8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 09:22

 

«Des sdf, trouvez-moi des sdf !»


Mardi 4 janvier 2012, le préfet du Rhône M. Carenco s’est rendu en grande pompe à Tassin la Demi-Lune pour l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence dans le cadre du plan froid. Gyrophares, escorte policière, Monsieur le Maire, Monsieur le Directeur de la DDCS [1], Messieurs les Présidents d’associations, personnalités locales, tout était en place pour une belle opération de communication de la préfecture. Tout ?

Pas tout à fait…
Il manquait en effet des invités de taille…
Les SDF.

Quelle bourde… On avait pensé à tout, sauf aux SDF…

Le préfet allait se pré­sen­ter devant les camé­ras de télé­vi­sion et les jour­na­lis­tes pour mon­trer le bien fondé de sa poli­ti­que de lutte contre l’exclu­sion dans un centre d’héber­ge­ment vide. Pas un sans-abri à l’hori­zon.

L’expli­ca­tion de ce lourd dys­fonc­tion­ne­ment est toute simple. A Lyon comme ailleurs, la pré­fec­ture est à l’image du gou­ver­ne­ment. On tra­vaille dans la pré­ci­pi­ta­tion et l’approxi­ma­tion : coups de com’, impro­vi­sa­tion et aussi coups d sang.

Le lis­ting des per­son­nes admi­ses dans le centre n’a été com­mu­ni­qué que dans l’après-midi et les par­te­nai­res habi­tuels : Samu Social et Croix-Rouge n’avaient pas été pré­ve­nus à l’avance de la date exacte d’ouver­ture. Dans ces condi­tions, impos­si­ble de dire aux heu­reux élus qu’ils pou­vaient rejoin­dre le centre d’héber­ge­ment d’urgence dans la soirée.

A 18 heures 30, donc, pas de sans-abri dans le centre d’héber­ge­ment et le préfet, lui, qui va arri­ver avec les médias. Panique à bord. Tout le monde est pendu au télé­phone afin de trou­ver des SDF coûte que coûte.

A 19 heures, la DDCS donne alors la consi­gne au 115 de réqui­si­tion­ner tous les SDF dis­po­ni­bles pour rem­plir le centre devant le préfet et les camé­ras de télé­vi­sion.

A 19 heures 30, le Samu Social amène deux famil­les rou­mai­nes trou­vées dans la rue et à 20 heures, la mobi­li­sa­tion tar­dive ayant enfin pro­duit son effet, le centre refuse du monde. Le préfet et les camé­ras, eux, sont déjà repar­tis.

On ima­gine la tête des par­te­nai­res. L’un d’entre eux témoi­gne :

A 18 heures 30, j’appelle le 115 pour savoir s’il y a des places dis­po­ni­bles, on me répond que non. A 19 heures on me répond que oui et à 20 heures on me dit que fina­le­ment il n’y a plus de place. C’est du grand n’importe quoi.

L’his­toire pour­rait s’arrê­ter là et on pour­rait en rire, à défaut d’en pleu­rer.

Malheureusement, il faut bien que quelqu’un paye les pots cassés. Et oui, en Sarkozie, il faut tou­jours un cou­pa­ble que l’on punit. C’est comme ça. Cette fois encore, ce sont les plus dému­nis qui vont faire les frais de l’opé­ra­tion.

En effet, un res­pon­sa­ble, fou furieux de cons­ta­ter que les per­son­nes qui avaient une place sans le savoir ne s’étaient pas pré­sen­tées, dira en sub­stance : « Je m’engage per­son­nel­le­ment à ce que les per­son­nes qui ne sont pas venues ce soir retour­nent dans la rue et ne trou­vent pas d’héber­ge­ment… »

Dans la foulée, le cou­pe­ret tombe et l’oukaze est trans­mis : toutes les per­son­nes qui ne se sont pas pré­sen­tées sont rayées de la liste du centre d’héber­ge­ment d’urgence.
C’est brutal, c’est injuste, c’est stu­pide, mais c’est mal­heu­reu­se­ment très repré­sen­ta­tif des métho­des uti­li­sées actuel­le­ment par le pou­voir et ses roua­ges locaux.

Devant la télé­vi­sion locale pré­sente pour l’occa­sion, le préfet a eu cette cita­tion déli­cieuse qu’il a injus­te­ment attri­bué à Michel Mercier, Président du Conseil Général du Rhône et Ministre de la Justice, alors qu’elle est en réa­lité de Saint François de Sales : « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit »

Demander aux asso­cia­tions de rame­ner en urgence des sans-abri dans un centre d’héber­ge­ment uni­que­ment pour assu­rer le plan de com­mu­ni­ca­tion du préfet, ce n’est pas bien. Déplacer des sans-abri comme des pions après avoir nié leur exis­tence [2], ce n’est pas bien non plus. Rejeter à la rue des per­son­nes fra­gi­li­sées, des famil­les avec des enfants en bas âge, sim­ple­ment parce qu’elles ne se sont pas ren­dues à une convo­ca­tion qu’elles n’ont jamais reçu ce n’est pas bien du tout.

J’espère pour ma part que tout cela fera un peu de bruit.

Notes

[1] Direction Départementale de la Cohésion Sociale

[2] Lors d’une conférence de presse, le préfet Carenco a déclaré : « Nous ne laissons jamais personne dormir dehors… Les gens qui contactent le 115 vivent chez un tiers ou dans un squat. Ils ne dorment pas dehors. Vous ne pouvez donc pas écrire qu’ils sont sans-solution ou bien vous mentez ! » Source


Auteur : philippe alain - Source : Médiapart

 

Publié par Reineroro sur dazibaoueb

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 08:59
Pour une histoire qui émerge, combien dont nous ne saurons jamais rien... Raconté comme ici, cette histoire apparaît comme un fait divers, isolé et pourtant c'est plus courant qu'on ne pense. En Belgique, il y a quelques années, c'était une filière d'esclaves haïtiens, j'ai rencontré une jeune Afghane qui avait été achetée dans son pays par des Allemands pour leur servir de domestique et de souffre-douleur... ateliers clandestins où travaillent des sans-papier enlevés par des passeurs, sans scrupules, qui font la traite des esclaves,  qui leur confisquent leur passeport, il y a des milliers d'histoires d'esclavage en Europe, sans parler des jeunes femmes prisonnères obligées de se prostituer... etc, etc, etc.......

Auteur : José Bento Amaro - Source : Publico

 

Partis chercher du travail en Espagne, des Portugais ont été contraints à l'esclavage dans une ferme. Le quotidien Público fait le récit choquant de ces pratiques d'un autre âge.

 

L'image de personnes enchaînées, couchées par terre, victimes de mauvais traitements, malades et affamées renvoie à une réalité d'un autre temps. Mais le récit que vous allez lire ne fait pas référence au XVIe ou au XVIIe siècle. Dans cette tragédie, il n'y a pas d'océan à franchir. Il y a seulement le Portugal et l'Espagne au début du XXIe siècle. L'histoire que nous allons vous raconter compte 12 esclaves et quatre "négriers". C'est une histoire de misère, de barbarie préméditée. Le portrait d'une zone d'ombre du pays que beaucoup méconnaissent totalement. C'est de cela dont parle le jugement rendu le 7 avril dernier par le tribunal de Fundão [bourgade de l'intérieur du pays], la première condamnation pour esclavage au Portugal.

 

L'histoire part d'une famille qui vit en Espagne et maintient des liens avec la Beira Baixa [région de l'intérieur] - un couple originaire du Portugal et leur fils âgé de 35 ans. Avec pour modus operandi la quête d'hommes pauvres dans les villes et villages de la région. Des "indigents", comme les qualifie le tribunal, des hommes aux "connaissances cognitives faibles", "dépendants de l'alcool" et "issus de familles déstructurées".

