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Le blog de Anne Wolff

Un peu du pire qui vient

13 Février 2019 , Rédigé par Anne Wolff

Un peu du pire qui vient
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Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […]. Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma.

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Ce que dit ici Deleuze, je le constate aujourd’hui, autour de moi, comme dans les raisons (désir de sécurité) qui ont conduit le Brésil à élire un Bolsonaro ouvertement d’ultra-droite. Une élection qui marque un tournant dans l’histoire. L’élection « démocratique » d’un admirateur avoué du nazisme, un adepte des pires dictatures militaires qui ont décimé la région, celle du Brésil n’était pas encore assez sanglante à ses yeux, et il se propose d’achever le boulot, l’éradication de la gauche par le meurtre en masse de ses militants.

En masse, le passage d’un seuil, parce que pour ce qui est de l’élimination sélective des meneurs des mouvements de résistance de l’Amérique Latine, elle est déjà en cours, elle n’a jamais cessé, et à présent elle connaît une recrudescence, du meurtre de la résistante Lenca Bertha Caceres, aux assassinats de dirigeants de mouvements populaires, indigènes, paysans, où d’autres membres des résistances qui se multiplient en particulier en Colombie, au Honduras, au Guatemala, assassinat de journalistes, multiplication des meurtres de candidats aux dernières élections, et des dizaines de milliers de disparus, au Mexique, la liste est longue et chaque jour voit augmenter le quota de morts, combattants pour un monde équitable... l’ultra-droite prépare le terrain d’une prise de pouvoir globale en décapitant les mouvements de résistance.

Parmi ses personnes « ultimées » nombreuses sont celles qui se battaient pour le monde que je voudrais voir exister, en défense de la vie, de la diversité, de l’équité.

Groupement néo-nazi aztèque au Mexique; un parmi des dizaines de groupes néo-nazis qui gangrènent l'Amérique Latine

Groupement néo-nazi aztèque au Mexique; un parmi des dizaines de groupes néo-nazis qui gangrènent l'Amérique Latine

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Mes recherches précédentes avaient mis en lumière les réseaux fascistes qui gangrènent l’Amérique Latine (et le monde). Si les ordres viennent de Washington, si le haut lieu de la conspiration fasciste latino est Miami, dans chaque pays de la région, nous retrouvons des noyaux de cette extrême-droite dont une partie est directement issue, descendance de l’invasion nazie, mais qui intègrent jusqu’à des communautés indigènes, comme ces aztèques qui prétendent défendre la « pureté de leur race ».

Une invasion silencieuse qui à travers des réseaux originels établit avec la complicité des USA a permis un essaimage de criminels de guerre nazis qui ont fait leur nid qui en en Argentine, qui à la Media Luna bolivienne, au Brésil, au Paraguay, au Pérou, au Chili… ce sont de véritables colonies nazis qui s’installent contribuant à la perpétuation d’une idéologie qu’une génération, aujourd’hui disparue, pensait avoir éradiqué avec la défaite et la mort d’Hitler.

C’était l’histoire officielle et on y a cru. C’est totalement faux. Depuis nous sommes nombreux à nous être donné pour tâche de revisiter l’histoire, et ce que nous avons découvert est inquiétant, très inquiétant.

Les réseaux nazis et autres ultra-droite n’ont jamais cessé leurs activités, et aujourd’hui ils apparaissent au grand jour. Quand je vais lire les commentaires sur des sites latinos qui leur sont apparentés, je découvre une véritable croisade « anti-communiste » qui se prépare ; une ambiance qui évoque la folie Mac Carthyste. Quand bien même, ils restent une minorité dans la région, aujourd’hui ils se déclarent prêts à casser du rouge, ce sont des appels au meurtre de ceux qui incarnent aujourd’hui la gauche en Amérique Latine. Ce ne sont plus des personnes qui sont visées en soi, mais bien une idéologie (le socialisme, le communisme) qu’il s’agit d’éradiquer une bonne foi pour toute. Les cibles privilégiées sont déjà listées, en particulier au Venezuela. On avait vu lors de guarimbas, les maisons marquées d’une croix, celles des « chavistes » à abattre. Aujourd’hui, cette menace connaît une recrudescence en urgence et en intensité. De même que celle d’en finir avec la « question indigène », par le génocide, massacre ou déportation. Déportation, une des méthodes utilisée par le génocide qui préside à la création des USA. Les enfants sont enlevés à leurs familles et envoyés dans des écoles qui sont en fait véritables camps de massacre culturel. Des paysans sont déplacés de leurs terres ancestrales et errent à la recherche d’un refuge qui n’existe pas. 6 millions de déplacés en Colombie, des enfants qui meurent de faim au bord des routes. Un tel programme de liquidation indigène est un des premier que Bolsonaro a mis en action au Brésil.

