27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 19:48
Honduras et ingérence étasunienne, Mel Zelaya témoigne

« […] la faiblesse et la fragmentation des groupes politiques du pays sont les principales responsables de ce que l’ambassadeur des EU se soit converti en “chef de la salle des opérations politiques et de sécurité du pays”, et de ce que lui soit accordé effectivement le dernier mot dans une série de problèmes internes. »

Cette citation est extraite d’un texte que j’avais traduit en 2012 et qui montre comment de fait l’ambassadeur des USA est le vrai gouverneur du Yémen, courroie de transmission des intérêts US dans le pays. Mais ce paragraphe pourrait être appliqué sans en changer un mot à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, comme le confirme le témoignage de José Manuel Zelaya Rosales président renversé du Honduras et actuel député du parti LIBRE (liberté et refondation).

Dans de nombreux pays d’AL le terme AMBASSADE prononcé avec une emphase particulière désigne, sans aucun doute, l’ambassade des USA. Quand Evo Morales a été élu président de Bolivie, pour la première fois et qu’il a pris possession du bureau présidentiel quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu’il y avait une seconde porte à ce bureau, que cette porte s’ouvrait sur un couloir et que ce couloir conduisait directement dans les bureaux de l’Ambassade des USA….

Ici je vais vous traduire quelques extraits d’une récente Interview de Manuel Zelaya, président du Honduras renversé par un coup d’état militaire fomenté par les USA le 28 juin 2009. L’interview a été réalisée par Laura Carlsen, journaliste du média mexicain indépendant Rompeviento, Mel y fait des révélations importantes concernant les modes de l’ingérence étasunienne au Honduras. Il décrit aussi la catastrophe qui résulte de l’application des recettes néolibérale dans son pays. Une rengaine à présent connue de tous : des privatisations qui enrichissent quelques-uns, des Transnationales et leurs complices locaux, alors que l’ensemble de la population est réduite à la misère. Ils détruisent jusqu’à notre dignité, dit Mel. Les gens ne migrent pas, ils fuient. Ils fuient la misère et le manque d’opportunités.

Depuis 10 ans le peuple du Honduras est en résistance. Cette semaine le peuple du Chili s’est soulevé. Si l’expérience néolibérale au Honduras est de notoriété publique une catastrophe, le Chili se présentait jusque-là comme le modèle à suivre d’application de cette idéologie, une oasis, la Suisse de l’Amérique Latine. Dans les 2 pays on constate pourtant cette même réalité : le modèle creuse les différences entre une petite caste de très riches et l’immense majorité de la population jetée dans la plus cruelle misère. Une plus ou moins longue agonie.

Les gens ne migrent pas, ils fuient.

Les gens ne migrent pas, ils fuient.

Le projet de Mel Zelaya, président du Honduras était un projet de souveraineté nationale, similaire en beaucoup d’aspects à celui qui avait valu à Jacobo Arbenz alors président du Guatemala d’être renversé par un coup d’état made in « USA » en 1954.

Mel nous dit : « L’initiative privée avec sa créativité et sa force de production n’est pas le problème en soi. Les problèmes arrivent quand ce secteur concentre des privilèges et des richesses et nie les droits du peuple, réduit au silence les voix de la population, avec pour résultat des régimes totalitaires, des systèmes excluant et un haut niveau d’exploitation qui détruit le milieu ambiant et détériore l’humanité elle-même. Le problème ce sont les racines, c’est un problème d’essence : la globalisation de l’économie dirigée à travers un système hégémonique qui produit un système de haute dépendance aux fluctuations du capital et met les peuples à genou, en particulier dans les petits pays comme le Honduras. »

Comme Jacobo Arbenz, Manuel Zelaya développait un modèle de souveraineté nationale, quand les ressources et productions locales servent en priorité pour le bien être des habitants du pays. Il adhérait également au mouvement de souveraineté et entraide régionale intégré par les mandataires progressistes et quelques autres au début de ce siècle. Il s'était tourné vers eux, il s’était vu refuser toute aide pour la mise en place de ces projets de programmes éducatifs, de santé publique et de stimulation de la production national par le FMI, les USA et autres instances néolibérales. Il avait alors reçu l’aide du Brésil et du Venezuela… Le peuple n’en bénéficiera jamais, Mel sera renversé avant d’avoir pu utiliser les fonds avancés qui seront utilisés par les putschistes pour construire la dictature.

juin 2009 Mel président de Honduras et ami du peuple est enlevé par les militaires qui l'emmenent hors du pays

juin 2009 Mel président de Honduras et ami du peuple est enlevé par les militaires qui l'emmenent hors du pays

Quand il arrive à la présidence, l’Ambassadeur (des USA) lui rend visite et lui remet une enveloppe et lui dit : « Président je voudrais que quand vous arriverez chez vous, vous ouvriez cette enveloppe. Je vous y fait une recommandation. La lettre en question ne comporte aucun signe qui identifie son origine. Une liste y figurait. Pour le secrétariat à la défense, 3 noms sont proposés. [Mel rigole] c’est démocratique, il nous laisse un large choix ! Entre trois personnes qui ont été recrutées par l’Ambassade. »

Mel bien sûr n’a pas obéit à cette « recommandation », ni à celles qui ont suivi et veulent lui imposer ses ministres et secrétaires d’état dans les domaines de la Sécurité, l’Économie, la Finance, lui laissant la liberté dans les domaines des Sports, des Arts, de la Musique...

Quand l’ambassadeur lui demandera s’il a un commentaire à faire à ce sujet, il répondra : aucun commentaire. Mais c’était clair: « Avant mon arrivée au pouvoir la « coutume » était que ce soit les États-Unis qui décident des ministres, des secrétaires d’état. L’ambassade manipule les médias, elle manipule les cercles de pouvoir, une partie des églises se plient à son influence, les politiciens lui demandent sa permission avant d’agir. La Défense, la Sécurité, c’est le Commandement Sud des USA qui les dirigent. L’économie c’est le Fond Monétaire internationale qui la prend en mains en complicité avec la cinquième colonne, les entrepreneurs locaux qui sont associés de transnationales. Non seulement ils manipulent la Sécurité, l’économie, la production ; ils manipulent également la justice avec l’aide de l’OEA qui décide quel corrompu doit être arrêté et quel autre jouira d’impunité. »

Mel ne recevra aucune des aides qu’il demande pour ses réformes au bénéfice du peuple, ni pour pratiquer une réforme agraire qui restitue la propriété des terres à leurs légitimes habitants et mettre en place les conditions d’une souveraineté alimentaire. Le FMI exige au contraire qu’il réduise la masse salariale et qu’il pratique une dévaluation qui favorisera la pénétration des transnationales. Ce n’est pas étonnant. Le modèle de division mondiale du travail veut que les pays de la périphérie fournissent à bas pris les matières premières, fournissent un travail esclave dans les maquiladoras ou les cultures d'agro-industrie d’exportation dont les transnationales tirent profit. Alors que l’utilisation de pesticides interdits dans les pays développés empoisonnent les cultivateurs et leurs famille. Depuis le coup d’état, quand des communautés réclament les titres de propriété qui leur avait être accordés par la réforme agraire, elles se font expulser de leurs terre et pire elles sont criminalisées, qualifiées de terroristes ou ne narcotrafiquants. Les meneurs des lutte comme Berta Caceres sont agressés, harcelés, assassinés, leurs familles menacées sont souvent forcées à l’exil. La destruction des cultures vivrières, de la production locale visent à rendre ces pays totalement dépendants d’importations que la plupart ne peuvent se payer. Le néolibéralisme ne tolère aucun projet de souveraineté nationale. Il a abandonné depuis longtemps le masque humain derrière lequel il dissimulait ses véritables intentions. Le génocide est en cours.

« La Constitution nous dit que nous sommes un pays indépendant, que nous sommes un pays souverain, que nous sommes un pays qui s’est constitué comme état nation, et à la fin et quand je suis arrivé à la présidence j’ai découvert que nous n’étions rien d’autre qu’une colonie. Nous sommes une société soumise à travers la dépendance d’un système économique qui nous appauvrit toujours d’avantage. Et qui chaque fois nous rend plus Indignes, plus Misérables, plus déchus et serviles. »

Rester digne dans la misère

Rester digne dans la misère

Le régime du Honduras non content d’être corrompu est un narco-état. Le frère de l’actuel président, Juan Orlando Hernandez, est jugé à présent à New-York (il a été condamné cette semaine) pour participation au narcotrafic à grande échelle internationale (en complicité avec des narcos colombiens et le cartel de Sinaloa du Mexique) et les enquêtes montrent que les profits de ce trafic ont alimenté les campagnes électorales de JOH. Et les réseaux de corruption du pays. Cela fait des années que la DEA mène l’enquête sur JOH, les preuves de son inculpation s'accumulent, depuis son premier mandat, avant même sa réélection inconstitutionnelle… comment se fait-il que les USA qui prétendent mener une lutte frénétique contre la drogue tolère un président impliqué dans le narcotrafic. La réponse est connue : la guerre contre la drogue n’existe pas, elle n’a jamais existé, elle est une guerre contre les peuples, un outil de déstabilisation qui favorise les intérêts des transnationales.

Renverser JOH sans changer le système ne sert à rien. L’ambassade des USA le remplacera par un autre fantoche. Son élection à un premier mandat était déjà le résultat d’une fraude électorale que j’ai documenté à l’époque. Elle mettait en jeu divers processus, une modification du contenu des urnes, des groupes armés empêchaient les électeurs de se rendre dans les bureaux de vote… Par exemple : l’ambassadrice des USA de l’époque, Kubiske, se rendait jusqu’au fin fond des campagne, elle y amenait des cadeaux, des cartes d’électeurs et… des « méthodes du Bien Voter »…

Pour Mel il n’y a qu’une seule solution pour lutter contre la corruption :

« La solution réside dans le partage du pouvoir de décision entre le plus grand nombre de personnes possible : souveraineté populaire.

Le système dans son illusion de dominance disqualifie tout discours qui n’est pas conforme à son idéologie postulée comme Vérité Unique. Dans la réalité chacun à une opinion et ces opinions peuvent être différentes, c’est quand ces différentes opinions se conjuguent que nous rencontrons le chemin de la vérité, le chemin de la liberté, le chemin de la justice. »


 

Vendredi 29 octobre 2019 la police fait taire la voix du peuple qui exige le départ du président corrompu et incapable

Vendredi 29 octobre 2019 la police fait taire la voix du peuple qui exige le départ du président corrompu et incapable


 

L’interview est longue et je ne peux pas tout traduire. Mais il dit certaines choses que je voudrais mettre en évidence ici, parce que de cela on ne parle jamais. Il voudrait également un pays ou chacun puisse faire un travail qu’il aime au mieux de ses qualités. Et cela c’est fondamental, j’ai fait des boulots durs, des boulots dont beaucoup ne voudraient pas, mais je les ai fait avec plaisir, parce que cela faisait partie de la réalisation de projets communs partagés avec des gens que j’appréciais. La production industrielle atteint les limites des ressources de la planète ; le système de l’emploi prend la forme d’un nouvel esclavage qui fait prévaloir l’idée du travail comme souffrance. Changer de système c’est remettre les métiers à l’honneur. L’hyper-production c’est aussi un système qui vend à des esclaves les produits de basse qualité produit par d’autres esclaves, des miettes comme autant d’illusions qui contribuent à maintenir la paix sociale sans que personne y trouve son bonheur.

Manuel Zelaya était un bon président. Un homme simple, vivant dans une maison de classe moyenne, se déplaçant à moto, sans escorte, pour déjeuner dans les restaurants populaires. Le Honduras est un pays de 9 millions d’habitants. Quelques heures après qu’il ait été renversé, à l’aube du 28 juin 2009, 600 000 personnes protestaient rien que dans les rues de la capitale Tegucigalpa. Une mobilisation qui durera plusieurs mois et n’a jamais cessé depuis. Un président populiste est un président qui utilise le langage de la démagogie et utilise des méthodes clientélistes pour acheter les votes. Manuel Zelaya était un président populaire, qui agit de manière transparente en consultant ses mandants pour décider ensemble, un ami du peuple, parce qu’ensemble ils partagent un même projet de pays.

Mais cela fait partie du langage unique, de la pensée unique qui disqualifie la volonté des peuples, la notion de populaire a été bannie de nos vocabulaires, et les peuples, considérés comme stupides par nature, quand ils choisissent des représentants qui vont se mettre à leur service, sont accusés de céder aux chants de sirènes du populisme. Comme s’il était stupide de vouloir des conditions de bien-être, de juste répartition, la participation aux décisions qui nous concernent.

Participer ensemble aux décisions qui nous concernent que ce soit dans notre quartier, dans notre ville, dans notre pays, pour l’avenir de la Vie sur Terre, c’est la condition première pour construire un monde dans lequel chacun disposeraient des conditions du bien -être et de la dignité. Cela nous dit Mel ne se reproduira pas sans que les USA et l’Europe se remettent en question parce que jusqu’ici quand un président démocratique, pacifique veut construire un projet de souveraineté nationale ils le renversent. Ils font taire les voix divergentes, alors que la vérité se construit par la rencontre des points de coïncidence après que chacun ait exprimé son point de vue, nous dit Mel. Ce n’est pas possible quand toute parole différente est disqualifiée au nom d’une prétendue Vérité Unique et valable pour tous.

Au cours des derniers jours nous avons pu voir les USA, malgré les divisions politiques internes du pays, utiliser des mêmes techniques et d’autres pour déstabiliser le gouvernement du Mexique qui prétend également mettre en place un projet de souveraineté nationale, de démocratie participative et de juste répartition des richesses dans le pays. Comme l’avait fait Manuel Zelaya, Andrés Manuel López Obrador refuse de céder à la pression. Au contraire il appelle l’ONU, l’Amérique Latine et le monde à mettre un terme au modèle néolibéral, à ses méfaits. Aujourd’hui, dimanche, et il y a un relatif moment de calme dans le déroulement de cette tentative de réactiver une « guerre de basse intensité » au Mexique, et dans la prolifération d’information qu’elle génère… nul doute que demain amène de nouveaux développements de cette situation périlleuse.

Anne W

PS : résistance à la désinformation. Si certains médias occidentaux titrent : « des milliers de manifestants protestent contre le gouvernement d’ Andrés Manuel López Obrador », ils omettent de nous faire savoir que des centaines de milliers d’autres manifestent en soutien à leur président.


 

Rio Blanco foyer de résistance du peuple lenca du Honduras

Rio Blanco foyer de résistance du peuple lenca du Honduras

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 09:31

Appel à la solidarité Internationale.

Photo: Oswaldo Rivas pour The New York Times

Photo: Oswaldo Rivas pour The New York Times

Le Conseil des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH) dénonce : dans la nuit du 16 juillet des membres de la famille Madrid, associés de la famille Atala Zablah, ont détruit toutes les récoltes de la communauté de Rio Blanco organisée dans le COPINH dans les lieux-dits la Vega del Culatón et el Achotal.

Ce sont des terres ancestrales convoitées par l’entreprise DESA qui prétend les utiliser pour y développer un projet hydroélectrique « Agua Zarca », contre lequel luttait la leader indigène Berta Cáceres.

