4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 23:39

 

 

Ana Esther Ceceña 

Rebelión

 


Selon JV2020, la domination du spectre complet est “la capacité des forces des Etats-Unis, opérant unilatéralement ou conjointement avec des alliés multinationaux ou des forces-inter-agences, de vaincre, n’importe quel adversaire et contrôler n’importe quelle situation dans toute l’amplitude du spectre des opérations militaires » Et, il énumère ses différentes situations « incluant le maintien d’une attitude de dissuasion stratégique. Incluant l’action sur le théâtre d’opérations et activités de  présence. Incluant les conflits impliquant l’emploi de forces stratégiques et armes de destruction massive, guerres de théâtre principal, conflits régionaux et contingences de moindre intensité. Ces situations comprennent également celles ambigües qui oscillent entre paix et guerre, comme par exemple les opérations  pour maintenir et ramener la paix, de même que les opérations non-combatives d’aide humanitaire et l’appui aux autorités locales. »

 

La guerre, dans les termes que pose le JV2020, requiert pour ’une conduite unifiée : « une direction intégrée qui repose dans l’usage de tous les outils du statisticien pour atteindre nos objectifs nationaux, unilatéralement quand c’est nécessaire, en même temps que de faire un usage optimum des qualifications et des ressources fournies par les forces militaires multinationales et les organisations de volontaire privées quand c’est possible. La participation de la force conjointe à des opérations d’appui aux autorités civiles augmentera également en importance à cause des menaces émergentes sur le territoire des EU, telles que le terrorisme et les armes de destruction massive. »

Le document JV2020 accorde une attention spéciale aux “opérations informationnelles”, qui se définissent comme « celles qui sont entreprises pour affecter l’information et les systèmes d’information, de même qu’à la défense de nos propres informations et systèmes d’information. Ce type d’opérations regroupent depuis la piraterie informatique jusqu’à ce qui dans l’armée des EU est connu sous le nom « Opérations Psychologiques »


Il met en relief, en plus que «  l’interopérabilité est la base des opérations multinationales et inter-agences effectives ». Et ajoute comme élément fondamental «  la coordination sui se produit  entre les éléments du Département de la Défense et les agences du Gouvernements des EU impliquées, les organisations non-gouvernementales, les organisations de volontaires privées et les organisations régionales et internationales avec le propos de réaliser un objectif » lequel devra se réaliser « malgré la diversité des cultures, des intérêts en confrontation et les différentes priorités d’intérêt des organisations participantes » 

« Trois aspects du monde de l’année 2020 auront des implications significatives pour les Forces Armées des EU. Premièrement, les États-Unis continueront à avoir des intérêts globaux et seront engagés avec une série d’acteurs régionaux. »

Notre sécurité et nos intérêts économiques, de même que nos valeurs politiques,  donneront l’impulsion à nos engagements avec nos associés au niveau international. La force conjointe 2020 doit être préparée pour  gagner dans tout le spectre des opérations militaires dans n’importe quel lieu du monde ; pour opérer avec des forces multinationales ;  pour coordonner des opérations militaires ; pour opérer avec des agences gouvernementales et avec des organisations internationales quand c’est nécessaire.

Précisément, le concept de “domination du spectre complet” implique que les forces des EU soient capables de mener des opérations rapides, soutenues et synchronisées avec des combinaisons de forces sélectionnées à la mesure de chaque situation spécifique et avec la possibilité et la liberté d’intervenir dans tous les domaines : mer, air, terre et information. En plus, du fait du caractère global de nos intérêts et obligations, les Etats-Unis doivent maintenir leurs forces de présence outremer et la capacité de projeter rapidement du pouvoir dans le monde entier dans le but d’obtenir la domination du spectre total. »

Extraits de
 Le complexe académico-militaire étasunien et ses relations avec les forces armées d’Amérique Latine  Nouveaux masques pour de vieux projets

Par Rina Bertaccini

 

 

 

Depuis 1998-2000, après une révision complète large et exhaustive des affaires militaires au cours des 50 dernières années, et en gardant en vue la planification stratégique correspondant aux défis, menaces et conditions du siècle à venir, le Commandement Conjoint des Etats-Unis a émis un document conceptuel qui résume les expériences, objectifs, risques, capacités et savoirs,  et cela dans le but d’opérer une réorientation des trajectoires, mécanismes et variantes de la consolidation des Etats-Unis en tant que leader indispensable, en tant que  puissance hégémonique indiscutable (Joint 1998 et 2000)

Plusieurs porte-parole du Département d’État et de la Défense signalèrent qu’il s’agissait d’une opportunité historique, en grande mesure à cause de la faillite du camp socialiste, grâce à laquelle les Etats-Unis avaient la possibilité et les moyens pour construire un leadership planétaire total et ils présentèrent leur plan stratégique pour qu’il en soit ainsi. 


