27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 19:48
Honduras et ingérence étasunienne, Mel Zelaya témoigne

« […] la faiblesse et la fragmentation des groupes politiques du pays sont les principales responsables de ce que l’ambassadeur des EU se soit converti en “chef de la salle des opérations politiques et de sécurité du pays”, et de ce que lui soit accordé effectivement le dernier mot dans une série de problèmes internes. »

Cette citation est extraite d’un texte que j’avais traduit en 2012 et qui montre comment de fait l’ambassadeur des USA est le vrai gouverneur du Yémen, courroie de transmission des intérêts US dans le pays. Mais ce paragraphe pourrait être appliqué sans en changer un mot à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, comme le confirme le témoignage de José Manuel Zelaya Rosales président renversé du Honduras et actuel député du parti LIBRE (liberté et refondation).

Dans de nombreux pays d’AL le terme AMBASSADE prononcé avec une emphase particulière désigne, sans aucun doute, l’ambassade des USA. Quand Evo Morales a été élu président de Bolivie, pour la première fois et qu’il a pris possession du bureau présidentiel quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu’il y avait une seconde porte à ce bureau, que cette porte s’ouvrait sur un couloir et que ce couloir conduisait directement dans les bureaux de l’Ambassade des USA….

Ici je vais vous traduire quelques extraits d’une récente Interview de Manuel Zelaya, président du Honduras renversé par un coup d’état militaire fomenté par les USA le 28 juin 2009. L’interview a été réalisée par Laura Carlsen, journaliste du média mexicain indépendant Rompeviento, Mel y fait des révélations importantes concernant les modes de l’ingérence étasunienne au Honduras. Il décrit aussi la catastrophe qui résulte de l’application des recettes néolibérale dans son pays. Une rengaine à présent connue de tous : des privatisations qui enrichissent quelques-uns, des Transnationales et leurs complices locaux, alors que l’ensemble de la population est réduite à la misère. Ils détruisent jusqu’à notre dignité, dit Mel. Les gens ne migrent pas, ils fuient. Ils fuient la misère et le manque d’opportunités.

Depuis 10 ans le peuple du Honduras est en résistance. Cette semaine le peuple du Chili s’est soulevé. Si l’expérience néolibérale au Honduras est de notoriété publique une catastrophe, le Chili se présentait jusque-là comme le modèle à suivre d’application de cette idéologie, une oasis, la Suisse de l’Amérique Latine. Dans les 2 pays on constate pourtant cette même réalité : le modèle creuse les différences entre une petite caste de très riches et l’immense majorité de la population jetée dans la plus cruelle misère. Une plus ou moins longue agonie.

Les gens ne migrent pas, ils fuient.

Les gens ne migrent pas, ils fuient.

Le projet de Mel Zelaya, président du Honduras était un projet de souveraineté nationale, similaire en beaucoup d’aspects à celui qui avait valu à Jacobo Arbenz alors président du Guatemala d’être renversé par un coup d’état made in « USA » en 1954.

Mel nous dit : « L’initiative privée avec sa créativité et sa force de production n’est pas le problème en soi. Les problèmes arrivent quand ce secteur concentre des privilèges et des richesses et nie les droits du peuple, réduit au silence les voix de la population, avec pour résultat des régimes totalitaires, des systèmes excluant et un haut niveau d’exploitation qui détruit le milieu ambiant et détériore l’humanité elle-même. Le problème ce sont les racines, c’est un problème d’essence : la globalisation de l’économie dirigée à travers un système hégémonique qui produit un système de haute dépendance aux fluctuations du capital et met les peuples à genou, en particulier dans les petits pays comme le Honduras. »

Comme Jacobo Arbenz, Manuel Zelaya développait un modèle de souveraineté nationale, quand les ressources et productions locales servent en priorité pour le bien être des habitants du pays. Il adhérait également au mouvement de souveraineté et entraide régionale intégré par les mandataires progressistes et quelques autres au début de ce siècle. Il s'était tourné vers eux, il s’était vu refuser toute aide pour la mise en place de ces projets de programmes éducatifs, de santé publique et de stimulation de la production national par le FMI, les USA et autres instances néolibérales. Il avait alors reçu l’aide du Brésil et du Venezuela… Le peuple n’en bénéficiera jamais, Mel sera renversé avant d’avoir pu utiliser les fonds avancés qui seront utilisés par les putschistes pour construire la dictature.

juin 2009 Mel président de Honduras et ami du peuple est enlevé par les militaires qui l'emmenent hors du pays

juin 2009 Mel président de Honduras et ami du peuple est enlevé par les militaires qui l'emmenent hors du pays

Quand il arrive à la présidence, l’Ambassadeur (des USA) lui rend visite et lui remet une enveloppe et lui dit : « Président je voudrais que quand vous arriverez chez vous, vous ouvriez cette enveloppe. Je vous y fait une recommandation. La lettre en question ne comporte aucun signe qui identifie son origine. Une liste y figurait. Pour le secrétariat à la défense, 3 noms sont proposés. [Mel rigole] c’est démocratique, il nous laisse un large choix ! Entre trois personnes qui ont été recrutées par l’Ambassade. »

Mel bien sûr n’a pas obéit à cette « recommandation », ni à celles qui ont suivi et veulent lui imposer ses ministres et secrétaires d’état dans les domaines de la Sécurité, l’Économie, la Finance, lui laissant la liberté dans les domaines des Sports, des Arts, de la Musique...

Quand l’ambassadeur lui demandera s’il a un commentaire à faire à ce sujet, il répondra : aucun commentaire. Mais c’était clair: « Avant mon arrivée au pouvoir la « coutume » était que ce soit les États-Unis qui décident des ministres, des secrétaires d’état. L’ambassade manipule les médias, elle manipule les cercles de pouvoir, une partie des églises se plient à son influence, les politiciens lui demandent sa permission avant d’agir. La Défense, la Sécurité, c’est le Commandement Sud des USA qui les dirigent. L’économie c’est le Fond Monétaire internationale qui la prend en mains en complicité avec la cinquième colonne, les entrepreneurs locaux qui sont associés de transnationales. Non seulement ils manipulent la Sécurité, l’économie, la production ; ils manipulent également la justice avec l’aide de l’OEA qui décide quel corrompu doit être arrêté et quel autre jouira d’impunité. »

Mel ne recevra aucune des aides qu’il demande pour ses réformes au bénéfice du peuple, ni pour pratiquer une réforme agraire qui restitue la propriété des terres à leurs légitimes habitants et mettre en place les conditions d’une souveraineté alimentaire. Le FMI exige au contraire qu’il réduise la masse salariale et qu’il pratique une dévaluation qui favorisera la pénétration des transnationales. Ce n’est pas étonnant. Le modèle de division mondiale du travail veut que les pays de la périphérie fournissent à bas pris les matières premières, fournissent un travail esclave dans les maquiladoras ou les cultures d'agro-industrie d’exportation dont les transnationales tirent profit. Alors que l’utilisation de pesticides interdits dans les pays développés empoisonnent les cultivateurs et leurs famille. Depuis le coup d’état, quand des communautés réclament les titres de propriété qui leur avait être accordés par la réforme agraire, elles se font expulser de leurs terre et pire elles sont criminalisées, qualifiées de terroristes ou ne narcotrafiquants. Les meneurs des lutte comme Berta Caceres sont agressés, harcelés, assassinés, leurs familles menacées sont souvent forcées à l’exil. La destruction des cultures vivrières, de la production locale visent à rendre ces pays totalement dépendants d’importations que la plupart ne peuvent se payer. Le néolibéralisme ne tolère aucun projet de souveraineté nationale. Il a abandonné depuis longtemps le masque humain derrière lequel il dissimulait ses véritables intentions. Le génocide est en cours.

« La Constitution nous dit que nous sommes un pays indépendant, que nous sommes un pays souverain, que nous sommes un pays qui s’est constitué comme état nation, et à la fin et quand je suis arrivé à la présidence j’ai découvert que nous n’étions rien d’autre qu’une colonie. Nous sommes une société soumise à travers la dépendance d’un système économique qui nous appauvrit toujours d’avantage. Et qui chaque fois nous rend plus Indignes, plus Misérables, plus déchus et serviles. »

Rester digne dans la misère

Rester digne dans la misère

Le régime du Honduras non content d’être corrompu est un narco-état. Le frère de l’actuel président, Juan Orlando Hernandez, est jugé à présent à New-York (il a été condamné cette semaine) pour participation au narcotrafic à grande échelle internationale (en complicité avec des narcos colombiens et le cartel de Sinaloa du Mexique) et les enquêtes montrent que les profits de ce trafic ont alimenté les campagnes électorales de JOH. Et les réseaux de corruption du pays. Cela fait des années que la DEA mène l’enquête sur JOH, les preuves de son inculpation s'accumulent, depuis son premier mandat, avant même sa réélection inconstitutionnelle… comment se fait-il que les USA qui prétendent mener une lutte frénétique contre la drogue tolère un président impliqué dans le narcotrafic. La réponse est connue : la guerre contre la drogue n’existe pas, elle n’a jamais existé, elle est une guerre contre les peuples, un outil de déstabilisation qui favorise les intérêts des transnationales.

Renverser JOH sans changer le système ne sert à rien. L’ambassade des USA le remplacera par un autre fantoche. Son élection à un premier mandat était déjà le résultat d’une fraude électorale que j’ai documenté à l’époque. Elle mettait en jeu divers processus, une modification du contenu des urnes, des groupes armés empêchaient les électeurs de se rendre dans les bureaux de vote… Par exemple : l’ambassadrice des USA de l’époque, Kubiske, se rendait jusqu’au fin fond des campagne, elle y amenait des cadeaux, des cartes d’électeurs et… des « méthodes du Bien Voter »…

Pour Mel il n’y a qu’une seule solution pour lutter contre la corruption :

« La solution réside dans le partage du pouvoir de décision entre le plus grand nombre de personnes possible : souveraineté populaire.

Le système dans son illusion de dominance disqualifie tout discours qui n’est pas conforme à son idéologie postulée comme Vérité Unique. Dans la réalité chacun à une opinion et ces opinions peuvent être différentes, c’est quand ces différentes opinions se conjuguent que nous rencontrons le chemin de la vérité, le chemin de la liberté, le chemin de la justice. »


 

Vendredi 29 octobre 2019 la police fait taire la voix du peuple qui exige le départ du président corrompu et incapable

Vendredi 29 octobre 2019 la police fait taire la voix du peuple qui exige le départ du président corrompu et incapable


 

L’interview est longue et je ne peux pas tout traduire. Mais il dit certaines choses que je voudrais mettre en évidence ici, parce que de cela on ne parle jamais. Il voudrait également un pays ou chacun puisse faire un travail qu’il aime au mieux de ses qualités. Et cela c’est fondamental, j’ai fait des boulots durs, des boulots dont beaucoup ne voudraient pas, mais je les ai fait avec plaisir, parce que cela faisait partie de la réalisation de projets communs partagés avec des gens que j’appréciais. La production industrielle atteint les limites des ressources de la planète ; le système de l’emploi prend la forme d’un nouvel esclavage qui fait prévaloir l’idée du travail comme souffrance. Changer de système c’est remettre les métiers à l’honneur. L’hyper-production c’est aussi un système qui vend à des esclaves les produits de basse qualité produit par d’autres esclaves, des miettes comme autant d’illusions qui contribuent à maintenir la paix sociale sans que personne y trouve son bonheur.

Manuel Zelaya était un bon président. Un homme simple, vivant dans une maison de classe moyenne, se déplaçant à moto, sans escorte, pour déjeuner dans les restaurants populaires. Le Honduras est un pays de 9 millions d’habitants. Quelques heures après qu’il ait été renversé, à l’aube du 28 juin 2009, 600 000 personnes protestaient rien que dans les rues de la capitale Tegucigalpa. Une mobilisation qui durera plusieurs mois et n’a jamais cessé depuis. Un président populiste est un président qui utilise le langage de la démagogie et utilise des méthodes clientélistes pour acheter les votes. Manuel Zelaya était un président populaire, qui agit de manière transparente en consultant ses mandants pour décider ensemble, un ami du peuple, parce qu’ensemble ils partagent un même projet de pays.

Mais cela fait partie du langage unique, de la pensée unique qui disqualifie la volonté des peuples, la notion de populaire a été bannie de nos vocabulaires, et les peuples, considérés comme stupides par nature, quand ils choisissent des représentants qui vont se mettre à leur service, sont accusés de céder aux chants de sirènes du populisme. Comme s’il était stupide de vouloir des conditions de bien-être, de juste répartition, la participation aux décisions qui nous concernent.

Participer ensemble aux décisions qui nous concernent que ce soit dans notre quartier, dans notre ville, dans notre pays, pour l’avenir de la Vie sur Terre, c’est la condition première pour construire un monde dans lequel chacun disposeraient des conditions du bien -être et de la dignité. Cela nous dit Mel ne se reproduira pas sans que les USA et l’Europe se remettent en question parce que jusqu’ici quand un président démocratique, pacifique veut construire un projet de souveraineté nationale ils le renversent. Ils font taire les voix divergentes, alors que la vérité se construit par la rencontre des points de coïncidence après que chacun ait exprimé son point de vue, nous dit Mel. Ce n’est pas possible quand toute parole différente est disqualifiée au nom d’une prétendue Vérité Unique et valable pour tous.

Au cours des derniers jours nous avons pu voir les USA, malgré les divisions politiques internes du pays, utiliser des mêmes techniques et d’autres pour déstabiliser le gouvernement du Mexique qui prétend également mettre en place un projet de souveraineté nationale, de démocratie participative et de juste répartition des richesses dans le pays. Comme l’avait fait Manuel Zelaya, Andrés Manuel López Obrador refuse de céder à la pression. Au contraire il appelle l’ONU, l’Amérique Latine et le monde à mettre un terme au modèle néolibéral, à ses méfaits. Aujourd’hui, dimanche, et il y a un relatif moment de calme dans le déroulement de cette tentative de réactiver une « guerre de basse intensité » au Mexique, et dans la prolifération d’information qu’elle génère… nul doute que demain amène de nouveaux développements de cette situation périlleuse.

Anne W

PS : résistance à la désinformation. Si certains médias occidentaux titrent : « des milliers de manifestants protestent contre le gouvernement d’ Andrés Manuel López Obrador », ils omettent de nous faire savoir que des centaines de milliers d’autres manifestent en soutien à leur président.


 

Rio Blanco foyer de résistance du peuple lenca du Honduras

Rio Blanco foyer de résistance du peuple lenca du Honduras

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 04:03

 

 

« Je crois qu’il est temps de changer le modèle économique qui s’est imposé pendant des décennies. Les gens ne veulent plus de sacrifices faits seulement au bénéfice de minorités. C’est très injuste ».

Andrès Manuel López Obrador

Andrès Manuel  López Obrador

Andrès Manuel López Obrador

Chaque matin à 7 heures le président du Mexique Andrès Manuel López Obrador, après sa réunion avec le Conseil de Sécurité tient une conférence de presse. Voici comment AMLO a ouvert cette conférence le 24 octobre 2019, par un message à l’ONU, à l’Amérique Latine et au monde.

 

Un des buts revendiqué par le gouvernement du Mexique est de mettre fin au néolibéralisme dans le pays. Mais mettre fin au néolibéralisme dans un seul pays n’est pas possible. L’Empire du Nord a attaqué le Mexique et son gouvernement, le Président réagit, il lance un appel à la solidarité des peuples pour en finir avec le Monstre. Un courant de refus du néolibéralisme soulève les populations dans toute l’Amérique Latine. Qu’est-ce que le néolibéralisme et pourquoi les populations veulent-elles y mettre un terme ?

