Sud Amérique

Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 18:00
2009-08-26
Jennifer Moore


Hier, l’Organisation des États américains (OEA) a échoué dans sa tentative d’obtenir un accord sur le retour du président hondurien Manuel Zelaya. Pour Félix Molina, co-directeur de Radio Progreso, cet échec doit marquer le début d’une nouvelle étape.

Alors que la mission diplomatique de l’OEA quittait Tegucigalpa ce mardi, sans que le président de facto Roberto Micheletti ait accepté de signer l’accord de San José, le journaliste hondurien déclarait qu’il était nécessaire que de nouvelles sanctions soient prises. Des sanctions qui soient en lien avec les « aspects commerciaux, économiques, financiers, politiques et y compris migratoires ».

La mission, composée de sept membres accompagnés du secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, a tenu une conférence de presse à l’issue de sa visite de deux jours dans la capitale hondurienne. Elle a signalé que le président de facto et ses partisans sont les seuls à refuser tout compromis. Micheletti a exprimé son désaccord quand à la restitution de Manuel Zelaya à son poste de président de la République et quant à l’amnistie politique dont celui-ci bénéficierait, deux points clés de la proposition formulée par le président du Costa Rica, Oscar Arias. D’un ton défiant vis-à-vis de la délégation étrangère, Micheletti a dit aux représentants de l’OEA que son régime n’avait pas peur des sanctions.

Pour sa part, le président Zelaya a réitéré – à travers des déclarations de la Première dame, Xiomara Castro de Zelaya – sa décision d’accepter chacun des douze points qui figurent dans l’accord, même si celui-ci tronque le processus enclenché avant le coup d’État, de consulter les Honduriens sur leur volonté ou non de mettre en œuvre des réformes constitutionnelles.

Par ailleurs, la pression exercée par certains groupes favorables à la proposition d’Oscar Arias semble prendre de l’importance. Jesús Canahuati, président de l’Association des maquiladoras du Honduras a déclaré hier à Radio Globo, que son organisation était en faveur de l’accord de San José. Les forces armées sont visiblement en train de discuter de cette question, mais elles n’ont encore fait aucune déclaration publique.

Selon le journaliste Félix Molina, si une solution n’est pas rapidement trouvée, la situation va devenir plus compliquée et plus préoccupante encore. Dans un tel cas de figure, « la protestation sociale va s’amplifier, et avec elle la répression militaire et policière ».

La semaine dernière, une délégation de la Commission Interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a relevé des milliers de détentions arbitraires, l’usage disproportionné de la force publique contre les opposants au coup d’État et de sérieuses limites à la liberté de la presse lors des deux mois qui viennent de s’écouler. La délégation a conclu que « seul le retour de l’institutionnalité démocratique au Honduras permettra qu’existent les conditions pour un réel respect des droits humains de tous les habitants du Honduras ».

La Fédération internationale des droits de l’homme demande aussi des sanctions

« Au Honduras, la démocratie n’est pas garantie, pas plus que la liberté d’expression ou les libertés personnelles », déclarait mardi après-midi Luis Guillermo Pérez, Secrétaire général de la FIDH.

Lors d’une réunion à laquelle il a assisté cette semaine avec Carlos H. Reyes, candidat indépendant pour les prochaines élections présidentielles, et le député Marvin Ponce, il a pu constater que Reyes souffrait d’une fracture de la main, alors que Ponce souffrait lui de fractures du bras et de plusieurs côtes. Ces blessures leur ont été infligées par la police nationale. Pérez a reconnu le manque de garanties démocratiques pour les prochaines élections : « Nous continuerons d’insister sur le fait que le résultat des élections ne devrait pas être reconnu par la communauté internationale…, que toute forme de coopération avec les autorités putschistes devrait être suspendue, et que des sanctions économiques devraient être adoptées contre tous ceux qui ont appuyé ou qui soutiennent le coup d’État au Honduras ».

« Telle est la position de la FIDH, du Centre pour la justice et le droit international (CEJIL) et d’autres organisations qui ont décidé de mettre en place un observatoire international sur la situation des droits humains au Honduras. Nous adresserons des rapports mensuels sur l’évolution de la situation à différents organismes comme l’OEA, l’ONU et l’Union Européenne ».

Pérez pense que le coup d’État n’était pas dirigé contre Manuel Zelaya, dont le mandat présidentiel s’achève en novembre 2009, mais plutôt contre la majorité des Honduriens. La possibilité d’une réélection à la présidence de la République n’a jamais été mentionnée avant la consultation qui était prévue le 28 juin. Il était seulement question de demander aux Honduriens s’ils étaient favorables ou non à la présence d’une quatrième urne lors des prochaines élections, et que cette urne concerne un referendum sur la possibilité de convoquer une assemblée nationale constituante pour réformer la Constitution du pays. Pérez affirme avoir pu vérifier que 60% de la population hondurienne aurait voté en faveur de la proposition du président Zelaya, si la consultation avait eu lieu.

Pérez a conclu sa déclaration en citant l’article 45 de la Constitution du Honduras : « Est puni tout acte qui interdit ou qui limite la participation du citoyen à la vie politique du pays ». D’après lui, c’est dans la violation de cet article que réside le véritable crime commis par le régime de facto, et il est important d’y prêter une plus grande attention.

Des mesures concrètes

Les États-Unis ont franchi un pallier hier en faisant à nouveau pression sur le régime de facto pour qu’il accepte de signer l’accord de San José. Au-delà des aides qui ont déjà été suspendues, les Etats-Unis n’accorderont de visas qu’aux immigrés Honduriens et en cas d’urgence, tant que le régime de facto n’acceptera aucun compromis. De son côté le Canadien Peter Kent, membre de la mission de l’OEA et ministre d’État des affaires étrangères (Amériques), a dit que son pays refuserait de s’aligner sur les Etats-Unis et l’Union Européenne, pour la suspension des aides au Honduras.

Lorsque la question des sanctions lui a été posée, Peter Kent s’est bien gardé de mentionner une quelconque mesure concrète : « en ce moment, nous sommes encore en train de négocier et d’essayer de faire aboutir l’accord de San José ». Dimanche dernier, dans un entretien accordé à Embassy Magazine, il déclarait : « toute sanction ou suppression d’aide aura en premier lieu un impact direct sur les plus démunis dans cette crise, à savoir la population civile ».

Pourtant, sans de telles pressions, il est difficile d’envisager qu’un accord opportun puisse voir le jour. En dernière instance, la position du Canada éloigne ce pays de ceux qui demandent des mesures plus énergiques pour assurer la protection des Honduriens, déjà gravement affectés par la crise.

(Traduit et publié en français par info sud télé)

- Jennifer Moore, journaliste indépendante canadienne, écrit depuis Honduras pour ALAI et FEDAEPS.

SOURCE : La crise au Honduras exige de nouvelles sanctions - América Latina en Movimiento

 

Par Anne Wolff - Publié dans : Sud Amérique - Communauté : Résistance 2007
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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 08:56




par Lamia Oualalou

Un entretien de Joao Pedro Stedile, membre de la coordination nationale du MST
Par Lamia Oualalou, journaliste
Blog : http://www.mediapart.fr/club/blog/lamia-oualalou


Le chef du file du mouvement des paysans sans terre (MST) brésilien m’a accordé une interview pour témoigner du mécontentement des siens à l’encontre de la politique du président Luiz Inacio da Silva sur la question de la réforme agraire. João Pedro Stedile fait également l’autocritique des mouvements sociaux, qui peinent à trouver une position par rapport à un gouvernement qui leur reste malgré tout plus favorable que les précédents.

C’est un débat capital à l’approche de l’élection présidentielle (octobre 2010) à laquelle Lula ne peut se présenter. Au Brésil, la loi constitutionnelle n’autorise pas deux mandats consécutifs. Une interview à lire en complément du reportage que j’ai effectué dans l’Etat du Para, publié ce week-end par Mediapart (accès abonnés seulement) http://www.mediapart.fr/journal/international/070709/decus-par-lula-les-sans-terre-ne-lachent-rien

 

Quel bilan fait le MST de la réforme agraire au cours des mandats du président Lula ? Y a-t-il une différence entre sa politique et celle de son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso ?

Les comparaisons entre les deux gouvernements n’ont pas beaucoup de sens. Nous n’attendions rien du gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Nous savions que l’alliance de son parti PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne, centre-droit) et le PFL (aujourd’hui baptisé démocrate, héritier des partis de la dictature) avait pour objectif de mettre en œuvre les politiques néolibérales dans notre pays.

En revanche, le gouvernement Lula a été porteur d’une très forte espérance aux yeux des mouvements sociaux. Aussi, en optant pour la continuité en termes de politique économique, Lula a suscité la déception et la frustration au sein de ces mouvements. Il ne fait aucun doute que la réforme agraire est le parent pauvre du gouvernement Lula. Les résultats sont même inférieurs à l’époque de Cardoso. La première année de son mandat, Lula a créé une commission spéciale chargée d’élaborer un plan national pour la réforme agraire. Même ce plan a d’abord commencé à être retouché, puis complètement abandonné.

De cette façon, le gouvernement a donné le signe, politiquement, qu’il ne voulait pas affronter les grands propriétaires terriens, ni mettre en place la réforme agraire « d’un coup de crayon », comme Lula le promettait durant ses campagnes. Pire, le complexe agro-industriel, qui à nos yeux est incompatible avec une politique de réforme agraire et l’encouragement d’une agriculture familiale, a reçu un soutien politique et économique total du gouvernement.

Néanmoins, il faut reconnaître que gouvernement Lula a beaucoup plus investi dans les politiques publiques en faveur des familles installées dans le cadre de la réforme agraire. Je veux parler de l’énergie, des routes, et de l’assistance technique. Nous avons maintenu notre autonomie à l’égard du gouvernement, mais nous avons une meilleure relation politique qu’à l’époque de Cardoso, sans être criminalisés comme nous l’étions.

 

Combien de familles attendent encore dans les campements du MST ? Et combien ont bénéficié de la réforme agraire ?

Actuellement, on compte environ 120.000 familles dans nos campements, en l’attente de terre. La plupart sont dans le Sud et le Nordeste, et attendent depuis environ quatre ans dans ces conditions. Selon l’INCRA, quelques 900 000 familles ont bénéficié de la réforme agraire, en prenant en compte les familles qui s’inséraient dans les projets de colonisation de l’Amazonie et les programmes de la régularisation foncière. Sur ce total, 380 000 familles font partie de notre mouvement.

 

Le mandat de Fernando Henrique Cardoso a été marqué par une criminalisation des mouvements sociaux et en particulier des sans-terres. La situation a-t-elle changé sous Lula ?

De fait, le gouvernement Lula n’a jamais criminalisé les mouvements sociaux, mais cela ne veut pas dire que la situation s’est arrangée. Les agents de la répression se sont déplacés vers d’autres espaces. Jamais les médias n’ont été aussi violents à l’égard des mouvements sociaux qu’actuellement. Ils sont devenus les véritables porte-parole de la droite et des forces conservatrices de notre pays.

En criminalisant les mouvements sociaux dans leurs journaux ou à la télévision, ils justifient aux yeux de la société la violence à l’encontre des luttes sociales.

Une partie du pouvoir judiciaire, qui regrette les gouvernements antérieurs à celui de Lula, et dont le principal représentant est Gilmar Mendes, l’actuel président du Tribunal Suprême fédéral a pris le même parti. Enfin, la criminalisation des mouvements sociaux s’est étendue au sein de certains gouvernements d’Etats, tels celui de la gouverneure Yeda Crusius (PSDB), dans le Rio Grande do Sul. Avec leurs politiques répressives, et le soutien des médias, ils prétendent encourager la répression des mouvements sociaux au niveau national.

Surtout la criminalité et la violence contre les mouvements sociaux est le résultat d’une énorme inégalité sociale structurelle, politique et économique dans notre pays. Et de ce point de vue, Lula n’a pas fait avancer les choses. L’allocation sociale « Bolsa Familia » est importante et nécessaire pour atténuer les effets immédiats de la pauvreté. Mais elle est insuffisante pour faire face à la question de la concentration des revenus et des richesses dans les mains d’une infime minorité de la population. Le résultat est que, même avec « Bolsa Familia », la violence continue de croître dans tout le pays, à la campagne comme en ville.

 

Comment qualifiez-vous l’attitude du Tribunal Suprême électoral à l’encontre de votre mouvement ?

Historiquement, le pouvoir judiciaire a toujours été conservateur, aligné sur les intérêts contraires à la lutte pour la réforme agraire et fidèle aux élites brésiliennes qui, selon le sociologue Florestan Fernandes, sont antinationales, antidémocratique et antisociales. Mais cela n’empêche pas qu’il existait une partie de la magistrature qui s’identifient aux les aspirations des mouvements sociaux et à la défense des intérêts de notre pays.

Ce cadre n’a pas changé. La seule différence est que l’actuel président du Tribunal, utilisant l’importance de son poste, cherche à faire connaître ses positions très à droite pour occuper l’espace politiquement, ce qui est très choquant aux yeux de tous ceux qui soutiennent le système républicain.

 

L’allocation sociale « Bolsa Familia », vient d’être étendue aux familles des campements du MST – auparavant ils ne pouvaient en bénéficier faute d’adresse fixe. Quel est l’impact de cette mesure dans les campements ?

L’allocation « Bolsa Familia » est importante et nécessaire à ce moment. Grâce à cette politique sociale, les familles qui souffraient de la faim ont aujourd’hui assez à manger. La pauvreté, provoquée par une politique de l’élite brésilienne depuis 500 ans relègue notre pays à une condition de colonie des capitaux internationaux. Dans ce contexte, la politique d’assistance est extrêmement nécessaire.

Mais à moyen et long terme, nous ne pouvons pas nous contenter d’une politique d’assistance. Il faut mettre en place une politique économique qui favorise la distribution de la richesse produite et garantisse la souveraineté nationale de notre pays.

Ce n’est pas « Bolsa Família » qui est responsable de la réduction du nombre de familles dans les campements. Ce qui provoque leur découragement, c’est l’absence de décision politique sur la question de la réforme agraire, et de la priorité à l’agriculture familiale. Sans une politique claire et courageuse, la tendance des familles est de se contenter des politiques d’assistance ou d’abandonner la campagne pour venir grossir la cohorte de pauvres dans les banlieues des villes.

 

Comment qualifiez-vous l’actuelle politique économique du Brésil ?

Cette politique économique a des effets très nocifs pour notre nation, dans la mesure où le gouvernement Lula a simplement perpétué le modèle de Cardoso. Les bénéfices astronomiques des banques sont le symbole des erreurs de cette politique. L’hégémonie des politiques néolibérales - responsable de cette grave crise mondiale - a accentué la concentration de la richesse et par conséquent, l’inégalité sociale, en provoquant une destruction de l’environnement sans précédent.

Le Brésil a été frappé par la crise comme le reste du monde. Mais ici, du fait des gigantesques inégalités, les effets sont encore plus pervers. Cela se reflète au niveau du chômage, de la violence urbaine, du nombre croissant de sans-domicile fixe, et d’absence de perspectives pour la jeunesse. A la campagne, la subordination des intérêts de notre agriculture au modèle agro-industriel (dans lequel les décideurs sont les banques, les multinationales et les grands propriétaires terriens), contribue à dénationaliser notre agriculture. Cela a provoqué un appauvrissement des services publics d’assistance technique et de recherche, en introduisant une logique de production, basée uniquement sur la maximisation des profits, avec des effets désastreux pour l’environnement et la santé de la population.

Le modèle agro-industriel n’est pas viable en tant que modèle de production alimentaire et de la préservation de l’environnement. Nous avons besoin d’un autre modèle d’agriculture, basé sur la production familiale et écologique, avec comme priorité de récupération les terres dégradées et d’augmenter la valeur ajoutée sur le terrain pour générer une hausse des revenus à la campagne.

 

Estimez-vous que les grands propriétaires terriens aient gagné la bataille d’influence au sein du gouvernement ?