Dans la nuit du 2 au 3 mars 2016, plusieurs hommes ont enfoncé la porte et sont entrés dans la maison de Berta. Le défenseur mexicain du milieu ambiant, Gustavo Castro Soto était dans la maison. Il a entendu Berta demander « Qui est là », puis il a entendu les coups de feu…ils ont tué Berta, ensuite les tueurs ont tiré sur lui, il a fait le mort, ils sont partis…mais dit-il : « Ils m’avaient « seulement » arraché une partie d’une oreille ». A cause des menaces qu’elle recevait en permanence contre elle et contre sa famille, plusieurs proches de Berta avaient dû quitter le pays. Le Commissaire des Droit de l’Homme pour le Honduras et d’autres organisations avaient exigé du gouvernement que Berta bénéficie de mesures de protection, qu’il lui avait accordées ! Une mesure de plus de l’inefficacité de ce non-gouvernement !

Les auteurs matériels du crime sont passé en jugement, mais la famille, le COPINH et tous ceux qui les soutiennent veulent que soient jugés les auteurs intellectuels. La famille Atala Zabla a été mise en cause comme auteurs intellectuels de l’assassinat de Berta, mais le principal témoin de l’accusation a été « retrouvé mort » au début de ce mois. La famille Atala – associée du projet DESA - fait partie des 5 familles (dans un pays d’environs 9 millions d’habitants) les plus riches du Honduras qui ensemble possèdent 75 % de la fortune du pays réduisant à la misère 70 % de la population.

Une semaine avant sa mort, Berta demandait justice pour 4 autres défenseurs assassinés et dénonçait les agressions, harcèlements et menaces permanentes contre les communautés et les défenseurs de la Vie. La communauté du Rio Blanco a subi au moins 22 autres attaques depuis l’assassinat de Berta. Dans tous le pays les communautés indigènes vivent un climat d’agressions permanent.

Le 15 juillet 2019 à 17h30, un groupe d’une dizaine de personnes ont tiré sur des membres de la communauté de Somologua, San Juan état de San Barbara. Les 25 familles étaient sur les terres récupérées qui leur appartiennent légitimement. Le COPINH exige que l’Institut National Agraire agisse immédiatement pour mettre fin au conflit agraire.

Le 9 juillet 2019, 18 personnes qui étaient arrêtées dans le cadre d’un autre conflit agraire qui concerne 190 familles en lutte pour obtenir le titre de propriété collective des terres qu’elles travaillent. Lors de l’arrestation la police a battu Francisco Solano López agé de 78 ans.

Le 1er juillet 2019, c’est la communauté de Montana Verde qui était attaquée, parmi les agresseurs se trouvaient des militaires. Après voir détruit le seul chemin d’accès à la communauté, ils ont menacé de la bombarder… Leur présence menaçante est depuis ostentatoire et permanente.

ETC.


 

Honduras : Stop aux attaques contre les communautés indigènes !
Honduras : Stop aux attaques contre les communautés indigènes !

Cette fois, le 16 juillet 2019 les criminels s’en sont pris aux récoltes détruisant 15 champs de maïs, cultivés collectivement par 25 familles, les privant de leur principale source de nourriture.

Le COPINH met en cause l’état du Honduras responsable de ces actions violentes par son manque de clarté juridique quant à la propriété des terres et pour l’impunité des agressions commises contre la communauté. Elle responsabilise également l’Institut National Agraire INA, le Ministère Public, la direction Nationale des Peuples Indigènes et AfroHonduriens DIFRANOH. Pour la sécurité et l’intégrité physique des compagnons et compagnonnes de la communauté, le COPINH lance l’appel à la solidarité nationale et internationale.

A la communauté nationale, la demande de solidarité la plus urgente est celle de nourriture et d’argent (lempiras) - pour pouvoir en acheter, à verser sur le compte de la Banco de Occidente 21 301 029 1959

Elle lance un appel urgent à la solidarité internationale pour dénoncer cette nouvelle attaque. Et faire pression sur le gouvernement pour lui rappeler que face aux graves menaces, agressions et assassinats ciblés dont sont victimes les défenseurs du milieu ambiant au Honduras , il a déjà été à diverses reprises rappelé à l’ordre par la Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme qui met en cause son manque de volonté, son incapacité à prendre des mesures de protection efficaces.

Rosalina Dominguez dénonce la destruction de la récolte

Rosalina Dominguez dénonce la destruction des champs de maïs de sa communauté. Elle nous montre la récolte qui a été systématiquement détruite. La communauté recevait des menaces depuis le 18 avril. La famille Madrid les harcelait, les menaçant de détruire leur récolte s’ils ne partaient pas. Ce n’était pas une menace en l’air. Ils ont également proféré des menaces de mort contre plusieurs membres de la communauté dont Rosalina. « Mais la communauté va se battre pour que ses coquins ne restent pas dans l’impunité», dit-elle. Pour eux la destruction de cette récolte est un désastre. Mais la communauté ne va pas se laisser faire, elle continuera à planter du maïs sur leurs terres, comme ses membres continueront à protéger le Rio Blanco, peu importe les harcèlements, les attaques. Elle appelle le soutien de la communauté internationale pour faire pression sur le président Juan Orlando Hernandez afin qu’il fasse appliquer les lois et que leur accorde la protection de la police. Les membres de la communauté peuvent à tout moment être assassinés, mais jamais on ne voit une seule patrouille pour venir défendre la vie de ses compagnons.

« C’est pourquoi nous sommes indigné(e)s et que cette lutte nous allons la gagner, avec la compagnonne Berta Cáceres. Ils l’ont assassinée, mais elle est présente en esprit, gardienne de notre Rio et de notre terre, pour lesquels nous luttons depuis bien longtemps. Cela fait des milliers d’années que nous devons lutter, aussi cette lutte nous allons la gagner ! »


 

Sources : Desinformemonos, Rebelión, COPINH, Centre pour la Justice et le Droit International

Traduction et relais d’infos : Anne Wolff


 

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 20:36

 

 

De la guerre qui est à la guerre qui vient

par avispa.org

Rétrospective des dépossessions,  de la militarisation et de la contre-insurrection dans le sud-est du Mexique et en Amérique Centrale

I.

Le 16 août 2014, le Congrès National Indigène publia la seconde déclaration sur l’expropriation de nos peuples, dans laquelle était exposée de en guise de métaphore, 24 rétrospectives de l’expropriation territoriale et de la guerre contre les peuples à l’échelle nationale ; structurées par une relation intrinsèque entre les violences politiques de l’état - autrement dit, la militarisation, les réformes, la création de lois etc. -, les violences destructrices, anonymes du capitalisme ; depuis les agissements des grandes corporations – minières, pétrolières, etc. - jusqu’au crime organisé dans sa grande diversité de cartels. A 5 ans de cette déclaration, la guerre non seulement s’est intensifiée, la continuité de la militarisation et des expropriations se sont poursuivies, sous prétexte de lutte contre le crime organisé. [et plus récemment de « protection de l’environnement ». NdT]

Le déploiement de la garde nationale, qui était prévu pour le 30 juin de cette année, a été avancé au mardi 18 juin (1) en raison des accords conclus entre le secrétaire des Relations Extérieures des États-Unis du Mexique, Marcelo Ebrard, et Mike Pence, vice-président du gouvernement des USA. La menace d’une guerre douanière contre le Mexique impulsée par le président Trump a fait trembler l’état, ses institutions et un secteur libéral de la région. Contenir le flux migratoire en 45 jours fut la condition posée par le gouvernement US pour freiner ce qui aurait pu générer une « crise économique à cause de l’augmentation des barrières douanières prévues »

Quelques semaines auparavant, la Commission Économique pour l’Amérique Latine et Caraïbe (CEPAL) avait présenté, lors d’une conférence de presse matinale du président Andrés Manuel López Obrador, une proposition appelée « Plan de développement intégral : Salvador, Guatemala, Honduras et Mexique » comme une réponse pour combattre le phénomène migratoire en Amérique Centrale. Dans ce plan sont proposés l’établissement d’une interconnexion électrique entre les pays de la région qui impliquerait la construction d’un gazoduc de 600 km pour « l’intégration entre le Sud du Mexique et l’Amérique Centrale par le transport des excès de gaz naturel et permettant de faire baisser les coûts», en plus d’un terminal et d’une centrale énergétique dans le port de Cortés au Honduras, de l’amélioration des infrastructures des 950 km de la frontière entre le Guatemala et le Mexique, de la construction d’une voie ferroviaire de 710 km depuis la ville de Hidalgo dans les Chiapas, jusqu’à port de Libertad au Salvador (2) qui pourrait connecter en même temps le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le Mexique. S’ajoutent à cela, des projets d’investissement dans des presses hydroélectriques, des projets de parcs éoliens et de panneaux solaires, des projets miniers en continuation du projet Mesoarica financé par différentes Corporations -comme les pétrolières EXXON, SHELL, etc - et également par la Banque Mondiale (3). Le tout impulsé et justifié de cette manière [lutte contre les migrations forcées par le développement économique] par la CEPAL

Le 14 juin a été publié dans le journal officiel de la fédération le décret qui créé un organisme « public, décentralisé, doté de personnalité juridique et d’un patrimoine propre, non sectorisé et dénommé Corridor Interocéanique de l’Isthme de Tehuantepec » (4), organe qui assumera la direction de la construction des divers projets du plan de Développement Intégral pour sa partie concernant l’isthme. Une semaine auparavant, les habitants de différentes communautés de l’état d’Oaxaca et de différentes organisations sociales s’étaient réunis dans le cadre d’une rencontre sur le thème « l’Isthme est à nous », pour refuser la proposition de canal interocéanique du gouvernement fédéral.

A partir des négociations du 5 juin à la Maison Blanche, ces initiatives, tant celle de la CEPAL que le Couloir Interocéanique, se sont accélérés pour protéger aussi bien les intérêts du voisin du Nord, que ceux des Corporations elles-même. Ce complexe de méga-projets implique la matérialisation d’une trame économique impliquant des variables politiques clairement néo-libérales, inscrivant comme unique solution celle de « résoudre » la crise dans le cadre même qui l’a causée. Crise qui se présente actuellement comme migratoire, énergétique, politique et économique.

En réponse à l’exode migratoire, se poursuit en ce moment le déploiement de la Garde Nationale - commencé le 18 juin - qui implique la mobilisation de 6000 effectifs, ainsi que de 825 agents de l’Institut National de Migration (5) en différents points stratégiques de passage des migrants dans la zone sud-est.

Face à cette situation, le vendredi 14 juin, le commissaire de l’Institut National de la Migration et spécialiste des questions migratoires, Tonatiuh Guillén a démissionné en formulant de fortes critiques contre les politiques anti-migrants du gouvernement étasunien. Après cette désertion, Francisco Garduño a assumé cette responsabilité, il avait été auparavent Commissaire de l’Organe Administratif Décentralisé de Prévention et Réadaptation Sociale au Niveau Fédéral, autrement dit, il s’agit d’un spécialiste des prisons. (6) Simultanément Kevin McAleenan, ancien commissaire des douanes, a été nommé chef du département de Sécurité des USA, et la possibilité que Thomas Homan, ex directeur de l’agence migratoire connue comme ICE, le remplace dans les prochains jours a été évoquée ; un homme connu comme le nouveau « Tsar des Frontières », et qui, en plus de soutenir la séparation des familles des migrants dans le processus de détention, promet de multiplier par 4 ou 5 les contrôles et déportations de migrants, et de renforcer (7) les nouveaux camps de concentration déjà installés à la frontière de ce pays. Cela fut la réponse de Trump au flux migratoire, la militarisation non seulement de la frontière Nord [du Mexique], mais également le repositionnement du Commandement Sud au Guatemala et la capacitation par ce commandement de militaires honduriens pour différentes tâches qui comprennent « les salles de nettoyage, la qualification en maniement des armes, contrôle de véhicules et points de contrôles tactiques  (8)» avec pour objectif de combattre l’exode et les autres menaces internes. Les pratiques de militarisation et de détention de migrants sont arrivées à un point qui ressemble fort aux camps de concentration Allemands du siècle dernier, comme l’affirme David Brooks, « nous sommes entrés dans un système de camps de concentration,dont la définition est : la détention massive de civils sans jugement ». C’est clair, « la semaine passée a été révélé que le gouvernement de Trump utilisera une base militaire en Oklahoma qui était un camp de concentration des japonais-étasuniens internés pendant la Seconde Guerre Mondiale, y seront détenus quelques 1400 enfants migrants non accompagnés » (9)

L’exode migratoire ne peut se comprendre sans la formule expropriation-militarisation, qui en termes géopolitiques se traduit en zones de sacrifice (territoires stratégiques riches en ressources naturelles, culturelles) et zones d’accumulation, points géographiques qui se « développent » au détriment d’autres lieux géographiques et qui reposent sur une logique commune : la violence du capital, soutenue par les différentes formes d’états (depuis les progressistes comme le Nicaragua jusqu’au néo-libéraux) et l’introduction, principalement par les USA, de différentes stratégies contre-insurrectionnelles.

C’est précisément dans ce contexte que se produit la militarisation du Mexique par la Garde Nationale. Le contrôle territorial du Sud n’est qu’un des efforts pour mener un processus de réorganisation territoriale en faveur du capital et de ses grandes corporations, le Train Maya et le Plan de Développement Intégral de l’Isthme de Tehuantepec et de l’Amérique Centrale, qui s’insèrent dans la dite « économie verte ou capitalisme soutenable » (10) comme « nouveaux espaces globaux, dans lesquels l’ordre et la gestion du territoire cessent d’être propriété de l’état pour passer à disposition du capital étranger » (11), un processus d’industrialisation qui implique la construction de grandes zones de maquileras – stratégiques à échelle globale - et de projets de « développement ». On retrouve le rôle qu’ont joué les Zones Économiques Spéciales, mais doté d’un nom plus attractif.

JOH, président du Honduras en  compagnie de ses souteneurs gringoss

JOH, président du Honduras en compagnie de ses souteneurs gringoss

II.

La décennie 80-90 à été marquée par une grande violence entre groupes guérilleros et les armées des états placées sous égide et conseillées par les différentes institutions et départements de sécurité du gouvernement gringo. Tant le Pentagone, que le département de la Défense et la CIA ont joué un rôle spécifique pour contrecarrer les groupes insurgés, en installant des bases militaires sur tout le territoire de l’Amérique Centrale. Cette stratégie en langage militaire s'appelle « domination du spectre complet » et implique le contrôle et la vigilance de l’ensemble de la planète par 5 commandements spéciaux ; comme nous le savons déjà du Guatemala à la Patagonie officie le Commandement Sud [le Mexique est sous contrôle du commandement Nord et du Homeland Security]. L ‘Amérique Centrale a été un laboratoire de contre-insurrection impulsé depuis les différents départements de sécurité étasuniens, qui ont réussi à imposer, dans cette petite région, l’implémentation de pas moins de 28 bases et centres d’opération militaires. La stratégie de « Domination du Spectre Complet » n’a pas seulement servi pour combattre les subversions, elle a servi aussi pour surveiller et contrôler les ressources naturelles. Renan Vega Canto et Felipe Vega ont réussi à retracer les lieux d’établissement de ces bases militaires et centres d’opérations gringos en Amérique Latine dans leur enquêtes “Geopolítica del despojo; Biopiratería, genocidio y militarización” y “Los economistas neoliberales, nuevos criminales de Guerra” (12) La distribution des centres d’opérations et bases militaires est la suivante :

Rétrospective des dépossessions,  de la militarisation et de la contre-insurrection dans le sud-est du Mexique et en Amérique Centrale

Mexique :

1) Bases de Chicomuselo et Juquilipas, Chiapas, 600 effectifs. Elle a été fondée en tant que partie de l’Initiative Mérida, et la militarisation du Sud du Mexique, comprend les 14 000 militaires déployés dans les Chiapas.

