23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 21:28

 

Parce qu'il faut en parler, parce qu'il est légitime de se poser des questions. Parce que ce n'est qu'un début... que d'autres comme moi ont pu observer sur le terrain la croissance et le durcissement des dérives policières, pas au service du peuple, au service d'un Ordre (comme me disait l'un d'eux, un grand blond aryen "Je n'ai pas à discuter je suis au service de l'Ordre", j'ai bien essayer de lui demander de quel Ordre il s'agissait, mais il n'était manifestement pas d'humeur... et je n'avais aucune envie de passer la nuit au fond d'un cachot avec le genou d'un flic qui me pousse sur la vessie pour me faire pisser dessus comme cela se pratique dans certain commissariat de cette ex charmante commune bruxelloise). Il était clair cependant que mes potes rigolos, clodos, poivrots... étaient de ceux dont il fallait protéger le "bon peuple", les délateurs, les fachos, les lyncheurs. Mais ce qui m'a le plus fait mal, c'est de voir que les copains ne réagissaient plus, si ce n'est pour me tirer en arrière et me dire de me taire pour ne pas leur attirer de problèmes.... mais eux savent, ils ont appris, profil bas si tu ne veux pas prendre de coups...

Cela se passe dans tous les pays d'Europe, et cela va s'intensifiant et chaque fois il y a ce truc innacceptable, on sent qu'ils savent bien qu'ils agissent en toute impunité...

Et bientôt... les milices.



Flashball, peur et mutilation

TRIBUNE.

PAR CLÉMENT ALEXANDRE, FLORENT CASTINEIRA, JOAN CELSIS, JOHN DAVID, PIERRE DOUILLARD, JOACHIM GATTI ET SALIM BLESSÉS ET MUTILÉS PAR LA POLICE FRANÇAISE

Nous avons en commun le fait d’avoir été blessés et mutilés par la police française après avoir reçu un tir de flashball en pleine tête. Etre touché par une de ces armes, c’est s’effondrer, être évacué, hospitalisé et subir par la suite un nombre considérable d’interventions chirurgicales lourdes qui s’étendent sur plusieurs mois. Les lésions sont nombreuses et irréversibles : œil crevé, décollement de la rétine, enfoncement du plancher orbital, multiples fractures, dents cassées, joue arrachée, etc. Pour plusieurs d’entre nous, l’implant d’une prothèse a été nécessaire. Sans parler des migraines, des cauchemars et de la peur chevillée au corps. A Marseille, un homme, Mostefa Ziani, est mort d’un arrêt cardiaque après avoir été touché en plein thorax. Le flashball peut donc tuer à bout portant et il produit des dommages qui ne sont en rien des accidents. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, équiper la police avec ces armes, c’est lui reconnaître le droit de mutiler. Ce qu’elle a bien compris.

S’il n’existe aucune réparation possible, il est difficile de laisser le terrain libre à la violence policière. Plusieurs d’entre nous ont porté plainte contre l’auteur du tir. Sans succès. A Nantes, le policier qui a tiré sur Pierre Douillard en 2007 et dont l’identité est clairement établie bénéficie d’une relaxe : sa responsabilité ne peut être engagée puisqu’il a obéi à un ordre. A Toulouse par contre, pour Joan Celsis, blessé en 2009, le juge ordonne un non-lieu au motif cette fois que l’identité du tireur n’est pas établie. A Montreuil, pour Joachim Gatti, le procureur bloque le dossier depuis maintenant deux ans. Sans surprise, la justice couvre la police. Il y a belle lurette en effet que l’action de la police s’est affranchie du droit. Pour le flashball, les distances de sécurité et les zones autorisées ne sont jamais respectées, pas plus que le tir ne correspond à un état de légitime défense comme le prescrit pourtant la réglementation officielle.

Face aux limites du pénal, nous nous sommes lancés dans une nouvelle procédure. Clément Alexandre, le collectif Face aux armes de la police et leur avocat, Etienne Noel, ont déposé en octobre 2012 une requête au Tribunal administratif qui consiste à attaquer directement la responsabilité du préfet de police et plus seulement le policier qui tire en pleine tête, même si celui-ci mérite tout notre mépris. Pour la première fois, l’Etat a été condamné mercredi, le 18 décembre, à verser une indemnité et sa responsabilité est reconnue, tout comme le lien entre la blessure et le flash-ball. D’autres jugements sont attendus. Nous pensons que sur le terrain juridique, il est capital de multiplier ce type de riposte.

Toutes ces blessures rendent lisible la façon dont la police maintient l’ordre. Chaque fois derrière nos noms propres, il y a des complicités et des amitiés – souvent des luttes. A Nantes, des lycéens et des étudiants occupent un rectorat. A Toulouse, des dizaines d’étudiants sortent d’un Monoprix sans payer pour protester contre la précarité étudiante. A Montreuil, des habitants se rassemblent contre l’expulsion d’un squat. Et des lycéens bloquent leur établissement pour protester contre une énième réforme des retraites. A Notre-Dame-des-Landes, des milliers de personnes résistent à un projet d’aéroport : parmi les centaines de blessés, certains se retrouvent avec des bouts de métal sous la peau. A Strasbourg, des métallos manifestent contre ArcelorMittal. A Montpellier, c’est un groupe de supporteurs qui est visé. Dans les quartiers populaires, le flashball fait partie de la vie quotidienne et intervient systématiquement quand les habitants se révoltent contre la violence de la police. C’est le cas à Trappes pour Salim, qui cet été, a eu le malheur de se trouver à proximité du commissariat où des habitants protestent contre une arrestation musclée. Mais aussi à Montbéliard, Villemomble, etc.

Ce que la langue policière appelle littéralement «neutraliser une menace» désigne de toute évidence la nature réelle du flashball : écraser et faire taire ce qui échappe au pouvoir. C’est là le travail normal de la police. Mais ce qui est nouveau, c’est la méthode utilisée. Le flashball est le nom d’un nouveau dispositif politique qui repose sur la peur et la mutilation – en un mot la terreur. Il s’agit cette fois de frapper les corps mais aussi les cœurs et les esprits en nous marquant dans notre chair et dans celles de nos amis. Présenté comme défensif, le flashball est clairement une arme offensive qui donne à nouveau à la police le pouvoir de tirer sur la foule. Le déploiement de la violence policière, en l’état actuel du rapport de force, ne doit pas entraîner la mort. Mais la police doit être assurée de rester la plus forte pour que l’ordre soit maintenu.

Cette militarisation des opérations de police exprime la vérité d’une époque : le développement de ces armes depuis maintenant dix ans s’explique par le fait qu’elles ont manqué dans certaines émeutes. Qu’en Tunisie, une foule déterminée puisse faire tomber un gouvernement dont la longévité semblait assurée indique assez l’angoisse qui habite le pouvoir à tout moment. Le terrain d’intervention véritable du flashball, c’est la révolte.

En maintes occasions, la police se présente comme un obstacle – à nos mouvements, à nos désirs et à nos luttes. La question de savoir comment le défaire mériterait d’être prise au sérieux. Si les blessures se produisent toujours dans des moments de tension, se défendre et se protéger devient une question pratique dont la nécessité a pu être éprouvée en Grèce, comme à Notre-Dame-des-Landes où des boucliers sont apparus ; de la place Tahrir à la place Taksim, où des milliers de manifestants venaient casqués. Quand Michèle Alliot-Marie propose d’exporter le savoir-faire de la police française en Tunisie, nous pensons plutôt à importer la puissance des révolutions arabes.

C’est parce que nous demeurons attachés à nos luttes et à nos amitiés que nous ne nous laisserons pas terroriser par le flashball. Là où nous sommes attaqués, il y a à riposter collectivement pour être capable de penser et de contrer les pratiques policières. Et ça, on ne le fait pas dans l’enceinte d’un tribunal, mais on l’élabore avec tous ceux qui les subissent. Ici, comme ailleurs, ce qui relève du possible dépend d’un rapport de force. Nous lançons un appel à toutes les personnes blessées avec la certitude que nous avons plus à partager que nos blessures.

Pour Salim, ce sont ses proches qui signent la tribune. Contact : http://faceauxarmesdelapolice.wordpress.com

 

Source

Via Mes coups de coeur

Suivi de Tribune dans Libération – 22/12/13 | Face aux armes de la police

 

Mais que fait la police ?

Publié, le mardi 14 juillet 2009
Dernière modification : mercredi 7 mars 2012


Et oui, ma bonne dame, mon bon monsieur, que fait la police ?

Nous sommes bien à Montreuil, vous et moi : Montreuil, Seine-Saint-Denis. Qu’on y habite ou qu’on y passe, on a des yeux pour voir que ça ressemble peu à l’image qu’en donnent les journaux et les politiques. Aucune ville ne saurait ressembler à ces images abruties(-santes), alors j’ai décidé de commencer à décrire ce que c’est, aberrations optiques comprises.

Montreuil, c’est grand, ça fourmille de monde, c’est très complexe et c’est étonnamment tranquille. Sinon, ça ressemble beaucoup aux autres villes où j’ai vécu : l’Etat est partout et son administration nous octroie (ou pas) le droit d’être là, au prix de tous ces comptes à rendre sans cesse en montagnes de paperasse et de justifications d’existence. Il fait régner sa loi, sous l’infinie variété de ses uniformes, pour assurer le maintien d’un ordre réglé par le profit.

Lors d'une autoréduction dans un supermarché

Comme partout ailleurs, c’est ça que fait la police.

L’argent est partout, mais pas pour tout le monde, évidemment. Le travail ne manque pour personne - il faut réussir à survivre dans la métropole -, c’est le salaire qui est rare, puisqu’on n’arrive pas à échapper vraiment à toute cette marchandise qui s’étale. Même les besoins les plus primaires, se nourrir, se loger, se déplacer, sont soumis à la propriété que tout l’arsenal répressif sert à protéger.

Comme partout ailleurs, c’est ça que fait la police.

Malgré cela, ici, je connais des gens un peu partout. Ils sont très différents les uns des autres, mais ils me ressemblent plus que ceux des panneaux publicitaires (que l’on trouve en nombre grandissant dans la commune voisine de P., et qui sont blancs, jeunes, actifs...). En général, à leur façon, ils font comme moi : ce qu’ils peuvent. Et ils s’entraident. Ils s’organisent pour ne pas (trop) subir face aux patrons, aux Assedic, aux HLM, aux contrôleurs de tous poils. Souvent, ils travaillent à construire quelque chose qui leur plait : une maison, une crèche, un livre... Parfois, on partage une aversion certaine pour tout ce qui précède, on essaye de comprendre comment s’en débarrasser et quand on trouve une petite idée, on s’empresse de la mettre en oeuvre. Ça non plus, ce n’est pas vraiment une pratique spécifiquement montreuilloise. Ces derniers temps, ça a donné en vrac : des occupations de maisons, de CAF, de tours de la mairie, des manifs, des actes de résistance aux rafles de sans-papiers, de solidarité avec des grévistes, des assemblées, des bouffes, des chansons... et j’en passe...