Les grands propriétaires qui forment le complexe de l’agro-industriel, liés au capital financier et aux multinationales constituent l’ennemi principal de la réforme agraire aujourd’hui. Et ils ont remporté d’importantes victoires, en bénéficiant de la connivence du gouvernement. La libération des semences transgéniques, le refus d’actualiser l’indice de la productivité agricole, les soutiens à la monoculture - notamment la plantation d’eucalyptus, de canne à sucre et de soja - sont autant d’exemples de ces victoires. Maintenant, ils veulent s’en prendre à l’Amazonie, comme en témoigne de dangereux changements dans le Code forestier adoptés à l’Assemblée.

 

Que pensez-vous de la politique de promotion des biocombustibles, que ce soit au Brésil ou en coopération avec d’autres pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique centrale ?

Le MST, tout comme les membres de Via Campesina au Brésil et de Via Campesina international, désapprouve cette politique. Les biocombustibles sont directement liés aux grands groupes du complexe agro-industriel et à la monoculture extensible. C’est un modèle qui n’est pas bon pour le Brésil et, par conséquent, ne convient pas non plus aux agriculteurs dans les pays où le gouvernement brésilien cherche à l’implanter.

Le problème central des pays de l’hémisphère sud est la faim. Ce que souhaitent les agriculteurs, c’est d’être en condition de produire de la nourriture en quantité et de qualité. C’est pourquoi non plaidons pour des politiques qui garantissent la souveraineté alimentaire de chaque pays. C’est-à-dire, le droit de chaque nation à produire ses aliments. Avant de nous rétorquer que c’est une idée simpliste et naïve, je vous rappelle que la crise alimentaire mondiale, qui a eu lieu il y a moins de deux ans et qui n’est pas encore résolue, est là pour démontrer la justesse de nos propositions.

 

Que pensez-vous de la politique du gouvernement sur la question de l’environnement ?

Là encore, la libération de la plantation de produits transgéniques, l’incitation à monoculture extensive, tout comme la loi qui vise à régulariser les occupations illégales de la terre dans la forêt amazonienne et la flexibilisation du code forestier, si elles sont approuvées, ont des conséquences désastreuses pour l’environnement. On en ressent déjà les effets dans notre pays, et dans l’ensemble de la planète. Cela, sans parler de l’impunité à l’égard des crimes contre l’environnement commis par les grands exploitants de bois, l’industrie de pâte à papier et les compagnies minières.

 

On vous rétorquera que les petits agriculteurs ne sont pas plus intéressés par la défense de l’environnement, certains contribuant même à la déforestation...

De façon générale, les petits propriétaires terriens sont, de façon naturelle, e, faveur de la préservation de l’environnement. Ils vivent dans leur propriété, ce qui est rarement le cas des grands propriétaires, ce qui en fait les principaux intéressés à prendre soin les sources d’eau, la qualité de l’eau des rivières et la forêt. Il est faut de penser qu’ils n’ont pas de conscience environnementale. C’est une image répandue dont l’objectif est de discréditer la lutte pour la réforme agraire aux yeux de la société, et de dissimuler les véritables responsables des crimes contre l’environnement, que sont le complexe agro-industriel, les entreprises de bois et l’exploitation minière.

La déforestation dans les petites propriétés est provoquée pour l’essentiel par un facteur économique. Face à la baisse de leurs revenus, la tendance des petits paysans est d’étendre la zone de production. L’autre cas de figure est quand cette petite propriété est incorporée au complexe agro-industriel, qu’il s’agisse d’élevage, de pâte à papier, ou de la canne à sucre pour produire de l’alcool. La position du MST est claire. Depuis l’origine de notre lutte, nous nous prononçons en faveur de la défense de l’environnement.Lorsque le gouvernement de la dictature militaire, au lieu de faire une réforme agraire, optait pour une politique de colonisation dans l’Amazonie, nous étions contre, et nous exigions que les sans-terres soient installés dans leurs Etats d’origine.

Aujourd’hui, quand le gouvernement décide d’exproprier une terre en faveur des sans-terres, le propriétaire lance une politique de la terre brûlée, en vendant tout le bois à des entreprises avant de remettre la terre aux petits paysans. Pour ces familles, le défi est de récupérer ces surfaces. Il y a aussi un travail d’éducation dans nos écoles à la préservation de l’environnement. Enfin, nous essayons de donner les conditions techniques aux familles pour qu’elles produisent de manière agro-écologique, en assurant la production d’aliments sains et respectueux de l’environnement.

 

Sept années après l’élection de Lula, quelle est la situation des mouvements sociaux ?

Il y a deux éléments de réponse. Tout d’abord, il faut prendre en compte la nature du gouvernement Lula. C’est une équipe au spectre large, qui va de la gauche au centre droit. De ce fait, le gouvernement a opté pour une politique de conciliation de classes, ce qui place les mouvements sociaux et populaires dans une situation très complexe. Nous pensions que la mobilisation populaire qui a fait de Lula le grand leader de la classe ouvrière allait, grâce aux victoires électorales de 2002 et de 2006 donner plus de forces aux mouvements sociaux, contribuant à une redistribution du revenu et un approfondissement de la démocratie dans notre pays.

Nous espérions également que la victoire électorale de Lula encouragerait les masses à investir la rue, donnant ainsi les conditions au gouvernement pour effectuer les changements revendiqué historiquement par la classe ouvrière. Cela ne s’est pas fait. Pire, la capacité d’améliorer la situation des plus pauvres s’est trouvée incarnée par la personne de Lula, et non pas dans le pouvoir des masses. Ensuite, nous devons faire notre autocritique. Une bonne partie des mouvements sociaux a confondu la nécessité de défendre le gouvernement contre les attaques de la droite avec la perte de l’autonomie de leur organisation. Plusieurs figures clefs ont abandonné le travail syndical et de mobilisation populaire pour se consacrer à l’activité parlementaire ou au sein du gouvernement. Cela nous a affaiblis d’un point de vue social et institutionnel.

Une autre partie des mouvements sociaux et syndicaux ont fait une autre lecture, selon nous, erronée. Celle de traiter le gouvernement actuel comme un ennemi de classe. Pour notre part, nous ne considérons pas que ce soit le cas, mais nous devons maintenir notre autonomie politique pour organisation la mobilisation populaire. C’est la seule façon d’obtenir la réalisation des revendications de la classe ouvrière. Actuellement, la gauche est donc divisée, et nous avons négligé le travail de base, tout comme la formation de cadres politiques en faveur des luttes sociales.

 

En 2006, le MST était déjà bien critique de la politique du gouvernement, mais il a soutenu la réélection de Lula. Qu’en sera-t-il en 2010 ? Allez-vous appuyer la campagne de sa candidate Dilma Roussef, ou prendre le risque que la droite gagne ?

Nous voulons échapper au piège du calendrier électoral. C’est une logique qui restreint la participation des personnes en politique aux périodes électorales. Nous revendiquons le droit à faire de la politique en dehors du calendrier électoral, ce qui va au-delà du choix de tel ou tel candidat.

C’est pour cela que nous sommes un mouvement qui organise le peuple en faveur de la réforme agraire, et que nous participons, avec d’autres organisations sociales, étudiantes, syndicales et religieuses, à la lutte pour construire un projet populaire de développement économique et de défense de la souveraineté nationale de notre pays.

Telle est notre tâche en ce moment. Perdre du temps à discuter des candidats pour une élection qui aura lieu dans quinze mois n’aide en rien notre lutte. Nous n’avons pas encore mis ce débat sur la table avec notre base sociale. Nous concentrons tous nos efforts pour relever les défis d’élever la conscience politique de la population brésilienne et construire l’unité des forces progressistes de notre pays.

SOURCE : Le Mouvement des sans terre au Brésil - Mémoire des luttes
Par Anne Wolff - Publié dans : Sud Amérique - Communauté : La Cyber-résistance
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 11:06
Une série de témoignages, de celui d'un prêtre travaillant au sein de la population à un communiqué de membres des Farc en passant par celui du Conseil Norvégien pour les Réfugiés, des portraits de personnes déplacées, de leur vie quotidienne, qui nous dressent un tableau vivant de la situation en Colombie. Articles sur le même sujet sur le blog la Coopérative éditoriale

1 Témoignages des victimes et des acteurs du conflit en Colombie la coopérative 26
2 Le monde paysan résiste à l'état narco-capitaliste la coopéative 46
3 Semance de résistance en Colombie La coopérative 21
4 Les enfants travailleurs de Colombie La coopérative 28

La Colombie est un enjeu majeur pour les forces capitalistes. D'abord, gigantesque réserve de ressources naturelles, dans un moment de contraction des marchés et de retour aux valeurs sures des matières premières, ce grand et beau pays, si riche de part sa nature, ses écosystèmes, ses fleuves et ses forets, ses montagnes et ses plaines, court le risque d'être éventré encore plus qu'il ne l'est par les bulldozers et contaminé par toutes sortes de vendeurs de mort. Les populations qui vivent de et avec ces ressources, les indiens qui y ont encore leurs sanctuaires sacrés, les paysans qui savent cultiver la terre, sont déplacés ou massacrés. A l'autre bout de la chaine du capitalisme, celui-ci ne s'embarrasse pas des déclarations verbeuses des salons d'occident.
D'autres parts, la guerre civile qui n'a réellement jamais cessé de puis les guerres de colonisation, rien n'annonce qu'elle prenne fin, au contraire. La guérilla campesina, qui malgré le flot de propagande et les terribles attaques appuyées par la technologie et les effectifs nord-américains garde sa force intacte. Et c'est bien la seule capable de freiner le projet macabre des élites capitalistes en même temps que c'est bien la seule formation politique qui propose un projet de société différent. Et pas seulement arcbouté sur les vieux livres marxistes, bien qu'ils prennent dans ce pays divisé en castes plus qu'en classes une résonance puissante, la guérilla synthétise la culture campesina, la culture « indienne », le passé des esclaves, la lutte contre l'inégalité de classe et de race, en un sens elle seule représente le vrai visage de la Colombie. Certes, pour l'instant, on ne voit que ces armes.




Témoignages des victimes et des acteurs du conflit en Colombie.


État de Norte Santander, Cúcuta, frontière avec le Venezuela.


Don Reynaldo est le fondateur de la fondation Albergue de paso para desplazados y población vulnerable el Buen Jesus. Le titre, un peu long, a l’avantage d’éclaircir les motivations du bonhomme quant à son implication sociale dans le quartier. Les populations vulnérables en question sont les anciens en situation d’extrême pauvreté et les enfants abandonnés. Cúcuta détient le triste record du taux le plus élevé de séropositifs et porteurs du virus VIH en Colombie.

Nous sommes assis avec don Reynaldo à son petit bureau, dans la cour de la maison qu’il loue dans un quartier populaire de la ville. Derrière, les enfants préparent des décorations pour noël, des petits sacs faits de tissus récupérés et des poupées de toutes les couleurs. Beaucoup d’entre eux sont séropositifs. Certains ont été abandonnés par leur famille du fait de la maladie. Dans le reste de la maison, derrière chaque porte se repose un ancien sur un lit sommaire.



La fondation manque de place et de moyens. Aux yeux occidentaux peu habitués à la misère, cela pourrait paraître plus que rustique, si loin des standards d’hygiène des mondes aseptisés, mais la chaleur humaine et la force morale de don Reynaldo relativisent les murs sans peinture et les sols sans parquet. Aujourd’hui il ne pleut pas, il n’y a pas de boue et la chaleur de la matinée fait déjà perler des gouttes de sueurs sur les visages. Les ventilateurs sont réservés aux anciens, et la nuit les jeunes font leurs nids dans la cour avec les vieux matelas rangés contre le mur.

L’état n’aide pas la fondation, les oligarques préfèrent ne pas voir la situation du pays, ne pas enregistrer les cas de misère qui assombriraient les bilans de fin d’année. La mairie fait parfois don d’un peu de nourriture, de mauvaise qualité et en quantité insuffisante. Pas d’importance pour cet homme de foi, il frappe inlassablement à toutes les portes pour que les enfants et les anciens puissent bénéficier du minimum et ne pas traîner dans la rue. Il occupe les plus jeunes avec des dessins, des jeux, du sport, il les aide dans leurs devoirs, il implique des étudiants et des infirmiers, il dispense son catéchisme et assure lui-même des ateliers d’information sur le virus du sida. C’est un homme sain, à vous réconcilier avec Jésus, plus proche de Camilo Torres Restrepo (le curé guévariste) que de Benoît XVI (le curé révisionniste). Il se démultiplie, aide les parents à gérer leurs maigres ressources, à la fois banquier et comptable et sa bonne humeur cache presque l’effroi de ses paroles qui content la situation des ces populations vulnérables oubliées de la grande bourgeoisie.

En finissant le jus de fruit frais qu’ils nous a offert, il se projette dans le futur, imagine une fondation plus grande, plus salubre, il imagine la charité chrétienne des grandes familles de la ville, il rêve de dispenser des cours sur le sida dans les écoles et collèges du quartier, il prophétise des temps meilleurs pour les enfants, loin des pressions paramilitaires, des mafias qui recrutent dans la rue, et dans sa poignée de main ferme qui me salue sur le bas de la porte, je sens toute la force des hommes de bonne volonté qui luttent et lutteront, quoi qu’il arrive, pour une Colombie juste et en paix, c’est-à-dire dire pour le commencement d’un monde meilleur. Je sais que son projet de déménagement n’a finalement pas fonctionné, alors il reste encore dans ce logement pas très commode. L’aider, c’est aider tous ces enfants et tous ces vieux, toutes ces victimes du capitalisme, parce que dans les rues de la ville passent de grosses voitures que même en Europe il est difficile de se payer, et il n’y a aucun doute sur l’implication de leur conducteur dans de très sales choses. Les enfants, eux, et avec don Reynaldo, continuent de se battre chaque jour à fabriquer non seulement de petites poupées avec des tissus de récupération, de petits sacs vendus sur les marchés, mais avant tout ils se battent pour construire un avenir meilleur au milieu du marasme imposé par l’élite colombienne à son propre peuple.

Tragédies des déplacés – Doña Carmen

Doña Carmen vit avec sa famille dans le quartier de Niña Ceci, quartier populaire de Cúcuta, depuis 4 ans. Avant elle vivait dans une finca, à la campagne, travaillant la terre et vivant de ses mains, avec son mari et ses enfants. Un de ses fils a rejoint la guérilla, et après 3 ou 4 ans, elle ne sait pas très bien, il s’est enfui au Vénézuela pour des raisons qui restent obscures à ses yeux de mère. Là-bas il a été assassiné, sans qu’elle sache si cela fut le fait des paramilitaires, de la guérilla ou d’éléments infiltrés de l’armée nationale colombienne. Alors, des hommes sont venus la menacer, elle et sa famille, aux portes de la finca. La vie n’était d’ailleurs plus tenable. Une nuit, prise entre les tirs croisés d’un accrochage, toute la famille est restée couchée sur le sol pour éviter les balles. Son plus jeune fils en a été profondément marqué et ne put dormir pendant des mois, les cauchemars remplaçant les doux rêves des enfants. Un autre jour des hommes ont mis le feu à la maison, alors elle est partie avec sa famille et quelques affaires pour se réfugier plus loin sur une autre parcelle de terre. Mais les problèmes l’ont suivie. Là-bas aussi on savait pour son fils dans la guérilla assassiné au Venezuela. A nouveau menacée, elle a du partir avec toute sa famille, cette fois pour la ville. Il n’est pas difficile de savoir qui les a menacé, les sbires mercenaires de l’ordre capitaliste ; en Colombie il faut savoir interpréter les silences et les regards fuyants.

Pour beaucoup de paysans la guerre est une chose unique et peu importe l’écusson sur la veste du soldat, seulement importe les faits de guerre, les menaces, les armes braquées sur les tempes. De plus, pour bénéficier du minimum que l’état consent aux populations déplacées, il faut déclarer que la guérilla est la seule source de tous les malheurs. Ainsi l’état a de quoi alimenter sa propagande guerrière. Alors c’est ainsi, et pour eux peu importe, la tragédie reste la même, les larmes ne sont pas moins salées, les nuits ne sont pas plus douces.