António José Fortunato Maria, plus connu sous le nom de Tó Zé Cigano, est le principal membre de la famille esclavagiste. Pendant que ses parents sont en Espagne, dans la région de Valladolid, il parcourt le terrain en voiture en quête de main-d'œuvre pour les fermes espagnoles. Nous sommes en 2001, les parents de Tó Zé sont au Portugal et recrutent la personne qui, durant des années, fera office de contremaître. Ils abordent une femme qu'ils connaissaient déjà et parviennent à la convaincre de leur confier son fils, José António Rodrigues. Ils lui proposent donc d'être chef d'équipe dans l'agriculture pour 250 euros mensuels, plus les repas, l'hébergement et du tabac. Un luxe pour qui n'a rien. José António, le seul parmi les 12 esclaves qui ne sera jamais battu, accepte l'offre et gagne pendant deux ans la somme prévue. Puis, jusqu'en février 2007, lorsqu'il parvient à s'enfuir au Portugal, il reçoit seulement 150 euros par mois. C'est lui qui raconte au tribunal les cruautés subies dans le hangar d'une ferme où, pendant des années, des esclaves ont vécu dans la peur.

Les personnes enrôlées au Portugal pour travailler dans l'agriculture espagnole arrivaient en voiture. Tó Zé les livrait à ses parents, Francisco José Maria, 68 ans, et Maria Clotilde Fortunato, 69 ans, qui les installaient dans leur futur logement à Iscar, à une quarantaine de kilomètres de Valladolid. "Arrivés là, les travailleurs se voyaient dépossédés de leurs papiers et installés dans un hangar servant de poulailler, sans aucune condition d'hygiène et de salubrité", souligne le jugement. La description du lieu et de ce qui les attendait empire au fur et à mesure de la lecture : "Ils dormaient sur de vieux matelas récupérés à la décharge et étaient enchaînés aux poignets avec une chaîne en fer et un cadenas, le hangar étant fermé pour éviter tout risque de fuite." Ensuite, "ils étaient tous obligés de travailler aux champs, contre leur volonté, presque toujours du lever du soleil jusqu'à la tombée de la nuit, voire au-delà, tous les jours, affectés au semis ou à la récolte des légumes, pendant douze à seize heures, et parfois vingt, continuellement sous la surveillance des accusés, se reposant uniquement lorsque les machines étaient en panne". Quand quelqu'un osait réclamer de meilleures conditions de travail ou le paiement du salaire - ou quand quelqu'un, désespéré, disait vouloir revenir au Portugal -, Tó Zé entrait en action avec sa canne en roseau munie d'un casse-tête à son extrémité. Tous ceux qui sont passés par la ferme d'Iscar ont été volés, menacés et frappés. Certains ont réussi à fuir et à raconter leurs épreuves. Sans être forcément écoutés avec l'attention qu'ils méritent. Ce fut le cas de Ricardo dos Santos.

Son aventure commence en septembre 2003. Encore mineur, il quitte la maison de sa mère, à Coja [village de l'intérieur du pays, près de Coimbra], et erre dans les rues de Fundão. Une nuit, il est abordé par le quatrième accusé de l'histoire, João Carlos Carrola, qui lui dit : "Ecoute, c'est la misère pour toi ici, tu veux pas aller en Espagne ? Je t'arrange un boulot là-bas." Les voilà dans un bar pour parler des détails. Une heure plus tard, Tó Zé arrive. Il parle avec Ricardo de son futur travail. Ils se mettent d'accord et décident d'aller fêter ça dans un bar à hôtesses. A la sortie, Maria Clotilde les attend. Tous trois partent en direction de Covilhã [ville proche de Fundão, sur la route de l'Espagne]. C'est à ce moment-là que Ricardo dit ne pas vouloir aller tout de suite en Espagne parce qu'il souhaite en parler d'abord à sa famille. Tó Zé sort sa canne et le frappe violemment dans les côtes et les jambes en lui criant que désormais c'est lui qui commande. Arrivé dans le pays voisin, Ricardo se retrouve délesté de ses papiers et est immédiatement envoyé dans les champs. Sans manger. La nuit tombée, on lui donne un peu de nourriture avant de l'enchaîner. Comme plusieurs de ses camarades qui se trouvent là. Ricardo passe la première année enchaîné la nuit et victime de brutalités dès qu'il se plaint du froid, de la faim ou dès qu'il dit être malade et ne pas pouvoir se rendre dans les champs des agriculteurs espagnols qui paient la main-d'œuvre esclave à la famille de Tó Zé. Les jours passent et Ricardo, comme les autres, reçoit pour nourriture du pain et du café le matin, un sandwich à midi, et des pâtes ou du riz avec du poulet le soir. Il reçoit, comme tous ceux qui fument, un paquet de cigarettes par jour. Il ne verra jamais la couleur des 250 euros mensuels.

Le 5 février 2007, la Guardia Civil [gendarmerie espagnole] arrête Tó Zé pour d'autres délits que l'esclavage. La surveillance de la ferme s'en ressent. Deux jours plus tard, la nuit, Ricardo demande à aller uriner (la famille surveille les esclaves depuis une annexe du hangar) et en profite pour s'enfuir. Il court pendant six kilomètres jusqu'au village de Mojados, où il demande de l'aide à la Guardia Civil, qui l'oriente vers la Croix-Rouge. Au vu des éléments du procès du Fundão, aucune force de police ne se rend à la ferme d'Iscar à ce moment-là. Le 8, Ricardo parvient à rentrer au Portugal, atteignant une aire de repos près de Fundão où l'a laissé un camionneur qui l'a pris en stop. 

En début d'année, les témoignages des esclaves ont été nombreux. Luís Sousa, qui est allé en Espagne en août 2004, raconte par exemple comment il est parvenu à s'enfuir quatre mois plus tard, profitant du fait qu'on lui avait enlevé ses chaînes pour les mettre à un jeune appelé Leonel. Arrivé à Valladolid, il a ensuite rejoint le Portugal en stop. Luís n'a jamais porté plainte par peur de représailles. La captivité de Mário Silva a, elle, duré de juin 2006 au 10 février 2007. Ce jour-là, il s'évade en compagnie de son ami "P'ro" (esclave pendant près de sept ans). Ils passent une semaine cachés dans un hangar voisin. Durant cette période, un Espagnol vient à leur secours. Finalement, ils parviennent à revenir en train au Portugal.

Tó Zé, bien qu'empêtré dans ses ennuis judiciaires en Espagne, n'hésite pas à menacer depuis le pays voisin ses anciens esclaves, jurant qu'avec sa fidèle canne il ira casser les jambes de tout le monde à sa sortie de prison. Il tente ainsi d'éviter d'autres dépositions à la veille de son jugement à Fundão. C'est le retour des esclaves au Portugal qui a permis à l'enquête d'avancer. La police judiciaire portugaise, en collaboration avec la Guardia Civil, parvient à identifier des dizaines de personnes et finit par faire arrêter les parents de Tó Zé. L'affaire des esclaves d'Iscar s'est donc terminée le 7 avril, mais, entre-temps, les investigations se poursuivent dans l'intérieur du pays. L'Espagne est à nouveau la destination forcée pour des pauvres sans travail. Une nouvelle affaire est en cours de jugement à Coimbra ; elle concerne une vingtaine de personnes. To Zé a, lui, été condamné à vingt ans de prison et ses parents à huit et dix ans.


Auteur : José Bento Amaro - Source : Publico et Dazibaoueb - A la Une

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 06:30


Triste bilan, quand les richesses d’un peuple ne lui profite pas.. Kenya, Niger…..

Titre initial :

KENYA. Au moins 100 personnes brûlées dans l’explosion d’un oléoduc : « des pauvres venus siphonner du carburant »

L’explosion d’un oléoduc a tué au moins une centaine de personnes lundi dans un bidonville de la capitale kényane. D’après nos Observateurs, le bilan est extrêmement lourd parce que l’incendie a pris près d’une fuite dans la canalisation, un endroit où les habitants s’étaient regroupés pour récupérer du carburant.   