Répartition et contrôle du monde 

La délimitation territoriale de la planète s’est faite selon 5 régions qui la couvrent entièrement et qui se trouvent actuellement sous le contrôle de chacun des cinq différents Commandements des forces armées étasuniennes.[i] Peu de temps après, en 2001, après les événements des Tours Jumelles à New York, le Commandement Nord s’est ajouté la charge d’assurer directement une sécurité interne qui couvre non seulement son propre territoire mais toute la surface de l’Amérique du Nord. Il est important de signaler, qu’à présent au bout d’une décennie, neuf Commandements ont été créés[ii], garantissant un contrôle plus détaillé des terres, mers, glaciers et populations que compte la planète Terre dans son ensemble.

La géographie de mise sous discipline globale.

Des équipes de spécialistes à leur tour, travaillèrent à l’identification des problématiques différenciées dans le champ de la mise sous discipline en termes géopolitiques et ils déterminèrent une caractérisation qui distingue trois grandes régions (Barnett, 2004), envers lesquels sont élaborées des politiques différentes.

1. Les alliés. La région développée regroupée en organisations de gestion internationale et engagée dans l’établissement et l’accomplissent des normes de sécurité qui assurent la bonne marche du système et le respect et la protection de la propriété privée.

2. L’ère de risque ou ingouvernable. Un large groupes de pays incluant des zones maritimes et qui est reconnue comme « fracture critique » dans laquelle il y a en permanence des risques de d’explosions, d’insubordination face aux règles établies par les organisations internationales comme l’Organisation Mondiale du Commerce(OMC), le Fond Monétaire International(FMI) et la Banque Mondiale, de rébellion contre le mode de gestion des controverses entre Etats et entreprises transnationales (ETN) par le Centre International de Règlement des Différents Relatifs aux Investissement (CIADI), d’indiscipline en terme de gouvernabilité, etc.

Ces régions sont qualifiées de conflictuelles, partiellement ingouvernables et susceptibles de mettre en risque les zones voisines par un agrandissement de la zone pourrie ou de pouvoir mettre en risque d’explosion le système mondial, quoique que, pas plus que conjoncturellement. Pour ces raisons, c’est une région qui requiert une grande attention et doit être maintenue sous surveillance et le cas échéant faire l’objet d’intervention opportune et efficiente. Ceci est la région de la plus grande étendue parmi les trois identifiées et c’est celle qui recèle la plus grande quantité de richesse de la Terre : la ceinture de biodiversité, les eaux, le pétrole et autres énergies, les minéraux et cultures.

3. La charnière. C’est une région importante en soi tant politiquement que pour ses richesses mais elle se situe comme chaînon ou comme fer de lance dans le ralliement ou la récupération des pays de la fracture critique. Elle est composée des pays semi-développés ou caractérisés d’émergents, respectueux des règles du jeu quoique en certaines occasions ils éprouvent des difficultés pour suivre le rythme des politiques internationales (cas des renégociations de dettes ou similaires) mais intéressés à se maintenir dans les dynamiques établies. Avec les pays de cette région il est possible de souscrire des accords diplomatiques, politiques et économiques sans qu’il soit nécessaire d’intervenir directement par la force. De différentes manières, ils ont tous un poids régional déterminant et seraient capables de faire évoluer les normes globales à travers des mises en concordances, canaux et compromis au niveau régional. Entre les pays de cette tranche se trouvent le Brésil, l’Inde, l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Russie et la Chine.


Socio politique de la mise sous discipline globale

L’idée centrale des guerres du 21ème siècle est celle du maniement asymétrique, une fois rompu l’équilibre des pouvoirs par la faillite du camp socialiste. La construction de l’ennemi a opéré un glissement des entités institutionnelles vers les ennemis non-spécifiques, créant un imaginaire de guerre aveugle.

L’ennemi identifiable ou conventionnel voit son statut réduit à celui de menace régionale et dans ce camp se retrouvent l’Irak, la Lybie, l’Iran et le Venezuela, chacun d’entre eux considéré comme potentiel leader régional, ainsi que tous les types de coalition auxquels ils participent (ALBA, OPEP, Petrocaribe, etc…). Il s’agit à chaque fois d’un pôle articulé de pouvoirs alternatifs ou hostiles aux États-Unis et à leur american way of life converti en politique internationale. Pour cet ennemi la réponse est l’isolement et la démonisation, ou l’application d’une force surdimensionnée pour le détruire, et par-dessus tout l’humilier. Le prototype en est l’intervention en Irak.

L’ennemi non institutionnel est diffus, relativement invisible, éloigné des règles de fonctionnement du pouvoir et en un certain sens indéchiffrable. C’est, depuis un vietnamien apparemment inoffensif de qui ont perçoit seulement le chapeau et jamais le visage, jusqu’à des femmes ou des enfants d’une communauté qui ne se conforment pas avec la construction d’un barrage générateur d’énergie électrique en passant par des masses urbaines qui protestent contre l’élévation du prix des transports, ceux dont on imagine qu’ils peuvent déposer une bombe, fabriquer des armes chimiques ou biologiques dans des laboratoires domestiques ou qu’ils peuvent mobiliser d’amples contingents pour s’opposer aux politiques et projets hégémoniques.

