1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 08:09

 

 

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Photo Galerie de ThisTideHasNoHeartbeat Honduras 2009

 

 

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Poème écrit à Dachau (1942), attribué au pasteur Niemöller
Puemu scrittu in Dachau (1942), forse da u pastore Niemöller

Sò statu zittu Je me suis tu

Quand'elli sò vinuti à circà i cumunisti
Sò statu zittu,
Unn era micca cumunistu

Quand'elli sò vinuti à circà i sindicalisti
Sò statu zittu,
Unn era micca sindicalistu

Quand'elli sò vinuti à circà i ghjudei
Sò statu zittu,
Unn era micca ghjudeiu

Quand'elli sò vinuti à circà i catòlichi
Sò statu zittu,
Unn era micca catòlicu

Eppoi sò vinuti à circammi
È ùn c'era più nimu per prutestà.

Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

 

 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 17:14

 

 

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Mondialisation.ca, Le 22 aout 2010



Le processus de militarisation de l’espace nord-américain s’est intensifié considérablement depuis le début du siècle. Cela s’est traduit, notamment, par le déploiement du bouclier anti-missile, la modernisation constante des disposififs de défense dans le cadre du Northern Command et du NORAD, le renforcement du contrôle des frontières, l’introduction de multiples législations antiterroristes et la ruée des forces militaires vers l’Arctique.

Les événements du 11 septembre ont permis, en grande partie, de donner la priorité à la défense et à la sécurité des États-Unis et ce en imposant au Mexique et au Canada des politiques propres à éroder les droits humains et les libertés fondamentales. Ces deux pays ont ainsi peu à peu perdu leur souveraineté en étant constraints d’obéir aux ordres de Washington.

 

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La semaine dernière un autre pas a été franchi dans le processus de militarisation de l’Amérique du Nord. En effet, « le président américain Barack Obama a promulgué vendredi un plan visant à renforcer la sécurité à la frontière avec le Mexique, doté de 600 millions de dollars ».

La loi qui permet d’appliquer ce plan stipule que l’on déploiera 1.500 agents supplémentaires et que l’on mettra en service un plus grande nombre de drones le long de la frontière de 3 100 km entre les États-Unis et le Mexique (figure 1). On avait annoncé l’ajout de deux drones en juin dernier ayant pour mission de patrouiller la frontière entre le Texas et le Mexique ainsi que le golfe du Mexique. (Figure 2).

 

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Ces dispositions se veulent en partie une réponse à la pression de plus en plus forte exercée par la droite américaine et les États du Sud tels que l’Arizona pour que la frontière soit complètement contrôlée et que le flux d’immigrants dits clandestins en provenance du Mexique et des autres pays latino-américains soit à toutes fins pratiques annihilé. Le plan veut aussi s’attaquer aux narcotraficants en provenance du Mexique. On peut penser également que cette décision gouvernementale s’inscrit dans un ensemble visant à réduire les possibilités d’accueil et d’asile des étrangers aux États-Unis à l’instar de ce qui semble se produire de plus en plus au Canada. Selon le président Obama, tout ceci s’inscrirait dans le cadre d’une réforme plus globale de l’immigration.

Figure 1. La frontière entre les États-Unis et le Mexique

 

Source: http://www.booksmag.fr/typo3temp/pics/e7c47bb3d6.jpg

 

Figure 2. Drone predator



Source: http://www.crunchgear.com/2008/12/08/unmanned-arial-drones-to-patrol-us-canada-border/


Selon les données rapportées par Bill Van Auken, la nouvelle Loi permettra d’embaucher 1 000 agents de plus pour la Patrouille des frontières, ceux-ci devant être déployés dans la partie sud-ouest. Avec plus de 20 000 agents cette patrouille a vu ses effectifs doubler depuis 2005. De plus, le gouvernement a embauché 250 nouveaux agents pour la protection des douanes et de la frontière ainsi que 250 personnes pour le personnel du Département de l’Immigration et des Douanes.

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L’édification du Mur du «Sud»

Cette nouvelle Loi qui renforce la surveillance et augmente les effectifs sur le terrain s’ajoute à celle qui a été promulguée en octobre 2006 par  l’Administration du président George W. Bush pour la construction d’un mur sur la frontière sur une longueur de 1125 kilomètres correspondant à près de 40% de la longueur totale de la frontière qui sépare les deux pays. Cette Loi, appelée «Secure Fence Act of 2006», a permis de poursuivre ou d’entreprendre la construction d’un double mur fortifié, tant dans les agglomérations que dans les zones désertiques, au droit des États de Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas dans les espaces plus exposés aux mouvements transfrontaliers pour le transport des narcotiques et le passage des immigrants clandestins. De plus, elle a autorisé l’installation de multiples équipements de surveillance. Selon le président George W. Bush, « This bill will help protect the American people. This bill will make our borders more secure. It is an important step toward immigration reform » (President George W. Bush October 26, 2006 in Wikipédia) (« Cette loi permettra de protéger le peuple américain. Cette loi rendra nos frontières plus sécuritaires. Elle constitue un pas important à l'intérieur de la réforme de l'immigration. »)

 

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Selon GlobalSecurity.org, le mur, en date du 30 septembre 2007, était complété sur une distance de 73 milles pour un coût total de 198 millions de dollars et, en date du 31 octobre 2008, sur une distance de 215 milles pour un coût total de 625 millions de dollars. La presque totalité des 73 milles complétés en septembre 2007, soit 71, le furent avec une clôture dite piétonnière (pedestrian fence) (figure 3). Ceux-ci ont coûté entre 400 000 $ et 4.8 millions de dollars pour une moyenne de 2.8 millions de dollars le mille. Les deux milles restants permettant la surveillance à partir d’un véhicule (figure 4) ont coûté 2.8 millions de dollars. Les clôtures piétonnières s’étendent sur 140 des 215 milles complétés en octobre 2008, au coût moyen de 3.9 millions de dollars le mille.

Au cours des années fiscales allant de 2006 à 2009 des fonds de l’ordre de 3.6 milliards de dollars ont été alloués à ce projet. Selon la même source, en date du 22 janvier 2010, on avait complété la construction du mur sur une distance de 643.3 milles dans la partie du sud-ouest de la frontière .

Figure 3. Clôture piétonnière (pedestrian fence)




Source: http://images.chron.com/blogs/immigration/archives/fence%20NEW.jpg

 

Figure 4. Clôture avec surveillance en véhicule

 

Source: http://farm3.static.flickr.com/2255/2529301065_141e8ef002.jpg

 

En somme, en janvier 2010, ce mur que l’on a surnommé, au Mexique, le mur de la «vergüenza»  ou le mur de la honte est complété entre San Diego, en Californie et Yuma en Arizona. Puis, à partir de là, il continue jusqu’au Texas en empruntant l’allure d’une clôture d’une hauteur de 21 pieds et d’une base de ciment de six pieds de profondeur et de trois pieds de largeur dans le sol. En Californie, toutes les parties du mur se situent au sud du «all American canal», lui-même situé au sud de la Vallée impériale. Des chemins ont été construits afin de faciliter l’accès à n’importe lequel point du mur, y compris dans les complexes dunaires.

 

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Conclusion

Le plan de surveillance accrue des mouvements migratoires illégaux entre le Mexique et les États-Unis que vient de lancer l'administration Obama va permettre certes de les ralentir, mais il ne pourra pas les stopper de façon définitive. D'autres stratégies seront alors conçues pour en neutraliser la portée et la portion de la frontière correspondant au rio Grande pourrait être alors davantage mise à profit.

Le mur du Sud illustre bien le fossé qui sépare l'Amérique du Nord de plus en plus contrôlée et militarisée et l'Amérique latine de plus en plus appauvrie. Plus les disparités économiques et sociales entre ces deux espaces augmenteront plus grande sera la pression qui aura tendance à s'exercer sur la frontière qui les sépare pour accéder à des emplois et à des salaires plus élevés et ainsi à une vie meilleure. Le même phénomène est observé depuis plusieurs décennies entre le continent africain et l'Europe.

Le plan Obama pour la frontière avec le Mexique constitue un autre chapitre qui marque de façon douloureuse les relations entre les États-Unis et l'Amérique latine. Il s'avère le symbole du maintien d'un ordre mondial injuste pour la majorité.

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Références

AFP-Washington. 2010. Deux drones supplémentaires à la frontière mexicaine. Cyberpresse.ca. Le 23 juin 2010. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/201006/23/01-4292858-deux-drones-supplementaires-a-la-frontiere-mexicaine.php

AFP. 2010. Obama promulgue un plan de 600 millions pour la sécurité frontalière. Le Journal français des États-Unis. Le 21 août 2010.
En ligne: http://www.france-amerique.com/articles/2010/08/13/obama_promulgue_un_plan_de_600_millions_pour_la_securite_frontaliere.html

DUFOUR, Jules. 2006. La recherche de la sécurité par les fortifications, la surveillance des frontières et les murs: une illusion. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 23 octobre 2006. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=3579

DUFOUR, Jules. 2007. L'Arctique, militarisation ou coopération pour le développement ? Géopolitique et militarisation du grand Nord canadien (Deuxième partie). Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 31 juillet 2007. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6417

DUFOUR, Jules. 2007. Partenariat pour la sécurité et la prospérité ou Conquête des Amériques par Washington ? Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 15 août 2007. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6553

DUFOUR, Jules. 2008. Murs « virtuels » et militarisation en Amérique du Nord. L’établissement de frontières «intelligentes» et «virtuelles» au sud et au nord des États-Unis. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 19 février 2008. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=8130

GARCIA BERNAL, Cristobal. 2007. Comenzó construcción del muro de la vergüenza en la frontera. La primera etapa del plan consta de unos 60 km. La Jornada. Le 20 janvier 2007.
En ligne: http://www.jornada.unam.mx/2007/01/26/index.php?section=sociedad&article=050n2soc

GLOBALSECURITY.ORG. 2010. Homeland Security. US-Mexico Border Fence / Great Wall of Mexico. Secure Fence. GlobalSecurity.org.  En ligne: http://www.globalsecurity.org/security/systems/mexico-wall.htm

Illegal Immigration to the United States. En ligne: http://en.wikipedia.org/wiki/Illegal_immigration_to_the_United_States

Mexico – United States barrier. En ligne; http://en.wikipedia.org/wiki/Mexico_%E2%80%93_United_States_barrier

Secure Fence Act of 2006. En ligne: http://en.wikipedia.org/wiki/Secure_Fence_Act_of_2006

TF1NEWS. 2010. La garde nationale américaine déployée à la frontière mexicaine. Le 19 août 2010.

En ligne: http://lci.tf1.fr/filnews/monde/la-garde-nationale-americaine-deployee-a-la-frontiere-mexicaine-6042144.html

VAN AUKEN, Bill. 2010. Obama firma una ley para militarizar la frontera entre Estados Unidos y México. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 19 août 2010. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20697

 


Jules Dufour, Ph.D., est président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l'Ordre national du Québec.

 


Jules Dufour est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Jules Dufour publiés par Mondialisation.ca 

Source : Militarisation croissante de l'espace transfrontalier entre les États-Unis et le Mexique

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 19:09

 

 

 

Source : Alternative libertaire

 Guerre contre la drogue, arme de l'Etat et instrument de contrôle social

 

Idées

" Guerre contre la drogue "

Une arme de l'Etat et un instrument de contrôle social

 

Par Michael Parenti (1)

 

Si l'État sécuritaire national américain n'a rien fait pour arrêter le commerce international de la drogue, il a fait beaucoup pour l'encourager. Certains disent ironiquement que le sigle CIA signifie " Capitalism's International Army " (" Armée internationale du capitalisme ") et d'autres qu'il veut dire " Cocaine Import Agency " (" Agence d'importation de la cocaïne "). Au Laos, au début des années 1960, la CIA s'est montrée à la hauteur de cette double réputation : son meilleur moyen de recruter les Meos pour combattre le mouvement anti-impérialiste et anticapitaliste du Pathet Lao (2) était de faire transporter, par la compagnie aérienne Air America dont elle disposait, d'énormes récoltes d'opium payables au comptant de leurs villages reculés jusqu'aux grands marchés. Lorsque cette histoire est devenue publique, la CIA a admis être au courant que les Meos transportaient de l'opium par Air America et a prétendu avoir tenté de les en empêcher mais que, comme on sait, ce n'était pas là chose aisée. Les pilotes de la CIA ont, en fait, par la suite raconté qu'ils avaient eu ordre de leurs supérieurs de ne pas se mêler de leur cargaison. Comme Alfred McCoy l'a démontré, la production d'opium par des seigneurs de guerre soutenus par la CIA en Asie du Sud-Est a été multipliée par dix après que celle-ci soit entrée dans le jeu. Dès les années 1947-1950, la CIA a recruté des maffiosi siciliens et corses et leur a fourni de l'argent et des armes pour briser les grèves des dockers que soutenaient les syndicats français et italien dirigés par les communistes. En échange, les gangs avaient les mains libres pour transporter l'héroïne dont une grande partie aboutissait aux États-Unis.

 

 La drogue face au " péril rouge "

 

En 1980, en Bolivie, la CIA a participé au renversement d'un gouvernement réformiste démocratiquement élu et à l'installation d'une junte militaire de droite. Marquée par des arrestations en masse, la torture et les assassinats, cette prise de pouvoir est mieux connue sous le nom de " coup d'État de la cocaïne ", en reconnaissance de la coopération ouverte des caïds boliviens de la cocaïne dont avaient bénéficié les nouveaux dirigeants. En 1988, devant la sous-commission sénatoriale du sénateur Kerry sur le terrorisme, les narcotiques et les opérations internationales, des témoins ont fourni des preuves de l'existence d'un important trafic de drogue dans lequel la CIA et du personnel gouvernemental, de même que des dirigeants gouvernementaux et militaires d'un certain nombre de pays latino-américains, étaient impliqués. Des agents secrets de la CIA avaient utilisé les fonds venant du trafic de la drogue pour financer des armées contre-révolutionnaires dans toute la région et, dans certains cas, se remplir les poches. Un ancien agent du renseignement de Noriega, José Blandon, a affirmé devant la commission Kerry que les pistes d'atterrissage costaricaines utilisées pour la fourniture d'armes aux Contras (3) du Nicaragua, l'étaient aussi pour le transport de la cocaïne aux États-Unis. Une commission d'enquête officielle au Costa Rica a porté des accusations contre John Hull, un propriétaire de ranch américain qui était lié à la CIA et au trafic de drogue. Les autorités costaricaines ont réclamé (sans succès) l'extradition de Hull, l'accusant d'avoir été impliqué dans des affaires de meurtres et de contrebande d'armes et de drogue dans leur pays. Elles citaient en tant que complices le lieutenant-colonel Oliver North et Rob Owen, un ancien assistant du cabinet de Dan Quayle, alors sénateur de l'Indiana. Hull était aussi impliqué dans des affaires de fraudes criminelles, d'entrave à la justice et de trafic dans ce pays, mais le département de la Justice n'a pourtant entrepris aucune action contre lui, pas plus qu'il n'a jamais été extradé vers le Costa Rica. En 1989, un agent de la Drug Enforcement Administration au Salvador, Celerino Castillo III, a donné un compte rendu détaillé sur une vaste opération qu'il avait découverte de trafic d'armes et de drogue, organisée par le réseau d'Oliver North et la CIA, à partir d'un aéroport militaire salvadorien. Lors d'une conférence de presse à Washington le 2 août 1994, Castillo a répété penser que North savait que des narcotiques étaient transportés à partir de l'aéroport d'Ilopango : " Tous ses pilotes étaient des trafiquants de drogue. Il savait ce qu'ils fabriquaient mais refusait de faire quoi que ce soit à leur encontre. " Edwin Corr, à l'époque ambassadeur américain au Salvador, a dit à Castillo que c'était " une opération secrète de la Maison-Blanche menée par le colonel North et que nous ne devions pas nous en mêler " (San Francisco Weekly, 18 mai 1994). Le rapport de la commission Kerry ainsi que le rapport final de l'avocat indépendant Lawrence Walsh sur l'affaire Iran-Contras apportent tous deux des preuves critiques contre North qui, au lieu de voler en prison, a présenté sa candidature au Sénat des États-Unis. L'acte d'accusation des Costaricains contre Hull et les accusations portées contre North n'ont pratiquement reçu aucun écho dans les médias dominants, à peine une " brève " étouffée dans une page intérieure du New York Times. Si un dirigeant progressiste comme Jesse Jackson avait été lié aux sandinistes dans un quelconque commerce de narcotiques et d'armes, cela aurait fait les choux gras des journaux pendant des semaines et des semaines. Si l'on est en train de perdre la guerre contre la drogue, c'est parce que l'État sécuritaire national est aux côtés des trafiquants.

 

 

La drogue comme arme de contrôle social

 

Outre financer des guerres et se remplir les poches, les drogues sont utiles comme instrument de contrôle social. Comme les drogues ont été de plus en plus répandues aux États-Unis, la consommation a spectaculairement augmenté. La demande peut engendrer l'offre, mais l'offre engendre aussi la demande. La première condition pour la consommation est la disponibilité, et que le produit soit amené devant le public en quantité abondante. Il y a un demi-siècle, les communautés des quartiers pauvres urbains étaient autant dans la misère qu'elles ne le sont aujourd'hui, mais on n'y consommait pas autant de drogues, parce que les narcotiques n'y étaient pas déversés avec autant d'abondance et que leur prix n'était pas aussi accessible qu'aujourd'hui. Ceux qui veulent légaliser le haschich devraient spécifier " le haschich " plutôt que d'utiliser le terme-générique de " drogues " parce que, pour beaucoup, cela veut dire du crack, de l'ice, des PCB, de l'héroïne et d'autres drogues dures qui ont causé un grand nombre de victimes dans les communautés. Il ne serait pas impossible de gagner une guerre internationale contre la drogue si les États-Unis acceptaient un effort concerté et s'ils amenaient des pays comme le Pakistan, l'Afghanistan, la Thaïlande, la Colombie, le Pérou et la Bolivie à être aussi acharnés à combattre leurs trafiquants de drogue qu'ils ne le sont avec leurs paysans, leurs étudiants et leurs travailleurs qui se battent pour des améliorations sociales. La politique américaine est bien moins intéressée à lutter contre la drogue qu'elle ne l'est à utiliser la drogue et les trafiquants de drogue dans la guerre éternelle de l'empire pour le contrôle social à l'intérieur et à l'extérieur. Tout comme les anciens nazis se sont révélés utiles dans la guerre contre le communisme, les trafiquants de drogue (dont certains sont liés à des organisations fascistes) le sont pour la CIA. " Si la CIA devait prendre pour cible les réseaux internationaux de la drogue ", écrivaient Peter Dale Scott et Jonathan Marshall dans Cocaine Politics (La politique de la cocaïne) en 1991, " elle devrait démanteler des sources principales de renseignements, d'influence politique et de financement indirect de ses opérations dans le tiers monde ". Cela signifierait ni plus ni moins " qu'un changement total de direction pour l'institution ". Pendant qu'il faisait de grands discours sur la lutte contre la drogue, le président Reagan a réduit d'un tiers les fonds pour l'application de la loi fédérale qui vise à combattre le crime organisé. La Drug Enforcement Administration a été diminuée de douze pour cent de ses capacités, impliquant le renvoi de quatre cent trente-quatre de ses employés, dont deux cent onze agents. Le nombre des garde-côtes a été réduit, impliquant une moindre surveillance côtière du trafic illicite. Le personnel du département américain de la Justice a été diminué de façon radicale, y causant une pénurie d'avocats qu'il employait et le forçant à laisser tomber soixante pour cent du nombre des procès concernant la drogue et le crime. Tout ceci a amené l'enquêteur criminel Dan Moldea à décrire la politique de Reagan sur les drogues comme " une imposture " et le membre du Congrès Tom Lewis à se plaindre en ces termes : " Nous n'arrêtons que du menu fretin, de petites gens. Pourquoi n'arrivons-nous pas à coffrer les gros bonnets ? " L'administration Bush Sr n'a rien rétabli de ce qui avait fait les frais des coupes budgétaires de Reagan et n'a développé aucune nouvelle stratégie pour faire de la lutte contre la drogue un véritable combat. En fait, Bush a réduit les patrouilles frontalières américaines déjà fort clairsemées, amenant le New York Times du 7 août 1989 à conclure : " Le montant proposé par l'administration Bush pour l'année budgétaire 1990 aurait pour effet de réduire encore le faible nombre d'agents (anti-drogue) le long des frontières. " Comme dans tant d'autres domaines de politique publique, l'administration Clinton n'a rien fait d'extraordinaire en matière de lutte contre la drogue.