Mercredi soir, à Montreuil, c’est sur tout cela que la police a tiré au flash-ball. Dans la tête. Ce qui s’est passé ce soir-là arrive dans beaucoup d’autres villes et dans des situations très diverses (manifestation, intimidation des habitants de certains quartiers...). Une fois de plus, parler de bavure serait tout simplement mensonger.

Car elle fait quoi la police, hein ? Qu’est-ce qu’elle fait la police à Montreuil ?

Elle joue au ball-trapp dans les rues de la ville, mon bon monsieur, ça tire sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui ne rentre pas dans le rang. Avis aux amateurs de démocratie participative : pour garantir la pérennité de ce beau système, la police républicaine vise à la tête !

Et oui, la police républicaine.

Celle qui fait des auto-temponeuses avec les mobylettes des adolescents - moratoire sur les voitures de police ! -, celle qui charge dans les avions des paquets humains en les étouffant avec des coussins - moratoire sur les coussins ! -, celle qui tamponne un procès-verbal de mise en garde à vue à 22h et un certificat de décès à 6h du matin - moratoire sur les gardes-à-vue ! - etc... La spécificité du recours systématique aux tirs de flash-ball, qui ont l’avantage pour les policiers qui les utilisent de mutiler sans tuer - ce qui les exposerait à quelques tracasseries administratives et à une légère prise de retard sur leurs points retraite -, doit être prise en compte mais il faut être particulièrement obtus ou parfaitement de mauvaise foi pour soutenir que la question de la violence de la police se résume à cela. Car au fond, ma bonne dame, mon bon monsieur, tout le monde sait ce qu’elle fait la police.

Tout le monde le voit, ça crève les yeux.

Un chat sauvage de la Boissière

Word - 23.5 ko
Mais que fait la police ?.doc

Nous avons besoin de maisons pour habiter le monde

SCANDALE ! (Le western est-il compatible avec l’écologie urbaine ?)

La clinique en exil : Condés hors de nos quartiers

À Montreuil, 13 juillet, de nouveau la police frappe pour mater les opposants

Refusons le gouvernement par la peur : Appel à manifester contre les violences policières lundi 13 juillet à 19h à Montreuil

8 juillet 2009 - Chasse à l’opposant à Montreuil : la police vise la tête, un manifestant perd un oeil

Montreuil : à Pôle Emploi comme ailleurs, ne pas se laisser faire

Lettre ouverte à la Maire de Montreuil, Dominique Voynet

ON HABITE PAS UNE LISTE D’ATTENTE : point d’information sur la lutte contre l’expulsion de Los Angeles / Montreuil

Montreuil - Bagnolet : Dégage, on aménage

Montreuil : Dominique Voynet, lutter contre la précarité en faisant expulser squatteurs et mal-logés ?

Allergie à l’air du temps- Compassion & stigmatisation, un double langage permanent, le cas Voynet à Montreuil

Montreuil : Non aux expulsions, même encadrées par la Mairie

LES ROIS DU PÉTROLE, cinétract sur la tentative d’expulsion d’une maison par des agents immobiliers I@D France

« La maison en carton ne s’est pas envolée », textes des habitants et soutiens de la Maison Qui Pue, attaquée ce week-end à Montreuil.

Habitants des Sorins, chassés de partout, toujours debout

 

Source  : CIP-IDF > Mais que fait la police ?

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:05

 

 

 

Lettre de Bahar Kimyongür à l’opinion, rédigée en prison 10 décembre 2013
Nous revoilà repartis pour un tour...
Bahar KIMYONGUR

À propos des conditions de détention

Casa Circondariale di Bergamo, 6e jour de détention

« (...) Pour être honnête, ma cellule est une horreur. On dirait que tous les vents polaires s’y sont donnés rendez-vous. La "vitre" est un plexi irrégulier, incurvé qui ne tient avec du silicone que d’un seul côté. Un tiers de la "vitre" manque à l’appel. La partie manquante est couverte de pages de journal collées avec du dentifrice.
Pareil pour la petite salle de douche. Là, il manque carrément une vitre. Une lourde porte métallique sépare les deux pièces. Pour l’ouvrir, il faut la porter car elle a subi des dégradations. Comme elle ne se referme pas complètement, il y a un courant d’air permanent dans la cellule.

Notre lit superposé est composé de trois étages. La cellule où je me trouve est une cellule dite "d’accueil". Elle n’a pourtant rien d’hospitalier. En rentrant en prison, on m’a fait croire que l’on pouvait choisir une cellule "non fumeurs". Cette option se trouvait dans le formulaire d’accueil et naturellement, je l’ai cochée. Mais en raison de la surpopulation, les non fumeurs son obligés de partager leur cellule avec des fumeurs. Les conditions sanitaires son exécrables. Je n’ai pu balayer ma cellule crasseuse qu’au sixième jour de ma détention, c’est-à-dire aujourd’hui.

Ma cellule est un vrai moulin. Quatre détenus y ont déjà transité en 6 jours : Silvio, un colérique de 50 ans arrêté pour avoir battu son frère et ses parents. Monsieur Carbonara de Bari, un sexagénaire accusé de vol et libéré hier après moins de 48h de détention. Aujourd’hui, un jeune ressortissant marocain condamné pour trafic de drogue a débarqué.

Depuis hier, je partage ma cellule avec Stefano, un Roumain de 25 ans père d’un petit garçon de 3 mois. Il est très aimable, abattu par ce qui lui arrive et un peu timoré. Il a peur par exemple d’aller prendre l’air. A propos, "aria", la cour en principe destinée à prendre l’air, est un véritable fumoir. Quand une quarantaine de détenus fument en même temps, on n’a pas vraiment l’occasion de profiter de l’air pur qui nous vient des Alpes...

Ah oui, je dois aussi te parler du "café". On s’imagine qu’en Italie, même en prison, on a droit à du café italien... eh bien non. Au pays de l’espresso et du cappuccino, le café de la prison est un liquide trouble servi à la louche ! Tellement répugnant que je n’en ai plus repris depuis le premier matin.

Dans notre cellule, il n’y a qu’une petite table basse et un tabouret cassé, pour trois. Les murs sont sales, les sanitaires sont sales, le sol est sale. Alors, on se réfugie sous le drap de son lit comme on se cramponne à un radeau au milieu d’un naufrage.

Quand tu t’embarques dans une galère italienne, tu reçois un kit de survie incomplet. Pas de serviette. Pas de lingerie. Pas de chaussettes. C’est l’église catholique qui complète le kit. Encore faut-il pouvoir décrocher un rendez-vous avec le "prete", l’aumônier.

En cellule la seule "friandise", c’est le téléviseur. Il faut tordre le câble de mille et une manières pour pouvoir décrypter l’une des huit chaînes italiennes que nous sommes censés capter (...). »

Casa Circondariale di Bergamo, 10e jour de détention

Après les Pays-Bas, la Belgique et l’Espagne, c’est à l’Italie de m’ouvrir ses portes de fer et de les refermer aussitôt, cette même Italie où j’ai séjourné une quarantaine de fois sans le moindre souci malgré le mandat d’arrêt international lancé il y a 10 ans par un tribunal d’Ankara.

Aux Pays-Bas, mon arrestation survint alors que je circulais en voiture sur l’autoroute dans la périphérie de La Haye.

En Belgique, où j’ai subi un procès pénal inutile et coûteux qui a empoisonné quatre années de ma vie, le parcours fut plus classique : du tribunal de Gand à la prison de Gand.

En Espagne par contre, la police manifestement plus inspirée, m’a arrêté à l’intérieur de la Cathédrale de Cordoue avec ma femme et mes deux enfants.

En Italie, les unités de la DIGOS m’ont cueilli à l’aéroport Orio al Serio quelques minutes après l’atterrissage de mon avion en provenance de Charleroi. Les agents italiens m’ont ensuite emmené à la prison de Bergame où je croupis depuis une dizaine de jours dans des conditions indignes.

En provoquant ces arrestations en chaîne, les autorités turques espèrent m’intimider, me décourager, me fragiliser financièrement et faire douter les nombreux amis et camarades qui me soutiennent.

Pour banale qu’elle soit, la privation de liberté n’en est pas moins un châtiment d’une violence extrême dont les premières victimes sont les familles, en particulier les enfants.

Âgés de 3 et 5 ans, mes enfants comprennent des tas de choses.

Mais ils ne peuvent comprendre ni accepter que leur papa qui leur enseigne les règles de la vie en société, les valeurs humaines telles que l’honnêteté, la justice, l’amour et la solidarité, soit sans cesse puni à cause de ses écrits. Même les adultes ne peuvent comprendre un pareil acharnement.

Le sentiment d’injustice qui germe dans le cœur de mes enfants à cause du malheur insensé et irrationnel qui leur arrive ne peut que leur causer des blessures psychiques graves.

Il serait trop facile de jeter la pierre sur le seul régime turc et de dédouaner les États européens « victimes » de simples dysfonctionnements administratifs. Le monde a vu la férocité assumée et revendiquée de la police d’Erdogan lors de la révolte de la place Taksim durant l’été dernier.

L’Europe toute entière s’en est indignée. Cela n’a pas empêché les polices européennes de jouer les janissaires du sultan Erdogan.

A quoi bon être innocenté par la justice européenne si des forces de police européennes se mettent aux ordres du régime néo-ottoman et piétinent les décisions de cette même justice ?

Pourquoi un juge italien m’empêche de voyager, alors qu’un juge espagnol m’y autorise ?

Comment est-il possible qu’un organisme comme Interpol puisse se placer au-dessus des lois et échapper à tout contrôle ?

De quel droit Interpol se permet de convertir un signalement arbitraire et abusif en peine à perpétuité ?

Comment se fait-il qu’un régime comme celui d’Ankara qui chaque jour accueille des bataillons entiers de terroristes massacrant le peuple syrien, soit considéré comme un partenaire de l’Europe dans la lutte contre le terrorisme ?

Mes mésaventures auront eu au moins le mérite de faire la lumière sur certains côtés sombres de nos démocraties super-maxi-ultra-plus qui lavent toujours plus blanc que blanc.

En attendant ma libération, je remercie de tout cœur les milliers d’amis sur qui je peux toujours compter dans les moments heureux comme dans les moments difficiles et qui une fois encore, se sont mobilisés pour soutenir ma famille et porter haut l’étendard de nos idéaux communs.

