16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 13:56

 

 

Remunicipalisation : ça sonne comme un néologisme français. Ça se passe près de chez nous, et un peu partout sur la planète. Le secteur public reprend la gestion de l’eau des mains du privé.

Véronique Rigot
Mise en ligne le 11 décembre 2013

La nouvelle est tombée à Berlin début septembre, comme elle était tombée avant à Paris, à Grenoble, mais aussi à Hambourg et à Naples. C’est à chaque fois une victoire en soi. A l’échelle d’une commune ou d’une municipalité, d’une ville, d’une région ou même d’un État. Et partout, c’est le même constat : le secteur privé a fait des promesses d’efficience à moindre coût qu’il n’a pas tenues. Les citoyens demandent alors au secteur public de reprendre la gestion.

Le Sud a montré la voie

Depuis plus d’une décennie, un vent de remunicipalisation souffle sur l’Europe, mais pas uniquement. C’est le Sud qui a montré la voie, payant parfois le prix fort. La Bolivie a ainsi connu une véritable guerre de l’eau à Cochabamba en 2000. En 2006, Buenos Aires mettait fin prématurément à son contrat avec Veolia et Suez, à ses dépens puisque l’Argentine risque aujourd’hui de devoir payer une très lourde amende. [1] En Uruguay, c’est par un vote en faveur d’une modification de la Constitution que l’eau a été reconnue comme un droit fondamental en 2004 et sa gestion publique, participative et durable. Au Mexique aussi, comme dans plusieurs villes des États-Unis, la gestion publique de l’eau a gagné du terrain. Les exemples sont nombreux.

Au cœur de la bataille, aujourd’hui, la capitale indonésienne : Jakarta. Après 15 ans de gestion privée de l’eau, le bilan est négatif : le service aux citoyens et l’accès à l’eau n’ont nullement été améliorés. Seulement 62% de la population a accès à l’eau de distribution, mais dans les faits, ils sont probablement moins à bénéficier de cet accès de façon régulière, sans approvisionnement à d’autres sources (robinets et fontaines publiques).

Bien qu’à l’échelle mondiale, l’eau soit à 80% publique, Veolia et Suez n’en sont pas moins présents dans 69 pays sur les 5 continents

Certains quartiers voient leur distribution d’eau régulièrement interrompue et ont parfois la désagréable surprise de voir une eau sale et impropre à la consommation sortir de leur robinet. Outre la piètre qualité du service, le prix constitue une véritable charge financière pour les plus pauvres : il y est en moyenne trois fois plus élevé que dans les autres villes du pays, où l’eau n’est que partiellement ou pas du tout privatisée.

Dans les années ’90, de nombreux pays avaient privatisé l’eau et les services d’assainissement, résultat de fortes pressions des gouvernements néolibéraux et des institutions financières internationales. Face aux difficultés à étendre et améliorer les réseaux de distribution, les prix ont grimpé. Par ailleurs, la gestion parfois peu transparente a encouragé le secteur public à mettre fin à certains contrats privés.

Revirement stratégique

Ce qui est une victoire pour les citoyens n’est qu’un revirement stratégique pour les multinationales qui ont constaté que les profits ne suivaient pas. Bien qu’à l’échelle mondiale, l’eau soit à 80% publique, Veolia et Suez n’en sont pas moins présents dans 69 pays sur les 5 continents, et en progression continue. La vague de remunicipalisation doit donc être soutenue à force de référendums, de manifestations et de pétitions.

Signe d’un changement qu’il faut encore encourager, mais qui arrivera peut-être plus vite qu’on ne le pense : de plus en plus de politiques participent aux forums alternatifs sur l’eau tandis qu’ils boycottent la déclaration - et même l’enceinte, pour certains - du Forum mondial (officiel) de l’eau. Celui-ci se résume trop souvent à une grande foire commerciale vantant les solutions privées. Les « citoyens de l’eau » demandent quant à eux l’organisation d’un forum international sous l’égide des Nations Unies.

Pour en savoir plus sur la vague de remunicipalisations, rendez-vous sur www.remunicipalisation.org

Notes

[1] Suez a attaqué l’Argentine devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un organe dépendant de la Banque mondiale. L’affaire est toujours en cours, mais les décisions préliminaires sont défavorables à l’Argentine.

P.-S.

Source : article publié dans dlm, Demain le monde, n°22, novembre-décembre 2013.

 

Source : « Remunicipalisation » de l’eau, la privatisation en recul | CNCD-11.11.11

Via Mes coups de coeur

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 07:33

 

"Cultiver une déloyauté envers ceux qui nous gouvernent". Entretien avec Isabelle Stengers

 


Nous publions cette interview réalisée par Michail Maiatsky pour le projet « General Intellect », et parue en russe le 11 octobre 2013 sur le site Colta. Isabelle Stengers est philosophe. Elle vient de publier Une autre science est possible ! aux éditions Les empêcheurs de penser en rond/La Découverte.

 

MM : Vous n’hésitez pas à utiliser le mot « barbarie ». C’est une belle métaphore. Jusqu’où va-t-elle ? Les barbares de l’antiquité étaient ceux, venus d’ailleurs, qui étaient étrangers à « nos » mœurs, religions, divinités, langages. Mais les tenants des logiques néo-libérales que vous désignez par ce mot, nous sont-ils vraiment étrangers ? Ne sont-ils pas « nos autres » ?

IS : Je parle de barbarie, non de barbares, et cela en référence à Rosa Luxembourg qui, de sa prison, en 1915, parlait « des millions de prolétaires de tous les pays [qui] tombent au champ de la honte, du fratricide, de l'automutilation, avec aux lèvres leurs chants d'esclaves », et affirmait que notre avenir avait pour horizon une alternative : « socialisme ou barbarie » [le nom repris, dans les années 50, par un groupe de Castoriadis, Lefort ou encore Lyotard]. Près d’un siècle plus tard, nous n’avons pas appris grand-chose à propos du socialisme. En revanche, nous connaissons déjà la triste rengaine qui tiendra lieu de chant sur les lèvres de ceux qui survivront dans un monde de honte, de fratricide et d’automutilation. Ce sera « il faut bien, nous n’avons pas le choix ». Il ne faut pas être « tenant » des logiques néo-libérales pour avoir cette rengaine aux lèvres. Cette logique nous tient, elle nous rend « autres » à nous-mêmes. Elle traduit une impuissance qui est ce que cette logique ne cesse de fabriquer, ce que j’appelle les « alternatives infernales ».  

 

ММ : Parlons justement de ces « alternatives infernales ». Soit la croissance, soit la misère ; soit les acquis sociaux, soit la délocalisation ; soit la discipline financière, soit l’implosion de l’Etat… Il est en effet difficile de récuser ce genre de dilemmes et d’être un « dialecticien » à l’ancienne ou même schizophrène à la Guattari, comme vous le souhaitez. Comment sortir, en effet, de cette logique antinomique ?

IS : Difficile à récuser en effet, puisque c’est un montage dont la vérité est l’impuissance qu’il produit. Mais il importe d’abord de ne pas les respecter, d’écouter ceux qui nous demandent de les respecter comme on pouvait écouter les collaborateurs pendant la guerre. Ne pas se laisser mobiliser, soutenir les déserteurs à cette mobilisation, cultiver une déloyauté déterminée envers ceux qui nous gouvernent et envers leurs raisons et apprendre à tisser des solidarités, des coopérations entre ceux qui résistent, ce n’est évidemment pas « la solution », mais c’est ce qui est possible dès aujourd’hui – c’est aussi une manière de contrer le désespoir et le cynisme, le « chacun pour soi » et le « tous pourris » qui est en train de gagner très dangereusement du terrain.  

 

MM : Vous indiquez, comme marque de l’irresponsabilité des responsables, leur adage « Que feriez-vous à notre place ? ». Il faut, dites-vous, ne pas tomber dans le piège et de se moquer du sérieux des dirigeants. Il ne faut pas se mettre à leur place. Je pousse cette logique un peu plus loin : ne voulez-vous pas prôner la position de l’éternelle opposition qui craint le pouvoir et un combat pour l’accaparer sous prétexte que le lieu même du pouvoir est maudit et qu’il infecte quiconque s’y trouve ?

IS : Non, pas du tout. Il y a certainement chez certains l’idée qu’il ne faut pas « prendre le pouvoir », que ce lieu est maudit. Or le capitalisme version néo-libérale a résolu le problème – les lieux à prendre on ne les trouve plus, ils sont vides. Les responsables ne sont plus responsables de rien, sauf de notre soumission. Avant de discuter de formes nouvelles de pouvoir, il s’agit de se réapproprier la possibilité même d’expérimenter des modes d’insoumission active – et je ne parle pas d’opposition, car l’opposition se fait sur des enjeux déjà identifiés – où on est attendu. Il s’agit d’inventer de nouveaux enjeux et de nouvelles solidarités, une nouvelle pragmatique de luttes qui démoralisent nos responsables – le cas des OGMs est assez intéressant de ce point de vue. Nos responsables ont tout employé pour discréditer ceux qui « décontaminent les champs » mais dans certaines régions européennes, pas toutes, la résistance à ce type d’agriculture s’amplifie et même des scientifiques y prennent part.

 

MM : Vous appelez de vos vœux un processus créatif qui mobiliserait l’intelligence commune et l’activisme de la société. Qui, à votre avis, serait contre cette proposition ?

IS : Tous ceux qui nous demandent de faire confiance et qui détruisent systématiquement les moyens de cette intelligence. Ceux qui disent aux chômeurs que leur devoir est de tout faire pour retrouver un emploi, n’importe lequel. Ceux qui interdisent le commerce des semences non produites par les industries. Ceux qui hurlent « protectionnisme ! » dès que la globalisation est mise en question…. Ceux qui présentent le droit des brevets comme la condition même du progrès. Et la liste est longue – c’est la sainte alliance des Etats qui laissent faire le capitalisme, et du capitalisme qui fait faire aux Etats.