Au lendemain de l’explosion, les équipes de recherche ont déclaré avoir retrouvé 92 corps, mais le bilan est loin d’être définitif. L’oléoduc, qui appartient à une compagnie pétrolière nationale, est situé dans la zone industrielle de Lunga Lunga, un quartier entouré par le bidonville de Sinai.Après l’explosion de l’oléoduc, les nombreux cours d’eau usée qui traversent le bidonville ont entraîné la propagation des flammes à une vitesse fulgurante et des dizaines d’habitants se sont retrouvés pris au piège.Michael a perdu sa petite fille de 5 ans. »Je n’étais pas là hier quand il y a eu l’explosion. Ma femme m’a appelé, je suis arrivé au plus vite et avec d’autres habitants nous avons essayé d’éteindre les flammes. Mais le pétrole s’est déversé dans l’eau et le feu s’est propagé partout. Ma petite fille de 5 ans est morte dans l’accident. Aujourd’hui, je n’ai plus rien. »Notre Observateur Mohammed Yusuf, journaliste à Nairobi, s’est rendu sur les lieux de l’accident, lundi.

Les gens avaient l’habitude de venir récupérer du pétrole parce qu’il y avait une fuite dans l’oléoduc. En arrivant à Lunga Lunga, j’ai vu des cadavres brûlés entassés partout, dans les fossés, dans la rivière. Beaucoup de maisons ont été détruites. Les secours faisaient de leur mieux mais ce bidonville est très difficile d’accès. Les routes qui y mènent sont très mauvaises. »Selon la Croix-Rouge kényane, outre les mauvaises infrastructures, c’est l’attroupement des habitants qui a gêné l’intervention des secours. Les ruelles étaient bondées, rendant difficile l’évacuation des blessés. L’organisation a dressé un campement pour héberger les sinistrés mais, selon Mohammed Yusuf, les gens vont retourner s’installer près de l’oléoduc.

« Ils continueront de vivre là-bas jusqu’à ce que le gouvernement les évacue. Et si c’est le cas, ils iront s’installer dans une autre zone, tout aussi dangereuse, à côté d’un chemin de fer ou d’une centrale électrique… Les autorités n’offrent rien de mieux aux pauvres de la capitale. »"Pour les pauvres, tout est bon à prendre »Pour Alix d’Ansembourg, directrice de l’ONG Orphelins sans frontières, basée à Nairobi, ce type d’accident est tristement banal dans la capitale kényane.Dans ces bidonvilles, où vivent près de 60% de la population, tout est bon à prendre. Les pauvres profitent par exemple des accidents de camions pour venir voler les cargaisons. Quand c’est un camion citerne ou une fuite sur un oléoduc, les conséquences peuvent être dramatiques. Les gens savent très bien que c’est dangereux, mais le pétrole se revend cher et il faut nourrir les enfants.Ce matin, la presse internationale parlait plus de l’accident de Lunga Lunga que les médias locaux. Quand aux autorités, elles se contentent de mettre des affiches pour prévenir du danger. Elles considèrent qu’un bidonville est une zone d’habitation illégale et elles se dédouanent de toute responsabilité. »

Réagissant à l’accident, le ministre de l’Energie, Kiraitu Murungi a annoncé lundi qu’ »il était regrettable que certaines personnes s’installent dans une zone réservée à un oléoduc ».En 2009, l’explosion d’un camion citerne sur une autoroute avait déjà tué 122 personnes qui s’étaient attroupées autour du véhicule accidenté pour tenter d’en récupérer le carburant.Ce billet a été rédigé par Mohammed Yusuf et Michael Nairobi, avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.

Auteur : Mohammed Yusuf et Michael Nairobi

Source : observers.france24.com
partagé avec sos.planète et
Kenya,l’explosion d’un oléoduc : « des pauvres venus siphonner du carburant » « Les moutons enragés

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 21:08

Un article qui illustre les raisons pour lesquelles après un moment d'espoir et d'enthousiasme, j'ai pris mes distances avec le mouvement des indignés. Que ce soit le camp de la place de Moscou à Saint-Gilles, que ce soit le polygone  à Ixelles (voir le communiqué de presse de spbelgique )  ou ce camp à Liège, les mêmes phénomènes se reproduisent. Des petits et des moyens bourgeois, des étudiants, (proprets, car eux entre deux séjours au camp rentrent chez eux se doucher et changer de fringues et chier dans des toilettes convenables),  des « encore cul dans le beurre », qui "s'encanaillent",  un moment, ils passent et puis se cassent laissant derrière eux plus de misère qu'auparavant.

J’entends encore ce « militant », prêt à mourir pour des idées me dire qu’il ignorait qu’il y avait autant de misère en Belgique, sans doute planait-il sur son petit nuage de coteries politiques qui se fabriquent de la bonne conscience à bon marché sans trop d’efforts… La tête dans son nuage, jamais il n’avait regardé autour de lui, l’augmentation de la misère, flagrante à Bruxelles.  J’entens d’autres qui affirment qu’en Belgique pas de problèmes de misères pendant que je vois autour de moi des personnes pour qui j’ai de l’amitié de l’affection partir en couille à force de ne plus savoir par quel bout prendre la vie pour remonter la pente depuis le fond du gouffre ?

 

Cruels, ils ont fait miroiter l'espoir de l'intégration conviviale et du partage, mais finalement, ils n'en ont rien à fiche de la misère de la réelle précarité, des sans-papiers qui leurs servent de vitrine sans qu'ils marquent le moindre intérêt pour les origines de leurs situations, ni pour les conditions d'existence des "sans" ( papier, voix, toit,...) qu'ils côtoient. Ils ont mieux à faire : la révolution entre personnes de « qualité » et de bon ton. Je retrouve ce mépris des bien-pensants et des politiquement corrects, de nombre de ceux qui sont placés dans les hiérarchies de gestion de la pauvreté : "Après tout s'ils en sont là, c'est parce qu'ils ont foiré" ou autre truc du genre : que du mépris.

J'écris ces quelques lignes parce que l'article et la photo qui l'illustre m'ont touchée en plein cœur. Indignée ? J’avais publié cet article : L’art d’édifier des forces antisystémiques qui insiste : si les indignés n’arrivent pas intégrer les « précaires », ils ont perdu d’avance et c’est bien ce qui se passe. Il me faut le temps « métaboliser » cette expérience et d’autres vécues ces derniers mois avant de pouvoir me remettre à écrire, car j’ai des choses à dire là, plus positives aussi que celles que j’écris ici, mais tout de même… Suite bientôt.

Anne

 

Le camp oublié des indignés

JOEL MATRICHE

samedi 10 septembre 2011, 15:44


Une prairie détrempée, des déchets difficiles à évacuer, une dizaine de sans-abri inquiets pour demain : ce qu’il reste du campement des indignés  (photo sur l'article du soir)

Aux indignés ont succédé les oubliés, il ne subsiste rien de l’effervescence des premières heures, des élans solidaires et des chants révolutionnaires, des banderoles et des braseros. Relégués dans une prairie boueuse du Fond des Tawes, sur les hauteurs de Liège, les sans-abri qui avaient accompagné le mouvement des Indignés place Saint-Lambert d’abord, place des Déportés ensuite, n’espèrent plus changer le monde : un toit, des toilettes et les pieds au sec sont des ambitions plus raisonnables et plus pressantes.

« Les indignés, on ne les a pratiquement plus vus, reconnaît Christian, « dans la rue depuis pas mal de temps déjà ». Ceux qui étaient étudiants ont repris les cours, les autres sont partis. » Ne restent dans le pré qu’une dizaine d’oubliés. Ils se partagent une poignée de tentes, gèrent leurs déchets comme ils peuvent « parce qu’on n’a pas de sacs poubelles, pas de conteneur », toussent et reniflent car « une semaine sous la pluie, ça vous amoche la santé. »

 

A voir  et lire la suite sur Le camp oublié des indignés - lesoir.be

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 07:42

 


Un mois après les troubles importants déclenchés par le meurtre de Mark Duggan le 4 août par la police, au nord de Londres, la police métropolitaine dans la capitale multiplie les rafles sur les communautés de la classe ouvrière.