Bahar Kimyongür

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 08:45

 

 

 

Europe USA

De nouveaux documents fournis par Edward Snowden, l’ex-agent de laNational Security Agency (NSA), et présentés dans un article du Guardianrévèlent le partenariat étroit entre les services de renseignement européens et la NSA dans la surveillance de masse d’Internet et des communications téléphoniques au cours des cinq dernières années. Ils donnent un aperçu de la manière dont un système d’espionnage paneuropéen a émergé, dirigé contre l’ensemble de la population européenne et de la population mondiale.

Les programmes révélés par le Guardian montrent pourquoi les gouvernements européens ont minimisé les premières révélations sur l’espionnage d’Internet de la part des agences de renseignements américaines et britanniques en juin. Une crise diplomatique majeure a néanmoins éclaté il y a deux semaines quand il est apparu que les États-Unis espionnaient également la chancelière allemande Angela Merkel.

Le directeur des services de renseignements américains James Clapper a admis en toute candeur que les services de renseignements surveillaient des milliers de politiciens dans les gouvernements et les partis d’opposition des pays « alliés. »

Dans ce scandale international grandissant au sujet de la NSA, les gouvernements européens n’agissent aucunement pour défendre les droits démocratiques. Tout en ayant des objections à la surveillance massive de leurs propres communications par la NSA, ils travaillent avec celle-ci pour espionner le trafic Internet mondial et créer à leur propre usage les infrastructures de surveillance dont auraient besoin des états policiers en Europe.

Les documents publiés par le Guardian montrent que les services de renseignements Français, Espagnols, Suédois, Hollandais et Allemands coopèrent dans le cadre d’un système de surveillance paneuropéen comparable au réseau de surveillance mondial de la NSA. Ces agences se branchent directement sur les câbles en fibre optique et développent des relations secrètes avec les compagnies de télécommunications nationales, comme la NSA l’a fait avec Google et Facebook.

Au cœur de ce réseau d’espionnage, il y a le Governement Communications Headquarters (GCHQ) britannique. L’agence de renseignement du Royaume-Uni occupe une situation privilégiée en raison de sa position géographique à l’entrée des câbles transatlantiques qui relient les États-Unis et l’Europe, de ses liens particuliers avec la NSA, et de son contexte législatif très favorable à l’espionnage créé par les décisions de gouvernement travaillistes et conservateurs successifs.

En 2008, le système « Tempora » a été développé par le GCHQ, il surveille systématiquement toutes les communications entrantes et sortantes par son accès aux câbles en fibre optique par lesquels passe tout le trafic Internet du Royaume-Uni. Les documents qui ont été révélés montrent que près de 600 millions d’appels sont surveillés chaque jour en se branchant sur plus de 200 câbles en fibre optique;

La même année, les responsables du GCHQ ont exprimé leur admiration pour le Service des renseignements fédéraux allemand (BND) quant à ses capacités technologiques, et déclaré qu’ils avaient « un énorme potentiel technologique et un bon accès au cœur de l’Internet – ils voient déjà certains porteurs [terme qui désigne les câbles en fibre optique] fonctionner à 40 Go/s et 100 Go/s. » Go/s (Gigaoctets par secondes) indique la vitesse de transfert des données.

Les responsables britanniques admireraient le BND parce qu’ils n’ont pas pu surveiller autant de câbles que leurs homologues allemands. En 2012, ils n’étaient toujours capables que de surveiller les câbles à 10 Go/s et cherchaient un moyen de développer la capacité de se brancher sur les nouveaux câbles à 100 Go/s.

L’agence de renseignement du Royaume-Uni a aidé le BND à contourner les lois allemandes qui limitent sa capacité à utiliser cette technologie. L’article duGuardian rapporte : « Nous avons aidé le BND (ainsi que le SIS [sécurité extérieure anglaise] et la sécurité intérieure) à argumenter en faveur d’une réforme ou d’une réinterprétation des lois très restrictives sur les interceptions de communications en Allemagne. »

Le GCHQ loue également la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française et les relations qu’elle a établi avec une compagnie de télécommunications qu’elle ne nomme pas. « La DGSE est un partenaire très motivé, techniquement compétent, qui a fait preuve d’une grande volonté de s’engager sur les questions d’adresses IP [Internet Protocol], et de travailler avec le GCHQ sur une base de « coopération et de partage. »

Les services de renseignements britanniques ont également entraîné des techniciens de la DGSE. Le document affirme, « Nous avons pris contact avec le principal partenaire de la DGSE dans l’industrie, qui a quelques approches innovatrices dans certains défis relatifs à Internet, qui augmentent le potentiel pour le GCHQ d’utiliser cette compagnie dans le secteur du développement des protocoles. » En 2009, les deux agences ont collaboré pour briser des méthodes de cryptage sur le réseau.

LE GCHQ a également collaboré avec le Centre espagnol des renseignements nationaux (CNI), qui pratique une surveillance de masse d’Internet grâce à ses liens avec une compagnie de télécommunications britannique qui n’est pas nommée, leur donnant « de fraîches opportunités et montrant certains résultats surprenants. » D’après la loi espagnole, la capture en masse des communications de manière indiscriminée est illégale.

Le CNI, comme le GCHQ, occupe également une position stratégique pour intercepter et surveiller les appels. Le câble transatlantique Columbus III qui relie la Sicile et la Floride passe par la ville de Conil dans la province de Cadix, il est utilisé par des millions de gens chaque jour.

L’article dit, « le partenaire commercial a fourni au CNI certains équipements tout en nous maintenant informés, ce qui nous a permis d’inviter le CNI à des discussions concentrées sur la question des IP cet automne [2008]. » Il a conclu que le GCHQ « a trouvé un homologue très capable dans le CNI, en particulier sur le terrain des Opérations secrètes sur Internet. »

La même année, le GCHQ a applaudi la nouvelle loi passée par le Parlement suédois qui permet à l’Organisme de défense radio national (Försvarets Radioanstalt - FRA) de surveiller tous les emails et appels téléphoniques qui entrent, sortent ou ne font que passer par la Suède. La nouvelle loi, qui ressemble au programme d’écoutes du gouvernement Bush mis en place en 2001 n’exige pas qu’un mandat soit obtenu pour pratiquer cette surveillance. (Lire en anglais : Swedish government adopts invasive wire-tapping measures).

« Le GCHQ a déjà fourni beaucoup de conseils sur ces questions et nous attendons de pouvoir aider le FRA encore plus une fois qu’ils auront développé un plan pour faire avancer ce travail, » affirme ce rapport.

Le GCHQ maintient également des relations étroites avec les deux agences de renseignements hollandaises, mais « les Hollandais ont certains problèmes législatifs sur lesquels ils doivent travailler avant que leur environnement législatif leur permette d’opérer comme le fait le GCHQ. Nous donnons des conseils juridiques à des avocats hollandais sur la manière dont nous avons réglé certaines de ces questions. »

Toutes les agences de renseignements européennes sont complices de l’espionnage de la NSA, elles fournissent à l’agence américaine de grandes quantités de métadonnées – l’origine des appels, à qui ils sont passés, l’heure et la durée des appels, ainsi que les lieux depuis lesquels ils sont passés.

L’expert en terrorisme Jean-Charles Brisard a déclaré à El Pais, « les Européens ont des capacités qui sont très proches de celles des Américains pour intercepter, mais d’un autre côté, ils n’ont pas les mêmes ressources pour traiter cette information. C’est pourquoi ils transmettent ces données brutes pour qu’elles soient décryptées. »

Alejandro Lopez

Article original, WSWS, paru le 4 novembre 2013

 

Via Les renseignements européens et la NSA collaborent pour espionner en masse la population européenne | Mondialisation

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 10:06

 

Voici deux textes qui offrent un violent contraste, celui des situations qu’ils évoquent. C’est en traduisant le second que j’ai été remuée, très fort. Sans doute parce que je me rendais compte à quel point le contenu du premier à présent nous le recevons comme une sorte d’inéluctable du devenir de cette Europe dans laquelle nous vivons. Alors que le second évoque lui la réalisation concrète de nos rêves d’antan que  la misère étouffe.

En cherchant une traduction adéquate pour les Casa de la Plata, j’en ai vu de multiples exemples, avec des visages heureux de personnes actives et créatrices, auxquels se superposait l’image de tous ceux qui en Espagne, aux USA ou ici en Belgique se retrouvent en cellule, gavés de médicaments qui calment mais ne soignent pas avant d’être jetés sur le trottoir sans soins ni protections… et la mort comme issue.

"les ateliers dans lesquels je peux partager avec mes compagnons, développer mes capacités créatives, explorer mes potentialités et laisser de côté les exigences sociales qui auparavant me faisaient mal"


Cette phrase exprime en quelques mots cette lutte de beaucoup d'entre nous, si riches de potentialités mais qui ne peuvent les exprimer dans les carcans d'éxigences sociales qui font si mal à certains. Ce gaspillage de talents qui conduit vers la mort ou l'exclusion, les plus sensibles et les plus riches d'entre nous qui ont besoin d'affection, de douceur, de protection pour donner le meilleur d'eux-même pour le plus grand bien de tous (sauf les ordures de Profiteurs Sadiques qui n'auront de fin que de s'être accaparé d'un monde dont ils auront détruit la vie et les richesses)

Anne

 

De l’abandon des malades mentaux dans les prisons andalouses

ADPHA/rebelion

 

 

Les administrations compétentes continuent d’ignorer les besoins sanitaires et sociaux des personnes affectées. 

 

 

Les malades mentaux continuent à être placés dans les centres pénitenciers où ils vivant mal la double condamnation, celle d’être malades et celle d’être sans protection dans un lieu qui ne leur correspond pas et qui n’est pas préparé à les héberger.

Des 15 5OO internés andalous, environs 1250 souffrent de troubles mentaux et de la personnalité  graves et 6 200 souffrent de troubles mentaux et de la personnalité. La majorité d’entre eux se retrouvent en prison parce qu’il n’existe aucun autre recours communautaire pour eux, et leur passage dans des ambiances si dures aggrave dans pratiquement tous les cas leurs pathologies. La prison se convertit en un substitut inapproprié pour ces malades face à l’inexistence de recours d’assistance, montrant le grand échec de notre société en cette matière.

Le Gouvernement d’Andalousie n’agit pas de manière à leur prêter une assistance sanitaire, sociale et encore moins de façon à faciliter leur intégration dans la société. L’insuffisance des ressources ne justifie pas de laisser les malades mentaux pourrir en prison. Les ressources se distribuent selon les besoins mais, aux politiques, ces malades importent peu. Le gouvernement s’est engagé à élaborer une enquête et à étudier les modalités d’une intervention efficace et globale, et non comme c’est le cas actuellement où cela se produit pour quelques chanceux et de manière ponctuelle.