 

 Contre l'ennemi intérieur

 

Au milieu du XIXe siècle, quand les Britanniques ont introduit d'énormes quantités d'opium en Chine, ce ne l'était pas en réponse à une demande des Chinois. Pour les Britanniques, c'était une manière ignominieusement commode de se créer un nouveau marché et de tirer de gros profits d'un produit fabriqué dans une colonie (les Indes), tout en propageant de la passivité au sein de la population potentiellement explosive d'une autre colonie (la Chine). Les guerres de l'opium ont été une tentative des Chinois de résister au trafic de drogue patronné par les Britanniques. Les Chinois savaient que " simplement dire non " n'était pas suffisant. Ils savaient aussi qu'une solution légale ne servait à rien depuis que les Britanniques avaient, eux, légalisé le commerce de la drogue - et que c'était bien là le problème. On ne doit pas être grand théoricien de la conspiration pour se demander si les dirigeants politiques conservateurs ne jouent pas le même jeu avec le trafic de drogue dans ce pays. Les organisations contestataires qui ont vu le jour dans les communautés afro et latino-américaines au cours des années 1960 ont été systématiquement détruites par la police et les autorités fédérales, leurs dirigeants ont été tués ou jetés en prison sur la base d'accusations inventées de toutes pièces. Peu après, les dealers sont apparus pour achever la démoralisation de ces communautés. Ils n'y ont pas été inquiétés par les autorités fédérales qui autorisaient le déversement de cargaisons de drogue dans le pays. Au lieu de se mobiliser et de se battre véritablement pour une vie décente, les résidents des communautés urbaines d'aujourd'hui se sont battus pour leur propre vie contre l'épidémie de drogue. Ceux qui pensent que l'on pourrait résoudre le problème de la drogue en la légalisant oublient qu'elle est en pratique déjà légalisée et que c'est là le problème. Elle coule à flots dans les communautés sans véritable opposition des représentants de l'ordre et souvent même avec leur collaboration active. La police, fréquemment dans la combine avec les caïds de la drogue, est plus susceptible d'agir contre les citoyens qui résistent à son trafic que contre les trafiquants eux-mêmes. Certains commentateurs conservateurs, comme William Buckley Jr, sont partisans de la légalisation des drogues et soutiennent assez paradoxalement que le problème de la drogue est à la fois moins grave qu'on le dit et virtuellement incontrôlable parce que trop répandu. Ces conservateurs, qui se perdent en invectives contre la dissolution des valeurs américaines, semblent étrangement peu loquaces sur les effets destructeurs de la drogue. On peut comprendre qu'ils préfèrent bien plus voir des jeunes sans revenus immobilisés par l'épidémie de drogue que mobilisés par la lutte pour une redistribution des ressources publiques au profit de la population. Ils préfèrent que les jeunes des quartiers ne parlent pas de révolution - comme l'ont fait ceux d'une génération précédente en rejoignant les Young Lords, les Blackstone Rangers ou les Black Panthers - mais soient plutôt occupés à se détruire eux-mêmes avec des seringues et les uns les autres avec des armes à feu. Quand les dirigeants des rues travaillent pour la paix entre les bandes et tentent de mobiliser leurs énergies dans une voie politique organisée, ils doivent affronter une répression des forces de l'ordre plus grande que quand ils se livrent aux activités habituelles des bandes. Les drogues sont un instrument important de répression et de contrôle social. Les impérialistes britanniques le savaient et il en va de même pour les faiseurs d'opinion conservateurs, la police, la CIA et la Maison- Blanche. De Harlem au Honduras, l'empire utilise n'importe quel moyen à sa portée pour garder des populations tourmentées dans la démoralisation et la désorganisation.

 

Michael Parenti

 

 

Michael Parenti, L'horreur impériale. Les Etats-Unis et l'hégémonie mondiale, Bruxelles, éditions Aden, coll. " EPO ", 2004, 254 p., 20 Euros.

 

1. Les intertitres et les notes de bas de page sont de la rédaction

 

2. Mouvement communiste allié aux forces nord-vietnamiennes

 

3. Guérilla soutenue par les USA et dirigée contre le régime progressiste des sandinistes au Nicaragua dans les années 60.

 

Site internet : http://www.aden.be/ Véritable manuel pour comprendre et combattre l'impérialisme, ce livre, dont ces pages sont extraites, est le premier traduit en français de l'intellectuel progressiste américain, Michael Parenti. Écrit clairement, simplement, et non sans humour, il présente avec efficacité ce que l'on doit savoir sur le processus de domination politique et économique de l'impérialisme et ses conséquences en dix leçons agrémentées de nombreux exemples. Publié aux États-Unis en 1995, il est complété par deux chapitres additionnels sur les suites des attentats du 11 septembre et la guerre contre l'Irak. Son auteur, docteur en sciences politiques de l'université de Yale (1962), a enseigné dans plusieurs universités et est l'auteur de dix-huit ouvrages, dont le dernier s'intitule Superpatriotism (City Lights Books, 2004). Le précédent, The Assassination of Julius Caesar. A People's History of Ancient Rome (The New Press, 2003), a été nominé en 2003 pour le Prix Pulitzer. On trouve quelques-uns de ses articles en ligne (en anglais) sur son site : http://www.michaelparenti.org/

 

 

 

 


 

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 11:08

 

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Un petit tour d'horizon, partie du Dossier maras  sur le blog de Chien Guevara 

Dans ce dossier un article  Maras et féminicides ... ? qui m'emmène dans les zones de maquiladoras d'Amérique centrale voir Des femmes assassinées au Guatemala parce qu'elles font peur aux hommes - Refaire le Monde


Source du reportage publié ci-dessous : RISAL.info - Voyage au coeur d'une « maquila »


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L’univers concentrationnaire des entreprises situées en zone franche
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par Yanina Turcios Gómez
Article publié le octobre 2002
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Le reportage ci-dessous, réalisé pendant douze jours dans une usine de sous-traitance dont on ne cite pas le nom, nous montre comment on travaille et on vit, ce que l’on ressent et ce que l’on pense dans ces zones franches qui se répandent aujourd’hui dans tout le Nicaragua pendant qu’on nous annonce qu’elles vont « développer » le pays.

J’ai passé douze jours dans une maquila de sous-traitance de la zone franche située dans le parc industriel Las Mercedes de Managua. Bien que mon séjour ait été relativement court par rapport aux longs mois et années que des milliers de femmes - et d’hommes - passent dans ces camps de concentration, l’expérience, aussi valable qu’épuisante, m’a donné l’occasion de connaître de l’intérieur un « monde » qui caractérise déjà le Nicaragua.

Devant la porte d’entrée

L’entrée dans la zone franche ressemble aux rues du tumultueux marché oriental de Managua, un dimanche après un jour de paye. C’est impressionnant de voir des milliers de femmes et d’hommes franchir l’entrée principale, à peine une ruelle étroite. Tous les jours entrent et sortent par là quelques vingt mille personnes. Cinq mille autres entrent par une entrée différente.

De chaque coté des entrées sont installées de petites échoppes où on peut trouver aussi bien un équipement sono qu’un cachet de panadol [espèce d’aspirine]. L’endroit n’est pas plus grand qu’un pâté de maisons, mais c’est toujours bondé aux heures d’entrée et de sortie. Aux heures d’entrée, les gens s’entassent autour des vendeuses qui proposent en criant du café et du pain beurré ou d’autres qui tapotent des tortillas, vendues seules ou avec du lait caillé. Certains préfèrent quelque chose de plus consistant : de la viande avec du gallopinto [coq] ou du riz et des haricots. Il y a aussi ceux qui ont seulement de quoi acheter un biscuit et une tasse de café. Les gens qui ont davantage de temps mangent dans l’entreprise, dans les cantines, là où ils peuvent s’asseoir. D’autres personnes déjeunent sur le chemin de l’usine.

Á LA RECHERCHE D’UN EMPLOI

Le lundi, le mardi et le mercredi sont les jours où il y a le plus de monde devant les portes du complexe industriel. Une foule de gens arrive à la recherche de travail. Les uns auront la chance d’être sélectionnés du premier coup ; d’autres continueront pendant des mois à venir avec l’espoir que « peut-être demain... » La première condition pour la personne qui sollicite un emploi est d’avoir sa carte d’identité.

Vers 7 heures du matin plusieurs microbus et camionnettes sont déjà stationnés à l’entrée de la zone franche. Ils serviront à transporter ceux qui sont sélectionnés par les représentants des différentes entreprises qui ont besoin de main-d’œuvre. Les personnes chargées de l’embauche choisissent quelquefois au hasard ou se décident pour ceux qui ont leurs papiers le plus en règle. Moi, j’ai été sélectionnée par les représentantes d’une des maquilas- où j’ai été inscrite - avec trente autres. De l’entrée principale de la zone franche jusqu’à l’usine, il y a la distance de deux grands pâtés de maisons avec quelques usines disséminées. L’une est l’usine Rocedes, la seule qui a son nom sur un panneau ; les autres, on ne voit pas leur nom. Une fois montées dans les véhicules, nous nous sommes toutes regardées, pleines d’appréhension. Bien que recommandée et sûre d’obtenir ce travail, j’étais gagnée par la nervosité générale.

La camionnette s’arrêta devant le grand bâtiment où j’allais travailler. Cela me fit penser à la structure d’un camp de concentration, comme ceux que j’avais vus dans les films. Bien qu’installées dans un complexe vaste et protégé, chaque entreprise prend ses propres mesures de sécurité. Celle où j’allais travailler était complètement entourée de grillage. Dans la partie supérieure du grillage, des rouleaux de fil de fer barbelé la protègent plus encore des voleurs les plus hardis. A l’entrée principale de l’usine, il y a des jardins avec des pelouses et des palmiers nains qui embellissent le bâtiment. Selon les données de 2001, cette usine a une superficie couverte de plus de 10.000 m2 et accueille quelques 1 300 travailleurs et travailleuses.

L’HORAIRE ET LES « DIX COMMANDEMENTS »

Aux extrémités des deux entrées, on peut lire en grands caractères l’horaire et les « dix commandements » de l’entreprise.

Horaire : 7 h 00 à 17 h 15 et de 0 h 40 à 7 h 15 1 - Respecter l’heure d’entrée et de sortie. On ne doit pas abandonner son poste de travail sans permission. 2 - Les absences pendant le travail sont formellement interdites. On ne peut s’absenter de son poste de travail qu’avec l’autorisation de son chef direct. 3 - Sont formellement interdits les jeux de hasard, les boissons alcoolisées et les bagarres à l’intérieur ou aux abords de l’usine. 4 - Il est formellement interdit de prendre du matériel ou des objets appartenant à l’entreprise sans permission et d’endommager ce qui est propriété de l’entreprise. 5 - Il est formellement interdit de cracher et de jeter des ordures sur le sol. 6 - On doit maintenir l’hygiène et la propreté de l’usine et de ses abords. 7 - On doit présenter un papier officiel du ministère de la santé (MINSA) quand on demande une autorisation d’absence pour avoir des soins médicaux. 8 - Il est interdit de porter des armes à feu et des objets dangereux dans l’usine. 9 - On doit veiller avec la plus grande attention à sa propre sécurité et à celle de ses compagnons de travail. 10 - Pour la réglementation du travail, nous observons les dispositions particulières de l’entreprise.

PRÊTES ET PRÉVENUES

Vers 7 h 05, les travailleurs et les travailleuses se trouvaient déjà à leurs postes et on ferma les deux portes. Une des femmes nous demanda de nous mettre sur cinq files. Elle parlait comme le font ceux qui appellent par haut-parleurs les médecins dans les hôpitaux et les passagers dans les aéroports. Elle parlait en marchant et elle répétait tout sans nous regarder.

Elle parla des horaires d’entrée et de la stricte ponctualité. Elle parla du pointage et de la couleur de la carte : nous devions pointer sur le côté bleu les quinze premiers jours du mois et sur le côté rouge les quinze jours suivants. Elle répéta plusieurs fois cette histoire des deux couleurs, en nous demandant si nous comprenions. « Si on perd sa carte, ce n’est pas l’entreprise qui est responsable, mais le travailleur. S’il vient travailler et ne pointe pas parce qu’il a perdu sa carte ou qu’il ne la trouve pas, la journée ne lui sera pas payée parce que, sans sa carte, il n’y a aucune trace pour savoir s’il est venu ou non. Et on ne peut pas avoir une autre carte ». Elle nous expliqua qu’il y avait des casiers pour ranger ses affaires et que celles qui le voulaient devaient apporter leur propre cadenas. Le point sur lequel elle insista le plus et qu’elle répéta plusieurs fois, fut celui du respect des deux contremaîtres, l’un nica [nicaraguayen] et l’autre taiwanais. Toutes les autorisations nous seraient données par l’un ou par l’autre. Avec tous ces avertissements, nous étions prêtes pour entrer dans l’usine.

ON NOUS PARLE EN CRIANT

Nous sommes entrées dans l’usine en file indienne. Les travailleurs et les travailleuses nous observaient avec curiosité. On nous a fait monter au second étage, dans une salle avec de vieilles machines à coudre, un ventilateur vieux lui aussi et des affiches sur les murs avec des dessins qui expliquent les bonnes manières de faire. Comme si elle était un magnétophone, la jeune fille nous répéta encore une fois presque tout ce qu’elle nous avait déjà dit. L’unique nouveauté dans son explication était le type d’autorisations que nous pourrions demander.

Il existe deux sortes d’autorisations d’absence : l’une pour résoudre un problème personnel - pris sur les vacances - et l’autre pour aller à l’hôpital. Dans ce dernier cas, si cela prend plus de deux heures, c’est considéré comme une autorisation pour motif personnel. Quelque soit la permission à demander, il y a des heures prévues pour cela : le matin avant 8 h 00 et l’après-midi entre 13 h 00 et 14 h 00. En dehors de ces horaires, on ne peut pas en demander.

Une fois dans la salle des vieilles machines, on m’a demandé mes papiers. Entre elles les responsables parlent normalement, avec nous c’est en criant. Mon unique réaction était de les regarder fixement dans les yeux. Leur manière de s’adresser à celles qui demandent un poste de travail est toujours grossière. Elles nous crient dessus en nous faisant sentir que nous sommes incapables de comprendre ou d’apprendre. Elles nous parlent en nous faisant sentir que nous sommes venues pour demander l’aumône. Les questions étaient les mêmes pour toutes : « Où habitez-vous ? Quelle expérience avez-vous ? Pourquoi avez-vous quitté votre précédent travail ? Avez-vous des problèmes pour rentrer tard chez vous ou pour faire des heures supplémentaires ? Êtes-vous mariée ? Combien d’enfants avez-vous ? » J’ai du mentir pour me mettre sur le même plan que mes futures compagnes : « J’ai arrêté mes études avant la fin de la troisième année du secondaire, je suis mère célibataire et je ne reçois aucune aide du père de mon fils, c’est ma mère qui soigne mon enfant, c’est la première fois que je travaille, je n’ai aucune expérience de travail dans la maquila et si on me donne ce travail, je pourrais nourrir ma famille ... ». J’ai dit tout cela. Dans la salle, nous étions 34 jeunes, des femmes en majorité. J’étais la plus âgée dans un groupe dont la moyenne d’âge était de 18 ans. Les papiers essentiels qu’on demande sont : la carte d’identité, la carte d’assurance, l’extrait de naissance et deux photos. Pour les autres, deux lettres de recommandation, casier judiciaire, notes et diplômes d’études, on te donne un mois de plus.

DESTINATION : SECTEUR DE L’EMBALLAGE

Après avoir réglé quelques cas, une responsable des nouvelles arrivées m’a appelée d’une manière désagréable et m’a demandé mes papiers. Elle les a emmenés et elle est revenue un moment après : « Doña Fidelina vous appelle ». C’était la chef des ressources humaines. J’ai parcouru un couloir interminable au milieu du bruit des machines à coudre. Doña Fidelina m’a demandé si j’avais une carte d’assurance ou un récépissé de paiement. « Non, parce que je n’ai jamais travaillé, ici c’est mon premier travail. Nous, nous sommes foutues, non ?... ». Elle a résolu le problème ainsi : « La seule solution est de ne pas vous faire figurer dans l’usine comme assurée, à condition que vous promettiez de ne le dire à personne, et de faire très attention à vous à l’intérieur de l’usine et sur le chemin jusqu’ici. Parce que, s’il vous arrive quelque chose, l’entreprise n’assumera pas et nous dirons que nous ne savons rien et qu’il ne s’est rien passé ».

J’allais travailler dans le secteur de l’emballage. Selon Doña Fidelina, c’était le moins dangereux et ce qui demandait le moins d’expérience. Déjà, j’avais mal à la tête. Entendre ces deux femmes répéter plusieurs fois la même chose sans nous dire qui restait et qui n’était pas admise, maintenait l’atmosphère très tendue.

J’ai signé le contrat. C’était pour un mois, avec un salaire de base de 960 cordobas mensuels [environ 63 euros], plus le paiement d’heures supplémentaires. Je serais payée le 15 et le 30 de chaque mois. Sur les 34 sélectionnées, 28 furent embauchées. Les moins âgées et les moins expérimentées furent choisies. Dans le groupe de l’emballage où j’étais restée, nous étions six. Quatre n’avaient jamais travaillé nulle part. Les autres furent placées comme plieuses, dans la laverie et trois dans les différentes chaînes de production.

Nous sommes sorties de cette salle en file indienne. Au fur et à mesure, chacune était laissée à son poste de travail. Les autres travailleuses nous regardaient sans rien dire. Il ne manqua pas d’hommes pour nous siffler au passage ou faire des commentaires qu’ils considéraient comme des compliments. Les six du groupe de l’emballage, nous avons dû traverser toute l’usine jusqu’à son extrémité. La majorité des filles de ce secteur s’arrêtèrent de travailler et se mirent à chuchoter, quelques-unes nous sourirent, d’autres nous firent des clins d’œil et d’autres ne nous regardèrent même pas. On nous présenta au contremaître nicaraguayen, un certain Leoncio et de nouveau on insista sur quelques points du règlement que nous avaient déjà répétés les femmes de l’embauche. Le principal point du règlement qu’on nous communiqua était que nous travaillerions après l’horaire normal (17 h 15) si nous n’avions pas de problème de transport. « Ici, à l’emballage, la sortie est à 7 h 15. Dans certaines occasions, vous resterez à travailler encore plus tard. Cela représente deux heures supplémentaires. Les heures des samedis et dimanches sont payées comme heures supplémentaires ». Et cet autre avertissement : « Une des recommandations principales est de ne pas établir de relations avec les travailleuses plus anciennes et de vous maintenir éloignées d’elles parce qu’elles sont très rusées ». On nous a demandé à toutes si nous avions des enfants et qui s’en occupait, en cherchant à savoir s’il n’y aurait pas par la suite de problèmes pour des demandes de permission. On nous rappela que nous serions un mois à l’essai et que c’était seulement si nous faisions très sérieusement notre travail que nous resterions dans l’entreprise.

BRUIT, PELUCHE ET CHALEUR

Le contremaître nous répartit en divers endroits. Deux allèrent aux tables où l’on marque les tailles des chemises : en bas de la poche et au col. Ce sont des auto-collants transparents. A ces tables, on colle aussi le prix et l’étiquette de la marque. Après on met les pièces dans des sacs. Moi, j’ai été envoyée au contrôle de qualité avec trois autres. Léoncio demanda à une jeune femme de nous expliquer ce que nous devions faire. Le travail consistait à contrôler des vestes. On travaillait sur une commande de la J.C. Penny. « Il ne faut pas qu’il y ait des fils qui pendent, il faut que la veste soit bien repassée, sur la doublure il ne doit pas y avoir des restes de craie, vous devez faire très attention à la jointure des coutures, et veiller à ce que les raies soient parfaitement raccordées ». Ces vestes étaient en tissu rayé : les raies devaient aller dans le même sens et les coupes devaient correspondre. Sinon, « ça ne passait pas » et la pièce était notée défectueuse. Selon les défauts qu’on lui trouvait au repassage, au lavage ou dans les coutures à la machine, « ça ne passait pas ». La jeune femme qui nous expliqua tout ce processus nous parla gentiment.