 

MM : Vous aimez les situations où les citoyens contestent l’avis des « experts » (qui souvent desservent simplement les intérêts des multinationales). N’y a-t-il pas danger dans ce nouveau royaume de la doxa que celle-ci triomphe sur l’epistêmê ?

IS : La doxa est la chose au monde la mieux partagée, en particulier parmi les scientifiques dès lors qu’ils mettent un pied en-dehors de leur spécialité. D’autre part, il y a très malheureusement de bonnes raisons de penser que ce que vous appelez « epistêmê » est en voie de disparition même là – car les scientifiques indépendants des intérêts des multinationales sont désormais une minorité dont la disparition est programmée par l’économie de la connaissance. Dans ce contexte, le seul contre-pouvoir ne peut venir que de la création d’alliances de type nouveau, qui impliquent tant des scientifiques que des groupes porteurs d’autre savoirs et d’autres problèmes, comme cela a été le cas avec l’affaire des OGM, des alliances capables de produire et de faire valoir des savoirs mettant en évidence le caractère partial, et même aveugle, des savoirs experts désormais inféodés aux intérêts privés. Et qui, ce faisant, produisent aussi des informations « actives », qui aident les citoyens à se repérer.

 

MM : Comment voyez-vous les rapports entre ces citoyens responsables, ces activistes, et le peuple qui, pour l’essentiel, appuie la voix des « officiels responsables » ou, au moins, se met volontairement à leur place ?

IS : Je ne parle pas de « citoyens responsables » mais de groupes porteurs de raisons de résister. Mais je ne suis pas sûre du tout que « le peuple » soit du côté des responsables. On ne propose pas au peuple, ou « aux gens », d’autre perspective que d’être parmi les « gagnants », et malheur aux vaincus. Et comme les vaincus sont de plus en plus nombreux, comme ceux qui gagnent ont peur d’être vaincus à leur tour, il y a comme un désespoir froid qui gagne. Je pense que la situation est instable, et que le peuple peut très bien basculer du côté du ressentiment haineux si aucune autre manière de faire exister un autre avenir possible n’est perceptible.

 

MM : Avez-vous encore de l’espoir dans la science ? Vous la traitez souvent comme un suppôt, et non comme une force libératrice. Serait-elle aussi à réinventer ?

IS : Je n’ai jamais vu la science comme une force libératrice en elle-même, même si, au 18ème siècle, elle a été prise dans un mouvement d’émancipation par rapport aux autorités traditionnelles. Ce qu’on appelle « la science » ne devrait pas être séparé de ses conditions de production, c’est-à-dire de valeurs qui ne sont évidemment pas de pures valeurs de connaissance. Le 19ème siècle a vu la création d’institutions de recherche en relation de symbiose étroite avec ce que, suivant Marx, on pourrait appeler le « développement des forces productives », et c’est dans le même temps que la « valeur de la science » a été associée à la quête d’une connaissance s’identifiant avec le progrès du genre humain. Aujourd’hui, l’autonomie relative, que traduit la notion de symbiose, fait place à une relation de dépendance directe. Pourtant, je pense que nous avons crucialement besoin de sciences, mais de sciences qui ne soient pas définies selon l’idée d’une rationalité conquérante, devant faire autorité sur l’opinion. Nous avons besoin de sciences – et donc de scientifiques – capables de se situer dans un monde que le développement des forces productives menace directement. Nos sciences peuvent-elles changer, participer à la production de l’intelligence collective dont elles ont par le passé béni la destruction ? C’est une inconnue, et cela ne se fera que pas l’invention d’institutions qui cultivent le souci de pertinence, plutôt que de conquête. Ma thèse est que c’est possible, mais non probable. Mais l’idée même que nous puissions échapper à la barbarie n’est pas très probable.

 

MM : Vous invitez à une plus grande responsabilité à l’égard de l’avenir de la planète, par exemple, mais d’autre part, vous êtes très méfiante lorsque le capitalisme devient plus soucieux de la « sustainability ». C’est dans la nature du capitalisme d’utiliser et d’épuiser. Ne serait-il pas plus raisonnable d’obliger, par une ruse (encore à inventer) de la raison, le capitalisme à être responsable tout en poursuivant ses propres intérêts ? Par exemple en montrant que les énergies renouvelables sont plus avantageuses.

IS : Je ne suis pas hégélienne, je ne me fie pas à la ruse de la raison. Se fier à une convergence durable d’intérêts, à la possibilité d’un capitalisme « vert », responsable, etc., ce serait commettre la même erreur que la grenouille de la fable, qui accepta de transporter un scorpion sur son dos pour lui faire traverser une rivière. S’il la piquait, ne se noieraient-ils pas tous les deux ? Il la piqua pourtant, en plein milieu de la rivière. En son dernier souffle, la grenouille murmura « pourquoi ? » A quoi le scorpion, juste avant de couler, répondit : « C’est dans ma nature, je n’ai pas pu faire autrement ». C’est dans la nature du capitalisme que d’exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement. Si les énergies renouvelables offrent une opportunité, il s’en emparera, mais sans la moindre obligation de responsabilité. Ce n’est pas qu’il soit « méchant », pas plus que le scorpion d’ailleurs. Il n’est tout simplement pas équipé pour prendre des responsabilités.

 


 

date: 
06/11/2013 - 16:38
Isabelle Stengers

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 18:51

Il y a ceux qui croient des choses, d’autres en perçoivent qu’ils élucident quand elles ne sont pas claires. PMO sont des grands contre-machinistes, ce qu’on ne devient pas sans se faire d’abord le meilleur des machinistes, un peu comme les meilleurs hackers sont la crème de l’informatique. De la belle ouvrage et un plaisir de les retrouver – fuera de casa – hors de leur hébergement habituel. S’il y a bien des analyses et témoignages qui devraient être diffusés pour comprendre les fondements du monde dans lequel nous vivons, les schèmes de la globalisation et les mailles du réseau - machinique, cybernétique, économiste et scientiste – ce sont les leurs.

 

PMO : « TANT QU’ON NOUS RÉDUIRA À L’ÉTAT DE ROBOTS, LES ROBOTS NOUS RÉDUIRONT À NÉANT »

On les a cueillis au saut du lit, à l’occasion d’un récent passage à Paris. Cernés et fatigués, mais loquaces. « Le secret, c’est de tout dire  », expliquent-ils sur la page d’accueil de leur site. Dont acte. Voici, au vol, quelques propos des Grenoblois de Pièces et Main d’œuvre sur IBM, Clinatec, l’accélération technologique, la police des populations, la société de contrainte, etc.

 

IBM, Thales & Clinatec. Deux entreprises, un laboratoire – trois faces d’une même industrie de la contrainte. IBM travaille à inonder le monde de capteurs et de puces RFID via son projet de« planète intelligente ». Thales développe Hypervisor, un logiciel surpuissant capable de traiter et classer un nombre de données proprement stupéfiant. Et le laboratoire grenoblois Clinatec s’est spécialisé dans les implants cérébraux – nanotechnologies implantées au cœur même des neurones.

Ces trois entreprises de mise sous tutelle technologique de l’humain ont été étudiées en détail par ceux qui écrivent à l’enseigne de Pièces et Main d’Oeuvre (PMO) dans un ouvrage signé avec Frédéric Gaillard : L’industrie de la contrainte (Éditions l’Échappée1). Une mise à nu effrayante de ces « progrès » technologiques pavant la voie à un « monde-machine » qui prend le pas sur le vivant, entre macro-pilotage d’ensemble et micro-pilotage individuel. Pour PMO et Frédéric Gaillard, ces trois projets ont évidemment valeur de symbole. Mais ils sont surtout à l’avant-garde d’un futur proche, annonçant une nouvelle étape de la tyrannie technologique : « La société de contrôle, nous l’avons dépassée. La société de surveillance, nous y sommes. La société de contrainte, nous y entrons  », écrivaient-ils en 20082. Ils le détaillent ici.

POLICE PARTOUT

« Ces militants suisses3 récemment arrêtés alors qu’ils tentaient de faire sauter un laboratoire d’IBM spécialisé dans les nanotechnologies ne se sont pas trompé de cible. Un journal suisse a écrit qu’il était étrange de s’attaquer à ce bâtiment, car rien de polluant n’y était fabriqué. Mais si l’on considère que le problème essentiel des nanotechnologies est environnemental, on évacue le principal. L’activité d’IBM repose avant tout sur la volonté de rationaliser nos vies par l’informatique.

Les innombrables publicités d’IBM autour du concept de « planète intelligente »4, publiées dansLe MondeL’Express et d’autres journaux grand public, sont très révélatrices : pas un aspect de nos vies qui ne soit concerné. Il s’agit de tout gérer : l’école, sa vie sentimentale, sa sexualité, sa santé… Tout doit tourner comme une usine, selon des critères d’efficacité économique et technique. Le projet même de « planète intelligente » consiste à mailler l’ensemble du territoire de capteurs électroniques, puis à confier aux ordinateurs l’analyse et le « monitoring » des données ainsi recueillies. Les malades aux urgences sont des éléments de flux ou de stock – tout comme les automobilistes sur la route, les marchandises d’un entrepôt ou les gamins dans une cour de récréation.

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Les données sont le minerai de la société de l’information : qui sait les extraire et les traiter peut les employer pour le profit (entre autres via le marketing ciblé) ou le pouvoir (par la prévision des comportements, par exemple). Déplacements, habitudes, relations, préférences, profil : tout est cartographié et utilisé. À l’ère du portable et des publicités ciblées, ces informations n’ont pas de prix. Voyez comment le chalutier et ses filets ratissent les fonds marins. Pour les données c’est pareil : rien ne peut échapper, c’est le principe même du réseau. Un mot qui provient du latin « rets », qui signifie « filet », comme dans l’expression « être pris dans les rets ».