La Croix Rouge lui a apporté une première aide d’urgence, des couvertures, une petite maison de transit, un peu d’argent pour se nourrir les premières semaines. La ville. Que faire ici pour ces paysans habitués à semer le maïs et la yuca, qui vivent au rythme du soleil ? Ici dans le béton rien ne pousse. Ici, dans l’agitation de la ville, les ennemis sont partout. Les paramilitaires nouvellement reformés sous le nom de aguilas negras (les aigles noirs) contrôlent la ville. La confiance est une denrée précieuse.

Des associations travaillent pour aider ces populations, pour les socialiser et les intégrer à la vie urbaine, pendant que l’état, lui, nie en bloc la réalité de la guerre, heureux et traître de clamer haut et fort que la pays est pacifié, tout juste s’il resterait quelques bandes de délinquants et de trafiquants ici et là... alors que le chiffre pour cette année 2008 est de 500 000 déplacés ! Des paramilitaires infiltrent même les cercles de victimes pour s’assurer que personne ne parle. Quelle tristesse et quelle souffrance, dans ce pays, qui, quoiqu’en dise les biens pensants démocrates, fut, est et reste une dictature.

Doña Carmen, elle, va de l’avant. Elle a monté un petit atelier de couture et le travail ne manque pas. Un de ses fils travaille à la fondation Creciendo Unidos de Cúcuta, fondation qui socialise les enfants travailleurs et les jeunes en situation de vulnérabilité. Il apprend le métier de boulanger. Avec ses amis, des jeunes eux aussi victimes du conflit, ils pensent monter une petite pizzeria. La fille de doña Carmen apprend la maroquinerie et tous deux continuent leur parcours scolaire. Le mari de doña Carmen, lui, reste plongé dans une dépression latente, comme beaucoup de déracinés de leur terre. Il traine un peu trop avec les hommes du quartier à tuer le temps avec une bière et il n’a pas voulu parler avec l’étranger de passage.

Témoignages de l’horreur paramilitaire - Doña Luz Mery

Doña Luz Mery, nous l’avons rencontrée dans la localité de Zulia, une municipalité peu éloignée de Cúcuta. Nous avons partagé un repas et elle nous a raconté son histoire. Par trois fois elle a essuyé les larmes qui roulaient sur ses joues avec son écharpe aux couleurs de la Colombie. Sa fille est morte un 20 juillet, sur le bas de sa porte, devant son petit frère et sa petite sœur, d’une balle tirée par deux hommes en moto. Deux autres hommes surveillaient de loin sur une autre moto. Les militaires de l’armée nationale qui était postés au bout du chemin assurent n’avoir rien vu. Quelques jours auparavant, sa fille, dont le sourire illumine la photo qu’elle me tend et qui ne la quitte jamais, avait refusé à des hommes en armes de partager une bière avec eux et ces derniers étaient partis en la menaçant de mort. L’exécution ne tarda pas, l’impunité continue.

Le chef paramilitaire du secteur, alias el gato (le chat), a reconnu d’un air distrait lors de son procès qu’effectivement la fille de doña Luz Mery figurait sur sa liste, comme on vérifie un livre de compte mortuaire. Luz Mery a vu le commanditaire de l’assassinat sans que rien ne change, ni pour sa douleur, ni pour la situation de la région, parce que les morts se succèdent. Elle m’informe des chiffres sordides de la veille, 14 personnes ont été assassinées cette nuit, dont deux dans des fincas éloignées de la ville, comme ce fut le cas pour sa fille. Pour l’année 2008, à Ocaña, une localité distante de quelques kilomètres, 50 jeunes ont été assassinés.

Avant cette tragédie, elle vivait aussi tranquille que l’on puisse vivre dans la campagne de Norte Santander, avec ses cultures et son élevage de 60 poulets, me dit-elle fièrement, les yeux encore humides de ces souvenirs douloureux. Aujourd’hui elle s’entasse avec le reste de sa famille dans une seule pièce insalubre, dans une finca éloignée où ses enfants doivent marcher chaque jour 3 heures pour se rendre à l’école.

Elle s’implique dans l’association Asofazul, avec d’autres victimes du conflit, pour leur apporter un soutien juridique, pour que les familles déplacées aillent au bout des démarches administratives qui leur donnent droit à de maigres compensations, comme les frais de cantine gratuits pour les enfants et une petite indemnisation.

Doña Luz Mery est une petite femme, une campesina, une âme forte quoique abattue par la douleur de la perte de sa famille, et à partager le souvenir de cet assassinat, souvenir qui maintenant est le mien, et le votre, à voir son courage à continuer à vivre et à aider les victimes, comme elle, de la barbarie des paramilitaires, le soleil se lève dans mon cœur face aux combats quotidiens de ceux qui se lèveront toujours, eux, contre l’inhumanité de ces tueurs au service de l’oligarchie.

Conseil Norvégien pour les Réfugiés.

En Colombie, il est plus facile pour les étrangers que pour les Colombiens de travailler dans la lutte pour le respect des droits de l’Homme. Ce n’est pas vraiment une question de facilité mais plutôt de sécurité. Le passeport et la couleur de peau protègent plus que la vaillance et la persévérance. C’est le sophisme colombien, beaucoup d’argent pour la guerre en provenance des Etats-Unis, beaucoup d’argent en provenance de l’Union Européenne pour panser les plaies de la guerre, et beaucoup d’argent pour les multinationales qui pillent le pays. Au milieu de tout cela, entre propagande et déni de droit, entre terrorisme d’état et mafia toute puissante, les Colombiens vivent.

Le Conseil Norvégien pour les Réfugiés m’a reçu par un après-midi de pluie. Contrairement aux Colombiens, eux peuvent parler franchement à un étranger de la situation. Contrairement aux mots des Colombiens, les leurs sont toujours teintés de ce regard légaliste en décalage avec la réalité du terrain. Eux peuvent travailler dans les chemins autorisés par l’État de non droit colombien. Et pourtant s’ils n’étaient pas là, le panorama serait encore plus sombre.

Ici à Cúcuta, ville frontière avec le Venezuela, la situation est la suivante. La violence n’a pas disparu mais le schéma de son exécution s’est modifié. Les paramilitaires tenaient la ville il y a encore un an, c’est-à-dire qu’ils étaient les maîtres de façon très visible. Jamais on ne voyait de groupes de jeunes après la nuit tombée dans les rues, peu ou pas de délinquance commune ( la peine automatique étant la mort, la torture ou l’exécution sommaire), et les paramilitaires exerçaient un harcèlement inlassable sur les quartiers où s’échouent les déplacés des campagnes. Apparence de calme, tranquillité pour la bourgeoisie et terreur dans les quartiers populaires.

Depuis peu, la mafia dispute aux paramilitaires le contrôle de la ville. Dispute ou négocie. Les jeunes sont de nouveau visibles dans le centre, devant les discothèques, et le trafic de drogue se fait au grand jour. Augmentation des vols et des braquages. Prostitution plus visible. C’est que, devant la démobilisation des blocs paramilitaires, de nombreux assassins se sont retrouvés au chômage et ne savant pas faire grand chose d’autre que violer et tuer, tranquillisés par l’amnistie tacite du gouvernement, et ils ont rejoint les rangs de la mafia.

Ici, dans cette zone frontalière, la mafia a toujours fait partie du paysage. Dans les alentours, il n’y a pas de stations essence mais des petites échoppes à ciel ouvert où se vend le pétrole vénézuelien dans des bidons de fortune. L’électroménager, les vêtements, les voitures transitent toute la journée selon l’intérêt des uns et des autres. La frontière est une vraie passoire et la vérité c’est que l’on peut pénétrer plusieurs dizaines de kilomètres en territoire vénézuelien sans montrer plus que sa carte d’identité à un douanier distrait, qu’il soit Colombien ou Vénézuelien. D’ailleurs, m’a-t-on dit, le président Chavez ne s’approche jamais de la frontière colombienne, les caciques de la mafia y sont si puissants que la possibilité de se faire assassiner est pour lui réelle. Les paramilitaires colombiens sont aussi à l’aise d’un coté comme de l’autre de la frontière.

Les déplacés sont une population très importante dans les cinq municipalités de la région. On parle de 3 700 familles, et il faut savoir que ne sont pas comptabilisés les déplacements intra urbains, les déplacements causés par les paramilitaires (puisque officiellement ils n’existent plus), ni les déplacements conséquence de la fumigation puisque l’armée n’épand son agent orange nouvelle génération que sur les champs de coca. Autant dire qu’il n’y a aucun autre choix pour les déplacés que de faire une fausse déclaration impliquant la guérilla pour bénéficier d’un peu de couverture sociale. Enfin, il s’agit plutôt d’un piteux cache-misère en fait de couverture.

Je pose souvent la question de ce qui ce passe légalement avec les titres de propriété de ces familles déplacées par la force. C’est pourtant très simple. L’administration qui gère le cadastre est des plus corrompues. Normalement, toute procédure de reconnaissance d’un déplacement gèle toute vente d’un terrain. Dans les faits, c’est une farce. De plus, le titulaire est toujours le chef de famille, l’homme, et si celui-ci disparaît la femme n’a aucun droit sur la terre. Je rappelle qu’il ne s’agit pas de l’Afghanistan des talibans mais bien de la Colombie démocratique du président et paramilitaire élu Alvaro Uribe. Dans ce chaos mise en place pour le bénéfice des caciques et les rentes de ceux qui vendent le pays aux étrangers, le Conseil Norvégien pour les Réfugiés développe des activités et processus de renforcement des structures d’accueils, d’élaboration de projets sociaux, de visibilisation du drame des déplacés, de pressions internationales sur les institutions locales et nationales. Une goutte d’eau ? Une larme serait plus juste, une larme de rage et d’impuissance.

Barrio Primavera

Jésus est un ami de l’humanité, un homme bon malgré les tourments quotidiens qui corrompent les hommes et les femmes. Je ne parle pas du prophète mais de ce jeune père de famille qui habite aux abords du quartier de Primavera, un quartier surgi dans les collines qui bordent Cúcuta et dont la population n’est composée que de familles de paysans des campagnes avoisinantes déplacées par la force. Jésus, je l’ai rencontré lors d’une matinée consacrée à l’organisation des différents projets pour la jeunesse dans la région. Toutes les associations et fondations, tous les acteurs sociaux étaient là. Les représentants de la pyramide administrative aussi, et un policier, comme il se doit déguisé en militaire dans ce pays où la différence entre les deux titres ne saute pas aux yeux.

Beaucoup de projets, quelques cris d’impuissance, quelques banalités et beaucoup d’envie de tous ces citoyens colombiens qui non seulement vivent avec l’horreur quotidienne mais travaillent avec elle. Jésus m’a invité dans son quartier quelques jours plus tard et m’a servi de guide. Il m’a tout expliqué alors je vous explique tout de la vie des familles déplacées.

Dans la chaleur tropicale, sous les pluie quotidiennes, dans les chemins de terre qui serpentent sur la colline, les maisons de planche et de tôle aux portes de toile et de plastique sont disposées de part et d’autre du chemin. La terre est rouge, de ce rouge dont on fait les briques les plus réputées du pays par leurs qualités, si résistantes que les usines du coin les exportent. Lorsqu’il ne pleut pas, il n’y a pas de boue. Lorsqu’il pleut, il fait un peu moins chaud. La chaleur n’impose pas de se barricader et justement, l’air qui passe entre les planches et sous les toits à l’étanchéité médiocre offre un peu de rafraîchissement. Il y a l’électricité mais pas toujours l’eau courante. Des lignes téléphoniques qui s’entremêlent. Une école et deux églises. Les enfants jouent dans les rues comme insensibles à la chaleur, et d’un regard on embrasse les collines luxuriantes, les fincas entourées de barbelés de quelques riches propriétaires terriens et le ciel azur où tournent les aigles. La Colombie est un pays magnifique. Ici la nature est riche et prolifique. Malheureusement pour ces familles de paysans, pas une parcelle de terre n’est à leur disposition pour cultiver.

Il n’y a pas grand monde dans le chemin, c’est midi ou presque, la musique s’envole de chaque maison et parfois une moto passe en claquant ses pistons. Pour la sécurité, tout est relatif. Les paramilitaires, encore, savent tout de ce qui se passe. Il ne fait pas bon s’organiser, sauf aller à l’église. Alors les familles sont un peu enfermées sur elles-mêmes. On ne partage pas beaucoup les histoires d’avant, chacun a presque les mêmes, la guerre, les exactions de l’armée et des paramilitaires, les enfants partis se battre à la guérilla, alors à quoi bon en parler ? Au sommet du quartier, près de la route qui mène à Zulia et plus profondément dans le pays, de petites auberges sont alignées.

Les routiers fréquentent ces petits hôtels où l’on peut demander bien autre chose qu’une bière à la serveuse, et cela même si la serveuse n’est qu’une fillette de douze ans. Dans les maisons, et grâce à Jésus qui s’investit dans le quartier, on nous reçoit ici et là. Il y a des enfants et des bébés dans chaque maison, des mamans si jeunes et, malgré la surprise, toujours des sourires. Les petits vont à l’école, les hommes sont au travail et les femmes s’occupent de la maison lorsque elles-mêmes ne travaillent pas. Ici tout le monde vous dira que la vie est bonne, meilleure qu’à la campagne. Que la vie à la ville est plus facile, qu’ici on est enfin loin de la guerre et de ses bombardements. En fait, ici, malgré la grande gentillesse des habitants, on ment toujours lorsque l’on parle de la vie quotidienne. L’impunité des criminelles n’incite pas à exposer de quelconques doléances.

Jésus et son groupe d’ami d’enfance, qui vivent presque tous dans le quartier, se remémorent le bon vieux temps lorsqu’ils allaient tous à la rivière, avec un repas s’il y avait de quoi ou avec rien d’autre que l’amitié s’il n’y avait rien. Accepter la misère, ce n’est pas facile. Voir leurs enfants grandir dans ce chaos et sans plus de chance qu’eux, c’est difficile pour des parents.

Jésus a monté une association et travaille avec des jeunes de la ville à un petit journal ainsi qu’à une émission de radio dont le titre peut être traduit par « la capote ». Il se bat et croit beaucoup à l’aide de la communauté européenne - je baisse les yeux ; plus tard lorsque l’on mangera, je lui expliquerai, en vain, que l’Europe est surtout la source du cauchemar pour la Colombie puisque ce sont ses entreprises qui pillent le pays, soutiennent les paramilitaires et appuient le président assassin. Et l’oppression violente de ceux d’en haut, c’est insupportable pour ces hommes et femmes qui refusent la soumission et la fatalité. Il faut partir me dit Jésus. Je reste un peu, finis mon verre de jus de fruit frais. Je parle avec ce petit de six ou sept ans et lui demande ce qu’il veut faire plus tard. Il me répond "militaire, comme son cousin". Soupir.

Il n’y a pas grand chose dans ces maisons de fortune qui poussent comme des champignons à mesure que la campagne pleure son lot d’exilés. On est bien loin des délires de la surconsommation occidentale, on est bien loin du bonheur matériel aussi. C’est une contradiction évidente, qui saute aux yeux. Victimes du capitalisme international, écrasés à l’autre bout de la chaîne par toute cette super structure qui broie les hommes corps et âmes, violés dans leurs droits, soumis par la guerre, abandonnés à l’impunité par leur propre état, ils n’aspirent pourtant pas à autre chose qu’à vivre dans le monde de la consommation, fut-ce au prix de la répétition de leurs souffrances sur d’autres.

L’éducation est un point fondamental, un facteur qui doit retrouver toute son efficacité. Ici en Colombie, après les hécatombes contre les partis politiques et les acteurs sociaux (l’Union Patriotique a perdu 5 000 militants et élus en plus de 25 000 disparus dans les années 85-95, la Colombie détient le triste record du nombre de syndicalistes abattus, et il y a peu encore, au mois de décembre 2008, l’époux d’une militante indienne a été abattu par l’armée nationale lors d’une embuscade maquillée en contrôle de police), la stratégie de l’acceptation du modèle spectaculaire capitaliste atteint le summum de l’horreur. Et bien sûr, dans chacune de ces petites maisons, les informations nationales déversent leurs flots de mensonges quotidiens au travers de petits postes de télévision.