Le bruit était insupportable et les peluches qui pullulaient dans l’air - les vestes étaient encoton doublées d’ouatine - me produisirent aussitôt une allergie. Devant le contrôle de qualité, il y avait une des chaînes de production. Presque aucune femme n’utilisait un masque de protection, il n’y en avait que quatre. J’ai demandé si l’entreprise les fournissait. « Bien sûr que non », me dit-on. « Si tu en veux un, il faut que tu l’achètes. »

Pour contrôler les vestes, nous devions aller les prendre chez les repasseurs, sur des tubes qui avaient des rouleaux. On nous donnait les vestes six par six. Le travail de repassage se fait à deux : le repasseur et la plieuse ou la repasseuse et le plieur. Le contremaître comptait le nombre de pièces qu’on nous remettait pour déterminer la production de chaque employé. On travaillait à la chaîne : d’abord les chaînes de production, ensuite le repassage, ensuite le contrôle de qualité et enfin l’emballage. Ramener cette demi-douzaine de vestes est une tâche périlleuse. L’endroit par lequel tu passes est étroit et tu peux te brûler. La chaleur est insupportable à cause de la vapeur produite par les machines à repasser et par la concentration des gens. Quatre carreaux (1,20 m) seulement séparent une machine de l’autre et par là passent ceux qui travaillent au contrôle de qualité pour aller chercher les pièces repassées, ceux qui sont chargés de porter les pièces salies au lavage, ceux qui sont chargés de porter les pièces à la réparation - « retour à la machine » disent-ils - et les contremaîtres de secteurs. Ce qu’il faut bien remarquer, c’est que dans une entreprise de plusieurs milliers de personnes qui contient une grande quantité de produits chimiques et d’explosifs, il n’existe pas de plan d’évacuation en cas de tremblements de terre ou d’incendie, et qu’il n’y a ni extincteurs ni équipes d’urgence.

Aux tables du contrôle de qualité et d’emballage, deux employées se trouvent au début de la table de repassage et réalisent le contrôle de qualité. Derrière elles, deux autres « manient le pistolet », c’est-à-dire qu’elles mettent le prix sur la chemise avec un petit pistolet, deux autres encore font le « collage des lettres », c’est-à-dire la taille en auto-collants dans la poche et sur le col. Ensuite deux autres mettent dans des sacs selon la taille.

A la fin, il y a celles qui mettent les chemises selon leur taille dans des boites. Celle qui remplit les sacs doit veiller à ce que la taille corresponde bien, et celle qui range dans les boites doit veiller à ce que le sac et la taille soient corrects. Sinon, on la renvoie à la « correction ». Les différentes travail-leuses conviennent ensemble que si une chemise est mal faite, on la renvoie immédiatement, sans attendre qu’il y en ait plus de trois, parce que si plusieurs sont défectueuses, il y a perte de la prime de production et obligation d’arriver plus tôt. Tout ce qui n’est pas correctement fait est l’objet d’un blâme et on le paye par une réduction de salaire.

LES ANCIENNES, LES NOUVELLES ET LA PEUR

Il existe, en fait, trois groupes de pouvoir dans l’usine : le groupe des contremaîtres étrangers (taiwanais), le groupe des contremaîtres nationaux et le groupe des employées, divisé en anciennes et nouvelles. Les conflits les plus fréquents ont lieu pour des raisons de travail ; ensuite pour des raisons sentimentales, principalement des bagarres entre les femmes à cause des hommes. La relation entre les nouvelles employées et celles qui sont depuis plus longtemps dans l’entreprise est difficile. Tu arrives pour conquérir une place et les autres ne veulent pas te la céder. Les premiers jours sont durs pour les nouvelles qui sont confrontées aux anciennes et aux contremaîtres.

Constamment on te coupe l’herbe sous les pieds. Les premiers jours, et devant les contremaîtres, l’attitude des anciennes est de t’aider pour ton apprentissage, mais dès que le contremaître tourne le dos, la manière change et on t’ignore. Quand tu veux te placer pour commencer ton travail, on te dit de te pousser de là parce que si quelque chose est mal fait, on va nous en accuser. La sanction est la suppression de la prime de production et ainsi, comme on ne te laisse rien faire, tu n’as plus qu’à « fermer ta gueule ». Peu à peu, commence le processus de la peur. On te dit ensuite : « Ce n’est pas comme cela qu’il faut se mettre parce que le chinois n’aime pas ça ; et s’il voit que tu ne travailles pas, il va te renvoyer rapidement. On n’aime pas les fainéantes, on va te remettre à ta place. »

On te parle ainsi pour te faire peur. On ne peut pas nier que certaines choses qu’on te dit sont vraies, mais d’autres non. Il s’agit d’une série de mensonges pernicieux qui viennent des travailleuses les plus anciennes et se transmettent aux nouvelles qui peu à peu les répètent à celles qui arrivent. Un cercle vicieux de mensonges et de vérités se constitue ainsi. J’ai eu la possibilité de constater les mensonges et les vérités et aussi les demi-vérités et les demi-mensonges. Généralement, le groupe des anciennes travailleuses s’est spécialisé dans les méchancetés et les mauvais coups pour que les nouvelles se fassent réprimander, d’autant plus si celles-ci font preuve d’habileté dans le travail.

ÊTRE COMME LES AUTRES, ÊTRE ACCEPTÉE

Quand les femmes arrivent dans ces usines, elles doivent chercher comment survivre. C’est l’unique manière est d’être acceptée par le groupe dominant. Cela les oblige à changer leur manière d’être, leur manière de traiter les autres et très souvent, même leur manière de penser. Souvent, elles font les mêmes ruses, les mêmes gestes et adoptent la manière de parler et les attitudes de celles qui prédominent, cherchant à se comporter comme la majorité. La mode dans l’habillement s’impose et toutes veulent porter le même modèle de jeans et de corsage, les mêmes sandales, les mêmes fards. Les chemises du même style s’achètent et se vendent par douzaine, souvent de la même couleur. Toutes en uniforme.

Les conversations aux tables de travail tournent autour des problèmes du foyer et des problèmes avec le fiancé. Et toujours, quelque nouveau ragot qui court dans l’entreprise. Quand le jour de la paye approche, elles parlent de combien elles vont avoir, à quoi elles vont utiliser cet argent, les dettes qu’elles ont à cause des dépenses imprévues de la maison... Dans leur majorité, les jeunes femmes qui travaillent dans le secteur qui m’a été attribué, sont des adolescentes de 17 ou 18 ans. Les plus âgées ont 25 ans et sont arrivées à l’usine, il y a 6 ou 7 ans. En majorité, pour ne pas dire toutes, elles ont déjà des responsabilités de famille. Il y a des femmes de 22 ans avec 3 ou 4 enfants. Et celles qui n’avaient qu’un seul enfant commencent dès leur arrivée à sortir avec un garçon de l’usine et peu de temps après, elles sont enceintes. C’est un cas très fréquent pour la majorité des employées de l’usine.

Les relations entre employés et employées sont habituelles, plus encore quand la fille et le garçon sont nouveaux. Non seulement il y a des couples d’ouvrières et d’ouvriers, il y a aussi des couples de contremaîtres, nicaraguayens et étrangers. Pour ces derniers, les conjoints sont dans la même usine, mais travaillent dans des secteurs différents. Dans la maquila, se retrouvent des sœurs, des cousins, des belles-sœurs et toutes les variantes de la parenté et de parrains et marraines. Les uns sont amenés par les autres et recommandés aux chefs par les personnes de la famille. Les maquilas sont pleines de familles élargies, à la recherche de subsistance pour les proches et apparentés.

VENDRE, ACHETER ET AVOIR FAIM

Il y a aussi, parmi les employées, les relations basées sur le commerce. Dans l’entreprise il existe un vaste marché clandestin : on vend et on achète des biscuits, des bonbons, des chocolats, des chewing-gums, des bijoux de pacotille, et des médicaments simples - zepol, tiamina [vitamines], dolofor [aspirine], et petits pansements pour les ampoules qu’on attrape aux mains dans certaines tâches et aux pieds parce qu’on reste debout très longtemps. Tous ces produits sont très demandés et les vendre représente un bon gain. Si une pastille de panadol [sorte d’aspirine] se vend à l’épicerie un peso, dans l’usine ça coûte le double. C’est un marché clandestin, car l’entreprise défend de faire entrer dans l’usine un quelconque aliment et les achats au bar pendant les heures de travail sont formellement interdits.

Le plus gros des travailleurs arrive à l’usine vers 6 h 30 pour avoir la prime qu’on reçoit si on arrive au moins dix minutes avant la sonnerie de l’entrée. Pour pouvoir arriver si tôt on doit se lever à 4 h du matin pour préparer la nourriture qu’on emmène pour la journée, et très souvent aussi celle qu’on laisse toute prête à la maison. Entre 9 et 10 h, tout le monde est déjà mort de faim, parce que depuis le moment où l’on arrive jusqu’à midi, l’heure du déjeuner, il n’y a aucune pause.

Les gens ont cherché des alternatives à la faim pour pouvoir respecter l’horaire, très souvent de 15 heures d’affilée, et ils introduisent habilement dans leurs vêtements des sucreries à manger ou à vendre. Aussi bien manger que vendre en cachette demande de faire très attention. Si le contremaître te voit, tu es renvoyée. En parlant avec des filles qui étaient déjà dans l’entreprise depuis longtemps, je leur ai demandé pourquoi elles se cachaient sous les tables pour manger quelque chose. Elles m’ont raconté l’« histoire bien connue » d’un contremaître qui avait renvoyé une fille : « elle avait été idiote car elle n’avait pas jeté le bâton de l’esquimau qu’elle était en train de manger ; il l’a vue et l’a envoyée en haut (la direction et le secteur administratif). Et quand quelqu’un va en haut, c’est pour rentrer chez lui ».

Les tables sont les témoins muets de tout ce qui se grignote dans l’usine aux risques et périls des travailleuses. Sous les tables, elles se font passer depuis des petits gâteaux jusqu’à des tortillas avec du porc frit et du fromage amené de chez elles. Le plus cruel est de voir le contremaître prendre trois fois par jour du café et manger des biscuits dans la réserve. J’ai pu expérimenter cela pendant les deux jours où on m’a envoyée dans la réserve pour remplir des sacs avec des « baleines », ces petites pièces qui durcissent les pointes du col des chemises.

Les contremaîtres nicaraguayens sont ceux qui s’en prennent le plus aux travailleuses, bien qu’ils participent à ce marché clandestin. Notre contremaître vendait des petits pansements et du zepol, très demandé pour s’en frotter les tempes. Constamment, les femmes se plaignent de maux de tête et elles ont l’habitude de s’en mettre à 10 h. du matin et à trois heures de l’après-midi quand elles travaillent debout depuis déjà plusieurs heures.

CRIS, VIOLENCE ET BEAUCOUP DE PEUR

Les motifs des rappels à l’ordre sont nombreux : se trouver hors du poste de travail, être en retard pour l’objectif prévu, arriver en retard de façon injustifiée, manquer un jour de travail sans justification, bavarder beaucoup, aller plusieurs fois aux toilettes, demander beaucoup d’autorisations pour sortir de l’entreprise...

La manière des contremaîtres nicas et étrangers de te rappeler à l’ordre est la même. Tout se fait avec des cris pour que ce rappel à l’ordre soit entendu par les autres : on impose ainsi respect et crainte. A mon avis les contremaîtres nicas sont plus chinois que les Chinois dans les mauvais traitements à l’égard des travailleurs et des travailleuses. C’est parce que les Chinois exigent des Nicas cette attitude, sinon, ils les renvoient aussi.

Dans beaucoup de cas, les rappels à l’ordre n’ont pas pour but d’améliorer le travail ; ils sont seulement une manière d’insulter et de dévaloriser le travail que nous faisons. Les deux phrases favorites que j’ai entendues des Chinois sont : « Mauvais, mauvais ! Vous, être des ânes, des ânes ! » et « vous, avoir cervelles d’oiseaux, vous pas comprendre ! ». Ils sentent bien que ce sont les plus grandes offenses qu’ils peuvent te dire.

Ces mauvais traitements ont été un modèle imposé par le cercle des dirigeants taiwanais qui réside dans le pays depuis le plus de temps. Une des filles m’a raconté que, quand un nouveau taiwanais arrive, il ne te traite pas mal comme ça. Il te traite avec respect ; il t’ouvre même la porte pour que tu rentres ; ils sont courtois. Après, ils changent sous l’influence des autres qui les forcent à être grossiers et finalement, s’ils le peuvent, ils te donnent même un coup de pied.

En réalité, je ne sais pas si la culture asiatique est violente, mais les contremaîtres, hommes ou femmes, sortent très facilement de leurs gonds avec des expressions violentes et injustifiées. La majorité des fautes que commettent les employés dans la zone franche ne sont pas une raison suffisante pour les voir réagir par exemple en envoyant un tourne-vis à la figure d’un garçon. Le contrôle de soi ne parait pas faire partie de leur rationalité et ils décident très facilement de te renvoyer, même s’il n’existe aucun motif pour cela.

Cette possibilité crée une peur incroyable chez tous les travailleurs. Une camarade m’a dit : « je crois que beaucoup de ces filles n’ont jamais eu aussi peur, même de leur père et de leur mère ensemble, que de Yu, le contremaître chinois ». Les travailleurs finissent par supporter les cris comme quelque chose de naturel et pour quelques uns, même s’ils se fâchent, la seule chose qu’ils sachent dire, c’est : « Il nous fait ch..., cet homme ! ».

LES TOILETTES, UN REFUGE MULTI-USAGES

Pour les travailleurs et les travailleuses de l’usine, les toilettes sont l’endroit où se déchargent beaucoup plus de besoins que les seuls besoins physiologiques. C’est le lieu où on se réunit pour manger un biscuit ou un bonbon, pour fumer une cigarette ou pour s’accorder une pause. C’est l’endroit des confidences, où on se défoule de la colère devant les rappels à l’ordre des contremaîtres, et même où on répand des larmes de colère et d’impuissance devant la répression et les punitions qui font l’atmosphère de toute la journée. Ici on trouve la paix, même si c’est pour quelques instants ; le contremaître ne vient pas jusqu’ici.

Bien que cet endroit manque de la plus minimale condition d’hygiène, il est considéré comme un refuge.Lessouffrances s’y accumulent, comme les tas de morceaux de tissus et de papiers sales presque de la taille des cuvettes de wc, pour la plupart détériorées. Dans les cuvettes, il y a d’épaisses croûtes, les fonds sont tout noirs, l’humidité est permanente et les murs donnent l’impression de n’avoir pas été repeints depuis la construction de l’usine. Sur tous les murs, on lit des messages comme en écrivent des collégiens, depuis les insultes jusqu’aux déclarations d’amour ou les aveux d’infidélité.

On nettoie les toilettes, du moins on essaye de le faire, seulement quand quelqu’un visite l’entreprise. Alors, on les lave, on met des rouleaux de papier hygiénique et des distributeurs de savon liquide pour les mains, bien que pour qu’ils durent plus longtemps, on leur fait un trou si petit que l’ampoule que tu attrapes à force d’appuyer sur le bouton est plus grande que la goutte de savon que tu arrives à sortir. Dans cette entreprise, il y a trois toilettes, chacune avec neuf wc. Pendant les douze jours où j’ai travaillé à l’usine, un jour seulement j’ai vu que la femme de ménage les lavait. Cela m’a surpris. Ensuite j’ai entendu des employés : « Va savoir qui va venir ! » Ce jour-là sont arrivés des fonctionnaires du ministère du travail accompagnés ni plus ni moins que de Gilberto Wong, secrétaire exécutif de la Corporation des zones franches du Nicaragua, la plus haute autorité qui, par ses traits orientaux, passait inaperçu avec une rare humilité au milieu des Asiatiques qui l’entouraient de grandes révérences.

APRES QUINZE HEURES, TOUTES LES DOULEURS ÉCLATENT

L’horaire normal est de 7 h 00 à 17 h 15. Au-delà, les heures de travail sont considérées par l’entreprise comme des heures supplémentaires. Dans les périodes creuses, celles où il y a peu de production, il n’y en a pas. Etant donné que dans l’hémisphère Nord, destination des vêtements que fabriquent les maquilas nicaraguayennes, il y a quatre saisons différentes, il y a beaucoup de variétés dans les vêtements que nous confectionnons. Les commandes changent beaucoup, ce qui multiplie les tâches et les rendent plus longues et plus dures.

Dans le secteur de l’emballage, zone où le plus souvent on sort à 19 h 15 en horaire normal, on doit laisser les tables toujours propres. Sans aucune chemise à repasser. Au mois de juin, quand j’étais là, nous avons travaillé jusqu’à 22 h. Un autre groupe travaillait toute la nuit. De temps en temps, on leur donne la journée pour se reposer. Tout dépend du rythme de travail ou des dates de livraison du produit. Ces journées de plus de 15 heures de travail (de 7 h à 22 h) sont absolument épuisantes physiquement pour les travailleuses. Elles n’ont que 40 minutes de repos pour aller déjeuner et encore 40 minutes, vers 20 h, pour le dîner. Quand la nuit tombe, les douleurs se font plus aiguës et toutes sortes de lamentations jaillissent. Elles ont toutes mal à la tête et les pieds gonflés qui ne supportent plus le poids de leur propre corps. Les douleurs de dos abondent. Celles qui ont des problèmes de circulation ont des varices sur le point d’éclater. Tout le monde, sans distinction d’âge ou de sexe, a mal quelque part. Et dans la trousse à pharmacie de notre secteur, la seule chose qu’il y ait c’est de l’alquaseltzer et du coton.

L’HEURE DES RÊVES

A la fin de l’après-midi, les visages qui le matin étaient frais et maquillés, sont maintenant éteints et les esprits sont échauffés par les disputes, les erreurs commises, les gestes malheureux. La susceptibilité naît de la fatigue. Il ne manque pas non plus de groupes qui plaisantent pour ne pas sentir la longueur du temps, pour le tuer. Parmi les femmes, le thème le plus courant à ces heures-là est de dire qu’elles vont se retrouver sans mari parce qu’elles arrivent tellement fatiguées chez elles que la seule chose qu’elles font c’est de se jeter sur leur lit pour dormir.

C’est aussi l’heure des récriminations contre le milieu dans lequel elles sont nées : « Si j’étais née dans un autre monde, je n’aurais pas besoin de travailler ici et je serais bien assise, chez moi, avec mes enfants et avec mon mari ». Ou bien d’exprimer des rêves aussi simples qu’impossibles : « Qu’est-ce que je donnerais pour arriver chez moi, trouver un repas prêt et chaud, les draps lavés et quelqu’un qui m’apporterait à manger au lit ». D’autres rêves sont plus ambitieux : « Ah ! si je pouvais entrer à l’Université et préparer un métier ».

La réalité est que beaucoup de femmes et d’hommes en entrant dans la maquila arrivent en rêvant de trouver une promotion dans le travail. Ce n’est pas possible. L’image que vendent les propriétaires, c’est qu’ici on gagne beaucoup d’argent avec un travail très accessible. Après, l’envie de faire des heures supplémentaires pour avoir un meilleur salaire devient une vraie drogue. Après, longtemps après, on comprend qu’il n’y aura pas de promotion, mais seulement la routine, l’enlisement et un corps presque handicapé.

LE MINISTÈRE DU TRAVAIL : L’ALLIÉ DES ENTREPRISES

Selon le Code du travail, on ne peut faire que neuf heures supplémentaires par semaine. Dans le secteur de l’emballage, nous travaillons trente-six heures supplémentaires par semaine. Avec une moyenne de quinze heures de travail quotidien et sans une alimentation adéquate, il est très difficile de pouvoir résister à ce rythme.

Le fait d’abuser du travailleur et de ne pas respecter le Code du travail est connu du ministère du travail (MITRAB), qui doit veiller aux droits des travailleurs et contrôler les employeurs. Cependant dans l’actuel modèle économique, le MITRAB s’est converti en protecteur et allié des entreprises et des corporations de la zone franche, en faisant la sourde oreille aux demandes des travailleurs. « Tu mets plus de temps à arriver jusqu’au ministère que l’entreprise n’en met à s’en apercevoir. En revenant à l’usine, tu te retrouves avec ton renvoi dans les mains sans que rien ne te protège. La zone franche et le MITRAB, c’est la même chose » me dit une jeune femme.

