4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 12:39

 

 

 

 

 

« A appuyer des attaques violentes contre des institutions démocratiques au Venezuela, la Maison Blanche indique à ses clients de l’opposition aux gouvernements d’Argentine, Bolivie et Equateur que les attaques violentes contre les gouvernements démocratiques indépendants sont une manière acceptable de restaurer l’ordre néolibéral et « l’intégration régionale » centrée sur les EU. »

James Petras.

(Boston et le Venezuela :le terrorisme ici, et là  )

 

Tout un programme, celui que consacre la violente déclaration de Kerry, en en faisant le programme officiel du régime Obama envers l’Amérique Latine. Comme faisait remarquer un commentateur, dans les villas bourgeoises, l’arrière-cour est le lieu où l’on parque les ordures et les domestiques, comme ce fut le cas quand la doctrine de Monroe était en vigueur sur tout le continent sud.

Rappelons-nous, pendant que se déroulaient les élections au Venezuela, dans l’état de Rosario Argentine, se tenait une réunion de la fondation Libertad à laquelle participaient entre autres membres « distingués » de l’extrême-droite internationale Alvaro Uribe (Colombie), Aznar (Espagne) et la virulente députée vénézuélienne Corina Machado. L’avenir du Venezuela et de la région – un avenir néolibéral, bien sûr – était au cœur des débats de cette rencontre qui fomentait ainsi des complots contre des mandataires démocratiquement élus de la région, mais dont les programmes sont en opposition avec la volonté recolonisatrice de l’Empire du Nord.

Nicolas Maduro nous rappelait les deux premières tentatives avortées de coup d’état, juste au lendemain des élections et lors du premier mai, tentative que le gouvernement a réussi à arrêter ou empêcher. A présent, dit-il, ils attendent de connaître le point de vue d’Obama.

Obama qui visite en ce moment 8 pays de la région avec un programme fort clair[i] :

1. S’assurer que la région soit maintenue fermement dans la cour-arrière de la politique militaire US (alors que Kerry vient d’annoncer une augmentation significative des budgets militaires y consacrés)

2 Mettre son empreinte politique sur le programme militaire du Pentagone.

3 Créer une grande alliance entre les pays de la région des pays à politique néolibérale contre ceux qui s’y opposent, comme l’Alba, le Mercosur et d’autre associations régionales.

Nous savons que si « la guerre au terrorisme » sert de faux drapeau aux invasions de l’Empire en Afrique et en Asie, en Amérique Latine, c’est le narcotrafic qui est le prétexte d’une guerre souvent dirigée contre les opposants politiques au projet néolibéral. Or de plus en plus de mandataires régionaux stigmatise l’échec du but avoué de cette guerre et constate les sillons de larmes et de sang d’innocents que tracent ses interventions dans la région sans pour autant parvenir à aucun résultat concret pour ce qui concerne le but officiel : réduire l’addiction de la population étasunienne aux drogues. Ajoutons à cela toutes les enquêtes et documents (y compris documents officiels déclassifiés),témoignages de repentis qui démontrent que en ce qui concerne la drogue, il s’agit d’avantage de la part  du régime des USA d’une lutte pour garder le contrôle de marchés, créés par Bush père et Cheney, rappelons-le, dans le double but de financer la guerre illégale des contras et de démobiliser la jeunesse afro-américaine et autres rebelles de l’époque en arrosant de drogues les quartiers chauds.

Tous ceux qui ont une pratique de terrain en matière de lutte contre l’addiction aux drogues savent bien que seuls d’une part une lutte de prévention menée collectivement avec les habitants dans un travail de quartier soutenu qui crée des alternatives (les possibilités pour des jeunes de prendre en main leur destin en s’ouvrant les portes d’un avenir digne) et d’autres part une guerre sans merci aux gros trafiquants peuvent venir à bout de ce problème. Or aucune de ces mesures n’est prise à l’intérieur des EU qui témoignent d’une incapacité totale à agir sur leur territoire y compris celle d’intercepter à l’arrivée les livraisons du grand trafic.