ASCAMCAT ( Association paysanne du Catatumbo)
Asociación Campesina del Catatumbo

L’association paysanne du Catatumbo est une organisation née en 2005 de la volonté des habitants des département de Convención, Teorama, El Tarra y El Carmen qui forment la région du Catatumbo dans l’état de Norte Santander. Cet état frontalier du Venezuela, territoire ancestral des indiens Motilon-Bari, est l’un des symboles des exactions paramilitaires depuis leur prise de pouvoir en 1999. Le fameux et macabre Carlos Castaño, chef du bloc paramilitaire AUC du Catatumbo, n’avait pas fait mystère de son intention de prendre par la force la petite ville portuaire de La Gabarra, sur le fleuve Catatumbo, lieu de passage du commerce pour cette région reculée, et notamment lieu de passage de la pâte de coca. Le front 33 des Farc-ep unis avec l’EPL ( armée populaire de libération, dissidence de l’ELN, l’armée nationale de libération), ont fait échouer sa première tentative en infligeant de sérieuses pertes à sa colonne d’assassins qui ne put rallier la ville. Devant cet état de fait l’armée nationale installa une brigade à la Gabarra, et dans la soirée du 21 août 1999, ces mêmes soldats de l’armée nationale ont accueilli à bras ouverts les paramilitaires eux-mêmes « déguisés » en militaires pour tromper les forces insurgées.

Cette nuit-là, un samedi, jour d’affluence sur le marché, l’électricité a été coupée à la nuit tombée et le bombardement de la ville commença. Le lendemain, les campesinos ont constaté la prise de la ville par les hommes de Castaño, sans que l’armée ne réagisse, et les chiffres du massacre s’élevèrent à 190 paysans assassinés. Main dans la main, armée nationale et paramilitaires avaient perpétré un nouveau massacre pour le contrôle stratégique d’une zone clé à la frontière du pays. Le narco-trafiquant et paramilitaire Castaño, qui depuis serait mort sans qu’on n’ai jamais retrouvé son corps, a bénéficié pendant des années de cette position pour tuer en toute impunité et développer son commerce de la mort. La courageuse guérilla, bernée par l’armée nationale, n’a eu d’autre choix qu’un repli stratégique face à cette alliance macabre de l’état et de la mafia.

Le bloc paramilitaire du Catatumbo s’est officiellement démobilisé en 2004, assurant une presque totale impunité pour tous ces commandants et soldats. Dans ce contexte, l’ASCAMCAT s’est organisée pour reconstruire le tissu social, condition essentielle pour développer un cadre de vie digne pour tous les habitants du Catatumbo, paysans et populations indiennes, les anciens, les femmes et les enfants. L’association lutte également contre la fumigation, pour la résolution des facteurs socio-économiques qui induisent les cultures illicites, pour la défense du territoire, pour la préservation des ressources naturelles, contre l’invasion des multinationales, pour la récupération des traditions ancestrales et pour l’implication de tous dans le respect des droits de l’Homme et l’organisation de la vie sociale. Tâche gigantesque dans ce pays où, malgré les lois de paix et de réconciliation, les facteurs de la tragédie sont toujours présents.

Les Motilon-Bari sont toujours victimes principales de l’appétit des multinationales. En 2005 l’armée nationale les empoisonnait avec des colis alimentaires frelatés tandis que les multinationales du pétrole électrifiaient les clôtures encerclant leurs derricks et causaient des morts atroces.

Les paramilitaires se reforment. En décembre 2008 on a vu ici et là des groupes de 50 à 150 hommes armés dans le département du Catatumbo. C’est que la situation est similaire à celle de la fin des années 90. L’organisation sociale et les mouvements campesinos se sont reformés après les massacres, l’armée nationale est sous la menace du retrait de l’argent yankee pour des raisons d’État de la nouvelle administration nord-américaine, et les multinationales piaffent d’impatience de ne pouvoir piller les ressources. Alors, comme toujours, la guerre sale sera privatisée aux profits des groupes mafieux et terroristes, c’est-à-dire textuellement ceux qui terrorisent les populations.




L’ASCAMCAT prédit tristement que 2009 sera l’une des années les plus noires, préparant les populations au retour des paramilitaires. Préparer les populations au retour des tueurs, des violeurs, de ceux qui décapitent et parfois découpent leurs victimes à la tronçonneuse ? En Colombie, à l’autre bout de la chaine horrible du capitalisme, souvent je regarde la montagne, et je me demande devant tant d’injustice, devant le cirque de la paix des bourgeois et de leurs théories honteuses, ¿donde se encuentra el camino del monte ? (où est le chemin du maquis ?)


Communiqué janvier 2009

Certains analystes expliquent que le conflit de la zone frontière entre la Colombie et le Venezuela, spécialement au Catatumbo, est le résultat, d’une part d’une lutte de territoire entre narcotrafiquants, et d’autre part des actions de l’état menées pour contrôler l’ordre public. La réalité est bien différente, puisqu’il s’agit de l’application de la géopolitique impérialiste des États-Unis d’Amérique. Des arguments cyniques sont donc utilisés pour expliquer la situation, les mêmes qui justifient les terribles crimes contre les peuples palestiniens, afghans, iraqiens et dans d’autres régions de la planète.

La terreur conséquence des massacres perpétrés est l’arme fondamentale pour expulser les paysans de leurs terres et se les approprier. Il est clair que cette région est riche en gisements et ressources naturelles, en ressource hydraulique, riche d’une flore et d’une faune diversifiées, de terres fertiles et située à proximité de ports importants sur la routes des pillages de nos matières premières, pillage toujours en direction des transnationales.

Ces richesses ne s’arrêtent pas à la frontière et par conséquent la stratégie impériale non plus. La toile des multinationales et de ses mercenaires s’étend silencieusement de l’autre côté de la frontalière vénézuélienne, et leurs actions sont dangereusement coordonnées par les mafias du trafic de stupéfiant et par des agents spécialisés payés par l’empire. Le vol des Aigles Noirs (Aguilas Negras), comme on appelle les paramilitaires aujourd’hui, est observé avec complaisance par les fonctionnaires officiels de l’état qui savent pourtant où se trouvent leurs nids.

Ils mettent en place une stratégie pour atteindre leurs objectifs, et certains de ces objectifs s’inscrivent dans le long terme. De sorte qu’ils préparent leurs cadres et leurs commandos spéciaux pour des opérations de sabotage, pour la mise en place des futurs massacres, crimes sélectifs, manipulations médiatiques et agitations sociales qui causeront de terribles traumatismes dans le futur si les mesures adéquates et nécessaires ne sont pas prises.

Le panorama économique, social et militaire des régions frontalières comportent de nouveaux éléments qu’il est nécessaire de réviser pour viser juste tant au niveau des politiques à mener que des moyens à employer. Dans le Catatumbo colombien ils ont vainement essayé de s’emparer de la région au moyen, à la fois du para militarisme, et à la fois par le biais de grandes opérations militaires, comme toujours soutenues par la haute technologie, militaire et médiatique, née des programmes d’assistance, ces programmes orientée par l’ambassade gringa, et les agences de coopération internationale liées au Plan la Colombie comme l’USAID (Agence Internationale pour le Développement des USA).

C’est dans le Catatumbo que se concentrent les bandes paramilitaires, c’est là qu’elles ont perpétré la plus grande quantité de massacres, qu’elles ont occasionné le plus grand nombre de déplacement de population dans le département de Norte Santander ; c’est également dans le Catatumbo que se sont déroulés les combats majeurs des FARC-EP contre l’armée et les paramilitaires, c’est ici que l’on a compté le plus de morts et de blessés, et finalement c’est ici que se concentrent les investissements de capitaux étrangers en comparaison avec le reste du département.

Au cours de cette offensive bestiale de l’ennemi dans la région, bien que celui-ci ait déployé toute sa capacité militaire, technique et scientifique, bien que tous les moyens aient été utilisés dans sa guerre dissymétrique et médiatique, il s’est heurté à notre inébranlable volonté de lutte ; jamais auparavant nous n’avions résisté à une offensive d’une telle ampleur, et nous avons résisté avec dignité et dévouement, sans compter les innombrables difficultés, sans nous arrêter devant les risques ni les sacrifices parce que nous avons la foi en nos idéaux, dans les moyens que nous mettons en œuvre pour les atteindre et la certitude que nous les atteindrons.

S’il y a bien une dispute de territoires, il s’agit seulement d’éviter que ces terres ne passent aux mains des corporations transnationales, celles qui ne font qu’éventrer ses richesses, réduire en esclavage les travailleurs dans les mines de charbon, dans la production pétrolière, dans les plantations de dizaines de milliers d’hectares semés de palmier et de cane pour la production d’agrocombustibles, et tant d’autres mégaprojets. Si les paysans et les communautés indiennes perdent leurs terres, c’est dans le seul but d’assurer l’arrière-garde des mercenaires qui poursuivent leurs objectifs funestes dans le pays frère du Venezuela.. Dans les terres du Catatumbo nous semons nos frères tombés au combat comme les paysans assassinés par l’armée officielle et ses paramilitaires, mais nous semons également dans les esprits de nos peuples humbles et vilipendés l’espérance de construire le rêve bolivarien. Entendez que c’est la raison de notre résistance, par le socialisme, hasta la vida misma si cela est nécessaire. Nous sommes encouragés par la solidarité des peuples frères et nous ne doutons pas d’atteindre la victoire. FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple), depuis les montagnes de Colombie.

Libération de quatre prisonniers de la Force Publique par les FARC-EP. Filmé par les Farc-ep. 1er Janvier 2009.







Note :


Je remercie particulièrement Luz Dary pour son aide lors de mon passage à Cúcuta, sa confiance et son implication ont été le lien nécessaire avec la population, de même que je remercie sincèrement toutes les personnes qui m’ont guidé et appuyé dans ce modeste projet de partager les souffrances et les espérances du peuple colombien soumis à la terreur capitaliste.
Un salut respectueux à tous.
A.E

Témoignages des victimes et des acteurs du conflit en Colombie.


État de Norte Santander, Cúcuta, frontière avec le Venezuela.


Don Reynaldo est le fondateur de la fondation Albergue de paso para desplazados y población vulnerable el Buen Jesus. Le titre, un peu long, a l’avantage d’éclaircir les motivations du bonhomme quant à son implication sociale dans le quartier. Les populations vulnérables en question sont les anciens en situation d’extrême pauvreté et les enfants abandonnés. Cúcuta détient le triste record du taux le plus élevé de séropositifs et porteurs du virus VIH en Colombie.

Nous sommes assis avec don Reynaldo à son petit bureau, dans la cour de la maison qu’il loue dans un quartier populaire de la ville. Derrière, les enfants préparent des décorations pour noël, des petits sacs faits de tissus récupérés et des poupées de toutes les couleurs. Beaucoup d’entre eux sont séropositifs. Certains ont été abandonnés par leur famille du fait de la maladie. Dans le reste de la maison, derrière chaque porte se repose un ancien sur un lit sommaire.



La fondation manque de place et de moyens. Aux yeux occidentaux peu habitués à la misère, cela pourrait paraître plus que rustique, si loin des standards d’hygiène des mondes aseptisés, mais la chaleur humaine et la force morale de don Reynaldo relativisent les murs sans peinture et les sols sans parquet. Aujourd’hui il ne pleut pas, il n’y a pas de boue et la chaleur de la matinée fait déjà perler des gouttes de sueurs sur les visages. Les ventilateurs sont réservés aux anciens, et la nuit les jeunes font leurs nids dans la cour avec les vieux matelas rangés contre le mur.

L’état n’aide pas la fondation, les oligarques préfèrent ne pas voir la situation du pays, ne pas enregistrer les cas de misère qui assombriraient les bilans de fin d’année. La mairie fait parfois don d’un peu de nourriture, de mauvaise qualité et en quantité insuffisante. Pas d’importance pour cet homme de foi, il frappe inlassablement à toutes les portes pour que les enfants et les anciens puissent bénéficier du minimum et ne pas traîner dans la rue. Il occupe les plus jeunes avec des dessins, des jeux, du sport, il les aide dans leurs devoirs, il implique des étudiants et des infirmiers, il dispense son catéchisme et assure lui-même des ateliers d’information sur le virus du sida. C’est un homme sain, à vous réconcilier avec Jésus, plus proche de Camilo Torres Restrepo (le curé guévariste) que de Benoît XVI (le curé révisionniste). Il se démultiplie, aide les parents à gérer leurs maigres ressources, à la fois banquier et comptable et sa bonne humeur cache presque l’effroi de ses paroles qui content la situation des ces populations vulnérables oubliées de la grande bourgeoisie.

En finissant le jus de fruit frais qu’ils nous a offert, il se projette dans le futur, imagine une fondation plus grande, plus salubre, il imagine la charité chrétienne des grandes familles de la ville, il rêve de dispenser des cours sur le sida dans les écoles et collèges du quartier, il prophétise des temps meilleurs pour les enfants, loin des pressions paramilitaires, des mafias qui recrutent dans la rue, et dans sa poignée de main ferme qui me salue sur le bas de la porte, je sens toute la force des hommes de bonne volonté qui luttent et lutteront, quoi qu’il arrive, pour une Colombie juste et en paix, c’est-à-dire dire pour le commencement d’un monde meilleur. Je sais que son projet de déménagement n’a finalement pas fonctionné, alors il reste encore dans ce logement pas très commode. L’aider, c’est aider tous ces enfants et tous ces vieux, toutes ces victimes du capitalisme, parce que dans les rues de la ville passent de grosses voitures que même en Europe il est difficile de se payer, et il n’y a aucun doute sur l’implication de leur conducteur dans de très sales choses. Les enfants, eux, et avec don Reynaldo, continuent de se battre chaque jour à fabriquer non seulement de petites poupées avec des tissus de récupération, de petits sacs vendus sur les marchés, mais avant tout ils se battent pour construire un avenir meilleur au milieu du marasme imposé par l’élite colombienne à son propre peuple.

Tragédies des déplacés – Doña Carmen

Doña Carmen vit avec sa famille dans le quartier de Niña Ceci, quartier populaire de Cúcuta, depuis 4 ans. Avant elle vivait dans une finca, à la campagne, travaillant la terre et vivant de ses mains, avec son mari et ses enfants. Un de ses fils a rejoint la guérilla, et après 3 ou 4 ans, elle ne sait pas très bien, il s’est enfui au Vénézuela pour des raisons qui restent obscures à ses yeux de mère. Là-bas il a été assassiné, sans qu’elle sache si cela fut le fait des paramilitaires, de la guérilla ou d’éléments infiltrés de l’armée nationale colombienne. Alors, des hommes sont venus la menacer, elle et sa famille, aux portes de la finca. La vie n’était d’ailleurs plus tenable. Une nuit, prise entre les tirs croisés d’un accrochage, toute la famille est restée couchée sur le sol pour éviter les balles. Son plus jeune fils en a été profondément marqué et ne put dormir pendant des mois, les cauchemars remplaçant les doux rêves des enfants. Un autre jour des hommes ont mis le feu à la maison, alors elle est partie avec sa famille et quelques affaires pour se réfugier plus loin sur une autre parcelle de terre. Mais les problèmes l’ont suivie. Là-bas aussi on savait pour son fils dans la guérilla assassiné au Venezuela. A nouveau menacée, elle a du partir avec toute sa famille, cette fois pour la ville. Il n’est pas difficile de savoir qui les a menacé, les sbires mercenaires de l’ordre capitaliste ; en Colombie il faut savoir interpréter les silences et les regards fuyants.