L’administration pénitentiaire, du Ministère de l’Intérieur, pour sa part réduit son Budget de dépenses sanitaires et de médicaments en prison de 7,83%.

La moyenne de population recluse concernée est de 1500 à 1800 prisonniers dans chaque prison, pour lesquels il apparait clairement que la seule assistance qu’ils ont est la prescription pharmacologique qui en plus a été restreinte.

La coordination existant entre les deux administrations, services médicaux de la prison et santé mentale du service Andalou de Santé (à part le volontarisme de certains professionnels) continue a être très limitée et celle avec les services sociaux est nulle, ce qui fait qu’à leur sortie de prison les malades sont abandonnés à leur sort ; s’ils ne disposent pas d’un lieu d’accueil et de moyens, ces malades peuvent se retrouver, littéralement, jetés à la rue.

En Andalousie, les ressources socio-sanitaires spécifiques, comme la réhabilitation pour récupérer des capacités de sociabilité et d’insertion sociale et par le travail en régime ambulatoire, les programmes résidentiels, les programmes d’occupation par le travail, les programme de loisirs, ne se dispensent pas aux personnes malades dans les prisons ordinaires (à l'exception du module thérapeutique de Albotole)

La convention de l’année 2006 qui oblige le gouvernement d’Andalousie à travailler à la remise en liberté et à la mise en œuvre des ressources communautaires adéquates n’a jamais été réalisée. Actuellement, la convention, après 5 années, n’est toujours pas appliquée et les ressources communautaires adéquates ne sont ni créées ni prises en compte dans les budgets prévus. Le plus honteux est que toutes les Administrations impliquées et malgré qu’elles soient obligées légalement d’assister ces malades andalous, quand des questions leur sont posées au Parlement concernant les raisons pour lesquels elles n’exécutent pas cette convention, répondent sans aucune pudeur que les prisonniers andalous qui souffrent d’infirmité mentale ne sont pas de leur compétence mais de celle du Ministère de l’Intérieur. Et pour finir de fermer le cercle des dénis de responsabilités, les Institutions Pénitentiaires du Ministère de l’Intérieur répondent que l’attention spécialisée et hospitalière des internés n’est pas de sa compétence mais celle des services de santés de chacune des Communautés Autonomes.

Malgré tout cela, aujourd’hui (1O/1O NdT), journée internationale de la santé mentale, la Conseillère pour l'Egalité, la Santé et des Politiques Sociales, essayera de vendre l’image de tout ce qui est fait pour cette collectivité prioritaire pour son administration.

Asociación ProDerechos Humanos de Andalucía (APDHA)Association pour les Droits Humains d’Andalousie (APDHA)

Version originale en Espagnol

Rebelion. Abandono de los enfermos mentales en las prisiones andaluzas

Traduction Anne Wolff

 

 

 

Histoires de ceux qui ont vaincu l’enfermement et commencent une autre vie.

Un total de 1208 patients de psychiatrie ont été remis en liberté dans la Province de Buenos aires, ce qui leur a permis de commencer une nouvelle vie, comme celles de Marta Morillo et Oscar Zerpa, qui se sont mariés et depuis deux ans vivent ensemble après avoir vaincu l’enfermement.

 

 

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Marta et Oscar ont pu surmonter l’enfermement qu’ils partageaient à l’hôpital Melchor Romero de la Plata, et après deux années de mariage, ils célèbrent aujourd’hui la Journée Mondiale de la Santé Mentale, qui en Argentine depuis mise en application de la loi 26.652 cherche à éviter les internements par les traitements ambulatoires et communautaires des personnes affectées.

 

L’histoire qui se termine par un mariage commence en 2000, quand ils se sont rencontré à la Casa de Pre Alta ( Foyers d’accueil, lieux de convivialité et créativité où les malades mentaux externes ou en passe d’externalisation peuvent tisser des liens et explorer leurs potentialités NdT)  que l’hôpital possède dans la rue 56 de la ville de la Plata, où le couple commença une nouvelle vie.

« Pablo venait me rendre visite deux fois par jour, une fois dans l’après-midi et une autre le soir. Je lui servais chaque fois du café, je ne savais pas que cela lui faisait du mal et lui avait honte de me le dire » raconte Marta qui a 60 ans et qui avec son mari vit dans une pension avec salle de bain privée et cuisine commune.

 

“Nous travaillons tous les jours pour que les internements soient l’ultime recours thérapeutique de santé mentale et pour que les patients se réintègrent dans la société, pour que tombent les murs des enfermements psychiatriques et pour que soient respectés tous leurs droits de citoyens », dit le Ministre de Santé Provincial, Alejandro Collia qui précise que » de l’ensemble des personnes internées en 2012, 70% ressortirent dans la même année »

Selon les données du Ministère de la Santé de Buenos Aires,  1208 personnes furent externalisées et à présent continuent leur traitement de manière ambulatoire, dans des maisons conviviales, des hôpitaux de jours ou des Casa de Pré Alta.

En 2012 des 3600 personnes qui furent internées dans des hôpitaux pour des raisons de santé mentales, 2500 sont sorties au cours  de cette même période.

 

A ce sujet, Collia remarque que depuis la mise en application de la nouvelle loi de Santé Mentale où la santé mentale est reconnue comme bien-être émotionnel, psychique et social et cela permet de mener de l’avant le défi de parvenir à une vie en communauté pour les patients, dans laquelle leurs choix et désirs sont ce qui compte comme dans le mariage de Marta et Oscar.

 

Dans ce contexte, dans la Province de Buenos Aires, la promotion est faite des « Ateliers pour Vivre », qui font partie des programmes pour la réinsertion sociale des patients après qu’ils aient obtenu leur permission médicale de sortie.

« Beaucoup tardent à décider que faire de leur vie quand ils sortent de l’hôpital. Par chance, j’ai trouvé les ateliers dans lesquels je peux partager avec mes compagnons, développer mes capacités créatives, explorer mes potentialités et laisser de côté les exigences sociales qui auparavant me faisaient mal » raconte Jorge Deodato de 32 &ns.



Deodato, après avoir été interné pendant deux ans à l’hôpital Romero, fait partie du Programme de Réhabilitation et Externalisation Assistée (PREA)

 

Il a commencé par vivre plusieurs années dans une maison conviviale partagée avec d’autres patients externes et cette année, par sa propre décision, il a choisi de déménager dans une chambre dans une pension pour vivre seul.

Avec le désir d’aller de l’avant, Jorge se rappelle son passé difficile, alors qu’il était déjà patient ambulatoire de l’hôpital Borda, vivant à la rue et ne désirant, ni n’espérant rien de la vie.

Aujourd’hui il étudie le chant et la guitare et participe à une programme de radio tous les 15 jours dans la Station FM Sud de la Plata,  il suit des formations dans un atelier d’ébénisterie et fait partie d’une association civile (OIKOS) qui s’est fondée à la Casa de la Plata, ou il passe une grande partie de ses journées.

 

Source espagnole :  

Historias de quienes vencieron el encierro y comenzaron otra vida - Télam - Agencia Nacional de Noticias 

Traduction française Anne Wolff

Et pour rappel...

 

 

Deux millions de malades mentaux dans les prisons des villes et des comtés étasuniens

 

 

prison

 

De nombreuses prisons aux USA deviennent des institutions de santé mentale de facto pour un grand nombre de prisonniers qui souffrent de maladies mentales par manque d’alternatives psychiatriques.

Tous les ans plus de deux millions de nord-américains qui souffrent de maladies mentales terminent dans des centres de détention des villes et des comtés. Et d’après les experts, ce nombre augmente encore considérablement qi on prend en compte les prisons fédérales et des états.

Cette situation existe depuis des décennies, depuis que le pays a fermé beaucoup de grands hôpitaux psychiatriques dans les années 70. L’attention médicale des communautés devait se substituer aux hôpitaux, mais rien ne s’est passé comme prévu.

En conséquence : des milliers de malades mentaux ont fini dans la rue, où ils eurent des problèmes et atterrirent dans le seul lieu où on pouvait les conduire : les prisons.

Dans le comté de Los Angeles, le complexe pénitencier « Twin Towers » détient près de 4 000 reclus – une majorité d’entre eux sont considérés comme des malade mentaux, selon ce que déclare un superviseur du Département du Sheriff, interviewé par la National Public Radio (NPR).

Au niveau national, la proportion est encore plus grande. Le Département de Justice des USA dit que jusqu’à 64% des reclus des prisons locales ont des problèmes de santé mentale.

Le département déclare également que de nombreux détenus parmi ceux qui sont identifiés comme ayant des problèmes mentaux graves disent être victimes d’abus sexuels de la part des autres détenus. 3,6 % d’entre eux contre 0,7 pour les internés sans problème de santé mentale.

“Pour certaines personnes, cela vaut parfois mieux que d’être dans la rue » estime le chroniqueur Steve Lopez du Los Angeles Times. « Mais cela ne veut pas dire que la prison est un espace thérapeutique, cela ne veut pas dire que ceci est une politique publique correcte et cela ne veut pas dire qu’il faut trouver cela acceptable ».

La rue est le lieu où aboutissent les malades mentaux une fois qu’ils ont purgé leur peine pour les délits qui les ont conduits en prison. Et une fois qu’ils sont dehors, ils n’ont aucune relation que ce soit avec aucun type de centre de traitement basé dans la communauté » ajoute Lopez.

Dans le complexe pénitencier Twin Tower du centre de Los Angeles, il n’y a que trente lits disponibles pour les cas psychiatriques aigus.

On envisage de construire une nouvelle prison qui n’abriterait que les malades mentaux.

Le coût serait de 1 million de dollars.

 allgov.com

Source espagnole : DDHH: Encarcelados, 2 millones de norteamericanos con enfermedades mentales | CONTRAINJERENCIA

Traduction Anne Wolff

 

 


 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 19:54

 

 

Le chiffre a été rendu public par le journal Vers L’avenir : près de 1 770 000 personnes sont fichées par la police. Un chiffre record. Année après année, la BNG, la « Banque Nationale Générale » de la police n’a pas arrêté de gonfler. Sans réel contrôle.

Axel Bernard

 

Quels renseignements peuvent être fichés par la police ? Pratiquement tout. Y compris les données raciales, les opinions politiques, l’appartenance syndicale.