2) Académie de l’État de formation et développement policiers des Encinas, San Salvador de Chachapa à l’est de Puebla. Le FBI et autres agences gringas y ont une participation directe.

Guatemala :

3) Fond de maintenance contre le narco-terrorisme, à San José de Guatemala créé par le commandement Sud.

4) Centre d’opération contre le narco-terrorisme de Champerico, créé par le commandement Sud. Caserne-centre d’opérations et embarcadère qui ont demandé un investissement de 1,75 millions de dollars.

5) Centre d’opération contre le narco-terrorisme de Tecun Uman, créé par le Commandement Sud avec un investissement de 1 million de dollars.

6) Centre d’entraînement de Forces Spéciales Kaibiles à Potpun. Commandement Sud et Opérations Spéciales Sud avec un investissement de 1,15 million de dollars, fonctionne comme centre d’opérations et base aérienne.


 

Honduras :

7) Centre anti-narco. Commandement Sud. Contrat attribué en juin 2010 pour 1,2 million de dollars.

8) Puerto Castrilla. Commandement Sud. Investissement 350 000 dollars.

9) Base aérienne et militaire Sotocano et Palmerola. Elle fut construire à l’origine pour contrecarrer la révolution sandiniste du Nicaragua et de mouvement guérillero du Salvador.

10) Forces d’action conjointe BRAVO-Sotocano.

Salvador :

11) Forces d’Action Conjointe el Aguila, base aérienne de Comalapa.

12) Position d’opérations avancées Miraflores, Commandement Sud d’Opération Spéciales


 

Belize :

13) Centre anti-narco-terrorisme. Callao Hunting et Callaos Sapodilla. Casernement, centre d’opérations et embarcadère créés par le Commandement Sud avec un investissement de 1,750 million de dollars.

14) Centre d’opérations contre le narco-terrorisme. San Pedro. Casernement, centre d’opérations, embarcadère, entrepôt de combustible et dispensaire, financé par le Commandement Sud, un investissement de 1,5 millions de dollars

Nicaragua :

15) Le Bluff Bluefields. Construction d’un casernement contre le narco-terrorisme par le Commandement Sud, qui apporta 1 million de dollars.

16) Centre contre le narco-terrorisme. Île de Cuerno. Commandement Sud avec un investissement de 500 000 dollars.

17) Corinto. Caserne et embarcadère. Commandement Sud. Investissement 3,9 millions de dollars.

Costa Rica.

18) Base Anti-narcos. Liberia. Construction par le Commandement Sud en 2009. Construction d’un radar et un hangar par les USA.

19)Base navale Punteras. Calderas, Costa Rica. Création d’une école de gardes côtes. Le Commandement Sud a apporté en 2009 1,5 million de dollars pour la construction de l’embarcadère et des installations.

Panama :

20) Centre contre le terrorisme. Isla Grande, Panama. Casernement, centre d’opération, embarcadère et système de réapprovisionnement créé par le commandement Sud pour 3,5 millions de dollars.

21) Centre contre le narco-terrorisme. El Porvenir, Panama. Centre d’opérations, embarcadère et système de réapprovisionnement créée par le Commandement Sud. Millions de dollars.

22) Centre contre le narco-terrorisme. Puerto Pina. Casernement, centre d’opérations et embarcadère créés par le Commandement Sud avec un investissement de 4 millions de dollars.

23) Centre contre le narco terrorisme. Puerto Obaldia. Investissement du Commandement Sud de 3,5 millions de dollars. (13)


 

La militarisation et le contrôle de l’Amérique Centrale ont permis que dans cette région soient mis en pratique un large éventail de tactiques et stratégies de contre-insurrection qui furent, dans tous leurs aspects, des générateurs de violence ont eut des répercutions et montrent à présent leurs effets dans le phénomène migratoire.

D’autre part, sur le territoire dominé par l’état Mexicain, la distribution des forces armées se fait à travers 46 zones militaires distribuées sur toute la surface du pays. (14) Dans l’état de Puebla aux Chiapas, nous rencontrons 10 zones à charge de l’institution militaire. Auquel s’ajoute les 266 centres d’opérations de la Garde Nationale, seulement pour Oaxaca, Veracruz, Chiapas, Tabasco ont été établi plus de 50 de ces centres opératifs, lesquels furent les premiers à fonctionner - dès le 18 juin 2019 – pour cause de crise migratoire.

La crise qui se produit à présent est venue accompagnée de stratégies de développement intégral comme réponse à ces dites problématiques, non sans, comme dans le cas mexicain, auparavant militariser la zone du problème en installant un mur de contention contre les exproprié(e)s. En fait, ces propositions de « développement intégral » ont pour unique effet d’intensifier la violence propre au capitalisme, montrant un visage plus aimable. N’oublions pas que ce fut la CEPAL – qui par ses analyses opérées depuis le point de vue de l’économie politique ou « capitalisme à visage humain » - qui a proposé et apporté le label « scientifiques » pour le développement de l’Amérique Centrale via le projet Mésoamérica. Nous ne pouvons oublier que « développer intégralement une zone » est une figure de l’économie politique, qui signifie simplement la reproduction de l’actuel mode de production qui a pour fondement le pillage permanent grâce à l’utilisation de la violence.

Chiapas

Chiapas

III.

Et, comme il fallait s’y attendre, après un peu plus d’une semaine de déploiement de la Garde Nationale, les effets de la répression ont commencé à se faire sentir. Le Réseau de la Zone Nord de Casas [auberges pour migrants] et le Centre des Droits Humain des Migrants dénoncent le harcèlement et la violence avec lesquels ont agit les éléments de la Garde Nationale envers les migrants et les défenseurs des droits humains, au cours des derniers jours (15), non seulement dans la zone nord du pays, mais par dessus tout dans la partie sud, où l’Institut National des Migrations en collaboration avec la Garde Nationale ont agit en réseau contre les migrants (16). Et, comme prévu, la zone Sud-Est du pays est devenue un mur de contention militaire contre les personnes sur le chemin de la migration.

Au cours des derniers mois, plusieurs organisations sociales et communautaires ont dénoncé le Gouvernement Fédéral et l’Institut National des Peuples Indigènes qui ont mené des « Consultations  truquées»(17) avec la claire intention de poursuivre les projets de dépouillement.

D’autre part, le Congrès National Indigène a enregistré 117 assassinats depuis sa création en 1996, et 11 disparitions. En seulement 5 mois de l’actuel gouvernement ont été enregistrés 10 assassinats de membres du CNI (18). Il y a une guerre déclarée contre le zapatisme, qui implique non seulement le renforcement de la militarisation en territoire de l’EZLN,mais également l’agression permanente jusqu’à l’assassinat de qui s’opposent à la prise en main par l’état de leur manière d’organiser leur vie.

Cela illustre la réalité de la guerre dans laquelle nous sommes déjà plongés et la réalité de la guerre qui vient. Le 26 juin ont été découverts morts, alors qu’ils tentaient de franchir la frontière Oscar Martinez de 25 ans et sa fille Valeria de 23 mois sur les berges du Rio Bravo, dans le Nord du Pays. L’Organisation Internationale des Migrations a publié une étude nommée «Fatal Journeys Missing Migrant Children » (19)  dans laquelle elle signale que les morts de migrants sont dues à 3 causes principales 1) accidents sur le train appelé la Bestia, 2)-les causes inconnues comme les disparitions , 3)- la violence ; et elle affirme qu’en 5 ans, depuis 2014 à nos jours ont été enregistrées 1907 morts de migrants [chiffre largement sous-estimé, il y a des dizaines de corps sans organes trouvés dans des charniers anonymes, des centaines de corps non-identifiés dans les morgues, et tout ceux qu’on ne trouvera jamais. Il y a des milliers de familles qui cherchent leurs disparus et attendent parfois indéfiniment des résultats d’analyse ADN dont les résultats viennent au compte-goutte.NdT], mais ils oublient d’expliquer les causes ponctuelles qui ont été à l’origine de la violence ainsi que la dépossession de ceux qui migrent, et le rôle joué par les Forces Armées dans ces processus.

L’image des assassinats de Berta Cáceres au Honduras, des peuples Xincas et Mayas au Guatemala, des étudiants et habitants réprimés et assassinés au Nicaragua, de la crise politique au Panama, des expropriations territoriales au Costa Rica, nous montre que c’est précisément cette violence de la classe criminelle transnationale, des corporations et leurs acteurs légaux et illégaux, leurs liens avec les institutions de l’état ainsi que la militarisation et la para-militarisation, c’est cela les facteurs qui ont obligé les personnes a abandonner leur territoire et/ou résister jusqu’à être assassinés.

L’Amérique Centrale et le Sud-Est mexicain se présentent à nous comme une mosaïque d’images, chaque mosaïque affrontant sa version singulière de la crise et cherchant à en sortir. La guerre qui est en cours, et celle qui vient sont celles des « anonymes », des propriétaires de rien, des délogé(e)s et des exclu(e)s, des déplacé(e)s par la violence d’états, des assassiné(e)s par les balles du capital, des emprisonné(e)s par les grandes corporations, des disparu(e)s par le crime organisé international ; la guerre qui vient sera celle des « anonymes», de ceux qui, comme le dit Galeano, valent moins que la balle qui les abat.

 

Source Criterio

 

Traduction Anne Wolff

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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 11:53

 

Par Susana Albarrán pour El Salto, 3 juillet 2019

Víctor Fernández y Martín Fernández, militants du Movimiento Amplio por la Dignidad y la Justicia de Honduras

Víctor Fernández y Martín Fernández, militants du Movimiento Amplio por la Dignidad y la Justicia de Honduras

Martin et Victor Fernandez sont des militants du Movimiento Amplio por la Dignidad y la Justicia de Honduras. Tous deux ont également été avocats du COPINH [Conseil Civique des organisations populaires et indigènes du Honduras : 25 ans de luttes et de révolution ] lors du premier jugement pour l’assassinat de Berta Cáceres.


 

Le 28 juillet dernier s’accomplissaient 10 ans depuis le coup d'état au Honduras qui entraîné la destitution du président Manuel Zelaya et qui a été suivi par des mois de résistance et de répression. Depuis le peuple du Honduras traverse une crise continue alors que les mouvements sociaux luttent pour obtenir un changement de la situation politique. En mai dernier s'est levée une nouvelle opposition contre les plans de privatisation totale de l'éducation et de la santé élaborés par le Fond Monétaire International et le gouvernement de Juan Orlando Hernandez, réélu président pour un second mandat de manière inconstitutionnelle – la constitution du Honduras interdit la réélection présidentielle – en novembre 2017.

Au cours des dernières semaines se sont intensifiés les blocages de route, mobilisations, actions collectives, résistances pacifiques de divers secteurs de la société hondurienne dans différentes parties du pays rencontrant la répression comme réponse de la part de l’État, dont le mandataire a ordonné le déploiement des Forces Armées. A la fin juin les manifestations se soldaient par des morts et des blessés.

 

Pendant le mois d'avril de cette année, les avocats Martin Fernandez et Victor Fernandez ont parcouru plusieurs villes européennes, à l’occasion d’un voyage à Brême pour y recevoir le XVIème Prix Solidarité, qui leur était octroyé par cet État allemand en reconnaissance du travail qu'ils fournissent dans l'organisation Frente Amplio por la Dignidad y la Justicia (MADJ) à laquelle ils appartiennent tous les deux. Leur lutte poursuit l’approfondissement des espaces de participation de la société hondurienne pour le renforcement de la démocratie.

El Salto a conversé avec eux, au sujet de la reconnaissance de leur travail, mais surtout afin qu’ils nous informent du climat « défavorable » que rencontrent les mouvements sociaux , et la société hondurienne en général, pendant les jours de plus grande convulsion de la présidence de Juan Orlando Hernandez. Martin et Victor Fernandez sont coordinateurs exécutifs et coordinateurs politique de MADJ, ils sont avocats et ont travaillé avec le COPINH dans le premier des procès qui tentent de mettre en lumière la responsabilité intellectuelle de l'assassinat de Berta Caceres. Ils nous ont également parlé de la signification du jugement dans ce procès.


 

Qu'a signifié ce voyage en Europe si nous prenons en compte la délicate situation que vit votre pays ?

Martin Fernandez : Premièrement nous sommes venus pour recevoir le prix, ce qui nous a permis d'ouvrir des espaces de rencontre pour faire connaître la situation au Honduras, et en plus de créer des liens Il faut souligner que ce prix a un caractère politique en raison de toutes les implications qu'ont la défense des Droits Humains et du milieu ambiant menées par notre organisation, le Movimiento Amplio por la Dignidad y Justicia, de laquelle nous sommes cofondateurs et défenseurs, et de toute la problématique à laquelle sont confrontés les défenseurs et défenderesses dans notre pays. Actuellement nous sommes le pays, après le Brésil, où il est le plus dangereux d'exercer ce type de fonctions. Nous avons réussi à coordonner tous ces processus de lutte, et le prix n'est pas pour Victor ou pour moi, sinon pour une organisation qui forge collectivement un processus de résistance et d’exercice de souveraineté territoriale. Le prix est arrivé à un bon moment parce que le Honduras est un pays où est invisibilisé tout le travail fournit depuis les différents espaces [de participation et de lutte], pas seulement ceux que coordonne mouvement Amplio.

Nous avons eu l'occasion de partager toute l'expérience du Honduras, tant de manière spécifique, à travers les cas au sujet desquels nous travaillons en tant qu'organisation, ainsi que d'autres expériences que nous partageons avec d'autres organisations. Depuis Brème, nous avons pu aller à Berlin, Valence et en Irlande. Victor a été à Genève parce que il y a peu s'est produit le crime de deux compagnons d'un village indigène appelé Tolupanes, et des réunions avec les Rapporteurs des Droits de l'Homme et des Peuples Originaires étaient prévues. Nous en avons profité pour dénoncer également toutes les atrocités auxquelles a donné lieu l’installation de cette narcodictature - comme nous l'appelons – de la part de la structure criminelle qui dirige le pays, sous les applaudissements des USA et tous les gouvernements d'Europe.


 

Quand nous parlons de Movimiento Amplio, de quelles organisations est-il question ? Qui le compose ?

V.F. : Le Mouvement est né comme un espace qui rassemble d'autres organisations. Au début, quand il est né, en 2008, il était formé par des organisations ayant un plus grand renom, mais par la suite s'est incorporée la participation d'organisations de base, coopératives de gestion de l'eau, des patronages, des conseils communaux... La structure du mouvement se fait au travers de noyaux de bases communautaires, autrement dit, de communautés rurales et de communautés urbaines, et à l'intérieur de cette structure participent des espaces qui existaient antérieurement.


 

Quelle est la situation actuelle au Honduras et comment le Movimiento Amplio y fait-il face ?