Pour beaucoup de paysans la guerre est une chose unique et peu importe l’écusson sur la veste du soldat, seulement importe les faits de guerre, les menaces, les armes braquées sur les tempes. De plus, pour bénéficier du minimum que l’état consent aux populations déplacées, il faut déclarer que la guérilla est la seule source de tous les malheurs. Ainsi l’état a de quoi alimenter sa propagande guerrière. Alors c’est ainsi, et pour eux peu importe, la tragédie reste la même, les larmes ne sont pas moins salées, les nuits ne sont pas plus douces.

La Croix Rouge lui a apporté une première aide d’urgence, des couvertures, une petite maison de transit, un peu d’argent pour se nourrir les premières semaines. La ville. Que faire ici pour ces paysans habitués à semer le maïs et la yuca, qui vivent au rythme du soleil ? Ici dans le béton rien ne pousse. Ici, dans l’agitation de la ville, les ennemis sont partout. Les paramilitaires nouvellement reformés sous le nom de aguilas negras (les aigles noirs) contrôlent la ville. La confiance est une denrée précieuse.

Des associations travaillent pour aider ces populations, pour les socialiser et les intégrer à la vie urbaine, pendant que l’état, lui, nie en bloc la réalité de la guerre, heureux et traître de clamer haut et fort que la pays est pacifié, tout juste s’il resterait quelques bandes de délinquants et de trafiquants ici et là... alors que le chiffre pour cette année 2008 est de 500 000 déplacés ! Des paramilitaires infiltrent même les cercles de victimes pour s’assurer que personne ne parle. Quelle tristesse et quelle souffrance, dans ce pays, qui, quoiqu’en dise les biens pensants démocrates, fut, est et reste une dictature.

Doña Carmen, elle, va de l’avant. Elle a monté un petit atelier de couture et le travail ne manque pas. Un de ses fils travaille à la fondation Creciendo Unidos de Cúcuta, fondation qui socialise les enfants travailleurs et les jeunes en situation de vulnérabilité. Il apprend le métier de boulanger. Avec ses amis, des jeunes eux aussi victimes du conflit, ils pensent monter une petite pizzeria. La fille de doña Carmen apprend la maroquinerie et tous deux continuent leur parcours scolaire. Le mari de doña Carmen, lui, reste plongé dans une dépression latente, comme beaucoup de déracinés de leur terre. Il traine un peu trop avec les hommes du quartier à tuer le temps avec une bière et il n’a pas voulu parler avec l’étranger de passage.

Témoignages de l’horreur paramilitaire - Doña Luz Mery

Doña Luz Mery, nous l’avons rencontrée dans la localité de Zulia, une municipalité peu éloignée de Cúcuta. Nous avons partagé un repas et elle nous a raconté son histoire. Par trois fois elle a essuyé les larmes qui roulaient sur ses joues avec son écharpe aux couleurs de la Colombie. Sa fille est morte un 20 juillet, sur le bas de sa porte, devant son petit frère et sa petite sœur, d’une balle tirée par deux hommes en moto. Deux autres hommes surveillaient de loin sur une autre moto. Les militaires de l’armée nationale qui était postés au bout du chemin assurent n’avoir rien vu. Quelques jours auparavant, sa fille, dont le sourire illumine la photo qu’elle me tend et qui ne la quitte jamais, avait refusé à des hommes en armes de partager une bière avec eux et ces derniers étaient partis en la menaçant de mort. L’exécution ne tarda pas, l’impunité continue.

Le chef paramilitaire du secteur, alias el gato (le chat), a reconnu d’un air distrait lors de son procès qu’effectivement la fille de doña Luz Mery figurait sur sa liste, comme on vérifie un livre de compte mortuaire. Luz Mery a vu le commanditaire de l’assassinat sans que rien ne change, ni pour sa douleur, ni pour la situation de la région, parce que les morts se succèdent. Elle m’informe des chiffres sordides de la veille, 14 personnes ont été assassinées cette nuit, dont deux dans des fincas éloignées de la ville, comme ce fut le cas pour sa fille. Pour l’année 2008, à Ocaña, une localité distante de quelques kilomètres, 50 jeunes ont été assassinés.

Avant cette tragédie, elle vivait aussi tranquille que l’on puisse vivre dans la campagne de Norte Santander, avec ses cultures et son élevage de 60 poulets, me dit-elle fièrement, les yeux encore humides de ces souvenirs douloureux. Aujourd’hui elle s’entasse avec le reste de sa famille dans une seule pièce insalubre, dans une finca éloignée où ses enfants doivent marcher chaque jour 3 heures pour se rendre à l’école.

Elle s’implique dans l’association Asofazul, avec d’autres victimes du conflit, pour leur apporter un soutien juridique, pour que les familles déplacées aillent au bout des démarches administratives qui leur donnent droit à de maigres compensations, comme les frais de cantine gratuits pour les enfants et une petite indemnisation.

Doña Luz Mery est une petite femme, une campesina, une âme forte quoique abattue par la douleur de la perte de sa famille, et à partager le souvenir de cet assassinat, souvenir qui maintenant est le mien, et le votre, à voir son courage à continuer à vivre et à aider les victimes, comme elle, de la barbarie des paramilitaires, le soleil se lève dans mon cœur face aux combats quotidiens de ceux qui se lèveront toujours, eux, contre l’inhumanité de ces tueurs au service de l’oligarchie.

Conseil Norvégien pour les Réfugiés.

En Colombie, il est plus facile pour les étrangers que pour les Colombiens de travailler dans la lutte pour le respect des droits de l’Homme. Ce n’est pas vraiment une question de facilité mais plutôt de sécurité. Le passeport et la couleur de peau protègent plus que la vaillance et la persévérance. C’est le sophisme colombien, beaucoup d’argent pour la guerre en provenance des Etats-Unis, beaucoup d’argent en provenance de l’Union Européenne pour panser les plaies de la guerre, et beaucoup d’argent pour les multinationales qui pillent le pays. Au milieu de tout cela, entre propagande et déni de droit, entre terrorisme d’état et mafia toute puissante, les Colombiens vivent.

Le Conseil Norvégien pour les Réfugiés m’a reçu par un après-midi de pluie. Contrairement aux Colombiens, eux peuvent parler franchement à un étranger de la situation. Contrairement aux mots des Colombiens, les leurs sont toujours teintés de ce regard légaliste en décalage avec la réalité du terrain. Eux peuvent travailler dans les chemins autorisés par l’État de non droit colombien. Et pourtant s’ils n’étaient pas là, le panorama serait encore plus sombre.

Ici à Cúcuta, ville frontière avec le Venezuela, la situation est la suivante. La violence n’a pas disparu mais le schéma de son exécution s’est modifié. Les paramilitaires tenaient la ville il y a encore un an, c’est-à-dire qu’ils étaient les maîtres de façon très visible. Jamais on ne voyait de groupes de jeunes après la nuit tombée dans les rues, peu ou pas de délinquance commune ( la peine automatique étant la mort, la torture ou l’exécution sommaire), et les paramilitaires exerçaient un harcèlement inlassable sur les quartiers où s’échouent les déplacés des campagnes. Apparence de calme, tranquillité pour la bourgeoisie et terreur dans les quartiers populaires.

Depuis peu, la mafia dispute aux paramilitaires le contrôle de la ville. Dispute ou négocie. Les jeunes sont de nouveau visibles dans le centre, devant les discothèques, et le trafic de drogue se fait au grand jour. Augmentation des vols et des braquages. Prostitution plus visible. C’est que, devant la démobilisation des blocs paramilitaires, de nombreux assassins se sont retrouvés au chômage et ne savant pas faire grand chose d’autre que violer et tuer, tranquillisés par l’amnistie tacite du gouvernement, et ils ont rejoint les rangs de la mafia.

Ici, dans cette zone frontalière, la mafia a toujours fait partie du paysage. Dans les alentours, il n’y a pas de stations essence mais des petites échoppes à ciel ouvert où se vend le pétrole vénézuelien dans des bidons de fortune. L’électroménager, les vêtements, les voitures transitent toute la journée selon l’intérêt des uns et des autres. La frontière est une vraie passoire et la vérité c’est que l’on peut pénétrer plusieurs dizaines de kilomètres en territoire vénézuelien sans montrer plus que sa carte d’identité à un douanier distrait, qu’il soit Colombien ou Vénézuelien. D’ailleurs, m’a-t-on dit, le président Chavez ne s’approche jamais de la frontière colombienne, les caciques de la mafia y sont si puissants que la possibilité de se faire assassiner est pour lui réelle. Les paramilitaires colombiens sont aussi à l’aise d’un coté comme de l’autre de la frontière.

Les déplacés sont une population très importante dans les cinq municipalités de la région. On parle de 3 700 familles, et il faut savoir que ne sont pas comptabilisés les déplacements intra urbains, les déplacements causés par les paramilitaires (puisque officiellement ils n’existent plus), ni les déplacements conséquence de la fumigation puisque l’armée n’épand son agent orange nouvelle génération que sur les champs de coca. Autant dire qu’il n’y a aucun autre choix pour les déplacés que de faire une fausse déclaration impliquant la guérilla pour bénéficier d’un peu de couverture sociale. Enfin, il s’agit plutôt d’un piteux cache-misère en fait de couverture.

Je pose souvent la question de ce qui ce passe légalement avec les titres de propriété de ces familles déplacées par la force. C’est pourtant très simple. L’administration qui gère le cadastre est des plus corrompues. Normalement, toute procédure de reconnaissance d’un déplacement gèle toute vente d’un terrain. Dans les faits, c’est une farce. De plus, le titulaire est toujours le chef de famille, l’homme, et si celui-ci disparaît la femme n’a aucun droit sur la terre. Je rappelle qu’il ne s’agit pas de l’Afghanistan des talibans mais bien de la Colombie démocratique du président et paramilitaire élu Alvaro Uribe. Dans ce chaos mise en place pour le bénéfice des caciques et les rentes de ceux qui vendent le pays aux étrangers, le Conseil Norvégien pour les Réfugiés développe des activités et processus de renforcement des structures d’accueils, d’élaboration de projets sociaux, de visibilisation du drame des déplacés, de pressions internationales sur les institutions locales et nationales. Une goutte d’eau ? Une larme serait plus juste, une larme de rage et d’impuissance.

Barrio Primavera

Jésus est un ami de l’humanité, un homme bon malgré les tourments quotidiens qui corrompent les hommes et les femmes. Je ne parle pas du prophète mais de ce jeune père de famille qui habite aux abords du quartier de Primavera, un quartier surgi dans les collines qui bordent Cúcuta et dont la population n’est composée que de familles de paysans des campagnes avoisinantes déplacées par la force. Jésus, je l’ai rencontré lors d’une matinée consacrée à l’organisation des différents projets pour la jeunesse dans la région. Toutes les associations et fondations, tous les acteurs sociaux étaient là. Les représentants de la pyramide administrative aussi, et un policier, comme il se doit déguisé en militaire dans ce pays où la différence entre les deux titres ne saute pas aux yeux.

Beaucoup de projets, quelques cris d’impuissance, quelques banalités et beaucoup d’envie de tous ces citoyens colombiens qui non seulement vivent avec l’horreur quotidienne mais travaillent avec elle. Jésus m’a invité dans son quartier quelques jours plus tard et m’a servi de guide. Il m’a tout expliqué alors je vous explique tout de la vie des familles déplacées.

Dans la chaleur tropicale, sous les pluie quotidiennes, dans les chemins de terre qui serpentent sur la colline, les maisons de planche et de tôle aux portes de toile et de plastique sont disposées de part et d’autre du chemin. La terre est rouge, de ce rouge dont on fait les briques les plus réputées du pays par leurs qualités, si résistantes que les usines du coin les exportent. Lorsqu’il ne pleut pas, il n’y a pas de boue. Lorsqu’il pleut, il fait un peu moins chaud. La chaleur n’impose pas de se barricader et justement, l’air qui passe entre les planches et sous les toits à l’étanchéité médiocre offre un peu de rafraîchissement. Il y a l’électricité mais pas toujours l’eau courante. Des lignes téléphoniques qui s’entremêlent. Une école et deux églises. Les enfants jouent dans les rues comme insensibles à la chaleur, et d’un regard on embrasse les collines luxuriantes, les fincas entourées de barbelés de quelques riches propriétaires terriens et le ciel azur où tournent les aigles. La Colombie est un pays magnifique. Ici la nature est riche et prolifique. Malheureusement pour ces familles de paysans, pas une parcelle de terre n’est à leur disposition pour cultiver.

Il n’y a pas grand monde dans le chemin, c’est midi ou presque, la musique s’envole de chaque maison et parfois une moto passe en claquant ses pistons. Pour la sécurité, tout est relatif. Les paramilitaires, encore, savent tout de ce qui se passe. Il ne fait pas bon s’organiser, sauf aller à l’église. Alors les familles sont un peu enfermées sur elles-mêmes. On ne partage pas beaucoup les histoires d’avant, chacun a presque les mêmes, la guerre, les exactions de l’armée et des paramilitaires, les enfants partis se battre à la guérilla, alors à quoi bon en parler ? Au sommet du quartier, près de la route qui mène à Zulia et plus profondément dans le pays, de petites auberges sont alignées.

Les routiers fréquentent ces petits hôtels où l’on peut demander bien autre chose qu’une bière à la serveuse, et cela même si la serveuse n’est qu’une fillette de douze ans. Dans les maisons, et grâce à Jésus qui s’investit dans le quartier, on nous reçoit ici et là. Il y a des enfants et des bébés dans chaque maison, des mamans si jeunes et, malgré la surprise, toujours des sourires. Les petits vont à l’école, les hommes sont au travail et les femmes s’occupent de la maison lorsque elles-mêmes ne travaillent pas. Ici tout le monde vous dira que la vie est bonne, meilleure qu’à la campagne. Que la vie à la ville est plus facile, qu’ici on est enfin loin de la guerre et de ses bombardements. En fait, ici, malgré la grande gentillesse des habitants, on ment toujours lorsque l’on parle de la vie quotidienne. L’impunité des criminelles n’incite pas à exposer de quelconques doléances.

Jésus et son groupe d’ami d’enfance, qui vivent presque tous dans le quartier, se remémorent le bon vieux temps lorsqu’ils allaient tous à la rivière, avec un repas s’il y avait de quoi ou avec rien d’autre que l’amitié s’il n’y avait rien. Accepter la misère, ce n’est pas facile. Voir leurs enfants grandir dans ce chaos et sans plus de chance qu’eux, c’est difficile pour des parents.

Jésus a monté une association et travaille avec des jeunes de la ville à un petit journal ainsi qu’à une émission de radio dont le titre peut être traduit par « la capote ». Il se bat et croit beaucoup à l’aide de la communauté européenne - je baisse les yeux ; plus tard lorsque l’on mangera, je lui expliquerai, en vain, que l’Europe est surtout la source du cauchemar pour la Colombie puisque ce sont ses entreprises qui pillent le pays, soutiennent les paramilitaires et appuient le président assassin. Et l’oppression violente de ceux d’en haut, c’est insupportable pour ces hommes et femmes qui refusent la soumission et la fatalité. Il faut partir me dit Jésus. Je reste un peu, finis mon verre de jus de fruit frais. Je parle avec ce petit de six ou sept ans et lui demande ce qu’il veut faire plus tard. Il me répond "militaire, comme son cousin". Soupir.

Il n’y a pas grand chose dans ces maisons de fortune qui poussent comme des champignons à mesure que la campagne pleure son lot d’exilés. On est bien loin des délires de la surconsommation occidentale, on est bien loin du bonheur matériel aussi. C’est une contradiction évidente, qui saute aux yeux. Victimes du capitalisme international, écrasés à l’autre bout de la chaîne par toute cette super structure qui broie les hommes corps et âmes, violés dans leurs droits, soumis par la guerre, abandonnés à l’impunité par leur propre état, ils n’aspirent pourtant pas à autre chose qu’à vivre dans le monde de la consommation, fut-ce au prix de la répétition de leurs souffrances sur d’autres.

