre Latino Américain d’Ecologie Sociale (CLAES) qui est un prélude à un livre en préparation sur la divergence entre progressisme et gauches en Amérique du Sud.
C’est une approche importante pour comprendre ce qui se passe actuellement dans cette région. S’arrêter aux actes des gouvernements régionaux est incroyablement réducteur. Il y a dans la région, une vitalité des gauches plurielles, une créativité continue et une intelligence collective qui ouvre sur l’espoir et qui ne pourrait se tarir que par un idéocide de dizaines de millions de personnes.

En résumé :

Les gouvernements progressistes d’Amérique Latine traversent actuellement une crise qui mérite toute notre attention. La question qui se pose est de savoir s’il s’agit d’une fin de cycle ou d’un épuisement.

Pour répondre à cette question l’auteur va établir la différence entre le Progressisme, les Gauches Plurielles dont ce Progressisme gouvernementale est issu, mais qui sont actuellement en relation de rupture consommée et le néo-libéralisme.

L’auteur nous affirme tout d’abord que le Progressisme a une existence politique en soi, et qu’il représente une étiquette assumée par les gouvernements qu’il qualifie. Ce qu’il démontrera par la suite. Un exemple étant leur coordination continentale qui a pour nom : Rencontres Latino-Américaines Progressistes.

Une des différences essentielles qui s’est creusée entre les gauches plurielles et les Progressistes, c’est que les premiers critiquent et remettent en question les fondements même du concept de développement, ce que ne font pas les seconds.

 

 

Concrètement, il y a une démission des Progressistes face à la corruption, et un net recul dans leurs positions et pratiques de justice sociale, alors que les gauches au contraire cherche de nouvelles conquêtes dans le développement des droits humains et de la Nature. Les gauches sont profondément impliquées dans des mouvements sociaux dont les gouvernements progressistes, face à la contestation croissante dont ils sont objets, se coupent parfois, jusqu’à l’affrontement, ne reculant ni devant l’usage de la répression, ni celui de la restriction de droit . Ils mettent aussi un frein au développement des mécanismes de la démocratie participative, se tournant au contraire parfois vers des régimes « hyperprésidentiels ».

Se conformant en famille politique, (qui va de Maduro au Venezuela è Vasquez en Uruguay), les progressistes se démarquent tout à la fois des gauches qu’ils n’hésitent pas à qualifier de radicale, ultra, infantile , trotskystes,... et des gouvernements conservateurs comme ceux de Santos en Colombie ou D’Humala au Pérou.

La rupture Progressistes – Gauches ne cesse de se creuser et devient toujours plus évidente., alors que la différence entre progressistes et néolibéraux continue d’être clairement définie en pratique. Prétendre le contraire témoignerait d’une méconnaissance totale de ce que recouvre le concept de néolibéralisme.

L’épuisement du progressisme est un épuisement du modèle extractiviste, mais aussi et surtout un épuisement de créativité conceptuelle, une difficulté à évoluer dans la situation de crise actuelle qui le conduit vers des formes de pensée unique, et à utiliser des arguments d’autorité, réclamant toujours plus d’adhésion aveugle et d’obéissance qui ne s’interroge pas. Utilisant le fallacieux prétexte que toute critique à leur encontre serait un soutien de fait à la droite, une ouverture faite au retour du néolibéralisme.

Cela est d’autant plus sensible que les limites, prévisibles, du système extractiviste se font sentir, ainsi que la baisse du prix des matières premières, alors que d’autres formes de productions n’ont pas été mises en place, ni à l’échelle nationale, ni par des mises en action en complémentarités régionales, pour mettre un terme à la dépendance, ce qui oblige, pour obtenir la stabilité politico-économique et attirer les investisseurs étrangers, ces gouvernements a pratiquer des concessions vis-à-vis du capital. D’autre part pendant des temps meilleurs, les ressources de l’extractivisme ont été utilisées à bon escient pour réduire drastiquement la misère, mais elles ont aussi servi à encourager sans discernement des habitudes de consumérisme accru, conséquences de la conception progressiste de développement. C'est un des points cruciaux des débats en cours actuellement. Sortir du modèle consumériste, au profit d'une Bonne Vie fondée dans d'autres valeurs.

