Un article fondamental que je vous invite à aller lire... pour savoir ce qui arrive dans nos assiettes,
pourquoi ? Comment ? A qui profite le crime en quelque sorte et les dangers qui en résultent pour notre santé.
Je vous l'aperçu des thèmes traités dans ce document.
Aux États-Unis, 200 000 kilos de viande contaminée par une bactérie mortelle résistante aux
antibiotiques ont été servis aux enfants des écoles avant que le deuxième conditionneur de viande du pays n'émette un rappel en 2009. En Chine, un an plus tôt, six bébés sont décédés et
300 000 autres ont été gravement malades des reins lorsque l'un des plus grands producteurs laitiers du pays a sciemment permis la présence d’un produit chimique industriel dans le lait
qu’il fournissait. Partout dans le monde, des gens sont contaminés par leur alimentation et en meurent, à un niveau jamais atteint auparavant. Les gouvernements et les grandes entreprises
réagissent en élaborant toutes sortes de règles et de réglementations, mais beaucoup n’ont rien à voir avec la santé publique.
Les accords commerciaux, les lois et les normes privées utilisées pour imposer leur version de la
« sécurité sanitaire des aliments » ne fait que renforcer les systèmes alimentaires des entreprises qui nous rendent malades et détruire ceux qui permettent vraiment de nourrir les
populations en prenant garde à leur sûreté, ceux qui sont fondés sur la biodiversité, les savoirs traditionnels et les marchés locaux.
Les populations résistent, que ce soit au travers de mouvements contre les OGM au Bénin ou contre la
viande de « vache folle » en Corée, ou de campagnes pour défendre les vendeurs à la sauvette en Inde ou le lait cru en Colombie. La question de savoir qui définit la « sécurité
sanitaire des aliments » est de plus en plus au cœur de la lutte pour l'avenir de l'alimentation et de l'agriculture.
Une menace mondiale croissante
Les aliments doivent être une source de santé, pas de nuisances. Pourtant la nourriture peut blesser,
handicaper et tuer. (...)
Qu’est-ce qui rend les aliments dangereux ?
Ce qui fait qu’un aliment est sûr ou non est une question controversée. Toutes sortes de choses peuvent
rendre les aliments dangereux : des mauvaises pratiques (hygiène, violence envers les animaux, recours à des antibiotiques et des pesticides), des technologies à risque ou qui n’ont pas fait
leurs preuves (modification génétique, nanotechnologies, irradiation, clonage), la contamination délibérée (comme dans le cas de la fraude), ou tout simplement une mauvaise supervision. Une chose
est claire cependant : le système alimentaire industriel est – en lui-même - la plus grande source de problèmes de sécurité alimentaire, en raison de ses pratiques intensives, de sa taille
et du niveau de concentration et de pouvoir qu'il a accumulé. (...)
La sécurité sanitaire des aliments au pays du fast-food
La production à l’américaine représente-t-elle l’avenir de l’alimentation mondiale ? Peut-être. Certes,
l’élite des leaders d’opinion et des décideurs occidentaux (les rédacteurs de The Economist, les administrateurs de la Bill and Melinda Gates Foundation, certains personnages clés de
l’administration Obama) pensent que ce devrait être le cas. Il est donc utile d'examiner de quelle façon le régime de sécurité alimentaire aux États-Unis a répondu aux dilemmes d’échelle au cours
des dernières années.(...)
C’est de la « sécurité alimentaire » ?