V.F. : Le Honduras a vécu 11 années de luttes soutenues et intenses. Nous situons l'origine en 2008 parce que ce fut le moment où se produisit la grève des procureurs qui a duré 38 jours, et a signifié l’ensemencement d'un mouvement culturel et citoyen qui affronte une structure de pouvoir qui se soutient sur la base de la corruption publique. En 2009, après que ce soit produit le coup d'état, le niveau de participation et d'articulation des différents espaces a fait un bond. Par la suite, un événement remarquable dans le pays est celui qui se produisit en 2015 [la Salle constitutionnelle violant la Constitution autorise la réélection présidentielle], entraînant un nouveau mouvement de lutte citoyenne contre la corruption, jusqu'au dernier événement clé qui est la lutte populaire contre la fraude électorale de 2017. [et depuis 2019, lutte de la Plateforme contre la Privatisation de la Santé et de l’Éducation qui fonctionne sur des principes de souveraineté populaire et implique des secteurs de la population qui ne s’étaient jamais mobilisés, jusque-là.]

Le Honduras se mobilise dans les champs de différents espaces et initiatives citoyennes populaires, et d'autres moins populaires, mais dont nous dirons qu’ils participent au mouvement d'opposition à la dictature. Le coup d'état continue à se dérouler sur le plan économique, par l’accaparement de la richesse du pays et c'est là qu'est le combat. C'est cela le Honduras que dans lequel nous vivions: un pays dirigé par une tendance officialiste conservatrice impliquée dans les pratiques de corruption. Nous devons considérer que l’état est pour eux un espace à saigner, le pays un territoire à piller, et qu’ils combinent cette pratique historique de corruption publique avec d'autres pratiques, plus spécifiques du crime organisé et violent.

Ainsi, plus que les gouvernements du Honduras des 11 dernières années, c'est la structure de pouvoir, manifestation des différentes formes d’expressions du pays - incluant les politiques partisanes et économiques - qui configurent le scénario de corruption [Le Président Zelaya qui veut changer cela se fera renverser par un coup d’état législatif et militaire]. Une structure de pouvoir qui jouit d'un soutien international, qui se maintient sur base d’une militarisation de la société, de la corruption et à laquelle le mouvement populaire hondurien fait contrepoids. Le movimiento a différents versants, dont un est composé d’avantage de la base, c’est celui auquel nous participons : l'organisation communautaire – qui a surmonté la léthargie et l’enlisement du mouvement ouvrier historique, qui a disparu de la scène. Ce versant, joint aux autres espaces du mouvement de Droit Humains, fait contrepoids. S'y ajoute une opposition politique de partis qui n'est sans doute pas si claire, alors que les gens du secteur populaire avancent dans leur recherche : entre la lutte sociale en soi et sa convergence avec les autres tendances politiques électorales qui peuvent être plus ou moins affines avec cet espace.

Le Honduras, dans ce contexte, se bat contre un gouvernement corrompu, narcotrafiquant, avec une bonne partie de son leadership expatrié aux USA. Nous vivons la phase post-fraude électorale avec la grande impunité, les morts violentes et la criminalisation des mouvements. Nous sommes cela, une citoyenneté en mouvement que nous revendiquons. De cela fait partie le Movimiento Amplio por la Dignidad Y la Justicia.


 

Cela c’est la situation du Honduras aujourd'hui, et en plus il y a toute la pression que subit actuellement la région dans son ensemble. Les USA font pression depuis la frontière Sud du Mexique pour pratiquer des politiques extractivistes auxquelles participent des entreprises et des gouvernements européens. Cela rend-il le contexte plus difficile pour s'organiser ?

V.F. : Oui, le modèle te propose des sorties faciles, immédiates, de survie. Les USA dirigent cette crise, soutiennent ces gouvernements, ce qui entraîne une expulsion des gens, c'est la cause des caravanes de migrants... et après, ils prétendent les contenir avec un discours raciste et fondamentaliste.

Beaucoup de gens n'ont pas la possibilité de quitter le pays. Nous avons un enracinement et des conditions qui nous obligent à rester. Dès que nous disposons d'un peu de conscience, nous n'avons pas d'autre option que d'assumer la défense du territoire. Que de penser que cette période d'adversité que nous traversons dans l'histoire du pays, nous devons la convertir en opportunité. Une opportunité qui te dit que ton pays ne t'a rien offert, que le monde ne t'a rien offert, que la vie ne t'a rien offert et que ce qui t'es offert, c'est une opportunité de construire [le pays]. Nous en sommes. C'est ce qui nous inspire, c'est la perspective de la dignité que nous développons. Là où on te la refuse tu dois la conquérir, en même temps que de configurer un entourage qui transcende la dignité individuelle pour rencontrer cette démarche de dignité collective, c’est ce qui rend possible un espace comme le nôtre, de diversité. Nous réunissons des professionnels, des paysans, des indigènes... une configuration qui reflète l'ensemble du pays.

Alors oui, le panorama est contraire, c'est la militarisation, c’est la violence dans ses différentes manifestations, parmi elles la violence structurelle – celle que pratique le système. Un système qui a conduit, à 200 ans de notre indépendance, à ce que presque 70% de personnes soient plongées dans la pauvreté, dans un pays comme le nôtre, avec toute la richesse qui est la sienne. Nous promouvons l'idée que la pire adversité te place dans la nécessité de lutter, de construire pour tous, dignité et justice.


 

Qu'est-ce qui va se passer dans les prochains mois en matière de résistance active ?

M.F. : Pour nous le scénario n'a pas changé, mais n'a pas non plus changé l’espérance que nous avons pour notre pays. Nous avons toujours dit : « Nous n'avons pas d'autre pays. [Reconstruire] le pays, c’est notre travail, notre engagement, notre contribution ». L’organisation a fêté ses 11 ans le 24 mai dernier, alors que nous étions dans un processus d’évaluation très critique et autocritique de notre gestion des 10 premières années pour évaluer si effectivement notre travail avait contribué au processus et répondu aux nécessités du pays . Pour ces 10 premières années nous nous étions fixé des objectifs ambitieux et très clairement le movimiento n’a pu s’étendre autant que nous le souhaitions. Pourtant les exercices [de pouvoir populaire] que nous avons mené dans les territoires sont très importants. Nous nous sommes constitués comme un mouvement de base territorial, après le pillage de toutes les institutions, nous continuons à miser sur un mouvement qui s'est forgé au cours du mouvement de résistance.

Actuellement nous pouvons dire que le projet de concessions du Honduras [aux transnationales minières, hydroélectriques, à leurs zones franches qui soustraient des fragments de territoire au gouvernement et à la juridiction du pays, en dépossèdent les habitants] est le fruit d'un travail qui a été effectué de manière systématique, et donc nous sommes confronté à un monstre. Et il nous a incombé de lutter, de résister à grand nombre de processus de concession que nous avons réussi à freiner [voir par exemple Le peuple Lenca du Honduras met la plus grosse entreprise de construction de barrages en déroute ]. On peut dire que nous n'avons pas facilité le travail d'implantation du modèle. Actuellement nous entamons une étape qui a pour slogan « Nous avons faim de justice et soif de dignité ! ». Dans les prochaines 10 années nous allons continuer à travailler, comme nous avons travaillé, à travers un processus de résistance qui nous a permis de bloquer le développement d'initiatives tant minières qu'hydroélectriques. Cela a contribué à mettre en lumière la manière dont se déroule le pillage du pays. Nous entrons dans une étape pour laquelle la revendication de tous ces processus est essentielle. En plus de cela nous avons besoin de créer un processus de souveraineté territoriale. C'est pour cela que nous avons construit ces processus de résistance après lesquels le modèle extractiviste ne pourra plus rester égal à lui-même. C'est une travail permanent, de chaque jour, et c'est un travail qui a du sens.


 

La dynamique fondamentale de l'organisation réside dans ses assemblées qui portent les voix de la population qui est impliquée et tissent la voix de notre organisation comme autorité [populaire] suprême. Nous devons approfondir les processus d'organisation et de formation ; nous devons augmenter les niveaux de diffusion et de connexion avec d'autres processus. C’est indispensable et pas seulement au Honduras, mais aussi à l'extérieur. Nous avons participé à différents mouvements comme celui qui réunit ceux qu'affectent des projets de barrages, qui est né en 2016 et regroupe 14 pays d'Amérique Latine. Cela permet de construire non seulement une résistance contre ce modèle, mais également de construire une alternative à toutes ces initiatives perverses du capital.

Et ce faisant, nous développons des capacités. Certainement ces processus d'articulation vont être importants pour pouvoir opérer les échanges nécessaires, nous avons besoin de partager des expériences, qui trop souvent restent occultées. Nous opérons toutes ses connexions des luttes, dans tous les territoires. Nous savons très clairement que c'est un processus qui demande une implication permanente. Contre le modèle qui veut nous dominer, nous devons inventer nos propre rébellions.

V.F. : Dans un point de vue cette fois macro, plus traditionnel de la vie politique du Honduras, les gens se demandent ceci : après les élections frauduleuses qui ont été avalisées par la communauté internationales, Juan Orlando va-t-il terminer ou non son mandat présidentiel ? C'est une question omniprésente dans une conjoncture qu’aucune société ne tolérerait : avec un président qui est fortement impliqué dans la corruption du secteur public - ses campagnes ont été financées par l'argent des principaux cas de corruption mis en cause dans le pays. Non seulement, sa famille et les structures de son parti apparaissent comme directement impliquées dans les plus scandaleux actes de corruption, en plus ils apparaissent comme étroitement liés au narcotrafic. Son frère Antonio Hernandez – c'est à dire un très proche - est jugé aux USA en ce moment à New York. Il a été prouvé qu'il était impliqué dans le narcotrafic à grande échelle, pas seulement au Honduras, mais dans toute l'Amérique Centrale. Et des informations concernant le capital qu'il a accumulé ont été révélées, par exemple les méthodes de son blanchiment, en passant pas le président et son épouse. [et Juan Orlando est actuellement la cible d’une enquête en cours menée par la DEA.]

N'importe quelle société penserait que c'est un gouvernement qui est tellement illégitime que le système même devrait avoir les ressources pour favoriser son auto-nettoyage de ce genre de sujet. Mais les acteurs décisifs, dans ce cas, ce sont les secteur des partis politique joints à l'ambassade du gouvernement des USA. Ils semblent définir la limite jusqu'à laquelle pourra aller le Honduras. Autrement dit, le maintien de ce gouvernement dépend de la manière dont il favorise ou non les intérêts des USA, à qui il convient d'extrader les narcos qui ne leurs servent plus à rien, quand ils sont usés. La question est donc : Jusqu'à quand Juan Orlado Hernandez va-t-il être utile au régime des USA ? A quel point lui serait bénéfique ou préjudiciable qu'il soit le prochain extradé ? Quand la Mission de Soutien contre la Corruption et l'Impunité au Honduras (Maccih) crée par l'OEA dans le cadre des plaintes de la population (nous-mêmes), va-t-elle porter des accusations ? Quand va-t-elle l’incriminer pour les cas de corruption desquels il est responsable ? Cela dépend de calculs politiques des acteurs qui sont actuellement décisifs. C'est de cela dont il est question.

En côté de cela, il y a ce qu'a planté Martin, les efforts des bases populaires au sens de processus plus que de conjoncture. Il faudra que nos processus, dans la prochaine conjoncture du pays aient atteint la hauteur suffisante, la force suffisante pour que nous ne soyons pas spectateurs de ceux qui ont toujours décidé, les acteurs de toujours comme les politiques-électoraux, comme la communauté internationale ou l'empire nord-américain, qui utilisent toujours les crises comme élément de renforcement de ce modèle. Voilà le défi.

Et aujourd'hui cela vaut d'avantage la peine que dans des occasions précédentes d'imaginer cela : le Honduras sans Juan Orlando et sa structure. Cela sera notre Honduras ou un Honduras plus favorable à l'empire nord-américain. Là est le combat. Et donc, face à une telle alternative, nous agissons dans la perspective de devenir toujours d'avantage protagonistes. Nous retrouvons ici les grands défis historiques des mouvements populaires : l'unité, et la proposition d'une alternative claire. C’est la question d’une démarche de la base, populaire, qui brise le système. Dans le cas contraire, nous entrons dans une logique de revitalisation ou de régénération du système.

Et nous en sommes là, il se peut que ces choses se réalisent, il se peut que nous soyons dans l’antichambre d'une nouvelle conjoncture - ce sera la cinquième ou la sixième des dix ou douze dernières années de l'histoire de notre pays – et nous sommes devenus des protagonistes. Cela n'évolue plus seulement à la convenance d'acteurs extérieurs, qui s’arrangent pour contenir les protestations populaires et trouvent toujours une réponse pour t’arrêter. Et nous espérons briser les processus qu’ils ont utilisés ces derniers temps. Cela traite de cela. Notre histoire est très circulaire, mais à un moment nous sortirons du cercle et nous pouvons changer cela. C'est notre espoir.

M.F. : Je crois que ce que décrit Victor se situe sur le plan interne, nous avons comme tâche fondamentale de convertir chaque espace en opportunité. Et actuellement nous serions complètement myopes si nous ne prenions pas en considération la situation que traverse le Honduras et ce que vivent beaucoup de gens hors du Honduras. Nous parlons en terme de citoyenneté de Honduriens qui ont été expulsés [par la violence, la misère]. De fait nous apprécions tout ce travail que nous faisons là, non seulement avec les honduriens mais aussi avec beaucoup de personnes qui participent à des processus de solidarité avec le Honduras. Nous devons aussi articuler le processus hondurien depuis les différents espaces [extérieurs], peu importe le lieu dans lequel se retrouvent nos compatriotes, là aussi nous devons créer ces processus de dénonciation, de résistance et de participation concernant la réalité du pays. Connectant les luttes, des luttes qui s’amplifient. Nous avons toujours d’avantage conscience et entendons mieux la nécessité que ce ne soit pas la lutte d’un seul pays sinon de toute une planète.

Le jugement de l’assassinat de Berta Cáceres était attendu comme un épisode dans lequel le pouvoir judiciaire hondurien était sommé de donner à la population une vérité indiscutable [concernant les auteurs intellectuels]. Une opportunité a-t-elle été perdue ?

V.F. : Une interprétation correcte de ce jugement doit nécessairement le considérer en tant que produit de la lutte populaire. Si vous vous en souvenez, le 3 mars 2016, la première déclaration officielle du ministre de la Sécurité du Honduras relative à l’assassinat de Berta Cáceres était que le crime avait eu comme mobile un conflit passionnel ou un conflit interne du COPINH. C’est le genre de vérité officielle qu’ils cherchent toujours à nous vendre. Puis, il y a tout ce qui s’est passé et qui est le résultat des luttes menées par des organisations comme le COPINH et nous en tant que Movimiento Amplio, nous nous sommes joints à cette cause, parce que comme tous le disent : «  Nous sommes tous Berta ! »

C’est très important de situer dans son contexte ce premier jugement [condamnation de 7 auteurs matériels et mise en cause d’un auteur intermédiaire], qui correspond à celui de la vérité matérielle de ce qui s’est passé le 2 mars 2016. Ces 7 personnes, oui, elles ont participé au crime, mais ces personnes étaient en relations avec des acteurs intermédiaires, eux-mêmes au service des auteurs intellectuels du crime. Sans ces mouvements, cette solidarité, jamais nous ne serions parvenu jusqu’à eux. De fait le premier à avoir été capturé n’était aucune de ces personnes. C’est une pratique historique au Honduras, où le taux d’impunité est de 95 % en ce qui concerne les morts violentes. Si on s’en tient aux statistiques il est fort probable que ce crime serait resté impuni et que les responsables désignés aient été le COPINH ou quelque proche de Berta. Dès lors nous pouvons dire que nous avons évité - par nos propres moyens, par la force de l’articulation nationale et internationale - qu’en plus d’avoir tué Berta, ils tuent l’effort politique, parce que c’est cela le scénario historique. Quand un dirigeant est tué, une dirigeante, ils attribuent le crime à un conflit interne. Le coup est non seulement directement humain, il est aussi politique.