Des quartiers entiers sont bouclés et la police antiémeute défonce des portes et emmène des gens de force. À Londres seulement, 2000 arrestations ont été effectuées, soit environ 100 arrestations par jour en moyenne depuis le début des émeutes. Les médias, prévenus d'avance, sont sur place pour filmer les rafles, leur préparation et le spectacle des jeunes embarqués dans les fourgonnettes de la police.

Une source de la police a confié au Sunday Times que les forces policières pourchassent 30 000 personnes qui, selon la police, seraient impliquées dans les perturbations. Nationalement, 40 000 heures de vidéos provenant de caméras de surveillance seront examinées et des officiers pensent que l'enquête pourrait durer des années.

Le 22 août, la police métropolitaine a rendu public un rapport affirmant que 3296 crimes avaient été enregistrés à Londres. Une source de la police a dit que « La Met veut savoir qui sont tous ces gens. »

La police métropolitaine, appuyée par la totalité de l'établissement policier, est complètement déchaînée depuis le début des émeutes. Le 11 août, 50 officiers on mené une rafle au Churchill Gardens Estate du quartier Pimlico à Westminster. Le Daily Telegraph a publié des extraits vidéos de la rafle en demandant la tête des « voyous de l'Angleterre qui se sont fait servir leur propre médecine aujourd'hui ».

Le Daily Telegraph a écrit ; « Lors d'un briefing, un chef de Scotland Yard a ordonné aux officiers de ne pas oublier les horreurs subies par les Britanniques en répliquant fermement, mais de manière “juridiquement énergique” ».

La même journée, 120 policiers d'une brigade antiémeute ont mené une rafle sur le parc de HLM Lambeth en défonçant les portes et emmenant des jeunes de force. Le commissaire Nick Sedgemore, qui dirigeait la rafle, a affirmé dans une déclaration : « Nous allons les attraper tous, jusqu'au dernier, et les poursuivre aussi sévèrement que la loi le permet... Cela ne nous dérange pas de criminaliser une section de la société. Nous ne sommes pas ici pour nous faire aimer, mais pour nous faire respecter... Nous en avons assez. Et nous allons leur faire peur un peu. »

Cette rafle faisait partie d'une centaine effectuée la même journée. Voici un exemple typique de déclaration que l'on pouvait trouver sur le site web de la police métropolitaine :

« En réponse à l'opération Withern, l'enquête du MPS [Metropolitan Police Service] à la suite des perturbations de Londres, les équipes locales de police de Lambeth et des enquêteurs spécialisés ont effectué des rafles dans des propriétés de Stockwell et Brixton, trouvant de nombreuses armes et des preuves de criminalité. Samedi le 14 août, des agents ont fait des recherches à Stockwell Gardens Estate dans le SW9, sous la supervision du sergent-détective Lucas. Ils ont trouvé trois couteaux, un marteau, un téléphone portable et une quantité de drogues illégales. Dimanche le 15 août, des agents ont fait des recherches à Moorland Estate dans le SW9. »

Un exemple des abus commis est démontré par les événements traumatisants pratiquement gardés secrets d'une rafle armée de la police métropolitaine à la maison familiale des Gardener à Harlesden, au nord-ouest de Londres. À 02h00 le 16 août, selon une dénonciation anonyme, un grand nombre d'officiers armés ont fait irruption dans la maison familiale de Leonie Reece et Delroy Gardener par les portes avant et arrière, alors que lui et sa conjointe regardaient la télévision au lit et que leurs trois enfants dormaient.

Les policiers ont pointé leur arme vers leur visage, y compris celui de leur fils de trois ans, Zion, qui s'est réveillé dans un état de terreur. Des agents armés ont ordonné à la famille de sortir de la maison dans leurs sous-vêtements, y compris à leur enfant âgé de dix mois, qui se remettait d'une pneumonie. Leur maison a été complètement saccagée.

Leonie Reece, 25 ans, a subi une grave crise d'asthme et a finalement été emmenée en ambulance. Elle a décrit la scène : « Mon fils a alors figé…il ne voulait pas sortir avec toutes ces armes braquées vers nous. J'étais tellement apeurée que j'ai dû lutter pour respirer. Mon fils de trois ans montait et descendait en courant, confus, et ne sortait pas de la maison parce qu'ils criaient et pointaient une arme en sa direction ».

Delroy Gardener, le conjoint de Léonie, un travailleur auprès des jeunes a déclaré: « C'était comme sorti d'un film d'horreur…Les policiers était tous masqués et tout ce qu'on pouvait voir, c'était leurs yeux. Je pensais qu'ils étaient des voleurs armés lorsqu’ils ont surgi, car ils étaient habillés en civil. C'est seulement quand ils m'ont emmené dehors que j'ai vu des policiers en uniforme. Tout ça a été extrêmement terrifiant…C'est comme si une tornade avait frappé notre maison ».

« Plus tard, la police m'a traité avec condescendance, comme si rien n'était arrivé, en disant : “passez une belle journée”. Ils ont affirmé qu'une source anonyme les avait informés et que j'étais un pilleur ayant des armes à feu, mais comment est-ce que la personne qui a fait ces allégations en est venue à cette conclusion? »

« Les gens sont persécutés à cause d'accusations venant d’autres personnes. Je suis en colère, car s’ils ont fait cela sans preuve et seulement à partir de ouï-dire, personne n’est en sécurité dans sa maison. Cela peut arriver à tout le monde. »

Gardner a dit que l’arme pointée sur son fils Zion a traumatisé celui-ci :

« Zion était pétrifié et maintenant il mouille toujours son lit et fait des cauchemars. »

Cette vengeance de classe ouverte implique toutes les institutions de l’État.

Eoin McLennan-Murray, le président de l’Association des gouverneurs de prison, a dit, à propos des magistrats : « C’est comme s'il y avait des requins, du sang dans l’eau et que cela entraîne une véritable frénésie. On s'affole à condamner et on semble avoir perdu toute mesure. On fait appel à la mentalité populiste, et ce n’est pas la meilleure façon de condamner les gens.

« Les normes liées à la condamnation sont ignorées… Cette sorte de justice générale rapide signifie probablement que beaucoup de personnes sont traitées de manière non équitable. »

La déclaration de McLennan-Murray était une réponse au fait que la population des prisons a augmenté de plus de 1000 pour la troisième semaine de suite, atteignant un nouveau record à chaque fois. Les prisons ont dépassé leur capacité opérationnelle d’environ 87 000 prisonniers.

La BBC a analysé les plus récentes statistiques du ministère de la Justice liées aux individus arrêtés pour implication présumée dans des perturbations. Ils ont estimé que 70 pour cent de ceux arrêtés étaient placés en détention provisoire tandis qu'en 2010, seulement 10 pour cent de ceux qui comparaissaient devant le juge étaient placés en détention provisoire. De ceux qui étaient condamnés pour des désordres, 46 pour cent recevaient une peine de prison. En 2010, pour des infractions équivalentes, 12,3 pour cent recevaient des peines de prison.

Conséquemment, les autorités des prisons travaillent à « développer des plans de secours afin d’augmenter la capacité utilisable si jamais d’autres pressions étaient placées sur les infrastructures carcérales ». Certains proposent la mise sur pied de bateaux-prison.

De graves erreurs judiciaires et des abus des droits de la personne sont en train de survenir partout dans le pays. Mais les principales organisations de droits humains n’ont émis aucune réponse significative aux abus et aux dénis de procédures normales commis envers ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés par les tribunaux qui opèrent même la nuit.