L’exemple du Chili illustre fort bien les raisons qui font du refus du néolibéralisme une question de survie pour beaucoup d’habitants de la planète. Le Chili était pourtant présenté comme la Suisse d’Amérique Latine, un pays prospère où les habitants disposent du salaire de base le plus élevé d’Amérique Latine (300$ par mois, soit 3600$ par an dans un pays où en 2018 le revenu moyen par habitant en fonction du PIB est supérieur à 13 000$ ). Alors que les coût des loyers, des transports, de l’énergie, de l’éducation, de la santé y sont sont équivalents ou plus élevés que ceux d’Europe. Une petite partie de la population concentre la plus grande partie des richesses du pays. Cela fait de ce pays le 7ème sur la liste mondiale des pays les plus inégalitaires, le 7ème du monde !

Sans entrer dans les détails, le néolibéralisme est cette phase du capitalisme où la richesse financière, la propriété du territoire et des moyens de production se concentre entre un nombre toujours plus restreint de « privilégiés » au détriment de tous les autres dont la qualité de vie, la survie sont menacé par ce dépouillement, cette dépossession qui, quand elle ne tue pas immédiatement ses victimes, crée les conditions d’une infra-humanisation.

Une partie au moins des forces de gouvernement des USA ont lancé une attaque contre le gouvernement du Mexique. Je me demandais hier qu’elle serait la réponse d’AMLO à cette attaque contre la souveraineté du pays, la voici, un appel à la solidarité internationale pour mettre ensemble un terme aux exactions du néolibéralisme.

Même s’il n’est pas toujours évident de savoir qui est réellement aux commandes aux USA, nous pouvons observer à travers de plus de 70 ans de continuité des politiques de mise sous tutelle et pillage de l’Amérique Latine, que dans les termes de la doctrine de sécurité « défense des intérêts et de la sécurité des USA » le terme USA doit être remplacé par Corporations étasuniennes. Des Corporations que servent tant les gouvernements officiels US, que le Pentagone ou les services de renseignement et interventions « secrètes » de ce pays. C’est une constante. Des corporations qui remplacent les gouvernements du monde par des gouvernances qui sont les interfaces, les relais de transmission de leurs diktats aux peuples dépouillés de leur souveraineté. Dans ce contexte, le message d’AMLO est une déclaration de guerre de fait à ces Corporations :

« Le modèle néolibéral est épuisé, c’est un échec. Les gouvernements qui n’opèrent pas de changements et poursuivent les mêmes politiques affrontent des problèmes avec leurs peuples...parce que les gens ne veulent plus d’avantage de sacrifices seulement pour le bénéfice de minorités, c’est très injuste. Toutes les politiques de privatisation ont été un échec. Elles ont bénéficié seulement à des petites minorités, appauvrissant des millions d’êtres humains. C’est la cause des mouvements de rébellion, de non-conformité. Nous autres, notre peuple sage a compris que le moment est venu de changer ces politiques. Et cela, il l’a exprimé massivement l’année passée dans les urnes. Et nous sommes en train d’opérer une transformation de manière pacifique et de démontrer que c’est possible de mettre en pratique une politique différente, que oui, il est possible de mettre en pratique une politique qui prenne en compte tous les mexicains, que le gouvernement ne soit pas celui d’une faction, que le gouvernement ne soit pas se mettre au service de groupes d’intérêts fabriqués, que le gouvernement représente tous (les habitants) et que doit mis en avant le bien-être du peuple. C’est cela qui crée la gouvernabilité, c’est cela qui permet la paix sociale. C’est ma réflexion. Heureusement cela commence à être compris et accepté par tous les gouvernements. Dans le cas de l’Équateur ils ont pu faire marche arrière à la mesure d’augmentation des combustibles. Clairement pas seulement pour les manifestations, qui sont ce qui met en évidence cette non-conformité. Mais cela vient d’où ça, d’augmenter la décision d’augmenter le prix du combustible ? Cela vient de l’ancienne politique, du vieux régime, de l’orthodoxie du modèle néolibéral.

Je disais hier que j’allais faire un commentaire au sujet d’un personnage. Quel personnage ? J’ai des informations, cela fait partie du domaine public, il y a une enquête au sujet d’un personnage puissant, un potentat qui avait recommandé au gouvernement précédent de doubler le prix de l’essence au Mexique, cela au début du mandat du précédent gouvernement, et [ces gouvernants] de cela ils en ont tenu compte. Rappelez-vous combien coûtait l’essence lors des débuts de ce gouvernement et quel en était le prix à la fin. [entre 2012 et 2018, le prix moyen de l’essence est passé au Mexique de 9,8 pesos à 18,3 pesos NdT] cette mentalité était prévalente. Elle résout le problème des finances publiques : pour faire rentrer plus d’impôts, augmentez le prix de l’essence.

Dans le cas de l’Équateur, ils ont fait marche arrière avec cette mesure. Dans le cas du Chili, il est également question d’une augmentation, celle du prix des transports publics, du métro. Et ils ont reculé. Je célèbre ce recul opéré par les mandataires, parce que ce serait téméraire de soutenir par le feu et le sang ces mesures. Dans le cas du président du Chili, il a été jusqu’à présenter des excuses. Dans un acte que je considère comme d’honnêteté, une rectification. Mais, à la fin, c’est le même schéma, et cela n’est plus possible d’appliquer ces politiques. Ces politiques, il faut les mettre de côté, mais également les organismes financiers internationaux doivent aider, ils doivent coopérer. Et ne pas être là à contraindre, à obliger les gouvernements à imposer ce types de politiques anti-populaires. J’espère que ces changements vont se poursuivre et aboutir, parce que de cette manière ils obtiendront le développement, le bien-être, et le plus important : la paix.

Il y a déjà une attitude différente de la part des organismes financiers internationaux, mais il y a aussi des résistance, comme toujours. Il faut que soit produit, avec beaucoup d’objectivité, un rapport sur l’échec du modèle qu’ils ont imposé pendant une longue période, une autocritique sans tomber dans l’auto complaisance., et il doivent continuer à rectifier et changer et mettre en avant le bien-être des personnes, le bonheur du peuple. »

AMLO, 24 octobre 2019

 

Cet appel devrait être un tissu d’évidences. Non ? Et pourtant nous savons bien que ceux qui tiennent de tels propos aujourd’hui deviennent des cibles pour les assassins du système.

 

Au cours de décennies d’ingérence étasunienne en Amérique Latine d’autres présidents ont été renversés, d’autres leaders politiques ont été assassinés pour moins que cela. Un appel à mettre fin au néolibéralisme, c’est un appel à en finir avec les privilèges des quelques rares bénéficiaires de ce système mortifère, brutal, cruel, grossier, destructeur de la vie et de la beauté du monde. Je ne comprendrai jamais ce qui motive ces gens, leur manque d’empathie. Mais j’ai appris qu’il ne sont pas prêts à céder une parcelle de leur pouvoir, un centime de leur fortune, une parcelle de leurs propriétés pour le bien du plus grand nombre, en particulier des plus pauvres. Il se sont contentés pendant longtemps de distribuer les quelques miettes indispensables au maintien d’une fiction de paix sociale. A présent les processus de leur enrichissement par dépossession de tous les autres s’accélèrent. Je n’ai aucun doute quant au fait que Andrés Manuel est parfaitement conscient du caractère de provocation de ce message. Non qu’il ait envie de provoquer qui que ce soit, mais le simple fait de vouloir en finir avec l’accaparement par quelques-uns des ressources du monde, est aux yeux de ces (indicibles) une déclaration de guerre, un crime qui doit être puni.

Je ne suis pas encore prête à dire ce que je pense du projet d’AMLO dans son ensemble. J’ai appris au cours de ma déjà longue existence, que si chacun est porteur d’un projet de monde, le monde qu’elle ou il voudrait voir exister, tous sont soumis à des contraintes, celles qui résultent de la possibilité réaliser ce projet sans faire obstacle au projet d’autrui et celles qui résultent d’un moment donné de l’histoire. Et cette contingence redistribue les alliés et les ennemis.

Il y a un demi-siècle quand le système a inventé l’exclusion sociale en masse de ceux qui ne se répondaient pas aux impératifs de conformité du système qui se mettait en place, cela nous faisait rire : exclusion de quoi ? Du consumérisme et des sacrifices qu’il impose à ceux qui en veulent toujours plus. Nous ne voulons pas d’un monde où « la fonction fait l’homme », nous ne voulons pas être employés, nous voulons travailler, acquérir des savoir-faire et des connaissances qui nous déterminent toujours d’avantage en tant que personne singulière, dont l’apport au Vivre Ensemble contribue avec originalité au bien être de tous dans la diversité des possibles, une invention continue de la Vie. Nous nous disions alors : pas de problèmes, nous construirons nos mondes dans les failles du système, les failles ce n’est pas ce qui manque. Nous ne voulons pas grand-chose, un bout de territoire où nous donner les moyens de vivre bien, simplement, par notre travail, en harmonie avec nos voisins, avec ce milieu ambiant dont nous faisons partie.

Quand les envahisseurs du territoire qui deviendra États-Unis d’Amérique du Nord se sont appropriés de cette Terre, ils ont massacrés les habitants et les survivants ils les ont repoussés vers des espaces toujours plus réduits, les réserves comme des prisons à ciel ouvert où se consomme la lente agonie de peuples autrefois fiers et dignes. Après ils ont étendu au monde ce principe d’appropriation de territoires au détriment des habitants originaires. Nous avons vu se réduire les larges failles de la géographie du système, notre accès au territoire. Aujourd’hui il reste à peine des interstices dans lesquels se glisser pour échapper aux moules des réducteurs de conscience. Des interstices qui se réduisent et nous étouffent, discrètement.

Ce que propose AMLO, un être humain imparfait comme tel, c’est de renverser ensemble ce processus d’expropriation, de mettre un terme à cette agonie par étouffement. Ce n’est pas grand-chose et c’est beaucoup à la fois.

Anne W

 

Pour terminer en beauté, le cri de la fête de l’indépendance du Mexique le 16 septembre, un moment de bonheur partagé.

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 14:04

 

 

Depuis plusieurs mois je découvre intensément le Mexique, mais le sujet est tellement riche, vaste, que jusqu’ici je n’avais pas trouvé le chemin pour aborder ce thème sur le blog. Face à la désinformation éhontée qui sévit dans la presse francophone concernant les événements de la semaine dernière à Culiacán et les révélations qui ont suivi, j’ai choisi cette entrée en matière pour aborder ce sujet passionnant : le Mexique en quête d’équité et de souveraineté nationale et populaire.

 

Les événements de Culiacán (capitale de l’état de Sinaloa, côte pacifique du Mexique) qui se sont déroulés depuis le jeudi après-midi au samedi de la semaine dernière ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dans une première phase, il s’agissait de dégager la réalité derrière les informations contradictoires qui circulaient, y compris dans le discours officiel du propre Secrétariat à la Sécurité Civile du pays.

La première version de ce secrétariat décrit une opération de patrouille de routine d’un groupe d’une trentaine d’effectifs de la Garde Nationale qui auraient été attaqués par surprise depuis une villa. Les gardes auraient répondu à cette agression et se seraient alors emparés de la villa où se trouvait justement Ovidio Guzman, fils du narcotrafiquant Joaquin Gusman Loera, un des chefs du groupe criminel transnational connu comme Cartel de Sinaloa. Guzman mieux connu sous le nom de El Chapo a été récemment condamné par un tribunal de New York à l’emprisonnement à vie.

Quelques heures plus tard, cette version sera complètement démentie par le même Secrétariat de Sécurité dont la nouvelle narration décrit une tentative d’arrestation du même Ovidio G. sur base d’un mandat d’extradition (sollicitée par les USA) émis par un juge. L’opération aurait foiré parce que le groupe militaire en question, déjà engagé dans l’action, n’aurait pas reçu à temps le mandat qui lui permettait d’opérer légalement cette arrestation alors que pendant leur attente, le cartel avait mobilisé quelques centaines de membres de son armée dotée d’armes de guerre pour prendre en otage Culiacan, menaçant d’opérer un carnage si el Chapito Guzman n’était pas immédiatement libéré. Il apparaît alors que ni le secrétariat de sécurité, ni le chef d’état n’avaient été informé de cette opération et qu’ils se retrouvaient devant le fait accomplit : une opération bâclée qui enfreint toutes les règles. Selon divers experts une telle opération demande la mobilisation de plusieurs centaines d’effectifs, disposant d’une couverture par hélicoptères et d’un centre de coordination efficace. Cette opération a eu lieu dans l’après-midi alors que toutes les règles veulent qu’une telle intervention se déroule à l’aube, quand il y a peu de présence d’habitants dans les rues, après qu’un cordon sanitaire ait été établit pour assurer la protection des civils du voisinage.

Mis devant le fait accomplit, face à l’ampleur de la crise, et pour éviter le risque de massacre parmi la population civile, le secrétaire d’état décide de relâcher Ovidio, une décision qu’avalisera inconditionnellement le chef de l’état Andrés Manuel López Obrado (AMLO).

La décision d’Andrés Manuel recevra entre 80 % et 90 % d’approbation de la part des habitants de Culiacán, alors que le reste du pays est partagé. Ce qui est intéressant, c’est que nombre de ceux qui ne soutiennent pas AMLO approuvent néanmoins ce qu’ils et elles considèrent comme une sage décision.

Ces événements ont généré des flux de questions qui à leur tour ont donné lieu à une multiplications de débats pour tenter d’y répondre. Dans un premier temps, il apparaît que si la décision de libérer le jeune Guzman n’est pas questionnable, ce qui l’est et exige des réponses claire de la part du gouvernement, c’est le fait qu’un petit groupe de Gardes Nationaux ait pu entreprendre cette opération sans que soit consulté ni le chef d’état ou au moins le Secrétariat de Sécurité.

Une enquête est en cours pour mettre des noms sur ceux qui dans la chaîne de commandement sont responsables de ce cafouillage qui aurait pu tourner au massacre entraînant le pays dans une nouvelle guerre contre le narcotrafic sur le même mode que celle qui au cours des précédents mandats présidentiels avait fait des centaines de milliers de morts, principalement des civils, généré un climat de terreur dans le pays et entraîné des déplacements massifs de population entre autres conséquence néfastes pour la tranquillité du pays.

AMLO l’a clairement exprimé, bien avant même la campagne présidentielle qui l’a porté au pouvoir : il ne combattra pas les Cartels du Narcotrafic et autres formes du crime organisé par les armes. « On éteint pas le feu en y jetant de l’essence » a-t-il coutume de dire, et les résultats catastrophique d’escalade de la violence obtenus par les guerres contre les narcos menées par ces prédécesseurs semblent bien lui donner raison. Plus de deux décennies de « guerre contre le narco trafic » en Colombie, en Amérique Centrale et au Mexique l’ont clairement démontré, cette stratégie n’est pas seulement inefficace elle est très clairement aussi sanglante que contre-productive. Du moins si son véritable objet est d'éradiquer la production de narcotiques et la quantité de ces produits qui pénètrent aux USA pour alimenter une demande qui n’a cessé de croître.