C’est cela le résultat du premier jugement : Nous avons enlevé au loup un poil et maintenant nous allons vers les niveaux supérieurs. Il va y avoir le jugement de David Castillo Mejia, qui n’est toujours pas un auteur intellectuel, il était employé de l’entreprise Desarollos Energeticos S.A. (DESA), c’est un acteur intermédiaire, et au-dessus sont les auteurs intellectuels de ce crime. Et derrière il y a la structure qui pratique ce type de crimes et qui en plus participe d’autres crimes que subissent, pas seulement le Honduras, mais les différentes sociétés qui sont actuellement exposées au modèle extractiviste, qui est l’expression moderne du néo-colonialisme que nous vivons.

Là, nous nous attaquons aux entreprises, celles qui doivent nous rendre des comptes, celles qui doivent être - au moins - confrontées à la criminalité normalisée qui est leur mode d’action. Et derrière elles, il y a le système financier, et parfois ce sont les mêmes. Et cela n’implique pas seulement le secteur privé, il y a la banque multilatérale, autrement dit la Banque Mondiale, qui utilise l’argent des pays, l’argent des peuples, pour ce nouveau dépouillement au nom de la logique du prétendu développement. Ce sont les banques régionales comme la Banque Centre-américaine d’Intégration Économique (BCIE) qui est très proche de tout cela. C’est de cela dont il est question et que nous voulons obtenir, pas parce que cela viendrait du gouvernement ou de la structure x du pouvoir, mais parce que nous luttons , nous nous battons pour y parvenir.

Il faut comprendre cette logique, et mettre en lumière les clés de cette avance qualitative qui s’est produite dans quelques cas, pour que cela prenne un caractère emblématique, pour que cela apporte de la lumière aux autres processus. Nous, en tant d’organisation nous sommes confrontés à un grand nombre de procès de leaders assassinés. Nous en apprenons beaucoup concernant les manières de lutter, de se battre contre le système dans ses propres espaces. Nous allons à la police, et nous luttons pour cet espace ; nous allons face au ministère public et nous nous battons , dans les tribunaux, dans les médias, face à la communauté internationale, dans les systèmes de droits humains internationaux qui ont également un pouvoir. Ainsi nous balisons la route que doivent suivre les mouvements réellement alternatifs qui veulent briser ce système. C’est l’apport de Bertita, qui nous a enseigné tous les rouages du système que nous avons du affronter depuis son assassinat. Nous sommes plusieurs organisations qui travaillons sur son cas et c’est un enseignement pour tous le reste de nos actions.


 

Revenons au prix qui vous a été attribué à Brème…

V.F. : Le prix est un geste de solidarité politique pour deux enjeux, l’un est la défense des Droits Humains et l’autre – c’est dit explicitement - est une reconnaissance de la lutte menée par l’organisation contre la corruption publique. Et nous voulons montrer ce que cela signifie pour nous.

Premièrement, il est important que cela vienne d’une instance officielle. C’est un état, parmi les 16 qui composent la Fédération Allemande, qui prend position publiquement, et qui reconnaît qu’il y a des organisations - dans ce cas-ci la nôtre - qui luttent contre la corruption du secteur publique et pour les droits humains, dans un contexte difficile. C’est important aussi que cela vienne d’Allemagne qui est d’un grand poids dans les projets de « développement » pour nos peuples. Cela pose un contrepoids. Et ce qui était encore plus important, c’est que la Commune de Brême avait convoqué l’ambassade du Honduras à assister à cet événement, celle qui fait alliance avec le régime de Juan Orlando. C’est un message pour le gouvernement de Juan Orlando autant que pour la communauté internationale, celle qui ne se manifeste pas au Honduras, celle qui fait alliance avec le régime de Juan Orlando. C’est possible que Brême soit le plus petit état d’Allemagne mais pour nous cela ne retire rien à l’importance de cette reconnaissance.

En termes plus spécifiques, nous dirions que ce type de reconnaissance aide à protéger les processus et sauve des vies. Le niveau de danger est élevé au Honduras, nous ne voulons pas nous considérer comme des victimes de cela, mais il est certain que chacun d’entre nous peut devenir « une nouvelle », d’un moment à l’autre. Peut-être que ceci est notre dernier voyage de travail en Europe,… c’est cela la réalité du Honduras. Nous banalisons le thème du risque mais c’est à cela que nous sommes exposés dans une société et avec un régime comme celui du Honduras. Alors qu’apparaissent et nous parviennent ces messages, de toutes parts, c’est très important, et si en plus il viennent d’acteurs officiels, pour tout dire de gouvernements, c’est remarquable. Comme il était important pour nous de nous lier avec la société civile, qui elle a noué des alliances politiques,dans cette région, en particulier avec des parlementaires, des gens du ministère des investissements, de l’économie, des relations extérieure… afin qu’ils prennent conscience que quelque chose doit changer dans un pays comme le Honduras. Nous revendiquons sans aucun doute l’importance de cette reconnaissance.


 

M.F. : Nous avons parlé de la nécessité dans laquelle nous nous trouvons de mettre en évidence tout le processus qui se vit en Amérique Latine et en particulier dans notre pays. Nous disions aux Irlandais, par exemple, que peu importe les idéologies dans le thème de la corruption parce que la corruption est une pratique qui se retrouve dans tous les états, et qui d’une manière ou d’une autre, réduit de manière absolue la satisfaction des besoins basiques de l’être humain. La pratique de la corruption, depuis n’importe quelle structure de gouvernement, fait irruption et sape les possibilités de parvenir à des sociétés plus justes. Dans la mesure où vous êtes tolérants avec ce genre de pratiques, même si vous vivez dans un état de bien être, « à quel prix ? »

Si aujourd’hui vous accordez un pouvoir sans limite aux entreprises qui peuvent assassiner des gens sur d’autres territoires, certainement que ces entreprises vont devenir encore plus gigantesques et continuer à affaiblir les propres systèmes de vos pays. Nous avons besoin de mécanismes de contrôle. Ceci est un appel pour que vous réfléchissiez depuis ces sociétés. Transmettre ces processus de lutte c’est envoyer un message aux sociétés qui vivent la commodité, un appel à rompre avec cette commodité parce que au final nous sommes aux portes d’un modèle qui va tous nous écraser, et qui est capable d’en finir dans le plus court laps de temps y compris avec la vie de chacun des habitants [de la planète]. Il faut en finir avec la spéculation et la voracité qui caractérise ce modèle.

 

Source : El Salto

 

Traduction Anne Wolff

 

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 12:13

 

 

De la banalisation de l'horreur

La traversée du Rio Bravo par les migrants, une tragédie quotidienne indéfiniment répétée.

Rien ne me met plus en rage, une rage douloureuse, que de voir comment les médias utilisent l’arbre pour cacher la forêt. Aujourd’hui le monde s’indigne parce qu’une petite fille salvadorienne est morte dans les bras son papa qui lui aussi a perdu la vie en tentant de la sauver des eaux traîtres du Rio Bravo.

 

Voici ce que vivent quotidiennement des centaines de familles qui se lancent dans la périlleuse traversée, alors même que la migra, déjà, veille sur l’autre bord, et cela dure depuis des années . Cette scène se reproduit tous les jours, plusieurs fois par jour, sans caméra pour témoigner, et nombreux sont ceux qui n’atteignent pas l’autre rive.

Et cela va continuer, cela se passe aujourd’hui, cela se passera demain,... mais les feux des médias éclaireront dorénavant d’autres sujets porteurs et les morts quotidiennes et atroces de milliers de migrants en route vers l’espoir, si ténu soit-il, sombrera à nouveau dans l’oubli.

 

 

Tout d’un coup toutes les caméras sont braquées sur les caravanes de migrants qui quittent massivement le Honduras, mais qui parle de ce goutte à goutte de migrants qui depuis des années, fuient le pays, et affrontent tous les risques d’un long voyage, dont aucun ne sortira indemne, comme en témoigne le récit de Maria Jose qui raconte l’enfer de son voyage depuis le Honduras jusqu’au USA, alors que bien plus tard, comme pour beaucoup d’autres migrants qui ont atteint le mythe étasunien, ses nuits sont hantées de cauchemars ?

Maria Jose : « […] les hôpitaux ce qu’ils font quand arrive un migrant, ils le tuent et ils vont l’enterrer comme x ou y dans les fosses pour ne pas subir d’enquête d’aucune sorte »

 

Combien de corps sans organes empilés dans des fosses resteront anonymes après avoir alimenté le trafic d’organes humains, devenu un des secteurs des plus lucratifs avec les trafics de drogues, d’armes et d’humains. Les pauvres devenant réserves d’organes pour les riches.

 

Des centaines de corps non identifiés s’accumulent dans les morgues des deux côtés de la frontière alors que des dizaines de milliers de familles du Honduras, du Salvador, du Guatemala cherchent, le plus souvent en vain, le proche qui a pris le chemin de l’exil et n’a plus jamais donné de nouvelles.

 

A l’époque j’écrivais :

Il y a aujourd’hui une sorte d’effet pervers de la normalité, comme quand à la fin de son récit Maria José dit que ces cauchemars et ces insomnies, finalement c’est normal, puisque la plupart des immigrants sans papier en souffrent. Normal est pris dans le sens d’acceptable puisque un grand nombre sont concernés. « Avoir des cauchemars après avoir traversé l’horreur, mais c’est normal ma p’tit dame, pas de quoi en faire un foin Tous les migrants vivent cela ». Banalisation et normalisation nous font à présent accepter l’inacceptable. J’ai remarqué cela en de multiples occasions. Il est devenu tout aussi anodin de dire, c’est normal, cela arrive tous les jours comme si la multiplication des faits les plus abominables, rendaient anodine, recevable, acceptable pour la conscience normale du citoyen lambda, une banalisation de l’horreur au quotidien.

 

Rien a changé.

 

Anne W

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 12:03

publié par le COPINH, Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras

Non à la présence de l'armée israélienne en territoire Lenca

Récemment le gouvernement de Juan Orlando Hernandez a annoncé l'arrivée de mille militaires israéliens au Honduras avec la mission présumée de sécuriser la frontière hondurienne face à la crise qui continue a expulser des milliers de personnes hors du pays vers le Mexique et les USA ; cette situation a été remise en question par la population du Honduras et les organisations sociales.

Plus récemment, les communautés de la municipalité de Colomoncagua ont appris qu'une partie des effectifs du contingent militaire israélien a été assignée à cette municipalité. Les habitants de la zone organisés dans le COPINH ont manifesté leur profond refus de cette décision qui est contraire à la volonté des peuples et ont voulu faire entendre cette dénonciation.

Les communautés déclarent que, avant tout, « notre pays n'est en guerre contre aucun autre pays et rien ne justifie que des militaires venus d'ailleurs se retrouvent au Honduras. En plus de cela, sachant qu'il n'y a pas de guerre contre un autre pays, c'est donc que la guerre, ils la mèneront contre le peuple hondurien selon la pratique habituelle de ce gouvernement répresseur. »


 

La population de Colomoncagua, municipalité située à la frontière avec le Salvador, après analyse, a conclu que cette situation aggraverait la violence et la répression dans cette région dans laquelle en plus se matérialise la construction d'une base militaire, un fait dont ils ont pris connaissance il y a moins de 8 mois. Le rôle de l'armée israélienne pour contenir une vague de migration est inexplicable, cette vague sera irrépressible tant que se poursuivent les conditions de violence, pauvreté, exclusion et militarisation de notre pays.

La jeunesse de Colomoncagua a avoué qu'elle avait terriblement peur parce que dans le passé proche deux jeunes actifs dans la lutte ont été assassinés par les militaires honduriens et ils considèrent la présence des armes et des militaires comme des ennemis de la jeunesse qui depuis longtemps essayent d'effrayer les jeunes qui ont le courage de manifester dans les rues.

Il faut se rappeler que plusieurs communautés sont menacées par la construction de barrages hydroélectriques dans la zone frontalière, les plus proches sont 4 barrages sur le Rio Negro ou ses affluents : les rios Cañas, Pichigua, Chinacla et el Puente, entre autres. A cela s'ajoutent les intérêts miniers dans le Cerro (colline) del Alumbrador. Il ne serait pas étonnant que cette augmentation de présence militaire face partie de la stratégie d'asservissement aux grands intérêts économique de populations qui ont une tradition de lutte.


 

Tout le COPINH, avec ces multiples communautés, se joint à ce rejet de la présence de l'armée israélienne qui depuis des années opprime le peuple frère de Palestine frappé par des expulsions qui se réalisent de manière similaire à celles que nous subissons en territoire Lenca.

Nous exigeons des autorités que cette décision soit reconsidérée car les peuples sont prêts à défendre l'autonomie de leurs territoires et à ne permettre ni les armes, ni la violence contre le peuple.

« Nous voulons des haricots, nous voulons du maïs, nous voulons des routes, mais nous ne voulons plus de l'armée ici »

 

Un habitant de Colomoncagua, Llano Grande, le 12 juin 2019

Source : No al ejército israelí en territorio Lenca.

Traduction Anne Wolff


 

 

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 14:47
Pour les Honduriens, le chemin de l'exil ?

Pour les Honduriens, le chemin de l'exil ?

Une hémorragie migratoire

La population du Honduras était évaluée à 9,2 millions d’habitants en 2017. Près de 70 % de la population est plongée dans la misère. Et la situation ne cesse d’empirer. Depuis le début de cette année 2019, jusqu’à fin mai 304 828 migrants honduriens – soit une moyenne de 1254 chaque jour et plus de 3,3 % de la population en 5 mois - ont été arrêtés par les Patrouilles Frontalières des USA, et il y a ceux qui ne se font pas prendre, ceux qui s’arrêtent ou disparaissent en chemin ou se rendent dans d’autres pays. Le flux migratoire vers l’Europe lui aussi s’intensifie (En Espagne, les habitants originaires du Honduras sont passé de 44 000 mi-2015 à 84 000 mi-2018, et le nombre des nouveaux arrivés suit une progression géométrique)… Si ce n’est pas une situation de crise qui demande un soutien de la communauté internationale et de l’opinion publique, je ne sais pas ce qu’il faudrait pour que se réveillent les consciences solidaires qui apporteraient leur appui à la transformation du pays, telle que la souhaite la population.

A l’échelle du Venezuela, cela ferait environ 1 millions de personnes qui auraient quitté le pays pendant la même période. Mais communauté internationale et opinion publique semblent plus sensibles aux exactions d’un « dictateur de gauche » qu’au régime de terreur imposé aux Honduriens depuis 10 ans par des dictateurs de droite, mis au pouvoir par un coup d’état organisé et pérennisé par les USA. Le Venezuela est omniprésent dans les médias, quoiqu’on pense par ailleurs de la situation au Venezuela, s’indigner pour ce qui s’y passe (ou non) et ne pas le faire, encore bien d’avantage, pour le calvaire que vivent les Honduriens dans leur pays, c’est soit de l’hypocrisie soit de la cécité politique.