Les stratégies progressistes se confrontent à de nombreux problèmes, néanmoins même dans ces situations de crise, les progressistes peuvent remporter des élections comme ce fut le cas pour Dilma Roussef au Brésil en 2014, ou même jouir d’une bonne stabilité comme dans le cas du Frente Amplio d’Uruguay ou Vasquez succède à Mujica qui lui-même lui succédait...

Ici, une petite remarque, d’une part ces gauches plurielles dans la plupart des cas savent très bien qu’elles n’auraient rien à gagner au rétablissement de gouvernement de droite, alors qu’une bonne partie d’entre elles ne tiennent pas à participer comme candidates à des élections dans le cadre de la démocratie représentative. Elles ont conscience que leur rôle historique est d’inventer et de mettre en œuvre, les modes et structures d’une démocratie participative, destinée à lui succéder, encore incertaine et pourtant indispensable pour le bien de la région et de l’humanité.

D’autres part, il existe bien des personnalités et groupements qui se proclamant de gauches, et qui jouent un rôle de cinquième colonne de la droite, mais quiconque a milité dans sa vie, sait qu’il y aura toujours en politique, des individus et groupements pour qui l’importance personnelle passe avant le bien être collectif. De plus, si elle a un peu trop tendance à servir de justificatif pour tous les manquements et dérives du progressisme, on ne peut nier la réalité de la guerre menée par Washington contre ces gouvernements progressistes, dressant obstacle après obstacle, sur tous les fronts, afin de leur compliquer la tâche au maximum, prélude à leur élimination programmée. Maintenant, oui, il y a une complaisance certaine de la part de certains gouvernements progressistes a s’en servir comme prétexte pour justifier toutes leurs incompétences et manquements. Mais il faut aussi leur accorder que, jusqu'ici, ils ont réussi à maintenir le néolibéralisme en échec.

Donc nous ne sommes pas face à la fin d’un cycle, et la relève se prépare pour l'étape suivante, marquer une réelle rupture qualitative vers la souveraineté populaire en fondant de nouvelles formes de démocratie participative qui mettent en avant le principe de souveraineté alimentaire et d'autonomie régionale… une course contre la montre, parce que oui, il y a bien un épuisement du progressisme qui semble avoir atteint ses limites alors que le néolibéralisme attaque de toutes parts et assasine et réprime au quotidien des membres des forces de résistances populaires dans toute la région

D’un point de vue écosophique cette situation est tout à fait logique, le progressisme étant condamné en soi par les limites des ressources non renouvelables. Ce qui implique à terme un changement qualitatif adaptatif à des circonstances nouvelles : évolution. Cela implique aussi une transmission de pouvoir, vers une autre forme d’organisation qui le décentralise, le décristallise et le déstratifie.  Et c’est là, un double défi. Celui lancé au gouvernements progressistes : être capables d'encourager et de participer au développement de la souveraineté populaire, et d'opérer, le moment venu cette transmission de pouvoir. Le défi lancé aux gauches plurielles : acquérir les compétences et mettre en place les structures qui permettent cette transmission, en ayant parfois à lutter contre des gouvernements progressiste, alors que le temps presse et que l'ennemi est aux aguets.

Le défi sera-t-il relevé ? Seul l’avenir seul pout nous donner la réponse, sachant que chacun peut y contribuer.

Anne

Source de l'article : La identidad del progresismo, su agotamiento y los relanzamientos de las izquierdas -

Progressisme, gauches plurielles et néolibéralisme  en Amérique Latine

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 19:14
Humeur à golpe ou étranges coïncidences ou encore, le poing d'OTPOR

Pour ceux qui suivent ce blog, malgré les intermèdes, depuis un moment, vous savez que j’ai approfondi en 2014, à l’occasion du coup d’état en Ukraine et de la tentative qui se produisait simultanément au Venezuela, les théories des « coups d’états doux » et diverses de leur application dans le monde. C’est comme cela que nous avons appris que ces coups d’état sont organisés depuis Washington contre les gouvernements qui gênent ses projets et que l’Université d’Harvard organise même des cours sous égide de professeurs Serbes d’OTPOR, avec projet d’application pratique à la clé, une formation dont à bénéficié l’oligarque vénézuélien d’extrême-droite Leopoldo Lopez, entre autres.