La police et les médias, fortement impliqués dans des activités criminelles, comme cela a été révélé par le scandale des écoutes téléphoniques lié à l’empire Murdoch, ont reçu carte blanche pour coordonner leur réaction dans la couverture des arrestations de masse. Le Daily Mail du 12 août a écrit un commentaire typique : « Après des jours de bombardements de briques et de cocktails Molotov, c’était l'heure de la vengeance. »

(Article original paru le 1er septembre 2011)

 

Source : 30 000 arrestations prévues- Dazibaoueb

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 10:05

 

Un texte provocateur qui pose quelques questions intéressantes et oubliées de cette histoire. Anne

 


Cet après-midi s’annonçait difficile. En effet, je commençais à ressentir des effets de manque dus à un déficit d’indignation. En effet, je suis indignophile (ne cherchez pas, même Word 2010 ne connaît pas ce terme sorti tout droit de ma bravitude de cerveau), c’est-à-dire que je cherche partout des motifs de m’indigner pour un oui ou pour un non. Après des recherches vaines sur googlenews en tapant Le Pen, droite populaire, UMP, scandale, mamie zinzin etc… j’ai fini par flairer ou plutôt snifer ma dose d’indignation du jour.

Un article de Metro (on ne l’invente pas) disait que la RATP refusait d’assumer le convoi de Roms en tramway. Le titre montrait tout de suite qu’on avait là du potentiel : Roms, convoi, RATP, tramway. Pas besoin de me replonger dans mon « Histoire de France pour les nuls » pour comprendre ce qui allait se passer. D’ailleurs juste en dessous de cet article l’Huma y allait plus franchement avec un « Quand la RATP collabore avec la police pour évacuer des Roms ». Vous n’y êtes toujours pas ? Bon allez je vous aide avec l’article du Figaro titré « Un tramway de la RATP affrété pour évacuer des roms » où la journaliste commence l’article avec le désormais classique : « L'affaire rappelle certaines heures sombres de la Seconde Guerre mondiale ». Le tramway de la RATP n’a décidément rien à envier à la Dolorean de Doc et Marty en matière de voyage dans le temps et tout cela de façon beaucoup plus écologique.

J’ai alors décidé d’en savoir plus sur les faits afin de m’indigner comme il fallait. Malheureusement, c’était le cafouillage total, impossible de savoir si la RATP avait affrété un tramway (TF1, Figaro, La Croix…) ou l’avait prêté (l’Express, France Soir..) à la police. Je n’ai pas, non plus, véritablement compris si la RATP avait « collaboré » ou avait été « complice » de la police. Tous ces termes se mélangeaient au gré des articles. J’ai tout de même fini par comprendre que sur une décision de justice, la police a décidé de procéder à l’évacuation d’un camp de Roms et de de bulgares. Devant les difficultés posées par l’évacuation de toutes ces personnes munies de bagages à l’heure de pointe, la RATP a alors dépêché sur place un tram spécial pour les acheminer vers le RER de Noisy-le-Sec. C’est donc sur la base de ces faits qui démontrent d’ailleurs une certaine capacité d’organisation que mon indignation devait trouver sa source.

Comme vous pouvez le deviner, mon indignomètre est resté désespérément bas. Par contre en prenant connaissance des réactions d’hommes politiques ou de responsables syndicaux « indignés », je n’ai pas pu m’empêcher de voir rouge. Bien entendu, chacun y est allé de son couplet sur les heures les plus sombres, certains ont même fait preuve d’une certaine culture cinématographique pour exprimer leur désaccord. JP Huchon a demandé à ce que la lumière soit faite sur cette histoire et que les responsables soient sanctionnés. Je pense que le juge qui a pris la décision d’évacuation doit se sentir très mal de même que tous les responsables politiques et responsables administratifs qui ont laissé se créer et se développer ce camp insalubre où vivaient ces gens dans des conditions indignes.

Non ? Ah bon ? On ne parle pas de ça ? Le problème ce n’est pas que des hommes, des femmes et des enfants vivent dans des conditions innommables aux portes de Paris ? Le problème ce n’est pas de les expédier on ne sait où pour ne plus les voir ? Le problème c’est juste qu’ils soient évacués dans les trams derniers cris qui font la fierté de la RATP ?

Vous ne le croyez pas ? Eh bien si, c’est ça le problème. D’autant plus que, sur ce coup là, la RATP « collabore » avec la police (rappelez-vous, les heures les plus sombres etc…). La RATP devrait se battre la coulpe en place publique car elle a aidé la police à exécuter une décision de justice que personne ne conteste. Peut-être que les choses se seraient mieux passées si la police avait fait appel à une société de location de voitures avec chauffeurs. C’est trop ? Dans ce cas peut être que les cars de policiers auraient pu faire l’affaire. Non ? Parce que ça nous renvoie aux « heures les plus… ». Que faire alors de ces Roms à évacuer ? Qui parmi les gens qui s’indignent aujourd’hui s’est mis une minute à la place du cadre de la RATP qui a pris cette décision ? Qu’auraient fait ces « indignés » à sa place ?

Moi ce qui m’indigne c’est ce concours de beauté de la plus belle indignation. Cette capacité à se jeter sur tout évènement pour y chercher un responsable à fouetter en place publique. Ce qui me hérisse les poils c’est cette comparaison entre les wagons à bestiaux qui traversaient l’Europe vers les camps de la mort et un trajet de quelques minutes dans un tram ultra confortable de dernière génération. Quelle commune mesure entre ces deux évènements ? Ce qui m’énerve c’est que l’on ballote ces gens d’un camp à l’autre pourvu qu’ils disparaissent du champ de vision le temps d’une élection.

Déjà l’année dernière, à propos de la polémique estivale sur les Roms, j’évoquais ce que j’appelais alors « le complexe du résistant ». Cette faculté à se prendre pour Jean Moulin et à convoquer à tout propos la Seconde guerre mondiale pour évoquer nos problèmes contemporains. Pendant ce temps-là, on lutte pour la liberté au Moyen Orient, les banquiers continuent à s’en mettre plein les poches, le web devient un vrai dépotoir de haine anti-musulmans et anti-immigrés, nos prisons gagnent chaque année la palme de l’indignité, notre société est gangrénée par la violence et pour finir, on meurt de faim dans la corne de l’Afrique.

Il y a vraiment de quoi s’indigner dans cette histoire, mais pas forcément pour les raisons qui ont été avancées jusqu’ici.

 

Source : Le Dossier Alpha

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 17:41

 

 

Raúl Zibechi

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

L’amplitude et l’étendue qu’acquièrent les révoltes populaires, qui s’affirment dans des pays de plusieurs continents, permettent de distinguer divers courants, différents modes et manières dans lesquelles ceux qui sont affectés le système organisent leurs réponses. Le mouvement des indignés dans les villes de l’État espagnol et de celui des étudiants chiliens montrent des caractéristiques différentes des révoltes qui ont secoué les dernières semaines les principales villes britanniques.

Quelques mouvements ont réussi à ouvrir des espaces plus ou moins stables dans lesquels leurs membres peuvent communiquer, débattre et prendre des décisions, que ce soit sur les places, dans les centres d’étude, ou en alternant des espaces à ciel ouvert et fermés comme cela arrive dans la plupart des cas. Quand il s’agit d’explosions comme celles survenues dans les périphéries pauvres de Londres ou, auparavant, dans les banlieues de Paris, en 2005, il est plus difficile de trouver des espaces permanents comme ancrage de la protestation, qui a l’habitude de se répandre aussi rapidement qu’elle s’est estompée.

La création d’espaces plus ou moins permanents, contrôlés par les sujets en mouvement, est une donnée majeur puisque c’est ce qui permet de donner une continuité aux révoltes, et l’un des éléments qui peut transformer les actions spontanées en mouvements. Cela est, une partie du travail que James C. Scott a mené dans La Domination et les arts de la résistance : Fragments du discours subalterne et dans son plus récent « The Art of Not Being Governed  » (sans traduction en français pour le moment). Les classes dominantes se sont engagées, tout au long de plus d’un siècle, à dynamiter ces espaces où ceux d’en bas ont des liens parce que ce sont habituellement les espaces où, en silence, s’exercent les rébellions.