La Doctora Figueroa actuelle figure de proue du mouvement

La Doctora Figueroa actuelle figure de proue du mouvement

« Nous n’avons pas peur, parce que en nous prenant tout, ils nous ont pris aussi la peur » Doctora Suyapa Figueroa

Depuis plusieurs semaines la population du Honduras est mobilisée, massivement, dans tout le pays. Encore une fois les médias montrent les quelques « fauteurs de troubles » qui pillent, agressent, incendient mais pas les milliers de mobilisation qui se multiplient dans les barrios des villes, dans les petites municipalités des campagnes jusque dans les fins fonds du pays… silence médiatique .

Pour vous donner une mesure de l’ampleur de ces mobilisations, une vidéo, d’une durée de 10 heures. Pendant que les caméras parcourent, un par un, les foyers de lutte qui se multiplient à travers le pays, le présentateur concentre et relaye les appels à rejoindre les points de concentration disséminés sur tout le territoire. Un général à la retraite propose de mettre son expérience au service du soulèvement et donne son numéro de téléphone pour que ses ex-collègues puissent se joindre à lui. Le Honduras compte 18 provinces, au fur et à mesure augmentent le nombre de celles dont les habitants rejoignent les mobilisations 11, 12...15 finalement, c’est la quasi totalité du pays qui se retrouve dans des concentrations de voisins, de collègues qui participent à la lutte.

Deux autres vidéos donnent une idée des formes que prennent ces manifestations, dans la première un orchestre s’est joint à la fête et les voisins dansent joyeusement, dans l’autre règne un climat d’inquiétude, alors qu’une partie de la police est en grève, quelques policiers tentent de faire ami-ami avec la population qui se méfie. A juste titre, les mêmes policiers qui viennent de tirer massivement des bombes lacrymogènes jusque dans les maisons où se trouvent aussi des enfants, veulent dialoguer matraque (vu l’instrument le mot est faible, cela ressemble à de grosses barres de fer de plus d’un mètre de long) à la main. Les voisins ont raison de se méfier, ces policiers tourneront plus tard à nouveau leurs armes contre le peuple. Le jeune homme qui a tourné cette vidéo, diffusée en direct, est un héros. Un parmi tant d’autres. Il a pris des risques immenses pour transmettre ces images, alors que les policiers le menacent de l’arrêter s’il n’efface pas celles où ils figurent. Heureusement, ils n’ont pas réalisé que ces images avaient déjà été diffusées. Il va continuer à tourner et à diffuser.

Plus tard des représentant des policiers signeront un accord avec le gouvernement, dans cet accord un article retient l’attention, c’est l’article 6 : Il garantit à la population hondurienne le respect des droits humains de toutes les personnes au niveau national, y compris celles qui exercent leur droit à la manifestation publique et pacifique. La police préventive, mais aussi les troupes d’élites Cobra (qui était aussi le nom d’un des escadrons de la mort qui sévissait dans le pays dans les années 80. Normal, ce sont les mêmes qui les ont créés) et Tigre ne veulent plus réprimer le peuple qui exerce ses droits. Leurs représentants se sont excusés auprès du peuple pour le mal qu’il lui ont fait. Ils ont ce jour-là un fort sentiment d’appartenance à ce peuple. La plupart sont de modeste origine, ceux qu’ils répriment au quotidien sont leurs frères, leurs cousines, leurs voisins, leurs parents… et de cela ils n’en veulent plus.

Le Président du Parti Libéral, Luis Zelaya manifeste. Il est inrviewé par Dick Emanuelsson

Le Président du Parti Libéral, Luis Zelaya manifeste. Il est inrviewé par Dick Emanuelsson

La lutte touche des strates de population qui ne s’étaient jamais mobilisées

Depuis 10 ans le peuple du Honduras est mobilisé, quotidiennement. Qu’est-ce qui a changé ? C’est que des strates de la population qui n’avaient jamais participé à ces mobilisations, ce sont à présent impliquées, comme l’entrepreneur Adolfo Facusse membre d’une des 7 familles qui concentrent la richesse du pays, comme le président du Parti Libéral d’opposition qui sont d’accord pour affirmer que le président doit démissionner. Des médecins, des professeurs, des membres des classes aisées qui n’avaient jamais manifesté descendent dans le rues pour se joindre à la lutte pour la récupération du pays. Tous sont d’accord, le pays doit se redresser et pour cela le Président doit démissionner. Il faut en finir avec la gangrène de la corruption.

 

« Il y a quelque chose d’important dans ce processus de lutte, dans ce processus de pouvoir et de souveraineté politique, la participation à ce processus insurrectionnel a permis aux membres des différents Collèges Universitaires de sortir de leur bulle d’élitisme et de s’identifier à la Cause du Peuple du Honduras, de se rappeler qu’ils font partie du Peuple." Professeur Hernandez, membre de la Plateforme pour la réforme de l’éducation.

 

Un phénomène nouveau : parmi les migrants qui fuient le pays, se retrouvent de plus en plus de membres des classes aisées, des professionnels qui ne trouvent plus de travail ou ne peuvent plus exercer leur métier dans des conditions dignes (médecins, professeurs...), des jeunes fraîchement émoulus des universités qui n’ont aucun espoir de trouver jamais un travail, des entrepreneurs parce que la misère galopante a réduit comme peau de chagrin les marchés du pays. Ceux-là partent le plus souvent avec des papiers en règle, nombre d’entre eux ont pour destinations privilégiées l’Espagne et l’Allemagne...

Ceux qui restent au pays se joignent à la lutte, pour eux aussi, c’est devenu une question de survie. Les politiques néo-libérales ont conduit le pays à la ruine. Il y a actuellement une catastrophe humanitaire au Honduras dont l’ampleur ne peut se mesurer qu’avec celle vécue par les Haïtiens. La tornade qui a frappé le Honduras a un nom, elle s’appelle coup d’état militaire, un coup d’état qui se perpétue depuis 10 ans.

Ici le Peuple commande et le Gouvernement obéit.

Ici le Peuple commande et le Gouvernement obéit.

 

Un exercice de souveraineté populaire contre la continuité des politiques étasuniennes dans le pays

Les luttes se sont cristallisées autour de celles menées contre les programmes de privatisation et de l’enseignement et de la médecine qui parachèveraient le génocide de la population. Elles ont pris la forme d’un grand exercice collectif de souveraineté populaire. Alors que la Plateforme contre la privatisation de la médecine et de l’éducation a entamé son dialogue alternatif, d’autres Plateforme se créent dans d’autres secteurs. La méthode : diagnostiquer cm² par cm², les maux dont souffre le pays, formuler des propositions pour y remédier avec la participation de professionnels compétents, nationaux et internationaux. Lors de l’inauguration du dialogue alternatif de la Plateforme, plusieurs ont répondu présents. Ils sont là pour faciliter la formulation technique, pratique des propositions de solutions, sans oublier jamais que dans une démocratie, le dépositaire du pouvoir est le peuple dont les représentants doivent gouverner en lui obéissant.

Gouverner en obéissant, depuis longtemps les zapatistes font valoir ce principe. Aujourd’hui Andres Manuel Lopez Obrador président des États-Unis du Mexique l’a repris comme principe fondateur de sa manière de gouverner le pays. Un anachronisme, puisque c’est ce que depuis toujours la démocratie représentative prétend être : un système dans lequel les élus doivent exécuter le programme sur base duquel ils ont été élu par le peuple et qui a force de mandat. Et qu’ils doivent consulter la population quand surgissent des imprévus, pour modifier leur mandat en fonction des nouvelles exigences des électeurs. Un principe que la réalité dément en permanence, jusque dans la « plus grande démocratie du monde ». A titre illustratif voici ce qu’en a dit Obama : « Les hommes et les femmes communs, courants ont une mentalité trop étriquée pour gouverner leur propres affaires. LOrdre et le Progrès peuvent seulement survenir quand les individus renoncent et délèguent leurs droits à un souverain tout puissant »

 

C’est sans doute pour cela que le premier acte significatif de politique d’étrangère de l’administration Obama a été de permettre que se perpétue au Honduras un coup d’état militaire, condamné à l’unanimité par la communauté internationale. Lorsque Manuel Zelaya, président renversé en exil du Honduras, se rendra à l’ONU, 192 délégués se lèveront pour lui rendre hommage et l’acclamer. Et pourtant très vite, cette même « communauté internationale » acceptera de se laisser gagner par la cécité qui règne depuis , alors le Honduras agonise dans le silence complice de ceux qui sont tellement prompts pourtant à s’indigner, mais seulement pour les thèmes qui leurs sont désignés par les mises en scène de la propagande médiatique.

Si je parle ici d’Obama, du tandem Obama-Clinton en fait, c’est pour mettre l’accent sur cette continuité des politiques de déstabilisation de l’Amérique Latine. Le coup d’état élaboré sous l’administration Bush est réalisé sous celle d’Obama, et le dernier épisode de sa perpétuation à lieu, depuis les élections présidentielles de 2017. A présent, c’est l’administration Trump qui veille au maintien au pouvoir d’un président élu par une élection anti-constitutionnelle (aucun président ne peut exercer deux mandats) et frauduleuses. La fraude était tellement flagrante, que même le président de l’OEA Luis Almagro (le même qui veut la peau de Maduro et dirige le très contesté groupe de Lima) avait à l’époque demandé leur annulation immédiate et l’organisation de nouvelles élections, transparentes.

Cette notion de continuité des politiques des USA en Amérique Latine est importante. Negroponte qui avait été ambassadeur des USA au Honduras pendant les sinistres années 80, qui y avait patronné la création des escadrons de la mort (une pratique qu’il réitérera plus tard en Irak), s’est rendu en juin 2008 au Honduras afin de poser les prémisses de ce coup d’état avec les conspirateurs locaux. Deux autres importantes figures de l’époque joueront un rôle majeur dans la conception, la réalisation et la poursuite de ce coup d’état Le Général Romeo Vasquez Velasquez et le Lieutenant Billy Joya, les deux ont sévit au Honduras dans les années 80, mais pas seulement. On les retrouve au service de Pinochet ou de la dictature argentine. Après le Coup, Billy Joya, se présentera même à la télévision avec un gros dossier, pour expliquer comment ce nouveau coup d’état militaire a été conçu en se fondant sur celui qui avait conduit au renversement de Salvador Allende le 11 septembre 1973, et pourquoi Mel Zelaya devait être renversé pour les même raisons qu’Allende. Le spectre du communisme, selon lui, plane sur le Honduras. Après le coup d’état, le président de fait, Micheletti, fera de Billy Joya son principal conseiller militaire (et en méthodes de répression). Joya réinvente les escadrons Cobra, du nom d’un des escadrons de la mort dont il avait été membre pendant les 80. Quand à Vasco Velasquez qui a dépassé depuis longtemps l’âge de la retraite, j’ai appris récemment qu’il s’accroche et refuse toujours d’abandonner la passionnante activité qui consiste à organiser la répression d’un peuple rebelle, c’est le sens de sa sinistre vie. Il y a de nombreux exemples de cette persévérante continuité, ce qui est important à retenir : Alors qu’une lueur d’espoir se dessine au Honduras, pour qu’elle puisse illuminer le pays, il ne faut jamais oublier que l’ennemi réel se cache derrière les apparences, c’est celui qu’il faut combattre et abattre de telle manière que son retour cette fois devienne impossible.

Aux commandes de la guerre nucléaire, un caractériel narcissique entouré de faucons et/ou de fanatiques religieux

Aux commandes de la guerre nucléaire, un caractériel narcissique entouré de faucons et/ou de fanatiques religieux

Un puzzle mondial évolutif au dessin encore indéfini

Tout cela se déroule à un moment où cet ennemi est affaiblit mondialement. La réorganisation des pouvoirs géopolitiques mondiaux, la maladresse de Trump dont il est plus rapide de citer les amis internationaux que tous les ennemis qu’il s’est créé sur toute la planète - qui nouent chaque jour entre eux de nouvelles alliances - menace les USA d’avoir à se battre en même temps sur tous les fronts. La menace d’une guerre avec l’Iran est réelle, alors que l’Iran a noué des alliances avec l’Irak, la Syrie, le Hezbollah, soutient au Yemen des « rebelles » qui se montrent de plus en plus efficaces pour contrer l’immense pouvoir militaire de la dynastie des Saoud, avec des armes de fabrication « maison ». La Chine, la Russie, l’Inde ont signé un Traité de collaboration en matière de défense, l’Union Européenne pour la première fois depuis sa création, comme annexe de Washington et de ses lobbys, montre quelque velléité d’indépendance dans sa diplomatie mais aussi en matière de défense. Je ne suis pas une spécialiste de la géopolitique internationale, mais il me semble évident que si les USA peuvent encore se prétendre première puissance mondiale dans le domaine militaire, leur suprématie est remise en question. Quand j’écoute les évaluations de puissance selon les critères en vigueur, il me semble qu’ils mettent l’accent sur le pouvoir de destruction massive de chaque armée mais ne prennent pas suffisamment en compte la créativité dont peuvent faire preuve les résistances locales, Vietnam-Yemen même ennemi, même résistance acharnée. Les USA sont talonnés de prés, sinon dépassés, par la Chine et la Russie. Et donc, c’est pure logique, de penser que face à l’alliance militaire de ces deux pays, les forces militaires étasuniennes seraient en très en mauvaise posture. Surtout s’ils avaient à combattre en même temps l’armée Iranienne et ses alliés , la résistance du peuple du Venezuela, et sur tous les autres fronts de guerre et champs de bataille sur lesquels sont présentes les troupes étasuniennes. Ce serait la fin des USA et celle de notre monde.

La tension monte, le comportement erratique de Trump, dominé par ses émotions le rend difficile à gérer pour son équipe de faucons qui veulent mettre le feu aux poudres, l’horizon temporel de Liaponov, durée pendant laquelle peut être prévue l’évolution d’un système, est au raz des pâquerettes, nous sentons que le dénouement se rapproche sans savoir avec certitude ni quand ni comment il se produira, s’il nous conduirat vers le chaos ou si de nouveaux équilibres se dessineront en faisant l’économie de la force brutale.