L’éducation est un point fondamental, un facteur qui doit retrouver toute son efficacité. Ici en Colombie, après les hécatombes contre les partis politiques et les acteurs sociaux (l’Union Patriotique a perdu 5 000 militants et élus en plus de 25 000 disparus dans les années 85-95, la Colombie détient le triste record du nombre de syndicalistes abattus, et il y a peu encore, au mois de décembre 2008, l’époux d’une militante indienne a été abattu par l’armée nationale lors d’une embuscade maquillée en contrôle de police), la stratégie de l’acceptation du modèle spectaculaire capitaliste atteint le summum de l’horreur. Et bien sûr, dans chacune de ces petites maisons, les informations nationales déversent leurs flots de mensonges quotidiens au travers de petits postes de télévision.

ASCAMCAT ( Association paysanne du Catatumbo)
Asociación Campesina del Catatumbo

L’association paysanne du Catatumbo est une organisation née en 2005 de la volonté des habitants des département de Convención, Teorama, El Tarra y El Carmen qui forment la région du Catatumbo dans l’état de Norte Santander. Cet état frontalier du Venezuela, territoire ancestral des indiens Motilon-Bari, est l’un des symboles des exactions paramilitaires depuis leur prise de pouvoir en 1999. Le fameux et macabre Carlos Castaño, chef du bloc paramilitaire AUC du Catatumbo, n’avait pas fait mystère de son intention de prendre par la force la petite ville portuaire de La Gabarra, sur le fleuve Catatumbo, lieu de passage du commerce pour cette région reculée, et notamment lieu de passage de la pâte de coca. Le front 33 des Farc-ep unis avec l’EPL ( armée populaire de libération, dissidence de l’ELN, l’armée nationale de libération), ont fait échouer sa première tentative en infligeant de sérieuses pertes à sa colonne d’assassins qui ne put rallier la ville. Devant cet état de fait l’armée nationale installa une brigade à la Gabarra, et dans la soirée du 21 août 1999, ces mêmes soldats de l’armée nationale ont accueilli à bras ouverts les paramilitaires eux-mêmes « déguisés » en militaires pour tromper les forces insurgées.

Cette nuit-là, un samedi, jour d’affluence sur le marché, l’électricité a été coupée à la nuit tombée et le bombardement de la ville commença. Le lendemain, les campesinos ont constaté la prise de la ville par les hommes de Castaño, sans que l’armée ne réagisse, et les chiffres du massacre s’élevèrent à 190 paysans assassinés. Main dans la main, armée nationale et paramilitaires avaient perpétré un nouveau massacre pour le contrôle stratégique d’une zone clé à la frontière du pays. Le narco-trafiquant et paramilitaire Castaño, qui depuis serait mort sans qu’on n’ai jamais retrouvé son corps, a bénéficié pendant des années de cette position pour tuer en toute impunité et développer son commerce de la mort. La courageuse guérilla, bernée par l’armée nationale, n’a eu d’autre choix qu’un repli stratégique face à cette alliance macabre de l’état et de la mafia.

Le bloc paramilitaire du Catatumbo s’est officiellement démobilisé en 2004, assurant une presque totale impunité pour tous ces commandants et soldats. Dans ce contexte, l’ASCAMCAT s’est organisée pour reconstruire le tissu social, condition essentielle pour développer un cadre de vie digne pour tous les habitants du Catatumbo, paysans et populations indiennes, les anciens, les femmes et les enfants. L’association lutte également contre la fumigation, pour la résolution des facteurs socio-économiques qui induisent les cultures illicites, pour la défense du territoire, pour la préservation des ressources naturelles, contre l’invasion des multinationales, pour la récupération des traditions ancestrales et pour l’implication de tous dans le respect des droits de l’Homme et l’organisation de la vie sociale. Tâche gigantesque dans ce pays où, malgré les lois de paix et de réconciliation, les facteurs de la tragédie sont toujours présents.

Les Motilon-Bari sont toujours victimes principales de l’appétit des multinationales. En 2005 l’armée nationale les empoisonnait avec des colis alimentaires frelatés tandis que les multinationales du pétrole électrifiaient les clôtures encerclant leurs derricks et causaient des morts atroces.

Les paramilitaires se reforment. En décembre 2008 on a vu ici et là des groupes de 50 à 150 hommes armés dans le département du Catatumbo. C’est que la situation est similaire à celle de la fin des années 90. L’organisation sociale et les mouvements campesinos se sont reformés après les massacres, l’armée nationale est sous la menace du retrait de l’argent yankee pour des raisons d’État de la nouvelle administration nord-américaine, et les multinationales piaffent d’impatience de ne pouvoir piller les ressources. Alors, comme toujours, la guerre sale sera privatisée aux profits des groupes mafieux et terroristes, c’est-à-dire textuellement ceux qui terrorisent les populations.





L’ASCAMCAT prédit tristement que 2009 sera l’une des années les plus noires, préparant les populations au retour des paramilitaires. Préparer les populations au retour des tueurs, des violeurs, de ceux qui décapitent et parfois découpent leurs victimes à la tronçonneuse ? En Colombie, à l’autre bout de la chaine horrible du capitalisme, souvent je regarde la montagne, et je me demande devant tant d’injustice, devant le cirque de la paix des bourgeois et de leurs théories honteuses, ¿donde se encuentra el camino del monte ? (où est le chemin du maquis ?)


Communiqué janvier 2009

Certains analystes expliquent que le conflit de la zone frontière entre la Colombie et le Venezuela, spécialement au Catatumbo, est le résultat, d’une part d’une lutte de territoire entre narcotrafiquants, et d’autre part des actions de l’état menées pour contrôler l’ordre public. La réalité est bien différente, puisqu’il s’agit de l’application de la géopolitique impérialiste des États-Unis d’Amérique. Des arguments cyniques sont donc utilisés pour expliquer la situation, les mêmes qui justifient les terribles crimes contre les peuples palestiniens, afghans, iraqiens et dans d’autres régions de la planète.

La terreur conséquence des massacres perpétrés est l’arme fondamentale pour expulser les paysans de leurs terres et se les approprier. Il est clair que cette région est riche en gisements et ressources naturelles, en ressource hydraulique, riche d’une flore et d’une faune diversifiées, de terres fertiles et située à proximité de ports importants sur la routes des pillages de nos matières premières, pillage toujours en direction des transnationales.

Ces richesses ne s’arrêtent pas à la frontière et par conséquent la stratégie impériale non plus. La toile des multinationales et de ses mercenaires s’étend silencieusement de l’autre côté de la frontalière vénézuélienne, et leurs actions sont dangereusement coordonnées par les mafias du trafic de stupéfiant et par des agents spécialisés payés par l’empire. Le vol des Aigles Noirs (Aguilas Negras), comme on appelle les paramilitaires aujourd’hui, est observé avec complaisance par les fonctionnaires officiels de l’état qui savent pourtant où se trouvent leurs nids.

Ils mettent en place une stratégie pour atteindre leurs objectifs, et certains de ces objectifs s’inscrivent dans le long terme. De sorte qu’ils préparent leurs cadres et leurs commandos spéciaux pour des opérations de sabotage, pour la mise en place des futurs massacres, crimes sélectifs, manipulations médiatiques et agitations sociales qui causeront de terribles traumatismes dans le futur si les mesures adéquates et nécessaires ne sont pas prises.

Le panorama économique, social et militaire des régions frontalières comportent de nouveaux éléments qu’il est nécessaire de réviser pour viser juste tant au niveau des politiques à mener que des moyens à employer. Dans le Catatumbo colombien ils ont vainement essayé de s’emparer de la région au moyen, à la fois du para militarisme, et à la fois par le biais de grandes opérations militaires, comme toujours soutenues par la haute technologie, militaire et médiatique, née des programmes d’assistance, ces programmes orientée par l’ambassade gringa, et les agences de coopération internationale liées au Plan la Colombie comme l’USAID (Agence Internationale pour le Développement des USA).

C’est dans le Catatumbo que se concentrent les bandes paramilitaires, c’est là qu’elles ont perpétré la plus grande quantité de massacres, qu’elles ont occasionné le plus grand nombre de déplacement de population dans le département de Norte Santander ; c’est également dans le Catatumbo que se sont déroulés les combats majeurs des FARC-EP contre l’armée et les paramilitaires, c’est ici que l’on a compté le plus de morts et de blessés, et finalement c’est ici que se concentrent les investissements de capitaux étrangers en comparaison avec le reste du département.

Au cours de cette offensive bestiale de l’ennemi dans la région, bien que celui-ci ait déployé toute sa capacité militaire, technique et scientifique, bien que tous les moyens aient été utilisés dans sa guerre dissymétrique et médiatique, il s’est heurté à notre inébranlable volonté de lutte ; jamais auparavant nous n’avions résisté à une offensive d’une telle ampleur, et nous avons résisté avec dignité et dévouement, sans compter les innombrables difficultés, sans nous arrêter devant les risques ni les sacrifices parce que nous avons la foi en nos idéaux, dans les moyens que nous mettons en œuvre pour les atteindre et la certitude que nous les atteindrons.

S’il y a bien une dispute de territoires, il s’agit seulement d’éviter que ces terres ne passent aux mains des corporations transnationales, celles qui ne font qu’éventrer ses richesses, réduire en esclavage les travailleurs dans les mines de charbon, dans la production pétrolière, dans les plantations de dizaines de milliers d’hectares semés de palmier et de cane pour la production d’agrocombustibles, et tant d’autres mégaprojets. Si les paysans et les communautés indiennes perdent leurs terres, c’est dans le seul but d’assurer l’arrière-garde des mercenaires qui poursuivent leurs objectifs funestes dans le pays frère du Venezuela.. Dans les terres du Catatumbo nous semons nos frères tombés au combat comme les paysans assassinés par l’armée officielle et ses paramilitaires, mais nous semons également dans les esprits de nos peuples humbles et vilipendés l’espérance de construire le rêve bolivarien. Entendez que c’est la raison de notre résistance, par le socialisme, hasta la vida misma si cela est nécessaire. Nous sommes encouragés par la solidarité des peuples frères et nous ne doutons pas d’atteindre la victoire. FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple), depuis les montagnes de Colombie.

Libération de quatre prisonniers de la Force Publique par les FARC-EP. Filmé par les Farc-ep. 1er Janvier 2009.







Note :


Je remercie particulièrement Luz Dary pour son aide lors de mon passage à Cúcuta, sa confiance et son implication ont été le lien nécessaire avec la population, de même que je remercie sincèrement toutes les personnes qui m’ont guidé et appuyé dans ce modeste projet de partager les souffrances et les espérances du peuple colombien soumis à la terreur capitaliste.
Un salut respectueux à tous.
A.E

Par Anne Wolff - Publié dans : Sud Amérique - Communauté : Pensées sur la vie...
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 10:48

Un article de Kilobug Le Vénézuela Bolivarien - Le blog de kilobug ! et une émission de Zalea TV Zalea TV, les deux bien complémentaires. Et une vidéo chanson juste pour le fun 

DAME PA MATALA EN FAVOR DE LA PAZ YouTube - DAME PA MATALA EN FAVOR DE LA PAZ (FULL CALIDAD)




Par kilobug, dimanche 25 mars 2007 à 00:45 :: Amérique Latine :: #24 :: rss


Il y a un peu plus d'un mois, j'ai passé une semaine à Caracas, occasion pour moi de voir de plus près la Révolution Bolivarienne. Dans cet article, je vais essayer de présenter un panorama global du Vénézuela Bolivarien, illustré de quelques anecdotes, d'après ma (brève, certes) expérience à Caracas et les recherches que j'ai effectuées sur le sujet au cours de ces dernières années.

Rappels historiques

Dans un premier temps, je vais dresser un historique rapide du Vénézuela de Simón Bolívar à l'élection de Chávez en 1998, afin de mieux restituer le contexte.

La figure de Simón Bolívar

La figure de proue de la Révolution vénézuelienne, omniprésente dans la symbolique comme dans les discours, est Simón Bolívar, le "Libertador". Simón Bolívar fut l'un des dirigeants du mouvement indépendantiste au début du XIXème siècle, et il a grandement contribué à la libération de 6 pays: Vénézuela, Colombie, Pérou, Panama, Bolivie et Équateur.

Simón Bolívar est une figure extrêmement populaire au Vénézuela, et ce bien avant l'arrivée de Chávez au pouvoir. Les places principales des villes portent son nom et sa statue, la monnaie porte son nom, ... Il s'agit d'une figure concentrant, en quelque sorte, les rôles que Vercingétorix, Robespierre et De Gaulle jouent dans la culture française.

Nous reviendrons par la suite sur la pensée de Simón Bolívar, avec quelques citations.

La dictature, 23 de Enero

De 1908 à 1958, le Vénézuela fut dirigé par une succession de gouvernements militaires autoritaires, jusqu'au 23 janvier (23 de Enero) 1958, où un soulèvement populaire, issu d'un quartier populaire de la capitale qui porte aujourd'hui le nom de 23 de Enero, força le dictateur Marcos Pérez Jiménez à s'enfuir.

Le pacte de Punto Fijo

De 1958 à 1998 le Vénézuela a été gouverné par une démocratie représentative, avec une particularité locale: les deux principaux partis (AD, social-démocrate et COPEI, démocrate-chrétien) ont signé en Octobre 1958 un pacte, le Pacte de Punto Fijo, organisant la séparation du pouvoir et l'alternance entre les deux partis.

Les deux partis se sont donc partagés le pouvoir pendant 40 ans, appliquant les mêmes politiques, et furent incapables d'éradiquer l'analphabétisme ni l'extrême pauvreté d'une grande partie de la population, y compris lorsque le choc pétrolier fit rentrer massivement de l'argent dans le pays.

Le Caracazo et le 4F

En février 1989, le président Carlos Andrés Pérez est élu sur un programme de gauche. À peine arrivé au pouvoir, trahissant ses promesses, il accepte un plan d'ajustement structurel du FMI, coupant les rares aides sociales et les subventions aux transports en commun. La population de Caracas se révolte; le président envoi l'armée réprimer la foule, entre 1000 et 3000 personnes sont tuées.

Après ces évènements, un groupe de sous-officiers issus des classes populaires, dirigés par un dénommé Hugo Rafael Chávez Frias, fidèles à l'esprit de Simón Bolívar qui disait "maudit soit le soldat qui tourne son fusil contre le peuple", décide que le gouvernement ne mérite plus leur soutien. Le temps de s'organiser, et d'attendre d'être promus Lieutenant-Colonel pour avoir des troupes sous leurs ordres, et le 4 Février 1992, les militaires du "Mouvement Bolivarien Révolutionnaire 200" tentent de renverser le gouvernement.

Le coup d'État échoue, principalement à cause d'une trahison, et Chávez est fait prisonnier. Afin d'éviter une effusion de sang, il prend la parole à la télévision, assumant l'entière responsabilité de ses actes, acceptant la défaite "por ahora" ("pour l'instant") et demandant à ses troupes de se rendre sans combat.

Le plus surprenant dans ces évènements est l'attitude du peuple. Personne ne se mobilise pour défendre la démocratie. Personne ne fête l'échec du coup d'État. Au contraire, ce que le peuple retient c'est le "por ahora". Et les seules manifestations qui ont lieu demandent la libération d'Hugo Chávez et des militaires rebelles.

En 1993, Carlos Andrés Pérez est destitué pour corruption. Le nouveau Président, cédant à la pression populaire, amnistie les rebelles.

J'étais au Vénézuela quelques jours avant le 4 février cette année, et à l'heure actuelle, le 4F est considéré par une grande partie des Vénézueliens comme une date importante nommée par le peuple "le jour de la dignité", un jour de fête, le début de la fin du système de Punto Fijo, et aucunement comme un jour sombre.

Le premier mandat de Chávez

Dans cette partie, je vais résumer les étapes principales du premier mandat d'Hugo Chávez, avant d'en considérer certains aspects plus en détail.

L'élection de Chávez et la nouvelle Constitution

En 1994, Hugo Chávez est libéré. Il s'engage alors dans la lutte politique. En 1998, malgré l'opposition des médias et l'alliance des partis de Punto Fijo, Chávez gagne confortablement l'élection présidentielle, élu avec 56% des voix au premier tour.