Pour lutter contre le narcotrafic et la violence toujours plus terrifiante qui l’accompagne, AMLO développe différents axes de lutte comme la prévention. Par exemple en luttant contre l’abandon scolaire par l’octroi de bourses aux familles d’étudiants dans l’ensemble de leur parcours scolaire, en accordant des subsides aux entreprises et artisans qui forment de jeunes apprentis et en développant un programme de jeunes inventant le futur qui se déploie dans de vastes domaines artistiques, protection du milieu ambiant, travail communautaires…. Un autre axe de lutte est la lutte contre la corruption qui prétend éradiquer le narcotrafic en s’attaquant aux biens mal acquis et aux ressources financières des Cartels et de ceux qu’ils ont achetés. Le projet de souveraineté alimentaire a également des impacts dans la lutte contre le narcotrafic. En effet de nombreux paysans ont du abandonner leurs terres chassé par les narcos ou se mettre au service de ces derniers en cultivant l’opium, la coca ou la marijuana. Repeupler les campagne et permettre aux paysans de disposer d’un juste revenu pour la culture de produits alimentaires, permet d’éviter que ceux-ci s’adonnent à des cultures illicites, souvent les seules qui leur permettaient de nourrir leur famille.

 

Les USA qui ont dépensé des milliards de dollars pour « lutter », sans succès, contre le narcotrafic dans les pays du Sud n’ont jamais rien entrepris pour mener sur leur territoire une lutte de prévention, au contraire, nous verrons pourquoi par la suite. Le seul changement significatif dans le marché de la drogue aux USA est celui du rôle devenu prédominant de sociétés pharmaceutiques dans la croissance de l’addiction de la population au cours des dernières années. Une diversification qui étend le phénomène de la dépendance aux opiacé à des couches de populations qui jusque-là étaient relativement épargnées. La multiplication des overdoses provoquant une chute de l’espérance de vie dans le pays.

 

Pour évaluer la stratégie de López Obrador et ses chances de succès de nombreux facteurs sont à prendre en compte. La situation dont il a hérité est grave, complexe, pour la comprendre une connaissance de l’histoire du narco-terrorisme mexicain s’impose. J’emploie le terme narco-terrorisme au sens large qui recouvre autant les dit « Cartels » et leurs méthodes que la manière dont ils se sont militarisés avec l’aide en arme et formation des USA qui ont contribué à leur transformation en armées, utilisant des modèles éprouvés, les méthodes de formations de l’École des Amériques ou celles des Kabyles du Guatemala, des militaires conditionnés pour devenir les tortionnaires des gauches et autres souverainistes latinos, spécialistes des coups d’état militaires, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires, maîtres en matières de soumissions des populations par la création d’un climat d’insécurité et de terreur.

Une petite anecdote concernant les formations que reçoivent ces militaires : chaque nouvelle recrue doit se charger d’un animal de compagnie. Si les étudiants de l’École des Amérique se verront obligés quelques années plus tard de tuer leur compagnon animal et de le manger, les Kabyles eux doivent le manger vivant. Leur formation fait de ces militaires guatémaltèques une élite parmi les élites qui ne reculent pas quand le devoir leur impose de massacrer des communautés indigènes ou des paysans requalifiés pour l’occasion de terroristes, narcotrafiquants ou autres étiquettes utilisée pour qualifier des ennemis intérieurs fabriqués de toutes pièces.

 

Qui est qui dans ce jeu pervers est fort difficile à définir. Non seulement certains Cartels sont formés en partie d’anciens militaires de forces spéciales, de kabyles ou d’anciens membres de la DEA, alors que d’autres ont bénéficié d’une relative impunité pour les services qu’ils ont rendu aux USA qui les ont armés pour lutter contre les autres cartel (cas du cartel de Sinaloa). La DEA n’est pas une organisation homogène, et de nombres de ses membres ont crée leur propres réseaux et lignes de trafic, avec l’aval ou non de leur direction ? La réponse n’est pas claire. Certains louent parfois leur service de sicaires à des cartels de la drogues et autres transnationales. On a vu à diverses reprises la CIA (à l’insu des agents de terrain de la DEA) utiliser des organisation narcos dans sa lutte contre la « subversion » comme pendant la guerre des Contras. Les USA livrent des armes aux forces « contre-insurrectionnelles » d’Amérique Centrale contre de la drogue qui arrosera la jeunesse rebelle dans un but de démobilisation dans leur pays et en Europe, des narcos mexicains servant d’intermédiaires dans ce trafic seront formés militairement pour jouer ce rôle. Un premier, le franchissement d'un premier seuil dans l'escalade de la violence narco.

Si les forces de l’Ordre ont pratiqué des infiltration de ces groupes criminels, l’inverse est bien plus développé et généralisé : les groupes criminels ont infiltrés tous les secteurs de l’état, depuis la police municipale jusqu’aux différents gouvernements successifs, en passant par l’armée, la justice, etc. En plus ces mêmes gouvernements ont totalement abandonnés une majorités de communautés et états du pays permettant aux Cartels qui créent de l’emploi licite et illicite, des écoles, des hôpitaux, des musées d’apparaître comme des bienfaiteurs du peuple.

Alors que l’opposition reproche à AMLO de « n’avoir rien dans le pantalon » et d’avoir cédé au chantage des narcos, son prédécesseur Enrique Peña Nieto, qui voyage beaucoup en ce moment, a du renoncer à la visite qu’il voulait faire dans son pays. Un autre fils de Guzman, Archibaldo, le menace : il existait un accord entre Peña et le Chapo qui avait soutenu sa campagne électorale par un don de millions de dollars en échange de l’impunité. Un contrat que le président de l’époque n’a pas respecté puisqu’il a livré Guzman aux USA , pays où il a été condamné à perpétuité. Un exemple parmi d’autres, des gouverneurs d’état, des maires, des syndicalistes et autres politiciens, des juges, des policiers ont été achetés. Comment recréer des bases saines depuis cette gangrène de corruption qui corrompt la géographie et tous les niveaux de hiérarchies sociales du pays, c’est un des défis que doit relever l’actuel gouvernement et il est de taille.

Le sujet est bien trop vaste, complexe, et produit d’une trop longue histoire pour que je puisse ici en montrer d’avantage que quelques lignes de force. Si l’histoire de cette transformation de paysans cultivateurs de quelques acres de maria ou de pavot en Cartels agissant dans plus de 100 pays, interpénétrant les réseaux financiers et des gouvernements à échelle internationale, ayant diversifiés leurs activités et disposant de leurs propres armées est fort bien documentée en espagnol, en français, il existe peu de documents de référence. Beaucoup de matière à traduire.

Comment des drogues produites dans un premier temps à petite échelle et de manière artisanale vont être produites à échelles industrielles, dans un climat de violence et de terreur dont les populations civiles sont les premières victimes ne peut se comprendre sans mettre en relief le rôle joué par les USA et les gouvernements locaux complices dans cette transformations d’un « artisanat » local en une industrie transnationale du crime organisé. Pour le comprendre en profondeur, il faudra mettre en lumière le double rôle du narcotrafic a)comme outil de neutralisation de la jeunesse potentiellement rebelle et b)comme agent de pénétration des transnationales minières et de l’agro-industrie et organisation paramilitaire de défense des biens et intérêts de ces mêmes corporations sur les territoires ou sévit la "lutte contre la drogue" made in USA.

Il faut également souligner que la volonté de Trump de fermer la frontière Nord avec le Mexique pour éviter le trafic de drogue est tout simplement ridicule, parce que 1) les voies maritimes et aériennes prédominent dans ce juteux trafic et 2) les nouvelles drogues comme le Fentanyl et les méthamphétamines peuvent tout aussi bien être produites dans des laboratoires situés sur le territoire des USA. Et aussi, une partie du Fentanyl consommé aux USA provient de Chine, pays qui produit 85 % de la production mondiale du mortel opiacé. Les consommateurs étasuniens pouvaient jusqu’à ces derniers mois y commander sur Internet la drogue qui leur parvenait par courrier. Au début de cette année Trump a sommé le président Xi Jinping de mettre un terme à ce trafic.

Depuis les débuts de la guerre contre la drogue des USA, les foyers de production n’ont cessé de se déplacer sans que la production diminue, au contraire, quand aux routes de la drogues elles s’adaptent aux nouvelles contingences. Les résultats de la lutte contre la consommation de drogue aux USA aurait été bien plus efficace si les dizaines de milliards dépensés en actes de guerre avaient été utilisés pour favoriser l’éducation et les perspectives d’avenir d’une jeunesse sacrifiée. Mais tous le prouve, si le gouvernement réel ou officiel des USA s’inquiète des nouvelles addictions étasuniennes, c’est que cette fois ce ne sont plus les cibles désignées, minorités de couleurs et population pauvre, rebelle ou marginale qui sont affectées mais bien la classe moyenne en majorité blanche.

Le gouvernement du Mexique exige pour sa part un meilleur contrôle des USA sur les armes lourdes utilisées par les narcos qui proviennent de ce pays. Une demande qui est elle parfaitement fondée. Paradoxe : les USA qui prétendent vouloir collaborer avec le Mexique pour lutter contre ce trafic, envoie un ambassadeur dans ce pays, qui a été auparavant un des principaux avocats … du lobby des fabricants d’armes. Mais ce n’est qu’une des données qui met en doute la volonté de collaboration réciproque entre deux pays souverains.

Jusqu’ici chaque fois que j’ai été tentée de prendre AMLO pour un naïf, la suite m’a donné tort. J’espère que ce sera encore le cas cette fois-ci. Cela ne m’empêche pas d’être critique, au contraire, mais c’est un des éléments intéressants de ce processus politique :toute la mobilisation critique de ceux qui soutiennent ce changement de régime et apportent leur contribution en mettant en évidence les lacunes et contradictions du processus. La qualité du débat, du travail des journalistes et autres chercheurs, du travail de milliers de militants et autres travailleurs sociaux est tout simplement impressionnante.

Après que des éclaircissements aient été donné sur le déroulement sur le terrain des événements de Culiacán, un nouvel acteur a été mis en évidence : la DEA qui serait à l’origine de cette action « malheureuse » et qui aurait donné de fausses informations aux acteurs mexicains de terrain prétendant que le Cartel de Sinaloa serait complètement disloqué et que l’arrestation d’Ovidio aurait tout d’une opération de routine. C’est ce qui a été mis en lumière ces derniers jours alors même que les USA exigent à présent d’AMLO de reprendre une « guerre contre le narcotrafic » dont leurs services d’intelligence, le Commandement Militaire Nord et autres groupes militaires US anti-narcos seraient à nouveau les dirigeants depuis la conception de cette lutte jusqu’à un retour de la présence de forces armées et de renseignements des USA sur le territoire mexicain. .Telle qu’elle apparaît aujourd’hui l’opération de Culiacán se révèle clairement comme un acte d’ingérence des USA qui l’ont organisée avec des « complices » mexicains, politiques et membres des forces armées à l’insu du gouvernement du Pays, dans un but d’affaiblissement voir de renversement d’un gouvernement qui au début de ce mois jouissait de 69 % de soutien populaire. Les derniers développement montrent que cette opération est clairement le premier volet d’une stratégie de reprise en main de l’annexion du Mexique, de sa mise sous tutelle.

De nouvelles questions, de nouveaux débats, mais surtout après les révélations des dernières 24 heures, même les plus prudents parmi les analystes ont abandonné la position de « doute raisonnable » pour reconnaître que cette opération ratée de Culiacán fait partie d’un plus vaste plan de déstabilisation du Mexique et de son gouvernement, une réactivation de l’Opération Mérida par les voisins du Nord. 

 

 

Anne W

 

 

Pour en savoir plus sur le narco capitalisme et la guerre « contre les drogues », l’article de Dawn Paley traduit sur ce blog :

Dawn Paley est également auteure du livre

Capitalisme antidrogas. Una guerra contra el pueblo dont la version en Espagnol est en libre accès, la version originale est en anglais.

 

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 20:36

 

 

De la guerre qui est à la guerre qui vient

par avispa.org

Rétrospective des dépossessions,  de la militarisation et de la contre-insurrection dans le sud-est du Mexique et en Amérique Centrale

I.

Le 16 août 2014, le Congrès National Indigène publia la seconde déclaration sur l’expropriation de nos peuples, dans laquelle était exposée de en guise de métaphore, 24 rétrospectives de l’expropriation territoriale et de la guerre contre les peuples à l’échelle nationale ; structurées par une relation intrinsèque entre les violences politiques de l’état - autrement dit, la militarisation, les réformes, la création de lois etc. -, les violences destructrices, anonymes du capitalisme ; depuis les agissements des grandes corporations – minières, pétrolières, etc. - jusqu’au crime organisé dans sa grande diversité de cartels. A 5 ans de cette déclaration, la guerre non seulement s’est intensifiée, la continuité de la militarisation et des expropriations se sont poursuivies, sous prétexte de lutte contre le crime organisé. [et plus récemment de « protection de l’environnement ». NdT]

Le déploiement de la garde nationale, qui était prévu pour le 30 juin de cette année, a été avancé au mardi 18 juin (1) en raison des accords conclus entre le secrétaire des Relations Extérieures des États-Unis du Mexique, Marcelo Ebrard, et Mike Pence, vice-président du gouvernement des USA. La menace d’une guerre douanière contre le Mexique impulsée par le président Trump a fait trembler l’état, ses institutions et un secteur libéral de la région. Contenir le flux migratoire en 45 jours fut la condition posée par le gouvernement US pour freiner ce qui aurait pu générer une « crise économique à cause de l’augmentation des barrières douanières prévues »

Quelques semaines auparavant, la Commission Économique pour l’Amérique Latine et Caraïbe (CEPAL) avait présenté, lors d’une conférence de presse matinale du président Andrés Manuel López Obrador, une proposition appelée « Plan de développement intégral : Salvador, Guatemala, Honduras et Mexique » comme une réponse pour combattre le phénomène migratoire en Amérique Centrale. Dans ce plan sont proposés l’établissement d’une interconnexion électrique entre les pays de la région qui impliquerait la construction d’un gazoduc de 600 km pour « l’intégration entre le Sud du Mexique et l’Amérique Centrale par le transport des excès de gaz naturel et permettant de faire baisser les coûts», en plus d’un terminal et d’une centrale énergétique dans le port de Cortés au Honduras, de l’amélioration des infrastructures des 950 km de la frontière entre le Guatemala et le Mexique, de la construction d’une voie ferroviaire de 710 km depuis la ville de Hidalgo dans les Chiapas, jusqu’à port de Libertad au Salvador (2) qui pourrait connecter en même temps le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le Mexique. S’ajoutent à cela, des projets d’investissement dans des presses hydroélectriques, des projets de parcs éoliens et de panneaux solaires, des projets miniers en continuation du projet Mesoarica financé par différentes Corporations -comme les pétrolières EXXON, SHELL, etc - et également par la Banque Mondiale (3). Le tout impulsé et justifié de cette manière [lutte contre les migrations forcées par le développement économique] par la CEPAL

Le 14 juin a été publié dans le journal officiel de la fédération le décret qui créé un organisme « public, décentralisé, doté de personnalité juridique et d’un patrimoine propre, non sectorisé et dénommé Corridor Interocéanique de l’Isthme de Tehuantepec » (4), organe qui assumera la direction de la construction des divers projets du plan de Développement Intégral pour sa partie concernant l’isthme. Une semaine auparavant, les habitants de différentes communautés de l’état d’Oaxaca et de différentes organisations sociales s’étaient réunis dans le cadre d’une rencontre sur le thème « l’Isthme est à nous », pour refuser la proposition de canal interocéanique du gouvernement fédéral.

A partir des négociations du 5 juin à la Maison Blanche, ces initiatives, tant celle de la CEPAL que le Couloir Interocéanique, se sont accélérés pour protéger aussi bien les intérêts du voisin du Nord, que ceux des Corporations elles-même. Ce complexe de méga-projets implique la matérialisation d’une trame économique impliquant des variables politiques clairement néo-libérales, inscrivant comme unique solution celle de « résoudre » la crise dans le cadre même qui l’a causée. Crise qui se présente actuellement comme migratoire, énergétique, politique et économique.