Le ministère comme instance régulatrice des employés et des employeurs devrait assumer un rôle moins politique et davantage d’arbitrage. Il ne peut pas continuer à être le mouchard des actions des travailleurs et le gardien des intérêts des maquilas de sous-traitance. Le ministère doit donner plus d’importance au salaire minimum et savoir réellement quelle grille salariale existe dans le secteur de la maquila. Les réclamations et les commentaires des travailleurs, quand ils touchent leur salaire chaque quinzaine, démontrent qu’ils n’ont aucune connaissance de la loi, qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils gagnent cela ou pourquoi on leur fait des déductions pour l’assurance sociale alors que dans beaucoup de cas ils ne sont même pas inscrits à l’assurance.

LES HEURES SUPPLEMENTAIRES OBLIGATOIRES

Dans cette usine, les heures supplémentaires ne sont pas optionnelles, elles sont obligatoires. Celui qui ne les fait pas est renvoyé. On n’est pas consulté. Vers 14 h , on passe la feuille des heures supplémentaires et la seule chose que tu dois faire est de la signer. Pour éviter que quelqu’un du secteur de l’emballage ne sorte de l’usine à l’heure de la sonnerie, à 17 h 15, le contremaître garde sous clef les cartes de pointage des employés. Ainsi, personne ne peut sortir, même pas en se cachant. Pour ne pas rester à faire des heures supplémentaires, il faut que tu demandes une permission au contremaître, lequel dans la majorité des cas te dit non ; et si par hasard il te la donne, ce doit être une raison de force majeure et tu dois le convaincre.

Le paiement pour une heure supplémentaire est de 9,92 cordobas [environ 0,66 euros]. Cela dans le cas où on te les paye, parce que selon les travailleuses il y a eu des heures supplémentaires pour des travaux très durs qui ne leur ont jamais été payées. Selon les commentaires de quelques femmes qui ont travaillé dans d’autres entreprises, celles-ci leur payent des heures supplémentaires quand ça leur chante ; dans d’autres entreprises on ne leur remet pas de feuille de paye, on leur donne seulement l’argent et elles ne savent pas ce qu’elles ont gagné et ce qu’on leur a déduit.

La réalité est qu’on ne sait pas comment fonctionnent les heures supplémentaires, ni comment elles sont calculées, étant donné qu’il y a des périodes où on travaille la semaine complète y compris le samedi et le dimanche et que la variation dans le salaire n’est d’à peine 100 cordobas, alors que cela aurait dû être plus étant donné le nombre de jours et la grande quantité d’heures supplémentaires. Il y a des travailleurs et des travailleuses qui arrivent chez eux à minuit ou 1 h du matin et qui doivent être debout de nouveau à 4 ou 5 h. L’épuisement physique est incroyable et nombreux sont ceux qui à 10 h commencent déjà à prendre des cachets de super-vitamines pour pouvoir tenir le coup pour le reste de la journée.

LA PRESSE A L’HEURE DU DEJEUNER

Selon l’horloge de l’entreprise, la sonnerie pour le déjeuner est à midi. C’est l’heure du désordre, de l’affolement total. La majorité des gens sortent comme des fous en courant comme si quelque chose à l’intérieur les poussait à s’enfuir. C’est la course pour arriver les premiers au bar pour acheter de la nourriture ou de la boisson qui accompagnera ce qu’ils ont amené, tout préparé de chez eux. Les achats se font dans deux bars et sur des tables où on vend des enchiladas, tacos, churritos [variétés de galettes de maïs] et des fruits. Les bars n’ont pas de condition d’hygiène. Ce qui abonde le plus, ce sont les mouches et comme les bars sont à côté des réserves, il faut y ajouter des rats et des souris. Les cuisinières préparent la nourriture, la servent et manient l’argent sans se laver les mains. Presque toujours on vend à crédit en payant à la quinzaine, mais comme ce n’est pas très rentable, beaucoup de travailleurs préfèrent amener la nourriture de chez eux.

Les cantines se remplissent de gens qui mangent et discutent. Ceux qui n’ont pas trouvé de place s’assoient sur l’herbe sous les palmiers nains de l’entrée. Il faut manger en 40 minutes. Quand retentit la sonnerie pour retourner au travail, les zones de repas sont jonchées d’assiettes sales, de sacs et de restes, comme la rotonde de Santo Domingo après un 10 août.

Un repas normal avec boisson coûte onze cordobas. La ration de tacos, enchiladas, tajadas avec du fromage, ou une banane avec du fromage coûte cinq cordobas. La plupart des gens se regroupent pour acheter un litre et demi de boisson gazeuse ; c’est plus rentable que d’acheter un verre. En plus de la nourriture et des boissons, les deux bars vendent aussi des serviettes et du papier hygiéniques, des cigarettes, des bonbons et des chewing-gum.

Quand il y a des heures supplémentaires à faire, l’entreprise prend en charge le dîner des travailleurs. Mais ils disent tous : « ça sort de notre poche..., des heures supplémentaires qu’on ne nous paye pas ». Alors les repas sont commandés dans un des bars de l’entreprise. Dans un des nombreux dîners que j’ai pris avec les filles qui travaillaient avec moi, on nous a donné la nourriture dans un carton. Ce jour-là, nous avons eu du porc frit.

Quand l’une d’entre elles mordit la viande, le centre était verdâtre, mais on ne lui a pas permis d’acheter autre chose dans le bar et elle n’a rien eu à manger. Comme on ne sait pas l’heure exacte de sortie - est-ce que ce sera tôt ou est-ce que ce sera tard ? - généralement on n’emporte rien de préparé de chez soi pour le dîner. Je n’ai pas pu savoir si ce sont ceux du bar ou les contremaîtres qui décident de la nourriture que mangeront les employés, mais ceux-ci se plaignent presque toujours de la mauvaise qualité.

L’HEURE DES ODEURS

A 17 h, c’est l’heure des odeurs. Où que tu passes, ça sent les déodorants, les crèmes de beauté, la pâte dentifrice, les parfums les plus variés qui se mélangent avec les mauvaises odeurs de toute une journée de travail. Dans les toilettes, les femmes s’entassent devant les lavabos pour se laver les dents, pendant que beaucoup se maquillent. C’est impressionnant de voir comment la fatigue n’empêche pas les soins corporels. Le vendredi, que ce soit ou non un jour de paye, il y a encore plus de temps consacré à la vanité. C’est le jour de rendez-vous des couples. Généralement, le vendredi, il y a peu d’heures supplémentaires. On dit que c’est une politique de l’entreprise, bien que, quand moi j’ai travaillé à l’usine, ça ne s’est pas passé comme ça. A 17 h 15, quand retentit la sonnerie de sortie pour les secteurs de chaîne de production - où on coud et on assemble les chemises - le gros des travailleuses et des travailleurs sort, plus de mille. Tout le monde prévient : « Tu as ta carte ? » et tout le monde la cherche avant la sonnerie pour être les premiers dans la file.

LA FOUILLE ORDINAIRE

Tous les jours à la sortie, il n’y a pas seulement le rite du pointage ; il faut aussi passer par une fouille corporelle. Pour les hommes, c’est un surveillant qui le fait ; pour les femmes, une femme de cette même entreprise de surveillance et une Chinoise de l’usine. Le premier jour, comme j’étais nouvelle, je suis sortie à 17 h 15 avec le gros des travailleuses. J’ai pointé ; je ne savais rien de la fouille à la sortie. J’ai seulement vu la file et les femmes qui sortaient par la porte des piétons et les hommes par l’entrée des véhicules. Comme j’étais distraite parce que je regardais passer la foule de gens qui sortaient d’autres usines à coté, je ne faisais pas attention aux camarades qui allaient devant. C’est quand mon tour est arrivé que j’ai eu peur. La Chinoise, une femme très petite qui ne m’arrivait pas à l’épaule, commença à me tâter en me passant la main depuis le pubis jusqu’en haut des fesses et ensuite depuis le pubis jusqu’en haut du ventre. J’étais envahie par une sensation de dégoût et ma peau se hérissa. Un violent désir de la frapper et de pousser des cris m’envahit ; ce fut une sensation désagréable que je n’avais jamais ressentie, même pas lorsque dans la rue je me suis trouvée avec des voyous pervers qui te disent des grossièretés. Pendant un instant, j’ai pensé qu’on n’avait touché que moi et que j’étais la seule qui avait réagi comme ça. Mais les camarades qui sont arrivées le même jour que moi partageaient mes sensations : « Oh là là ! C’est horrible, cette Chinoise qui te touche » a dit l’une d’elles. Et une autre : « Moi, j’ai travaillé dans d’autres usines et jamais on ne m’avait fait ça ! ».

LA FOUILLE Á CORPS POUR S’IMPOSER

La manière de palper de la Nica était différente de celle de la Chinoise. J’ai compris que cette manière de violenter chaque femme est aussi une manière de démontrer que les patrons peuvent faire ce qu’ils veulent avec les ouvrières. De plus c’est une forme de contrôle qui n’a pas de sens : les jeans que je portais - ceux de presque toutes - étaient très ajustés. Comment pourrait tenir à l’intérieur de mon pantalon une chemise à manches longues ? Impossible.

Bien que cette fouille devienne une routine pour les travailleuses, je ne m’y suis pas habituée pendant les douze jours où je suis restée dans l’usine. A chaque fois que j’entendais la sonnerie de sortie, j’avais mal à l’estomac, en pensant seulement ce que j’aurais à subir pour pouvoir sortir dans la rue. Il y a eu des jours où le dégoût me coupait l’appétit, je ne dînais pas et j’arrivais chez moi avec encore cette horrible sensation. J’ai clairement vu que la plus grande violence est faite aux femmes. Les hommes, on les fouille, mais un surveillant nicaraguayen leur tâte seulement les jambes. Selon la direction, la fouille ordinaire cherche à éviter que des travailleurs n’emportent des pièces. Dans les conversations que j’ai eues avec les femmes, elles racontaient que, dans certaines usines, ceux qui prennent des pièces de l’usine sont toujours des hommes qui les sortent en se les mettant comme des couches. La majorité les approuve pour ces fauches : « C’est bien qu’ils volent. De toutes façons, ils le font pour nous, et pour quelques malheureuses pièces qu’ils prennent, ce n’est vraiment pas une grosse perte ». Naturellement, ce sont des vols sporadiques, et le commerce des pièces se fait entre les travailleurs de l’usine eux-mêmes.

COLÈRES ET HUMILIATIONS

Les contrôles font partie d’une politique d’humiliation. Un jour, avant 10 h, nous voulions désespérément sortir et le contremaître tenait nos cartes sous clés. Quand nous l’avons entouré toutes ensemble, chacune de nous cherchant sa carte pour pouvoir sortir plus vite, il prit tout le paquet et furieux le lança violemment sur une autre table. Les cartes s’éparpillèrent sur le sol, nous avons dû nous jeter par terre et nous nous les arrachions des mains, pendant que le contremaître riait de son exploit.

Est-ce l’excès de travail que ces messieurs disent avoir qui est la cause de leur comportement inhumain ou celui-ci est-il dû aux exigences que l’administration leur impose ? Dans leur majorité, ceux qui maintenant sont contremaîtres, sont arrivés dans l’entreprise comme le reste des travailleurs. Cela a été le cas pour une jeune femme qui avait commencé à travailler en même temps que nous dans l’emballage. Quelques jours après, elle ne supportait déjà plus le travail, qui lui paraissait très dur, et elle décida de démissionner. Mais quand elle se présenta à la direction des ressources humaines pour donner sa démission, une des femmes chargées de l’embauche lui demanda de supporter quelques jours de plus, parce que la fameuse Madame Fidelina recherchait une nouvelle employée ayant fait des études, pour en faire son assistante. Et la candidate, c’était elle.

COMMENT « CHANGER » DE PERSONNALITÉ

Le lendemain la femme qui allait donner sa démission n’est pas venue travailler. Nous avons pensé qu’elle était partie, mais à midi nous l’avons vue aller déjeuner avec l’élite de l’entreprise, le personnel des ressources humaines. Ils ont une table seulement pour eux et aucun autre employé ne peut s’y asseoir. Comme pour nous elle continuait à être notre camarade de travail, nous nous sommes réjouies de la voir. Elle, non. Elle avait déjà « changé ». Elle est passée à côté de nous et nous a seulement dit sèchement : « Bonjour ! » et elle est allée à la table select. « ça lui est déjà monté à la tête » avons-nous commenté.

Peu de temps après, j’ai pu parler avec elle. La pauvre femme m’a expliqué : « On m’a interdit d’entrer en contact avec vous, on me demande de me souvenir que j’ai un niveau complètement différent de celui des gens inférieurs ». Il est évident que les investisseurs asiatiques prétendent créer dans les zones franches une stratification de classes. Serait-ce que dans leur pays ils appartiennent à la classe supérieure qu’ils font semblant d’avoir au Nicaragua, ou serait-ce qu’ils veulent nous faire revenir à l’époque de l’esclavage, réduisant nos droits à force de nous mépriser ?

CONTRATS NON RESPECTÉS

En signant le contrat dans ces entreprises, le poste où l’on doit travailler donne lieu à un accord mutuel entre employeur et employé. On signe le contrat selon son expérience si on en a, dans le secteur où eux ont besoin de personnel. Beaucoup de celles qui viennent demander du travail ont déjà une idée de l’endroit où elles seront, ou disent où elle veulent être placées.

Selon le ministère du travail, pour qu’un employé soit changé de poste, même de manière occasionnelle, il doit y avoir un accord mutuel. Cependant les travailleuses réalisent des tâches qui ne figurent pas dans les contrats. On te met dans n’importe quel secteur pour que tu ne restes pas à ne rien faire. Nous, à l’emballage, on nous a mis dans d’autres secteurs parce que les accessoires qui doivent être collés sur les chemises n’étaient pas arrivés. D’abord, on nous a mis toute une matinée dans le secteur des cantines pour assembler les boîtes en carton dans lesquelles on emballe les chemises Perry Ellis. Le carton était préparé par des marques pour faire les pliures des boîtes et des couvercles. A chacune de nous, on a donné cinq caisses ; chaque caisse avait 250 pièces et nous devions assembler 1250 boîtes. A première vue, la tâche paraissait facile et peu fatigante. Pourtant, deux heures après, on avait des fourmillements dans le dos et des blessures à chaque main, quelquefois même profondes, à cause du frottement avec le carton.

JOURNÉES Á LA BLANCHISSERIE

Ce jour-là, on nous envoya après le déjeuner au secteur de la blanchisserie. Le travail consistait à laver les endroits des chemises qui étaient signalés comme ayant des tâches de saleté ou de graisse. Il y avait ces jours-là une commande de chemises blanches. Nous devions les blanchir avec du chlore et de l’acétone. Dans la laverie, nous avons passé deux jours et demi de 7 à 19 h et nous avons continué dans le secteur de l’emballage.

Après deux jours passés à la laverie nous avions les mains complètement fendillées. L’acétone et le chlore combinés sans aucune protection nous brûlèrent les mains et nous avions des champignons sur les doigts et les ongles. Dans la blanchisserie, où 28 femmes lavaient sans arrêt, la chaleur était insupportable. Nous étions à côté des chaudières et le feu et la fumée se concentraient là. Il y avait aussi les soufflets très bruyants qu’on utilise pour nettoyer les pièces qui ont beaucoup de peluches.

Le paiement est à la production et le minimum de chemises que tu dois laver est de 700. Si tu ne les laves pas, tu perds le droit à la prime de production. Chaque fois que tu en as lavé une certaine quantité, une employée en note le nombre. Cette méthode pourrait paraître juste, mais il arrive aussi que, si tu n’es pas bien vue de celle qui note, elle change le nombre de ta production et tu ne peux rien y faire.

Moi, j’étais mal vue d’elle, parce que chaque fois que j’allais chercher des chemises pour les laver, elle m’en notait moins ou elle ne me notait rien du tout. Il arrivait la même chose à d’autres camarades. De notre côté, nous ripostions en trouvant des trucs pour augmenter le nombre. Nous humidifions beaucoup de chemises qui n’étaient pas sales pour donner le change et arriver à un plus grand nombre. Quand le soir tombe, la vie empire dans la laverie. La lumière naturelle s’en va et tu n’y vois presque plus. En hiver, les femmes sont trempées, parce que la partie supérieure de la laverie n’est pas couverte et il y pleut à torrent.

EN DANGER DÈS QUE TU PRENDS LE BUS

Pendant les douze jours qu’a duré l’étude que j’ai faite, j’ai voyagé en autobus du transport urbain collectif, ceux qu’utilisent à 100% les travailleurs de la maquila. Pour pouvoir respecter l’horaire, le seul moyen est de se lever très tôt. Je prenais le bus à 6 h 15. Ils étaient bondés, les gens accrochés aux deux portes. Ce sont de vieux autobus, dans un état déplorable, où voyager est très dangereux. L’amoncellement des passagers permet à des équipes de pickpockets, hommes et femmes, d’opérer avec succès. Cela permet aux hommes de tripoter les femmes.

Un jour, pressé par l’horaire d’entrée, je suis montée dans le premier autobus qui s’est arrêté. Il était bondé. Je suis montée par l’arrière et j’ai pu trouver de la place seuleme

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 10:28
LIEN pour en savoir plus : Les hommes naissent libres et egaux... | Bloguez.com
De nombreux sites parlent de Léonard Peltier, du scandale de son incarcération indéfiniment prolongée alors qu'il fut condamné sans peuve. Voici quelques extraits pour introduire à ce scandale. Dans un de ses livres Mary Brave World raconte l'occupation de Woudned Knee...

Voir aussi publié par  SERGE ADAM ce billet, en cliquant sur la vidéo vous arriverez sur une page you tube qui vous conduit à de nombreux liens de vidéos (en anglais mais les images parlent )

Solidarity

 

leonard_speaks

Le 11 octobre dernier, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à PARIS à l’occasion de la journée internationale de la solidarité avec les peuples indigènes d’Amérique. Le président du Comité de soutien de Léonard Peltier a lu un texte écrit par celui-ci, qui est à ce jour le plus ancien prisonnier politique au monde.

Un texte à méditer

« Salut à tous mes parents présents partout dans le monde !
Je suis particulièrement désolé de ne pas pouvoir être parmi vous aujourd’hui. Je suis profondément honoré de pouvoir vous parler même si c’est par la voix de quelqu’un d’autre. D’abord, je veux vous féliciter pour le dévouement avec lequel vous défendez les droits des peuples indigènes partout dans le monde. La prison est une façon d’approfondir sa réflexion comme cela doit être le cas, je suppose, de toute forme d’isolement. Dans ma réflexion, je suis souvent parvenu à la conclusion que ma relation avec le Créateur, ma famille, notre terre, mes amis et parents indigènes est la chose la plus importante pour moi. J’essaye de suivre ce qui se passe dans le monde par tous les moyens de communications possibles. Je sais que beaucoup d’entre vous sont persécutés et chassés de leurs maisons dans leurs propres pays. Je sais que beaucoup d’entre vous sont exploités, que leurs ressources leur sont arrachées et je sais aussi  que souvent vos frères sont tués parce que des multinationales veulent s’emparer des richesses de votre terre. Je veux que vous sachiez que pour moi nous avons un ennemi commun. Cet ennemi commun a plusieurs visages. Il parle différentes langues et porte différents uniformes. Mais sa motivation reste toujours la même ; cet ennemi est motivé par son obsession de la richesse et par son avidité, arrachant toujours à la terre plus qu’il n’a besoin. Je ne peux pas dire que je connais la solution pour notre survie. Je suis sûr qu’il n’existe pas une seule réponse mais je crois vraiment que quelle que soit cette réponse, elle doit commencer par s’appuyer sur nous. Nous devons trouver les moyens de nous rendre forts, de rendre nos enfants forts, de rendre notre foi forte ainsi que notre lien avec le Créateur. Nous devons apprendre à utiliser les outils d’aujourd’hui pour nous protéger demain contre les défis de leur avidité. Nous devons sans relâche enseigner à nos enfants à se défendre. Nous devons sans relâche mettre en garde nos enfants afin qu’il ne deviennent pas comme notre ennemi. Nous devons avec acharnement apprendre à nos enfants à respecter notre Mère Terre, le Créateur, leurs amis et à comprendre la vision de leurs frères, en restant vigilants et très attentifs à leurs terres et leurs ressources.
Quelqu’un a dit un jour que la plus grande bataille qu’un guerrier doit mener est celle qui est à l’intérieur de lui-même. Nous devons nous développer d’abord et ensuite savoir faire preuve d’autodiscipline et de respect de nous-mêmes au sein de notre propre communauté. J’ai vu maintes et maintes fois que certains de nos frères se sont détruits eux-mêmes à l’intérieur de leur propre organisation avant d’affronter leurs ennemis. J’espère n’avoir offensé personne par mes paroles ; je suis simplement honnête et je souligne les défis les plus importants auxquels nous devons faire face. Nous ne pouvons exiger la défense de nos droits, le respect des autres et la liberté sans être en position de force. Un des moyens pour accroître notre force est de rechercher continuellement  à développer notre réseau de relation, à former des alliances comme nous le faisons aujourd’hui.
Aussi nous devrions chercher à apprendre au monde nos traditions qui nous ont permis de survivre ainsi que la plus grande œuvre du Créateur qui est notre Mère Terre. Nous devrions apprendre au monde que le technologie la plus moderne dans tout l’univers est celle du Créateur. La chose la plus productive que nous pouvons faire et de rechercher à vivre en harmonie avec cette technologie, avec l’environnement que le Créateur nous a offert.
Et peut-être qu’en développant cet enseignement nous trouverons un moyen de détruire nos ennemis en les transformant en amis. Dans le même temps, nous devons rester forts et rendre forts nos enfants. Nous devons faire avancer nos réseaux et nos alliances. Mon cœur et mon amour sont avec vous, de même que mes pensées et mes prières.