Cependant, les différents secteurs et classes sociales ont aussi des possibilités distinctes pour construire ou ouvrir des espaces. Dans les révoltes en marche, les classes moyennes affectées par la crise, une large gamme de travailleurs et de professionnels plus ou moins précarisés, ont eu du succès en créant des espaces et ont pu les défendre malgré la pression sociale et étatique qui dérive souvent dans une violence répressive.

Pour ceux d’encore plus bas dans l’échelle sociale, appelés exclus, les choses sont encore plus difficiles. Les membres du collectif Baladre, qui participent aux assemblées des indignés, reconnaissent que, sauf exceptions, les plus pauvres ne rejoignent pas le mouvement, et que quand ils le font, « ils se passent des choses ». Manolo Sáez a passé des années travaillant aux côtés des secteurs marginalisés, et assure que dans les assemblées il se produit « un choc de cultures parce que les façons de fonctionner et de parler sont différentes, ils prennent de l’alcool, ils sont moins propres et sont politiquement incorrects ». Le mot « lumpen » sort mais comme adjectif.

L’unité d’action entre tous ceux qui ont été agressés par le système, les divers d’en bas et les divers des sous-sols est irremplaçable si nous aspirons un jour à battre la classe qui détient le pouvoir et les moyens de production et de changement. Mais cette unité peut seulement être construite. C’est à dire, ce sera le fruit d’un long processus de travail en commun, d’une construction permanente et, par conséquent, d’une éducation collective et d’une auto éducation. Ce processus ne peut pas être spontané, ni ne peut rester livré au hasard mais doit être la conséquence de la volonté et du désir de changer le monde, la chose qui peut seulement se faire avec tous les opprimés et opprimées.

En grande partie c’est une question de classe qui ne se résout pas sous la forme d’alliance, ou bien de lien entre des représentants, mais à travers la création de langages et de codes communs dans des espaces autocontrôlés où coexistent les différences. Inspiré par Marx, Immanuel Wallerstein soutient que « c’est la question clef autour de laquelle se concentre la lutte de classes », dans un texte où il analyse la lutte de la bourgeoisie pour établir une manière de domination avec comme base une structure divisée en trois comme façon de stabiliser la domination (La formation des classes dans l’économie-monde capitaliste).

Ceci est peut-être le nœud des problèmes actels. « La lutte de classes se concentre politiquement sur la tentative des classes dominantes de créer et de préserver un troisième niveau ou une chape intermédiaire, face à la tentative des classes opprimées de polariser tant la réalité que sa perception », dit Wallerstein. C’était la raison de fond de l’introduction de catégories dans les usines, et de la création d’une couche de contrôleurs et des contremaîtres. Et c’est l’objectif des « politiques sociales » : une ingénierie pour séparer et lever des murs entre ceux d’en bas et ceux du sous-sol.

Le capitalisme domine se répandant territorialement, comme nous le rappelle David Harvey, en soumettant de nouveaux territoires à la logique de l’accumulation. Mais vers l’ « intérieur », il consolide sa domination en séparant, en divisant, en créant de petits privilèges pour déchirer la cohésion sociale et pour fabriquer, de cette façon, l’inégalité sur laquelle il s’appuie pour consolider ses pleins pouvoirs. Des femmes, des indiens, des noirs, des migrants, des exclus … les catégories de cette division sont infinies.

La stratégie de ceux qui comme nous cherchent à surpasser le capitalisme doit avoir pour objectif d’abattre ces murs entre les oppressés. En Amérique Latine, et probablement dans le monde entier, on a expérimenté deux manières heureuses de le faire : ouvrir les espaces où une longue vie en commun permet de surpasser ces divisions et travailler pour que ceux du plus bas, les exclus ou les marginaux, deviennent des sujets. Ce ne sont pas, certes, deux processus contradictoires.

Jusqu’à présent c’était le secteur intermédiaire qui a eu le plus grand succès pour s’organiser et pour faire valoir ses raisons. La nouveauté que nous les Latinoaméricains pouvons apporter aux rébellions du monde est justement cet effort de travailler pendant long temps avec les plus divers sous-sols : les sans toit, sans terre, sans travail, sans droits. Nous devons savoir, néanmoins, que quand les sous-sols deviennent des sujets, même les gauches établies tremblent. Quelque chose comme cela est arrivé a Chiapas, en Bolivie et en Équateur. Les classes moyennes ont l’habitude de sentir que ceux du sous-sol cassent l’harmonie et la paix sociale. C’est pour cela qu’ils sont des sujets.

La Jornada. Mexico, 26 août 2011

Source : L'art d'édifier des forces antisystémiquesRaúl Zibechi - El Correo

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 09:42

 

Un texte des habitants de la Maison Qui Pue à Montreuil.

Plaidoirie pour l'habitat solidaire

 
Du jour au lendemain, sentir que notre petit monde s’écroule, et avec lui
toutes nos habitudes. Et avec lui, encore, toute une vie passée qui se
transforme en souvenir, où l’on se surprend à vouloir retrouver des photos
dont l’on se fichait pas mal auparavant. Et avec lui, enfin, la peur
d’être dispersés, la peur d’une nouvelle galère, la peur de devoir tout
reprendre à zéro. Notre maison s’est faite attaquer, à plusieurs reprises.
Devant la menace, nous avons dû évacuer nos affaires. Et nous nous sommes
sentis trop en danger pour y retourner. À présent, des amis, des voisins,
des connaissances nouvelles ou anciennes se préoccupent de la maison, la
sécurisent. Les attaques peuvent recommencer : le soi-disant simple
propriétaire veut à tout prix récupérer son bien.

Les débuts de la propriété, ce fut cela : un type avec un papier dans la
main, accompagné d’hommes de main, qui débarque sur un champ ou dans une
maison et déclare : ceci est à moi. Aux débuts de la propriété, il a fallu
que des salauds se présentent, les armes à la main. En allant contre
l’évidence, ils dirent : non, la terre n’est pas à ceux qui la
travaillent, pas plus qu’une maison n’est à ceux qui l’habitent.

Nous ne sommes pas naïfs. Nous savions qu’un jour ou l’autre un type
allait se présenter et exiger de nous, grâce à la puissance d’un simple
bout de papier, que nous nous en allions. Ce lieu, nous l’avions trouvé
abandonné, la porte ouverte, il y a presque quatre ans, et nous savions
qu’un jour quelqu’un allait se saisir du bout de papier qui va avec. Et
reprendre la maison.

Des dizaines de personnes sont passées par cette maison, pour des périodes
plus ou moins longues, et un groupe stable d’habitants s’est dégagé avec
le temps. Les loyers sont tellement élevés, l’accès à un logement décent
est si difficile, que nous sommes des dizaines, voire des centaines de
milliers à nous entasser, à passer de canapés en canapés. La concurrence
pour le travail, ainsi que ses conditions actuelles, font que celles et
ceux qui, pour de multiples raisons, ne trouvent pas la force de rentrer
comme des dingues dans ce jeu sont de plus en plus nombreux. Cette maison
s’est offerte pour une partie de ces gens-là, c’est-à-dire nous-mêmes. Un
toit gratuit, ainsi que la possibilité de vivre à plusieurs, nous a permis
de faire face à cette réalité ensemble, de ne pas nous laisser broyer
individuellement. Nous nous disions : l’amitié, la solidarité,
l’hospitalité sont des valeurs sur lesquelles nous pouvons compter face à
la machine économique. Face aux rêves brisés, face aux vies niquées, face
aux dépressions qui minent les relations à l’intérieur de cette société.