En réponse à l’exode migratoire, se poursuit en ce moment le déploiement de la Garde Nationale - commencé le 18 juin - qui implique la mobilisation de 6000 effectifs, ainsi que de 825 agents de l’Institut National de Migration (5) en différents points stratégiques de passage des migrants dans la zone sud-est.

Face à cette situation, le vendredi 14 juin, le commissaire de l’Institut National de la Migration et spécialiste des questions migratoires, Tonatiuh Guillén a démissionné en formulant de fortes critiques contre les politiques anti-migrants du gouvernement étasunien. Après cette désertion, Francisco Garduño a assumé cette responsabilité, il avait été auparavent Commissaire de l’Organe Administratif Décentralisé de Prévention et Réadaptation Sociale au Niveau Fédéral, autrement dit, il s’agit d’un spécialiste des prisons. (6) Simultanément Kevin McAleenan, ancien commissaire des douanes, a été nommé chef du département de Sécurité des USA, et la possibilité que Thomas Homan, ex directeur de l’agence migratoire connue comme ICE, le remplace dans les prochains jours a été évoquée ; un homme connu comme le nouveau « Tsar des Frontières », et qui, en plus de soutenir la séparation des familles des migrants dans le processus de détention, promet de multiplier par 4 ou 5 les contrôles et déportations de migrants, et de renforcer (7) les nouveaux camps de concentration déjà installés à la frontière de ce pays. Cela fut la réponse de Trump au flux migratoire, la militarisation non seulement de la frontière Nord [du Mexique], mais également le repositionnement du Commandement Sud au Guatemala et la capacitation par ce commandement de militaires honduriens pour différentes tâches qui comprennent « les salles de nettoyage, la qualification en maniement des armes, contrôle de véhicules et points de contrôles tactiques  (8)» avec pour objectif de combattre l’exode et les autres menaces internes. Les pratiques de militarisation et de détention de migrants sont arrivées à un point qui ressemble fort aux camps de concentration Allemands du siècle dernier, comme l’affirme David Brooks, « nous sommes entrés dans un système de camps de concentration,dont la définition est : la détention massive de civils sans jugement ». C’est clair, « la semaine passée a été révélé que le gouvernement de Trump utilisera une base militaire en Oklahoma qui était un camp de concentration des japonais-étasuniens internés pendant la Seconde Guerre Mondiale, y seront détenus quelques 1400 enfants migrants non accompagnés » (9)

L’exode migratoire ne peut se comprendre sans la formule expropriation-militarisation, qui en termes géopolitiques se traduit en zones de sacrifice (territoires stratégiques riches en ressources naturelles, culturelles) et zones d’accumulation, points géographiques qui se « développent » au détriment d’autres lieux géographiques et qui reposent sur une logique commune : la violence du capital, soutenue par les différentes formes d’états (depuis les progressistes comme le Nicaragua jusqu’au néo-libéraux) et l’introduction, principalement par les USA, de différentes stratégies contre-insurrectionnelles.

C’est précisément dans ce contexte que se produit la militarisation du Mexique par la Garde Nationale. Le contrôle territorial du Sud n’est qu’un des efforts pour mener un processus de réorganisation territoriale en faveur du capital et de ses grandes corporations, le Train Maya et le Plan de Développement Intégral de l’Isthme de Tehuantepec et de l’Amérique Centrale, qui s’insèrent dans la dite « économie verte ou capitalisme soutenable » (10) comme « nouveaux espaces globaux, dans lesquels l’ordre et la gestion du territoire cessent d’être propriété de l’état pour passer à disposition du capital étranger » (11), un processus d’industrialisation qui implique la construction de grandes zones de maquileras – stratégiques à échelle globale - et de projets de « développement ». On retrouve le rôle qu’ont joué les Zones Économiques Spéciales, mais doté d’un nom plus attractif.

JOH, président du Honduras en  compagnie de ses souteneurs gringoss

JOH, président du Honduras en compagnie de ses souteneurs gringoss

II.

La décennie 80-90 à été marquée par une grande violence entre groupes guérilleros et les armées des états placées sous égide et conseillées par les différentes institutions et départements de sécurité du gouvernement gringo. Tant le Pentagone, que le département de la Défense et la CIA ont joué un rôle spécifique pour contrecarrer les groupes insurgés, en installant des bases militaires sur tout le territoire de l’Amérique Centrale. Cette stratégie en langage militaire s'appelle « domination du spectre complet » et implique le contrôle et la vigilance de l’ensemble de la planète par 5 commandements spéciaux ; comme nous le savons déjà du Guatemala à la Patagonie officie le Commandement Sud [le Mexique est sous contrôle du commandement Nord et du Homeland Security]. L ‘Amérique Centrale a été un laboratoire de contre-insurrection impulsé depuis les différents départements de sécurité étasuniens, qui ont réussi à imposer, dans cette petite région, l’implémentation de pas moins de 28 bases et centres d’opération militaires. La stratégie de « Domination du Spectre Complet » n’a pas seulement servi pour combattre les subversions, elle a servi aussi pour surveiller et contrôler les ressources naturelles. Renan Vega Canto et Felipe Vega ont réussi à retracer les lieux d’établissement de ces bases militaires et centres d’opérations gringos en Amérique Latine dans leur enquêtes “Geopolítica del despojo; Biopiratería, genocidio y militarización” y “Los economistas neoliberales, nuevos criminales de Guerra” (12) La distribution des centres d’opérations et bases militaires est la suivante :

Rétrospective des dépossessions,  de la militarisation et de la contre-insurrection dans le sud-est du Mexique et en Amérique Centrale

Mexique :

1) Bases de Chicomuselo et Juquilipas, Chiapas, 600 effectifs. Elle a été fondée en tant que partie de l’Initiative Mérida, et la militarisation du Sud du Mexique, comprend les 14 000 militaires déployés dans les Chiapas.

2) Académie de l’État de formation et développement policiers des Encinas, San Salvador de Chachapa à l’est de Puebla. Le FBI et autres agences gringas y ont une participation directe.

Guatemala :

3) Fond de maintenance contre le narco-terrorisme, à San José de Guatemala créé par le commandement Sud.

4) Centre d’opération contre le narco-terrorisme de Champerico, créé par le commandement Sud. Caserne-centre d’opérations et embarcadère qui ont demandé un investissement de 1,75 millions de dollars.

5) Centre d’opération contre le narco-terrorisme de Tecun Uman, créé par le Commandement Sud avec un investissement de 1 million de dollars.

6) Centre d’entraînement de Forces Spéciales Kaibiles à Potpun. Commandement Sud et Opérations Spéciales Sud avec un investissement de 1,15 million de dollars, fonctionne comme centre d’opérations et base aérienne.


 

Honduras :

7) Centre anti-narco. Commandement Sud. Contrat attribué en juin 2010 pour 1,2 million de dollars.

8) Puerto Castrilla. Commandement Sud. Investissement 350 000 dollars.

9) Base aérienne et militaire Sotocano et Palmerola. Elle fut construire à l’origine pour contrecarrer la révolution sandiniste du Nicaragua et de mouvement guérillero du Salvador.

10) Forces d’action conjointe BRAVO-Sotocano.

Salvador :

11) Forces d’Action Conjointe el Aguila, base aérienne de Comalapa.

12) Position d’opérations avancées Miraflores, Commandement Sud d’Opération Spéciales


 

Belize :

13) Centre anti-narco-terrorisme. Callao Hunting et Callaos Sapodilla. Casernement, centre d’opérations et embarcadère créés par le Commandement Sud avec un investissement de 1,750 million de dollars.

14) Centre d’opérations contre le narco-terrorisme. San Pedro. Casernement, centre d’opérations, embarcadère, entrepôt de combustible et dispensaire, financé par le Commandement Sud, un investissement de 1,5 millions de dollars

Nicaragua :

15) Le Bluff Bluefields. Construction d’un casernement contre le narco-terrorisme par le Commandement Sud, qui apporta 1 million de dollars.

16) Centre contre le narco-terrorisme. Île de Cuerno. Commandement Sud avec un investissement de 500 000 dollars.

17) Corinto. Caserne et embarcadère. Commandement Sud. Investissement 3,9 millions de dollars.

Costa Rica.

18) Base Anti-narcos. Liberia. Construction par le Commandement Sud en 2009. Construction d’un radar et un hangar par les USA.

19)Base navale Punteras. Calderas, Costa Rica. Création d’une école de gardes côtes. Le Commandement Sud a apporté en 2009 1,5 million de dollars pour la construction de l’embarcadère et des installations.

Panama :

20) Centre contre le terrorisme. Isla Grande, Panama. Casernement, centre d’opération, embarcadère et système de réapprovisionnement créé par le commandement Sud pour 3,5 millions de dollars.

21) Centre contre le narco-terrorisme. El Porvenir, Panama. Centre d’opérations, embarcadère et système de réapprovisionnement créée par le Commandement Sud. Millions de dollars.

22) Centre contre le narco-terrorisme. Puerto Pina. Casernement, centre d’opérations et embarcadère créés par le Commandement Sud avec un investissement de 4 millions de dollars.

23) Centre contre le narco terrorisme. Puerto Obaldia. Investissement du Commandement Sud de 3,5 millions de dollars. (13)


 

La militarisation et le contrôle de l’Amérique Centrale ont permis que dans cette région soient mis en pratique un large éventail de tactiques et stratégies de contre-insurrection qui furent, dans tous leurs aspects, des générateurs de violence ont eut des répercutions et montrent à présent leurs effets dans le phénomène migratoire.

D’autre part, sur le territoire dominé par l’état Mexicain, la distribution des forces armées se fait à travers 46 zones militaires distribuées sur toute la surface du pays. (14) Dans l’état de Puebla aux Chiapas, nous rencontrons 10 zones à charge de l’institution militaire. Auquel s’ajoute les 266 centres d’opérations de la Garde Nationale, seulement pour Oaxaca, Veracruz, Chiapas, Tabasco ont été établi plus de 50 de ces centres opératifs, lesquels furent les premiers à fonctionner - dès le 18 juin 2019 – pour cause de crise migratoire.

La crise qui se produit à présent est venue accompagnée de stratégies de développement intégral comme réponse à ces dites problématiques, non sans, comme dans le cas mexicain, auparavant militariser la zone du problème en installant un mur de contention contre les exproprié(e)s. En fait, ces propositions de « développement intégral » ont pour unique effet d’intensifier la violence propre au capitalisme, montrant un visage plus aimable. N’oublions pas que ce fut la CEPAL – qui par ses analyses opérées depuis le point de vue de l’économie politique ou « capitalisme à visage humain » - qui a proposé et apporté le label « scientifiques » pour le développement de l’Amérique Centrale via le projet Mésoamérica. Nous ne pouvons oublier que « développer intégralement une zone » est une figure de l’économie politique, qui signifie simplement la reproduction de l’actuel mode de production qui a pour fondement le pillage permanent grâce à l’utilisation de la violence.

Chiapas

Chiapas

III.

Et, comme il fallait s’y attendre, après un peu plus d’une semaine de déploiement de la Garde Nationale, les effets de la répression ont commencé à se faire sentir. Le Réseau de la Zone Nord de Casas [auberges pour migrants] et le Centre des Droits Humain des Migrants dénoncent le harcèlement et la violence avec lesquels ont agit les éléments de la Garde Nationale envers les migrants et les défenseurs des droits humains, au cours des derniers jours (15), non seulement dans la zone nord du pays, mais par dessus tout dans la partie sud, où l’Institut National des Migrations en collaboration avec la Garde Nationale ont agit en réseau contre les migrants (16). Et, comme prévu, la zone Sud-Est du pays est devenue un mur de contention militaire contre les personnes sur le chemin de la migration.

Au cours des derniers mois, plusieurs organisations sociales et communautaires ont dénoncé le Gouvernement Fédéral et l’Institut National des Peuples Indigènes qui ont mené des « Consultations  truquées»(17) avec la claire intention de poursuivre les projets de dépouillement.

D’autre part, le Congrès National Indigène a enregistré 117 assassinats depuis sa création en 1996, et 11 disparitions. En seulement 5 mois de l’actuel gouvernement ont été enregistrés 10 assassinats de membres du CNI (18). Il y a une guerre déclarée contre le zapatisme, qui implique non seulement le renforcement de la militarisation en territoire de l’EZLN,mais également l’agression permanente jusqu’à l’assassinat de qui s’opposent à la prise en main par l’état de leur manière d’organiser leur vie.

Cela illustre la réalité de la guerre dans laquelle nous sommes déjà plongés et la réalité de la guerre qui vient. Le 26 juin ont été découverts morts, alors qu’ils tentaient de franchir la frontière Oscar Martinez de 25 ans et sa fille Valeria de 23 mois sur les berges du Rio Bravo, dans le Nord du Pays. L’Organisation Internationale des Migrations a publié une étude nommée «Fatal Journeys Missing Migrant Children » (19)  dans laquelle elle signale que les morts de migrants sont dues à 3 causes principales 1) accidents sur le train appelé la Bestia, 2)-les causes inconnues comme les disparitions , 3)- la violence ; et elle affirme qu’en 5 ans, depuis 2014 à nos jours ont été enregistrées 1907 morts de migrants [chiffre largement sous-estimé, il y a des dizaines de corps sans organes trouvés dans des charniers anonymes, des centaines de corps non-identifiés dans les morgues, et tout ceux qu’on ne trouvera jamais. Il y a des milliers de familles qui cherchent leurs disparus et attendent parfois indéfiniment des résultats d’analyse ADN dont les résultats viennent au compte-goutte.NdT], mais ils oublient d’expliquer les causes ponctuelles qui ont été à l’origine de la violence ainsi que la dépossession de ceux qui migrent, et le rôle joué par les Forces Armées dans ces processus.

L’image des assassinats de Berta Cáceres au Honduras, des peuples Xincas et Mayas au Guatemala, des étudiants et habitants réprimés et assassinés au Nicaragua, de la crise politique au Panama, des expropriations territoriales au Costa Rica, nous montre que c’est précisément cette violence de la classe criminelle transnationale, des corporations et leurs acteurs légaux et illégaux, leurs liens avec les institutions de l’état ainsi que la militarisation et la para-militarisation, c’est cela les facteurs qui ont obligé les personnes a abandonner leur territoire et/ou résister jusqu’à être assassinés.

L’Amérique Centrale et le Sud-Est mexicain se présentent à nous comme une mosaïque d’images, chaque mosaïque affrontant sa version singulière de la crise et cherchant à en sortir. La guerre qui est en cours, et celle qui vient sont celles des « anonymes », des propriétaires de rien, des délogé(e)s et des exclu(e)s, des déplacé(e)s par la violence d’états, des assassiné(e)s par les balles du capital, des emprisonné(e)s par les grandes corporations, des disparu(e)s par le crime organisé international ; la guerre qui vient sera celle des « anonymes», de ceux qui, comme le dit Galeano, valent moins que la balle qui les abat.

 

Source Criterio

 

Traduction Anne Wolff

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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 16:44
Les assassins en marche

Les assassins en marche

L’assassinat du leader paysan Aluisio Sampaio par des hommes en armes (mercenaires) dans sa maison, à Castelo dos Sonhos, dans l’Etat du Para, le mardi 11 octobre 2018, pourrait être l’annonce d’une explosion de violence dans les zones agricoles.