Mettre une puce électronique sur un malade aux urgences permet de le suivre à la trace, de savoir à chaque instant où il est, combien de temps dure chaque soin, de gagner du temps à chaque étape. Et ainsi, de rationaliser les procédures, d’intensifier la productivité de l’hôpital, de travailler à flux tendu. On « optimise les process ».

Partout on remplace l’humain par la machine – automate ou système automatique. Pure logique capitaliste des gains de productivité. On l’a vu il y a deux cents ans dans l’agriculture, quand nombre de paysans ont été dépossédés de la terre par la mécanisation. Puis dans les usines. Le mouvement touche maintenant les services : les guichetiers de banques, les pompistes, les caissières de supermarché ; l’enseignement aussi. Dès qu’une tâche est mécanisée, rien ne vaut une machine pour l’exécuter. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant.

L’objet auquel s’intéresse PMO, c’est la police des populations, c’est-à-dire l’organisation rationnelle de l’ordre public. Au fil des siècles, on a perdu la réelle signification du mot « police », dont l’usage courant s’est restreint au « maintien de l’ordre ». Au-delà de cet aspect répressif, la police des populations englobe l’organisation et la gestion de la cité (polis, en grec). Le réflexe conditionné des militants est de dénoncer le flicage. Mais il faut mettre en évidence l’emprise étatique et technocratique en amont sur tous les aspects de nos existences. Il s’agit de supprimer l’imprévu, l’improvisation, la liberté. Le grand nombre semble avoir renoncé aux hasards de la liberté pour les échanger contre un confort machinique et lobotomisé. En termes savants : aliénation et réification. »

DE L’INVASION TECHNOLOGIQUE

« Après le capitalisme agraire et le capitalisme industriel (vapeur, électricité, pétrole), nous voici dans le capitalisme des hyper-technologies, à l’époque de l’économie planétaire unifiée par la technologie (informatique, robotique, numérique, fret globalisé). C’est le fait majeur de notre période. On ne peut faire de politique, ni livrer bataille, sans en tenir compte au premier chef. Chaque évolution dans le domaine des hypertechnologies entraîne une cascade de conséquences sur tous les autres champs.
Tous les « fronts » sont atteints quand de nouvelles technologies se font jour : aussi bien l’environnement que la « malbouffe », la ville ou la condition féminine. La technologie est devenue la politique par d’autres moyens, et reste d’abord l’apanage du pouvoir. Certains citent Internet comme un contre-exemple, mais c’est purement illusoire. Chacun peut ouvrir un site, envoyer des messages voire mener des opérations de piratage électronique ; mais qui contrôle les infrastructures, les protocoles, et finalement la circulation des flux ? Sans parler du flicage sociologique permanent de chaque internaute… Les liaisons électroniques entre les contestataires tunisiens ou égyptiens n’auraient pu exister si Facebook et le gouvernement américain en avaient décidé autrement. Et in fine, la révolution, ce sont des corps dans la rue, pas des messages numériques.
Le pouvoir technologique a toujours un temps d’avance sur la masse désarmée. Quand les Indiens d’Amérique finissent par disposer de fusils, les Tuniques bleues ont déjà des mitrailleuses. Les nanotechnologies perfectionnent les moyens de police, y compris les drones pour la surveillance des banlieues ou les assassinats ciblés au Pakistan. La capacité de viser une personne à des milliers de kilomètres accentue les déséquilibres du rapport de force.

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On ne peut faire de critique sociale sans faire d’abord une critique de la technologie. Ainsi du chômage de masse, évidemment lié à la robotisation, au remplacement d’un nombre croissant d’humains par des machines. Dans l’industrie comme dans les services. On en arrive au point où des machines construisent des machines, le seul rôle de l’humain étant de les servir, d’être leur appendice. Personne, surtout dans les organisations de défense des travailleurs et dans les partis de gauche, ne comprend ce phénomène. Ou plutôt : ils feignent de l’ignorer, par crainte de passer pour des réactionnaires.

Les emplois relevant du social, fondés sur la relation humaine, sont eux aussi soumis au diktat de la rationalité technologique. Remplacer le soin aux personnes et l’attention par une gestion sur écran, n’est pas sans conséquence. Les gens n’en peuvent plus d’être traités en automates. C’est une raison des suicides à France Télécom, des faits divers fréquents à Pôle emploi ou à l’hôpital. Les employés sont unanimes : ils n’ont plus le temps de parler aux usagers. Ceux-ci doivent téléphoner, et taper 1, 2 ou 3… Même le Médiateur de la République, depuis deux ans, attire l’attention sur ce qu’il nomme le « burn out » de la société, lié au manque d’humanité, au sens littéral, dans les rapports entre les usagers et l’administration. Avant, celle-ci n’était pas assez humaine, maintenant ce ne sont plus des humains. »

DÉSERT CRITIQUE

« S’il n’y a pas de protestation contre cette robotisation, c’est qu’elle est ubiquitaire (on parle d’informatique « ambiante »), et donc – paradoxalement – invisible. Comme dans la nouvelle d’Edgar Poe La lettre volée, où le document recherché ne se voit pas parce qu’il est punaisé en évidence au-dessus de la cheminée.

L’obstacle est d’abord idéologique. Aujourd’hui « progrès » signifie « progrès technologique ». Le critiquer est réactionnaire. De même pour le lien entre science et technologie. Critiquer la technoscience, c’est critiquer Dieu au temps de l’Inquisition. Une croyance partagée par tous les milieux de la gauche progressiste et citoyenniste, qu’on retrouve même chez certains libertaires. Aborder la question provoque un raidissement, une panique.

Le marketing et les sociologues de l’acceptabilité sont le clergé de cette religion – on l’a encore vérifié avec les funérailles de Steve Jobs, célébrées comme celles du prophète de notre temps. Pour le grand public la technologie s’incarne dans le gadget. Voyez la course au téléphone portable, et maintenant au smartphone. On a franchi avec le téléphone portable un seuil de pénétration similaire à celui de la télé. On dresse le troupeau à des comportements irréversibles. C’est l’effet cliquet de la technologie : on ne revient pas en arrière. Imagine-t-on un monde sans portables ? Qu’une haute autorité médicale ou scientifique révèle ses dégâts sanitaires (multiplication des tumeurs au cerveau et des malades d’Alzheimer), croyez-vous que l’État interdira sa fabrication et sa vente ? Quant aux dégâts sociaux et anthropologiques, la question ne sera pas posée. »

LA SOCIÉTÉ DE CONTRAINTE

« La contrainte vise à empêcher ou à obliger. D’une part au niveau macro-social, par exemple sur la « planète intelligente » : les rats dans leur labyrinthe suivent des parcours imposés. D’autre part au niveau micro-individuel, avec les « progrès » des neurotechnologies. À Grenoble vient d’ouvrir Clinatec, clinique expérimentale du Commissariat à l’énergie atomique et de Minatec, destinée à « nous mettre des nanos dans le cerveau ». Avec la combinaison du projet cybernétique global d’IBM et du projet neurotechnologique de pilotage individuel, on entre dans la société de contrainte.

Quand on en parlait il y a cinq ans, on nous traitait – comme d’habitude – de paranoïaques, de catastrophistes. Aujourd’hui, tout le monde entend parler des implants cérébraux destinée à stabiliser les tremblements des malades de Parkinson via des électrodes, et dont l’usage s’étend déjà. On modifie, grâce à des mini-implants électroniques, les comportements des anorexiques, des boulimiques, des patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs, les humeurs des dépressifs. C’est une nouvelle étape dans l’automatisation de l’espèce humaine. Comme le Soma du Meilleur des mondes, une technologie censée rendre stable, paisible, productif.

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L’alibi médical est comme toujours mis en avant. La maladie d’Alzheimer est le plus important problème de santé publique des années à venir. Les décideurs – fanatiques de l’idéologie technicienne – s’en remettent aux spécialistes, les neuro-techniciens, et à leurs solutions. Rappelons qu’Alzheimer et Parkinson sont d’abord des épidémies nées de la civilisation industrielle. Depuis une dizaine d’années, les chiffres explosent, même compte tenu du vieillissement et d’un meilleur dépistage. Ces maladies neuro-dégénérescentes résultent de la dissémination de produits toxiques et de la multiplication des pollutions électromagnétiques. Mais les intérêts de l’industrie interdisent de toucher aux causes de la catastrophe sanitaire.
Comme l’idée de la neuro-dégénérescence abomine, à juste titre, les victimes potentielles sont prêtes à se jeter dans les bras du premier sauveur venu : les neurotechnologues et leurs manipulations cérébrales.

On connaît la Ritaline pour les enfants remuants. Ce sera pareil avec les implants neuro-électroniques. Un peu de mélancolie, ou d’inappétence au boulot ? On peut arranger ça. Grenoble est le vivier de cette vision machinique de l’humain. À l’université dominent les théories comportementalistes. Les élus ont souhaité et soutenu la création de Clinatec. C’est d’ici qu’est partie la récente recommandation de détecter les enfants « à risque » dès l’âge de cinq ans. La technologie règle tout. »


1

GIF - 64.5 ko2 Terreur & Possession. Enquête sur la police des populations à l’ère technologique, Éditions Échappée.

3 Trois hommes avaient été arrêtés en mai 2010, au Sud de Zürich, non loin d’un laboratoire d’IBM – avec dans leur voiture, selon la police, des explosifs et des tracts destinés à revendiquer un attentat contre la multinationale de l’informatique. Ils ont été condamnés, en juillet dernier, à un peu plus de trois ans de prison ferme.

4 Voir le site dédié à la « planète intelligente »hébergé par Le Monde contre espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Lu chez La Vidure.