Nous avions alors pu constater que « doux » n’était pas vraiment un bon qualificatif pour ces coups d’état. En effet s’ils se fomentent en jouant sur des causes de mécontentement légitimes de population, provoquant des soulèvements, qui seront amplement médiatisés afin de conquérir la sympathie de l’ « opinion publique internationale », en toile de fond, sont présentes dès le départ des groupes militaires ou paramilitaires, qui mènent des actions de sabotage ou de sicaires aux cibles sélectionnées, avant de récupérer le mouvement dans une implosion de chaos qui installera le régime souhaité par Washington.

« Les cibles sélectionnées » : nous avions vu également que ces cibles constituaient souvent le « tiers exclu » de la révolution, les partisans de la souveraineté populaire, de la démocratie directe ou d’une « démocratie représentatives avancée » qui se trouvent pris en sandwich entre autocratie ancienne et celle qui va la remplacer, quand le pays ne se retrouvent pas tout simplement déchiré par une guerre civile sans issue. A cela seuls quelques auteurs font allusion. Je l’ai relevé parce que cela venait confirmer certaine de mes observations, la poursuite de la liquidation d’un courant de pensée et des personnes ou groupes qui l’incarnent, tout ceux qui incarnent la défense de la souveraineté des peuples. La première phase est une excellente occasion pour repérer ceux qui auraient des aptitudes pour prendre la tête de ces mouvements et déterminer donc quelles seront les cibles d’une élimination programmée.

Un autre aspect intéressant, ce fut de voir qu’au Venezuela, malgré la disparition prématurée de Chavez, malgré la présumée scission en deux parties entre peuple de gauche et société civile de droite, malgré les années de préparation à grands coups de millions de dollars distribués par Washington pour fabriquer cette société civile réactionnaire et en particulier ces cadres étudiants, pour la plupart à la fois rejetons de l’oligarchie et membres d’organisation d’extrême droite en étroite connivence avec l’Uribisme Colombien, ses paramilitaires et bacrims (bandes criminelles dont les membres sont d’anciens militaires et paramilitaires assumant le rôle de milices de l’extrême-droite). Malgré tout se déploiement financier et ses formations poussées, la tentative de coup d’état doux a échoué parce que ses auteurs n’ont pas réussi a provoquer un soulèvement populaire et que l’opposition elle-même, politique ou parmi la population, c’est démarquée  de Lopez et de ses méthodes, comme Capriles qui tout au plus tièdement encourageant, n’a cessé de retourner sa veste au gré des courants de l’opinion des électeurs.

C’est pourquoi d’ailleurs je m’étonne quand je vois des auteurs de gauche qualifier Lopez de star de l’opposition alors qu’il est seulement celle d’une oligarchie apatride. Des sales gosses de l’oligarchie compradore, les sifrinos de JAVU (version vénézuélienne de CANVA), manos blancas, qui englobent d’un même mépris, le petit peuple et la classe moyenne. D’où leur échec du à une antipathie réciproque, profonde et atavique.

Dans le texte auquel je vais vous renvoyer, c’est la version libanaise de ces déstabilisation de gouvernement made in USA, qui est décrite, on y retrouve les même sponsors qu’en Amérique latine, USAID, IRI, Freedom Hause,… qui allient le financement du gouvernement étasunien avec celui d’investisseurs privés.

Vous pouvez lire sur Investig’action, qui fait du bon boulot et vaut le détour en ce moment l’entièreté de ce texte Liban 2005-2015 : d’une « révolution » colorée à l’autre ou en version originale très bien illustrée ; Liban 2005-2015 : d’une « révolution » colorée à l’autre je vais vous livrer quelques extraits choisis :

Nous retrouvons les mêmes sponsors au Liban qu’au Venezuela !