Si l’on se base sur l’action des gouvernements et des industriels, il semble qu’ils ne voient pas vraiment de
problème fondamental dans la production alimentaire industrielle. Il est rare que leurs règlements ou leurs normes gênent les pratiques des entreprises de manière significative. Au contraire,
elles ont tendance à renforcer le pouvoir de la grande industrie, tout en fragilisant, ou même en criminalisant la production à petite échelle et les cultures vivrières locales. La Colombie, par
exemple, est en train de mettre en place une législation pour empêcher la vente de lait cru dans les zones urbaines. Plus de deux millions d'agriculteurs et de vendeurs dépendent pour leur
subsistance de ces ventes de lait cru, et environ 20 millions de Colombiens, pour la plupart pauvres, se servent du lait cru comme d’une source d’alimentation abordable et essentielle, qu’il est
facile de rendre saine en faisant bouillir le lait à la maison. Éprouvant des difficultés à justifier son initiative pour des motifs de santé publique, le gouvernement affirme que la loi fait
partie de ses engagements vis-à-vis de l'OMC, et qu'elle contribuera à « moderniser » le secteur laitier, ce qui lui permettra de mieux concurrencer les importations lorsqu'une menace
d’accord de libre-échange (ALE) avec l’UE se présentera. (...)
Super-bactéries et mégafermes
Le terme « super-bactéries » est utilisé pour décrire les bactéries qui ont acquis la capacité de
résister aux antibiotiques couramment utilisés. L'une des plus célèbres est le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM), qui a été découverte dans les années 1960 au
Royaume-Uni et s'est depuis propagée à travers le monde, avec des conséquences fatales. Dans les seuls États-Unis, 17 000 personnes sont mortes d'une infection à SARM en 2005. i
Le SARM est habituellement associé aux hôpitaux, où la super-bactérie a tendance à pénétrer dans les plaies
ouvertes et à causer des maladies difficiles à soigner. Mais ces dernières années ces superbactéries ont trouvé un endroit pour prospérer : les porcheries industrielles.(...)
La sécurité sanitaire des aliments et le commerce mondial : l'Europe et les
États-Unis imposent leurs normes
Comme les deux exemples ci-dessus permettent de le voir, les accords commerciaux sont devenus le mécanisme de
base pour développer et appliquer des normes de sécurité alimentaire dans le monde. Depuis les années 1980 et l'Uruguay Round des négociations du GATT, qui a donné naissance à l'Organisation
mondiale du commerce (OMC), les marchés agricoles ont été profondément libéralisés, avec des tarifs douaniers et des quotas en baisse, en particulier dans les pays en développement. 8 Cela a conduit à une très forte progression du commerce alimentaire mondial, peu de pays étant libres d'imposer des tarifs
douaniers ou de prendre des mesures similaires pour mieux réguler le flux des importations et des exportations. En conséquence, les gouvernements et les sociétés se sont tournés vers d'autres
mesures pour manipuler l'accès et le contrôle du marché. Dans l'agriculture, la sécurité sanitaire des aliments est la principale méthode.(...)
Accord de libre-échange UE–Inde : mauvaises nouvelles pour les petits pêcheurs et les
poissonniers
Un excellent rapport de Focus on the Global South, en collaboration avec Intercultural Resources, montre
comment le futur accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde va avoir une incidence sur les petits pêcheurs et les poissonniers, en particulier les femmes, dans le sous-continent. Les
conclusions peuvent être résumées ainsi : (...)
De nouvelles normes ouvrent de nouveaux marchés
La sécurité alimentaire, à proprement parler, est une question de prévention des maladies. Mais les limites
de ce qu’on peut regrouper sous ce concept peuvent être élargies pour inclure des questions plus larges de qualité des aliments. Les aliments halal, sans OGM, sans cruauté envers les animaux et
biologiques sont autant d'exemples de la croissance des marchés qui sont généralement traitées, pour des raisons pratiques, par le régime actuel de sécurité sanitaire des aliments (normes,
audits, certification, traçabilité et mécanismes de règlement). De même, au niveau politique, ces considérations sont réglementées par les autorités de sécurité sanitaire des aliments, et dans
les négociations commerciales, elles font partie des chapitres ou des accords sanitaires et phytosanitaires. 22 Bon
nombre de ces préoccupations plus générales sur la qualité des aliments ne portent pas nécessairement sur les normes de produits, mais sur des processus. Par conséquent, elles ont tendance à être
définies et contrôlées par le biais de dispositifs plutôt que des normes en elles-mêmes. Et si on n'y prend garde, elles peuvent être tout à fait arbitrairement définies pour répondre aux besoins
des multinationales comme Cargill ou Carrefour, plutôt que par les besoins des communautés locales ou plus généralement par les besoins de santé publique.(...)