Les policiers peuvent ficher n’importe quelle personne ou associations. Les renseignements recueillis sont insérés dans un fichier qui centralise toute l’information policière: la Banque de données Nationale Générale (BNG). Lancée après la réforme des polices, la BNG n’a pris son réel rythme de croisière qu’à partir
de 2003. Depuis, le nombre de données enregistrées dans la BNG n’a cessé de croître : de 1 425 904 personnes fichées en 2004 à 1 769 439 en 2012. Soit une personne sur six reprise dans les fichiers policiers, qui rassemblent aussi des informations sur des milliers d’organisations (11 547 organisations étaient fichées en 2007) et des millions de faits.

2004

2006

2012

1 425 904

1 644 435

1 769 439

Source : rapport annuel du Comité P 2006 + Vers l’avenir pour les chiffres de 2012

Comment expliquer un tel nombre ?

« Quand on est dans cette base, ce n’est pas pour des broutilles », expliquait Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur (cdH). Pourtant, pour être repris dans les fichiers de la police, nul besoin d’être un délinquant. La loi n’exige qu’une condition : le fichage doit présenter “un intérêt concret” pour l’exécution des missions de police (par exemple pour le maintien de l’ordre dans des manifestations ou dans le cadre d’enquêtes judiciaires). L’information ne doit pas en elle-même être concrète. Il suffit qu’elle soit jugée intéressante par  un policier. A titre d’illustration, des informations données par des indicateurs ou de simples rumeurs peuvent être reprises dans la BNG.

Les dérives ont été soulignées à plusieurs reprises par le Comité P (l’organe de contrôle des services de police). Dans son rapport annuel 2003, le Comité Permanent P indique avoir constaté dans plusieurs dossiers que l’information obtenue est utilisée un peu trop à la légère. « Dans un cas précis, il s’agissait d’une personne qui aurait été porteuse du virus
du sida et aurait eu l’intention de contaminer les fonctionnaires
de police lors d’une intervention policière éventuelle. Il est ressorti de l’enquête menée par le Comité Permanent P et par l’Organe de contrôle que l’information enregistrée reposait uniquement sur des rumeurs verbales, qu’il n’y avait aucune justification judiciaire ou administrative, que l’information reçue n’avait pas été évaluée de manière approfondie et qu’il n’y avait pas d’intérêt concret. » Le rapport poursuit: « Sur la base de ce dossier et d’autres, le Comité Permanent P a l’impression que les fonctionnaires de police ne se rendent pas toujours compte que la collecte d’informations constitue en partie une intrusion dans la vie privée des personnes, particulièrement s’il s’agit d’informations sensibles ». Ce constat a été répété année après année par le Comité P au point de le voir regretter le manque de contrôle préventif et de plaider « pour que l’on intervienne sévèrement (sur le plan pénal, administratif ou disciplinaire) à l’égard des requêtes de données effectuées sans y avoir d’intérêt concret. »

Quels renseignements peuvent être fichés par la police ?

Pratiquement tout. Y compris les données raciales ou ethniques, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques, l’appartenance syndicale ou la vie sexuelle d’une personne (voir par exemple les données reprises dans le fichier de la police de Schaerbeek envoyée à la Commission de la Protection de la Vie Privée). Le traitement de ce type de données est en principe interdit mais pas pour la police. L’existence de fichiers purement politiques au sein de la police a été rendue publique en mai 2005 lorsque la presse révéla la tenue par
la police fédérale d’Anvers d’un fichier politique de 172 organisations et 116 personnes considérées par elle comme « extrémistes ». Des organisations comme Gaia, la Ligue humaniste, Indymedia, l’organisation pacifiste Vaka, le Bond Beter Leefmilieu, le Davidsfonds, le Parti du travail de Belgique, Médecine pour le peuple, le Front antifasciste, l’Association des travailleurs turcs, l’Union des mosquées et associations islamiques d’Anvers, et même Hare Krishna s’y retrouvaient. Les différents responsables de ces organisations étaient inscrits sur cette liste, avec leur lieu habituel de rencontre, leur numéro de GSM, leur adresse, leur site Internet de référence ainsi que leur tendance philosophique, idéologique ou politique.

Le citoyen fiché est sans recours

Cette intrusion dans la vie privée est d’autant plus grande qu’il n’existe aucune possibilité effective pour le citoyen de vérifier directement les renseignements recueillis sur lui et d’y apporter des corrections. Le citoyen
qui voudrait savoir s’il existe des informations le concernant est sans pouvoir.
Il ne peut directement avoir accès aux données policières. Il ne pourra que s’adresser à la Commission de protection de la vie privée afin qu’un contrôle soit exercé. Cette Commission n’a elle aussi aucun droit direct de vérification. Elle s’adresse aux personnes de contact qui lui sont désignées par la police qui examinera seules s’il doit ou non être fiché et s’il faut éventuellement rectifier les renseignements repris. Au bout de ce processus, le citoyen qui l’aura sollicité obtiendra une réponse lacunaire: « Les vérifications nécessaires ont été effectuées. »

Est-il repris dans la BNG? Quels sont les renseignements recueillis? Est-ce que ces renseignements présentaient un intérêt concret pour les missions de police? Est-ce que des données erronées existaient? Y a-t-il eu des rectifications? Le citoyen n’en saura rien. 
La police veille pour lui ...

 

Source Une personne sur six fichée par la police

Via Mes coups de coeur

 


 

Un aspect des choses qui n’est pas évoqué dans cette histoire, c’est la manière dont sont recrutés de nombreux indicateurs et avec quelles conséquences. Une personne a fait une connerie ou quelque chose de plus grave et on lui propose de passer l’éponge, voire de la payer pour donner des renseignements. Beaucoup de ceux qui acceptent pensent pouvoir s’en tirer en racontant un peu n’importe quoi, les plus perfides en chargeant des personnes avec qui ils sont en contentieux…

Ce qui fiche (-) un sacré bordel dans les données et les fichages qui en résultent.

On remarquera aussi que le fichage massif n’a rien de nouveau. Et qu’il y a longtemps que nous devrions nous en inquiéter, même si on a « rien à se reprocher », ce qui est mon cas, cette intrusion dans nos vies privées et nos intimités est inadmissible, et ses pratiques implique une rupture des toiles de convivialité par les double jeux joués par certains.

Quand on sait que certains indicateurs vont jusqu’à faire des enfants avec leur cibles, on se rend compte à  quel point notre société est malade de surveillance et de contrôle.

« Rien à se reprocher » aujourd’hui prend de drôle de connotations, puisque toute forme de pensée qui constitue et propose des alternative est aujourd’hui criminalisée ou apparentée à une maladie mentale. Pas besoin d’enfreindre la loi, ou de transgresser les impératifs de sa conscience. Cela s’appelle totalitarisme.  Et c'est innacceptable !

Anne

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:37

 

 

Après la chasse aux communistes, les Etats-Unis se lancent dans la traque aux écologistes

Par Simon Gouin (1er octobre 2013)

Le FBI lui a proposé d’infiltrer son groupe militant. Il a décidé d’écrire un livre sur la chasse aux « éco-terroristes ». Dans Green is the New Red, pas encore publié en France, le journaliste étasunien Will Potter dénonce l’utilisation du qualificatif « terroriste » appliqué abusivement à des militants écologistes. Certains ont été lourdement condamnés depuis le 11 septembre 2001. Il pointe également le lobbying de plusieurs entreprises pour renforcer cette répression. Un air de déjà vu : c’était dans les années 1950, la menace était Rouge. Aujourd’hui, elle est verte. Entretien.

Basta ! : Comment avez-vous commencé à travailler sur l’éco-terrorisme ?

Will Potter : Je couvrais l’actualité chaude et les homicides pour le Chicago Tribune. Je devais traiter les meurtres en interviewant les familles. Cela me laissait avec des idées noires ! C’était un super travail mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’impact positif sur le monde. A l’université, j’avais côtoyé de nombreux mouvements de justice sociale. J’ai donc décidé de m’y investir. J’ai commencé en distribuant des tracts contre une entreprise qui teste des produits sur les animaux, Huntingdon Life Sciences. Je pensais que c’était un engagement sans danger, qui me permettait de continuer de travailler sans problème comme journaliste. Mais nous avons tous été arrêtés et accusés de « conduite contraire aux bonnes mœurs » (disorderly conduct) ! Ces charges ont bien sûr été abandonnées, mais quelques jours plus tard, deux agents du FBI me rendaient visite, chez moi. Ils m’ont expliqué qu’à moins que je ne devienne un informateur, que j’infiltre les groupes de défenses des droits des animaux, ils allaient me mettre sur la liste des terroristes intérieurs (vivant sur le territoire états-unien, ndlr).

Cela m’a fait très peur, et j’en ai eu honte. C’est arrivé un an après les attaques du 11 septembre et je n’avais encore aucune idée du pouvoir du FBI dans les affaires de terrorisme. Comme cela a-t-il pu arriver ? Comment quelqu’un qui distribue des flyers peut-il être considéré comme terroriste ? Ces questions m’ont obsédé. Le temps s’est écoulé, et quelques-uns de mes bons amis se sont retrouvés dans des procès, accusés de terrorisme. Je me suis de plus en plus impliqué sur ce sujet, prenant la parole contre la restriction des libertés civiles aux États-Unis.

Qu’ont fait vos amis pour être accusés de terrorisme ?

L’activiste Tim DeChristopher, par exemple, a été condamné à deux ans de prison pour désobéissance civile. Une condamnation plus dure que celles de personnes qui ont brûlé des églises ou menacer des leaders noirs. Son crime : avoir procédé à des offres lors d’une vente aux enchères de baux de pétrole ou de gaz, où des terres publiques étaient mises en vente à des entreprises. Tim n’avait pas l’argent pour acheter ces terres. Mais il avait décidé de participer aux enchères dans le but de les gêner et d’attirer l’attention sur la destruction environnementale qu’elles allaient provoquer. Cette mise aux enchères a ensuite été considérée comme illégale par une court fédérale. Mais Tim DeChristopher a été envoyé en prison.

Quels sont les moyens utilisés pour lutter contre ceux considérés comme des « terroristes » écolos ?

Comme à l’époque de la Peur Rouge [plus connu en France sous le nom de maccarthysme, du nom du sénateur Joseph McCarthy, initiateur d’une brutale politique anticommuniste dans les années 50, traquant les communistes, leurs sympathisants ou supposés tels, ainsi que les homosexuels, ndlr], leurs stratégies relèvent de trois domaines : juridique, législatif et un troisième que j’appelle extra-juridique, ou de diffusion de la peur. Les tribunaux sont utilisés pour élargir la notion de « terrorisme » et condamner des activistes à des amendes ou des peines de prisons disproportionnées. Le mot terroriste est utilisé très tôt, pour orienter l’opinion publique contre les accusés, avant même qu’ils n’aient posé les pieds au tribunal. En parallèle, certaines entreprises et des politiques font du lobbying pour que les nouvelles lois aillent encore plus loin. Le dernier élément – la diffusion de la peur – est peut être le plus dangereux. Les stratégies actuelles – campagnes de presse, publicités, langage diabolisant ces activistes... – exploitent la peur et promeuvent une incarcération toujours plus fréquente de ces militants !