 

PMO : « TANT QU’ON NOUS RÉDUIRA À L’ÉTAT DE ROBOTS, LES ROBOTS NOUS RÉDUIRONT À NÉANT » | LA VIDURE

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:15

 

 

L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique

« Il faut sortir du capitalisme »

 

L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique, dit le journaliste français Hervé Kempf

 

Les preuves de la gravité des crises environnementales ne cessent de s’accumuler et militent clairement pour une sortie du système économique capitaliste, basé sur une croissance prétendument infinie. Une vérité qui dérange les intérêts financiers qui possèdent les grands médias de la planète, estime le journaliste et écrivain français Hervé Kempf.

« Nous sommes dans un système économique qui a eu un succès et des qualités, mais c’est maintenant un système qui entre en contradiction avec la nécessité de rétablir un équilibre entre l’activité humaine et les régulations de la biosphère. En fait, le conflit est très fort. Donc, le capitalisme n’a plus d’avenir. C’est une idée morte. Il est temps de passer de la larve capitaliste au papillon écologiste. »

Témoin de l’évolution des problématiques environnementales depuis près de trente ans, il estime que le fait de traiter de ces questions, en tant que journaliste, conduit pour ainsi dire naturellement à poser la question de la remise en question du capitalisme. « Si on raconte la question environnementale de façon attentive, on arrive au constat que le système économique actuel non seulement ne résout pas les problèmes, mais les aggrave. Or, il se trouve que le système actuel, c’est le capitalisme. Donc, un journalisme environnemental conséquent conduit à poser la question du système économique. »

Comment, par exemple, cautionner les impacts environnementaux de l’exploitation des sables bitumineux, au nom de la croissance économique et de la profitabilité d’entreprises ? « Je suis allé sur place, à Fort McMurray, j’ai fait des reportages sur le sujet, souligne M. Kempf. C’était sidérant. C’est un désastre environnemental incontestable. D’un point de vue environnemental, c’est inacceptable. Mais il y a aussi d’autres points de vue que le point de vue environnemental. Il peut y avoir un point de vue économique. Mais pour un journaliste en environnement, tous les faits, le discours des scientifiques et les analyses nous démontrent que c’est indéfendable. »

Le même constat vaut pour les conséquences du consumérisme effréné qui caractérise les pays occidentaux. La somme des indicateurs environnementaux met en lumière le fait que notre mode de vie ne peut s’étendre à l’ensemble de l’humanité sans compromettre irrémédiablement la vie sur terre. C’est d’ailleurs le constat auquel il arrive dans son dernier ouvrage, intitulé Fin de l’Occident, naissance du monde. Hervé Kempf y souligne que la tendance mondiale vers une forme d’homogénéisation de la consommation matérielle et énergétique pose de sérieux risques environnementaux.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat doit d’ailleurs confirmer vendredi, dans un rapport très attendu, que la crise climatique est extrêmement sévère. Son président, Rajendra Pachauri, a déjà prévenu au début du mois qu’il est maintenant « minuit moins cinq » pour tenter de trouver une issue viable aux bouleversements climatiques.

Une vérité qui dérange

Or, le fait de rappeler constamment les échecs du système actuel dérange. « Ça peut ne pas plaire à certains intérêts économiques, notamment ceux qui possèdent les journaux, mais c’est la vérité », laisse tomber le journaliste. Il ne s’étonne d’ailleurs pas que les médias couvrent peu, ou alors mal, les questions environnementales. Même le prestigieux New York Times, rappelle Hervé Kempf, a aboli son service consacré à ce secteur.

« Qui possède les grands médias ?, lance-t-il. La question est aussi simple que cela. Les grands médias, les plus influents, sont possédés par des intérêts économiques, des gens qui disposent de beaucoup de capitaux. Ils veulent se servir de leurs médias pour servir leurs intérêts. Or, le suivi attentif des questions écologiques, à un moment, remet en cause le point de vue des intérêts économiques, qui est le point de vue néolibéral, l’obsession de la croissance, etc. »

Lui-même vient de quitter Le Monde, où il couvrait le secteur environnemental depuis 1998. « Je suis parti parce qu’on m’empêchait de faire du journalisme environnemental sur [le projet aéroportuaire controversé] Notre-Dame des Landes. » Il juge que la direction du quotidien, passé en 2010 aux mains d’intérêts financiers multimillionnaires, a voulu le museler.

Certains lui reprochent cependant de franchir la mince ligne entre le journalisme et le militantisme environnemental. « Je lis The Economist, le Wall Street Journal, Les Échos, etc., réplique Hervé Kempf. Ils ont un point de vue extrêmement marqué que je trouve totalement idéologique. Ces journaux sont des médias engagés, militants et idéologiques. »

« S’ils le reconnaissent, je peux bien dire que j’ai la conviction que la question écologique est fondamentale à l’époque où nous vivons. C’est la question la plus importante parce qu’il y a un enjeu de maintien de la possibilité, pour les sociétés humaines, de vivre dans la dignité et l’équilibre. Si on laisse la crise écologique s’aggraver, on va aller vers un désordre des sociétés humaines. »

Alexandre Shields pour le Devoir

Le Devoir. Montréal, Canada, le 23 septembre 2013.

Hervé Kempf en cinq dates :
1957 : Naissance d’Hervé Kempf.
1992-1995 : Responsable de la section « Sciences » à Courrier international.
1998 : Journaliste en environnement au quotidien Le Monde.
2007 : Publication du livre Comment les riches détruisent la planète.
2013 : Il quitte Le Monde, se disant victime de censure.

 

Source : L’ampleur des crises environnementales nous oblige à changer de système économique - El Correo

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 10:00

 

Résistance politique et désobéissance civile…

 

Ce discours qu’Howard Zinn fit à Boston en 1971 en pleine guerre du Vietnam est d’une actualité on ne peut plus brûlante. Il est pathétique de constater que depuis plus de 40 ans, rien n’a changé. Il ne tient qu’à nous en fait de le faire et de reprendre la société en main…

– Résistance 71 –

 

Discours contre la guerre du Vietnam (larges extraits)

Discours donné au parc central du Boston Common le 5 Mai 1971

 

Howard Zinn

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Septembre 2013 ~

 

Six jeunes personnes furent jettés en prison avec moi hier à Washington DC, ils le furent pour avoir marché dans la rue ensemble en chantant “America is Beautiful”. Si Thomas Jefferson avait été à Washington hier marchant dans la rue, il aurait été arrêté également. Il était trop jeune et il avait de long cheveux et si Jefferson avait porté avec lui la Déclaration d’Indépendance hier à Washington, il aurait été inculpé pour conspirer de renverser le gouvernement avec ses co-complotistes George Washington, John Adams, Tom Paine et bien d’autres. De manière évidente, les mauvaises personnes sont en charge de la machine de la justice et les mauvaises personnes sont derrière les barreaux tandis que les mauvaises personnes sont aussi en position de prendre les décisions à Washington D.C [...]

Beaucoup de gens sont troublés par la désobéissance civile. Dès que vous parlez de commettre des actes de désobéissance civile, ils deviennent énervés. Mais cela est exactement le but de la désobéissance civile, énerver les gens, de les déranger dans leur confort. Ceux qui commettent la désobéissance civile sont également perturbés et nous avons besoin de déranger ceux qui sont en charge de la guerre, parce que le président, par ses mensonges, essaie de créer une atmosphère de calme et de tranquilité dans l’esprit des gens alors qu’il n’y a aucun calme ni aucune tranquilité en Asie du Sud-Est et nous ne pouvons pas laisser les gens oublier cela.

Les gens qui s’engagent dans la désobéissance civile, s’engagent dans le plus petit dérangement de l’ordre qui soit afin de protester contre le meurtre, les assassinats de masse. Ces gens violent de petites lois insignifiantes, comme celles du passage sur la voie publique ou privée, ou celles du code de la route, afin de protester contre  la violation par leur gouvernement de la plus sacrée des lois, “tu ne tueras point”. Ces gens qui commettent la désobéissance civile ne font de mal à personne, ils ne font que protester contre la violence du gouvernement.

[...]

Nous grandissons dans une société sous contrôle et le langage même que nous utilisons est corrompu depuis le temps où nous apprenons à parler et à écrire. Ceux qui ont le pouvoir décident du sens des mots que nous utilisons. Ainsi on nous dit que si une personne tue une autre personne, cela s’appelle un meurtre, mais si un gouvernement tue des centaines de milliers de personnes, c’est du patriotisme.

On nous dit que si une personne entre sans invitation dans la maison d’une autre personne, ceci représente une entrée en force ou une effraction, mais que si un gouvernement envahit un autre pays, cherche et détruit les villages, les maisons de ce pays, ceci est en fait la marque qu’il remplit sa responsabilité vis à vis du monde.

[...]

Alors les anciens combattants vont jeter leurs médailles et les soldats vont refuser de se battre et les jeunes hommes refuseront de se laisser enrôler et les femmes défieront l’état et nous refuserons de payer nos impôts et nous désobéirons. Et ils diront que nous perturbons la paix publique, mais il n’y a pas de paix. Ce qui les dérange vraiment est que nous dérangeons la guerre.

[...]

Soyons non-violents. Nous allons manifester et protester contre la violence. Nous enfreindrons quelques lois dans le processus. Nous allons interférer avec le statu quo. Mais ceci ne représente pas de terribles crimes. Il y a en revanche de terribles crimes commis, mais s’assoir en se tenant les bras, ce n’est pas un terrible crime. La guerre est le grand crime de notre âge.