Colombie

Colombie

Pendant que Washington active les réseaux de l’ultra-droite latino, Steve Banon visite l’Europe pour y rassembler les courants de l’extrême-droite en vue des prochaines élections européenne. Je suis fière de dire que la Belgique francophone continue à résister aux sirènes de l’extrême-droite dans son immense majorité comme en témoigne les dernières élections. Je vis dans une commune bruxelloise, Ixelles, dans laquelle vivent en bonne convivialité environs 180 nationalités, un microcosme de ce que pourrait être le monde si tous décidaient de s’entendre et de se respecter.

 

Plus proches entre eux que des peuples qu'ils prétendent dominer

Plus proches entre eux que des peuples qu'ils prétendent dominer

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Partout des voix s’élèvent et des personnes, des groupes de personnes mettent jusqu’à leur vie en jeu pour s’opposer à ce projet de fascisation du monde. Et pendant que l’Empire Américain s’écroule produisant autant de dégâts sur la planète qu’il est encore capable de le faire, que le pourvoir réel de Washington révèle sa vraie nature, l’aboutissement du capitalisme comme fascisme universel, sur une planète dont la propriété serait concentrée entre les main d’un petit nombre, un processus en cours par accaparement de terres sur tous les continents, la Chine propose une version plus performante de ce modèle qui met l’accent sur le soft power, endormant les consciences par de belles paroles alors que les pays qui lui ont fait confiance, qui se sont endettés auprès d’elle découvrent aujourd’hui que les chinois peuvent se montrer eux aussi d’impitoyables usuriers qui n’ont que faire des populations locales et s’attribuent les ressources de pays débiteurs en remboursements de dettes qui étaient autant d’hypothèques de mise en gage de ressources à venir.

 

Les trois Empires Chine, Russie et USA, sont les trois têtes d’une hydre qui parfois se mordent entre elles mais qui toutes participent du monde conçu comme Marché unique. Poutine comme Xi affirment explicitement, tous deux qu’ils participent d’un projet de Nouvel Ordre Mondial, mais ils disent qu’ils souhaitent qu’il s’installe « d’une manière plus raisonnable » que la méthode US, et Xi veut faire de la Chine la puissance hégémonique de cet Ordre. (Ici Xi dans son discours doublé en français au 19ème Congrès du Parti et ici Poutine dans un discours de politique étrangère, La Russie et l’évolution du monde. Un discours édifiant)

Capture d'écran: moment exact de la déclaration d'allégeance de Maduro envers Xi

Capture d'écran: moment exact de la déclaration d'allégeance de Maduro envers Xi

Le Venezuela est aujourd’hui un enjeu majeur, un point clé de l’affrontement de ces trois puissances mondiales qui ont pour objectif de s’approprier le pays qui possède les plus grandes ressources naturelles de la planète, en pétrole, en or mais aussi en gisements du rare coltan, un métal indispensable pour les industries de l’électronique… 7 gisements connus sur la planète pour une ressource devenue condition nécessaire du développements des technologies. Mais l’aspect économique n’est pas seul en jeu, il y a un enjeu politique, la liquidation des gauches et autres résistances, comme prélude indispensable à l’établissement de l’Ordre.

 

L’ex-président de l’Uruguay, Pepe Mujica, affirme que l’enjeu majeure de l’invasion qui se prépare du Venezuela est de freiner l’avancée de la Chine, c’est aussi mon point de vue.

 

De son voyage de septembre en Chine, Maduro est revenu en vassal soumis à la vision de Xi, il le déclare ici : Le voyage en Chine de Maduro, avec traduction du discours en français : à la 26,24ème minute de la vidéo, il adhère à la vision de Xi dans tous ces concepts. D’autre part, il avait conclu, pour les besoins urgent de politiques clientélistes à court terme, des accords qui sont une véritable mise sous hypothèque des ressources naturelles du pays, une hypothèque qui pèsera sur les épaules des générations à venir. Une hypothèque qui permet de dire que si le pays recèle des quantités de ressources non renouvelables, les habitants du pays en sont d’ores et déjà dépouillés, parce que leur gouvernement est en train de céder jusqu’au dernier baril de pétrole encore enfoui dans les profondeurs de la terre, à la dernière once d’or, … alors qu’aucun redressement de la productivité du pays ne se fait sentir, au contraire l’appareil productif ne cesse de se dégrader… Et bien pire, ces questions risquent demain de se voir reléguer au second plan, vu l’imminente menace d’une invasion militaire, et de ses désastreuses conséquences.