La religion, comme pratique d’un racket i
Pour certains, l'idée même de formaliser des normes et standards pour la production alimentaire halal a des
relents de racket visant à faire de l’argent à partir de la sensibilité spirituelle des gens. Dans un pays musulman comme l'Algérie, pourquoi y aurait-il besoin de légiférer sur ce qui constitue
la nourriture halal quand la nourriture produite en Algérie est halal ? La campagne visant à définir ce qui constitue l’alimentation halal, et à communiquer aux consommateurs sur ce
sujet, vise en fait à vider les poches des consommateurs musulmans dans les pays chrétiens et non musulmans.(...)
La sécurité sanitaire des aliments, maintenant offerte dans les magasins Walmart
On aurait tort de prendre des querelles diplomatiques ou législatives pour preuve que les gouvernements
commencent à prendre réellement au sérieux la sécurité sanitaire des aliments. Bien qu'ils ne regardent pas à la dépense pour s’assurer que les réglementations ne nuisent pas aux marchés à
l'exportation de leurs entreprises agro-alimentaires, quand il s'agit de gérer les risques générés par le système alimentaire industriel, ce sont la déréglementation et les attitudes de
non-intervention qui prennent le pas. Les gouvernements peuvent définir et administrer le cadre juridique de la sécurité sanitaire des aliments et des normes similaires, mais l'action et le
programme sont pour l’essentiel laissés entre les mains du secteur privé. On pourrait même dire que la sécurité sanitaire des aliments reste à peine une question de politique publique dans la
mesure où beaucoup de choses dépendent de normes privées, de contrôles volontaires et d’obscurs organismes industriels, tous sous la coupe des plus grandes sociétés agro-alimentaires.
(...)
Walmart en Amérique centrale
Les marchés traditionnels sont en train de disparaître rapidement en Amérique centrale. Déjà plus d’un quart
des quetzals servant aux Guatémaltèques pour leur alimentation sont dépensés dans un supermarché appartenant à Walmart, et c’est le cas d’un tiers des colones pour les
Costaricains. Et pourtant, presque tous les produits horticoles achetés dans la région par les opérations de Walmart en Amérique centrale proviennent de sa propre filiale, Hortifruti, qui
s’approvisionne auprès de quelque 1800 agriculteurs. Au Honduras, Hortifruti se fournit auprès de 395 producteurs horticoles sur un total de 18 000 dans le pays, et la plupart des produits
proviennent d’un groupe de 45 producteurs préférés, qui ont au moins 4 ha en irrigation au goutte à goutte et disposent de leurs propres camions, tous formés par Bayer aux « bonnes pratiques
agricoles ». i En outre, la moitié des produits vendus par les magasins Walmart en Amérique centrale sont
importés, en grande partie de grandes exploitations au Chili. (...)
Résumé : Comment l'Union européenne et les États-Unis utilisent les accords de libre échange pour
imposer leurs normes alimentaires
* Faire accepter les OGM (États-Unis).
* Dégager un espace pour élaborer des politiques sur les OGM en dehors du système des Nations Unies
(États-Unis).
* Imposer des normes élevées pour limiter la concurrence (UE).
* Exiger l'ouverture des marchés à des aliments interdits ou indésirables (États-Unis).
* Créer des comités bilatéraux pour continuer à définir les politiques, à l’abri de la curiosité du public
(les deux).
* Imposer des systèmes d'agrément au niveau de chaque exploitation agricole, qui entraînent une vulnérabilité
face à une prise de contrôle par les grandes entreprises (les deux).
* Exiger une coopération bilatérale sur l'établissement de normes internationales, notamment l'élaboration de
nouvelles normes (les deux).