Votre frère,
Avec l’esprit de Crazy Horse

Leonard Peltier 
USP Lewisburg US Penitentiary PO Box 1000 Lewisburg PA 17837-1000







Leonard Peltier est un militant Lakota/Anishinabe agé de 63 ans accusé sans aucune preuve d'avoir tué 2 agents du FBI et emprisonné depuis le 6 Février 1976 (condamné à 2 peines à perpétuité).

En1985, le gouvernement sans aucune révision du procès a changé le chef d'accusation de meurtre au premier degré en complicité de meurtre.
La Cour d'Appel a énoncé qu'il y avait un abus clair du procédé d'investigation qui montrait de forts doutes sur le cas du gouvernement. De plus chaque appel s'est terminé avec Leonard se voyant refuser la justice et un nouveau procès par des échappatoires juridiques plutôt que par le bien-fondé et la justesse de leur argumentation. Cependant un des juges qui a refusé deux des appels, a écrit au Président, l'exhortant à commuer la peine de Peltier.
Le12 juin 2000, une nouvelle étude a été faite pour savoir si la liberté conditionnelle pouvait-être accordée à Leonard. Celle-ci a été négative et renvoyée à 2008.
Si Leonard avait un nouveau procès, il serait reconnu innocent !
Son peuple se bat pour lui, beaucoup de personnalités se battent pour lui, soutenez les pour libérer un homme innocent en signant la pétition Leonard Peltier. (voir sur le site)

"Mon crime est d'être indien. Quel est le votre?" Leonard Peltier
Help to Free an Innocent Man !
Free Leonard Peltier !



Les hommes naissent libres et egaux...


17/5/2009 -

Please Sign!

 

Leonard Peltier,prison,action urgente,petition

Waymart. Pennsylvanie. Etats-Unis. Tant d’années pour un crime toujours nié. Tant de grands chefs en campagne qui ont promis. Tant de signaux de fumée dans le monde entier.

Durant la première quinzaine de janvier 2009, le site américain Change.org qui promeut l'élaboration d'une liste de mesures d'urgence à soumettre au Président élu Obama classe en 12ème position sa libération immédiate.

Le jeudi 8 janvier 2008, Léonard Peltier est informé de son transfert du pénitencier de Leavenworth au Kansas pour la prison de Lewisburg située en Pennsylvanie et ce dès lundi 12 janvier 2009. Dans la même missive, il lui est accordé le droit de solliciter une libération conditionnelle en février 2009. Peu de jours après son arrivée au Canaan Federal Penitentiary, Leonard Peltier a été pris à partie par des prisonniers et est sévèrement blessé. Ne voulant pas dénoncer ses agresseurs, il n'est pas considéré comme victime par le système pénitentiaire, et est donc placé en confinement avec un seul repas par jour. Ses jours seraient en danger selon son site officiel, qui rappelle que Leonard Peltier est diabétique, et qu'un tel traitement met en jeu sa santé.

Et je chevauche toujours à travers cette prison qu’est ma vie. Ça fait combien de temps déjà ? Trente ans ? Plus ? Je ne compte plus. Je suis vieux. Je suis fatigué. Je suis malade.

Et voilà qu’on me tend une embuscade, ici, dans ce camp où j’ai été transféré. De minables cow-boys me jettent à terre, me frappent et me voici comme dans les mauvais films, quand l’indien ridicule ne sait pas se tenir en selle.

Quel shérif les a envoyés ? Quelle récompense vont-ils recevoir ?

Et c’est moi l’interné ! Et c’est moi le coupable ! Je suis en chambre d’isolement. Je ne reçois qu’un repas par jour.

Ne me laissez pas seul : je dois survivre. Mon histoire fait tomber le masque de toute l’Amérique coloniale.

Je ne suis pas une légende. Ici, maintenant, je suis un amérindien. Je suis un prisonnier de guerre. Je suis l’incarnation de votre soif de justice et de liberté. ((texte de Barbara Moreau)
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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 21:36
Je découvre un blog inattendu :
Paroles de juges
Des magistrats s'expriment et dialoguent
à la suite de cet article vous trouverez une interview du juge qui gère ce blog,  Michel Huyette, magistrat, conseiller à la Cour d'Appel de Toulouse, et animateur du blog Paroles de juge

Samedi 22 août 2009

Les propositions ministérielles pour lutter contre le suicide en prison

Par Michel Huyette


 La ministre de la justice, à l'occasion d'un déplacement  dans un établissement pénitentaire, a fait connaître certaines propositions pour lutter contre le suicide en prison, après une multiplication  alarmante de ceux-ci ces dernières semaines.

  Parmi ces propositions on trouve des "kits de protection" contenant des draps et des couvertures déchirables, des matelas "anti-feu", de même que les traditionnelles formations du personnel pénitentaire. Plus surprenant, il est également envisagé que des détenus soient désignés (formés ?) pour aider les plus fragiles. Sur ce dernier point, il n'est pas précisé quelle sera la situation de ceux d'entre eux qui n'arriveront pas à prévenir un suicide et devront supporter cette culpabilité supplémentaire...

  La problématique du suicide en prison n'est pas nouvelle et elle a fait l'objet d'une succession d'études depuis de nombreuses années (1). Je renvoie les visiteurs à la lecture de ces nombreux documents. Ce qui est intéressant, c'est la comparaison du contenu des rapports à plusieurs années d'intervalles, proches sur de nombreux points, de même que la multiplicité des propositions qu'ils contiennent, également semblables, avec l'insignifiance des moyens consacrés et des résultats obtenus. Cela montre à la fois que les enjeux sont connus depuis longtemps, et que rien d'efficace en profondeur n'a été fait jusqu'à présent faute de volonté politique en ce sens.


   Pourtant la situation l'exige. Rappelons brièvement quelques évidences.

  Dans certaines prisons, ceux qui découvrent pour la première fois l'incarcération (les détenus qui se suicident le font souvent dans une période assez courte après leur emprisonnement ou après le prononcé de leur condamnation, beaucoup plus rarement après plusieurs années de détention) sont complètement anéantis par les conditions dans lesquelles ils vont vivre. N'ayons pas peur de la réalité ni des mots. Fermez les yeux et imaginez un instant la scène. Vous entrez dans une pièce sordide tout juste digne pour une personne, mais il y en a déjà trois autres. On vous désigne un matelas par terre ou chacun dormira à tour de rôle. Et puis, quand vient le moment d'aller au toilette, on vous montre un espace de quelques dizaines de centimètres carrés non séparé du reste de la pièce sinon par un petit muret qui ne ferme pas tout cet espace, avec ce que cela engendre en termes de bruit, d'odeurs.

  C'est alors l'humiliation, et l'anéantissement de toute forme de dignité.

  Sans parler, comme le dénoncent sans cesse les surveillants, de l'impossibilité à cause du nombre des détenus de faire autre chose que du gardiennage, le temps pour les contacts humains, ceux qui rendent certains moments difficiles un peu plus supportables, manquant cruellement.

  La question doit donc être posée une nouvelle fois : sachant que  de nombreuses  prisons sont pleines à craquer, était-il à ce point urgent de multiplier les lois ayant pour objectif d'envoyer plus de personnes en prison et pour  plus longtemps, comme la loi sur la récidive  et les peines minimales ?

  Et même en supposant qu'une augmentation des sanctions soit souhaitable, ne fallait-il pas attendre que les conditions d'accueil des détenus soient au minimum acceptables à défaut d'être confortables ? Pour le dire autrement, quand les détenus sont déjà 3 dans une cellule exigüe, est-il  urgent et politiquement raisonnable d'en envoyer délibérément un quatrième en sachant tout ce que cela entraînera en termes de dégradation de l'hygiène physique et mentale, de promiscuité, de tensions voire de violences, et, surtout, en termes d'humiliations ?

  C'est pour cela qu'il est toujours un peu étonnant de constater que ce sont les mêmes responsables qui d'un coté décident de favoriser et veulent voir se multiplier toujours plus les peines d'emprisonnement  tout en sachant que les prisons sont totalement saturées, et qui de l'autre affirment vouloir lutter contre les suicides dont le nombre a considérablement augmenté au cours des dernières décennies...


  Mais venons-en maintenant à la question qui me semble être le coeur de cette problématique et qui est le véritable objet de cet article : veut-on véritablement réduire le nombre des détenus qui se suicident ?

  Si cette troublante question se pose, c'est que cela fait de très nombreuses années que gouvernants et élus de tous bords dénoncent l'état de nos prisons et les conséquences sur la santé physique et mentale des détenus. Ils le disent et ils l'écrivent (2). Mais tout cela ce ne sont que des mots.

  Les causes et les effets étant connus depuis longtemps (état psychologique et faible niveau intellectuel de nombreux détenus, conditions matérielles de détention, surpopulation carcérale, liens difficiles avec les familles, encadrement et soutien spécialisé insuffisants etc..), la situation serait aujourd'hui moins dramatique si les mesures indispensables avaient été prises il y a bien des années. Car de deux choses l'une. Soit les suicides sont inévitables et donc inéluctables, mais alors il est inutile de lancer des recherches, de rédiger des rapports ou de faire des annonces puisqu'il n'existe aucun moyen d'en réduire le nombre. Soit des actions peuvent permettre ce résultat et il reste à expliquer pourquoi rien d'efficace n'a été fait jusqu'à présent.

  Le seconde hypothèse étant la seule crédible, il faut donc se demander pourquoi il existe une telle distance entre le discours de façade et la réalité de terrain, entre le possible et le réalisé.

  Il n'est pas du tout certain que parmi la population française, majoritaires soient les citoyens qui sont convaincus qu'il faut consacrer de l'argent au mieux-être d'individus qui ont agressé, volé, braqué, violé, détruit. On entend souvent dire que tous ces gens là ont choisi la délinquance et doivent en subir toutes les conséquences, et qu'il n'y a aucune raison de leur accorder la moindre faveur. C'est le classique refus de la télévision en cellule qui transforme la prison en hôtel trois étoiles, Bref, ces gens là ne méritent pas que l'on consacre de l'argent à leurs conditions de vie, même déplorables.

  Après la sanction individuelle pour l'infraction commise, s'ajoute une sorte de vengeance collective. Les conditions de vie dégradées des détenus sont, consciemment ou non, considérées comme une sanction supplémentaire méritée pour ceux qui ont dérangé l'ordre social. C'est retourner le couteau dans la plaie, pour faire mal une seconde fois.

  En plus, cette vision du détenu exclu de notre groupe social  et qui ne peut donc pas réclamer les mêmes faveurs est encouragée au plus haut niveau de l'Etat, là où la contradiction est, une fois encore, particulièrement criante. D'un côté on se désole des conditions des personnes emprisonnées en proclamant que leur situation est indigne d'un pays qui respecte les droits de l'homme, et de l'autre on fait comprendre aux citoyens que ceux qui vont en prison sont des gens méprisables. C'est le cas quand ont promet à des habitants des cités de "nettoyer" leur environnement "au karsher". Car avec un tel appareil à haute pression d'eau ce sont les détritus, les déchets, les salissures, la pourriture que l'ont enlève. Les citoyens sont donc clairement invités à considérer les délinquants non plus seulement comme des être humains qui ont commis des fautes et doivent être sanctionnés, éventuellement sévèrement, mais comme des membres d'une sous-catégorie par hypothèse non respectable. De fait, qui aurait envie de respecter et de s'occuper d'un un déchet ?

  La seule possibilité pour les détenus de faire reconnaître un droit à une dignité minimale consiste alors à saisir les tribunaux pour faire reconnaître que l'Etat les maltraite et le faire condamner. Plusieurs procédures en ce sens ont été couronnées de succès au cours des derniers mois. Cela en dit long sur l'impasse dans laquelle on les maintient.

  Finalement, ce qui freine toute amélioration de la situation des détenus, c'est d'abord l'absence de conviction profonde qu'une telle démarche est nécessaire.


  Ce qui manque aussi, c'est une vision des conséquences de la situation des détenus au-delà de ce qu'ils vivent en détention.

  Un détenu ce n'est pas qu'un homme (et quelques femmes aussi...) emprisonné. C'est un mari, un père, un frère, un cousin, un ami. Quand tous ces gens constatent ou entendent à l'occasion des parloirs les récits de la vie quotidienne, cela déclenche chez eux, inéluctablement, sans doute de la compassion, mais surtout de la révolte quand ce n'est de la haine. Car, parmi eux, même ceux qui trouvent la sanction justifiée n'admettront pas les humiliations du détenu. Cette révolte va peu à peu s'insinuer dans les esprits, puis se répandre dans la famille, parmi les autres proches, puis dans les quartiers. Elle va, consciement ou non, attiser les exaspérations et les gestes - bien sur inacceptables et qui doivent être sanctionnés - contre les représentants de l'Etat. L'adolescent qui après avoir vu son père au parloir lui parler de ses conditions de vie humiliantes et qui lance le lendemain du haut de son immeuble un objet sur une voiture de police n'en veut pas fondamentalement aux policiers. Ce qu'il veut atteindre ce sont les représentants de ceux qui font à son père ce que jamais ils n'accepteraient pour eux (3).


  Quand un être humain a commis un acte d'agression envers le groupe social auquel il appartient, il faut, pour éviter à l'avenir de nouveaux affrontements, d'abord le punir, aussi sévèrement que nécessaire, mais ensuite lui montrer que le groupe est prêt à l'accepter à nouveau comme l'un des siens, sans aucune différence ni déconsidération.

  En continuant en pleine connaissance de cause à faire vivre des détenus dans des conditions moyennâgeuses, c'est tout l'inverse que l'on prépare. Comme tous les spécialistes le décrivent depuis des lustres, nous ne pouvons pas continuer, sans nous contredire, à générer tensions, rancoeurs et haines du fait de nos choix politiques, et à nous plaindre des conséquences négatives et parfois dramatiques de ces choix.


  On le sait depuis toujours, le suicide c'est, entre bien d'autres choses, une considérable perte de l'estime de soi. Celui qui se donne la mort ne voit plus en lui quelqu'un susceptible de vivre de façon digne, noble, estimable, et sent disparaître le lien avec les autres, ce lien essentiel qui nous tient en vie.  Le suicide c'est, dans une certaine mesure, la conséquence de l'anéantissement de l'avenir.

  Les détenus qui se suicident ne nous disent pas qu'ils avaient envie de mourir. Ils nous demandent pourquoi nous ne leur avons pas donné l'envie de vivre.

  Alors en présence d'un tel enjeu, leur distribuer des pyjamas en papier.......


 
-----------

1. Vous pouvez vous reporter notamment aux rapports suivants :

  - "Rapport sur la prévention du suicide en milieu pénitentiaire" - 1996

  - "Prévention du suicide des personnes détenues : évaluation des actions mises en place et propositions pour développer un programme complet de prévention" - 2003

  - "La prévention du suicide en milieu carcéral - Commission présidée par le docteur Louis Albrand" - 2009


2. cf. not.  "Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur la situation dans les prisons françaises." Assemblée Nationale 2000

"Rapport de la Commission d'enquête sur les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires en France" Sénat 2000


3. Il est d'ailleurs toujours très intéressant d'observer les réactions des personnes d'un rang économico-social élevé qui sont un temps emprisonnées, qui alors dénoncent vigoureusement des conditions d'emprisonnement indignes et insupportables... le temps de revenir à leurs affaires et d'oublier ceux qui sont restés derrière les portes fermées à clé.




Paroles de juge

Interview de Michel Huyette, magistrat, conseiller à la Cour d'Appel de Toulouse, et animateur du blog www.parolesdejuges.fr

 


1/ Bonjour Monsieur Huyette,
magistrat, vous vous exprimez sur votre blog créé en Février 2007. Qu'est ce qui vous a décidé à ouvrir ce blog ?



Même si j'en suis l'animateur, je ne suis pas le seul à l'origine de ce blog, dans lequel de nombreux autres magistrats ont publié des articles et continueront à le faire.

A l'occasion de l'affaire d'Outreau, nous avons collectivement ressenti l'envie de participer au débat public sur la justice, car nous en sommes quand même les principaux acteurs. Comme nous ne disposions d'aucun endroit d'expression publique et libre, nous avons cherché comment nous y prendre et finalement pensé à un blog, ce qui permet en plus quelques échanges avec les internautes.

En plus, vivant la justice de l'intérieur, nous pouvons, et avons voulu, apporter au débats des éléments que nous seuls pouvons transmettre à nos concitoyens.

Nous voulions aussi pouvoir intervenir quand des affirmations manifestement fausses sont lancées contre la justice, afin que les internautes disposent d'un maximum d'informations avant de se faire leur propre opinion.

Voilà les principales raisons pour lesquelles en 2007 le blog parolesdejuges.fr a été créé.



2/ Les magistrats peuvent-ils s'exprimer librement ? Vous évoquez le devoir réserve auquel sont astreints les magistrats, en quoi consiste t-il précisément ?


C'est pour nous une difficulté majeure. D'un côté les magistrats ont le droit de s'exprimer, le devoir de réserve ne nous imposant pas le silence comme le rappelle régulièrement le conseil supérieur de la magistrature. C'est pourquoi les magistrats sont de plus en plus nombreux à écrire des livres, à publier des articles dans les journaux, et à créer des blogs, le nôtre n'étant pas le premier.

Il nous faut toutefois nous imposer une limite à cette liberté d'expression, sachant qu'elle n'est pas aisée à tracer. Jusqu'à présent le comité de lecture du blog n'a refusé qu'un article, qui remettait trop fortement en cause un membre de l'exécutif.

En tous cas, le devoir de réserve ne doit/peut pas être un moyen de nous faire taire pour ceux que nos opinions dérangent.

Il nous interdit seulement les critiques trop virulentes, ou la remise en cause des institutions démocratiques. Plus largement, le devoir de réserve nous interdit tout comportement ou propos pouvant altérer l'image qu'ont les français de leur justice.



3/ Recevez vous des visites de juristes expérimentés ou de simples novices intéressés par le droit ?

D'après les messages assez nombreux que je reçois directement (en dehors des commentaires des visiteurs), le public du blog est très vaste. Il va du juriste professionnel au citoyen désireux de mieux comprendre comment fonctionne la justice.

Et je dois dire que les messages reçus sont extrêmement encourageants, bien au-delà de ce que j'espérais dans la meilleure des hypothèses à la création du blog.


4/ Vos homologues magistrats connaissent-ils votre blog ?

Je le pense car nous en parlons régulièrement sur notre forum privé.


5/ Quel type d'affaires vous donnent l'envie de blogueur ?

Ce ne sont pas des affaires spécifiques, mais plutôt ce qui fait débat sur et autour de la justice. C'est pourquoi les sujets abordés sont variés.

Il y a eu des articles sur la justice familiale, la justice des mineurs (en lien avec un second blog www.justicedesmineurs.fr), sur la justice sociale, la justice pénale, l'exécution des peines etc...


6/ Dans vos derniers posts, vous évoquez l'affaire Fofana (du nom de l'organisateur présumé de l'enlèvement, de la torture et du meurtre d'un homme en 2006, ndrl), dans quelle mesure cette affaire vous touche t-elle ?


Ce n'est pas tant l'affaire en elle-même qui a retenu mon attention (tout a été dit sur l'horreur qu'elle représente) mais sur ce qui s'est joué avant, pendant et après le procès, jusqu'aux "dérapages", sujet du dernier article.