On nous dira : votre vision est trop noire, il y a des chances pour tous.
Mais ce que nous avons vécu ne fait que confirmer cette appréhension du
monde. Si le type qui a attaqué a agi pour lui-même, pour avoir son propre
pavillon, on ne peut que s’interroger sur la morale de l’intérêt personnel
qui ronge cette société, morale qui veut que l’intérêt prime sur toute
considération des personnes — car il n’a jamais réellement voulu discuter
avec nous. Et si le type qui a attaqué l’a fait pour son biz, pour
revendre par la suite comme le veut son métier d‘agent immobilier, on ne
peut que questionner ce qu’est, plus généralement, la réalité du travail
aujourd’hui : ne serait-ce pas, bien souvent, écraser les autres pour se
faire sa place ? On ne peut croire, en tout cas, que cette situation est
isolée. En haut, les puissants affirment chaque jour la validité de cette
morale. Au commissariat, un flic de base a expliqué au « propriétaire »
qu’il aurait dû faire cela cagoulé. Tous les flics présents le
justifiaient, se mettaient à sa place. Eux aussi auraient été prêts à
acheter un lieu occupé, et à virer les habitants à coups de barre. Comme
le disait un autre flic : “quand on a un crédit sur le dos, on fait avec
ce qu’on peut”. L’endettement individuel — qui fait échos à l’effondrement
des garanties collectives — semble pouvoir justifier la guerre de tous
contre tous.

La crise économique que nous vivons a pour conséquence d’accentuer les
clivages, et pas seulement entre les classes. Entre ceux d’en bas, les
petits, il y a aussi de graves divergences. D’un côté, il y a ceux qui
acceptent les lois de l’économie comme des lois naturelles et font leurs
la morale du “chacun pour soi et peu importent les conséquences” qui va
avec. De l’autre, il y a ceux qui disent : nous ne nous en sortirons
qu’ensemble, il n’y a qu’ensemble que nous parviendrons à refuser la loi
de l’argent, du travail qui tue, le règne du vice et de la petite
méchanceté. Comme le disait une personne solidaire aux assaillants : “ce
que nous refusons, c’est votre enfer, et vous ne parviendrez pas à nous
faire cesser de croire dans la beauté et la puissance de la solidarité”.

Comme le montre le soutien qui nous est apporté aujourd’hui — face aux
attaques, face aux menaces qui pèsent sur nous — nous savons que nous
sommes loin d’être les seuls à porter ces valeurs. Des habitants de
nombreux autres squats sont venus à notre secours, ainsi que des voisins.
Des sans-papiers, des précaires, des chômeurs, des salariés un peu plus
installés se sont montrés à nos côtés. Des gens ordinaires, comme nous,
qui refusent la loi du plus fort. L’urgence, plus que jamais, est de
construire les liens pour faire face à la barbarie de l‘économie.

Des habitants de la MQP/Kipue/Maison Qui Pue, 74 rue des caillots

Source :un texte du squatt de Montreuil « Ce que nous refusons, c’est votre enfer »

 

liberta! hasta la victoria

 

 
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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 19:18

 


 







Ici, des millions gens souffrent de faim. Nous ne parlons pas d’Haïti, ni de pays africains, ou asiatiques, ni des favelas sudaméricaines, mais du fait extraordinaire dont que dans le pays le plus riche du monde, avec le secteur agricole le plus productif, des millions de gens souffrent de ce qui s’appelle l’« insécurité alimentaire », ou ce qui en chrétien se traduit comme ne pas savoir d’où proviendra la prochaine nourriture.

Aux États-Unis il est permis – sans que cela soit un scandale national – que les enfants n’aient pas suffisamment à manger. Le programme national de télévision de CBS News, 60 Minutes, a récemment montré les visages et les histoires de familles sans toit, dont les enfants ont dit ce qu’ils ressentent quand ils ne mangent pas suffisamment. Plus de 16 millions de mineurs vivent dans la pauvreté - 2 millions de plus qu’avant la crise économique qui a éclaté en 2007 – et on constate que c’est l’écroulement le plus rapide de la classe moyenne jamais arrivé depuis que le gouvernement a commencé à les mesurer, il y a demi-siècle, explique CBS News.

Qu’est ce qu’on ressent quand on a faim ?, demande le journaliste aux enfants d’une école primaire de Floride. « C’ est difficile. Tu ne peux pas dormir. Tu attends seulement, tu t’endors cinq minutes et tu te réveilles à nouveau. Tu as mal à estomac et pense : ‘ je ne peux pas dormir, je vais essayer de dormir, je vais essayer de dormir’, mais tu ne peux pas parce que tu as trop mal à l’estomac. Et c’est parce que tu n’as pas de nourriture dans toi », répond un enfant.

De nombreuses de familles racontent à CBS qu’elles n’ont jamais imaginé rester sans toit ou ne pas pouvoir nourrir suffisamment leurs enfants, puisqu’ils jouissaient d’une vie de classe moyenne. Avec la crise, tout a basculé.

Une partie du reportage de CBS fut réalisée dans la même zone que celle qui se proclame comme « le lieu le plus heureux du monde », c’est à dire, les comtés autour de Disney World, à Orlando, en Floride. Là CBS a détecté environ 67 motels où logent plus de 500 enfants sans domicile. Là, tout près des écoles du comté de Seminole, mille étudiants ont récemment perdu leurs logements. Le gouvernement loge des milliers de familles sans toit dans des motels dans tout le pays pendant des mois. CBS remarque que « la ‘génération motel’ aux États-Unis grandit rapidement ».

16.6% des étasuniens – soit, plus d’un sur six – a souffert « d’insécurité alimentaire » au cours de 2009, selon les chiffres les plus récents du recensement analysés par Feeding América, la plus grande organisation du pays dédiée à appuyer les personnes touchées par cette situation dans son rapport récent « Map the Meal Gap ». En fait, cette organisation explique qu’aujourd’hui elle offre ses services de soutien à 37 millions d’étasuniens, dont 14 millions d’enfants, une augmentation de 46 % comparée avec 2006.

Même dans la capitale du pays le plus puissant du monde il y a de plus en plus de faim. Dans la zone métropolitaine de Washington et ses comtés limitrophes, plus de 400 000 habitants ont souffert de la faim pendant la récession, selon le rapport récent de Feeding America et son analyse par le Washington Post. Des millions encore dans chaque partie du pays, tant dans des zones riches que marginales, on a enregistré des chiffres croissants de faim. « La majorité serait surprise de savoir les dimensions de la faim dans ses communautés. Les gens tendent à penser qu’on souffre de la faim « là-bas » , dans un autre lieu, mais pas ici même, non pas dans mon coin. Mais ce rapport démontre que ce n’est pas vrai : la faim est partout dans notre pays en ce moment », a commenté Vicki Escarra, directrice de Feeding America, au Washington Post.

« Il y a eu des moments où je n’ai pas mangé pour que mes enfants aient plus à manger. Je suis adulte, je peux le faire. Je peux boire de l’eau ou manger un morceau de pain. Mais on ne veut pas que ses enfants arrivent à dire : maman, j’ai faim, une heure après qu’ils aient mangé », a expliqué au Washington Post, Anette Emerson, mère célibataire de 46 ans. Ces histoires se répètent dans tout le pays.

Et quelle est la réponse du gouvernement ? Proposer de réduire l’assistance alimentaire aux nécessiteux, provoquer plus de coupes dans les dépenses sociales et réduire les taux d’imposition sur les revenus des millionnaires.