Les petits agriculteurs sont les perdants
Une proportion de plus en plus importante des aliments achetés par les consommateurs leur est fournie par les
chaînes d'approvisionnement de supermarchés et de sociétés de restauration multinationales (voir Encadré : « Le tsunami des supermarchés »). Ces sociétés exercent
maintenant un pouvoir considérable pour décider où l’alimentation est produite et où elle est vendue, et elles veulent de plus en plus souvent imposer exactement la façon dont les aliments sont
produits et traités. Les normes alimentaires sont devenues pour ces entreprises un moyen essentiel d'organiser les marchés mondiaux.(...)
Le tsunami des supermarchés
Thomas Reardon et ses collègues économistes Spencer Henson et Julio Berdegué ont suivi le développement des
supermarchés dans les pays du Sud. Ils constatent que le développement des supermarchés a évolué très lentement en dehors des pays industrialisés entre les années 1950 et 1980. Durant ces années,
les supermarchés sont restés confinés à la petite niche de riches consommateurs dans les grandes villes, qui pouvaient se permettre des prix plus élevés. Mais les choses ont changé « de
façon brutale et spectaculaire » dans les années 1990.(...)
Privatisation de la sécurité sanitaire des aliments dans les pays du Sud
En Chine, où les supermarchés se développent à un rythme effréné, cette évolution se fait durement sentir.
Les grandes chaînes de supermarchés, à la fois nationales et étrangères, travaillent main dans la main avec les fournisseurs et les gouvernements locaux au développement d’exploitations agricoles
pour fournir les fruits et légumes. Dans le cadre d'une campagne visant à améliorer la sécurité des aliments et intégrer ses 700 millions de petits agriculteurs dans des « filières
alimentaires à haute valeur ajoutée » avec « des méthodes agronomiques scientifiques », le gouvernement chinois poursuit la mise en place d’une base pour la production de fruits et
légumes en partenariat avec le secteur privé. Dans chacune de ces zones affectées à la production, les autorités locales négocient des accords avec des entreprises privées qui permettent à la
société de s’installer, de louer des terrains auprès des agriculteurs qui les occupent actuellement ou d’en acquérir les droits d'utilisation, et de mettre alors en place une production à grande
échelle, en embauchant les agriculteurs évincés comme travailleurs agricoles ou dans le cadre d’accords de production.(...)
Le piège des bonnes pratiques agricoles
En 2002, les États-Unis ont fermé leur frontière aux importations de melons cantaloup provenant du Mexique
après la détection de plusieurs cas de salmonellose qui ont été attribués à la consommation de ces fruits mexicains. i
Un an plus tard, en vertu d'un accord élaboré entre les autorités américaines et mexicaines, l'interdiction a été levée pour les cantaloups qui faisaient la preuve de leur conformité au
« Programme d’exigences de reconnaissance fédérale pour la production, la récolte, le conditionnement, la transformation et le transport des melons cantaloup ». Mais avec la mise en
œuvre de ce programme de bonnes pratiques agricoles (GAP), basé sur des normes établies par les distributeurs américains, peu de cultivateurs mexicains ont pu revenir sur le marché.(...)
La résistance des populations à la sécurité sanitaire alimentaire prônée par les entreprises
Ces dernières années, on a pu assister à l’émergence d’incroyables luttes sociales et à des initiatives très
intéressantes pour lutter contre ce détournement dans l’élaboration des politiques et les pratiques de sécurité sanitaire des aliments par les entreprises. Certaines d'entre elles ont été
déclenchées par la restructuration du commerce international des denrées alimentaires, telles que la résistance à la viande bovine américaine menée par des mouvements de citoyens à Taiwan, en
Australie, au Japon ou en Corée du Sud. D'autres actions ont vu le jour en réaction à des catastrophes sanitaires nationales, comme l’action citoyenne en Chine après la tragédie du lait à la
mélamine. De temps à autre, tous les pays sont secoués par des épidémies d’intoxications alimentaires de courte durée. Mais nous assistons de plus en plus souvent à une remise en cause plus
structurelle et politique du système alimentaire industriel, du développement capitaliste. Il s’agit de savoir qui décide quoi, parce que la santé et les moyens de subsistance des populations
sont directement touchés.(...)