Nous serons peut-être mis en état d’arrestation, mais il n’y a aucune honte d’être arrêté et d’aller en prison pour une juste cause. La honte c’est de faire le boulot de ceux qui perpétuent la guerre. Vous les policiers, vous tous policiers ici présents à qui on demandera demain de procéder à des arrestations, rappelez-vous que ce sont vos fils qui sont également enrôlés pour aller se faire tuer à la guerre et que ce sont vos fils aussi bien que les nôtres, qui iront mourir pour le grand profit de General Motors et de Lockheed Martin. Que ce sont vos fils également dont ils veulent la mort pour le profit politique de maires comme Daleys and Spiro Agnews…

Ainsi vous les policiers devez jeter vos matraques, vos armes et vos gaz lacrymogènes. Devenez non-violents et apprenez à désobéir aux ordres de la violence pour la violence. Vous, les agents du FBI, qui circulez en civil dans la foule ici présente, hey, ne voyez-vous pas que vous violez l’esprit même de la démocratie par vos actions ? Ne voyez-vous pas que vous vous comportez comme la police secrète d’un état totalitaire ? Pourquoi obéissez-vous à J. Edgar Hoover ? Pourquoi obéissez-vous aux mensonges d’un bourreau, qui agit comme le dictateur d’un pays comme le Paraguay au lieu d’un fonctionnaire au service du public dans un état soi-disant démocratique ? Rappelez-vous membres du FBI, vous êtes les membres d’une police secrète et vous devez apprendre ce que la police secrète allemande n’a pas appris à temps: désobéir.

Donc vous policiers et vous membres du FBI, si vous voulez arrêter des gens qui ont violés et violent toujours les lois, alors vous ne devriez-pas être ici. Vous devriez être à Washington DC… Vous devriez y aller immédiatement et mettre en état d’arrestation le président des Etats-Unis et ses conseillers et les faire inculper pour dérangement et de bris la paix du monde.

Source: “Howard Zinn Speaks, collected speeches 1963-2009” Anthony Arnove, 2012, Haymarket Books

=  =  =

Howard Zinn (1922-2010), historien, dramaturge, activiste américain. Professeur d’histoire et de science politique à l’université de Boston, il est l’auteur de nombreux livres dont celui qui revolutionna l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis: “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours. Il a été grandement impliqué dans le mouvement des droits civiques dans les années 1960 et dans le mouvement contre la guerre du Vietnam dont il fut un des leaders marquant dans les années 1970.

Zinn se définissait comme un “socialiste démocrate”, proche de l’anarchisme sans le dire. De ses propres mots: “Un socialisme sans prisons”. Il dira aussi qu’il “prendrait de l’anarchisme sa contestation de l’autorité et la pratique de la société décentralisée”.

A voir sur la philosophie politique d’Howard Zinn, cet entretien en anglais (activez le sous-titrage français…)

http://www.youtube.com/watch?v=RF7GoDYEbfQ

 

Source :
Resistance71 Blog | Résistance solidaire au Nouvel Ordre Mondial

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 14:49

 

 

L’État, c’est la prévention du chaos d’en bas et l’imposition de l’ordre du chaos planifié des privilégiés, dont l’État est une sorte de kunée rendant anonymes voire invisibles les privilèges. Cela dit, que l’on ne s’y méprenne point, le stade actuel des mentalités, nécessite hélas une autorité et une chefferie capable de l’assumer. Toutefois, l’État - cette "malencontre de l’histoire" comme le nomme Clastres - parce qu’il n’est pas constitué d’une chefferie au service de l’équité collective, mais d’un système anonyme dont les structures servent à déposséder les membres de la société de tout pouvoir au profit des utilisateurs privilégiés desdites structures, est l’ennemi de toute vraie démocratie. L’État, tel qu’il est, tient sa justification de l’impossibilité des peuples à pouvoir se gérer eux-mêmes collectivement par délégation directe.

Sauf un État socialiste véritable, délibérément provisoire, qui préparerait son propre retrait progressif en rendant les individus plus humains et plus citoyens par une éducation que j’appellerai humano-citoyenne c’est à dire soutenant la formation d’une mentalité nouvelle indépendante de tout parti et encadrant le peuple dans la création d’institutions au contrôle des comités populaires, pourrait être pour le salut collectif... Aussi longtemps que les peuples n’atteindront le stade de se créer leurs propres institutions, l’État restera oligarchique voire ploutocratique, garantissant la plus scandaleuse dictature de quelques-uns sur le grand nombre. L’État de droit est le pire ennemi de la justice sociale car le droit bourgeois, tel qu’il est, réifie l’individu fait rouage du système dont profitent seulement quelques magnats. D’où la plus grande peur de l’État tel qu’il est, est l’avènement du vrai citoyen conscient de ses droits et pouvoirs par la mise en commun avec des pairs, des voies et moyens d’autodétermination.

Dans l’État actuel, le peuple qui vote, sélectionne la plupart du temps les présélectionnés des oligarques ; il procède par délégation seconde et son vote est déperdition... Cette déperdition du pouvoir populaire par les élections, est d’ailleurs le but précis de la thèse du vote utile.

Par ailleurs, c’est aussi en vue de séquestrer le pouvoir de compréhension et d’action des peuples que "les élites" font tout pour entretenir l’incommunication par le travail éreintant, les loisirs médiatisés générant des passions débiles, le sexualisme exponentiel, voire les mégapoles qui atomisent les communautés, dispersent les énergies, emmurent les individus...

L’État actuel est dénaturation paroxystique de la politique qu’il dévie de sa vocation de service au peuple censé souverain qu’il asservit. Signe du déficit de conscience et de maturité des sociétés humaines après tous les millénaires de l’Histoire et la somme des idées et théories critiques de la société. État, forme captieuse et spécieuse de l’autorité du peuple dans la démocratie trafiquée, expropriée par les prédateurs des peuples !

Il est toutefois, un fait qu’il ne faut jamais oublier dans la réalité étatico-sociale, c’est que nul ne peut instiller une idéologie à un peuple, qui ne soit déjà d’une certaine manière préinscrite en sa majorité, ne serait-ce que par la sensibilité. Une idéologie sans latence chez une majorité dans une société donnée, qui en attendait consciemment ou inconsciemment l’occasion, ne serait-ce que par les lignes essentielles de ladite idéologie, ne peut germer. On ne fait pas pousser de l’idéologie du vide, on n’idéologise pas hors du terreau prédisposé et déjà fertilisé de la conscience collective.

http://intellection.over-blog.com/

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 


Du même auteur sur Oulala.net

 

 

Aberrations et Ordre du monde...

La pire aberration, la plus bête au monde, est le primat de quelque intérêt que ce soit sur la justice et le bonheur dus à l’homme ; la plus abominable indécence, est la primauté criminelle d’un quelconque principe d’État ou d’Économie sur le bien-être collectif de tous les membres de la société… Tout est et doit être au nom de l’homme dans la politique des États, sans quoi c’est de la félonie oligarchique d’État. L’aberration est (...) En savoir plus »

 

 

Du Leadership politique pour le peuple et la libération...

Le leadership, en sa substance pérenne, son substratum immuable, son "essence atemporelle" pour reprendre le vocable phénoménologique de Husserl, est sacerdoce laïc à la cause des dirigés, guidés selon l’amour fraternel de la phratrie qu’est le peuple, ainsi perçu et traité dans la proximité sentimentale du véritable leader. Signe de la disparition du leadership et du leader en notre temps : la platitude des buts à atteindre, tel l’équilibre budgétaire torpillé par les (...) En savoir plus »

 

Des Anarchismes et de l’Anarchiste.

L’anarchiste vrai, quel que soit sa sensibilité, dit que le monde tel qu’il est, constitue une armée où à peu près tous ne font qu’obéir en exécutant les ordres des infimes oligarchies maîtresses de l’ordre économique et au nom de quoi les structures politiques, religieuses, éducationnelles procèdent pour contrôler l’individu, en lui volant sa vie au profit de quelques cerbères. C’est pourquoi, l’anarchiste authentique dit non et vit marginal en (...) En savoir plus »

 

Occident, l’art macabre du Négationnisme...

Quand le passé et ses faits sont niés par la production d’une romance pseudo-historique pour justifier voire ovationner les criminels qui ont agressé et massacré des peuples et des civilisations entières afin de fonder ou d’enrichir leur propre empire, tout récit de ce passé prend des allures hagiographiques au prisme d’une affabulation moqueuse. L’Histoire conçue par les agresseurs de l’humanité du haut de leur empire, n’est jamais que négationnisme (...) En savoir plus »

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:10

 

Un bon résumé de la situation. Le plus grand danger du Sarkozysme, c'était les interdits toujours plus drastiques qu'il imposait jusque dans la liberté même de penser. Cette volonté de contrôle de la pensée dès la naissance est la condition d'établissement d'un désordre mondial programmé. On peut déjà le constater au quotidien, autour de nous, dans les commentaires du net, s'il y a bien eu un grand progrès au cours des dernières décennies, c'est celle de l'inculture qui facilite la manipulation des inconscients par une psychologie de masse qui est l'autre secteur en progrès notable...

Pour tous ceux qui pensent que la multiculturalité est le problème et que c'est le choc des cultures qui les conduit à leur perte, non seulement c'est ignorer l'histoire et l'évolution qui sont le produit de chocs de cultures, parfois violents mais qui débouchent sur un enrichissement dans le syncrétisme. La perte des valeurs vient de ce processus d'acculturation généralisé et, il n'y a pas photo, en ce qui concerne la perte des valeurs,des repère, d'une culture enracinnée dans l'histoire, la télévision est bien plus dangereuse que  les musulmans qui ne sont d'ailleurs pas épargnés. Hollywood culture pour tous, voilà l'ennemi.