 28 juin 2009. Depuis ce jour le peuple du Honduras affronte la répression

28 juin 2009. Depuis ce jour le peuple du Honduras affronte la répression

Le Honduras a besoin de soutien

Le Honduras a besoin d’un soutien International que ce rééquilibrage des rapports de force pourrait favoriser. En période d’imprévisibilité, le conditionnel est de rigueur. Ce sont aussi des moments qui favorisent l’amplification des battements d’ailes de papillon, des phénomènes de résonance qui peuvent faire de l’improbable une nouvelle réalité, pourvu que les résonances soient bien relayées. L’improbable en l’occurrence, c’est ce gouvernement de Souveraineté Populaire, que le peuple du Honduras, comme d’autres, aspire à mettre en place, et dont il pose en ce moment même les prémisses, des Plateformes de lutte qui formulent des propositions dans les différents domaines de gouvernement d’un pays, des Plateformes qui devraient être réunies sous égide d’une Plateforme Commune, posant les fondations d’une Assemblée Constituante qui se déroulerait sous un gouvernement de transition, mis en place avec l’aide et la supervision de la Communauté Internationale. C’est une option, celle que présente, la porte-parole du mouvement, la Doctora Suyapa Almagro, qui a été plébiscitée comme leader de la Plateforme de Lutte contre la privatisation de la santé et de l’enseignement. La création et la mise en œuvre de nouvelles plateformes, sous omniprésente menace de la terreur d’état, est l’étape de cette option qui se déroule en ce moment. Le but est un pays de bien vivre pour chacun et pour tous, un rêve rendu possible parce que la population a pris en main son destin, diagnostique des maux et formule des besoins et souhaits concrets, et s’apprête, ensemble avec tous les talents du pays, et tous ces soutiens extérieurs de compétente bonne volonté qui se manifestent, a concevoir les meilleures solutions pour y parvenir.

Pour pouvoir constituer un gouvernement transitoire qui permette le déroulement d’une Assemblée Constituante Originaire (dirigée par le peuple) le Honduras a besoin su soutien de la communauté internationale. Et l’opinion publique peut faire pression en rendant visible le Honduras, et manifeste sa sympathie pour le projet.

 

Demain, sera le sinistre anniversaire de 10 ans de coup d’état indéfiniment perpétué qui ont conduit le pays au désastre et plongé les habitants dans un tsunami de misère. Et après demain… ?

 

 

Anne Wolff

 

Pour de meilleurs lendemains

Pour de meilleurs lendemains

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 02:15
La docteure Figueroa, présidente du Collège des Médecins et leader incontestable et appréciée de la plateforme

La docteure Figueroa, présidente du Collège des Médecins et leader incontestable et appréciée de la plateforme

L’actuel soulèvement qui se poursuit jour après jour au Honduras est catalysé par la privatisation des systèmes de santé et de l’éducation que veut mettre en place le « gouvernement ». Déjà la situation actuelle est gravissime, la majorité des enfants qui terminent l’école primaire n’accèdent pas à l’enseignement secondaire. Les hôpitaux manquent de matériel médical, de fournitures et de médicaments. Les patients ne peuvent se procurer les médicaments qui leurs sont prescrits... La privatisation achèverait de consacrer ce qui ressemble de plus en plus au génocide du peuple du Honduras, alors que plus de 60 % de la population vit dans la misère, et que l’exode est devenu le chemin obligé de ceux qui veulent avoir une chance de survie. Le soulèvement du peuple du Honduras, c’est le cri d’un peuple en colère qui veut en finir une fois pour toute avec la dictature et participer à la reconstruction du pays. Un pays où il ferait bon vivre pour tous.

Il y a quelques jours a été lancée le Dialogue Alternatif de la Plateforme contre la privatisation de la santé et de l’éducation. Il illustre parfaitement le sens de cette lutte et la manière dont la conduisent, au risque de leurs vies, des personnes éminemment respectables.

Ce moment est le passage d’un seuil dans cette lutte, passage de la protestation à l’action constructive, qui a été rendu possible par la massive mobilisation d’un peuple déterminé à prendre son destin en main. Ce dialogue, c’est le point de départ d’une transformation totale du mode de gouvernement du pays, de la dictature à la souveraineté populaire. C’est un moment d’histoire écrit par le Peuple.

 

Le but de ce dialogue alternatif est de réaliser un plan de santé et d’éducation COHÉRENT qui permette à chaque habitant(e) d’accéder tant à une bonne éducation qu’aux soins médicaux dont il ou elle aurait besoin pour conserver une bonne santé. Si des techniciens de haut niveau technique du pays et des invités expérimentés participent à la conception de ce plan, les populations des diverses régions du pays jusqu'aux plus petites municipalités, des divers secteurs d'étude et de travail, sont invitées à former leur propres tables de dialogues pour participer à son élaboration. « Con mucho alegria », avec cette joie contagieuse et cette chaleur humaine qui toujours refont surface, chez le peuple résistant du Honduras, jusque dans les pires moments  de douleur, d’affrontement et de répression.

La capacité d’auto-organisation du peuple du Honduras, sa détermination sont exemplaires.

L’Assemblée se lève pour une minute de silence et de recueillement offerte à ceux qui ont perdu la vie depuis les débuts de cette lutte. La première réunion de la plateforme a eu lieu le 12 avril en cette même salle du collège médical. On se s’engage pas dans une lutte contre l’état au Honduras sans mettre sa vie en danger.

L’Assemblée entonne ensuite en cœur l’hymne national. Parce qu'il est question ici d'un projet de patrie.

Le but de dialogue est d’établir une radiographie cm² par cm², de la situation dans l’ensemble du pays et des besoins de toute la population en matière de santé et d’éducation, afin de formuler un projet en adéquation avec les besoin réels des habitants. La proposition d’un modèle alternatif, incluant, respectueux des droits humains et tous sont appelés à participer.

Ce jour-là sont présent les coordinateurs de la plateforme, les professionnels de la santé et de l’enseignement, le peuple militant. Il y a aussi quelques invités de marque, observateurs, rapporteurs et professionnels venus apporter une aide technique. Le Représentant de l’Union Européenne, un représentant de l’Ambassade de France, un représentant de l’Ambassade du Canada, un représentant de l’Ambassade de Costa Rica, un représentant du Programme des Nations Unies pour le développement et la représentante de la haute commission des Nations Unies pour les Droits Humains. Et cela est remarquable, puisque ces mêmes instances soutiennent le projet de développement pour la région initié par Andres Manuel Lopez Obrador et élaboré par la CEPAL (Commission de l’ONU pour le développement économique de l'Amérique Latine) qui ne pourra malheureusement être mis en pratique au Honduras que lorsque le pays sera débarrassé de la corruption. Des représentants du gouvernement sont également présents : le vice-ministre de l’éducation et un membre du ministère de gouvernement et justice. Accueillis entre huées et applaudissements, la présentatrice leur rappelle que pour participer à cette plateforme, ils doivent en respecter les principes comme l’égalité entre participants.

[Pendant ce temps, les USA, Israël et quelques pays d’Amérique Latine envoient au Honduras des armes et des contingents de militaires « pour faire face aux situations d’urgence », entendre  « réprimer le peuple en résistance »]

Cet engagement est aussi engagement politique, une lutte contre les politiques néo-libérales imposées depuis plus de trente ans dans le pays, dans la région et dans le monde. Leur échec à assurer le bien-être des populations, le développement des pays est amplement consommé, il est temps de changer de modèle. C’est aussi une lutte contre la corruption qui gangrène tous les rouages de l’état sur tout le territoire.

Le dialogue alternatif est issu de l’échec du dialogue tenté avec le gouvernement, spécialiste en Consultations biaisées, dont il décide par avance des résultats auquel devrait parvenir le simulacre de dialogue. Les conditions d’un nouveau dialogue avec le gouvernement : il devra intégrer la Plateforme comme interlocuteur à part entière, alors que l’entièreté des débats devra être transmise en direct par les médias, un médiateur international spécialisé dans les politiques publiques devra être présent garantissant le respect des droits humains et de l’impartialité des débats. Des conditions inacceptables pour le gouvernement et donc la plateforme se met au travail sans lui, commençant à écrire l’histoire d’un nouveau système de santé et d’éducation pour le pays, une nouvelle histoire du Honduras. Sachant que le lutte pour faire respecter la Constitution qui accorde à tous le droit à la santé, à l’éducation – actuellement un fiction de droits - se gagne dans la rue. Et que le slogan que tous reprennent à présent : "Fuera JOH !" qui appelle à la démission du président Juan Orlando Hernandez, est à présent dans toutes les bouches, comme la condition de possibilité d'une régénération du pays.

La docteure Figueroa, présidente du Conseil des Médecins et leader incontestée et aimée du mouvement prononce alors quelques mots. Elle remercie les présents mais aussi tous ceux, innombrables, qui dans tous le pays se sont mobilisé pacifiquement pour défendre les droits de tous. En particulier la jeunesse, les étudiants qui se sont dédiés de tout cœur à cette lutte. Elle remercie aussi les patients qui sont leur raison d’être et leur inspire une vocation de service. « Le peuple s’est mobilisé pour un meilleur avenir face à un gouvernement qui non seulement utilise le pouvoir à son propre profit mais qui aussi oublie que le véritable pouvoir repose dans le peuple et non dans les charges qu’il occupe de manière transitoire. La forme du pouvoir établie par l’article 4 de la constitution est représentative, le pouvoir n’est pas exercé directement par le peuple sinon par des personnes élues pour agir en tant que ses représentants, en son nom et pour son bénéfice et non le contraire comme cela se produit aujourd’hui. Le dialogue citoyen alternatif sera un exercice de participation - incluant, objectif, formulant des propositions - entre différentes personnes, groupes, secteurs de la société hondurienne, incluant des représentants de l’état et d’organisations internationales et coopération qui convergent en fonction de l’Intérêt Général de la société pour concevoir un Plan pour l’amélioration intégrale du système de santé et d’éducation publique. Ce plan entend récupérer les système de santé et d’éducation publique du pays - qui aujourd’hui sont externalisés selon un modèle de gestion de services –  qui, finalement, puisse parvenir à ce que l’éducation et la santé soient garanties et reconnues comme des droits fondamentaux et non comme des biens du Marché, comme c’est le cas en ce moment ». Elle fait valoir que ces fonctions de l’état doivent être à charges de professionnels compétents et expérimentés de la santé et de l’éducation à l’écoute des besoins de chacun(e) et non remis entre les mains de gestionnaires de marchés.

Différentes Tables de Travail vont être mises en action, les premières concernent le secteur de la santé. 1)Une étude du cadre législatif et normatif en vigueur. 2)Une étude de l’affectation efficiente et rationnelle des budgets. 3) Une étude du rôle du secrétariat de l’éducation et de celui de la santé, de leurs attributions constitutionnelles et légale. 4)Modèle d’attention au système de santé. 5) décentralisation pour rendre accessibles santé et éducation dans tous le pays 6) Bilan de l’état des système de santé et d’éducation et de ses ressources humaines dans tout le pays. Afin d’ouvrir des espaces pour tous ceux qui jusqu’ici ont été exclus 7)Une table d’administration, contrôle et gestion des ressources et d’identification des situation d’urgence.  8)Une autre table sera plus spécifiquement orientée vers l’enfance et la jeunesse, leurs besoins spécifiques en matière d’éducation et de santé. 9)Une table fondamentale est celle qui sera chargée de la lutte contre la corruption. Celle sans quoi rien n'est possible.

Parallèlement des tables spécifiques seront consacrées aux différents aspects du système d’éducation. Et le processus est ouvert à la création de nouvelles tables en fonctions d’autres thématiques spécifiques qui seraient identifiées.

Chaque Table aura à sa disposition un coordinateur et un rapporteur et sera composée d’au moins 10 personnes reconnues pour leurs compétences, pour leur intégrité et leur compromission social, ils seront assistés par une équipe technique qui facilitera les processus internes de travail de chacune des différentes tables. Chacune comptera aussi la présence d’observateurs nationaux et internationaux ayant les mêmes qualités d’intégrité et d’engagement social. Ceux-ci seront présents afin de rendre compte du sérieux du travail effectué, de sa transparence, de son objectivité et de sa rigueur technique.

Après que soit posé un diagnostique des forces et faiblesses des deux systèmes, des propositions stratégiques et opératives seront formulées et présentées publiquement et officiellement aux autorités à charge de ces domaines. La plateforme, représentée par des membres des échelles nationales, régionales et municipale, des hôpitaux, des écoles et universités, des organisations populaires et de travailleurs, etc. et des personnes qui s’impliquent individuellement, accompagnera la création et contrôlera la mise en œuvre du Plan afin que celui-ci ait un visage humain, le visage et l’empreinte d’un peuple qui a été historiquement exclu des décisions pour le pays et qui aujourd’hui réclame un espace pour l’exercice de la participation et qui par dessus tout réclame ce qu’on lui a pris : « Non à la privatisation ! », conclu la docteure Figueroa

 

J’ai entendu beaucoup de discours qui résonnent comme le bla bla bla des pieux souhaits et de manifestations de bonne intention dont on sait à l’avance qu’ils ne déboucheront jamais sur quoi que ce soit de concret, comme j’ai participé à ces réunions et tables de travail dont on réalise très vite que les conclusions dirigées ont été décidées à l’avance par quelque instance « supérieure ». Ici chaque mot résonne de la réalité concrète de ces millions de personnes mobilisées, impliquée, actives dans la réalisation de cette transformation du pays, chaque mot est chargé de l’intégrité, la rigueur, la compétence, la force de travail de ceux qui conduisent ce Projet. Et dans la salle le public enthousiaste est gonflé de l’espoir qui s’est en ce moment substitué à la colère.

A ce moment la présentatrice de cet événement nous apprend que 7 militants de la plateforme viennent d’être arrêtées dans un autre département du pays. L’ombre de la répression plane omniprésente.

Le prochain intervenant est le professeur Hernandez qui va expliquer comment la Plateforme a identifié les personnes qui seront observatrices et conseillères du processus. « Il y a quelque chose d’important dans ce processus de lutte, dans ce processus de pouvoir et de souveraineté politique » fait-il remarquer ,  "la participation à ce processus insurrectionnel à permis aux membres des différents Collèges Universitaires de sortir de leur bulle d’élitisme et de s’identifier à la Cause du Peuple du Honduras, de se rappeler qu’ils font partie du Peuple."

Il va alors présenter les différents observateurs et conseillers choisis pour accompagner ce travail. Il y a des conseillers du Honduras au parcours de lutteurs sociaux éprouvés et d’autres venus de pays, Costa Rica, Bolivie et même États-Unis et du Canada qui ont participé dans leurs pays respectifs à des luttes similaires.

Le prochain intervenant (dont le nom m’échappe) est le président du Conseil d’infirmerie du Honduras. Il y a 37 ans dans les années 80, synonyme de dictature au Honduras, il était un étudiant en médecine et se retrouvait avec un de ces professeurs (présent dans la salle) et un autre médecin à discuter des conditions de possibilité de l’autonomie universitaire alors légalement limitée. Ils étaient trois, aujourd’hui ce sont des millions de personnes qui se sont mobilisées, le peuple s’est organisé. S’il évoque la sinistre mémoire des 80, trop semblable à la dictature actuelle, c’est pour rappeler que : « Tout se qui est légal n’est pas correct. A une époque, l’esclavage était légal et ce n’était pas correcte. Des peuples ont été soumis à la souffrance de manière légale et ce n’est pas correct. Or les humains doivent toujours agir en fonction de ce qui est moralement correct. »

Article 3 de la Constitution du Honduras : Nul ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur ni à qui assume des fonctions ou des emplois publics par la force des armes ou par des procédés qui contreviennent ou méconnaissent ce que cette Constitution et les lois établissent. Les actes validés par de telles autorités sont nuls. Le peuple à le droit de recourir à l’insurrection en défense de l’ordre constitutionnel

Cette inauguration va se poursuivre pendant encore plus d’une heure, et confirmer la qualité des intervenants, de leur expérience,  du travail entrepris et du soutien qu’ils veulent apporter à la résistance du Honduras. Les gens qui sont venus sont tellement nombreux que beaucoup d’entre eux n’ont pu trouver place dans la salle, une mobilisation se déroule dans la rue aux environs du Collège de Médecine. A la fin de cette présentation, tous vont aller les rejoindre pour constituer ensemble une marche pacifique qui se rendra à l’Université Nationale pour soutenir les étudiants et professeurs qui y sont en lutte. Symbiose et interaction de ceux qui ensemble forment un peuple uni.