Sur quelles lois s’appuient les autorités ?

D’abord l’Animal Enterprise Protection Act, adoptée en 1992, puis renforcée en 2006 pour devenir l’Animal Enterprise Terrorisme Act. Cette loi a initialement permis d’envoyer dans une prison fédérale six militants qui s’opposaient à une entreprise utilisant les animaux pour des expérimentations. Leur campagne « terroriste » utilisait-elle de l’anthrax ? Des bombes artisanales ? Ont-ils fomenté un complot pour faire exploser un avion ? Non ! Ils éditaient un site web sur le sujet, avec des articles sur la campagne, sur des actions légales comme des manifestations, et sur des actions illégales, comme le vol d’animaux de ces laboratoires. Ils n’ont jamais été accusés d’avoir « cambriolé » un laboratoire : ils ont simplement soutenu ce genre d’actions sur leur site Internet. Le but de ces efforts législatifs n’est pas seulement de voter de nouvelles lois, mais aussi d’utiliser les auditions du Congrès comme une scène médiatique afin de modifier les perceptions que le public a de ces mouvements.

L’Animal Enterprise Terrorisme Act permet désormais de considérer comme terroristes des militants non-violents. Avant l’adoption de cette loi, vous avez été invité à témoigner devant le Congrès....

Lors de cette audience, j’ai prévenu que la nouvelle loi criminaliserait la désobéissance civile non-violente ainsi que les « enquêteurs infiltrés ». J’ai aussi dit qu’elle devait être rejetée à cause de l’utilisation du mot « terrorisme », qui instille la peur au quotidien, dans la population, puisque chacun peut désormais être listé comme terroriste s’il manifeste. Pour moi, cette loi est anticonstitutionnelle puisqu’elle paralyse la mise en place du Premier amendement [relatif à la liberté d’expression, la liberté de la presse ou le droit à s’« assembler pacifiquement », ndlr]. Malheureusement, cette loi est passée !

Quels sont les objectifs de cette répression ?

En diffusant la peur parmi la population, cette répression vise à décourager la dissidence et l’opposition. L’objectif est de bâillonner un mouvement social grandissant, concret, qui menace les profits des entreprises. Ces stratégies ont été utilisées depuis de nombreuses années. Elles se sont intensifiées depuis le 11 septembre. Le jour des attaques du World Trade Center, des politiques prétendaient publiquement que leurs auteurs pouvaient être des éco-terroristes ! Cette rhétorique terroriste a été immédiatement utilisée et étendue aux activistes politiques afin de défendre les priorités des entreprises.

Quelles entreprises soutiennent les lois contre « l’éco-terrorisme » ?

Ce sont quelques-unes des plus puissantes industries de la planète. Par exemple, l’Animal Enterprise Terrorism Act a été soutenu par les industries de la viande et des produits laitiers, l’industrie pharmaceutique (Pflizer ou GlaxoSmithKline), celle des animaux de compagnies, les producteurs de fourrures, et de nombreuses autres entreprises privées.

Peut-on estimer le nombre d’actions menées par ces militants écologistes et les destructions qu’ils ont provoquées ?

C’est difficile. Le FBI recense plus de 600 actes d’ « éco-terrorisme » criminels, aux États-Unis, depuis 1996. Ce qui aurait provoqué plus de 43 millions de dollars de dommages.

Peut-on vraiment comparer cette répression des militants écologistes au maccarthysme et à la chasse aux communistes, dans les années 1950 ?

La comparaison entre le climat politique actuel et la menace rouge à l’époque de la guerre froide est particulièrement utile pour identifier les stratégies utilisées dans cette campagne. Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas identique ou pire que la Peur Rouge, ni que ce que les personnes musulmanes ou arabes vivent depuis le 11 septembre 2001. Mais ces événements actuels ont besoin d’être compris dans un contexte historique. Tout au long de l’histoire des États-Unis, des campagnes coordonnées ont été menées pour viser et réprimer les voix dissidentes. La plus forte d’entre elles fut celle de la Peur Rouge. Pour beaucoup d’Américains, de tous bords politiques, ce terme signifie utiliser la peur pour mettre en avant des idées politiques. C’est une ère sombre de notre histoire. Des vies ont été ruinées, des libertés gelées, au nom de la sécurité nationale. Il existe d’étranges parallèles entre la Peur Rouge et la Peur Verte, notamment avec ces tactiques utilisées par les entreprises et les politiques pour instiller la peur et faire taire les dissidents.

A-t-on assisté à un changement avec Barack Obama ?

Non. Le président Obama refuse de prendre position contre ces politiques, même si en tant que Sénateur, il s’y était opposé.

Quelles sont les conséquences de ces politiques sur les militants écologistes ?

Ces politiques ont créé un fort sentiment de peur parmi les communautés de militants. Mais elles n’ont pas stoppé ces mouvements. Les militants ont appris de ces tactiques de répression, et se battent donc contre elles. Nous assistons à une résurgence de la désobéissance civile, au sein des mouvements environnementaux.

Comment pensez-vous que cette répression évoluera ?

Elle s’intensifiera, cela ne fait aucun doute, particulièrement quand la crise climatique s’accentuera et quand les mouvements environnementaux continueront de croître. C’est pourquoi il est impératif de dévoiler ces stratégies, et de pointer les entreprises qui les soutiennent, afin de défendre le droit de manifester.

Propos recueillis par Simon Gouin

Photos : une / CC Katerkate - DR

Le site Internet de Green Is The New Red

 

Source : Après la chasse aux communistes, les Etats-Unis se lancent dans la traque aux écologistes - Eco-Terrorisme - Basta !

Via : Mes coups de coeur 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 15:50

http://pagedesuie.files.wordpress.com/2013/09/fichage-c3a9coles.jpg

En Belgique, à force d’être les premiers en matière d’innovation… on risque bien de devenir les dindons de la farce. En effet, de nombreux parents belges ont eu la désagréable surprise lors de la rentrée scolaire 2013, de découvrir un curieux gadget électronique – un de plus – dans l’école de leurs enfants. De quoi s’agit-il? Du scanner digital de présence scolaire que la firme flamande i-School & i-Scan a réussit à refourguer à une trentaine d’établissements scolaires peu regardant sur la notion de vie privée de leurs élèves. Ouais… trente à quarante crétins ayant la direction d’établissements primaires et secondaires ont jugé bon d’introduire ce… truc, dans la vie des gamins! Et selon le site de la dite société, cela ne semble pas dater d’hier puisque les premiers reportages sur les TV locales flamandes datent de… février 2011!

C’est vrai quoi, autant les habituer dès le plus jeune âge à être fiché, non, NON..?

Et le stade suivant, ce sera quoi? L’obligation du fichage ADN après trois remarques au journal de classe? Le plus "marrant" étant la réaction de ce Pol Valck – iSchool & iScan – , qui reconnaissant que l’installation de ces foutus systèmes iScan ne se fait pas toujours "dans la sérénité", n’hésite pas en parlant des parents récalcitrants, à déclarer: "Il y a quelques mois, des parents ont même soutenu que ces scanners étaient "traumatisants" pour leurs enfants. J’appelle ça un comportement de soixante-huitards". Faut admettre que ce con a du culot quand même, car pour rappel, même en Belgique – selon la Commission de la protection de la vie privée – le recours aux empreintes digitales n’est autorisé que lorsqu’il est hautement justifié. Tu parles..!

Un truc effarant c’est que ce soit une société privée qui gère ce système à la base, et qui donc possèdera – possède déjà – les données privées de ces enfants/adolescents… assorties de leurs empreintes digitales!  Ça devrait valoir cher d’ici peu ce genre de données il me semble, car si ce système se généralisait, en quelques années ce serait tous nos enfants qui verraient leurs empreintes stockées à la merci d’un hacker astucieux, d’une firme peu scrupuleuse… ou d’un gouvernement "autoritaire" pré-fascisant. Mais notre brave ministre de l’intérieur Joëlleke a bien d’autres chats à fouetter avec tous ces dangereux jeunes qui vont en Syrie… CA c’est prioritaire môssieur, rien à battre de la vie privée des citoyens…

Voici quelques photos de propagande tirées du site de i-School & i-Scan… édifiant.

 

Iscan for our children

Iscan for our children2

 

 

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux"

"Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.
Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.
Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité, et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste.
Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie.
Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe: on diffusera massivement, via la télévision, des informations et des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprit avec ce qui est futile et ludique.
Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté."
Aldhous Huxley

———————————————–

Petit clin d’œil en passant à tous nos grands "journalistes" qui se contentent bêêêêêêtement de reproduire sans en changer un iota – et souvent sans vérifié – , la dépêche de l’agence Belga. Il suffit de voir sur le net et dans les journaux, tous les "articles" sur ce sujet son identiques, quelque soit la ligne éditoriale du média… affligeant de bêêêêtise!!

Source :

 

Julie, 6 ans. Déjà fichée et pas encore coupable… | Page de suie

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 20:40

 

 

 

Deux millions de malades mentaux dans les prisons des villes et des comtés étasuniens

 

 

prison

 

 

De nombreuses prisons aux USA deviennent des institutions de santé mentale de facto pour un grand nombre de prisonniers qui souffrent de maladies mentales par manque d’alternatives psychiatriques.

Tous les ans plus de deux millions de nord-américains qui souffrent de maladies mentales terminent dans des centres de détention des villes et des comtés. Et d’après les experts, ce nombre augmente encore considérablement qi on prend en compte les prisons fédérales et des états.

Cette situation existe depuis des décennies, depuis que le pays a fermé beaucoup de grands hôpitaux psychiatriques dans les années 70. L’attention médicale des communautés devait se substituer aux hôpitaux, mais rien ne s’est passé comme prévu.

En conséquence : des milliers de malades mentaux ont fini dans la rue, où ils eurent des problèmes et atterrirent dans le seul lieu où on pouvait les conduire : les prisons.

Dans le comté de Los Angeles, le complexe pénitencier « Twin Towers » détient près de 4 000 reclus – une majorité d’entre eux sont considérés comme des malade mentaux, selon ce que déclare un superviseur du Département du Sheriff, interviewé par la National Public Radio (NPR).

Au niveau national, la proportion est encore plus grande. Le Département de Justice des USA dit que jusqu’à 64% des reclus des prisons locales ont des problèmes de santé mentale.

