Et si nous parlions un peu de la Syrie…
Ou l’éternelle histoire de la mouche du coche…
Et bien non je ne parlerai pas de la Syrie. Parce que je n’ai rien à dire de pertinent à ce sujet. Je ne peux que déplorer en toute impuissance la création d’un nouveau foyer de guerre, d’un peu plus de déchirement, de mort, de souffrance et de destruction.
Je laisse à ceux qui se sentent assez experts de la situation syrienne le soin de s’exprimer à ce sujet et internet est aujourd’hui le haut lieu d’expression d’une prolifération d’experts autoproclamés de la Syrie. De gens qui savent comme s’ils y étaient ce qui se passe dans ce pays et qui connaissent mieux que les gens qui y vivent et subissent les conséquences de nos interventions, leurs aspirations.
Tout ce que je peux dire, c’est que je connais le rôle destructeur des interventions de l’empire. Que ce soit par l’intermédiaire de guerres secrètes comme celle des contras, que ce soit ce joli coup d’échec de Brezinski de fabriquer les Talibans, à coup de dollars, en faisant de l’Afghanistan le champ de bataille entre URSS et Etats-Unis, que ce soit la mission humanitaire pétrole contre nourriture qui a assassiné dans le silence 500 000 enfants Irakiens, que ce soit l’action des bourreaux formés à « l’école des Amérique » pour perpétuer l’asservissement des peuples d’Amérique <<latine ». Cela je le sais parce que ce sont des vérités avérées, fondées sur une multitude de documents, assumés par leurs auteurs. Comme toute une série d’autres faits, comme les conséquences désastreuses de l’intervention en Libye pour toutes la population de ce pays, autant pour les morts, les blessés, les torturés, les emprisonnés, ceux qui ont perdu leurs biens, leur logements que pour ceux qui sont devenus des bourreaux et des assassins. Et dont le devenir aurait pu être différent dans d’autres circonstances. Peut-on envier ceux qui ont à présent tant de sang sur les mains et une mémoire d’assassins ?
Toute intervention militaire est un échec, et faire écho à l’ignoble rire de la harpie Clinton qui se réjouit de l’assassinat de Kadhafi dans les circonstances que l’on sait, c’est reconnaître que nous n’avons jamais été civilisés. Que la couche de vernis est mince que lorsqu’elle se craquelle, ce qui se cachait derrière n’est pas beau à voir… Triste Occident ! Piètre Occident ! Abominable Occident !
J’aime beaucoup Aristote, mais je n’aime pas la logique du tiers exclu. Peut-on envisager la situation en Syrie en décidant qu’il y a deux camps, que l’un est donc forcément celui des bons et l’autre forcément celui des méchants ou bien la situation est-elle beaucoup plus complexe ? N’y aurait-il pas aussi une grande partie de la population qui ne se reconnait ni dans l’un, ni dans l’autre de ces camps-là et qui est prise en tenaille entre deux feux, otage d’enjeux qui la dépassent dans un pays transformé en champ de bataille entre des intérêts dont quelle que soit l’issue, elle sera perdante ?
Ne sommes-nous pas face à l’insoutenable ? Celui qui naît de l’indécidable. Parce que nous n’avons tout simplement pas la possibilité et les moyens de mettre en œuvre une action qui porterait réellement secours au peuple de Syrie ? Du soutien que nous pouvons apporter aux interventionnistes de l’Otan, on sait à coup sûr que le sort de la population leur importe peu et servent les intérêts de ceux qui ont jeté de l’huile sur le feu pour que toute résolution pacifique deviennent totalement impossible, création d’une situation irréversible de guerre civile qui mène à l’inconciliable, avec la haine et le désir de vengeance dont les effets s’inscrivent dans la durée, irrémédiablement, doit-on pour autant apporter son soutien au régime en place et applaudir à son maintien, comme le font certains ?
De toute façon, quoi que nous en disions, les dés sont pipés et la bataille décisive se livre aujourd’hui sur d’autres terrains. Soit le renforcement d’un monde unipolaire, dans lesquels les Etats-Unis assument le rôle de gendarmes du monde, non pas au service de la population de ce pays mais de ceux qui mettent en place les politiciens qui en assument officiellement la direction, ce qui implique la mise en place d’une dictature mondiale, non sans en passer par l’affrontement d’une guerre qui n’épargnera personne, en aucun lieu. Parce que tous ne sont pas prêts à se laisser faire avec la passivité dont fait preuve l’Europe en ce moment. Soit l’avènement d’un monde multipolaire et là de nombreux cas de figures sont possibles… et dépendent d’une multiplicité de facteurs qui rendent impossible quelque prévisions que ce soit quant à la forme qu’il pourrait prendre et au rôle que jouerait chacun de ses pôles multiples. Il est même difficile de prédire si l’Europe a encore la capacité de se réveiller pour y prendre sa place comme pôle à part entière… ce qui impliquerait de démanteler l’actuelle union européenne pour reconstruire une Europe aux alliances multiples et multipolaires elles aussi.
Nous ne sommes déjà pas capables de nous aider nous-même, il est vain alors de prétendre venir au secours d’autres peuples… il ne sert à rien de plonger pour tenter de sauver celui qui se noie loin du rivage quand on ne sait pas nager.
Non, je ne parlerai pas de la Syrie…
Anne