Frontière du Venezuela avec la Colombie

Frontière du Venezuela avec la Colombie

Un peu du pire qui vient
Irak, image de la réalité de la guerre vs guerre éclair et frappe chirurgicale

Irak, image de la réalité de la guerre vs guerre éclair et frappe chirurgicale

Bref retour sur les commentaires (je ferai une compilation des plus récurrents parmi ces appels à la guerre, au meurtre, à l’éradication de la gauche et à l’élimination des « indios », cela fait partie du panoroma politique de l’Amérique Latine actuelle) des sites vénézuéliens liés aux promoteurs de cette invasion, de Guaido à Machado. Ici, la video où le groupe Soy Venezuela dirigé par Maria Corina Machado appelle à une intervention militaire par les armées de Colombie, du Brésil et des USA. « Une opération de maintien de la paix pour protéger les couloirs humanitaires ». 1)Le Venezuela n’est pas (encore) en guerre et une telle intervention n’a aucune raison d’être. 2) La grande majorité des « analystes et commentateurs de la droite oligarchique, présentent les choses comme si ces armées pouvaient pénétrer comme dans du beurre dans un pays où 80 % des habitants ont en commun le refus de toute forme d’invasion militaire. Et Machado n’est pas la seule à promouvoir l’invasion, Guaido le déclare : si nécessaire il « autoriserait » une telle intervention du pays par des forces étrangères. Alors que selon différentes enquêtes 80 % de la population se déclarent contre une intervention militaire du pays. Mais Guaido est un pion placé pour faciliter l’invasion. Et il est fort probable qu’il soit sacrifié dans le processus.

Le pire, c’est qu’une majorité de commentateurs de cette droite fanatique pensent que cette intervention militaire prendrait la forme d’une « opération chirurgicale » qui décapiterait le régime sans produire de dommage collatéraux. Il devraient aller demander aux Irakiens ce qu’ils pensent des résultats réels des guerres qui ont ravagés leur pays et qui avaient été vendues Au Marché sous le même marketing : guerre éclair et frappes chirurgicales. Je suis de ceux qui pensent que les enlisements de conflits dans des pays qui ne se redressent pas ne sont pas le signe d’un échec des stratégies de guerre étasuniennes, mais bien le but réel de ces conflits, quand la fabrication de guerres civiles qui fabriquent des haines irréconciliables entre voisins est à l’honneur dans les manuels de stratégies politico-militaire.

 

L'extraction minière de l'or et du coltan, un travail d'exclave pendant que différentes factions s'affrontent pour en récolter les bénéfices.

L'extraction minière de l'or et du coltan, un travail d'exclave pendant que différentes factions s'affrontent pour en récolter les bénéfices.

Une telle intervention serait aussi dramatique pour les habitants du Venezuela que pour ceux de Colombie, deux pays qui verraient l’exacerbation de conflits en cours en Colombie, latents au Venezuela. Plus de 2000 kilomètres de frontières perméables pour des groupes tant de la Farc et de l’ELN que de paramilitaires des deux pays qui s’affrontent déjà régulièrement pour le contrôle des mines d’or ou de juteuses contrebandes. Bref une multitude de foyers potentiels de micro-conflits qui pourraient s’étendre de la frontière à l’ensemble des territoires des 2 nations. Les régions frontalières du Brésil seraient elles aussi entraînées dans une guerre de guérillas à multiples foyers.

Pour ceux qui critiquent la soumission de l’Europe à Washington, si d’une part cette soumission se confirme par la reconnaissance accordée par une majorité de pays au président « autoproclamé » (propulsé dans ce rôle par des pressions de Washington), la diplomatie européenne, elle se distingue de la politique étasunienne, en proclamant haut et fort que ce qui est prioritaire, c’est d’éviter une invasion du Venezuela.

Je ne suis pas optimiste. Si je crois qu’une issue heureuse pourrait se produire à ce conflit à terme, je sais aussi avec certitude que le prix de souffrance pour y parvenir est aussi inacceptable qu’il semble à présent inévitable. Nous le payons déjà aujourd’hui… Et le pire se profile à l’horizon… Le temps est venu de définir les valeurs que nous défendons, indépendamment de petits chefs et autres caudillos qui prétendent les incarner, et de quelle manière nous pouvons défendre ces valeurs. La lutte contre toutes les formes de microfascisme qui se chargent d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma. est un champ de bataille, un point de départ où chacun peut agir, prendre position.

 

Anne W.

 

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