Membre du syndicat des travailleurs et des travailleuses de l’agriculture familiale, il était le meneur d’un combat contre des accapareurs illégaux de terre « grileiros », terme brésilien désignant des personnes ou des entités qui fabriquent de faux documents pour prendre illégalement possession de terres, notamment des terres protégées pour des raisons environnementales. Il semble que beaucoup des soutiens de Bolsonaro ne votent pas pour un candidat mais pour un mercenaire. Le candidat extrémiste qui défend le port du fusil pour les fermiers renforcerait en effet leurs milices rurales pour tuer les activistes et promouvrait ainsi un carnage dans les zones agricoles brésiliennes.

Exterminer les indigènes, exécuter les paysans, tuer les leaders des populations quilombolas –descendants d’esclaves fugitifs –, les peuples vivants dans les zones de réserves extractivistes (zones protégées au Brésil, appartenant au domaine public mais sur lesquelles les peuples traditionnels peuvent exercer des pratiques extractives anciennes comme pêcher, chasser ou cueillir des plantes) et les communautés traditionnelles.

Par le biais de ses discours et de son programme de gouvernement, beaucoup d’innocents pourraient venir grossir les sombres statistiques du pays le plus violent du monde, notamment les défenseurs de l’environnement et les défenseurs des droits de l’homme, d’après les données du Global Witness.

Et le plasticage (« pistolagem », terme brésilien pour décrire les actions meurtrières des « pistoleiros », experts du tir au revolver) se déchaine dans les zones agricoles, investissant dans les armes pour de nouvelles œuvres de mort. Peu après le premier tour, Bolsonaro a déclaré qu’il en terminerait avec l’activisme dans les zones agricoles, incitant à l’assassinat de militants du MST, de syndicalistes et d’indigènes.

Les promesses faites verbalement ou bien que l’on peut lire dans son programme de gouvernement sont terrifiantes. Elles pourraient signifier un holocauste écologique et humanitaire. L’écocide et le génocide seront des mises en pratique de la politique de la mort et la matérialisation de la nécropolitique de Bolsonaro.

Dans son programme de gouvernement, « la propriété privée » n’a pas une fonction sociale comme c’est le cas actuellement dans la constitution. C’est à peine un euphémisme pour légitimer le vol, la dépossession, la spoliation et l’accaparement illégal des terres (grilagem). De même, le mot « liberté », n’est pas lié à une garantie de droits, mais à une violation des droits : avec l’autorisation d’exercer la violence contre les autres, la liberté devient permission de tuer. Ces deux piliers du programme de Bolsonaro signifient la construction d’un ordre de violentes injustices, de retours en arrière et de sang. Il sera mis en pratique autant par des milices et des groupes de haine que par des moyens provisoires, des tractations avec le congrès, ou des normes d’exception comme la « garantie de la loi et de l’ordre ».

Pour les zones agricoles, cela représente la fin des réformes agraires et des démarcations (des terres indigènes notamment), la légalisation de l’accaparement des terres (grilagem) sur les territoires indigènes, quilombolas et paysans. Le ministère de l’Environnement sera purement et simplement supprimé et transformé en un secrétariat du ministère de l’Agriculture, dont il promet de donner la direction au président du l’Union Démocratique Rurale (UDR), d’après le journal l’Estadao, (et non de favoriser seulement une fusion comme l’écrit le journal pauliste). Donner aux tortionnaires de l’écologie le pouvoir de promouvoir l’écocide.

Avec cette mesure, l’institut Chico Mendes pour la conservation et la biodiversité (ICMBio) pourrait être sous le commandement du chef de l’organisation justement responsable de l’assassinat de Chico Mendes : l’UDR. Il y a un long historique de l’implication des membres de l’UDR dans l’assassinat des leaders ruraux. Marcos Prochet, ex-président de l’entité, fut condamné pour l’assassinat du sans-terre Sebastiao Camargo, au Parana, en 1998. En 2016, il a été condamné à 15 ans de prison. Ibama et ICMBio sous un commandement ruraliste représenteraient un banquet pour les nantis.

Contacté pour devenir ministre des transports, le chef de la construction de l’infrastructure dans le pays, le général Oswaldo Ferreira s’enorgueillit de dire que de son temps, sous la dictature, « il n’y avait pas Ibama ou MP pour casser les pieds ». Et le général de s’enorgueillir : « J’ai rasé tous les arbres qui étaient devant moi sans que personne ne vienne m’embêter ».

Sans ministère de l’Environnement, sans Ibama et sans ICMBio, avec des milices armées et libres de raser les arbres qui se trouvent sur leur chemin, cela signifie une isolation du pays du cadre international. Or la pression internationale a été responsable des compromis pour contrôler la déforestation qui impacte le climat du monde entier.

Bolsonaro promet de sortir de l’accord de Paris, il promet la fin du compromis de contrôle de la déforestation mais aussi de sortir de la convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de sortir de la déclaration des Nations-unies sur les droits des peuples indigènes.

Si après la Seconde Guerre mondiale et la barbarie du nazisme, l’ONU a approuvé la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, c’est seulement en 1989 que l’OIT a approuvé la convention 169. Promue au Brésil le 19 avril 2004, elle a une force constitutionnelle. C’est elle qui est responsable de la reconnaissance de l’existence des peuples indigènes dans le monde et qui donne la responsabilité aux gouvernements de défendre leurs droits. La convention 169 a donné naissance à la déclaration des droits des peuples indigènes, dont le Brésil a été l’un des principaux acteurs.

Bolsonaro promet de sortir de la convention 169 afin de mettre en œuvre sa politique de déforestation de l’Amazonie et d’appliquer sa fameuse phrase qui affirme que « les indiens n’auront plus un centimètre de terre pour les terres indigènes ». Il s’agit également d’en finir avec les procédures de titrage des terres des quilombolas qui « ne servent même pas à procréer » et d’arriver à « un octroi de licences environnementales dans les trois mois » c’est-à-dire l’approbation automatique sans aucun critère de projets qui détruisent l’environnement et affectent les communautés indigènes, quilombolas et traditionnelles. « Les minorités doivent se plier aux majorités. Elles s’adaptent ou elles disparaissent » dit Bolsonaro.

Dans un discours au congrès national, il a attaqué la déclaration des Nations-unies sur les droits des peuples indigènes. Il a répété être contre la démarcation de la terre indigène Raposa Serra do Sol à Roraima. Les terres indigènes Raposa Serra do Sol, Vale do Javari et Yanomami sont dans son viseur. Il accuse les indigènes de vouloir se séparer du pays et considère les démarcations de leurs terres comme un « crime de lèse-patrie ».

L’élection de la députée fédérale Joenia Wapichana (REDE), avocate indigène qui a gagné de la notoriété en défendant la démarcation de Raposa Serra do Sol au STF est un élan pour la résistance et pour le mouvement indigène.

Le scénario actuel prévoit une explosion de conflits. Sonia Guajajara, leader politique indigène de grande envergure aujourd’hui au Brésil dit que Bolsonaro souhaite « légaliser le génocide des peuples indigènes au Brésil et ouvrir un précédent pour un retour en arrière en Amérique du Sud ».

La violence sociologique que le candidat prétend utiliser est tellement forte que les producteurs ruraux les plus sensés sont préoccupés de l’impact que cela aura sur le commerce. Il n’y aura pas de marchés pour manger le sang de ces zones agricoles. Ni ici, ni à l’extérieur. Les négociants agricoles, écrit la Folha de Sao Paulo, « ont peur du radicalisme ». Le mal qui sera causé pour en finir avec la préservation de la forêt amazonienne, du Cerrado et d’autres biomasses brésiliennes sera irréversible d’après Luiz Marques, historien du Unicamp. « Si cela se passe, si nous continuons à perdre la couverture végétale naturelle de ces biomasses, une politique économique qui viserait à améliorer les standards de vie de la société brésilienne ne sera plus possible, peu importe laquelle, », écrit-il dans un échange de courriels. Les vies perdues seront également irréversibles.


Traduction d’Oriane Petteni. Les explications entre parenthèse sont de la traductrice.

 

SOURCE

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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 16:16

 

 

Décorations florales colorées à l'entrée du Forum de la route de la soie pour la coopération internationale à Pékin, le 14 avril  2019. Photo : IC

Décorations florales colorées à l'entrée du Forum de la route de la soie pour la coopération internationale à Pékin, le 14 avril 2019. Photo : IC

Connue comme le plus grand projet d'infrastructure de tous les temps, l’initiative chinoise la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative ou BRI en anglais) a déjà déplacé des milliers de petits producteurs et menace d'en déplacer des centaines de milliers supplémentaires. Il causera aussi une irréversible perte de biodiversité et aggravera significativement la crise climatique mondiale. Plutôt que de répondre aux besoins des communautés affectées, le gouvernement chinois a récemment commencé le verdissage de ses investissements BRI. Qu'elles soient nationales ou internationales, les organisations de la société civile qui surveillent le développement des projets sur le terrain demandent au gouvernement chinois de rendre l'initiative la Ceinture et la Route plus transparente, d'écouter les personnes concernées et d'apporter de véritables solutions climatiques.
 
Le second Sommet de la Route et la Ceinture a eu lieu à Pékin, en Chine, du 25 au 27 avril 2019, deux ans après le premier sommet. Avec la participation de 38 chefs d'Etats venus des quatre coins du globe, du Secrétaire Général des Nations Unies António Guterres et de Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, le sommet de cette année fut plus imposant que le premier.
 
Un communiqué de presse commun paru à l'issue du sommet affirmait, entre autres choses, que l'initiative la Ceinture et la Route (BRI) vise à faire progresser les chaînes de valeur mondiales et la connectivité de la chaîne logistique. On y lisait également que la BRI s'assurerait de la protection de l'environnement, de la biodiversité et des ressources naturelles, et s'occuperait des effets négatifs des changements climatiques.  
 
Revenons à aujourd'hui. Cela fait six ans que la BRI a été lancée et les critiques et préoccupations au sujet du programme phare du président chinois Xi Jinping sont de plus en plus nombreuses. Elles ont notamment trait aux questions liées à la dette et à la souveraineté nationales, à l'accaparement des terres, aux déplacements de populations, aux violations de droits humains dans les zones de conflit, aux impacts environnementaux, aux problèmes de santé publique et aux violations du droit du travail. Certains pays, comme la Malaisie et les Maldives, réévaluent actuellement leur participation à la BRI et aux investissements chinois.
 
Répondant aux critiques sur les impacts environnementaux de la BRI, le communiqué commun issu de ce deuxième sommet exposait une vision de haute qualité et durable pour la Ceinture et la Route, soulignant et faisant la promotion d'un développement vert et d'un financement vert. La Chine est en train d'élaborer des Principes d'Investissements Verts pour le Développement de la Ceinture et la Route afin d'essayer de "verdir" la BRI. Mais il n'est fait mention nulle part de l'accaparement des terres et de la perte des droits des communautés rurales et indigènes sur leurs territoires et de leurs moyens de subsistance dans le cadre d'une BRI "verte" et du développement continu des infrastructures et des corridors économiques, qui est hautement loué dans le communiqué.
 
À y regarder de plus près, le modèle d'une croissance économique axée sur les infrastructures tel que promu par la BRI est fondé sur l’accaparement de vastes superficies de terres et de territoires à convertir en couloirs économiques. Concernant l'agriculture, la BRI est censée stimuler les investissements chinois à l'étranger en agrobusiness ainsi que les dépenses d'infrastructure de base afin de faciliter l'augmentation du commerce agricole. Selon des officiels du Bureau de Coopération     Étrangère du Ministère chinois de l'Agriculture et des Affaires rurales, le pays compte à présent 657 projets agricoles dans différents pays de la BRI, pour une valeur d'environ 9,4 milliards de dollars, représentant une progression de 70 pour-cent par rapport à il y a seulement cinq ans. Cela implique forcément la perte de milliers d'hectares de terres agricoles qui seront nécessaires à la réalisation de ces projets, de moyens de subsistance traditionnels et de biodiversité, ainsi que de nombreux paysans déplacés. Au Pakistan, la BRI facilite l'expansion de blé hybride, qui remplace les variétés traditionnelles de blé des paysans, au profit d'entreprises chinoises d'intrants agricoles telles que Sinochem Group.
 
La majorité des projets agricoles développés dans le cadre de la BRI sont industriels. Le système agro-alimentaire actuel est d'ores et déjà responsable de près de la moitié des émissions globales de gaz à effets de serre. Des villageois du Myanmar rapportent que des milliers de camions entrent et sortent de l'Etat du Kachin avec des cargaisons de bananes. Cette région est ciblée comme zone d'expansion pour les plantations de bananes destinées à l'export vers la Chine, menant à l'expulsion des propriétaires indigènes qui dépendent de la terre pour se nourrir et pour vivre. L'approvisionnement en eau est également touché, vu que l'eau est polluée ou détournée des communautés pour irriguer les plantations chinoises. Certains rapports font également état d’un déclin de la qualité du sol dans les plantations chinoises, dû à des pratiques agricoles utilisant lourdement les intrants. En conséquence, les protestations contre les investissements chinois se sont multipliées au cours de l'année écoulée au Myanmar. Aux Philippines, les méga-projets financés par la Chine, tels que le projet de barrage New Centennial Water Source de Kaliwa auraient causé des accaparements de terres et des déplacements de communautés indigènes. 
 
En outre, tandis qu'elle s'engage à diminuer l'usage du charbon sur son territoire, la Chine est en train d'ouvrir neuf nouvelles mines et de construire plusieurs grandes centrales à charbon à l'étranger, via la BRI. Rien qu'au Pakistan, les investissements chinois dans le charbon ont dépassé les 10 milliards de dollars. Pendant ce temps, l'Indonésie travaille à une nouvelle proposition pour quatre projets de centrales à charbon qui seront financés par la Chine. Les projets énergétiques de la BRI se concentrent de manière disproportionnée sur les énergies fossiles.
 
En tant qu'organisations de la société civile, nationales et internationales, qui surveillons activement l'implémentation du projet BRI sur le terrain, nous nous inquiétons du manque de consultation des communautés locales au sujet de ces projets. Cela conduit à une perte de terres, et montrent une incapacité des projets d'infrastructure et de connectivité de la chaîne d'approvisionnement à en faire bénéficier populations locales. À la place, nous sommes témoins d'effets négatifs sur les droits des communautés locales et sur leurs conditions de vie.
 
Nous appelons le gouvernement chinois à rendre l'Initiative la Ceinture et la Route plus transparente, car il n'existe aujourd'hui aucune information officielle fiable sur le montant exact des projets bilatéraux, les conditions de prêt, les normes et critères d'octroi, le financement et leurs effets généraux. Nous appelons les pays partenaires à rendre publiques toutes les informations ayant trait aux projets BRI relevant de leur juridiction. Tant la Chine que les pays partenaires devraient ouvrir les processus de consultation et demander l'avis des autres parties prenantes, afin que l'argent public ne soit pas gaspillé pour des projets indignes et destructeurs. Et aux gouvernements des pays de la BRI de conduire une étude d'impact adéquate et approfondie des projets de la BRI sur les droits humains.
 
Nous appelons également le gouvernement chinois et la communauté internationale impliquée dans le verdissement de l'Initiative de la Ceinture et la Route à prendre la mesure radicale qui consiste à écouter les personnes touchées par ces projets. S'ils le faisaient, ils soutiendraient les petits paysans et les communautés rurales comme urbaines avec des systèmes alimentaire, énergétique et de transport décentralisés, afin de parvenir à de véritables solutions climatiques et non à un écran de fumée verte devant l'Initiative la Ceinture et la Route.
 