Mark Bittman, critique de gastronomie du New York Times [ Why We’re Fasting ], a annoncé lundi dernier qu’il se joignait à un jeûne d’une semaine avec environ 4 000 personnes dans tout le pays, dont l’intention est d’attirer l’attention publique sur les propositions du Congrès pour réduire sévèrement les programmes d’assistance pour les pauvres et pour ceux qui souffrent de faim dans ce pays. « Ces coupes faites soit disant pour réduire le déficit – à peine serait-ce une miette – causeront en vérité que plus de personnes meurent de faim, aillent au lit avec la faim ou vivent plus misérablement que maintenant. Et la proposition de loi augmentera la dépense pour la défense », a-t-il expliqué. Cela dit, devant quelques ironies : en 2010, les profits des entreprises ont augmenté avec le taux le plus rapide depuis 1950, tandis que le record de nombre de personnes qui dépendent de l’assistance fédérale pour manger a été atteint. Il a ajouté que les 400 étasuniens les plus riches ont plus de richesse que la moitié des foyers du pays, tandis que 45 % des étasuniens dépensent un tiers de leurs revenus en nourriture et cependant n’y arrivent pas, et un enfant sur quatre dort en ayant faim dans ce pays, au moins sur certaines périodes.

Bittman affirme : « nous avons besoin de nous rassembler et d’insister sur le fait que nos ressources collectives soient utilisées pour le bien-être collectif, pas pour mille, ni pour un million d’étasuniens les plus riches, mais pour la vaste majorité de nous tous aux États-Unis et, en fait, pour les citoyens du monde qui ont les difficultés à satisfaire leurs premières nécessités. Ou pour nourrir leurs enfants ».

Mais, apparemment, la faim n’est pas parmi les priorités de la classe dirigeante politique ou économique de ce pays. Apparemment, « l’insécurité alimentaire » n’est pas un sujet qui est considéré de « sécurité nationale ».


David Brooks
(journaliste étasunien du The New York Times et correspondant de La Jornada).

La Jornada, Mexico, le 4 avril 2011




source:
cligno étoile http://www.elcorreo.eu.org/?Faim-et-pauvrete-extreme-s-installent-aux-Etats-Unis

ÉMEUTES ALIMENTAIRES PRÉVUES AUX USA ?

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 15:22

 

 

Millones-para-el-genocidio-y-miseria-para-los-humildes-400x.jpg

J'ai trois guerres en marche et mon économie en faillite et tu me dis que tu as faim ?


Que valent ces deux millions d’enfants, la plupart décharnés,  souvent contre la poitrine tout aussi amaigrie de leur maman, sous un soleil de plomb, dans la poussière de la Somalie ou de l’Éthiopie en proie au bourdonnement de nuées de mouches ? Combien valent, mesdames et messieurs les puissants de ce monde, douze millions d’êtres humains encerclés par la mort qui rôde pendant que vous tenez réunion après réunion à Rome, à Nairobi ou ailleurs ? Certes, vous faites de beaux discours avec des trémolos dans la voix, mais vous ne faites rien ! Il vous arrive même de visiter la désespérance, les douleurs, l’horreur, l’agonie dans vos costumes trois pièces pour quelques minutes dans les camps de réfugiés. Puis, vous parlez. Vous parlez encore et toujours pour les télévisions, de manière proportionnelle à votre inaction concrète. Oui, dites nous, combien valent-ils ces enfants, ces femmes, ces hommes qui, en perdant leurs troupeaux, morts de faim et de soif, ont tout perdu et sont devenus eux aussi la proie de cette atroce mort ? Combien valent-ils ? Dix millions d’euros a répondu le gouvernement français. Honteux ! C’est le montant de la contribution de la France à la solidarité.

Dix millions ! C’est beaucoup moins élevé que le prix de n’importe quel hôtel particulier de Neuilly qui abrite n’importe lequel de ces maîtres de l’oligarchie française. Certes, on va encore nous rétorquer, sur le ton de ces donneurs de leçon qui mangeront langouste et caviar le weekend prochain sur leur yacht, que c’est la crise. De quelle crise parle-t-on ? La France dépense chaque jour plus de deux millions d’euros dans d’inutiles et imbéciles guerres en Libye ou en Afghanistan. Le budget militaire des Etats-Unis dépasse les 600 milliards de dollars. Mais, cette famine pour eux, ça vaut vingt millions de dollars ! Alors qu’ils  viennent de décider qu’ils peuvent s’octroyer 2100 milliards de dollars supplémentaires de dette. Or, l’Organisation des Nations-Unies réclame moins de deux milliards de dollars pour augmenter l’aide d’urgence à ces populations.


Alors, que valent douze millions d’êtres humains pour la nouvelle aristocratie mondiale dont les noms figurent au palmarès des plus grandes fortunes de la terre ? Les trois premières d’entre elles sur le podium de l’ultra-richesse disposent à elles seules d’un patrimoine plus élevé que la richesse totale des 50 pays les moins développés. Que valent alors ces douze millions d’êtres humains qui agonisent dans la suffocante chaleur africaine ? Certes, il y sévit la plus grande sécheresse depuis 60 ans. Mais comment peut-on aller sur la lune, explorer la planète Mars à la recherche de traces d’eau et être incapable de construire des usines de dessalement de l’eau de mer pour douze millions d’êtres humains ?


Cette famine n’est pas d’origine essentiellement technique. Elle prend sa source, comme les multiples maux qui minent désormais les équilibres et la vie sur notre planète, dans des décisions politiques au seul service de la finance. Oui, des décisions, des choix qui refusent de constituer des stocks publics mondiaux de céréales contre la spéculation sur les matières premières agricoles. Qui laissent des pays entiers mourir à petit feu pour satisfaire les institutions financières internationales qui se nourrissent de la dette de ces pays et de ses intérêts, sans pouvoir produire. Qui préconisent et organisent le libre-échangisme intégral et cette concurrence prétendument libre et totalement inégale et faussée, ces deux mamelles du capitalisme mondialisé. Ce système favorise l’agriculture des terres fertiles au détriment des terres moins riches et soumises aux aléas climatiques. Au nom d’on ne sait quelle écologie, il privilégie la production d’agro-carburants au détriment de cultures vivrières en Afrique pour alimenter demain les réservoirs de nos voitures. Il oblige des paysans d’Éthiopie ou du Kenya devenus esclaves modernes à produire des fleurs qui sont réexportées en Europe. Un système, le capitalisme mondialisé et financiarisé, incapable de concevoir que l’argent dilapidé dans la course aux armements et dans la guerre soit consacré à la recherche sur le climat, l’agronomie, l’eau ou les semences pour nourrir durablement une population mondiale qui va encore considérablement augmenter. Tout aussi incapable de concevoir un monde dans lequel l’eau, l’énergie et la production agricole seraient, comme l’air que l’on respire, des biens publics mondiaux, avec la possibilité pour chaque peuple de décréter les moyens de sa souveraineté alimentaire. L’urgence est l’aide à apporter. Saluons et félicitons les organisations de solidarité, les bénévoles qui se dévouent pour aider ces populations. En même temps, une réflexion sur l’avenir s’impose.


La crise de ce système et le niveau atteint par la civilisation appellent partout coopération et partage. Mais, la course à la rentabilité capitaliste s’y oppose. Parce qu’il s’agit d’enjeux planétaires, parce qu’il s’agit de chaque être humain, de son environnement, il faut sortir de cette loi de la jungle, de la concurrence de tous contre tous, au profit de la solidarité et de la coopération. Coopération entre équipes de chercheurs et partage des savoirs. Coopération, réorientation et partage des richesses ; nouvelle manière de produire celles-ci. Coopération internationale et droits des peuples à disposer de leur souveraineté économique, politique, énergétique, alimentaire ; droits des peuples à penser un autre avenir, plaçant l’humain au cœur de tous les choix et gérant ensemble par de nouvelles institutions démocratiques, la planète au service de tous et non plus pour l’argent de quelques-uns qui détruit tout et sème la misère, la pauvreté, la mort partout.


Le monde aujourd’hui a besoin de ce nouvel humanisme, de ce communisme de liberté, de solidarité et de partage à inventer, dans un processus démocratique inédit qui permette de redonner leur immense valeur humaine aux douze millions d’êtres humains qui agonisent dans la canicule africaine.


Patrick Le Hyaric

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  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

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Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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