7/ En parlant des propos de Maitre Szpiner, avocat des parties civiles qui a critiqué en termes grossiers l'avocat général au procès et les avocats de la défense, vous parlez de "médiocrité intellectuelle". Si un autre blogueur que vous parlait de Maitre Szpiner en ces termes, risquerait-il d'être poursuivi pour diffamation ou injures, et surtout, serait-il condamné ?

Diffamer c'est prétendre quelque chose d'attentatoire à l'honneur et de faux contre quelqu'un, et injurier c'est utiliser un terme grossier. Dire à propos d'une personne qui en traite d'autres de "traitre" et de "connard" que ces expressions sont d'une réelle "médiocrité intellectuelle" correspond à la réalité tout simplement. Le débat intelligent, selon moi, interdit le recours à ce genre de termes. Ce n'est donc ni diffamatoire ni injurieux.


8/ Suivez vous le blog de Maitre Eolas ? Votre opinion sur le blog et son succès ? Aimeriez vous que le votre rencontre également pareil public ?

J'essaie, quand le temps me le permet, de jeter un oeil sur tout ce qui s'écrit sur la justice. Je crois que plus nombreuses sont les personnes qui s'expriment sur ce sujet, mieux c'est.

Et c'est encore mieux quand les auteurs des articles ont des professions, des modes de pensée, des idées qui ne se ressemblent pas. Lire plusieurs fois la même chose ne sert pas à grand chose.


9/ Jugez vous l'activité de blogging comme risquée juridiquement ?


Pas nécessairement. La loi fixe les limites au droit d'expression, notamment à travers la diffamation. Il suffit de la respecter pour minorer le risque juridique.

Le "risque" qui me semble plus important, c'est que puisqu'il n'existe aucun contrôle en amont, on peut avoir le sentiment d'une liberté totale, et se laisser aller sans limite à écrire n'importe quoi (je ne pense pas à la justice en particulier).

Il faut donc toujours rappeler aux visiteurs des blogs, de tous les blogs, qu'ils doivent maintenir un haut niveau d'esprit critique en allant de l'un à l'autre.

En tous cas, si l'on veut publier quelque chose de sérieux et crédible, il faut s'imposer soi-même un minimum de rigueur ce qui n'est pas toujours facile mais est en permanence indispensable.

Et, aussi, privilégier le fond du sujet plutôt que sa propre mise en valeur. Cela est une autre redoutable difficulté.

Listes des articles les plus récents sur ce blog : .


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      Voici le texte d'une intervention de Patrick Beau, procureur de la République du tribunal de grande instance d'Amiens, et président de la conférence nationale des procureurs de la République.   Cette intervention a été faite devant l'académie des sciences morales et politiques le 25 mai 2009. ...
  • Les dérapages de l'après procès Fofana (01/08/2009 publié dans : Actualités )

    Par Michel Huyette    Sur ce blog il a déjà été plusieurs fois question du procès "Fofana" (1), notamment à propos de l'appel décidé par la Ministre de la justice, et de la controverse autour du huis clos.   Le débat est aujourd'hui relancé après les déclarations surprenantes de l'avocat de la ...
  • A propos de l'appel dans le dossier Fofana (mise à jour) (17/07/2009 publié dans : Cour d'assises )

    Par Michel Huyette nb : ce texte mis en ligne le 13 juillet a été mis à jour le 15 juillet puis le 17 juillet   Il vient de se jouer autour de ce procès hautement médiatique un scénario en 3 temps : la cour d'assises a rendu son verdict,  la famille de la victime et des associations juives ont ...
  • Procès de mineurs et publicité restreinte (à propos de l'affaire Fofana) (17/07/2009 publié dans : Cour d'assises )

    Par Michel Huyette   En complément du précédent article concernant l'appel contre certaines des sanctions dans l'affaire ayant impliqué Mr Fofana et plusieurs autres accusés, il me semble utile de revenir sur la polémique concernant le fait que le procès se soit déroulé sans la présence du ...
  • De Fofana à Firminy. Et si l'on essayait de comprendre ? (12/07/2009 publié dans : Justice pénale )

    Par Michel Huyette      Je ne pensais pas opportun de rédiger un commentaire sur le procès de Mr Fofana et de ceux qui l'ont accompagné dans des actes à l'opposé de toute humanité, jusqu'à ce que je lise dans Le Monde du 11 juillet 2009 (lien provisoire) ces lignes, sous la plume de Mme ...
  • Le niqab (ou la burqua) et le droit (09/07/2009 publié dans : Justice et droits de l'homme )

    Par Michel Huyette    Je dois vous prévenir tout de suite : après avoir pris connaissance du titre de cet article, vous allez probablement être déçus par son contenu ! En effet, le sujet est tellement vaste et complexe qu'il est impossible de donner un avis motivé en quelques paragraphes. C'est ...
  • Jusqu'où va le droit de critiquer les juges (suite ) ? (27/06/2009 publié dans : justice et medias )

    Par Michel Huyette   Après un premier article sur le sujet, voici une nouvelle pierre au débat sur ce sujet délicat : où s'arrête le droit de critiquer les magistrats ?   A l'occasion de l'affaire dite des "disparues de l'Yonne", le Figaro avait publié un article mettant en cause un procureur de ...
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    Par Michel Huyette   Les sentiments amoureux sont parfois d'une telle puissance que les hommes et les femmes ne peuvent s'empêcher de les exprimer d'une façon ou d'une autre. Mais la tendre histoire d'amour peut parfois réserver quelques surprises.   Un homme trompe sa femme. Rien de très ...
  • La justice prud'homale (26/06/2009 publié dans : Justice sociale )

    Par Bernard Brunet A l’occasion d’une soirée organisée par une association de conseillers prud’homaux salariés et employeurs et à laquelle participaient un juge départiteur, des avocats, le juge d’appel que je suis a pu percevoir les tensions palpables entre tous les acteurs du contentieux ...
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    Par Michel Huyette    La publication du décret emportant composition du nouveau gouvernement a retenu mon attention sur deux points, qui ont été peu commentés par les observateurs, mais qui pourtant me semblent caractéristiques de la façon dont les mots sont de nos jours utilisés, uniquement ...
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       Voici un article de Bernard Brunet, président de chambre à la cour d'appel de Toulouse, intitulé :    " Les techniques de construction des arrêts des chambres sociales des cours d’appel et de la cour de cassation confrontées aux mutations du droit du travail.  Les juges entre application de ...
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    Par Michel Huyette   Au tout début du mois de juin 2009, une avocate a publié sur le site Rue89 un article critique, après le suicide en prison de l'un de ses clients atteint, selon elle, de maladie mentale.   L'avocate dénonce l'indifférence du juge d'instruction à qui elle aurait exprimé à ...
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    Par Michel Huyette   Lorsque s'est ouvert à Tours le procès de cette femme qui a tué trois enfants à leur naissance, en a brûlé un et en a mis deux autres dans un congélateur, les avocats ont demandé le huis clos. Et la cour d'assises a refusé.   Voici quelques brèves précisions sur les ...
  • L'intime conviction et la cour d'assises (07/06/2009 publié dans : Cour d'assises )

    Par Michel Huyette   Le débat actuel concernant la motivation des décisions de la cour d'assises (cf. un précédent article), c'est à dire le droit de toutes les personnes impliquées de savoir pourquoi la décision - culpabilité ou innocence, et dans le premier cas l'importance de la peine - à ...
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    Par Michel Huyette   Décidément, il semble que rien n'y fasse et que, quoi qu'il arrive, les gouvernants soient dans l'incapacité de tirer les conséquences des situations et erreurs qu'eux-même dénoncent avec la plus grande virulence... mais dont ils sont pour partie à l'origine.   Tout le ...
  • L'insalubrité du dépôt du palais de justice de Paris. Pourquoi est-ce important ? (02/06/2009 publié dans : Justice et droits de l'homme )

    Par Michel Huyette   Depuis maintenant des années, des avocats, des magistrats, et des organisations françaises et internationales, dénoncent l'état d'insalubrité du dépôt du palais de justice de Paris. Il s'agit de l'endroit où transitent les personnes qui ont été arrêtées ou sont déjà ...
  • Les projets de réforme de la procédure en matière sociale (28/05/2009 publié dans : Justice sociale
    )
    Par Bernard Brunet La commission sur la répartition des contentieux présidée par M. Guinchard a remis au garde des sceaux le 30 juin 2008 un rapport intitulé « l’ambition raisonnée d’une justice apaisée » contenant un certain nombre de mesures de procédure de nature à redonner cohérence et ...
  • 14 ans de procès, c'est trop long (27/05/2009 publié dans : L'envers du décor )

    Par Michel Huyette      "L'Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice. Sauf dispositions particulières, cette responsabilité n'est engagée que par une faute lourde ou par un déni de justice."     Voilà ce que nous apprend la lecture de ...
  • Mieux vaut jamais que tard (26/05/2009 publié dans : L'envers du décor )

    Par Michel Huyette   Une dépêche de l'AFP nous apprenait voici quelques jours qu'un enseignant, poursuivi pour des faits de viol, condamné  à dix ans de prison par une cour d'assises de première instance, puis acquitté par une cour d'assises d'appel, a obtenu non seulement une indemnité afin de ...



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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 10:21
 
15 août 2009

Camille Loty MALEBRANCHE
L’une des définitions les plus lucides de l’esclave, est celle d’un individu dont le temps est exproprié par autrui. L’esclavage est l’expropriation du temps de l’homme par l’homme, expropriation diabolique qui, à force de priver l’homme de tout temps propre, finit par le déshumaniser, le réifier, le tuer à toute humanité.

À moins de se fonder sur un compromis et une flexibilité permettant à l’homme travaillant de se valoriser intellectuellement, professionnellement, sentimentalement, familialement et socialement, tout en lui procurant un salaire lui permettant une vie matériellement comblée sans endettement permanent, le travail est un vol du temps, une vampirisation de la vie de l’employé par l’employeur. Car la vie d’un homme sur terre n’est autre que le déploiement temporel de son existence. Imposition pesante de la vitesse de la société de consommation, le travail, avec sa précipitation productive, triture le temps par l’urgence et l’immédiateté. Et le temps bourgeois, en devient un antitemps - c’est-à-dire un harcèlement constant, enfonçant le temps du travailleur dans l’exclusivisme temporel du présent par et pour la productivité, l’abîme de l’instant à rentabiliser par la production. Ce qui fait de l’homme, l’être du maintenant, et sacrifie toute la vie à la pression de l’urgence, à l’exigence de la performance… C’est littéralement le règne sinistre de l’adage « le temps c’est de l’argent » proclamé par le capitalisme. Ainsi, l’homme ne juge sa vie qu’à l’aune de la rentabilité pécuniaire. Essence de l’égrugement de l’espace vital de l’homme par l’homme, le temps exproprié par l’employeur-patron à son employé, son ouvrier, représente autant de portions d’existence perdues, autant de morts avant coup dans la durée de la vie du travailleur. En somme, la plupart des travailleurs sont tous des torturés de onze mois ou plus, qui se donnent, dans le meilleur des cas, un défoulement annuel de deux semaines ou d’un mois et se laissent croire que le système du travail tel qu’il est, constitue un moyen de jouir de la vie. Quinze ou trente jours par année, pour que des ombres prennent provisoirement corps, pour que des frustrés torturés se défoulent avec la permission de leur tortionnaire ! Incroyable monde esclave qui fantasme de la liberté hallucinée que lui vendent ses maîtres au moment même où il obéit au doigt et à l’œil aux structures servant exclusivement les intérêts de quelques familles de banquiers, d’industriels, de commerçants soutenus par leurs larbins politiciens et législateurs qui leur soumettent l’État et la société. Et pire encore, ils arrivent à faire croire aux peuples que tout cela est indépassable et entre dans un ordre suprahumain ! Comme des vers gigotant, une bonne partie de l’humanité n’a même pas la faculté des mouches qui savent au moins voler et planer au-dessus de la déchetterie où elles vivent. L’homme, comme animal grégaire, abdique devant cette sorte de cybernétique qu’est l’institution sociale qu’il sacralise en automate à son propre détriment. Et, ses repères et références sont en fait ses bourreaux et leur idéologie. Dans une société du crédit où, hormis les banquiers et les grands riches, tous sont plus ou moins liés par l’endettement, travaillant pour payer factures et cartes de crédit, seuls des machines sans cervelle peuvent croire aux logorrhées sur la liberté et sur la démocratie vantées par nos gouvernements.

Trois représentations de la temporalité et l’avènement d’un antitemps …

« Celui qui, tout au long de la journée, est actif comme une abeille, fort comme un taureau, bosse comme un cheval ; et qui, le soir venu, est crevé comme un chien, devrait consulter un vétérinaire, il est fort probable que ce soit un âne ! »
Chang Ying Yue

philosophe chinois

Le temps, cette instance physique que déterminent les mouvements orbitaux de la terre dans l’espace, est, dans les sociétés, considéré soit linéaire, soit cyclique, soit palingénésique lorsque tout simplement, il ne s’estompe pas pour cette quatrième entité insolite et perverse que nous appelons au début de ce texte : l’antitemps bourgeois.

Il est un aspect du temps lié à des repères spatiaux précis et particuliers tel que le rappelle Merleau-Ponty dans sa « Phénoménologie de la perception » de telle sorte que de deux voyageurs allant le premier, du sud vers le nord et le second, du nord vers le sud, pour le premier, le passé est le sud, le présent, chaque portion de route qu’il franchit, et le futur, le nord à atteindre, alors que le second vit exactement le sens inverse où le nord est le passé, le présent, ses étapes actuelles du chemin, et le sud, le futur. Toutefois le temps en soi, est lieu de la durée et de l’historicité du monde, où, irréversible, il est strictement passé, présent et futur sans aucune forme possible de manipulation de ses trois moments.

Maintenant revenons à nos trois représentations culturelles du temps.

1) Le temps linéaire est simplement l’adoption du temps physique et réel, celui de la durée et de l’âge qui affecte de vieillissement tout ce qui est dans la dimension tangible et connue du monde. C’est avant tout, le temps réel au sens strict de ce mot, ce temps qui n’est réversible ni accélérable et dont nous sommes ici-bas tributaires. C’est donc le temps de la réalité et de la vie qu’il mène à la mort. Il n’est point une perception philosophique ni une projection mythique ni une considération religieuse. Il est donc l’espace de l’apparition, de la durée et de la disparition de tout être vivant ou inerte. C’est en lui que l’homme physique est, agit et existe sans pouvoir biologiquement s’en affranchir. Il est en fait le déterminisme premier du maintenant et du devenir de notre corps, le complice et le bourreau de tout être matériel en général, et à fortiori, de l’être biologique, le vivant qu’il fait naître, grandir avant de l’effacer...

2) La vision des temps cyclique et palingénésique, à la différence de celle du temps linéaire, si elle compte par les unités chronologiques telles les heures, les jours, les années comme extinction permanente de la durée caractérisant la temporalité et l’impermanence des êtres du monde, c’est pour ensuite l’insérer dans un imaginaire de cycle gigantesque de restitution de la durée envolée. Pour elle, nul temps ne se perd, c’est littéralement la désignification sémantique de la familière expression de « temps perdu ». Les temps cyclique et palingénésique sont des regards inhérents à des weltanschauungen (1) mystico-civilisationnelles, des représentations historico-culturelles, de véritables institutions historicistes c’est-à-dire des temps essentiellement idéels et fictifs appliqués au processus de leur histoire par des sociétés humaines...

Voici un bref survol de ces deux configurations temporelles.

Le temps dit cyclique, est d’abord connu à travers le regard de certains panthéistes orientaux repris chez les grecs de l’Antiquité pour qui l’essence cosmique immuable ne fait que se renouveler selon le cycle des disparition et réapparition de ses éléments, et avec la dite essence cosmique, recommence encore et encore dans l’illusion de la motilité historique de l’humanité, la face pérenne du monde. L’histoire, à ce compte, est littéralement un perpétuel recommencement, un éternel retour…

3) Le temps palingénésique connu chez des tribus amérindiennes, quant à lui, renvoie à une cyclicité ponctuée d’un catastrophisme historique et fataliste. Les choses doivent disparaître avec fracas avant de renaître dans la beauté. Une conception qui, au dire de certains, a favorisé une sorte de résignation donc d’abandon à la fatalité devant l’agression des blancs lors de la conquête européenne de des contrées du Nouveau Monde où vivaient ces tribus. Car le monde comme l’histoire sont appelées à s’effondrer catastrophiquement pour être recréés ou tout au moins renaître bellement par la suite.

L’Antitemps bourgeois

L’antitemps que nous évoquons ici, est notre appellation de la gestion du temps par le système bourgeois de production, temps de nature essentiellement practico-économique. En effet, le temps défini par l’ordre bourgeois est avant tout, un temps constamment comprimé, où l’on ne vit pas et où l’injonction pressante, pressurante de produire encore et encore, efface l’existence. C’est le temps de la performance dans la productivité et de la consommation d’objets constamment jetables et donc à reproduire dans une croissance industrielle exponentielle. C’est donc un antitemps, c’est-à-dire un temps sans durée, sans espace vital (car l’espace vital est d’abord le temps et l’environnement à vivre dont un être humain dispose) pour le travailleur prisonnier du présent harassant de la production.

Le temps, ici-bas, reste et demeure l’espace existentiel de l’homme, un peu comme disait Goethe « mon champ, c’est le temps ». Un homme au temps exproprié, ne vit donc que par délégation d’existence pour celui à qui il livre son temps et, par voie de conséquence, sa vie. La société de consommation substitue l’ersatz illusoire de la propriété des biens et services auxquels la rémunération du travailleur lui donne droit, à l’espace vital qu’est le temps. À un moment où l’automation devait enfin permettre aux hommes de vivre pleinement leur temps, les hommes continuent de trimer au travail forcé du quotidien, pendant de longues heures où ils s’effacent au profit de ce maître des vies dans nos sociétés : le patron. Et après le travail, c’est en fait la préparation du lendemain besogneux qui empreint l’esprit du travailleur à qui le retour à la maison ne signifie pas le repos ou la réappropriation du temps.

Le temps de l’homme moderne n’est que celui du travail qui conditionne donc, même le temps libre du travailleur qui y prépare ses futurs quarts de labeur. Pourtant, n’était l’avarice des employeurs, les travailleurs pourraient avoir des salaires supérieurs tout en travaillant beaucoup moins à des périodes ouvrables bien plus courts. Et en plus, cela résoudrait une bonne part du problème du chômage. Hormis quelques travailleurs privilégiés, tous sont dans une armée sans uniforme, embringués par la force des choses et mimant de choisir leur sort dans la logique absurde de « travailler plus pour gagner plus » exprimée par Sarkozy avec la stupidité couramment véhiculée que le travail éprouve la valeur du travailleur qui prouve sa non fainéantise, alors que les banquiers, eux, se paient du temps de fornication avec les prostituées de luxe de Saint Tropez ou dans les casinos de Las Vegas...

Les mots « ma vie » « ma liberté » n’ont de sens que si l’homme est autorisé à trouver les meilleurs compromis pour s’aménager du temps libre où il vit pour lui-même et non au travail ou en fonction du travail.

L’homme au travail est dans la majorité des cas, un homme sans vie propre, c’est l’homme de l’immédiat. Un homme qui ne vit guère, un homme vécu par le maître profiteur de sa condition comme tout assujetti. Car une téléologie subvertie, réductrice empreint la situation sociale du travailleur qui ne se projette qu’en fonction du futur de la pension en sacrifiant les plus belles années de sa vie, toute sa jeunesse, toute son énergie et son temps, même à la force de l’âge, à la gloire et à la fortune du patron et des structures servant celui-ci.

Quand les financiers, banquiers et grands employeurs, nouveaux totems vivants, anthropomorphes, féroces, établissent un ordre immoral du travail avec tous les artifices prescriptifs de l’économie de marché qui programme par le behaviourisme idéologique chaque individu pour la performance et la consommation, l’individualisme axiologique qui semble caractériser la liberté sociale et la démocratie contemporaines en occident, ne peut être qu’imposture sémantique d’un système sociopolitique et économique pour mieux manipuler les individus. Car l’individualisme ainsi évoqué est une tour imaginaire qui empêche la communication intercitoyenne seule capable de concevoir des plans citoyens de résistance et de refus à la ploutocratie agressante des maîtres des vies et biens, pour qui, à peu près tous se lèvent, vont trimer en renonçant, sans s’en rendre compte, à vivre. L’on comprend aussi que le travail sert à empêcher le statut même de citoyen, en occupant tout le mental des individus réduits à cette seule dimension de travailleur rentable lors même où on lui fait accroire qu’il est individualiste comme s’il choisissait d’être ce qu’il est. L’individuation assumée ne peut être que celle de la personne pleinement consciente, grandie par des repères spirituels, intellectuels, moraux et matériels pleinement choisis. Sinon, c’est de l’individualisme claustral imputé aux gens par les maîtres du système qui encouragent un imbécile égotisme pour garder le peuple dans l’incommunication et la servitude du système.