…[l’USAID (United States Agency for International Development), la NED (National Endowment for Democracy), l’IRI (International Republican Institute), le NDI (National Democratic Institute for International Affairs), Freedom House et l’OSI (Open Society Institute). Ces organismes sont financés par le budget américain ou par des capitaux privés américains. À titre d’exemple, la NED est financée par un budget voté par le Congrès et les fonds sont gérés par un conseil d’administration où sont représentés le Parti républicain, le Parti démocrate, la Chambre de commerce des États-Unis et le syndicat American Federation of Labor-Congress of Industrial Organization (AFL-CIO), alors que l’OSI fait partie de la Fondation Soros, ]

…[Certains activistes, comme Bassem Chit (décédé en 2014), ont reconnu avoir été contactés par Freedom House dans le but de «  financer des mouvements de jeunesse pour aider au processus de démocratisation ».]

Nous retrouvons également les procédés de mise en scène médiatique soigneusement orchestrée à l’intention de l’ « opinion publique internationale »

…[« … il m’a dit que je devrais donner un coup de main à un groupe de Serbes qui venaient nous aider. Ils avaient l’air hyper-professionnels par rapport à ce qu’ils voulaient faire. Je voyais leur influence dans tout ce qui se passait. C’étaient des spécialistes des révolutions de couleur ». Et d’ajouter : «  Puis ils ont commencé à nous dire ce qu’il fallait faire ou non. Je les accompagnais à des réunions avec les médias – rien que des médias internationaux – et ils coordonnaient les choses avec eux. Ils se connaissaient tous très bien […]. Ils nous ont donné une liste de slogans qui devaient être diffusés par les télévisions occidentales. Ils nous ont dit, à nous et aux journalistes occidentaux, où mettre les banderoles, quand les brandir en l’air, et même la taille qu’elles devaient avoir. Par exemple, ils demandaient aux journalistes de les prévenir des créneaux horaires où ils allaient passer, puis ils nous disaient de régler nos montres et de brandir nos pancartes juste à 15h05, en fonction du moment où les chaînes télévisées retransmettaient en direct depuis Beyrouth. C’était une mise en scène totale »]

 

Humeur à golpe ou étranges coïncidences ou encore, le poing d'OTPOR
Humeur à golpe ou étranges coïncidences ou encore, le poing d'OTPOR

 « Le poing d’OTPOR », on le retrouvera également sur les tee-shirts JAVU du Venezuela,normal puisqu’une partie de leurs militants ont été entraînés en Serbie,en voyage de formation universitaire par groupe d’une dizaine.

…[Rappelons que le poing d’Otpor a été largement utilisé lors des différentes révolutions colorées et des manifestations qui ont accompagné le « printemps » arabe]

Je vous conseille vraiment d’aller lire ce texte en entier si le réseau des connexions des manipulateurs de « révolutions » made in Washington vous intéresse, vous y trouverez quelques renseignements intéressants,je vous en donne un aperçu comme les noms des participants à la

…[ une conférence internationale sur la « Démocratie et la sécurité » qui s’est tenue à Prague (République Tchèque), du 5 au 6 juin 2007. (…) Citons, pêle-mêle, l’ancien Président tchèque Vaclav Havel, l’ancien Premier ministre d’Espagne, Jose María Aznar, le sénateur américain, Joseph Lieberman, l’ancien directeur de Freedom House, Peter Ackerman, l’égérie de la révolution orange et ancienne Premier ministre de l’Ukraine, Ioulia Timochenko ou le « néocon » Joshua Muravchik, lui aussi membre du PNAC. Dans cette conférence, (…) l’activiste égyptien Saad Eddin Ibrahim, le dissident soviétique (actuellement israélien), anticommuniste et sioniste Natan Sharansky et l’opposant russe Garri Kasparov.]

…[le clou de la conférence a été, sans conteste, la présence du président G.W. Bush qui profita de l’occasion pour faire un discours sur la liberté, la démocratie, la dissidence et l’activisme politique]

Vous trouverez dans le texte original quelques autres intéressantes connexions, que je vous laisse découvrir.