Ce sont là les délinquants qui sèment le chaos au Honduras selon ce que diffusent les médias de propagande.

 

Anne Wolff

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 12:30
Le Honduras résiste (image alainet)

Le Honduras résiste (image alainet)

 

Alerte ! Désinformation éhontée sur la situation au Honduras !

 

 

Comme vous le lirez par la suite, le Honduras est au bord du précipice et la désinformation médiatique atteint des proportions ignominieuses. La narration qu’elle nous impose est celle d’un chaos que sèment dans le pays desbandes de délinquants qui pillent et incendient des bâtiments et manifestent violemment contre les forces de l’Ordre.

La réalité est tout autre. Pour l’immense majorité de la population, le pays est un enfer dans lequel les habitants sont soumis au règne de la terreur. La violence ciblée - contre tous ceux qui s’opposent aux exactions et aux pillages d’un narco-gouvernement, qui se confond avec le crime organisé et à ceux que pratiquent les Corporations auxquelles ce gouvernement à littéralement livré le pays - s’accompagne d’une violence aveugle, arbitraire, terreur sur fond de désolation, de ruine et d’une profonde misère.

C’est la cause de l’exode massif des honduriens, les nombreux enfants qui partent seuls inclus. Des personnes entament cette longue et dure marche avec l’infime espoir que, peut-être, avec beaucoup de chance, ils feront partie des quelques rares qui parviennent au but, la terre promise du mieux vivre, le mythe étasunien. Pour beaucoup partir, c’est fuir sans se retourner, parce que de toute façon, quoiqu’il arrive, cela ne pourrait être pire… pas même le grand risque de mourir, de disparaître en chemin. Un pas après l’autre pendant des milliers de kilomètres de privations et de dangers permanents, où comme victime de traite humaine, si pour ces migrants le Honduras est un enfer, le chemin ne l’est pas moins, la différence c’est qu’au bout du chemin il y a la faible lueur d’espoir qui n’existe plus dans leur pays.

J’ai entendu beaucoup d’appels venus du Honduras, au cours des derniers jours, ils viennent des voisins du plus pauvres des barrios écartés du fin fond du pays, ils viennent des paysans, des populations indigènes et garifunas, il viennent du corps médical, de celui des professeurs, d’autres corporations professionnelles et syndicats et autres associations, ils viennent aussi de membres de Partis politiques Traditionnels comme le Parti Libéral ou d’entrepreneur, de membres des corps de police et des groupes d’élites, de militaires actifs ou retraités,... ils disent à l’unisson : « Le pays est au bord du précipice, nous ne sommes ni des délinquants ni des terroristes, nous somme le peuple du Honduras qui d’une seule voix demande d’être entendu par la communauté internationale : le Président Juan Orlando Hernandez doit partir. Le pays doit avoir une chance de se reconstruire en mettant un terme à la corruption, au narcotrafic, à l’infiltration du crime organisé dans tous les rouages de l’état. Le pays doit avoir une chance de se reconstruire en consacrant les sommes démesurées qui ont été consacrées à la militarisation de la sécurité à des projets d’espoir, des projet de travail, d’éducation, de santé, de culture. »

La dégradation elle n’est pas neuve, alors que Manuel Zelaya, élu président en 2006 sur les listes du Parti Libéral avait entamé un redressement du pays, avec l’accent posé sur la justice sociale, le 28 juin 2009, il est renversé par un coup d’état militaire. Alors que l’ONU condamne le coup d’état à l’unanimité -tous les délégués se lèveront pour lui rendre hommage, quand Zelaya en exil s’y présentera - le tandem Clinton-Obama manœuvrera pour que ce pérennise le coup d’état. Cette fois encore ils seront aidé par la « communauté médiatique de propagande » qui désinformera massivement dans une opération éhontée de manipulation des inconscients collectifs : « Manuel Zelaya, le président déchu du Honduras » est matraqué de toute part, alors qu’officiellement sont toujours en cours les négociations qui devraient lui permettre de rentrer dans la légitimité de sa fonction de président. L’administration Obama contribuera activement à la réalisation des fraudes électorales qui permettront que le coup d’état se perpétue pendant 10 ans. Ce sont les mêmes qui construiront les cages où sont encore enfermés les enfants (et les adultes) du Honduras qui depuis fuient le pays, arrivent épuisés aux USA et se font capturer par la « Migra » ou les « bons citoyens » qui lui viennent en aide.

Les même ce ne sont pas tant les présidents que ces structures inamovibles du pouvoir qui à travers les alternances présidentielles poursuivent depuis des décennies les politiques impérialistes des USA en Amérique Latine (et dans le monde). Mais cela n’excuse en rien, ceux qui assumant des fonctions officielles de gouvernements contribuent à rendre cela possible. En ce qui concerne le Honduras, activement Hillary Clinton, et Obama par sa passivité son discret retrait depuis le coup d’état.

Où je veux en venir, ici spécifiquement : Est-il possible de renverser cela ?

Le premier acte de politique étrangère du Président des États-Unis du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador a été d’initier un programme de lutte contre la migration forcée qui prétend attaquer le mal à la racine sous forme d’un plan commun de développement pour les pays d’Amérique Centrale (Guatemala, Salvador et Honduras) et le Sud du Mexique. Pourquoi le Sud, parce que le Mexique est un pays balkanisé. Schématiquement : alors que les états du nord ont des croissances économiques positives qui peuvent atteindre un taux de +11 %, ceux du Nord subissent des croissances négatives qui peuvent être de l’ordre de -11 %. Ils sont donc eux aussi un des lieux d’origine de la migration qui « affecte » les USA.

Et ce plan prétend être un modèle pour le monde : Arrêter de lutter contre la migration forcée en luttant contre les migrants avec des mesures coercitives, prendre le mal à la racine, permettre à des personne qui n’ont aucune envie de partir de chez elles d’habiter leur pays dans des conditions de bien vivre.

 

(Cela vous semble évident ? Je ne sais combien de fois, j’ai posé la question à des militants des droits des immigrés « Que faites-vous pour que dans leur pays existent des conditions de vie décente ? » Pas un(e) n’a pu répondre à ma question de manière convaincante. Et pourtant c’est la vraie question et c’est une question d’équité. )

 

Ce plan a été conçu sous égide de la CEPAL (la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes de l’ONU), en faisant appel aux pays concernés, à toute organisations, associations, nations et organisations de nations prêts à le soutenir. Il a été présenté au mois de mai dernier. J’y reviendrai certainement. Ce que je veux mettre en évidence ici, c’est que la mise en œuvre de ce plan au Honduras sera impossible tant que ce pays sera soumis à la dictature d’un narco-gouvernement corrompu. C’est clair, net, sans appel. Pas un dollar, un lempira qui serait accordé au gouvernement du Honduras où à ses représentants qui contrôlent les rouages de l’état (la corruption et le crime organisé infiltrent jusqu’aux municipalités et leur forces de répressions), n’a aucune chance de parvenir à ses destinataires.

 

La semaine dernière les prémisses de la mise en pratique du plan ont été initiées, par un accord de coopération signé entre le présidents des EU du Mexique et celui du Salvador. « Sembrando vida » consiste en l’ensemencement et la culture de 200 000 mille hectares au Sud du Mexique et 50 000 au Salvador avec des arbres fruitiers et d’autres fournisseurs de bois. Ce plan, qui donnera du travail productif dans la durée à des centaines de milliers de personnes, est aussi un plan de lutte contre le réchauffement climatique qui affecte sévèrement les agriculteurs de la région. Le Mexique accordera une aide de 30 millions de dollars au Salvador pour la réalisation de ce projet. J’ai appris depuis que déjà la Communauté Européenne a décidé d’apporter son soutien à ce projet, elle ne sera certainement pas la seule.

Bukele a dit de AMLO : « Il veut vraiment le bien de son pays ». Je le pense aussi. Je ne peux pas me prononcer en ce qui concerne Bukele qui vient d’accéder au pouvoir et est le président qui a le meilleur taux d’approbation d’Amérique Latine, Lopez Obrador en tout cas a choisi de lui faire confiance.

 

Il existe au Honduras une volonté majoritaire de réunir les forces pour concevoir et mettre en place un projet d’union nationale pour la régénération du pays comme celui qui se met en place au Mexique. Mais ces forces potentielles de transformation ont besoin du soutien de la communauté internationale et des personnes de bonnes volonté.

 

Ce que chacun peut faire, c’est chercher à s’informer sur la réalité de l’enfer que traverse le pays et sur la vitalité d’une résistance qui puise toujours au plus profond de la terreur, de la douleur, la force de chanter et de rire face aux armures des militaires. Le monde a laissé tomber le Honduras en 2009. L’enfoncera-t-il d’avantage encore par son silence et sa passivité en 2019 ?

 

Anne W

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 12:35
Les Garifuna de Honduras (source desInformémonos)

Les Garifuna de Honduras (source desInformémonos)


 

par Gissel Grandez pour l’Organisation Fraternelle Noire du Honduras (OFRANEH)


 

Les communautés Garifunas de la Côte Caraïbe du Honduras ont été laissées pour compte, en particulier la jeunesse et les enfants, qui ont entrepris le chemin incertain vers « le nord », créant un vide de population dans les territoires, à cause de la sévère crise qui affecte le pays.

Pendant ce temps, l’administration Trump et sa politique de « tolérance zéro », a fait surgir des camps de concentration et imposer la séparation de milliers d’enfants d’avec leurs parents, de telle façon que le lieu où ont échoué 2400 mineurs d’âge reste inconnu.

A presque 10 ans du coup d’état de 2009, le Honduras vit sous le nuage permanent des gaz lacrymogènes avec lesquels le cartel qui contrôle l’état prétend occulter son irrémédiable échec, son seul soutien est l’appui inconditionnel que lui accorde l’administration de Donald Trump.

Au cours des 10 dernières années, l’état a été pillé par les politiciens et leurs proches, comme ceux qui se sont consacrés à légiférer pour bafouer le droit et se répartir le butin. Pendant ce temps, la pauvreté a implosé simultanément avec les réformes de rigueur néolibérales, les institutions détruites sont privatisées, alors que la biodiversité et le territoire national sont mis aux enchères, à travers les « cités modèles » (ZEDE).

L’atomisation des titres [de propriété] communautaires, impulsées par les municipalités et avalisées par les juges, ont été un des catalyseurs de l’amplification de la perte du territoire ancestral, situation à laquelle il faut ajouter un taux de dés-emploi de 90 % dans les communautés Garifunas. Le tout forme un sombre cocktail, qui provoque une énorme augmentation de la migration, pour ne pas dire une fuite effrénée généralisée.

Le couloir de la Côte Caraïbe s’est transformé, depuis le coup d’état, en fief de différents capos, qui associés avec les maîtres des administrations gouvernementales de service, se sont appropriés les organismes de sécurité, les municipalité et le système d’application de la justice. La violence s’est convertie en une forme de contrôle social administré par le crime organisé, c’est cette situation qui a culminé par un « sauve qui peut » généralisé.


 

En plus des conditions de précarité du pays, il y a le catalyseur des réseaux sociaux qui provoque une contagion sociale, en favorisant un exode groupé, sans atteindre cependant la notoriété des caravanes médiatiques de l’année passée.

Bien que nous, les Garinagu, possédions un bagage culturel de cultivateurs-cueilleurs qui nous prédispose à la migration, la fuite [des populations] qui a eu lieu de la fin de 2013 à la mi 2014, ressemble à une répétition générale de l’exode que nous affrontons en 2019.

Tout semble indiquer que c’est l’administration Trump elle-même, avec son soutien inconditionnel à l’actuel gouvernement du Honduras, qui a promu et manipulé l’exode, à des fins électorales comme cela s’est produit avec la caravane du Honduras, surgie juste avant les élections de mi-mandat. La politique de tolérance zéro de Trump qui a causé la séparation de milliers de parents et leurs rejetons, a débouché sur un nombre incommensurable de violations des droits humains, mais ils ne reçoivent pas une couverture comparables à celle qu’ont obtenu les caravanes médiatiques, invisibilisant les camps de concentration dans lesquels sont internés par dessus tout les mineurs non-accompagnés.

Au mois de mai dernier, 11 507 mineurs non accompagnés ont été détenus. Ce chiffre donne à supposer que le nombre de mineurs non accompagnés dépassera cette année les 70 000 détenus en 2014, quand a eu lieu ce que l’on peut appeler la première croisade. Malgré que ce nombre ait diminué en 2015, à partir de l’année passée la détention de mineurs a implosé, la majorité d’entre eux proviennent des pays de Centre Amérique.

La détention des indocumentés aux USA est devenue un grand commerce, grâce aux coûts exorbitants que les compagnies privées recouvrent auprès du gouvernement étasunien. Le montant de 750 dollars quotidiens pour chaque détenu à el Tornillo – un infâme camp de concentration situé au Texas, qui a été fermé à la fin de l’année passée - est un exemple de ce commerce lucratif. Actuellement il y a plus de 15 000 mineurs détenus par la ICE [service de contrôle de l’immigration et douane US], la déportation les attend dès qu’ils auront 18 ans accomplis.


 

L’exode massif de l’Amérique Centrale est provoqué par la violence structurelle pratiquée par les organisme de sécurité et les cartels du crime organisé, qui se confondent toujours d’avantage. Le retentissant échec de la guerre contre les drogues est démontré par la symbiose existant entre partis politiques, les maras (bandes délinquantes) et les cartels ; ceux qui se sont chargés de saper la naissante démocratie qui apparaissait dans les pays du triangle nord.

Dans l’actuelle reclassification promue par l’empereur Trump, le Honduras est passé du statut de république bananière à pays « Shit hole », et il faut supposer que pour l’actuel empereur, les hordes de migrants désespérés ne sont pas des humains à part entière, alors qu’en fin de compte la « crise de la frontière » s’est convertie en un fructueux négoce pour ses proches.

Il important de ne pas perdre de vue que le triomphe électoral de Trump en 2016, avait été dans une certaine mesure inspiré par Steve Bannon et la alt right [(extrême)droite alternative] qui ont réveillé le racisme latent parmi la future minorité blanche, provoquant un rejet de la jadis vénérée multiculturalité.

Le gouvernement vacillant du Honduras a réussi à se maintenir au pouvoir, grâce à l’énorme militarisation à laquelle il a eu recourt avec le soutien des USA et de son nouveau et intime associé, Israël, à travers le questionné et mis en cause président Benjamin Netanyahu.

L’arsenal israélien qui comprend des hélicoptères, des avions de combats, des drones, ballons et équipement d’espionnage, en plus d’une arrivée de troupes prévue, ne sont pas spécifiquement utilisés pour combattre le narcotrafic et le crime organisé, mais bien plutôt pour intimider un peuple désespéré, confronté à la répression d’une dictature qui a démantelé les institutions du pays.

SOURCE :

Éxodo masivo, narcodictadura y sus padrinos en Washington y Tel Aviv


 

Traduction Anne Wolff

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