Le pays de cocagne des fruits du travail dont profiterait le rude travailleur selon la morale bourgeoise, reste encore dans les limbes de l’attente vaine, seule prévaut la grimace hideuse d’un système où quelques ploutocrates ponctionnent la vie des peuples et les vident de cette substance qu’est le temps, tout aussi vital de toute existence que le sang l’est de l’organisme. En attendant, le travail demeure proche du tripalium et de la torture car ni le temps passé sous l’œil du maître, ni le salaire dérisoire pour la plupart des travailleurs même en pays riches, ne permettent d’envisager ni un quelconque bien-être global, ni la moindre humanisation pour les non possédants réduits en objet de travail, en choses parmi les choses.

Malgré les siècles de revendications et de luttes, les riches reprennent le lasso par d’autres voies illégitimes, cyniquement légalisées par leur système juridico-légal où ils n’en finissent pas de bafouer le droit inaliénable de l’humain à vivre digne et libre. La braise dévorante de la souffrance et la duperie des faux espoirs d’un sort meilleur, transforment le système du travail en une pure illusion pour le travailleur où, fors la réalité de son travail, sa condition reste la même : celle de l’exploité, du travailleur qui n’arrive guère à se sortir de cette nécessité de devoir se vendre à autrui pour vivre. Et sur son temps exproprié, sa vie volée, ne pèse que l’effigie de l’employeur sans cesse enrichi, avec pour lui, l’employé, la roue écrasante des chimères inassouvies, le feu hantant des frustrations inexprimées.

Expropriation féroce du temps dans la majeure partie des cas comme nous venons de le constater, le travail n’est donc point célébration d’une quelconque liberté économique ni tremplin social pour les majorités sans le sou ni festoiement de la vie pour les travailleurs des classe moyennes et pauvres. Le travail, tel qu’il est aujourd’hui, a davantage l’allure d’une sorte de perfusion salariale qui maintient illusoirement fonctionnels dans l’économie malsaine par les voies subreptices des ploutocrates de nos états voyous occidentaux et autres, la masse des travailleurs qui, comme certains démunis au temps de l’esclavage formel, se vendaient à des maîtres pour subsister matériellement. Et, le système du travail capitaliste a pour effet de posséder doublement le travailleur qui est d’une part, force de production, et d’autre part, salarié consommateur qui entretient le mode de production dans un cercle vicieux, un cycle interminable d’endettement, de paiements d’intérêts perpétuels aux grands créanciers. Le travail, pour la plupart des travailleurs, est une activité broyeuse de finalité car le plus grand nombre des travailleurs n’a aucune prise sur la fin de sa contribution laborieuse vu que son mouvement est au nom et au pouvoir exclusif d’un patron. C’est réellement la dénaturation du substratum même de l’action et de toute activité humaine, car l’action a une dimension finalitaire nécessaire vu le caractère finaliste de la conscience agissante. C’est ce sens finaliste de l’action que démantèlent déshumanisent les bourreaux de l’ordre de production-consommation.

Après tant de progrès dans nos connaissances du fonctionnement socioéconomique de la société, après tant d’explications des mécanismes d’exploitation de l’homme par l’homme, après tant de richesses produites par l’humanité, après toute la dénonciation du vol crapuleux de l’économie des nations par les banques privées avec la complicité des gouvernements tous à peu près pourris, qui leur soumettent les états et les peuples, il est vraiment honteux d’être humain sur terre et de ne rien faire pour changer d’État et de Société malgré leur infamie avérée. Sachant que la soi disant humanité traite la plupart de ses membres en objets jetables, avec l’arrogance et la bénédiction de certains mufles économistes, financiers et idéologues abominables toujours disponibles pour approuver l’ordre économique établi et démontrer une prétendue essentialité qui serait suprapolitique quasi métaphysique et donc inattaquable de l’horreur socioéconomique, il faut que les peuples sachent méthodiquement se révolter contre l’ordre esclavagiste actuel. Ce qui, pour les voyous spécialistes payés et enrichis afin de mentir aux peuples, je cite les disparités sociales abyssales et les pauvretés artificielles extrêmes qu’elles fomentent, est présenté naturel comme devant être accueilli avec résignation voire contentement, doit être relativisé par l’action de rejet des peuples enfin émancipés, désaliénés.

Il reste aux nations dignes de leur humanité de montrer en ce nouveau siècle, s’ils sont des hommes ou simplement des choses comme les traitent les gouvernements et les banquiers ! Les peuples doivent cesser d’être complices d’un ordre infect, acolytes ingénus de leurs propres bourreaux.

Que vienne l’action populaire internationale concertée contre l’antitemps bourgeois, antitemps abominable du travail voleur de vie, arme de prédation des justes élans de l’homme à disposer de soi, à vivre son temps et sa vie !

Qu’un torrent d’humanité révolutionnaire, vienne par l’eau vivifiante des peuples révoltés, éteindre le feu roulant de l’extinction humaine, faisant mourir cette mort par le temps exproprié qu’est le système du travail dénaturant dénaturé !

Que tous les hommes et les peuples se réapproprier leur temps dans une société nouvelle à la mesure de l’homme et non esclave des structures imposées par quelques voyous bouffis de banquiers, d’hommes d’affaire et de politiciens s’érigeant maîtres des vies et des biens !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

(1) Visions du monde, (pluriel de weltanschauung).

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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 11:01




 
Loi martiale et militarisation de la santé publique : le programme mondial de vaccination contre la grippe H1N1

par Michel Chossudovsky

Le 10 aout 2009
Mondialisation.ca

Nous publions ici la première partie en français de l'article « Martial Law and the Militarization of Public Health: The Worldwide H1N1 Flu Vaccination Program ». La deuxième partie de l'article sera publiée en français la semaine prochaine.


 « La saison de la grippe est à nos portes. Quel type de grippe nous préoccupera cette année et quelle sorte de vaccin nous recommandera-t-on? Vous rappelez-vous de la panique autour de la grippe porcine en 1976? C’est l’année où le gouvernement étatsunien nous a affirmé que cette grippe pourrait s’avérer mortelle et se propager à travers le pays, et Washington avait décidé que chaque homme, femme et enfant de la nation devrait être vacciné afin de prévenir une épidémie à l’échelle nationale, une pandémie. » (Mike Wallace, CBS, 60 Minutes, 4 novembre 1979)

 

 « Les fonctionnaires fédéraux et des représentants de l’industrie s’étaient rassemblés pour discuter d’une nouvelle étude troublante soulevant des questions inquiétantes sur l’innocuité d’un hôte présent dans les vaccins infantiles communs administré aux enfants et aux jeunes enfants. Selon un épidémiologiste du Centre for Disease Control (CDC), Tom Verstraeten, qui a analysé l’importante base de données de l’agence contenant les dossiers médicaux de 100 000 enfants, un agent de conservation à base de mercure présent dans les vaccins – le thimérosal – semblait être responsable d’une hausse dramatique des cas d’autisme, ainsi que la cause d’autres troubles neurologiques chez les enfants […].» 

 « Il est difficile de calculer les dommages causés à notre pays – et aux efforts internationaux visant à éradiquer les maladies épidémiques – si les nations du tiers-monde en viennent à croire que l’initiative d’aide à l’étranger la plus claironnée des États-Unis empoisonne leurs enfants. Il n’est pas difficile de prédire comment ce scénario sera interprété par les ennemis des États-Unis à l’étranger. » (Robert F. Kennedy Jr., Vaccinations: Deadly Immunity, juin 2005) 

 

 « Les vaccins sont censés améliorer notre santé. Toutefois, en 25 ans comme infirmière, je n’ai jamais vu autant d’enfants esquintés et malades. Il arrive quelque chose de très mauvais à nos enfants. » (Patti White, infirmière scolaire, discours devant le House Government Reform Committee, 1999, cité dans Robert F. Kennedy Jr., Vaccinations: Deadly Immunity, juin 2005)

 

  « Sur la base des données factuelles disponibles et de leur évaluation par ces spécialistes, les critères scientifiques définissant une pandémie de grippe sont remplis. J’ai donc décidé d’élever le niveau d’alerte à la pandémie de grippe de la phase 5 à la phase 6. La pandémie de grippe 2009 a maintenant commencé. » (Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS),point de presse 11 juin 2009) 

 

 « Jusqu’à 2 milliards de personnes pourraient êtres infectés dans les deux prochaines années, soit près d’un tiers de la population mondiale. » (OMS, citée par les médias occidentaux, juillet 2009)

 

 « La grippe porcine pourrait toucher jusqu’à 40 pour cent des Étatsuniens dans les deux prochaines années et plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient mourir si une campagne de vaccination et d’autres mesures s’avèrent inefficaces. » (Énoncé officiel du gouvernement étatsunien, Associated Press, 24 juillet 2009).

 

  « Les États-Unis prévoient que 160 millions de doses de vaccin contre la grippe porcine seront disponibles durant le mois d’octobre » (Associated Press, 23 juillet 2009)

 

 « Dans le meilleur des scénarios, les fabricants de vaccins pourraient produire annuellement 4,9 milliards de vaccins antigrippaux contre la pandémie. (Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, citée par Reuters, 21 juillet 2009) 

 

 

 

Une guerre sans frontières, une grande dépression, une aventure militaire au Moyen-Orient et une énorme concentration de la richesse provenant de la restructuration du système financier mondial.

 

Les désordres économiques et sociaux qui se manifestent sont profonds. »

 

Des vies sont détruites.»

 

Le monde est au seuil de la plus grande crise de l’histoire moderne.»

 

Les faillites, le chômage de masse et l’effondrement des programmes sociaux en sont les conséquences passées sous silence.

 

Mais l’opinion publique doit continuer à ignorer les causes de la crise mondiale.

 

« Le pire de la récession est derrière nous »;

 

« De plus en plus de signes démontrent une reprise économique »;

 

« La guerre au Moyen-Orient est une "guerre juste" », une entreprise humanitaire;

 

Les forces de la coalition prennent part au « maintien de la paix », nous « combattons le terrorisme avec la démocratie » ;

 

« Nous devons nous défendre contre des attaques terroristes »

 

Les chiffres concernant les morts civiles sont manipulés. Des crimes de guerre sont occultés.

 

On induit les gens en erreur sur la nature et l’histoire du nouvel ordre mondial.

 

Les vraies causes et conséquences de cet effondrement économique et social planétaire demeurent voilées. Les réalités sont sens dessus dessous. La « vraie crise » doit être obscurcie par des mensonges politiques et la désinformation médiatique.

 

Il est dans l’intérêt des courtiers politiques en énergie et des principaux acteurs de la finance de détourner l’attention du public de toute compréhension de la crise mondiale.

 

Quel est le meilleur moyen d’atteindre cet objectif?

 

En créant de façon factice un climat de peur et d’intimidation servant à affaiblir et désarmer la dissidence organisée dirigée contre l’ordre économique et politique établi.

 

Le but est de miner toute forme d’opposition et de résistance sociale.

 

Nous faisons face à un projet diabolique. Le public ne doit pas uniquement demeurer dans l’obscurité : alors que la crise s’aggrave, alors que les gens s’appauvrissent, les vraies raisons doivent être remplacées par un ensemble de relations fictives.

 

On annonce une crise sur de faux fondements : « la guerre mondiale au terrorisme » est essentielle pour induire le public en erreur sur la guerre au Moyen-Orient, laquelle est une bataille pour le contrôle de réserves importantes de pétrole et de gaz naturel.

 

Le mouvement antiguerre est affaibli, les gens sont incapables de réfléchir. Ils appuient sans équivoque le consensus de la « guerre au terrorisme », ils acceptent les mensonges politiques. Dans leur for intérieur, les terroristes menacent leur subsistance.  

 

Dans ce contexte, l’occurrence de « désastres naturels », de « pandémies » et de « catastrophes environnementales » joue également un rôle politique utile. Elle déforme les vraies causes de la crise et justifie une urgence sanitaire publique mondiale sur des bases humanitaires.

 

 

La pandémie mondiale de grippe porcine H1N1 : vers une urgence sanitaire publique mondiale?

 

La pandémie mondiale de grippe porcine H1N1 sert à tromper l’opinion publique.

 

La pandémie de 2009 qui a débuté au Mexique en avril tombe à point : elle coïncide avec une dépression économique qui s’intensifie et se produit à l’heure d’une escalade militaire.

 

Les données épidémiologiques sont fabriquées, falsifiées et manipulées. Selon l’OMS, une épidémie à l’échelle mondiale est maintenant imminente et menace la subsistance de millions de personnes.

 

Une « catastrophe » est en préparation. L’OMS et le CDC des États-Unis sont des organismes qui font autorité, pourquoi mentiraient-ils? Bien que sujettes aux erreurs accidentelles, il est inimaginable que les informations communiquées par ces organisations soient falsifiées ou manipulées.

 

Les gens croient que la crise de santé publique à l’échelle mondiale est réelle et que les fonctionnaires du milieu de la santé « travaillent pour le bien public »

 

La presse confirme l’intention du gouvernement étatsunien d’implanter un programme de vaccination H1N1 de masse pour la période automne-hiver 2009. Un contrat important pour l’obtention de 160 millions de doses a été conclu avec Big Pharma, une quantité suffisante pour inoculer plus de la moitié de la population des États-Unis. Des plans similaires sont en cours dans d’autres pays occidentaux, dont la France, le Canada et le Royaume-Uni.

 

On recrute des volontaires pour tester le vaccin contre la grippe porcine pendant le mois d’août, dans le but d’implanter un programme de vaccination national à l’automne.

 

 

Manipulation de données

 

Il existe suffisamment de preuves, documentées dans de nombreux reportages, que l’alerte de niveau 6 de l’OMS est basée sur des preuves fabriquées et une manipulation des chiffres concernant la mortalité et la morbidité résultant de la grippe porcine H1N1.

 

Les données utilisées à l’origine pour justifier l’alerte mondiale de l’OMS de niveau 5 en avril 2009 étaient extrêmement rares. L’OMS a fait valoir sans preuves qu’une « épidémie mondiale de la maladie [était] imminente ». L’organisation a falsifié les données mexicaines sur la mortalité relatives à la pandémie de grippe porcine. La directrice générale, Dre Margaret Chan, déclarait le 29 avril : « Jusqu’à présent, 176 personnes sont mortes au Mexique. » De quoi? D’où prend-elle ces chiffres? Cent cinquante-neuf décès ont été attribués à l’influenza, dont sept seulement sont dus la souche H1N1 et ont été corroborés par des analyses en laboratoire selon le ministère de la Santé du Mexique.

 

De même, en avril à New York, des centaines d’enfants auraient été infectés par l’influenza H1N1. Pourtant, dans aucun de ces cas le diagnostic n’a été corroboré par un test en laboratoire.

 

« Dr Frieden a dit que les autorités sanitaires sont arrivées à une conclusion préliminaire après avoir effectué des recherches virologiques sur des prélèvements de nez et de gorge provenant de huit élèves, ce qui leur a permis d’éliminer les autres souches de grippe. »

 

Des tests ont été effectués chez des élèves de Queen, mais ces derniers n’étaient pas concluants : aucun rapport d’analyse en laboratoire n’a permis d’identifier la présence du virus d’influenza parmi ces « centaines d’élèves ». En fait, les rapports sont contradictoires : selon ceux-ci, le CDCP situé à Atlanta est le « seul laboratoire au pays pouvant confirmer la présence de la nouvelle souche de grippe porcine, appelée H1N1. » (Michel Chossudovsky, Political Lies and Media Disinformation regarding the Swine Flu Pandemic, Global Research, mai 2009. La dernière citation est du New York Times, 25 avril 2009) 

 

L’influenza est une maladie commune. Sans un examen approfondi en laboratoire, on ne peut pas confirmer l’identité du virus.

 

De nombreux cas d’influenza saisonnière sont recensés annuellement aux États-Unis. «Selon le Journal de l'Association médicale canadienne, la grippe tue jusqu’à 2500 Canadiens et 36 000 États-uniens chaque année. Le nombre de décès attribués à la grippe dans le monde se situe entre 250 000 et 500 000 par an. » (Thomas Walkom, Toronto Star, 1er mai 2009)

 

Le CDCP et l’OMS reclassent couramment un nombre élevé de cas commun d’influenza dans la catégorie de la grippe porcine H1N1.

 

« En raison du nombre croissant de cas dans de nombreux pays, où l’on assiste à une transmission communautaire durable du virus, il est extrêmement difficile, voire impossible, pour les pays d’essayer de confirmer les cas en laboratoire. En outre, dans ces pays, le recensement des cas n’est désormais plus essentiel pour contrôler le niveau ou la nature du risque que représente le virus pandémique, ou pour orienter l’application des mesures les plus appropriées pour y faire face. » (Note d’information de l’OMS, 2009

 

L’OMS admet l’absence fréquente de tests en laboratoire au niveau national, tout en soulignant que des confirmations en laboratoire ne sont pas nécessaires à la collecte de données afin de déterminer la propagation de la maladie :

 

« Une stratégie axée sur la détection, la confirmation en laboratoire et l’étude de l’ensemble des cas, y compris les cas bénins, exige énormément de ressources. Dans certains pays, cette stratégie absorbe la quasi-totalité des moyens des laboratoires et des capacités de riposte, laissant peu de ressources pour le suivi et l’étude des cas graves et des autres événements exceptionnels. […] Pour toutes ces raisons, l’OMS ne publiera plus de tableaux indiquant le nombre total de cas confirmés dans l’ensemble des pays. Cependant, afin de continuer à rendre compte de la propagation mondiale de la pandémie A (H1N1), des informations seront régulièrement communiquées sur la situation dans les pays nouvellement touchés. L’OMS continuera à demander à ces pays de notifier les premiers cas confirmés et, dans la mesure du possible, de fournir le nombre hebdomadaire cumulé de cas et de décrire l’épidémiologie des premiers cas. » (Ibid)

 

Lors d’une conférence de presse de l’OMS en juin 2009, on a soulevé la question des tests en laboratoire :

 

« Marion Falco, CNN Atlanta : Ma question est peut-être élémentaire, mais si vous ne – et je m’en excuse – si vous n’exigez pas de tests dans les pays où de nombreux cas ont été confirmés, comment faites-vous la distinction entre la grippe saisonnière et cette grippe particulière. Comment allez-vous séparer les chiffres?

 

Dr Fukuda, OMS, Genève : Nous ne recommandons pas de ne faire aucun test. En fait, lorsque les directives seront annoncées, elles suggèreront aux pays d’adapter leurs tests de façon à ne pas essayer de tester tout le monde, mais bien sûr de continuer à tester certaines personnes exactement pour les raisons que vous évoquez. Lorsque les gens seront atteints de maladies semblables à l’influenza, il sera important pour nous de savoir si elles sont causées par le virus pandémique ou les virus saisonniers. Nous suggérons que même si l’on diminue la quantité de tests, nous serons malgré tout capables de saisir le tout et donc nous n’avons pas besoin de tester tout le monde dans ce but, mais nous continuerons à recommander un certain niveau de tests – à un niveau moindre, chez les personnes dont la maladie persiste. (Voir la transcription de la conférence virtuelle de l’OMS, Dr Keiji Fukuda, Sous-directeur général chargé de la sécurité sanitaire et de l’environnement, OMS, Genève, juillet 2009, c’est nous qui soulignons) f

 

« Saisir le tout »? Ce que suggère le précédent énoncé de l’OMS est que :

 

1) L’OMS ne collecte pas de données sur la propagation du virus H1N1 basées sur des confirmations systématiques en laboratoire.

 

2) En fait l’OMS dissuade les fonctionnaires nationaux de la santé d’effectuer des détections et des confirmations en laboratoire, tout en faisant pression sur les autorités nationales de santé publique pour qu’elles livrent à l’OMS les données relatives aux cas de H1N1 sur une base hebdomadaire.