Pour plus d'informations contactez :
Kartini Samon, GRAIN
Téléphone: +6281314761305
 
Publié par :
Asia Pacific Research Network (APRN)
Asia Peasant Coalition (APC)
GRAIN
Madhyam
People’s Coalition on Food Sovereignty (PCFS)
 
Source : GRAIN
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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 11:32

par Matías Caciabue y Paula Giménez

3 juillet 2019

Augmentation de l'ingérence militaire étasunienne en Argentine

L'hécatombe économique du gouvernement néo-libéral de Mauricio Macri noie l'Argentine dans la mer des intérêts militaires et géopolitique de Donald Trump.

Sous le patronage des États-Unis, la Conférence des Armées Américaines a réalisé des exercice militaires à la Triple Frontière de l'Argentine, du Brésil et du Paraguay, et le responsable du Commandement Sud, Craig Faller, a visité Buenos Aires pour finaliser plusieurs accords et aligner l'Argentine contre la Russie, la Chine et le Venezuela

Augmentation de l'ingérence militaire étasunienne en Argentine

Chronique d'une Argentine occupée en « défense de l'environnement »

La protection de la biodiversité est devenue l'excuse pour la réalisation de pratiques d'occupation à la triple frontière entre Brésil, Argentine et Paraguay, cœur de la réserve aquifère Guarani.

La province Argentine de Misiones a été l'épicentre d'un « Exercice International d'Opération Inter-agences en Protection de l'Environnement et des Ressources Naturelles », organisé par la Conférence des Armées Américaines (organisation inter-américaine surgie après la révolution cubaine sous égide du Pentagone), l'Armée Argentine et le Sous-Secrétariat de Protection Civile de cette province.

Ceci est possible grâce aux nouvelles réglementations que le gouvernement de Mauricio Macri a imposé pour permettre l'articulation des institutions de protection citoyenne (pompiers, défense civile, entre autres), des forces de sécurité intérieures (police), des forces armées argentines, et leur actuel alignement néo-conservateur avec les forces étrangères.

Le nouveau cadre juridique, comme celui amené par la loi 27287 promulguée en 2016 sur le Système de Gestion des Risques, rompt la trame juridique dont se dota le pays au retour de la démocratie en 1983.

Les exercices se réalisèrent dans la localité de Puerta Libertad, aux environs du barrage Urugua-i, en présence de représentants des armées de 15 pays, parmi lesquels se détachaient celles du Canada, des USA et de l'Espagne.

Lors d'une entrevue avec le quotidien « El Independiante » de Misiones, le sous-secrétaire de Protection Civile de la Province, Enrique Parra, mis en évidence la centralité militaire dans ces prétendus exercices civiles : « Nous avons travaillé en d'autres opportunités avec les forces fédérales. Ce qui se passe, c'est que l'armée vient avec toute sa structure et nous allons nous incorporer à sa structure de travail ».

Le portail Infobae, spécialisé dans l'information de l'agenda néo-conservateur du pays, évalue la participation aux opérations à 450 civils et militaires. Pour sa part, la presse de Misiones détailla la réalisation de quatre grands exercices militaires qui, derrière la narration de la protection du milieu ambiant, paraissent être dirigés vers une préparation de l'action civile et militaire face à une éventuelle attaque militaire ou « terroriste ».

Le premier exercice simule une fissure du barrage de Urugua-i. La seconde simulation, la chute d'un avion en pleine selva de Mission. Le troisième traitait du naufrage d'une embarcation dans le lac Urugua-i et le dernier fut la simulation d'un accident de camion contenant des produits chimiques à risque.


 

« Terrorisme » international dans le pays ?

Depuis que Macri a assumé la présidence, en plus d'une opportunité, dans la presse hégémonique, il a été question de cellules dormantes de Hezbollah dans la zone de la Triple frontière - précisément la zone où se sont déroulés les exercices militaires - un fait qui n'a jamais pu être vérifié.

Au contraire de ce que publiait le matraquage médiatique, le Hezbollah est une organisation politico-militaire qui surgit au Liban en 1982 en réponse à l'invasion israélienne sur son territoire. Son statut d'organisation « terroriste » pour les USA apparut quand en 1983, en pleine guerre contre l'occupation israélienne et occidentale, par le biais d'attaques suicides, ils tuèrent 258 étasuniens dans un casernement de Marine des USA à Beyrouth.

Ce qui est étrange, c'est que après la guerre, le Hezbollah s'est transformé en un parti légalement constitué qui compte actuellement un nombres d’élus des plus importants au Parlement Libanais. Ce qui l’a conduit a faire partie, sans problèmes, du gouvernement de coalition du président chrétien, Michel Aoun.

En Argentine cette organisation fut accusée, de manière réitérée mais sans aucune preuve, des attentats contre l'Ambassade d'Israël et à la AMIA (1992 et 1994), et même d'être responsable de l'assassinat du procureur Alberto Nisman (alors que tout indiquait qu'il s'agissait d'un suicide)


 

Le  chef militaire rendit visite au ministre de la Défense argentin, le radical Oscar Aguad, et à la secrétaire de Stratégie et affaires militaires, Paola Di Chiaro

Le chef militaire rendit visite au ministre de la Défense argentin, le radical Oscar Aguad, et à la secrétaire de Stratégie et affaires militaires, Paola Di Chiaro

Le Commandement Sud étasunien visite l'Argentine

Par hasard ou par lien de cause à effet, les exercices militaires de Mission coïncident avec la visite de l'Amiral Craif Faller, Chef du Commandement Sud des Forces Armées des USA en Argentine, avant qu'il ne se dirige vers le Chili. L'objectif de cette tournée est de présenter la Chine, la Russie et le Venezuela comme des dangers pour les « démocraties » de l'hémisphère.

« Je crois qu'une alliance forte entre nos deux pays laissera hors de la compétition d'autres pays, y compris la Russie et la Chine », affirma le chef du Commandement Conjoint des forces armées nord-américaines qui assistent, contrôlent et interviennent en Amérique Latine.

Le Venezuela, comme scénario géopolitique central de la région, n'échappa pas à l'analyse du commandant étasunien, qui signala que la tâche du moment « est d'étudier les rapports des services de renseignement, apprendre et parvenir à une perception claire de la situation et de la complexité du désastre pour pouvoir ainsi planifier le lendemain. »

Le chef militaire rendit visite au ministre de la Défense argentin, le radical Oscar Aguad, et à la secrétaire de Stratégie et affaires militaires, Paola Di Chiaro (liée à l'influent Fulvio Pompeo), il était accompagné de Liliana Ayalde, une spécialiste en affaires latino-américaines du Département d’État qui officiait en tant qu'ambassadrice nord-américaine au Paraguay, lors du coup d'état contre Fernando Lugo, et au Brésil pendant l'impeachment (jugement politique) contre Dilma Roussef.

La présence de Craig Miller vient simultanément avec l’offre d'avions et de véhicules blindés aux Forces Armées Argentines. En d'autres termes, l'industrie militaire étasunienne fournit les armes et le Commandement Sud les entraînements.


 

Mot de la fin

En temps de période électorale, il semble que la stratégie officielle est de focaliser le débat sur le Venezuela et sur le Hezbollah et de cesser de parler de la faim, de la pauvreté, du chômage de millions d'argentins et d'argentines.

L'Argentine traverse une féroce récession provoquée par un projet économique qui ne vise que les bénéfices des oligopoles locaux (énergétiques, miniers), les entreprises TIC, les chaînes agroalimentaires, et « les marchés », autrement dit, la vingtaine d'acteurs financiers qui se remplissent les poches avec la « bicyclette financière » de bons et obligations, les LEBAC's et LELIQ's.

Ce projet économique ne se soutient que grâce à l'intervention directe du Fond Monétaire International (FMI) et au strict alignement du pays sur la stratégie néo-conservatrice de Donald Trump, avec qui Macri espère se réunir de manière bilatérale dans le cadre de l'Assemblée du G20 au Japon.

Pichetto, le sénateur péroniste, qui accompagne à présent Mauricio Macri dans la formule présidentielle pour les élections d'octobre, se prononça clairement : « Nos liens ne se tissent déjà plus avec des pays complexes du Moyen Orient, la Russie ou la Chine - avec qui je suppose qu'il garder des relations - nous devons nous situer résolument dans un profil occidental et revenir à notre relation historique avec les États-Unis. »

La poursuite de ce modèle économique, régit par la valorisation financière (dans laquelle gagne seulement ceux qui ont les moyens de faire « travailler »de grandes quantité de l'argent de la spéculation) exige ce pervers alignement géopolitique. Et c'est cet alignement qui rend obligatoire l'installation de bases étrangères (de la DEA, du Commandement Sud) sur notre territoire et l’accomplissement de ces ignominieux exercices militaires d'occupation.

Les forces populaires de Missiones ont depuis remis en question les mécanismes qui permettent l’entrée de forces armées étrangères dans le pays et elles ont dénoncé le fait que le Congrès de la Nation n'a pas été informé du déroulement de ce genre d’exercices militaires.

« Depuis un certain temps cette tendance [politique] est venue en utilisant des arguments comme les désastres naturels, la prévention du narcotrafic et le terrorisme afin de permettre une plus grande ingérence politique et militaire de la part des USA », affirma Jorge Almada, militant du Front de la Patrie de Misiones, à la presse de la province, où il annoncera aussi la formation de « Trinchera Soberana », une multi-sectorielle qui a convoqué diverses mobilisations populaires contre la militarisation du territoire.


 

Chercheurs argentins de CLAE-FILA (Centre Latino-Américain d’études Stratégiques)

 

Source originale en espagnol Resumen Latinoamericano

Traduction Anne Wolff


 

Augmentation de l'ingérence militaire étasunienne en Argentine

Note de la traductrice :

Cet accroissement de la présence militaire US en Argentine trouve sa place dans ce qui est (re)devenu une occupation régionale du territoire par les USA qui vise d’une part les ennemis : Venezuela, Chine, Russie, mais également une prise de contrôle des ressources naturelles, ici la ressource aquifère du lac Guarani, 4ème réserve d’eau mondiale, alors que la surconsommation mais surtout les irréversibles pollutions qui résultent de la fracturation hydraulique (fracking) dans l’extraction des hydrocarbures, polluent de manière irréversible une grande partie des ressources aquifères des USA, provoquant pour la population des pénuries d’eau. Un phénomène qui ira en s’aggravant. Des forces militaires US surveillent aussi le lac Guarani depuis le Paraguay. On remarquera également le rôle joué (conseils, entraînement, fourniture d’armes et autre matériel militaire) par les Forces Armées US dans la militarisation de la répression des protestations sociales et populaires dans la région, en Colombie, au Honduras, ... Un pays où de nombreuses voix s’élèvent comme un avertissement : « Nous sommes le laboratoire de la reprise en main de la région par les USA ». Ici, Les marines débarquent en Argentine : zoom sur l'invasion militaire nous voyons que des soldats US et d’autres, Israéliens, sont venus à l’automne dernier entraîner tant les effectifs militaires que les Forces de Police d’Argentine afin de lutter contre l’ « ennemi intérieur ».

Voir Alerte l'invasion militaire silencieuse US en Amérique Latine se précise et s'accélère pour une approche régionale de cette invasion et Galapagos: De patrimoine de l’humanité à porte-avions des USA? (juillet 2019) pour la similitude des méthodes utilisées par les gouvernements de droite d’Équateur et d’Argentine, une occupation militaire autorisée par l’exécutif – sans consultation ni notifications faites aux organes législatifs - et prétextes avancés : protection de l’environnement, lutte contre la drogue mais aussi contention de l’avancée des influences chinoises et russes dans la région,. Et bien sûr le « cas Venezuela », pays pour lequel est plus probable une intervention militaire proxy que celle directe des forces étasuniennes, du moins dans un premier temps.

Et nous ne devons jamais perdre de vue le rôle crucial jouée par cette militarisation dans la répression de l’ « ennemi intérieur » : les populations organisées qui protestent contre la misère grandissante, les paysans et populations natives qui refusent les expulsions et les transformations mortifères du milieu ambiant, de leur territoire, de notre planète.

N’oublions pas la déclaration faite par John Kerry, en 2013, alors qu’il était Secrétaire d’État d’Obama :“L’hémisphère occidental [terme à connotation colonialiste utilisé aux USA pour désigner l’Amérique Latine. NdT] est notre cour-arrière, il est d’une importance vitale pour nous. Avec une grande fréquence, beaucoup de pays de la région sentent que les USA ne leur portent pas assez d’attention et dans certaines occasions, c’est très certainement la vérité. Nous devons nous rapprocher vigoureusement, nous avons planifié de le faire. »

 

Honduras, militarisation du Bas Aguan, terre de luttes populaires, natives et paysannes

Honduras, militarisation du Bas Aguan, terre de luttes populaires, natives et paysannes

A cette même époque, Giorgio Trucchi met en évidence la militarisation de l’Amérique Centrale imposée par Washington au nom de la lutte contre « les drogues » :

De la remilitarisation de l'Amérique Centrale 1

De la remilitarisation de l'Amérique Centrale 2

De la remilitarisation de l'Amérique Centrale 3

De la remilitarisation de l'Amérique Centrale 4

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 10:06

Nous l’avons tous appris, nous sommes passé hier à 10 minutes d’un conflit qui pouvait mettre le feu au poudres d’une guerre mondiale ou du moins d’une guerre régionale qui aurait eu des conséquences désastreuses pour le monde entier. Cette guerre, ne vous y trompez pas, Trump n’en veut pas, mais il est entouré de fous belliqueux, ses conseillers et le pire d’entre eux est certainement Bolton.

J’ai du me taper sur les doigts l’autre jour quand m’est venue cette pensée au sujet de Bolton « Pôôôvre type. », c’est vrai c’est un grand malade pris dans le carcan de sa rigidité, mais ce fanatique religieux est un danger pour la planète, pour la vie, pour l’humanité. Son idéologie l’amène à croire en une guerre de jugement dernier, une guerre dans laquelle immanquablement les Bons triompheront des Méchants, et lui-même est intimement persuadé qu’il fait par nature partie des élus et que donc il sera sauvé. Pour lui la grande déflagration mondiale est l’eschatologie de l’histoire, le jugement dernier, et il fait partie de ceux choisi par Dieu pour mettre le feu aux poudres.

Trump par contre, et il l’a prouvé hier n’est ni un va-t-en guerre, ni un fou sanguinaire, et il l’a prouvé hier, j’ai tendance à le croire quand contrairement à l’avis de ces belliqueux conseillers, il a en dernières minutes, annulé l’attaque contre l’Iran, parce que 150 victimes collatérales ne se justifiait pas à ses yeux.

Une rectification, une partie du texte qui suit est déjà obsolète, puisque Trump a sollicité une audience du Mandarin Xi lors du prochain G20. Et il a renvoyé à ses pénates, Shanahan, le secrétaire de la Défense qui lui conseillait d’dopter une attitude belliqueuse envers la Chine. Les choses bougent très vite, des détails apparemment insignifiants sont susceptibles de faire sens en peu de temps, déplaçant les équilibre fragile d’une géopolitique en transition.

Pour comprendre les événements qui se précipitent ces dernières semaines, ces derniers jours, il est indispensable de comprendre qui est Bolton et où il veut en venir.

Bolton, éminence grise et âme damnée de Trump

Bolton, éminence grise et âme damnée de Trump

La Guerre de Bolton

par Rafael Poch de Feliu*

 

 

Le fou belliqueux qui dirige le Conseil de Sécurité Nationale à Washington a toujours bataillé pour faire échouer tous les accords importants de notre monde nucléarisé.

 

Se souviennent-ils de Sheldon Adelson ? Le multimillionnaire des casinos et parrain de Netanyahu voulait ouvrir en 2012 un « Eurovegas » à Barcelone. Après l’explosion de la bulle immobilière, Artur Mas l’y a rencontré dans une tentative d’étayer l’économie politique convergente postérieure au 3 % et avec celle qu’on nommait « l’axe Massachusetts-Barcelona-Tel Aviv ». Ce génial coup reste pour l’histoire pathétique du « procès », mais ce dont il s’agit aujourd’hui est quelque chose sérieux : des « Hauteurs de Trump  ».