Le danger vient du fait que ces petits ennemis insignifiants qui apparaissent dans tous les recoins, où se dissimulent dans chaque trou peuvent mettre en risque le système lui-même. C’est pour cela que l’on cherche à les attaquer avant qu’ils ne se retrouvent en position de force dissuadant ceux qui sont susceptibles de se transformer en de tels ennemis. Boucher tous les pores et ne pas laisser la plus petite ouverture à l’ennemi dit le missel militaire étasunien (Joint 1998)


Domination du spectre complet

La carte conceptuelle stratégique du projet hégémonique se construit comme nous le disions, autour de l’idée de profiter, ou de ne pas laisser se perdre, l’opportunité historique, qui ne se répétera pas, d’une émergence des Etats-Unis comme leader mondial. Sans guerre froide, sans pouvoirs équivalents auxquels se confronter, mais une conflictivité générale extrêmement complexe et généralisée. Les Etats-Unis ont redéfini leurs objectifs, leurs espaces, modifiant ou adaptant leurs mécanismes, générant des exigences technologiques, recomposant les équilibres entre travaux de renseignement, de persuasion et de combat, redéfinissant les points critiques et explorant les schémas d’approche mais sans renoncer en aucune mesure a ce que, dès ce moment, ils ont appelé « domination du spectre complet » (Joint 1998 et 2000).

La plus grande nouveauté de cette conception stratégique réside dans sa capacité à articuler dans un sens général unique des stratégies sectorielles, partielles, spécifiques, temporelles et plus limitées qui sont déployées par différents émissaires ou agents de la politique de sécurité et de la recherche de suprématie des Etats-Unis sur tous les plans. Rien de nouveau n’a été inventé mais le problème a été pensé de manière intégrale et cela en a changer les expressions et les priorités.

Une systématisation, avec des détails scientifiques, a été opérée pour chaque niveau ou espace du spectre où pourrait se dissimuler un ennemi potentiel. L’espace extérieur, l’espace atmosphérique, les eaux, les surfaces terrestres, les profondeurs de la terre, les espaces publics et privés qui doivent être pénétrés grâce à des mécanismes panoptiques (caméras aux coins des rues, dans les banques et bureaux, puces espionnes, systèmes de données centralisées, etc.) Vie quotidienne, vie productive, pensée et action. Quartiers populaires avec des politiques différentes des quartiers de classe moyenne ou de classe élevée, stratification compétitive, transport, dotation de service, etc. tous les points d’observation et de manipulation des populations.

Avec deux objectifs généraux : garantir le maintient du capitalisme et à l’intérieur la suprématie des États-Unis ; et garantir la disponibilité de toutes les richesses du monde comme base matérielle de fonctionnement du système, assurant le maintient de ses hiérarchies et dynamiques de pouvoir[iii]. En d’autres termes, ils insistent, empêcher la formation de forces individuelles ou collectives capables de devenir un contrepoids significatif au pouvoir des États-Unis autoproclamés leader mondial, empêcher ou dissuader toute forme d’insubordination ou de rébellion qui mettrait en risque le système ou les intérêts centraux de ses principaux protagonistes, parmi lesquels ont compte la liberté de disposer sans limites des territoires et vies.

L’ambition géographique de cette stratégie de mise sous discipline embrasse tout le globe et l’espace extérieur, mais étant donné la conformation territoriale de la planète et la conception du monde comme champ de bataille, il a comme territoire de base, comme territoire interne, le Continent Américain.



[i]  Les cinq commandements qui se répartissent le monde sont : Central Command, European Command, Northern Command, Pacific Command, Southern Command.

 

[ii] Actuellement les Commandements de Combats sont neufs parmi   sont transversaux à savoir African Command, Central Command, European Command, Northern Command, Pacific Command, Southern Command,  Special Operations Command, Strategic Command y Transportations Command. (DoD, 2014).. Cependant une nouvelle modification se profile qui en réduirait le nombre à 5 commandements géographiques, dans une certaines mesure pour des questions de budget. (DoD 2013)

 

[iii] Il est intéressant de revoir de ce point de vue la définition de la mission historique des forces armées des États-Unis, qui dans ses cinq objectifs fondamentaux inclus les deux mentionnés (Cohen 1998)

 

Traduction Anne Wolff

Source espagnole Rebelion. La dominación de espectro completo sobre América

 

 

Lire le tout : 

 

La domination du spectre complet en Amérique (et dans le monde)1

La domination du spectre complet en Amérique (et dans le monde) 2

La domination du spectre complet en Amérique (et dans le monde) 3

 

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