Aucun replis vers le passé n'est possible. Les mouvements migratoires font partie de l'histoire, combien d'Andalous aux yeux bleus... un caractère récessif pourtant. Toute l'histoire est celle des mouvements migratoires depuis les origines et des évolutions qu'elles ont permis. Sarkozy, au-delà des restrictions mises à la liberté de penser, c'était aussi le fabriquant massif de l'insécurité. Ses derniers discours d'extrême-droite ont bien montrer le fond de sa pensée. Or je sais d'expérience de terrain à quel point les politiques de répression, de rejet font monter les tensions. On ne lutte pas contre l'insécurité avec des robotcops. La lutte contre l'insécurité se fait par le développement du bien-être, par la culture et pas la culture unique, non, celle qui permet à la diversité de s'exprimer, mais pas dans des ghettos ou chacun se referme sur ses spécifités, non, par des lieux de rencontres, d'échanges et de partages.

J'ai vécu tellement d'expériences qui allaient en ce sens. Et j'espère que Hollande avec sa volonté manifestée de développement d'un secteur non-marchand permettra la multiplication de ces espaces de convivialité qui permettent que la haine se dissolve, parce que cette haine la plupart du temps est principalement généré par la PEUR de l'inconnu et de la différence, et que des lieux de convivialité permettent d'apprendre à se connaître et de voir que nous ne sommes pas si différents que cela, nous les humains, de partout, avec nos émotions et nos sensibilités qui trouvent des affinités par delà les frontières. Cela, je l'ai appris par les rencontres, par la lectures : il existe une sensibilité commune à tous ceux et toutes celles qui sont vraiment humains, à ceux et celles qui partout sur la Terre rêvent d'un monde plus doux, mais aspirent surtout à avoir les moyens de constuire ce monde, ici et maintenant.

Ceux qui attendent de François Hollande qu'il rétablissent ce monde de l'état-providence qui appartient au passé seront déçus, quand bien même il le voudrait, il n'aurait pas les moyens de le faire. Ceux qui espèrent que sous sa présidence, il y aura un peu plus de liberté pour poser les fondations d'un nouveau monde devront se battre pour ouvrir ses espaces de liberté et de productivité dans les failles de la gouvernance économiste transatlantique qui est une force d'occupation et de confiscation du territoire. Reconquista, c'est bien de cela qu'il s'agit à présent... une reconquête d'un territoire, petit à petit, un grignotage presque... mais partout à la fois. C'est un mouvement qui existe mais que le Sarkozysme menaçait en le détruisant systèmatiquement.

Comme beaucoup (et de plus en plus mais pasencore assez), je suis intimement convaincue que si un monde nouveau doit voir le jour, il le fera par la rencontre, les échanges, les partages et les liens qui se tisseront entre une multiplicité d'expériences locales, expériences de créativité et de simplicité, expérience de convivialité, de partage et d'échange, un monde de coopération et d'émulation, débarassé des viscosités de la concurrence et de l'appauvrissement du Profit. Avec des outils comme internet, nul besoinde faire du local un univers clos, muré dans sa singularité.La planète, il nous faut la réparer... et d'apprendre qu'il existait des peitis champignons qui nettoyent la pollution radioactive en la concentrant... je ne vais pas piquer une crise parce que ce n'est pas une variété locale et que l'utiliser, c'est introduire un élément "étranger" sur le territoire... tous le développement des soixantes dernières années c'estfait sur le modèle colonial venu d'Outre Atlantique, c'est avant qu'il fallait se battre pour l'identité nationale... là où que nous allions en Europe, c'est la même destruction des racines par ce modèle venu d'ailleurs, venu de la démesure d'un peuple immature...

En finir avec l'artifice des identités nationales ne serait pas une mauvaise chose. j'ai vraiment du mal avec ses gens qui s'accrochent au repli identitaire dans le passé... je n'ai cessé de rencontrer, d'échanger, de partager des moments de vie, des idées avec des habitants du monde entier, et cela m'a enrichie, tout en me confirmant dans ma spécificité... cette belgitude qui est composante intrinsèque de ma personnalité et que 18 ans à vivre ailleurs n'ont fait que renforcer, mais non pas comme une identité fermée, mais comme ce qui donne la tonalité à tous le reste. Mais c'est un autre débat... celui qui s'interroge sur la différence entre l'histoire des manuels et l'histoire réelle.

Petite réflexion au sujet du texte qui suit... le problème du conspirationnisme, c'est cette vision fascinée d'un NOM inéluctable, un truc vraiment malsain qui fait que beaucoup de ceux qui dénoncent des dérives bien réelles, au lieu de les contrer les renforcent. Le problème du conspirationisme, ce sont tous ces gens qui sont aussi satanistes que les papes de la globalisation, ceux qui voient dans satan non le produit d'un délire humain qu'il faut combattre mais une espèce d'entité magique...le Mal qui nous possèderait... cela participe exactement de la même veine que le mal à combattre. C'est là que le bas blesse, pas en mettant en évidence que les méthodes utilisées pour conquérir  le monde sont occultes et participent de toutes les formes de déstablisation, manipulation, entrisme et noyautage et autres stratégies de la tension. Que des enfants souffrent (voir même soit sacrifiés) parce que des tordus se livrent  à des rituels "sataniques", ce n'est pas un problème de guerre religion ou d'entités magiques... c'est un problème de santé mentale. Les complots comme les mouvements migratoires sont des composantes intrinsèque de l'histoire de l'humanité. il faut les mettre en évidence pour les déjouer... mais SVP stop aux délires angélico-satanique.s. l'intelligence à l'oeuvre dans l'évolution est nettement plus subltile que ces projections mythiques d'enfants attardés. Je crois à la magie, à celle de la vie, au miracle que représente la création... je pleur sa destruction par des naturoclastes... mais de là a anthropomormiser l'intelligence à l'oeuvre, il y a un pas que je ne franchis pas., (question d'humilité, non pas face aux humains mais face à la création dans son ensemble en dehors du chancre humain venu tout bousiller)

Et pour conclure : Vous qui voulez d'un autre monde, n'attendez pas qu'il vous soit donné... construisez-le. A chacun d'imposer au nouveau président d'être à la hauteur de ses promesses en permettant le développement du secteur convivial et non-marchand : l'évolution, c'est par là que cela se passe..

 

 

 


 




Après l'élection de François Hollande et la défaite de Sarkozy, les réactions sur le web sont partagées. Tandis que certains se réjouissent, d'autres haussent les épaules en disant que cela ne change rien, les présidents n'étant que des pantins dans le "nouvel ordre mondial".

Le problème du "conspirationnisme", de cette vision inspirée par la conscience du vrai pouvoir mondial, est que cela nous amène à n'être jamais content de rien, puisque sauf révolution majeure improbable, ce pouvoir mondial reste en place.

C'est le danger de la "pillule rouge": une vision perpétuellement noire, pessimiste, qui interdit d'être heureux, du moins en ce qui concerne les événements du monde et la société dans laquelle on vit.

Il en résulte souvent une dérive involontaire vers la rancoeur, l'amertume, et au final vers la haine et vers des valeurs qui sont l'exact opposé de l'idéal qui nous animait au départ.

C'est en effet l'aspiration à davantage de liberté, de démocratie, de justice, de fraternité et d'humanité qui nous motive initialement dans notre révolte contre l'ordre mondial, et non un penchant pour le racisme, l'autoritarisme ou le fascisme.

C'est ce que les sages indiens et taoistes ont compris depuis des millénaires, aller trop à fond dans une direction peut nous amener à son contraire.


Pour en revenir à cette élection, il ne faut pas se faire d'illusions naïves en imaginant qu'un nouveau président peut tout changer. La marge d'action d'un président est réduite dès lors que l'état qu'il dirige n'a quasiment plus aucun pouvoir économique, aucune prise sur les circuits financiers, et dans l'Union Européenne il ne contrôle même plus sa monnaie.

Mais un président garde un pouvoir sur l'ordre social local (de même qu'un maire détient une marge d'action locale dans sa commune). Un président a donc le pouvoir de rendre les choses un peu meilleures localement, ou au contraire de les rendre encore bien pires, comme l'a fait Sarkozy qui n'a cessé d'attiser les haines, d'instrumentaliser les peurs, de réduire les libertés, d'intensifier la répression, de creuser les inégalités et de détruire ce qu'il restait de droits sociaux.

Par ailleurs, un président garde le pouvoir de la parole, c'est à dire d'affirmer certaines valeurs, porteuses de paix et de civilisation ou bien ou de violence et d'intolérance, ce qui a une influence très importante sur les mentalités et donc sur "l'ambiance" d'une société.

C'est sur ces terrains que Hollande peut et veut changer les choses. Voila pourquoi nous pouvons être réellement heureux de la fin de ces 10 années de sarkozysme et de l'arrivée à l'Elysée de ce nouveau président.

Source : SytiNet - Le Blog

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 13:30

Ramtha: La dernière valse des tyrans

Avant-propos

J’avais cité, un jour, Ramtha, sur un site très populaire. On a rit… Comme toutes les « religions » ou source de spiritualité, certains les emploient à mauvais escient. Ou n’ont pas le « cœur  et l’esprit » ouverts. L’ère des pseudos savants, les technologies brillantes, brasillantes, n’en finissent plus d’étouffer le « penser par soi-même ». Si les religions ont endoctriné les esprits, les figeant comme la pierre, les laissant sans vie, autre qu’une pétrification  , les « croyances modernes » ne sont guère mieux pour la pensée libre.

Du mica, rien de plus. Une vision fuyante et vague, mais cristallisée qui ne laisse plus de place au mouvement.

L’ère des micas et de l’or des fous…

RAMTHA

Ramtha se présente comme un être ayant vécu il y a 35,000 ans. Ce qui, en partant, rend douteux le « personnage ». Alors, écartons le personnage – car si celui-ci bloque l’entrée de votre connaissance de par ce simple fait, il s’agit d’un jugement à priori et d’un rejet par un détail à la fois insignifiant et incompréhensible pour le moment – il vaut mieux éviter ce genre de piège et bien analyser avec ouverture le contenu de son message.