L’« Informed Comment » de Juan Cole dit qu’Adelson, cinquième fortune des États-Unis, fut celui qui fait pression sur Donald Trump pour nommer à un poste élevé le criminel dément John Bolton. Il s’agit de pousser les États-Unis vers une guerre avec l’Iran qui couvre le flanc oriental de l’expansion israélienne proclamée par Netanyahu : annexer la Cisjordanie. « L’Iran est l’unique pays qui continue de s’opposer activement à la purification ethnique lente des territoires palestiniens occupés, et Adelson et sa créature Netanyahu cherchaient un grand maton pour briser les jambes de Iran », dit-il le portail de Cole. Ce maton est Trump, et Netanyahu l’a déjà honoré ces jours si en baptisant de « Ramat Trump » (Hauteurs de Trump) l’une de 33 colonies juives du plateau du Golan arraché à la Syrie en 1967, officiellement annexés par Israël en 1981 et que Trump a reconnus comme Israéliens, contre tout droit international, le 25 mai dernier.

Dire que Bolton est un criminel dément n’est pas un caprice rhétorique. L’homme que le millionnaire Adelson a placé à la tête du Conseil de Sécurité Nationale, est un fou belliqueux acharné à pulvériser tous les accords de notre monde nucléaire. Il a commencé avec l’accord antimissile balistique (ABM, en anglais) signé en 1972 entre Nixon et Brezhnev. Il a bataillé avec succès contre l’accord passé entre Clinton et les Nord-Coréens, et fut le pilier du retrait des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran de 2015 signé par Obama. Il s’est dernièrement féliciter de dynamiter l’accord sur des forces nucléaires intermédiaires (tactiques) INF signé entre Reagan et Gorbachov, ce qui augmente le risque d’une guerre nucléaire en Europe, et aidé par son collègue Mike Pompeo il vise clairement l’accord sur les armes nucléaires stratégiques (START) qui devrait être renouvelé par la Russie en 2021. Bolton est le type qui a proclamé en avril, de passage par la Floride, « pour que tous l’entendent », que « la doctrine Monroe est en vie et en forme ». En corrigeant ainsi l’affirmation de 2013 du président Obama devant l’Organisation d’États Américains (OEA) que « l’ère de la doctrine Monroe est finie ». Eh bien, ce personnage, avec Pompeo, est celui qui pilote ce que le site israélien Maariv Online annonce comme « un assaut tactique » contre l’Iran c’est-à-dire une guerre.

Cet assaut a déjà eu sa rupture diplomatique avec le retrait unilatéral de l’accord nucléaire de 2015 qui était bien remis sur des rails, selon l’ONU et tous les autres signataires, et lance ces jours ci les prétextes habituels de guerre sous forme de sabotages dans des ports du Golfe Persique (le 14 mai) et d’attaques étrangères de pétroliers comme celle du 13 juin, qui ont coïncidé avec la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe à Téhéran, de la même façon que l’ attentat chimique de la Syrie a coïncidé avec l’arrivée à Damas d’une délégation de l’ONU pour superviser la destruction de l’arsenal chimique de Bashar el-Assad. Tout avec un grand parfum de style incident du Golfe de Tonkín.

Selon Nathalie Tocci, la conseillère en chef de la dévalorisée représentante de l’Union Européenne pour les Questions Internationales et la Politique de Sécurité, Federica Mogherini, le pilotage de Bolton avec l’extrême pression exercée sur l’Iran indique que Trump ne contrôle pas la situation. « Peut-être il devrait changer son conseiller de sécurité nationale » qui le pousse vers un insensé changement de régime en Iran qui s’ajoute aux catastrophes de l’interminable guerre commencée par Washington après 11-S et qui en 18 ans a produit plusieurs millions de morts, de réfugiés et une infinité de problèmes.

Que les militaires combattent les présidents des États-Unis est quelque chose que nous avons déjà vu en Syrie, quand ils ont bombardé des installations russes pour faire éclater des accords de coopération militaire obtenus par John Kerry avec Moscou, comme a expliqué le Secrétaire de l’État lui-même après avoir abandonné son poste. Si cela est arrivé avec Obama, pourquoi pas avec Trump ?

La plainte de Bolton selon laquelle l’Iran a augmenté sa pression militaire en Irak et en Syrie, a été démentie par le chef de l’armée britannique en Irak, Chris Ghika : « il n’y a pas eu d’augmentation dans la menace provenant des forces soutenus par l’Iran en Syrie et en Irak », a-t-il dit au désespoir des Etasuniens. Parallèlement, 76 généraux et ambassadeurs à la retraite ont publié une lettre pour Trump dans laquelle est dit que, « la guerre avec l’Iran qu’elle soit voulue ou par erreur de calcul, aura des répercussions dramatiques sur le Moyen-Orient déjà déstabilisé et entraînera les États-Unis dans un autre conflit armé à un prix financier, humain et géopolitique immense  ».

Quoi qu’il en soit, la volonté des faucons de la Maison Blanche pour changer le régime en Iran, n’est pas une ligne du goût de nombreux dirigeants militaires des États-Unis qui, comme les généraux et les ambassadeurs à la retraite, prédisent davantage de chaos comme résultat. leur argument consiste est que les vrais adversaires ne sont pas des pays comme l’Iran, dont la capacité militaire est moindre, mais en revanche la Russie et la Chine, sont les pays qui ont profité du chaos de ces 18 années pour moderniser leur forces, en vue « d’éroder de façon significative l’avantage US sur la technologie moderne », dans les mots du Ministre de la Défense de l’époque, Jim Mattis, de réorienter l’effort vers la compétition entre de grandes puissances au lieu de se concentrer sur le dit « terrorisme ».

Selon l’analyste Michael T. Klare, il y a actuellement aux États-Unis deux projets de guerre, celui de Bolton et celui de la Marine des Etats-Unis et les 750 000 millions de dollars du budget prévu pour l’année prochaine sont engagés sur le deuxième projet. Le Pentagone penche plutôt vers la doctrine énoncée en mars par l’actuel Secrétaire de la Défense intérimaire Patrick Shanahan. « Dissuader ou battre l’agression d’une grande puissance est un défi fondamentalement différent que des conflits régionaux impliquant les états dévoyés et les organisations extrémistes violentes que nous avons affrontées dans les 25 dernières années », dit Shanahan. De tout cela, Klare, déduit qu’il y aura de fortes réticences du Pentagone à la « Guerre de Bolton », pour considérer qu’il distrait l’effort de la scène principale : un bras de fer dans la Mer de Chine Méridionale, où les tensions revêtent déjà un caractère hebdomadaire, le projet de la Marine.

L’objectif militaire chinois est de convaincre les militaires US que dans un conflit régional et limité sur zone, les forces aéronavales des États-Unis sortiraient perdantes et que c’est pourquoi il est préférable de ne pas essayer. Celui des étasuniens est de détruire la capacité chinoise dans les systèmes d’armes connus comme A2 / AD (Anti Access/Area Denial), la version moderne d’une muraille de chine de missiles et des moyens électroniques et spatiaux pour aveugler l’adversaire, pour couler ses bateaux, pour abattre ses avions et pour empêcher son agression.

Peut-être est-ce cette division d’opinions et de projets à l’intérieur de l’establishment de la malheureuse guerre éternelle des États-Unis, l’unique donnée positive de cette heure dramatique quand les tambours de guerre redoublent autour de l’Iran.

Rafael Poch de Feliu* pour son blog personnel Rafael Poch de Feliu

Rafael Poch de Feliu. Catalunya, le 19 juin 2019

 

* Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été durant plus de vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou à Pékin et à Paris. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Blog personnel. Auteur de : « La Gran Transición. Rusia 1985-2002 » ; « La quinta Alemania. Un modelo hacia el fracaso europeo » y de « Entender la Rusia de Putin. De la humiliación al restablecimiento ».

 

Source :

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 20 juin 2019

 

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21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 21:13

Pas facile de trouver des infos. Des images qui parlent aux francophones sans être entrecoupées de parfois longues interviews.

Alors oui, on peut observer des images de manifestants plus violents, il est vrai. Mais leur comportement est tout à fait pareil à celui des manifestants que l'on a pu voir au cours des dernières années au Venezuela ou au Nicaragua. Un manifestant qui brûle un bus de transport public (ou un passant chaviste), qui envoie des cocktails molotov ou tire au mortier maison sur les forces de l'ordre au Venezuela ou au Nicaragua est un brave petit qui résiste contre la dictature, se bat pour la LIBERTÉ et doit  être protégé contre l'abusive répression de son gouvernement par la communauté internationale. Mais ceux-là sont souvent membres de l'oligarchie ou des classes moyennes hautes ou encore des lumpens payés (et parfois armés) par les premiers pour semer le chaos. Au Honduras, dans un pays où 66% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, c'est principalement le petit peuple qui manifeste contre l'oligarchie mise en place par Washington, alors il doit être réprimé. Remis à sa place, à genou, en dessous de l'échelle sociale et en silence.  Et la communauté internationale doit s'indigner face à ces comportements inadmissibles. Pourtant, je vous promets, je pourrais prendre des images isolées de manifestations dans ces différents pays et rien ne différencie le comportement des protagonistes.

 

Une vidéo qui a été diffusée en direct hier depuis San Pedro Sula. Pendant les 8 premières minutes on voit la police militaire qui tente de se rapprocher des manifestants pour entamer le dialogue, mais comme les policiers viennent la matraque à la main, ces derniers ne leur fait pas trop confiance. Puis un policier se rend compte qu'il est filmé et demande d'arrêter et d'effacer ce passage. Heureusement il ne s'est pas rendu compte qu'il était diffusé en direct.

Le jeune homme qui tourne la vidéo montre alors des bombes lacrymogènes qui ont précédemment été tirées - plus de 100- par la police jusque dans les habitations, sans soucis des enfants, il recommande de ne pas leur faire trop confiance. A chaque moment les policiers pourraient se mettre à réprimer les manifestants.

Effectivement par la suite les policiers tenteront de confisquer le téléphone portable qui continue de filmer avant de pointer leurs armes vers les manifestants.

Depuis le début de la diffusion les connections se multiplient. 200, 400 là on arrive à 1000.

La conclusion : le Honduras vit un état de guerre générale.

Voilà, je vais faire ma ballade quotidienne au Venezuela et au Mexique, j'actualiserai ce post quand j'aurai plus de bonnes infos transmissibles vers un public francophone. Même en espagnol, elles arrivent au compte gouttes.

Anne

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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 15:36

Je commence ce texte samedi matin, 6 juin 2019, 75 ans après le Jour J, le débarquement de Normandie qui à tort ou a raison est un jour symbole de libération pour l’Europe. Et sera peut-être demain, je l’espère de tout cœur, une date symbole de libération pour le Mexique.

Le Président Lopez Obrador appelle à une grande manifestation d'union et de dignité nationale

Le Président Lopez Obrador appelle à une grande manifestation d'union et de dignité nationale

 

Cette semaine a été une semaine déterminante pour l’avenir de l’humanité. Depuis les déclarations de plus en plus « défensivement agressives » du leader de la révolution d’Iran l’ayatollah Khameini ou celle de Sayyed Nasralá le chef du Hezbollah. Depuis la reconnaissance par Mike Pence et Pompeo de l’impossibilité de travailler avec l’opposition vénézuélienne trop divisée alors que chacun – une quarantaine de candidat pour l’opposition, et combien de l’autre ? - veut s’emparer du pouvoir, ils admettent l’échec sur toute la ligne du soulèvement et renversement de Maduro qui devait être menée par Guaido, tambour battant, dès janvier. Depuis la position de force « douce mais ferme » de Lopez Obrador dans le bras de fer qu’il mène avec les USA pour la reconquête de la souveraineté mexicaine. Jusqu’aux positions prise par Poutine et Xi lors de leur rencontre qui commémorait 70 ans d’amitié et dans le cadre de la Conférence de Saint Petersbourg dont je vous ai transcrit certains passages clés de cette lutte pour la redistribution du pouvoir. En passant par une multitude d’événements liés, dont il est difficile de prévoir a priori lesquels pourraient faire sens...

Le monde cette semaine a passé un seuil vers une nouvelle organisation mondiale dont nous verrons bientôt comment s’opérera sa mise en pratique. Par la violence, l’affrontement militaire, l’affrontement économique et ses pénuries programmées, les USA ne se laisseront pas détrôner sans réagir, jusqu’où sont-ils capables d’aller pour faire exister encore un peu leur illusion de pouvoirJe ne renonce pas à l’espoir de voir les populations retrouver un peu de ce bon sens qui selon Descartes, était la chose la mieux partagée au monde, pour mettre un terme à la centralisation du pouvoir et celle de la propriété de la planète (finances, territoires jusqu’au dernier brin d’herbe et moyens de production… jusqu’à nos désirs, nos consciences, nos comportements sont aujourd’hui des enjeux de pouvoir.) Je sais qu’il y a du bon potentiel, partout dans le monde, mais qu’il est jusqu’ici parcellisé. Mais un point de bifurcation est par excellence le moment où l’improbable peut très vite se transformer en nouvelle réalité.

Cet après-midi (cette nuit pour nous) aura lieu un événement dont nous ne devons pas sous-estimer l’importance : Andres Manuel Lopez Obrador a convoqué une grande manifestation d’union nationale en défense de la dignité du Mexique et de l’amitié avec le peuple des USA, à Tijuana, à 5 h de l’après-midi (minuit heure de Bxls je ne vais pas dormir beaucoup cette nuit). Cette manifestation patriote a pour enjeu la libération du Mexique, la reprise en main de son destin, AMLO a appelé autant les entrepreneurs, que les leaders ouvriers ou religieux, que tous les secteurs de la population, tout ce que le Mexique compte de patriote prêts à défendre l’autodétermination du pays est convoqué cet après-midi. J’attends avec impatience de voir dans quelle mesure son appel sera suivit.

 

Les enjeux officiels : des négociations ont lieu actuellement à Washington entre la délégation mexicaine dirigée par le Ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard, alors que la délégation US est dirigée par le vice-président Mike Pence. Ce dernier a transmis une déclaration de Trump au sujet du président du Mexique : Il a un grand respect pour AMLO et une sincère admiration et se déclare prêt à collaborer avec lui avec plaisir… On a appris que les déclaration de Trump n’ont pas une grande portée, pas plus que ces velléités de bonne volonté : quand elles ne font pas le jeu de son « entourage politique », elles sont systématiquement court-circuitées. N’empêche que cette déclaration a réchauffé le cœur des Mexicains Patriotes. Après des décennies de présidents qui ont systématiquement livré le pays, ses finances, ses ressources naturelles, le contrôle de son territoire aux USA, un président veut renverser cela et il a conquis le respect du président des USA… Ils sont fiers. Je les comprends. Après les difficultés sont immenses…

Trump : « Les faibles, on les écrase, les forts on négocie ». En ce qui me concerne, personne qui partage cette idéologie ne devrait accéder à des postes de responsabilité, mais c’est une autre question.

Ce que veulent les USA, c’est que le Mexique – entre autres ambitions territoriales et autres plus occultes - mette un terme au flux de migrants, plus de 100 000 chaque mois à présents, venus d’Amérique Centrale qui traversent ce pays pour se rendre aux USA, sans quoi, lundi entrerons en vigueur des barrières douanières qui plongeraient le Mexique dans une profonde crise de misère économique, mais dont les USA non plus ne sortiraient pas indemnes.