Adieu à la biodiversité
L’un des projets du Partenariat de filière alimentaire de Bayer en Inde se fait en lien avec le géant des
supermarchés indiens ABRL pour la fourniture de gombo de taille standardisée. Une vidéo promotionnelle de Bayer relate l'expérience d'un agriculteur qui est censé avoir participé au projet
Bayer :
Dans le temps, nous cultivions notre propre alimentation ici dans de petits champs. Maintenant, sur une
superficie d'environ 2,4 ha, je cultive le gombo. Nous, les agriculteurs, apprenons auprès des professionnels comment avoir des cultures durables conformes aux bonnes pratiques agricoles. ...
Cela couvre l'utilisation contrôlée et écologique de produits phytosanitaires de pointe issus de la recherche Bayer CropSciences... Ces connaissances sont positives, pas seulement pour mon
portefeuille mais aussi pour l’environnement... Avant, je ne cultivais que des variétés locales de gombo. Mais les experts du Partenariat de la filière alimentaire de Bayer CropScience India
m’ont convaincu de cultiver la variété Sonal dans mes champs. Cette nouvelle variété de gombo de Nunhems est précisément adaptée aux conditions régionales et aux normes de plus en plus strictes
des grands distributeurs alimentaires nationaux. Chaque étape de la culture et toutes les mesures de protection phytosanitaire sont enregistrées en détail dans mon passeport Bayer. Cela sert de
preuve pour les distributeurs alimentaires et leur démontre que j’ai cultivé mes légumes correctement. i
i Voir
la vidéo à l’adresse http://www.youtube.com/watch?v=oVRMmYTqsCE(...)
Les agriculteurs ougandais sur la touche
En 2000, des investisseurs islandais ont créé une entreprise en Ouganda appelée Icemark Africa, pour assurer
des opérations logistiques vers des marchés européens pour les exportations de poisson frais, avec une activité parallèle complémentaire pour les exportations de fruits et de légumes. Icemark est
maintenant le plus grand exportateur de fruits et légumes frais en provenance d'Ouganda, avec trois vols par semaine assurant l’exportation des produits vers l’Europe. Il y a encore quelques
années, 90 % des produits Icemark étaient achetés auprès de petits producteurs indépendants. Mais ensuite la société a commencé à créer ses propres exploitations agricoles, dans lesquelles
la certification GlobalGAP est plus facile à obtenir. Elle achète maintenant 40 % de ses produits auprès de ses trois propres exploitations disposant de 270 ha dans le centre de l’Ouganda.
i
i Thomas
Pere, « Mashamba: the identity of quality fruits, vegetables », The New Vision, http://www.enteruganda.com/brochures/manifesto_7.html
Le lobby qui n'ose pas mettre son nom sur les étiquettes
Les intérêts des grandes entreprises peuvent parfois échapper à l’attention du public pendant que
gouvernements et législateurs marchandent ce qui semble être une politique publique. Prenons par exemple la lutte sur l’étiquetage alimentaire dans l’UE : la mondialisation dictée par les
grandes entreprises et les changements de modes de vie entraînés par l'urbanisation et les nouvelles technologies sont en train de créer un nouvel ensemble de problèmes de santé liés à
l'alimentation, en particulier l'obésité et le diabète de l'adulte. Ces problèmes ne sont pas limités à notre riche société occidentale ; ils progressent dans toutes les régions du monde,
notamment en Chine et en Afrique, qui connaissent une évolution rapide. Ces maladies sont non seulement pénibles et handicapantes pour les familles affectées, mais elles entraînent aussi des
coûts énormes pour la société.(...)