***

La dernière valse des tyrans,  première édition,  date de 1989. Les propos cités dans ce passage sont pour la plupart dévoilés depuis à peine une décennie par les plus grands penseurs, les blogueurs, et sur le tard, la presse écrite de par quelques marginaux qui passent encore pour des hurluberlus.

Ce passage est donc visionnaire et atemporel. Sinon, cherchons le génie caché en ce bas-monde qui pourrait voir et expliquer toute la structure sociale et monétaire qui a mené à des crises financières menant au monde actuel, pris dans un étau de dettes.

Apprendre, je le répète, est un acte en mouvement : il faut laisser entrer les choses par une porte de l’esprit et laisser sortir ce qui n’est que les déjections d’un monde affolé, accroché à ses fioritures, et vraisemblablement inapte au bon sens.

On préfère les diplômes, ces certificats vendus par les sociétés pour vous donner un bon travail qui fera de vous un rameur de galère, mais fier.

Gaëtan Pelletier

______________

Lire la suite, et je vous conseille vivement un petit détour par ce blog, une belle et bonne découverte LA VIDURE | Naître dans une explosion et finir en implosion!

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:59


Les abeilles sont malades. Ces dernières années, les agriculteurs sont démunis devant un phénomène dont l’origine semble incertaine. Les ruches se vident, ou plus exactement, elles ne se remplissent plus au printemps venu. Les hypothèses abondent pour désigner le coupable mais on peine à le mettre sous les verrous. Les écologistes ont même probablement bannis des innocents au nom de la nouvelle morale écologique. Alors que nous regardons les populations d’abeilles se réduire sous nos latitudes, et que certains tirent la sonnette d’alarme pour sauver ce sympathique hymenoptere besogneux, il convient de condamner la vision pathologique que nous avons de nous-même. La coupable? Cette vision étriquée qui consiste à nous considérer comme des individus par nature égoïstes et calculateurs, légitimant par là-même les dérives du monde capitaliste, et l’exploitation à outrance de la nature. Homo Economicus contre Apis Melifera? Voyage dans les ruches apicoles et humaines, accrochez vos ceintures et vos jabots. Les hommes sont malades.

Abeille mon ami

Tout allait bien au monde de Maya l’abeille, jusqu’à ce que cette dernière meurt de façon étrange. Ce placide insecte strié de jaune et de noir est un bio-indicateur particulièrement sensible. Même a faible intensité de pollution, les populations d’abeilles en pâtissent et indiquent ainsi que leurs environnement est menacé. En 2008, aux États-unis, un tiers des ruches est atteint du CCD (Colony Collapse Disorder ou Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles) dont le symptôme, relativement explicite sur le degré de malaise, est l’abandon total d’une ruche par ses anciens habitants.

abandoned-house-kevin-bauman

Maison abandonnée n°1 – Kevin Bauman – 100 Abandoned Houses

Le problème est d’importance car au-delà du simple fait qu’elles nous fournissent en délicieux miel, ces petits êtres ailés se chargent de la pollinisation de plus de 20000 espèces végétales, dont certaines stratégiquement très importantes comme le kiwi, le melon, le concombre, la courgette, la pêche, l’abricot, les poires pour ne citer que certaines parmi d’innombrables autres. En l’an 2000, des psychopathes des chiffres ont estimé que l’apport de l’abeille pour l’économie des États-unis s’élevait à 15 milliards de dollars, soit l’équivalent de la production annuelle de richesses d’un pays comme la Jordanie. Les habitants des ruches sont donc nos amis car ils nous rapportent, une sorte d’insecte aux pollens d’or…

C’est la faute aux nazis bien sur!

La suite de l’histoire est aujourd’hui presque banale et n’étonnera personne dans ces premiers développements. Chez les humains, on se penche donc sur la question et on identifie surtout deux suspects, à savoir deux pesticides, le Gaucho et le Régent, respectivement commercialisés par les multinationales Bayer et BASF. Ces entreprises sont pour l’écologiste moyen que je suis des criminels multi-recidivistes en liberté conditionnelle. Tous deux ont trempé dans le nazisme et sont régulièrement épinglé pour leur débouchés commerciaux aux conséquences environnementales désastreuses. En “honneur” à la présomption d’innocence, les suspicions pesant sur ces aspirateurs à profits se transforment d’elles-mêmes en preuves irréfutables de leur culpabilité. Les produits incriminés, des insecticides systémiques qui tuent sans distinction et qui n’ont donc a priori pas les faveurs de la ménagère de moins de cinquante ans ni de l’altermondialiste moyen. Sous la pression du SEAPM (Syndicat Européen des Abeilles Productrices de Miel) la France et l’Allemagne en interdisent assez rapidement l’utilisation. La veuve et l’orphelin peuvent dormir sur leurs deux oreilles…

agriculture-nazi

La fable écologique aurait du se terminer ici, mais voilà, coup de théâtre! Une étude rendue publique par l’AFSSA (Agence Française de Sécurité SAnitaire) révèle que ces produits ne sont pas à incriminer dans la désertion des ruches. Même si l’indépendance de cette institution laisse franchement à désirer par ces liens parfois suspects avec les intérêts de l’industrie agro-alimentaire, force est de constater que les interdictions formulées en 1999 (Régent) et 2006 (Gaucho) n’ont pas du tout enrayé le déclin des ruches françaises jusqu’à aujourd’hui. Comme des meurtres qui continueraient une fois l’assassin arrêté, il y a matière à s’interroger … Ainsi, malgré que ces produits soient aujourd’hui absents de l’armement chimique des agriculteurs et que les fleurs pullulent sur un territoire très orienté vers l’agriculture, la production française de miel continue de s’effondrer et l’on importe environ 50% de nos besoins. Le coupable court donc toujours.

Bas les masques!

L’histoire est celle d’un bon roman d’Agatha Christie en partance d’Istanbul à bord de l’orient express. Hercule Poirot scrute les cadavres d’abeilles et soupçonne alternativement tous les témoins et parties prenantes. Dans un méli-mélo de preuves et de recoupements il semble qu’une hypothèse incroyable mais plausible se dessine: et si tous les suspects dans le train étaient coupables? L’impossibilité à résoudre cette histoire d’abeilles vient bien plutôt du système agricole, industriel et idéologique en place dans notre civilisation. Ce ne sont pas les pesticides le problème, ni les OGMs, ni les grandes exploitations agricoles, ni la monoculture, ni la déstabilisation climatique, ni la qualité nutritionnelle et immunitaire des plantes, ni la logique du profit, ni la fertilité des sols, mais c’est bien tout cela la fois.

Petit cours accéléré du complexe agro-chimique et industriel par Claude bourguignon

Cette vicieuse d’abeille

On cite souvent à propos des abeilles, et on attribue surement à tord, cette inquiétante citation d’Albert Einstein: “Si l’abeille venait à disparaître, l’espèce humaine n’aurait que quatre années à vivre”. Hormis le fait que je fais beaucoup plus confiance au découvreur de la théorie de la relativité restreinte en tant que physicien de génie qu’en tant que prophète éclairé à tendance catastrophiste, il est toutefois exact que nous avons avec les abeilles une relation intime, une inter-dépendance inscrite dans les siècles qui doit nous interpeller. Les abeilles menacées, nous sommes egalement sur la sellette. C’est bien de notre capacité à avoir une relation responsable et saine avec nous même qui nous rendra capable de prendre soin de notre planète.

“La nature est invincible, au contraire, c’est l’homme, et surtout l’homme capable de liberté qui est fragile et qui peut disparaitre”

Bernard Charbonneau

Tout le problème et l’erreur des écologistes, c’est d’accuser tel ou tel pesticide ou tel OGM, tel type d’agriculteur ou tout autre chose. Dans le fond, c’est notre propre vision de nous-même qui est à la source de tout ce système et qui nous fait accepter cette course à l’intérêt égoïste comme un fondement indépassable du vivre ensemble et une tendance naturelle de l’homme. Coïncidence intéressante, la pensée libérale de notre époque, qui est à la source de cette vision absurde de nous-même, a été influencé entre autres par La fable des abeilles écrite par Bernard Mandeville en 1714. La thèse de cet auteur, qui a notamment fortement influencé le père du libéralisme économique Adam Smith, est que la bonne marche d’une société, ce qu’il appelle la ruche prospère, se base particulièrement sur les vices de ses membres.

C’est ainsi que, chaque partie étant pleine de vice,
Le tout était cependant un paradis.
Cajolées dans la paix, et craintes dans la guerre,
Objets de l’estime des étrangers,
Prodigues de leur richesse et de leur vie,
Leur force était égale à toutes les autres ruches.
Voilà quels étaient les bonheurs de cet état ;
Leurs crimes conspiraient à leur grandeur,
Et la vertu, à qui la politique
Avait enseigné mille ruses habiles,
Nouait, grâce à leur heureuse influence,
Amitié avec le vice. Et toujours depuis lors
Les plus grandes canailles de toute la multitude
Ont contribué au bien commun.

Bernard Mandeville – La fable des abeilles (Extrait) – 1714

Plus encore, s’opposant ainsi frontalement au paradigme grec de la bonne marche de la société par l’appel aux vertus des individus et à la mesure en toute chose, Mandeville décrit l’effondrement de cette même société si l’armée de démons que nous serions se transformait en communauté d’anges. Par la même, on trouve contre toute attente que les vices sont acceptables (voir à promouvoir?) en ce qu’ils garantissent la prospérité et que la vertu mène à l’effondrement de la ruche.