Il s'attaque alors à l'une de ses principales promesses électorales: en finir avec la IVème République, celle de Punto Fijo, et convoque une Assemblée Constituante. Son parti, le MVR, et les partis alliés remportent l'élection de l'Assemblée Constituante, qui rédige alors une nouvelle Constitution, elle-même largement approuvée par référendum.

Le plan Bolívar 2000

Le gouvernement Chávez souffre de graves problèmes: une dette extérieure énorme et une corruption endémique héritées des gouvernements précédents, une administration hostile (en effet, AD et COPEI ont placé leurs propres hommes dans les administrations pendant 40 ans), un entourage parfois peu fiable (nombre des soutiens officiels de Chávez sont en fait des arrivistes qui ont senti le vent tourner), l'absence de cadres sur lesquels compter (le MVR est un parti tout jeune, sans expérience et sans histoire).

Face à tous ces problèmes, la première action sociale du Président Chávez est le Plan Bolívar 2000, lancé en 1999, qui consiste à utiliser l'armée pour répondre à l'urgence sociale: ravitaillement, vaccinations, réhabilitation d'écoles et de cliniques, ... L'armée est en effet la seule force sur laquelle Chávez, qui la connaît bien pour en être issu, peut compter.

L'action la plus spectaculaire du Plan Bolívar 2000 est son intervention après les inondations et glissements de terrains qui ont ravagés les bidonvilles de Caracas en Décembre 1999. Pour la première fois, un gouvernement s'est préoccupé du sort des habitants de ces bidonvilles. Cette intervention est encore très présente dans les esprits des Caracassiens.

Les décrets-lois et la reprise en main de PDVSA

La deuxième phase de l'action d'Hugo Chávez est la promulgation, en 2001, de 49 décrets-lois, en particulier la Loi sur les Terres (permettant aux petits paysans de récupérer les terres inutilisées possédées par les latifundistes), la Loi sur la Pêche (protégeant les zones côtières contre la pêche intensive afin de favoriser les petits pêcheurs et de protéger la biodiversité) et la Loi sur les Terres Urbaines (permettant aux habitants des bidonvilles d'obtenir des titres de propriété pour leurs maisons construites sur le tas).

En Avril 2002, Hugo Chávez décide de reprendre le contrôle de PDVSA, l'entreprise nationale de pétrole, qui était entre les mains d'une oligarchie pétrolière, gérant l'entreprise publique comme une entreprise privée et organisant un détournement massif d'argent (plus de 20 milliards de dollars disparaissaient des comptes de PDVSA chaque année). Il décide alors de virer la direction de PDVSA, comme peut le faire tout chef d'État ou de gouvernement vis à vis d'une entreprise nationale.

Le coup d'État de la grève patronale

L'opposition décide alors de tenter un coup d'État, dont les détails sortent du cadre de cet article. Pour résumer, le 11 avril 2002, des tireurs d'élite de l'opposition ouvrent le feu sur des supporters d'Hugo Chávez, et quelques uns tentent de riposter. Les médias privés prétendent que ce sont les supporters d'Hugo Chávez qui ont ouvert le feu sur une marche de l'opposition, et le haut commandement de l'armée se retourne contre le Président Chávez, menaçant de bombarder Miraflores, le palais présidentiel, si celui-ci ne démissionne pas. Chávez accepte de se constituer prisonnier pour éviter un bain de sang, mais refuse de démissionner. Les médias privés affirment pourtant le contraire.

Pedro Carmona, le président de la principale organisation patronale vénézuelienne, se proclame alors Président, suspend les garanties constitutionnelles, dissout le gouvernement, l'Assemblée, la Cour Suprême, et annule la Constitution de 1999, pourtant approuvée par référendum.

Dès le 12 avril, le peuple manifeste son mécontentement. Carmona envoie la police contre la foule, faisant des dizaines de morts. Le 13 avril, la nouvelle comme quoi Chávez n'a pas démissionné a atteint les bidons villes, et des millions de personnes envahissent les rues de Caracas. L'armée refuse de tirer sur ceux qu'elle a aidé pendant le Plan Bolívar 2000, sur une foule criant "soldado, hermano, tu tambien eres bolivariano !" ("soldat, frère, toi aussi tu es bolivarien").

Pedro Carmona est alors contraint de fuir, et Hugo Chávez revient triomphalement à Miraflores.

Après l'échec du coup d'État, l'opposition tente une grève patronale (ce qu'on appelle un lock-out, et qui est interdit en France, par exemple). Les cadres de PDVSA sabotent la production pétrolière, en particulier en détruisant des données dans le système informatique de l'entreprise. Les supermarchés restent fermés, sauf les plus chers d'entre eux. Les sabotages de PDVSA coûteront au pays plus de 10% de son PIB, et la fermeture des magasins rendra encore plus difficile la vie des plus pauvres. Pour se rendre compte de la situation, peut-être qu'une anecdote qu'on m'a racontée sur place serait appropriée: au plein coeur de la grève patronale, Chávez visite un bidonville de Caracas, et voit une mère de famille en train de cuisiner deux carottes et un morceau de lard dans une marmite. Étonné, puisque tout le bidonville n'est plus approvisionné en gaz depuis le début du lock-out, il lui demande comment elle a allumée son feu. La dame lui répond qu'elle fait brûler les lattes de son lit. Voyant l'air horrifié du Président, et craignant le pire, elle ajoute tout de suite: "Ah, mais, Commandante, je brûlerai ma maison s'il le faut pour nourrir mes enfants, mais vous, ne cédez pas ! C'est nous qui vous avons élu, et nous ne vous autorisons pas à baisser les bras !"

La grève patronale sera elle aussi un échec.

Le référendum révocatoire et la réélection de Chávez

En 2004, l'opposition tente une nouvelle fois de renverser Chávez, de manière légale ce coup-ci: en utilisant le référendum révocatoire, mesure créée par la Constitution de 1999. Cependant, Chávez gagne le référendum avec 59% des voix, puis il est réélu en décembre 2006, au premier tour, avec plus de 62% des voix, dans une élection validée par des observateurs internationaux (OEA, Centre Carter, Union Européenne, ...).

Suite à cette victoire éclatante, et fort d'un soutien populaire rarement égalé dans le monde, Hugo Chávez entreprend de faire ce qu'il avait promis pendant sa campagne: approfondir la Révolution Bolivarienne, et avancer vers ce qu'il appelle le "Socialisme du XXIème siècle".

Le Vénézuela, une dictature ?

Les médias, vénézueliens comme occidentaux, aiment à dépeindre le Vénézuela comme étant une semi-didacture. Voyons ce qu'il en est.

Rappels de la Constitution

Tout d'abord, le Vénézuela est régit par une Constitution, rédigée par une Assemblée Constituante (ce qui n'est pas le cas en France), et validée par un référendum (ce qui n'est pas le cas dans beaucoup d'autres pays, pourtant considérés comme des démocraties).

Le texte de la Constitution est disponible en version originale sur http://www.constitucion.ve/ et en version française sur http://www.constitucion.ve/constitucion_view_fr/view/ver_arbol.pag ; par soucis de concision, je ne ferai des citations que très brèves. Les titres I et III sont les plus intéressants à lire.

Cette Constitution offre un très grand nombre de garanties, en particulier, l'article 23 donne « supériorité constitutionnelle » aux « traités, pactes et conventions relatifs aux droits de l'homme ». Plus rare, et plus important, l'article 25 mérite une citation complète: « Tout acte pris dans l'exercice du Pouvoir Public qui viole ou amoindrit les droits garantis par la Constitution et la loi, est nul, et les fonctionnaires publics, hommes ou femmes, qui l'ont ordonné ou l'exécutent engagent leur responsabilité pénale, civile et administrative, selon le cas, sans l'excuse des ordres supérieurs. » Ce même thème de la responsabilité pénale d'un fonctionnaire ne respectant pas les droits constitutionnels est repris aux articles 45, 46 et à de nombreux autres endroits du texte.

La peine de mort y est interdite à l'article 43, et les peines de prison limitées à 30 ans dans l'article 44. Le secret des communications privées est garanti par l'article 48, les droits d'association et de manifestation sont garantis par les articles 52 et 53, la liberté syndicale et le droit de grève par les articles 95 à 97, et la liberté d'expression par les articles 57 et 58, puis par les articles 67 et 68. Un point intéressant à noter est la fin de l'article 57, qui spécifie « Les fonctionnaires publics peuvent rendre compte des affaires sous leurs responsabilités sans aucune censure. », alors que le "devoir de réserve" est souvent la norme.

Le droit de vote pour les étrangers est reconnu aux élections municipales et "régionales" (au niveau des États, puisque le Vénézuela est un État fédéral), par l'article 64. Mais la grande spécificité de la Constitution Bolivarienne est le référendum d'initiative populaire. Celui-ci se compose de plusieurs points:

  • le référendum révocatoire (article 72) : au milieu de son mandat, tout élu peut faire l'objet d'un référendum pour savoir s'il doit être révoqué ou non ;
  • le référendum abrogatoire (article 74) : toute loi peut être soumise à un référendum pour être abrogée, si une pétition de 10% du corps électoral le demande.

La suite du titre III garanti un grand nombre de droits économiques et sociaux, comme le droit à la santé, le droit à l'éducation, le droit au travail (et non le "droit de travailler"...), la protection économique des enfants, des personnes âgées ou handicapés, le droit au logement, et un grand nombre de points de droit du travail (journée limitée à 8h, assurance chômage, ...). Les droits des peuples indigènes sont aussi protégés (chapitre VIII).

Certaines dispositions du chapitre IX sur l'environnement sont intéressantes, en particulier l'article 127 qui impose à l'État de protéger la biodiversité et interdit le brevetage du génome, et l'article 129 qui interdit « la fabrication ou l'usage des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ».

Enfin, dernier point important, le Titre IX sur la réforme constitutionnelle rend la modification de la Constitution possible, mais impose, pour chacune des trois méthodes évoquées (amendements, réforme ou Constituante) un référendum afin de les valider, rendant impossible toute modification sans le consentement du peuple.

Sans aucun doute, il s'agit bien de l'une des Constitutions les plus progressistes du monde (voir peut-être même la plus progressiste).

Un peuple politiquement actif

L'un des points qui m'a le plus surpris dans mon voyage à Caracas, même si je m'y attendais un peu, c'est le niveau d'implication politique du peuple. En Amérique Latine (au moins en Équateur et au Vénézuela, je n'ai pas été ailleurs), il est fréquent d'afficher ses opinions politiques sur sa voiture, sur sa fenêtre, sur son t-shirt, ... Il est d'ailleurs assez surprenant de voir le nombre de kiosques à journaux qui présentent, entre deux "Une" profondément anti-chavistes, une grande affiche en faveur du Président, les vendeurs de journaux étant majoritairement favorables au président tandis que les journaux lui sont très majoritairement hostiles.

On ne compte pas non plus le nombre de fresques, souvent très élégantes d'ailleurs, à caractère politique qui décorent les murs de la ville. Les slogans écrits sur les murs, les affiches, sont omniprésents, même plus d'un mois après l'élection (aussi bien pour Chávez que pour l'opposition, suivant les quartiers). Là encore, il s'agit d'un phénomène typiquement latino, certes.

Mais les conversations politiques sont aussi fréquentes, y compris avec des étrangers. En prenant en photo, à Los Chaguaramos, une plaque commémorative de l'assassinat de Danilo Anderson, le juge enquêtant sur le coup d'État d'avril 2002, une personne aisée m'a interpellé en prétendant qu'il s'agissait d'"una mentira" (un mensonge), et d'autres vénézueliens se sont mis à la contredire, j'avoue ne pas avoir tout compris, mais visiblement, ce genre de débats sont fréquents.

Le point le plus étonnant de l'implication politique des vénézueliens est leur niveau de connaissance des lois et de la Constitution. Nous sommes en Amérique Latine, et les vendeurs de rue sont monnaie courante. Ils vendent des chapeaux, des jus de canne à sucre ou de noix de coco, des CDs, des bouteilles d'eau, louent des téléphones portables, ... Mais il y a aussi ceux qui vendent la Constitution et les textes de loi ! Et les gens achètent.

Vu le grand nombre de droits affirmés par la Constitution, et les articles comme le 25 qui créent la responsabilité pénale des agents du gouvernement en cas de violation de ces droits, on pourrait se dire que le gouvernement se serve de ce texte pour se donner bonne conscience, mais fasse son possible qu'il reste ignoré.

Mais c'est tout le contraire, en application de la citation de Simón Bolívar qui décore un mur de la station de métro "Ciudad Universitaria": « Quand le peuple, grâce à l'éducation, connaîtra ses droits et ses devoirs, alors nous aurons consolidé la République. » Dans son émission dominicale, Allo Presidente !, Hugo Chávez passe parfois une heure à prendre un morceau de la Constitution, le lire, l'analyser, l'expliquer. Le site http://www.constitucion.ve/ réalisé par le gouvernement est vraiment surprenant. On y trouve une Constitution avec chaque article illustré d'une petite bande dessinée, des vidéos de Simoncito (un petit garçon représentant Simón Bolívar enfant) expliquant pour les plus jeunes le contenu de certains articles (en particulier l'article 25), des jeux et des quizz pour vérifier sa connaissance de la Constitution, ...

Quel autre gouvernement au monde en fait autant pour essayer que le peuple prenne conscience de ses droits, et se saisisse de la politique ?

Un autre point à noter est l'évolution de la participation aux élections au Vénézuela. 1993: 5.8 millions de votant; 1998 (première élection de Chávez): 6.5 millions de votant; référendum révocatoire de 2004: 9.7 millions de votant; 2006 (réélection de Chávez): 11.7 millions de votant. Le nombre de votant a plus que doublé en 13 ans, et ce n'est pas uniquement l'effet de la démographie (qui est certes non négligeable, dans un pays à la population jeune). Chávez a reçu plus de voix le 3 décembre 2006 que l'ensemble des votes lors de sa première élection de 1998.

Un État policier ?

Je n'ai vu à Caracas aucun signe d'un État policier. La présence de la police métropolitaine (dépendant de la mairie de Caracas) et de la Garde Nationale (équivalent de la Gendarmerie Nationale, dépendant de l'armée) est comparable à celle que l'on peut trouver dans d'autres capitales, sans doute même moins présente qu'à Paris.

Contrairement à la police française, je ne les ai vu se livrer à des contrôles "au hasard" (et encore moins au faciès), leur présence est surtout concentrée dans les zones fréquentées comme le Boulevard Sabana Grande, le centre commercial Chacaito, ou le métro, et tout semble indiquer qu'ils se contentent d'effectuer leur mission de maintien de l'ordre public, nécessaire surtout dans une ville à taux de criminalité élevée comme Caracas.

En particulier, j'ai peu vu de présence policière dans les quartiers riches tels qu'Alta Mira, qui sont pourtant les fiefs de l'opposition à Chávez, et donc les quartiers à surveiller par une hypothétique "police politique".

Un autre détail, qui n'est certes qu'un détail, mais contribue à démonter l'hypothèse d'un État policier: bien que la consommation de cannabis soit interdite au Vénézuela, il est fréquent de croiser un groupe d'étudiants assis sous un arbre avec un joint dans le campus de l'Université Centrale.

Propagande et contre-propagande

La propagande d'État

Il est vrai que la propagande d'État est assez présente au Vénézuela. On voit, dans les rues et les stations de métro de Caracas, beaucoup d'affiches officielles. Ces affiches n'appellent pas directement à voter pour Chávez, les seules affiches officielles concernant directement l'élection que j'ai vues étaient des affiches contre la violence ("quelque soit votre candidat, dites non à la violence et respectez la Constitution"), ou incitant à s'inscrire sur les listes électorales.