Le département déclare également que de nombreux détenus parmi ceux qui sont identifiés comme ayant des problèmes mentaux graves disent être victimes d’abus sexuels de la part des autres détenus. 3,6 % d’entre eux contre 0,7 pour les internés sans problème de santé mentale.

“Pour certaines personnes, cela vaut parfois mieux que d’être dans la rue » estime le chroniqueur Steve Lopez du Los Angeles Times. « Mais cela ne veut pas dire que la prison est un espace thérapeutique, cela ne veut pas dire que ceci est une politique publique correcte et cela ne veut pas dire qu’il faut trouver cela acceptable ».

La rue est le lieu où aboutissent les malades mentaux une fois qu’ils ont purgé leur peine pour les délits qui les ont conduits en prison. Et une fois qu’ils sont dehors, ils n’ont aucune relation que ce soit avec aucun type de centre de traitement basé dans la communauté » ajoute Lopez.

Dans le complexe pénitencier Twin Tower du centre de Los Angeles, il n’y a que trente lits disponibles pour les cas psychiatriques aigus.

On envisage de construire une nouvelle prison qui n’abriterait que les malades mentaux.

Le coût serait de 1 million de dollars.

 allgov.com

Source espagnole : DDHH: Encarcelados, 2 millones de norteamericanos con enfermedades mentales | CONTRAINJERENCIA

Traduction Anne Wolff

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 15:10

 

 

 

L’absurdité n’a plus de limites. Les SAC - le dispositif des sanctions administratives communales (SAC) permet de sanctionner directement les incivilités par le biais d’amendes. Un très mauvais délire, qui réglemente les comportements de manière le plus souvent abusive, voir cet article Les amendes les plus absurdes - Belgique - Actualité - LeVif.be  qui nous donne quelques exemples dont certains sont on ne peut plus farfelus, mais qui coûte cher tout de même…

Voir aussi :

La jeunesse est en danger, la démocratie est en danger... et c’est l’Etat qui les met en danger !!! | lachroniqueparlementaire.be (Christine Mahy)

Chaque jour ou presque, j’apprends quelque règlement intrusif et absurde nouveau qui va dans le sens d’une uniformisation de nos comportements y compris les plus anodins. Voici un exemple édifiant, alors que certaines communes récompensent les habitants des maisons les plus joliment fleuries d’autres sanctionnent le moindre pot de fleur posé sur la voie publique. Il y a donc également une inégalité croissante des Belges devant la loi, puisque selon nos lieux de résidences, la nature et le degré de nos libertés sont variables…

 

SAC :: « J’appelle les Schaerbeekois à fleurir la commune »
Service de presse du PTB

 

 

Une Schaerbeekoise habitant rue des Azalées risque une sanction administrative communale (SAC) pour avoir placé des plantes vertes devant sa maison. 

Le PTB-Schaerbeek, par l’entremise de son conseiller communal, Axel Bernard, a décidé de réagir.

Le conseiller communal schaerbeekois du PTB, Axel Bernard, a décidé d’installer un pot de fleurs devant chez lui avec une pancarte : « Ceci est un acte de désobéissance civile contre les sanctions administratives communales » (voir la photo jointe).

Le PTB Schaerbeek appelle les citoyens schaerbeekois à placer également un pot de fleurs ou une plante verte devant chez eux avec le même message. «J’appelle les Schaerbeekois à fleurir la commune. Cela permettra de dénoncer l’arbitraire qui découle des sanctions administratives communales tout en fleurissant notre commune dirigée par le FDF, le cdH et Ecolo », explique Axel Bernard.

« En sanctionnant la présence d’un pot de fleurs, la commune de Schaerbeek se voit attribuer la palme d’or des absurdités sanctionnées par les communes. Loin devant Termonde, qui considère le lancer de boules de neige comme une incivilité à sanctionner, ou Deinze, où ramasser les confettis lors du défilé de carnaval est passible de sanctions », dénonce Axel Bernard.

 « Considérer une plante verte devant chez soi comme une incivilité est un des nombreux exemples de l’arbitraire des SAC, rajoute le conseiller communal. Avec les SAC, les communes sont juge et partie : elles déterminent quels comportements sont incivils, sanctionnent et reçoivent les recours. Et plus les communes sanctionnent, plus l’argent rentre. L’arbitraire est donc inévitable. » 

 

Source: SAC :: « J’appelle les Schaerbeekois à fleurir la commune »

Via : Mes coups de coeur

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 20:29

 

 



A l’occasion de son passage en France, Angela a rencontré la presse à plusieurs reprises. Ci-dessous l’entretien accordé à Télérama du 3 avril

Angela Davis en quelques dates

1944 Naissance à Birmingham, en Alabama.

1969 Renvoi de l’université de San Diego, où elle enseignait la philosophie.

1970 Accusée de meurtre, enlèvement et conspiration, elle sera acquittée en 1972.

1981 Parution de son livre : Femmes, race et classe.

1997 Fait son coming out.

1998 Cofonde Critical Resistance, ONG militant pour l’abolition de la prison.

A 69 ans, l’égérie américaine de la contestation n’a rien perdu de sa pugnacité. Plus que jamais, elle veut la peau du système carcéral et de son juteux business

Bien sût•, les années ont passé. Angela Davis, 69 ans, n’a plus son mythique casque afro et n’enchaîne plus les gauloises sans filtre. Mais, pour le reste, tout est là, intact, la beauté de son visage, la présence forte et sereine, la détermination, la radicalité de son discours. Et la bienveillance souriante dont elle ne se départ jamais pour continuer à rêver, en « éternelle révolutionnaire », à la fin du capitalisme et, surtout, pour évoquer l’un des grands combats de sa vie : la dénonciation du système carcéral et de son racisme, un combat né au cœur des années 1960, quand elle devient icône des Black Panthers, mouvement d’émancipation des Noirs américains : renvoyée de l’université pour appartenance au PC, elle est soupçonnée d’avoir aidé à l’évasion de prisonniers politiques noirs. En fuite, elle figure parmi les dix criminels les plus recherchés par le FBI, est incarcérée puis acquittée au terme d’une vaste campagne de solidarité internationale. Rencontre intense à l’occasion de la sortie d’un documentaire qui lui est consacré, Free Angela and all political prisoners.

Qu’avez-vous éprouvé en découvrant Free Angela ?

Un mélange d’émotion, de nostalgie, d’embarras – quelle fumeuse compulsive j’étais... J’ai aussi eu de vraies surprises car je continue à découvrir des informations sur ma propre vie. Beaucoup de choses m’ont échappé quand j’étais en prison. Grâce à Shola [Shola Lynch, la réalisatrice, NDLR], qui a recueilli le témoignage d’un des agents fédéraux qui m’ont arrêtée, j’ai enfin compris comment le FBI m’avait retrouvée.

Cela dit, reprendre le fil de son histoire, se confronter à sa jeunesse, c’est un processus que tout le monde expérimente, un jour ou l’autre. La différence, c’est que je le fais avec et devant tout le inonde (rires) !

Proche des Black Panthers, vous en êtes devenue le symbole, l’icône d’une époque. Cette personnalisation vous a-t-elle pesé ?

J’ai mis longtemps à m’y faire, je n’ai jamais aimé être devant les caméras. Et je ne me suis jamais vue comme quelqu’un de « spécial ». Je me suis juste retrouvée au cœur de formidables mouvements qui se sont propagés à travers le monde, et j’en ai bénéficié. L’attention s’est focalisée sur moi mais ça aurait pu être sur quelqu’un d’autre, je l’ai toujours interprété comme un accident historique.

Il n’y avait pas tant de femmes noires universitaires membres des Black Panthers et du Parti communiste...

C’est vrai, tous ces éléments se sont combinés, à un moment particulier où des millions de gens à travers le monde espéraient et militaient pour un bouleversement révolutionnaire. C’est grâce à cette mobilisation internationale que mon nom a fini par être connu et que j’ai pu être sauvée. Sans cela, j’aurais pu rester derrière les barreaux. J’en suis parfaitement consciente, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais cessé de travailler sur les prisons, sur les prisonniers politiques, sur la justice sociale.


Que reste-t-il de ces luttes, de l’héritage des Black Panthers, quarante ans plus tard ?

La révolution dont nous rêvions n’a pas eu lieu. Mais le monde a changé, notamment grâce à la contribution des Black Panthers, des communistes. Alors que beaucoup croyaient qu’il serait impossible de lutter contre les forces réactionnaires de l’époque, le trio Nixon-Reagan-Hoover, nous avons gagné parce que des citoyens du monde entier se sont unis.

L’internationalisme a été capital. De même que les liens entre les luttes. Nous nous battions pour plus de justice aux Etats-Unis, mais aussi dans le monde. Le Black Power était très lié au refus de la guerre au Vietnam, à la solidarité avec la révolution cubaine... Nous avions aussi de grands débats sur les inégalités entre femmes et hommes. Ces combats sont toujours porteurs de promesses. C’est pourquoi j’ai accepté ce documentaire : peut-être pourra-t-il inciter les jeunes générations à s’engager collectivement, en leur montrant qu’il y a quarante ans, le peuple a triomphé.

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui les mouvements Occupy n’aient pas triomphé, alors que les raisons de contester le capitalisme financier sont plus fortes que jamais ?

J’ai visité les campements de Philadelphie, New York, Oakland et Berlin. J’ai vu une mobilisation exceptionnelle : qu’ils soient riches ou pauvres, blancs ou noirs, des milliers de citoyens ont vécu ensemble, et comme une communauté de résistants. Ils ont travaillé collectivement sur un conflit, sur des thématiques extrêmement diverses comme la gestion de la sécurité collective sans police, la violence sexuelle, le réchauffement climatique... Les campements ont beau avoir disparu, cet activisme est lui toujours bien présent. Reste que, pour le moment, ce mouvement n’a pas réussi à constituer un contre-pouvoir suffisamment puissant pour obliger le gouvernement à le prendre en compte.

Que manque-t-il aux Indignés des années 2010, par rapport à leurs aînés des années 1960 et 1970 ? Les citoyens disposent pourtant des outils les plus sophistiqués pour mobiliser : Internet, les réseaux sociaux…

Nous tenons pour acquis que la communication est facile et qu’il suffit d’un clic pour mobiliser des masses de gens. Mais on confond mobiliser et organiser. Ce sont deux choses totalement différentes, et les jeunes générations sont en train de le comprendre.
Le défi consiste à travailler dans la durée, sans faiblir. Les victoires politiques ne s’obtiennent pas en une journée de mobilisation, aussi spectaculaire soit-elle. Prenons l’exemple des crimes racistes : des Américains se sont mobilisés en masse après l’assassinat de Trayvon Martin, cet adolescent noir tué par un vigile. Pourquoi ont-ils relâché leur campagne contre la violence raciste dès que ce vigile a été arrêté ? Il reste beaucoup de travail en matière d’éducation politique.