Une tendance se dessine donc dans différents pays latino : remplacer les effectifs militaires US par une décriminalisation doublée d’une action de terrain.

De nombreux documents également recensent l’ensemble des opérations qui constituent la remilitarisation de la région par les armées US, soit par les forces navales, soit par la multiplication des bases sur tout le territoire. Avec cette nouvelle formule, celles de bases non effectives, mais qui dotées de longues piste d’atterrissage permettent des « projection de forces » rapide des Opérations Spéciales, ajoutons l’arsenal nucléaire visant le continent, celui installé au Malouines par leurs alliés du Royaume-Unis et qui vise le continent, celui dont sont porteur les navires de guerre croisant où prenant port dans les Océans encerclant la région, ajoutons à cela la récente annonce d’un déploiement accru de drones US dans la mer Caraïbe et nous aurons un faible ébauche de l’activité guerrières qui constituent au quotidien les modalités militaires de la recolonisation. La tournée d’Obama comporte le contrôle des avancées du commandement Sud dans la région.

Un autre volet concerne l’intégration régionale néolibérale réalisée dans le cadre des traités de libre échange, qui sont en fait des opérations de phagocytose des économies locales par les transnationales, phénomène que nous éprouvons également les douloureuses conséquences en Europe. Des traités dont les effets concrets sont une augmentation de 27 à 40 milliards de dollars annuels pour les USA entre 2005 et 2012, alors qu’à l’inverse les exportations vers les EU des pays latino concernés sont restées stables entraînant un quintuplement du solde négatif pour les pays d’Amérique centrale.

Dans cette stratégie des dominos qu’affectionne les stratèges US, le Venezuela est la pièce à abattre pur que tombe la région. La mort de Chavez ouvrait à leur yeux la faille nécessaire pour reprendre le pouvoir sur ce pays et commencer la destruction des acquis de la révolution bolivarienne sur ce territoire et ceux de l’intégration régionale souveraine et autodéterminée dans la région.

Nous avons pu voir, Jose Miguel Inzulsa[ii] le président de l’OEA (Organisation des Etats d’Amérique), prendre position contre la légitimité de celles-ci dès que fut connue leur issue. Après un vote par lequel tous les pays membres à l’exception des USA et du Canada ont ratifié le résultat des élections appelant l’opposition à les respecter, Inzulsa a du se rétracter.  D’autre mesures ont été prises et actions entreprises pur renforcer cette autonomie régionale, des dominos sont tombés mais dans le sens contraire à celui voulu par l’Empire du Nord. Toujours plus isolé puisqu’il reste le dernier et le seul à ne pas reconnaître la légitimité du Président du Venezuela, Nicolas Maduro.

Si le gouvernement bolivarien du Venezuela réussit en ce moment à neutraliser les tentatives de déstabilisation de l’opposition, c’est pour mieux se consacrer à la lutte contre les ennemis intérieurs qui sont la corruption et la bureaucratisation qui sévissent dans les différents niveaux de l’administration du pays que dans certaines instances du PSUV. La meilleure lutte contre ces deux fléaux reconnus de tous, étant d’avancer résolument vers la mise en place de l’état communal.