 

Pour illustrer cela on peut prendre l’exemple de l’industrie automobile US qui a délocalisé une grande partie de sa production au Mexique. Trump affirme qu’un de ses objectifs en instaurant ces barrières est de forcer ces industries à se rapatrier aux USA. Oui mais… soit les dites entreprises restent au Mexique et le prix des automobiles va monter drastiquement aux USA à cause des taxes barrières, soit elles rentrent au pays, où elles ne bénéficieront plus de la main d’œuvre sous-payée et sur-exploitée qui est un des attraits du Mexique pour les investisseurs étrangers, et le prix de revient augmentant à cause du payement de salaires décents que réclament les ouvriers étasuniens et des frais liés au déménagement, le prix des automobiles va augmenter drastiquement aux USA.

 

D’autre part, la guerre commerciale dont les USA menace le Mexique entraînerait un déferlement de misère dans un pays dont les états du Sud sont déjà en situation de crise aggravée, ce qui provoquerait un nouveau flux migratoire principalement sous forme de boot-people pour contourner la barrière (mur) et autres mesures de frontière « intelligente » de la frontière terrestre entre les deux pays. Mais cela c’est une évidence dès le départ, un mur entre les deux pays augmentera d’autant le nombre des migrants qui essayeront d’entrer aux USA par voie maritime, augmentant d’autant la longueur des frontières à garder en permanence sous contrôle. Et la tragédie des « perdus en mer » verrait augmenter le nombre de ses victimes.

 

Bref un deal perdant-perdant pour les populations des deux pays, et aussi pour beaucoup d’entrepreneurs. Mais tous le disent, désormais toutes les déclarations de Trump sont des déclarations de campagne qui ont pour but sa réélection le premier mardi de novembre de 2020. A voir les événements de la semaine, il semble bien que Trump ne domine pas, loin de là, la science des effets émergents, forcément le pouvoir triomphant en nie l’existence, pensant pouvoir se confier à une stricte linéarité des causes et des effets pour laquelle la volonté des peuples est un facteur négligeable ou neutralisable.. Deux grands effets émergents de ce siècle, totalement imprévus par les analystes et théoriciens du « Nouveau Siècle Américain » s’appellent respectivement Chine et Russie, ils sont de taille, et cette semaine ils ont renversé par leur alliance l’hégémonie au sein d’un Nouvel Ordre Mondial dont ils nous ont livré leurs règles.

Poutine et Xi, les 2 compères qui redessinent l'Ordre du Monde

Poutine et Xi, les 2 compères qui redessinent l'Ordre du Monde

Les USA n’ont pas que des amis dans le monde, et quand ils placent à la tête d’un pays des gouvernements qui leurs sont favorables, c’est en général au prix d’un mécontentement croissant des populations. Personnellement, je n’aime pas du tout ce qu’ils ont fait à mon pays. Alors oui, on peut se dire que la domination étasunienne et son soft power, c’était sans doute moins pire que de se retrouver sous le joug d’Hitler ou de Staline, mais pas de domination du tout, ni de colonisation économique et culturelle, je suis certaine qu’on s’en serait tout à fait bien accommodés. Et je ne voudrais pas que mon pays, demain, se retrouve sous la coupe de la Russie ou de la Chine.

Un monde en mutation

Un monde en mutation

Les USA jouent double jeu dans les négociations avec le Mexique, qui s’est vu rétrocédé de le liste des 10 pays les plus appréciables pour les investisseurs étrangers à la 25ème place suite à une baisse de sa cote opérée par les agences de notification. Ce qui constitue aussi une attaque contre Pemex, l’industrie pétrolière mexicaine, alors qu’il y a longtemps qu’elle n’avait pas aussi bien fonctionné. Je ne suis pas spécialiste de ces mécanismes économiques et financiers qui en fabriquant des fictions capturent des pans d’économies réelles, mais de ce que j’ai compris cela constitue une sorte d’OPA hostile qui permettrait aux Corporations US de racheter les obligations de Pemex à bas prix. Une expression vient dans la bouche ou sous la plume de nombreux commentateurs : les USA jouent avec le Mexique un incessant jeu de la carotte et du bâton, sans qu’on ne sache finalement si eux même savent clairement où ils veulent en venir.

Trump a déclaré la guerre au monde entier, sur tous les fronts, à de très rares exceptions comme Israël ou l’Arabie Saoudite, et sans doute le Brésil, puisque les étasuniens ne se sont pas privés de critiquer leurs plus fidèles alliés d’Amérique Latine la Colombie stigmatisant la mollesse de leur président en matière de défense de la sécurité et des intérêts des USA. Tandis que deux autres importants alliés politique de la région , le Chili et l’Argentine ont vu croître leurs relations économiques avec la Chine qui est le deuxième associé économique de l’Argentine alors que le Chili et la Chine ont signé au début de cette année un Traité de Libre Échange afin d’intensifier les relations commerciales entre les deux pays. Conflits entre alliance politique et intérêts économiques.

Pendant que ce déroulait une rencontre historique entre les présidents de Chine et de Russie et le Forum de Saint Petersbourg (que certains qualifient déjà de nouveau Davos) Poutine et Xi se rapprochaient et concluaient des alliances et les deux pays aussi se rapprochaient du Mexique dans le but de développer des relations commerciales réciproques et de le soutenir dans sa résistance aux pressions des USA.

Jusqu’ici (voir graphique) ces deux pays ont très peu d’échanges commerciaux avec le Mexique. De grandes avancées ont eu lieu cette semaine pour remédier à cette situation. Je n’ai pas tous les détails, mais le Mexique aura désormais pignon commerciale sur la place Rouge, alors que la 5G chinoise prépare son installation dans le pays, un rapprochement soutenu et favorisé par Angela Merkel en personne. Un témoignage de plus de ce déplacements des équilibres géostratégiques qui se produisent en ce moment. Alors que cette même semaine, se déroulait en Suisse, la dorénavant célèbre réunion des influenceurs du Bilderberg, réunion qui n’avait pas été annoncée pour éviter les à présents traditionnelles manifestations de protestations qui les accompagnent. La première question qui se pose : quel pouvoir d’influence aura ce Club de Dirigeants dans le Nouvel Ordre qui se dessine ?

 

Jusqu'ici les relations commerciales de Mexique avec la Chine et la Russie éait presque nul. A présent le Mexique envisage son intégration à la nouvelle route de la soie
Jusqu'ici les relations commerciales de Mexique avec la Chine et la Russie éait presque nul. A présent le Mexique envisage son intégration à la nouvelle route de la soie

Jusqu'ici les relations commerciales de Mexique avec la Chine et la Russie éait presque nul. A présent le Mexique envisage son intégration à la nouvelle route de la soie

 

Pendant ce temps, lors de la Conférence de Presse qui a suivi leur rencontre d’ores et déjà historique, Poutine et Xi ont énoncé les règles d’un Nouvel Ordre Mondial qui priveraient définitivement les USA de leur hégémonie, de leur rôle de gendarmes du monde.

Xi, joue la carte du soft power et de la séduction, il appelle le monde entier a collaborer, à partager les technologies et la croissance (de la Chine). Un foyer, un destin commun pour l’humanité, et la route de la soie qui fait de la Chine, comme d’une araignée au centre de sa toile, le centre de commande et de contrôle de ce Nouvel Ordre du Monde. Puisque ce que Xi nous propose de partager, en priorité et en particulier la 5G qui nous commençons à le comprendre, sera un outil de contrôle total pour celui qui en dominera la technologie et la commercialisation. Le même outil qu’utilise le Parti Communiste Chinois pour soumettre sa population à un système de contrôle social personnel qui analysant votre comportement dans les moindres détails, décidera des droits dont vous disposerez – ou non - à jouir d’avantages économiques, de liberté de mouvement, etc … et contrôle social de masses puisque ce systèmes prévoit aussi quelques outils de contrôle des « mouvements de masse » en tous genres. Quand où que vous soyez, il y a une camera pour vous reconnaître sous n’importe quel déguisement, évaluer votre état de santé et d’humeur du jour et vous suivre dans vos déplacements… Au-delà de toute autre considération, j’apprécie l’intimité, elle fait partie intégrante de la préservation de mon intégrité.

 

J’insiste sur ce point parce que je vois beaucoup trop de naïveté dans l’air. Une espèce de confusion romantique entre les grands mythes de la gauche du 21ème siècle, l’URSS, la Chine de Mao, qui n’ont jamais ressemblé en réalité aux belles promesses non tenues de pouvoir populaire. Et qui aujourd’hui incarnent les pires tendances confondues de la droite et de la gauche ancienne : un Corporatisme Absolu, un Progressisme forcené doublé d’un contrôle social des masses sans équivalent dans le passé. Si on suit leur programme on va droit dans le mur, la Vie va droit dans le mur. Comme les petits chinois qui jouissent d’avantages économiques comme celui de pouvoir se procurer un masque pour se protéger des émanations toxiques qui flottent dans de nombreuses villes. Cette semaine c’était aussi la commémoration du massacre de Tiananmen, une tuerie que le Pouvoir assume aujourd’hui comme ayant été nécessaire à l’établissement de l’ordre et de la stabilité sociale qui ont permis la merveilleuse croissance économique actuelle du pays.

Ainsi vivent les enfants dans plusieurs grandes villes chinoises. On arrête pas le Progrès ?

Ainsi vivent les enfants dans plusieurs grandes villes chinoises. On arrête pas le Progrès ?

Un journaliste désigne à une jeune étudiante universitaire sibérienne qui va se livrer au sport local du ski en bikini, une statue de Lénine et lui demande de qui il s’agit, elle répond qu’elle n’en sait pas trop rien, qu’il s’agit d’un dirigeant qui a sévit dans le pays dans un lointain passé, elle n’en sait pas plus. Alors que les jeunes chinois qui se marient en adoptant la mode du nazi-chic, n’ont jamais entendu parler à l’école de la dimension idéologique de la seconde guerre mondiale, pas plus que des méfaits du nazisme. Ils sont l’avenir de ces pays. J’avais trouvé il y a quelques années une déclaration du Ministre de l’Éducation de Russie, par laquelle il affirmait que Staline avait tout compris, que rien n’est plus efficace comme méthode d’éducation [de masse] que le lavage de cerveaux. Et nous avons tous entendu parler du grand lavage de cerveau chinois appelé révolution culturelle, si l’idéologie a pris de nouvelles orientation, les vieilles méthodes de conditionnement et de répression dans l’œuf de la dissidence sont toujours en vigueur en Chine, perfectionnées. Mais cela, déjà Platon le préconisait dans la République. Pour qu’un système fonctionne il faut que les masses soient fortement conditionnées, tenues dans l'ignorance, alors que leur comportement est sous contrôle. Et pour autant que cela nous déplaiset, nous ne pouvons pas nier que certains s’accommodent très bien de cette sécurité sous haute surveillance. Ils existent, certains sont nos voisins et nous devons en tenir compte.

 

Je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a pas de bons empires, et ceux qui plus par une sorte d’esprit de revanche jubilatoire que par naïveté, ou pour des raisons fondées sont prêts à se jeter pieds et poings liés, tête la première dans les bras de la Russie et de la Chine, sous prétexte que ces deux-là sont en train de mettre un terme à l’hégémonie US, n’ont pas compris que les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis.

 

Mais revenons aux déclarations de Xi et Poutine. Celles de Poutine furent bien plus longues que l’invitation de XI à se placer sous son aile.

Poutine parlera du séparatisme catalan, du Venezuela, de Huawei, du dollar, bref il va donner les lignes directrices de l’alliance globale de la Russie et de la Chine pour un Nouvel Ordre du Monde. pour le prochain siècle. Beaucoup d’analystes que j’ai écouté au cours des dernières semaines prédisaient que Xi et Poutine n’oseraient pas s’en prendre au dollar, ils ont eu tort, c’est fait et tout à fait officiellement en présence des principaux journalistes des plus importants médias mondiaux.

Pour Poutine le dollar comme principale monnaie mondiale, s’est transformé en instrument de pression des USA envers le reste du monde. Il faut donc mettre un terme au règne du dollar qui plus que monnaie de réserve est un devenu une arme de la guerre économique.

Poutine a déclaré : 

« Nous devons repenser le rôle du dollar, les institutions générales du système financier mondial ont été établie il y a 75 ans, dans le cadre des accords de Bretton Woods. Les accords de Jamaïque qui les ont remplacé dans les années 70 réaffirment la priorité du dollar sans résoudre les problèmes principaux, par dessus tout, l’équilibre entre la coopération monétaires et les échanges commerciaux. Depuis lors, de nouveaux centres économiques ont émergés, le rôle de monnaies régionales s’est accru changeant les équilibres de pouvoir et les intérêts. Clairement, ces profonds changements requièrent une adaptation des organisations financières internationales et de reconsidérer le rôle du dollar, qui par son statut de monnaie de réserve mondiale, s’est converti en instrument de pression du pays émetteur à l’égard du reste du monde . Cette utilisation, de mon point de vue, est une grande erreur des autorités financières des USA ainsi que de leurs centres politiques : ils sont eux-même en train de saper leurs avantages, créés par les Accords de Bretton Woods. La confiance dans le dollar est en chute. »

La fin des lois à domaine d’application extraterritoriale est un autre réquisit de Poutine, les USA ne devraient plus pouvoir imposer aux autres pays leurs décisions politico-économiques comme les sanctions contre l’Iran, le Venezuela et Huawei, par exemple.

Poutine a déclaré également que la guerre 5G cela correspondait à l’entrée dans le monde dans la première guerre technologique de l’ère digitale.

Guerre digitale, guerre au dollar. Une autre déclaration de Poutine, celle-là pendant le forum, concerne la course à l’armement et la nécessité urgente d’inverser la tendance que jusque-là les USA soutenaient et dominaient amplement pour le plus grand bénéfice de leurs marchands d’armes.

Poutine a affirmé :

« Changement climatique, émission anthropogéniques, etc. Tout cela va bien. Même les enfants sont engagés sur ce sujet. Mais ils ne se rendent pas compte d’une menace globale, d’un défi à prendre au sérieux qui est en relation avec les possibles conflits globaux. C’est une chose à laquelle devraient penser les hommes et les femmes adultes. Nos associés étasuniens se sont retiré du Traité sur les Missiles Anti-balistiques. Et alors, quoi ? Estimés Messieurs et Dames j’aimerais vous demander :  L’un de vous a protesté activement ? Vous êtes sortis dans la rue avec des banderoles ? NON. Silence. Comme si c’était quelque chose de normal. La prorogation du Traité d’Armes Stratégique faisait partie de notre agenda. Bon il est possible de ne pas le reconduire. Personne jusqu’à présent ne négocie avec nous, malgré que nous avons dit des centaines de fois que nous étions prêts à le faire. Et pour l’année 2021 tout serait terminé. Je voudrais que vous prêtiez attention. Il n’existe encore aucun instrument pour limiter la course aux armements, ou pour limiter les emplacements d’armes dans l’espace, par exemple. Vous vous rendez compte du sérieux et du dangereux que cela représente ? Qu’est-ce qui se passe si la partie adverse répond immédiatement ? Où cela nous mènerait-il ? Tout cela doit faire l’objet d’un débat ouvert, transparent et professionnel. La communauté mondiale devrait faire partie de ce processus. Les gens ont le droit de savoir ce qui est en train de se passer. »

Fin de la citation et je vais en rester là pour le moment parce que je veux suivre tout à l’heure le déroulement de la manifestation de Tijuan

 

A suivre donc …

 

Anne W

 

 

 

Samedi 6 juin 2019
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Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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