Pensez-vous être encore une référence politique auprès des jeunes Noirs américains ?

Peu importe qu’ils me connaissent ou pas. Je ne suis plus forcément une référence contemporaine, même s’il reste encore beaucoup d’imagerie, d’esthétique autour des Black Panthers, dans le mouvement hip-hop, par exemple.

L’esthétique l’a emporté sur le politique ?

C’est ce qui arrive dans beaucoup de mouvements : au moment où ils émergent, il y a souvent un message politique, et la culture est bien sûr un puissant moteur de mobilisation. Mais c’est insuffisant. Il faut reconnaître que nous n’avons pas aujourd’hui l’équivalent des mouvements de masse des années1960 et 1970, à commencer par le mouvement des droits civiques. L’idéologie dominante a réussi à faire croire que nous étions dans une société post-raciale et que les luttes faisaient partie du passé. Ce qui est totalement faux.

Pourtant, les Américains viennent de réélire Barack Obama, qui s’identifie à une tradition radicale de lutte en faveur des droits civiques ?

Sa première élection a représenté une victoire et une promesse. Mais il n’a pas changé le monde, comme certains s’y attendaient. Je pensais au moins qu’il fermerait Guantânamo, comme promis. Certes, nous avons élu Obama, et les Noirs comptent de plus en plus de décideurs politiques et économiques, ce qui était inimaginable il y a quarante ans. Mais les Noirs américains n’ont jamais été autant frappés par la pauvreté, l’illettrisme, la violence... bref, par le racisme. N’oublions pas que c’est sous Obama que Trayvon Martin a été assassiné, ou que, le mois dernier, un autre adolescent, Kimani Gray, a été tué par la police à Brooklyn.

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L’une de mes étudiantes vient d’effectuer une recherche sur le lynchage. Elle a notamment travaillé sur la fameuse intervention de Clint Eastwood à la convention républicaine de Tampa, en Floride, pendant la dernière présidentielle, au cours de laquelle il a adressé des reproches à une chaise vide, comme s’il parlait à Obama. A la suite de ce soliloque, nous avons eu droit à des « lynchages de chaises » : partout dans le pays, des chaises ont été pendues à des arbres...

Il faut en tout cas l’aborder de façon moins simpliste qu’il y a quarante ou cinquante ans, car il est nettement plus structuré, moins explicite. Il se traduit dans les chiffres du chômage et des sans-abri parmi les Noirs, l’état des écoles dans les communautés noires... Après la guerre de Sécession, on a cru qu’il suffisait d’abolir l’esclavage pour que justice soit faite, et pourtant les fantômes de l’esclavage sont encore parmi nous. Il y a actuellement plus de Noirs dans les prisons et sous contrôle de l’appareil judiciaire qu’il n’y avait d’esclaves en 1850.

Nous manquons d’un vrai débat public sur la manière dont le racisme a contribué à l’expansion des prisons aux Etats-Unis, et dont la punition et la privation de liberté ont toujours été des armes historiques chez nous, y compris sous Obama. De même que nous ne faisons pas assez le lien entre les violences institutionnelle, policière, militaire, sexuelle et domestique. Ces interconnexions sont essentielles si l’on veut comprendre pourquoi les individus pensent qu’il est normal d’avoir recours à la violence.

Pourquoi la question de la prison est-elle aussi cruciale pour vous ?

Parce que nous sommes face à l’une des faillites majeures de notre démocratie. Les Etats- Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde ! Un adulte sur trente-sept est incarcéré ou sous contrôle judiciaire, selon le Pew Research Center. J’y vois le résultat du capitalisme global et du démantèlement de l’État providence. La santé et l’éducation ont été privatisées, les services sociaux détruits, il n’y a pas assez de travail pour tous et les Américains sont confrontés à des problèmes majeurs de logement : résultat, un nombre croissant de citoyens n’a plus accès à rien. La prison devient la solution pour gérer ces populations. Pis encore, nous en avons fait un véritable « complexe carcéral industriel », en pleine expansion.

De quoi s’agit-il précisément ?

Il faut cesser de considérer les prisons indépendamment du reste de la société et de l’économie. Elles sont au cœur du système capitaliste contemporain. Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur profitable.

Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers.

- L’industrie alimentaire d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants.

- L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour « otimiser leur coût de fonctionnement », au Chili, au Royaume-Uni, en France.

- L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple.

Et puis, on compte de plus en plus de prisons privées, qui appartiennent à des groupes comme Corrections Corporation of America, la plus grosse entreprise du secteur, cotée en bourse, ou GEO Group, qui vient de sponsoriser le stade de football d’une université en Floride. La preuve que la prison n’est plus un outil d’ajustement des problèmes sociaux, mais un moyen de gagner de l’argent. Et de gérer une population en surplus, qui n’a plus sa place dans la société capitaliste.

En même temps, il y a un consensus sur le bien-fondé de la prison en Occident.

Mais ça change. En 2011, la Cour suprême a même ordonné la libération de 40.000 prisonniers en Californie, ce qui prouve bien qu’au sein du système certains sont conscients de son absurdité. Nous sommes de plus en plus nombreux à dire que les Etats-Unis sont devenus un « Etat-prison », moins préoccupé par l’amélioration des conditions de vie que par la prospérité de l’industrie carcérale. Un pays où, dans les communautés les plus pauvres, les écoles sont équipées de détecteurs de métaux et ressemblent de plus en plus à des prisons.

Pourquoi demander l’abolition des prisons ? Vous pensez qu’il est impossible de les réformer ?

L’histoire des prisons n’est qu’une longue succession de réformes. C’est pourquoi je suis convaincue, en tant qu’abolitionniste, que nous devons inventer d’autres systèmes de justice, d’autres manières de traiter la violence. Et qu’il faut constamment pousser le : gens à imaginer ce que pourrait être un monde sans prison Même si nous savons bien que cela n’arrivera sans doute pas demain. Mais ce n’est pas impossible !

Vous avez toujours mené une existence double, militante et universitaire. Un intellectuel doit forcément être engagé ?

Je ne l’ai jamais vécu comme une double vie. Bien entendu, enseigner et prononcer des discours sont deux processus différents, mais il y a des liens très fort : Mes parents étaient tous les deux enseignants, et ils m’ont éduquée avec cette idée que rien n’est possible sans éducation. C’était essentiel pour eux, qui venaient des milieux défavorisés et qui ont eu l’opportunité rarissime à l’époque, de suivre des études. Ils ont toujours insisté sur le fait que le savoir n’était pas qu’un outil d’émancipation individuelle, mais qu’il fallait le mettre air service de l’amélioration des conditions de vie de notre communauté, au service de la justice. Herbert Marcuse, qui a été mon mentor, a démontré qu’on pouvait être activiste, révolutionnaire, philosophe, universitaire, enseignant – et quels cours extra ordinaires sur Kant, Hegel et Marx ! Un phénomène m’intéresse parmi les jeunes enseignants aux Etats-Unis : ils sont de plus en plus à se revendiquer comme des « scholar-activists » -des « universitaires militants » –, et de nouveaux champs universitaires comme les études féministes, de justice, reconnaissent et encouragent ces liens.

Aujourd’hui, vous vous dites encore révolutionnaire, communiste, féministe ?

Je me retrouve dans tous ces termes !

- Le féminisme reste un outil essentiel de lutte, bien au-delà des questions du genre.

- Quant au communisme, cela ne veut plus dire la même chose qu’il y a quarante ans, mais je m’y identifie toujours. J’aspire au démantèlement du capitalisme et à un nouvel ordre social ! Peu importe qu’on appelle cela socialisme ou communisme, il est indispensable que ce nouvel ordre soit démocratique, pour tourner le dos au modèle soviétique.

- De façon générale, ce sont les liens qui m’intéressent entre les luttes, qu’il s’agisse du féminisme, du mouvement gay et lesbien, des mouvements des travailleurs, ou du mouvement environnemental... L’essentiel est que tous ces mouvements travaillent ;

  • sur les façons d’habiter la planète de façon égalitaire,
  • et à l’indivisibilité de la justice pour tous.

Il y a cinquante ans, les enjeux nous semblaient si clairs ! On se disait qu’il suffirait d’éliminer le capitalisme pour construire un nouveau monde et un nouvel homme, comme disait Che Guevara. Nous savons aujourd’hui que c’est autrement plus compliqué. Mais c’est ce qui rend ces luttes si excitantes, car, au cours de ces processus, nous avons découvert de nouvelles façons d’envisager notre liberté. Tant de choses que nous considérons aujourd’hui comme évidentes auraient été inimaginables il y a cinquante ans. Je me retrouve finalement bien dans ces mots du théoricien italien Antonio Gramsci : il faut allier « le pessimisme de l’intelligence » et « l’optimisme de la volonté »

Free Angela and all political prisoners, de Shola Lynch.

Documentaire Etats-Unis. (1h 37).

Thriller documentaire passionnant sur le parcours d’Angela Davis, égérie de la lutte anti-ségrégationniste.

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Sa longue silhouette auréolée du fameux casque afro est familière à tous, tant elle a imprégné l’imagerie révolutionnaire d’une époque et d’une culture. Mais que reste-t-il du combat des Black Panthers et du Che Lumumba Club, cellule noire du Parti communiste américain, dont Angela Davis fut l’infatigable égérie à la fin des années 1960 ?

FreeAngela and all political prisoners retrace le parcours d’Angela, enfant de la petite bourgeoisie noire du Sud pauvre et raciste, devenue professeur de philosophie, communiste, féministe. Parcours exemplaire d’une fille de la ségrégation qui refuse la soumission, et surtout flamboyante héroïne d’une période charnière de l’histoire des Etats-Unis.
Free Angela nous replonge au cœur de 1970, quand la jeune professeur de l’université de Californie fut traquée par le FBI, emprisonnée puis jugée pour complicité de meurtre dans un attentat visant à libérer les prisonniers politiques noirs. Impeccablement construit à partir d’archives, d’interviews avec Angela Davis et les principaux acteurs de l’époque, Free Angela se regarde comme un thriller politique, où s’enchevêtrent les luttes raciales, le militantisme noir et la fierté nouvelle, les forces réactionnaires (Reagan, Nixon, Hoover), mais aussi une incroyable vague de solidarité internationale.

Au cœur de la tourmente, Angela Davis est la quintessence de l’énergie juvénile, calme et déterminée, d’une radicalité toujours pesée et profonde.
Un ange de la colère noire.

Weronika Zarachowicz

 

Source : Angela Davis parle - Rouge Midi

 

 

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