Ici, on fera remarquer les liens qui existent entre Aznar et Uribe qui ont participé conjointement à de nombreuses réunions de l’extrême-droite latino, dont plusieurs qui se sont tenues dans l’état de Rosario en Argentine, en présence de membres éminents de l’opposition vénézuélienne comme Cruella Machado avait pour thème la recherche des moyens pour renverser le gouvernement de ce pays. (Voir à c sujet par exemple le très édifiant texte de Stella Calloni : Dormir avec l'ennemi ou l'invasion silencieuse. )

 

Il y aurait bien sûr encore beaucoup à dire, beaucoup de liens à faire. On peut se référer à l’excellent document de Dondevamos, « Les militants égyptiens formés à Washington et chez OTPOR » qui fait le lien entre Coup d’état doux an Egypte et annonce celui à venir au Venezuela ». Ainsi dans le txte précédent j’établissais le lien entre Traités de Libre Echange Trans-Atlantique et Trans-’Pacifique, similaires dans leur méthodes, contenus et objectifs, mais rassurez-vous braves gens il n’y a pas de Conspirations, seulement d’étranges coïncidences…

Anne

Mouvement du "14 mars" libanais

Mouvement du "14 mars" libanais

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 15:33

 

 

 

Ah ! Ah ! Ah ! Conspirationiste… disqualifiée… Et pourtant ?

Sans recourir à une théorie de Conspiration qui ferait appel à des Illuminatis, reptiliens et autres petits gris, qui ne sont d’ailleurs d’aucune utilité pour expliquer le caractère de conspiration contre les peuples que constituent des Traités de Libre-Echange qui se négocient en secret, entre les représentants des multinationales et les « politiques » des pays concernés, une forme de négociation de futures lois et obligations en matière de comportement qui se font sans consultation aucune des dites populations, ô que bien du contraire. J’ai déjà traduits quelques textes qui décrivent les conséquences délétères pour les Mexicains du Traité de Libre Echange que les « Politiques » (élus ? et non représentatifs) de ce pays ont conclu avec les EU.  

Dans les jours qui viennent, je voudrais, si j’en ai la possibilité, , établir les parallèles flagrants qui existe entre la Traité Transatlantique (TTIP) qui nous concerne et celui équivalent Trans-Pacific Partnership Agreement  (TPP qui regroupe outre les USA, l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam).

Ces derniers jours j’ai lu pas mal de textes qui constituent un aperçu de la réaction d’habitants d’Amérique Latine concernés par ses traités Supra Nationaux qui se négocient directement avec les transnationales et posent les bases politiques, juridiques et économiques de leur dictature dans les régions où une classe politique pourrie accepte de leur céder leur pays et ses habitants comme terrain de jeu : exploitation et Profit, misère et mise à mort,  sur le dos des négligeables que nous sommes pour eux. Des habitants du Chili, des habitants du Pérou constituent des plates-formes d’étude et de résistance. De la même manière qu’ils avaient créer une vaste plate-forme transnationale pour s’opposer, avec succès dans un premier temps, à la loi des semences imposées par les grandes corporation du créneau, Monsanto et Cie… les empoisonneurs patentés de planète qui prétendent détenir des « droits intellectuels » sur les sources de la vie… Ici c'est le même scénario, sauf qu'il s'applique cette fois à l'ensemble des domaines de nos existences à court terme et dans la durée.  Et si cela n'est pas une conspiration contre les peuples, alors que l'on retire ce mot du dictionnaire,...il n'a plus aucun sens.

Les commentaires sont bienvenus qui pourraient apporter des éléments constructifs pour comprendre ce qui cristallisera la dictature qui coexiste actuellement comme hybride avec un restant de démocratie de plus en plus rachitique et affaibli…

Anne

Susan George : «Si le TTIP est accepté, c'est la mort de la démocratie"

Trois millions de signatures ont été récoltées par une pétition réclamant l'arrêt des négociations du Traité Transatlantique, qui sera remise demain à Bruxelles. Susan George, Présidente d'honneur d'Attac et membre du collectif Stop-TTIP répond à RT


RT France : Tout d'abord, pouvez-vous nous expliquer les raisons pour lesquelles vous êtes opposée au TTIP ?