Encore et toujours, le capitalisme et sa sainte croissance

Toutefois, la réalité est bien cruelle pour notre ami Mandeville, dont on entend encore régulièrement les délires d’un autre age lorsqu’un être humain, plein de sagesse, semble vouloir déclarer “qu’il n’y a rien de mieux qu’une bonne guerre pour relancer une économie”, que “jeter un papier par terre c’est créer de l’emploi pour des balayeurs”… Bref creusons des trous pour rien c’est bon pour la croissance…Les abeilles sont, parmi d’autres, les victimes de cette idéologie qui veut que nous supposions l’homme mauvais pour le plus grand bonheur (matériel) possible. Et comme il était possible de le prévoir, porter en exemple de tels individus promeut bien une société partiellement prospère mais egalement une société à leur image, calculatrice, égoïste et individualiste.

Prospère à court terme et malheureuse, voilà la prophétie de Mandeville réalisée dans nos sociétés. L’idéologie libérale et capitaliste actuelle est aujourd’hui incapable de résoudre la contradiction entre une stabilité politique par la production toujours croissante de marchandises et les limites non négociables de notre environnement. Les économistes libéraux sont en sueurs lorsqu’ils doivent trancher entre la protection des abeilles et la croissance de la production végétale. Dans le doute on continue à produire, on pourra peut-être affamer un peu plus de gens pour continuer a sur-consommer négocier une planète supplémentaire si on le demande gentiment.

“Si seulement on pouvait soumettre les abeilles!”. Mais voila, l’économie découvre que la limite de l’exploitation de l’esclave c’est sa destruction dans l’acte de production. Le grand écart impossible, l’icône sacrée, le mantra absolu, la cérémonie et le rituel censé ramener les ressources, le développement durable, sera bientôt visible pour tout le monde pour ce qu’il est, une imposture, le grigri d’une religion qui hypnotise, une contradiction dans les termes, et donc aussi un oxymore à occire.

“Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.”

Kenneth E. Boulding

Le problème est en chacun de nous

Il serait bien trop simple et stérile de blâmer seulement l’économie, la croissance ou le libéralisme. Ces entités abstraites n’existent que parce que nous les faisons vivre d’une manière ou d’une autre: en consommant de manière excessive, ostentatoire ou compensatrice, en calculant nos choix, en maximisant notre intérêt, en ayant peur de notre voisin et en ayant un a priori négatif sur un inconnu. Pour reprendre les termes de Serge Latouche, nous avons un véritable imaginaire à décoloniser, une liberté à se réapproprier, pour enfin construire un monde meilleur.

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Cerveau décolonisé – El Puerto Rican Embassy

Toutefois, il faut dans ce projet de réhabilitation de la volonté de changer le monde, être conscient de la tension qui existe entre la liberté pleine et entière qui est le moteur de ces changements et les dérives potentielles de cette force. Isaiah Berlin a théorisé cette tension entre la liberté négative, celle au cœur du projet libéral qui consiste en l’absence de contraintes, et la liberté positive, celle de l’action volontaire et de l’auto-détermination. Pour lui, la deuxième forme de liberté est trop dangereuse et mène inévitablement à des dérives violentes, voir totalitaires. Pour cela il promeut la liberté négative, censée nous protéger de nous-même, de notre tendance “naturelle” à la violence et, pour le dire crument, aux massacres de nos semblables au nom d’un monde meilleur. La séquence suivante est tirée de l’excellent documentaire d’Adam Curtis, the trap, qui montre comment notre vision de nous-même comme des êtres fondamentalement égoïstes rend impossible la réalisation d’un monde meilleur. Sauver les abeilles n’en est alors qu’un exemple anecdotique.

The Trap – Adam Curtis – 2007 – Le piège de la liberté négative

Il faut réenchanter le monde, et promouvoir un monde meilleur en pleine conscience des risques potentiels du total exercice de notre liberté. Cet appel au réalisme magique n’est pas un mince projet, il est l’objet essentiel de notre époque, un champ de bataille en chacun de nous. les fronts sont marginaux mais innombrables. Ils faut les étendre et faire des jonctions lorsqu’ils se rencontrent. Common decency pour les uns, utopie pour d’autres, idéal Grecque ou simplicité volontaire pour d’autres, toutes tendent à supposer l’homme capable du meilleur au nom d’une idée plus vaste de la liberté. Seulement à ce prix nous retrouverons l’espoir d’un monde meilleur…

 

Source : Des abeilles et des Hommes | Jardinons la planète


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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 21:46

 

11:46 23/12/2011
"Impressions de Russie" par Hugo Natowicz

Un de mes premiers souvenirs liés à l'actualité est la chute du mur de Berlin, événement qui a, à juste titre, marqué les jeunes nés dans les années 1980. Par-delà les énormes bouleversements géopolitiques qu'il a induits, le démantèlement de l'Union soviétique a eu une conséquence psychologique majeure: ma génération, frappée à jamais par ces images, a grandi avec la certitude d'être née du bon côté de l'histoire.

Ce sentiment était exacerbé par des décennies de confrontation entre deux blocs, l'URSS et les Etats-Unis. Un tête-à-tête anxiogène qui avait au moins un mérite: celui de tracer une géopolitique commode et compréhensible, sur le mode binaire. Le monde était prévisible, nettement organisé autour de la confrontation de deux camps hostiles.

Survenue il y a exactement vingt ans, la chute de l'Union soviétique signifiait la disparition du dernier obstacle à une dynamique qui, pensions-nous inconsciemment, devait naturellement finir par englober le reste de la planète telle une vague vertueuse. La géopolitique simpliste du temps de la guerre froide débouchait sur une autre certitude, une nouvelle commodité pour la pensée. Les rôles du gagnant et du perdant étaient nettement distribués: l'Occident sortait vainqueur de son conflit avec l'URSS.

Baigné depuis l'enfance dans les valeurs occidentales, j'ai longtemps cru, comme de nombreux citoyens européens, que le système économique, politique et moral qui m'avait vu naître était la seule et unique voie possible. J'ai eu la chance de grandir dans un monde qui, s'il n'était pas dénué d'injustices, était mû par une dynamique simple, confortablement soutenue par ce "sentiment de victoire" sur l'Union soviétique.  

Ce "monde occidental" dans lequel je suis né, comment le définir? A quel moment se produit la jonction géopolitique entre les deux rives de l'Atlantique? A cet égard, le débarquement des soldats américains à Omaha Beach a marqué un tournant majeur. Arrivé en libérateur, Washington bénéficiait du droit légitime d’implanter son système politique et économique. Une entreprise fondée sur le plan Marshall, un prêt censé aider l’Europe à se reconstruire et à se consolider face à l’ennemi communiste. Sous couvert d'aide, les USA s'assuraient un marché pour écouler leurs marchandises, et subordonnaient l'économie européenne. Dernier rempart de la souveraineté française, De Gaulle eut beau fustiger la suprématie du dollar, appeler au retour à l'étalon or, et accuser les Etats-Unis d'exporter leur inflation; il finit par quitter le pouvoir après avoir été chahuté par la révolte étudiante de mai 1968.

Au niveau politique, la logique d'après-guerre s'est caractérisée en Europe par le fédéralisme politique, les efforts visant à enraciner le libre-échange et la soumission du politique à l'économique. Une dynamique menée au mépris de la volonté des peuples, qui s'y sont opposés lors de référendums à chaque fois bafoués. Militairement, la toute-puissance occidentale est adossée à l'Otan, qui continue de perpétuer la logique d'expansion propre à la guerre froide malgré la disparition de l'URSS.

 

Demain la chute?

Il est désormais bien loin, le temps des certitudes. L'économie, jadis moteur de la construction du "bloc" occidental, en est devenue le talon d'Achille. Alors que de nouveaux acteurs attendent de s'affirmer sur la scène internationale, le repère planétaire qu'est l'Occident s'enfonce dans une crise dont les répercussions sont encore imprévisibles. Une chose est sure: elles seront incommensurables. Derrière l'agonie de l'euro, dont l'aggravation continue augure un final dramatique, se dessine une autre crise, plus profonde. Vingt ans après celle de l'URSS, une nouvelle chute se dessine: celle du monde occidental tel qu'on l'a connu jusqu'à présent. 

L'obsession des médias sur les turpitudes de la monnaie européenne forcerait presque à oublier les convulsions que connaît le véritable pilier de l'économie mondiale: les Etats-Unis. Les problèmes de ce pays sont plus qu'inquiétants: de grands Etats, comme le Minnesota, ont déjà fait faillite, et les finances de nombreuses villes sont à sec. L'Etat recule inexorablement, une tendance qui a également commencé à se manifester en Europe.

Derrière ces phénomènes de surface, c'est le système consistant à créer de la croissance par la dette qui est à bout de souffle. Renflouement après renflouement, l'Europe se débat en "comblant" des déficits abyssaux par des emprunts colossaux, tandis que les Etats-Unis impriment du dollar à la chaîne. Conscients du cercle vicieux, nombreux sont les économistes qui assurent que le déclenchement d'un krach mondial n'est plus désormais qu'une question de temps. La crise débouchera-t-elle sur la victoire du fédéralisme européen et une soumission totale de l'Europe à la logique atlantiste ? Suscitera-t-elle au contraire un réveil des peuples et un découplage entre l'Europe et l'Amérique? Il est encore trop tôt pour le dire.

Fait positif, une prise de conscience des dérives du système financier se manifeste notamment outre-Atlantique, comme en témoignent les manifestations "anti-Wall Street". Las d'être les instruments d'un système devenu fou, un nombre croissant d'Américains comprennent que rien ne changera tant que perdurera la toute-puissance des grandes banques américaines. Cette compréhension tardive a peu de chances d'atténuer les effets du krach qui se profile; elle constitue néanmoins un espoir indéniable pour l'avenir.

Car dans l'effondrement qui menace le monde, on pourrait voir émerger des hommes éveillés aux quatre coins du globe. Conscients des incohérences du système dans lequel ils sont nés, ils auront la lourde de tâche de replacer l'humain au centre de l'économie.

 

 

Source : La fin des certitudes | Tribune libre | RIA Novosti

 

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