Conclusion
Dans la plupart des pays du monde, les secteurs agricoles sont rapidement restructurés pour laisser la place
à un secteur agro-industriel en expansion. Les normes de sécurité sanitaire des aliments jouant un rôle essentiel dans la justification de nouvelles formes de contrôle des entreprises, il est
grand temps de réévaluer ce que signifie la sécurité alimentaire. À l'heure actuelle, elle se traduit par une « culture d'audit », qui s’accompagne d’un transfert de pouvoir des
populations (les consommateurs, les petits agriculteurs, les magasins d’alimentation, les marchés, les restaurants) vers le secteur privé (Cargill, Nestlé, Unilever, Walmart ... la liste est
longue). Elle peut au contraire consister en un contrôle local et des systèmes agricoles et alimentaires plus communautaires. En fait, elle peut être beaucoup plus vigoureusement et explicitement
intégrée dans des campagnes et initiatives populaires sur la souveraineté alimentaire. Dans ce processus, on pourrait complètement arrêter de parler de sécurité sanitaire des aliments et affirmer
à la place nos propres exigences de qualité des aliments, ou quelque chose de global du même type.
La salubrité des aliments, ou la qualité des aliments en termes plus généraux, est un terrain sur lequel la
grande agriculture industrielle et les cultures de supermarché ne peuvent pas surpasser les petits producteurs et les marchés locaux. Le défi est de faire en sorte que les petits acteurs locaux
puissent survivre et tourner à notre profit les préoccupations qui se manifestent de plus en plus aujourd'hui vis-à-vis de la sécurité sanitaire des aliments.
ANNEXE - Sécurité sanitaire des aliments : qui fait quoi ?
Organisation mondiale du commerce (OMC)
Dans le domaine de la sécurité sanitaire des aliments, l'OMC est responsable de la mise en œuvre de l'Accord
sur les normes sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) et dispose d'un Comité SPS composé des États membres pour cette tâche. L'Accord SPS énonce un certain nombre de règles qui visent à
limiter le blocage des échanges agricoles dus à des problèmes de sécurité sanitaire des aliments, qu'il considère comme un obstacle au commerce. Une de ces règles est que les pays doivent
utiliser les normes adoptées par les organisations intergouvernementales spécialisées, telles que l'OIE pour la santé animale et le Codex Alimentarius pour les produits alimentaires. Mais ces
« normes » sont, dans de nombreux cas, des recommandations ou des directives. Les pays conservent le droit de pratiquer des normes de sécurité sanitaire des aliments
« supérieures » à condition qu’elles s’appuient sur des motifs « scientifiques ». Ils peuvent même suivre des normes différentes qui produisent des résultats équivalents,
s’ils parviennent à s’en sortir ainsi. Après tout, n'importe qui peut prétendre que ses motifs sont scientifiques. i
Ce que nous obtenons, avec tout cela, ce sont des politiques du type « la force fait la loi » (certains pays intimident les autres et se fraient leur propre chemin), avec le risque que
certains gouvernements suivent tout simplement les recommandations de l’OIE ou du Codex faute de meilleure alternative (comme le souhaite l’industrie).(...)
Codex Alimentarius
Le Codex Alimentarius (Codex en abrégé) est une commission créée en 1953 par l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture et l'Organisation mondiale de la Santé. Le Codex débat et adopte des lignes directrices, des normes et des recommandations relatives à la sécurité sanitaire
des aliments, par exemple en ce qui concerne le niveau acceptable du pesticide x dans les bananes. En tant que tel, son but est d'arriver à un terrain d'entente en matière de santé et de
sécurité pour les aliments.
Le problème est que le Codex ne fonctionne pas de façon démocratique et transparente. Il est composé de
gouvernements, mais le secteur privé participe très activement à ses travaux, que ce soit dans le cadre des délégations gouvernementales officielles ou en tant qu'observateur. Les groupes
d'intérêt public à but non lucratif, de santé publique ou de consommateurs, en revanche, y sont à peine représentés.(...)