Susan George : Ce traité a été préparé de longue date par des organisations transnationales de part et d'autre de l'Atlantique. 70 multinationales se sont réunies en 1995 et ont été soutenues par la Commission et la Direction du Commerce Européen d'un côté, et par le Département du Commerce des États-Unis de l'autre afin de développer leurs projets. De fil en aiguille, ces réunions informelles sont devenues des institutions officielles, comme le Conseil Économique Transatlantique, afin d'imposer leurs exigences, notamment dans le domaine agricole, afin de faciliter l'entrée de produits américains dans l'Union Européenne en abaissant les barrières douanières.

 

 

De plus les compagnies veulent imposer l'harmonisation des normes entre les deux blocs, et je crois que le scandale Volkswagen montre bien que ce n'est pas du tout une bonne idée. C'est la même problématique en ce qui concerne les produits sanitaires, pharmaceutiques ou chimiques etc. Dans l'ensemble, nous avons en Europe des normes plus strictes qu'aux États-Unis. A titre d'exemple, l'Union Européenne a rejeté 1 200 produits chimiques alors que dans le même laps de temps, les Etats-Unis n'en n'ont interdit que 5. Nos philosophies de régulations sont très différentes, les américains n'appliquent jamais le principe de précaution.

Troisièmement, il y a le problème du tribunal d'arbitrage, indépendant des gouvernements et qui pourra sanctionner les Etats qui adopteront des législations qui pourraient entraver les profits des profits des industriels comme l'interdiction des OGM ou encore de l'exploitation du gaz de schiste. Ceci est une attaque directe contre la démocratie.


Lire aussi : Le TTIP, accord controversé et secret, devient encore plus secret
RT France : En 2014 votre collectif avait déjà essayé de faire passer une Initiative Citoyenne Européenne pour dénoncer ce traité, comment a-t-elle été reçue ?

Susan George : Nous avions effectivement fait une demande en bonne et due forme rédigée par des avocats allemands qui nous avaient assuré qu'il n'y avait aucun problème juridique. Mais la Commission Européenne nous en a refusé l'enregistrement pour des motifs relativement abscons. Nous avons donc décidé de nous auto-organiser et de faire cette pétition nous-même, tout en suivant les critères légaux de l'Initiative Citoyenne. C'est à dire réunir en un an, ce qui se termine ce soir à minuit, 1 million de signatures provenant d'au moins 7 pays de l'Union Européenne qui ont atteint leur quota officiel.

 

 

Ces deux derniers jours, le Portugal nous a rejoint, et nous avons dépassé les trois millions de signataires pour la pétition, dont 500 organisations, que nous remettrons demain matin. Les seuls pays qui n'ont pas atteint leurs quotas sont les trois pays Baltes, ainsi que Malte et Chypre. Mais tous les autres, t compris la Pologne, la Bulgarie et la Hongrie ont réunis suffisamment de signature. C'est la première fois que l'on voit une telle unité entre l'Est et l'Ouest. C'est vraiment significatif.

RT France : Votre initiative se déroulant en dehors du cadre légal européen, pensez-vous pouvoir obtenir un résultat malgré le nombre important de signatures récoltées ?

Susan George : J'espère que la Commission, si elle a le moindre regard pour la démocratie (ce qui est de moins en moins certain) organisera ce qu'elle aurait déjà du faire, c'est à dire un débat parlementaire ainsi que des auditions, avec que la voix des citoyens soit entendue sur ce sujet. Nous avons dépassé le nécessaire légal de signatures de trois fois, ce qui représente la plus grande Initiative Citoyenne Européenne jamais réalisée. Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin et poursuivrons nos activités contre la ratification de ce traité avec ce collectif.

 

Car, comme vous le savez, le Partenariat Trans-Pacifique a été voté hier. Si le TTIP venait à être voté, cela mettrait les États-Unis au milieu d'un véritable empire, regroupant les trois-quart du commerce et les deux-tiers du PNB mondial. Ce pays serait alors dans une position géopolitique absolue, et cela signifierait la mort de la démocratie. Je refuse de l'accepter.

Lire aussi : Jacques Nikonoff : «Le TAFTA, c’est un OTAN économique qui se met en place»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/opinions/7927-susan-george-ttip-tafta-petition


 

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.