 

3) Dans sa déclaration, l’OMS ne fait référence qu’aux « cas confirmés ». Elle ne fait pas la distinction entre les cas confirmés et les cas non confirmés. Il semblerait que les cas « non confirmés » sont classés dans les cas confirmés et que les chiffres sont ensuite utilisés par l’OMS pour prouver que la maladie se propage. (Voir les tableaux de l’OMS : http://www.who.int/csr/don/2009_07_06/en/index.html)

 

Les symptômes de la grippe porcine sont les mêmes que ceux de l’influenza saisonnière : fièvre, toux et maux de gorge. L’incidence généralisée de la grippe commune est utilisée pour générer des rapports livrés à l’OMS relativement à la grippe porcine H1N1. Néanmoins, dans le communiqué cataloguant les données nationales, l’OMS utilise les termes « nombre de cas confirmés en laboratoire », tout en admettant que ces cas sont, dans bien des cas, non confirmés.

 

Pandémie mondiale

 

L’OMS détermine des tendances sur la propagation de la maladie en utilisant essentiellement des données non confirmées. En se basant sur ces extrapolations, l’OMS déclare maintenant, en l’absence de confirmation en laboratoire, que « près de 2 milliards de personnes pourraient être infectées dans les deux prochaines années, soit près du tiers de la population mondiale. » Aux États-Unis, le CDC situé à Atlanta suggère pour sa part que « la grippe porcine pourrait toucher jusqu’à 40 pour cent des États-uniens dans les deux prochaines années et plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient mourir si une campagne de vaccination et d’autres mesures s’avèrent inefficaces. » (AP, 24 juillet 2009).

 

Comment en sont-ils venus à ces chiffres?

 

L’estimation du CDC n’a rien à voir avec une évaluation de la propagation du virus H1N1. Elle est basée sur l’extrapolation technique au pro rata de tendances sous-jacentes à la pandémie de 1957, dont 70 000 personnes sont mortes aux États-Unis. Cette présomption veut que la grippe H1N1 ait « la même voie de transmission » que la pandémie de 1957.

 

Créer une crise lorsqu’il n’y a pas de crise

 

L’intention politique latente est d’utiliser la phase 6 de l’OMS, dite de pandémie, afin de détourner l’attention du public d’une crise sociale imminente et profonde, laquelle est due en grande partie à une grave dépression économique mondiale.

 

 « Sur la base des données factuelles disponibles et de leur évaluation par des spécialistes, les critères scientifiques définissant une pandémie de grippe sont remplis. J’ai donc décidé d’élever le niveau d’alerte à la pandémie de grippe de la phase 5 à la phase 6. La pandémie de grippe 2009 a maintenant commencé. […] Dire qu’il s’agit d’une pandémie lance également un signal à la communauté internationale. C’est une période où les pays du monde, riches ou pauvres, grands ou petits, doivent s’unir au nom de la solidarité mondiale afin de s’assurer qu’aucun pays, qu’aucun peuple, ne soit abandonné et sans aide en raison de ressources précaires. […] L’OMS est en contact avec des communautés donatrices, des partenaires de développement, des pays aux maigres ressources ainsi qu’avec des compagnies pharmaceutiques et des fabricants de vaccins. (Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, point de presse, 11 juin 2009)  

  



Margaret Chan, directrice générale de l’OMS

 

Y a-t-il un meilleur moyen de soumettre les citoyens de la nation, de refréner le ressentiment des gens devant l’accroissement du chômage?

 

Créer une pandémie mondiale, instaurer un climat d’anxiété et d’intimidation, démobilisant une action publique organisée significative contre l’enrichissement programmé d’une minorité de la société. La pandémie de grippe est utilisée afin de prévenir la résistance organisée contre les politiques économiques du gouvernement en faveur des élites financières. Cela procure à la fois un prétexte et une justification pour adopter des procédures d’urgence. Sous la législation actuelle des États-Unis, la loi martiale, signifiant la suspension du gouvernement constitutionnel, pourrait être invoquée en cas de « catastrophe », incluant une pandémie de grippe porcine H1N1.

 

La loi martiale

 

La législation héritée de l’administration Clinton, sans parler des Patriot Acts I et II post-11 septembre, permettent à l’armée d’intervenir dans les activités impliquant l’application de la loi. En 1996, une législation a été adoptée, laquelle permettait à l’armée d’intervenir en cas d’urgence nationale. En 1999 le Defense Authorization Act (DAA) de Clinton a étendu ces pouvoirs (ceux de la législation de 1996) en créant une exception au Posse Comitatus Act, qui permet à l’armée de prendre part aux affaires civiles « même s’il n’y a pas d’urgence ». (VoirACLU)   

 

Toutefois, dans la législation de l’ère Clinton, les grandes lignes sur la question d’une pandémie ou d’une urgence touchant la santé publique n’ont pas été explicitement exposées.

 

Le désastre de Katrina (2005) représente une délimitation, un point tournant menant de facto à la militarisation de l’aide d’urgence :

 

« Le désastre qui a frappé la Nouvelle-Orléans et le sud de la côte du Golfe a donné lieu à la plus vaste mobilisation militaire en sol étatsunien de l’histoire moderne. Près de 65 000 militaires étatsuniens sont maintenant déployés dans la zone du désastre, transformant ainsi la ville portuaire dévastée en une zone de guerre. » (Bill Van Auken, Wsws.org, septembre 2005)

 

Les ouragans Katrina (août 2005) et Rita (septembre 2005) ont contribué à justifier le rôle de l’armée lors de désastres naturels. Ils ont également contribué à modeler la formulation des directives présidentielles et les législations subséquentes. Le président Bush a appelé l’armée à devenir « l’agence principale » de secours en cas de catastrophe :

 

« […] L’autre question que j’ai posé était bien sûr s’il y a une circonstance dans laquelle le département de la Défense devient l’agence principale. Il est clair que ce serait le cas advenant une attaque terroriste, mais existe-t-il un désastre naturel – d’une certaine envergure – qui pourrait permettre au département de la Défense de devenir la principale agence à coordonner et mener l’intervention. Le Congrès devra y réfléchir sérieusement. (Conférence de presse, 25 septembre 2005)


 
 

À suivre.

Première partie de l'article original en anglais,
Martial Law and the Militarization of Public Health: The Worldwide H1N1 Flu Vaccination Programparu le 26 juillet 2009.

Traduction : Julie Lévesque pour
Mondialisation.ca


 Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).   

SOURCE R-sistons à la désinformation : Silence Médias: Loi martiale et militarisation de la santé publique - R-sistons à la désinformation

Loi martiale et militarisation de la santé publique : le programme mondial de vaccination contre la grippe H1N1

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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 08:46






Depuis bientôt deux décennies, communautés et organisations Mapuche (peuple autochtone dont la population est estimée à environ 800.000 personnes et dont le territoire historique se trouve dans le sud du Chili et de l’Argentine) ont initié un nouveau cycle de revendication et de mobilisation afin de récupérer leur territoire et les droits civiques, politiques et sociaux qui y sont associés. Les actions de « récupération de terres » se sont souvent soldées par une répression policière entraînant des centaines d’arrestations, de blessés ainsi que l’assassinat par la police de plusieurs jeunes mapuche. Des dirigeants, militants et membres de communautés ont été condamnés lors de procès iniques, par des lois anti-terroristes datant de la dictature, à des peines de 5 à 10 ans de prison ferme pour des faits qu’ils récusent.



Suite aux nombreux rapports, dénonciations et rappels à l’ordre d’organismes des droits humains nationaux et internationaux, les gouvernements qui se sont succédés, et dernièrement celui dirigé par Michelle Bachelet, se sont vantés de mettre en place différents mécanismes législatifs et institutionnels en faveur des Mapuche. Outre le fait que ces différentes mesures sont contestées par les organisations indigènes qui n’ont été aucunement consultées et n’ont pas participé à leur élaboration, on constate que sur le terrain, les droits indigènes sont bafoués quotidiennement et la criminalisation des revendications des communautés est devenue une politique d’Etat – politique de stigmatisation de ceux/celles qui luttent et de criminalisation des mouvements sociaux. On dénombre une cinquantaine de prisonniers politiques Mapuche, dont certains se plaignent de violences, tortures et du manque de défense juridique, tandis que chaque semaine la police militaire réalise des opérations violentes au sein des communautés se soldant par des enfants blessés et traumatisés,  et par des arrestations et humiliations d’hommes et femmes.



Les quelques journalistes indépendants et documentaristes chiliens et étrangers qui se sont intéressés à ces situations ont également fait les frais de cette répression : menaces, confiscation du matériel de travail, perquisition de leur domicile (et de ceux de leurs familles), garde à vue… certains affrontent aujourd’hui de lourd procès et des montages politico-judiciaires pouvant les condamner jusqu’à 15 ans de prison ferme. Toute personne non-mapuche sympathisant avec cette lutte est ainsi susceptible d’être accusée de mettre en péril l’Etat de droit.

Julia, jeune française, vivant avec sa fille de 21 mois, près des communautés du lac Lleu LLeu, en a fait la mauvaise expérience…

 



DÉCLARATION PUBLIQUE DEPUIS LE WALLMAPU

22 MAI 2009



            Depuis le Wallmapu, territoire Mapuche occupé par l’Etat chilien depuis un peu plus d’un siècle, en mon nom Julia Gayout, je communique les faits suivants:

 


1 – La communauté Mapuche de Choque du lac Lleu Lleu où je vis (Sud du Chili) a initié une récupération de terre en juin 2008 réclamant plus de 100 000 hectares de terres ancestrales aujourd’hui plantées de pins et d’eucalyptus et aux mains des entreprises multinationales forestières Volterra y Mininco. La communauté a donc commencé à couper des arbres pour pouvoir cultiver la terre. Depuis lors, la communauté est complètement assiégée par les différentes forces répressives du Chili et en particulier par la PDI (police d’investigation). Le lac Lleu Lleu était déjà militarisé (campements des forces spéciales sur les terres des entreprises forestières, contrôles d’identités arbitraires, brutalité policière) pourtant la situation est chaque fois pire. Face aux agressions permanentes et aux persécutions de la part de l’Etat chilien, par l’intermédiaire de la PDI ou du GOPE (CRS locaux), la communauté de Choque a résisté et a repoussé les assauts consistant à vouloir réduire à néant la récupération de ses terres.

 

2 – Après tout un travail d’espionnage durant l’été et conformément au nom de l’opération policière qui vise à détruire la résistance Mapuche, torturer, emprisonner et tuer ses membres et sympathisants (« Opération Patience »), la PDI s’est finalement abattue brutalement le 11 avril au matin dans plusieurs foyers de la communauté et à Cañete, arrêtant 11 personnes, perquisitionnant violemment les maisons et menaçant jusqu’aux enfants avec des armes. Les Mapuche détenus ont été brutalement frappés par la PDI pour les forcer à avouer leur participation dans des attaques et un vol. Il s’avère que la police cherche aussi désespérément des armes dont il n’existe aucune trace et prétend donc découvrir de supposées cachettes en torturant les Mapuche physiquement et psychologiquement.

 

3 – Je me trouve moi-même menacée par le procureur du ministère public de Cañete pour délit de “recel”. Il paraîtrait qu’une carte SIM de portable volé aurait été installée dans mon propre portable pour effectuer des appels. Durant l’interrogatoire auquel j’ai été convoquée de manière obligatoire, une semaine après une perquisition médiatique dans ma maison, j’ai gardé le silence ; ce qui m’a valu plus d’une menace, à savoir: le refus du titre de séjour de permanence définitive, une peine de prison allant de deux mois à cinq ans et un possible ordre de détention applicable à n’importe quel moment.

 


4 – La perquisition de ma maison est complètement ridicule et démontre une fois de plus que le Chili n’a toujours pas effectué sa transition démocratique dans la pratique puisque la majeure partie des mes affaires emportée par la PDI se compose de documents et de livres qui ont à voir avec mes opinions politiques. De plus, cette perquisition a été accompagnée d’un chantage et de pressions médiatiques correspondant à l’éternelle rengaine raciste du journal Mercurio qui consiste à vouloir discréditer la lutte Mapuche au travers de faux liens avec l’étranger et visant l’emprisonnement des Mapuche.

 


5 – Si tout va bien, je serais en France du 30 mai au 9 juillet et souhaite pouvoir participer à des activités d’information de la lutte Mapuche et de dénonciation de la répression. Toute personne voulant appuyer les prisonniers politiques Mapuche et qui désire me contacter peut le faire par mail:
bastaderepresion@gmail.com

Julia Gayout

 


Autres références en français sur le Web :
http://mapuche.free.fr/
http://www.mapuches.org/
http://latelelibre.fr/index.php/2008/09/le-cri-du-peuple-mapuche-au-chili/

En español :
http://www.weftun.cjb.net/
http://www.kilapan.entodaspartes.net/


SOURCE :  Réseau d'Information et de Soutien au Peuple Mapuche

 

 

 

 

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 15:35
Je râle, ferme en plus. Je vous avais préparé un petit topo pour vous faire l'historique de cette histoire, presque 4 heures de recherches pour trouver les articles les plus pertinents, les liens les plus intéressants, avec des résumés de chaque article, puis tout c'est mis à déconner avec l'ordi, avec over-blog. J'ai donc enregistré mon article en brouillon pour ne pas perdre tout ce travail. Et voilà que l'administration d'over-blog me dit que je ne suis pas connectée que mes données sont incorrectes, surprenant puisque je travaille depuis ce matin sans problèmes. Et quand je réouvre mon administration et mon brouillon, il ne reste que l'article ci-dessous. Tout le reste a disparu. Je vais donc aller prendre l'air et je reviendrai quand je serai moins énervée vous refaire cet historique à partir de ma bibliothèque.
Déjà que je râlais car je n'arrivais pas à retrouver les vidéo et articles les plus intéressants vu et lu à l'époque du premier procès, que le monopole de l'info semble être accordé à un groupe dirigé par de notoires sataliniens (et peut-être bien pire), que les récits et analyses les plus intéressants doivent se retrouver sans doute au bas de la 32ème page de recherche google.
Pour la première fois que je fais une recherche vraiment approfondie sur un thème !!!
Cela m'apprendra, la prochaine fois je ne travaillerai plus directement sur over-blog. Pour info : le soir qui publie cet article ne peut pas vraiment étre qualifié de progressiste et d'autres journeaux belges bien-pensants ont clamé leur indignation vis-à-vis des méthodes la justice belge, de certain(e)s de nos ministres et des traitements ignominieux infligés aux prisonniers par les forces de l'ordre. (quel ordre, je vous le demande ?)

Et comme je suis tétue et obstinnée, je ferai cette fois un travail beaucoup plus fouillé pour mettre en évidence les origines europénnes et étasuniennes de cette répression qui s'abat sur des militants qui n'ont commis aucun actes de violence ni en Belgique ni en Turquie et le laxisme dont fait preuve cette même justice belge vis-à-vis de militants fascistes assassins et maffieux appartenant au parti des loups gris turcs
.






Michel Collon - L'info décodée
Paye, Bricmont, Dermagne...   

 

Ce 29 mai 2009, s’est terminé à Bruxelles le troisième procès en appel intenté à des personnes liées au DHKPC, une organisation politique d’opposition radicale au gouvernement turc. Le prononcé est prévu pour le 14 juillet. Il s’agit de la dernière phase d’un procès à rebondissements : trois jugements et deux arrêts de cassation avaient déjà ponctué cette affaire. Les différents rebondissements de ce procès montrent que les législations antiterroristes laissent une marge d’interprétation très importante au juge. Il s’agit d’un droit subjectif, à travers lequel les mêmes faits conduisent à des décisions opposées.


Ce nouveau procès en appel est dû au fait que, le 24 juin 2008, la Cour de cassation a cassé l’arrêt prononcé le 7 février 2008 par la cour d’appel d’Anvers.

Contrairement aux prononcés précédents, de première instance et d’appel en 2006, cette cour avait acquitté les inculpés de toute appartenance à une organisation terroriste ou criminelle. Elle avait considéré que l’action des inculpés, pour l’essentiel, n’avait pas outrepassé le droit de réunion, d’opinion et de manifestation.

Saisie par le Parquet, la Cour de cassation a considéré que la cour d’appel d’Anvers avait failli dans sa lecture de la loi. En pointant le caractère légal des activités incriminées, elle avait exonéré les prévenus de la prévention d’appartenance à une organisation terroriste ou criminelle. La Cour de cassation a considéré que la loi ne requiert aucunement que des prévenus soient impliqués personnellement dans la commission de délits pour être sanctionné pénalement.

Ici, nous sommes au cœur des législations antiterroristes. Le seul fait d’appartenir à une organisation nommée comme terroriste, doit suffire pour être condamné. De plus, la notion d’appartenance est particulièrement indéfinie et extensible : des rapports informels et occasionnels suffisent à établir la prévention.

Ainsi, l’arrêt de la Cour de cassation nous rappelle que la loi antiterroriste ne porte pas sur les faits, qu’elle n’a pas été créée pour s’attaquer à des délits matériels. Cette loi n’a pas d’autre contenu, d’autre spécificité que la possibilité offerte d’élaborer des infractions virtuelles, des images destinées à créer l’effroi, celles de l’individu et de l’organisation terroristes. Ces constructions mentales sont des signes englobants, qui nient toute possibilité d’opposition et supposent une adhésion automatique au schéma présenté. Elles ont pour objet, non pas de supprimer les faits, mais de prévaloir sur ceux-ci, afin d’imposer une relecture conforme à l’image de la lutte antiterroriste.

Le déroulement des deux premiers procès, qui ont condamné les prévenus pour appartenance à une organisation terroriste, nous montre concrètement comment se construisent ces images. La majeure partie des débats s’est centrée sur la question de savoir si la Turquie est un régime démocratique, contre lequel une résistance violente peut se justifier. En refusant de se déterminer exclusivement sur des faits ayant eu lieu en Belgique, le tribunal se donne une compétence universelle afin de déterminer, dans un pays étranger, ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est démocratique et ce qui ne l’est pas.

Il s’agit là d’un double renversement du droit pénal qui donne une dimension extraterritoriale à un droit à vocation nationale et qui permet de porter un jugement, non à partir d’enquêtes, mais sur base de simples allégations produites par un pouvoir liberticide.

Non seulement ces tribunaux n’ont pas développé de recherches en Turquie, mais ont explicitement refusé de le faire. Ils ont accepté que des actions commises en Turquie, avec lesquelles la plupart des prévenus n’ont aucun lien matériel, servent à déterminer si l’organisation incriminée et les individus poursuivis sont terroristes tout en refusant de se donner les moyens d’enquêter sur ces faits.

Ainsi, le droit pénal belge devient déterritorialisé et perd sa base objective. Le caractère démocratique de l’État turc est présupposé et cette reconnaissance automatique remplace toute recherche portant sur les crimes du régime vis-à-vis de ses populations, ainsi que sur les actions « terroristes » attribuées aux opposants. Cette procédure nie toute légitimité aux actions de résistance.

Le dernier arrêt cassé, celui de la cour d’appel de Gand, innocentant les prévenus du délit d’appartenance à une organisation terroriste, a été construit de manière inverse. Il n’a pas porté sur le contexte politique ou international de cette affaire, mais sur les seuls faits reprochés aux inculpés. Le tribunal a stipulé que les actes qualifiés de terroristes relevaient bien de l’exercice des droits fondamentaux, des libertés de réunion et d’expression. Dans ce dernier arrêt, les faits ont une existence propre, distincte de la problématique antiterroriste dans laquelle on veut les enfermer.

Au contraire, dans les deux premiers procès condamnant les inculpés pour terrorisme, la construction mentale dans laquelle s’insèrent les actes incriminés, prime sur les faits. Leur perception en est transformée. Ainsi, distribuer un tract, traduire un communiqué deviennent des actions particulièrement inquiétantes. Cette procédure psychotique de création d’une nouvelle réalité, destinée à se substituer à la matérialité des actes poursuivis, est le point ultime d’un processus de subjectivation du droit pénal. Les lois antiterroristes en sont une pièce maîtresse.

À travers ce dernier procès, la jurisprudence va jouer un rôle primordial. Il s’agit de faire inscrire, dans l’ordre juridique de notre pays, que le caractère légal des actes incriminés ne doit pas les empêcher d’être punis. Dans le cadre d’une poursuite en matière « terroriste », la manière dont les choses sont nommées doit primer sur leur réalité matérielle. Autrement dit, il s’agit d’imposer que toute personne inculpée dans le cadre d’une telle affaire soit condamnée, quels que soient ses actes ou ses intentions. Ainsi, l’enjeu de ce procès est de déterminer si notre pays demeurera un État de droit.

Source : Le Soir

 
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Gilles Deleuze, février 1977.

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