Comme le dit une habitante d’un quartier pauvre (et chaud de Caracas), parlant de l’avant Chavez : « Des citoyens ? Mais on ne savait même pas qu'on était des êtres humains ! ».[iii]

Autres paroles d’une habitante du pays qui concerne les REDI,régions intégrales de développement auquel Maduro vient de donnerune nuvelle impulsion

A Ciudad Caribia, ville bolivarienne pilote de 7 000 habitants sortie de terre en 2011 dans les montagnes qui environnent Caracas [7], et dans laquelle vivent notamment les victimes des inondations qui avaient dévasté le pays l’année précédente, Maria, 37 ans, porte-parole des conseils communaux de la ville, nous explique : « Ici, toutes les missions sont en action : « Mercal » pour l’alimentation, « Vivienda » pour le logement, « Barrio adentro » pour la santé publique, etc. La nouvelle police bolivarienne assure notre sureté publique. Nous montons nos projets de gestion et de développement de la ville, signons les conventions avec les institutions du gouvernement concernées, recevons les crédits que nous gérons directement pour décider quelles entreprises travailleront, sous notre contrôle. C’est ici que se construit le Venezuela de demain. »
Et d’ajouter, solennelle : « 
Nous ne laisserons personne détruire cela ».[iv]

Pendant 14 années, le peuple du Venezuela à découvert son humanité et sa faculté de prendre son destin en main, le pays est devenu un grand espace de liberté permettant aux associations populaires de se créer, de grandir, de se diversifier, dans l’apprentissage et l’invention sur le tas d’une nouvelle forme de démocratie participative qui inspirera les habitants et quelques mandataires  de la région (nous ferions bien aussi d’en prendre de la graine !). C’est l’histoire de la quête de dignité de peuples jusque-là méprisé, une histoire qui espérons-le constituera un jour le courant qui dominera ce début de 21ème siècle. Cette histoire auquel ses mandants ont ordonné au valet Obama de mettre un terme.

Actuellement le gouvernement du Venezuela a commencé à mettre en œuvre son gouvernement de rue, qui s’est tenu dans l’état de Miranda (dont Capriles est gouverneur, un des plus insécure du pays) après celui de Zulia. Pour contrer le quasi-monopole des médias d’opposition une nouvelle impulsion est donnée aux médias populaires locaux dont une des devises est « Ne regardez pas la télévision, faite là ! ». La rencontre des mandataires et du peuple débouche sur de nouvelles propositions et initiatives, les unes destinées à avancer sur le chemin du bien-être pour tous (sauf sans doute pour ceux qui se mettent en rage à l’idée de restreindre un peu de leur luxe pour assurer le confort de tous les autres, travailleurs-créateurs de la richesse de cette oligarchie parasite), les autres consiste en cet élargissement des bases de la démocratie participative conférant toujours plus de pouvoir à un peuple toujours plus apte à s’en servir avec amour et intelligence.

Tout cela au sein d’une guerre qui ne dit pas toujours son nom et déploie ses foyers partout dans le monde, militaires, économiques, culturels et aujourd’hui cybernétiques,  la guerre d’une humanité digne, libre aspirant au bonheur et à la paix contre les technocrates de la gouvernance mondiale centralisée et leurs armées d’assassins, de tortionnaires et de robots purement machiniques. Une guerre dans laquelle nous sommes tous partie.

Anne Wolff

4 avril 2013

 


 

 



[ii] Rappelons que celui-ci avait déjà joué un rôle plus que glauque lors du coup d’état en Juin 2009 au Honduras. Coup d’état condamné par l’ensemble de la communauté internationale EU compris. Pendant le long dénouement qui a suivi, Insulza sembla prendre directement ses ordres du département d’état, alors dirigé par H Clinton, et qui était organisateur occulte de ce coup d’état ainsi que le démontre des documents révélés depuis entre autre par Eva Golinger. Ce qui catalysa également la création de la CELAC qui unit les pays du Sud hors hégémonie de l’Empire du Nord. Il fut aussi fort pressé de reconnaitre le gouvernement de fait après le coup d’état »doux » qui conduisit à la destitution du président de gauche du Paraguay, Lugo. Certains se permettent de rappeler devant la poursuite des ingérences du chilien Insulza à la solde Washington qu’il ferait bien de se pencher plutôt de l’augmentation de violence policière dans son pays contre les grèves étudiantes et autres ou contre les communautés originaires comme les Mapuches.

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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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