Organisation mondiale de la santé animale (OIE)
L'OIE joue un rôle similaire au Codex, mais pour le règne animal. Elle a été créée à Paris dans les années
1920 pour mettre un terme à une épidémie de peste bovine. Aujourd'hui, l'OIE est une institution intergouvernementale assez importante qui surveille et évalue les maladies animales (notamment
celles qui affectent les humains, comme la grippe aviaire ou l’ESB) et établit des normes sanitaires pour le commerce mondial des produits d'origine animale. Comme le Codex, l'OIE s’est aussi vu
attribuer par l’OMC un « vernis » d’autorité et de légitimité pour définir la politique nationale et internationale sur les questions de santé animale. Mais aussi, comme le Codex, elle
est très déconnectée des gens dans la mesure où peu d'agriculteurs, de consommateurs ou de représentants d’organisations de défense de la santé publique semblent en avoir connaissance, et encore
moins avoir une quelconque influence sur elle.(...)
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)/Organisation mondiale de la
Santé (OMS)
Outre qu’elles accueillent le Codex Alimentarius, la FAO et l’OMS traitent toutes les deux la sécurité
alimentaire des aliments depuis leur point de vue respectif (production alimentaire et santé), mais ils semblent très peu actifs dans ce domaine.(...)
GlobalGAP et l'Initiative mondiale de sécurité alimentaire (GFSI)
Au cours des dix dernières années, l'industrie alimentaire mondiale a sans doute élaboré des centaines, voire
des milliers de dispositifs (qu’il peut être préférable de considérer comme des listes de contrôle) pour identifier les produits qui sont acceptable pour la consommation, de la ferme jusqu’à la
table. Ces systèmes sont des ensembles de normes. Par exemple, elles peuvent dire que le piment jalapeño doit être d’un vert x, d’une épaisseur y et avec un indice thermique de
z. La complexité de ces listes devient énorme (elle va jusqu’à la variété de semence que doit utiliser l’agriculteur), mais elles sont fondamentales dans le système alimentaire
industriel. Les institutions qui contrôlent ces listes exercent un pouvoir caché dans la formulation de notre approvisionnement alimentaire.(...)
Aller plus loin
-
GRAIN, « La sécurité sanitaire : les dés sont pipés”, Seedling, Juillet 2008, http://www.grain.org/seedling/?id=556
-
Christine Ahn et GRAIN, « Food safety on the butcher's block », Foreign Policy In Focus,
Washington DC, 18 avril 2008, http://www.grain.org/o/?id=83
-
La section SPS-sécurité sanitaire alimentaire du site militant bilaterals.org présente une série d'articles spécialisés consacrés à la façon dont des pays utilisent les accords de commerce et d’investissement bilatéraux pour
faire passer des normes et des politiques de sécurité sanitaire qui avantagent leurs entreprises. http://www.bilaterals.org/spip.php?mot185
-
Sunita Narain, « Control your food. It’s your business », Centre for Science and Environment, New
Delhi, 1er octobre 2010, http://www.cseindia.org/content/control-your-food-it-your-business
-
Susan Freidberg, « Supermarkets and imperial knowledge », Cultural Geographies, 2007,
http://www.dartmouth.edu/~geog/facstaff/ CVs/Freidberg/ImpKnowledge.pdf
Acronymes
ACP Groupe des États
d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
AREA-AD Association de réflexion, d'échanges et d'actions pour
l'environnement et le développement (Algérie)
ASEAN Association des nations de l'Asie du
Sud-Est
ASC Aquatic Stewardship
Council (Conseil de gestion de l’aquaculture - WWF)
ESB
encéphalopathie spongiforme bovine
CDC Centers for Disease
Control and Prevention (États-Unis)
PDG président-directeur
général
Source : GRAIN — À qui profite la sécurité
sanitaire des aliments ? Les profits des entreprises contre la santé des populations
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