Les affiches de propagande officielle sont de deux types: il y a tout d'abord les affiches, comme en France, des campagnes de sensibilisation contre le tabagisme, pour le port de la ceinture de sécurité, contre les excès de vitesse, pour l'allaitement maternel, ... Le deuxième type d'affiches officielles est plus politique, il s'agit des "dicho y hecho" ("dit et fait"). Une série d'affiches vantant les réalisations du gouvernement bolivarien, le nombre de kilomètres de routes asphaltées, le nombre de personnes alphabétisées, le nombre de stations de métro ouvertes, le nombre de cliniques populaires crées, le nombre d'universités créées, et ainsi de suite, avec à chaque fois les slogans "dicho y hecho" et les deux logos que l'on peut voir partout: celui du gouvernement "Gobierno Bolivariano de Venezuela", et le "Venezuela ahora es de todos" (le Vénézuela est maintenant à tous).

Certes, ces affiches sont clairement en faveur du gouvernement, mais elles ne font que communiquer sur ce que le gouvernement a réalisé. Si notre gouvernement voulait faire la même chose, il n'aurait pas grand chose à dire... à part la baisse du nombre de morts sur la route, et des chiffres du chômage tellement trafiqués que l'INSEE refuse de les publier.

Les médias privés et l'affaire RCTV

Les médias privés eux, sont dans leur quasi-totalité contrôlés par l'opposition. Leur opposition au gouvernement est frontale et totale, allant de la désinformation pure et simple aux appels au meurtre, en passant par le soutien actif à la tentative de coup d'État.

Parmi eux, se trouve RCTV, une chaîne de télévision. Au Vénézuela, les fréquences de télévision hertzienne, ressource limitée, appartiennent à l'État, qui accorde des concessions pour des durées limitées, de 20 ans. La concession de RCTV arrive à expiration, et Hugo Chávez a décidé de ne pas la renouveler, à cause des mensonges répandus par cette télévision, et surtout du soutien au coup d'État. On l'accuse de censure. Pourtant, aucun membre de la direction de RCTV n'a été poursuivi pénalement pour avoir soutenu le coup d'État. La concession n'a pas été annulée avant son terme. Et RCTV pourra continuer à émettre sur le câble et par satellite, sans la moindre censure. Ne serait-ce pas plutôt du laxisme ?

En France, pour avoir simplement montré l'assassinat de Jacques Chirac dans un sketch présenté comme humoristique et possédant la mention "Réalisé avec trucage", le Vrai Journal a été suspendu pendant 3 semaines par le CSA. Est-ce qu'on peut imaginer quelle serait la réponse si PPDA appelait ouvertement au meurtre de Jacques Chirac, ou s'il affirmait, en l'absence de la moindre preuve, que ce dernier a démissionné ? Probablement plus qu'un simple non-renouvellement d'une bande de fréquence...

Les médias alternatifs

Face aux médias commerciaux, le gouvernement possède quelques médias publiques, en particulier VTV, la chaîne gouvernementale et TeleSUR, le concurrent de CNN lancé par Hugo Chávez avec la participation d'autres gouvernements latino-américians (Vénézuela, Argentine, Cuba, Uruguay, Bolivie).

Mais surtout, le gouvernement a décidé de légaliser, et d'encourager, les médias alternatifs ou "communautaires". Ces médias (surtout des radios, mais aussi quelques télévisions locales) sont produits directement par la population locale. Le gouvernement leur fourni des moyens (en particulier le matériel nécessaire pour l'enregistrement, le montage et la diffusion), sans en contrôler le contenu. Ces médias servent d'abord à montrer la réalité telle qu'elle est, de l'intérieur, chose que ne font pas les médias commerciaux. Ils permettent aussi l'expression d'artistes (musiciens, réalisateurs de courts-métrages, ...) qui ne sont pas acceptés par les médias commerciaux.

Ces médias sont favorables au processus bolivarien (le fait qu'ils aient été réprimés pendant la IVème République et que Chávez les a non seulement légalisés, mais aussi encouragé n'y est pas pour rien), mais il s'agit d'un soutien critique, qui n'hésite pas à dénoncer les lacunes du processus, à critiquer un élu local incompétent ou corrompu même s'il est "chaviste". Ces médias servent aussi à permettre aux populations locales d'exprimer leur besoin et leurs attentes, attentes qui peuvent alors être prises en compte par le gouvernement.

Au niveau national, une chaîne de télévision fonctionne sur le mode des médias alternatifs, il s'agit de ViVe TV. Pour l'anecdote, lorsque Blanca Eekhout (animatrice de Catia TV, une des premières télévisions communautaire, recrutée ensuite par Chávez pour présider ViVe TV) demanda à Hugo Chávez jusqu'où ils peuvent aller dans la critique du gouvernement, il répondit: « La critique est nécessaire au processus. Tout ce que je vous demande, si jamais vous voulez diffuser une information pouvant faire tomber mon gouvernement, c'est de me prévenir une heure avant. »

Quelques désinformations récentes

Une série de campagnes de désinformation ont eu lieu récemment, autour de trois thèmes: la "Ley Habilitante", Chávez "président à vie", et le "parti unique". Voyons ce qu'il en est.

La "Ley Habilitante"

Un point qui a fait couler beaucoup d'encre récemment est la "Ley Habilitante" votée au début du mois de février 2007. Cette loi donne à Chávez et à son gouvernement le pouvoir de légiférer par décret, pendant un temps limité (18 mois), et sur un certains nombres de sujet.

Par un pur hasard de calendrier, il se trouve que j'étais à la place Simón Bolívar le jour même où cette loi fut votée, en plein air. Oui, en plein air. Comme l'Assemblée l'avait déjà fait pour d'autres lois jugées fondamentales (la loi cadre contre la violence faite aux femmes, et la loi cadre sur les droits des personnes handicapées), l'Assemblée siège et délibère en plein air, dans la place centrale de la capitale.

Je n'étais porteur d'aucun signe distinctif de chavisme, blanc comme un *escuálido* $$les chavistes appellent leurs opposants, souvent beaucoup plus blancs que la majorité des habitants, les escuálidos, ce qui signifie les squelettes$$, et je n'ai eu aucun mal à m'approcher des députés. Les quelques gardes nationaux présents, peut-être une vingtaine, semblaient décontractés, et je ne les ai vu stopper personne. N'importe quel opposant aurait pu, s'il l'avait voulu, faire comme moi et être présent sur place. Lorsque j'ai essayé de monter sur le socle de la statue de Bolívar pour avoir une meilleur vue de la scène, un Garde National m'a demandé de ne pas le faire, mais sans la moindre trace d'hostilité.

L'Assemblée a donc lu, publiquement, le texte de la Ley Habilitante, article par article, puis l'a voté, article par article, en demandant à chaque fois, avant de voter, l'avis du public. Populisme ? Peut-être un peu, mais j'aurais bien aimé voir l'Assemblée française faire ça pour une loi importante, comme le CPE ou la réforme des retraites... je doute fort que le public aurait approuvé la loi.

Ce "parlementarisme de rue" prend aussi d'autres formes, par exemple, les députés se tiennent souvent à la disposition des questions ou remarques du public sur la Place Simón Bolívar, située à quelques pas de l'Assemblée Nationale.

Sur le fond maintenant, il faut savoir que cette loi ne donne en rien les "pleins pouvoirs" à Chávez. Elle lui donne le pouvoir de promulguer des lois, mais ces lois doivent respecter la Constitution. Il ne peut pas dissoudre l'Assemblée, il ne peut pas changer la Constitution, il ne peut pas revenir sur les garanties constitutionnelles évoquées plus haut, il ne peut pas dissoudre les partis d'opposition, allonger son mandat, ni quoi que ce soit du même style.

Certes, concentrer le pouvoir dans les mains d'un seul homme n'est pas souhaitable dans l'absolu, et je ne suis pas favorable à ce genre de lois, pas plus qu'à l'article 49-3 de la Constitution française, par exemple. Mais qu'on ne dise pas qu'il s'agit des pleins pouvoirs, Le gouvernement Chávez a beaucoup moins de pouvoirs actuellement que le gouvernement français n'en avait de 2002 à 2004, lorsque, possédant une majorité large dans les deux Assemblées, l'UMP et l'UDF pouvaient à eux seuls modifier la Constitution comme ils le voulaient.

Chávez, Président à vie ?

Voyons maintenant le mythe de Chávez président à vie. Ce que Chávez a proposé est d'organiser un référendum pour savoir s'il pourrait se présenter une troisième fois (puisqu'actuellement, la Constitution limite à deux le nombre de mandats pour un Président). Tout d'abord, il faut savoir qu'en France, comme dans beaucoup d'autres pays, le Président peut se représenter autant de fois qu'il le veut. Personne n'a dit que Chirac était "président à vie" pour autant. Si Mitterrand n'avait pas été malade, il se serait sans doute représenté en 1995, et aurait pu rester Président pendant 21 ans. Personne n'a été scandalisé par ça, que je sache.

L'autre point que ses opposants tentent d'oublier est le nombre d'élections que Chávez devra gagner, pour rester Président un mandat de plus (donc, 20 ans au total, ce qui est plus long, mais dans le même ordre de grandeur que les 14 ans de Mitterrand), il faudrait qu'il gagne le référendum révocatoire de 2009-2010 (si l'opposition souhaite en organiser un), le référendum afin de changer la Constitution, qu'il soit réélu en 2012, et enfin qu'il gagne le référendum révocatoire de 2015-2016. Lui-même a déjà gagné 4 élections (1998, 2000, 2004 et 2006) (et une dizaine si on compte les élections remportées par son camp, législatives, élections locales, ...). Qu'un président puisse rester 20 ans au pouvoir, s'il doit gagner au total 8 élections (presqu'une tous les deux ans), ne me choque pas spécialement.

Le problème ne serait-il pas plutôt quand, comme c'est le cas chez nous (et dans beaucoup d'autres pays européens) depuis 1981, les sortants sont toujours battus aux élections (si Mitterrand et Chirac ont été réélus en 1988 et 2002, c'est en grande partie parce qu'on sortait d'une cohabitation, et c'est donc bien le gouvernement sortant qui a été battu) ?

Parti unique, ou parti uni ?

La dernière désinformation en date concerne le "parti unique" que Chávez est supposé vouloir créer. En réalité, il s'agit d'un "partido unido" (parti uni), et non d'un parti unique. La différence est énorme. Ce que Chávez veut faire c'est unifier les différentes formations, très nombreuses, qui le soutiennent (les quatre principales étant le MVR, Podemos, le PPT et le PCV). La division en interne est un fléau (la gauche antilibérale française en est hélas une triste preuve...), dénoncé d'ailleurs en son temps par Simón Bolívar.

Mais ce parti uni ne vise en rien à interdire les différents partis d'opposition, que ce soit les vieux partis AD et Copei, ou les partis plus récents comme Primero Justicia (pourtant créé et financé par le NED, officine dépendant directement du Congrès des États-Unis).

Les grandes politiques bolivariennes

Les missions sociales

La principale politique connue du gouvernement bolivarien consiste en une série de missions, principalement sociales, visant à résoudre les problèmes les plus immédiats de la société vénézuelienne.

La paralysie de l'administration traditionnelle (sous l'effet cumulé de la bureaucratie, de la corruption et de l'hostilité de beaucoup de fonctionnaires mis en place par les gouvernements précédents) a forcé Hugo Chávez à la contourner, et à créer des missions sociales, alimentées directement par l'argent de PDVSA, et cogérées par les populations locales.

Les missions d'éducation

L'éducation est une grande priorité du gouvernement d'Hugo Chávez, et se décline en toute une série de missions:

  • la mission Robinson, mission d'alphabétisation lancée en 2003, et qui a accompli ses objectifs en 2005, le Vénézuela ayant été déclaré "territoire libre d'analphabétisme" par l'UNESCO (alors qu'il y avait plus d'un million d'analphabètes à l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez) ;
  • la mission Ribas, dont l'objectif est d'amener la quasi-totalité des vénézueliens à un niveau baccalauréat. Plus de 400 000 adultes ayant du abandonner l'école pour des raisons économiques ou personnelles ont déjà obtenu leur baccalauréat grâce à la mission Ribas ;
  • la mission Sucre, visant à fournir à tout vénézuelien le désirant une éducation supérieure de qualité. C'est dans ce cadre que 10 universités bolivariennes, totalement gratuites, ont été ouvertes il y a peu ;
  • la mission Vuelvan Caras, visant à fournir une formation professionnelle, orientée vers une économie sociale (à base de coopératives) et respectueuse de l'environnement, qui a déjà donné une formation professionnelle à 288 000 personnes, et a conduit à la création de plus de 4000 coopératives ;
  • la mission Negra Hipólita dont l'objectif est de venir en aide sur tous les fronts (éducatif, alimentaire, social, psychologique, ...) aux enfants et adolescents vivant dans la rue (dans un premier temps, la mission sera étendue aux adultes par la suite), dépendant à la drogue ou de manière générale en situation d'exclusion. Cette mission est plus récente et bien plus délicate que les précédentes, et les résultats moins spectaculaires, mais plus d'un millier de jeunes en situation d'exclusion totale ont été réinsérés dans la société ;
  • la mission Ciencia, dont l'un des objectifs est "l'alphabétisation numérique" de la population, via la création de centres de connexion à Internet gratuits, et via des cours d'informatique, avec un accent tout particulier mis sur les logiciels libres (tous les postes de la Mision Ciencia sont équipés de GNU/Linux).
Les missions de santé

La deuxième grande série de missions sociales concerne la santé, avec principalement les missions Barrio Adentro.

Pour bien se rendre compte de l'absurdité de la situation au Vénézuela avant l'arrivée d'Hugo Chávez, voici une histoire vraie, qui est arrivée à un français vivant à Caracas. Un de ses amis était venu pour passer Noël avec lui, et il attrapa la dengue hémorragique. À la clinique, le médecin lui expliqua qu'il lui faudrait oublier son réveillon: il devait être soigné en urgence, ou qu'il risquait de mourir. Mais que, bien sûr, ils ne le soigneraient pas tant qu'il n'aurait pas payé. Les deux français, n'ayant pas suffisamment d'argent sur eux, essayèrent de négocier de pouvoir payer plus tard, mais qu'ils commencent à soigner le malade tout de suite. Hors de question. Et voilà le français vivant à Caracas forcé d'appeler un taxi, de courir trouver un distributeur de billets opérationnel (chose assez rare à Caracas, surtout à cette époque), et de revenir à la clinique au plus vite, espérant que son ami ne serait pas mort entre temps, faute d'avoir eu assez d'argent sur lui...

La première mission Barrio Adentro fut créée en suite logique du Plan Bolivar 2000. Lors des inondations à Caracas, de nombreux médecins cubains sont venus prêter main forte au Plan Bolivar 2000, comme à son habitude, Cuba envoyant de l'aide aux sinistrés. Mais une fois l'urgence passée, les habitants de Caracas ayant reçu de l'aide des médecins cubains manifestèrent contre leur départ. Hugo Chávez négocia alors avec Cuba un échange "médecins contre pétrole", fournissant du pétrole bon marché à Cuba, en échange de quoi Cuba envoya au Vénézuela plus de 20 000 médecins.

Ces médecins furent installés dans les barrios (les bidonvilles), où ils dispensent des consultations gratuites. Cette première mission, Barrio Adentro I, fut un succès total, et des millions de vénézueliens ont pu se faire soigner pour la première fois.

Ensuite, le gouvernement lança la mission Barrio Adentro II, visant à créer des centres de soins de haute technologie, en particulier des Centres de Diagnostique Intégral équipés de tous les moyens modernes de diagnostic. Plus de 600 centres, de taille et d'équipement divers, ont été ouverts dans tout le pays, toujours totalement gratuits.

Puis vint Barrio Adentro III, visant à réhabiliter les 300 hôpitaux publiques existants, mais laissés à l'abandon par les gouvernements précédents, et à leur permettre d'offrir des soins gratuits.

Enfin, Barrio Adentro IV vise à la création de nouveaux hôpitaux d'ultra-haute technologie, comme l'Hôpital Cardiologique Infantile de Caracas qui a ouvert il y a peu.

Deux autres missions sont aussi à noter, dans le cadre des missions de santé, il s'agit de la mission Milagro visant à redonner la vue à des personnes atteintes de formes curables de cécité, et de la mission Sonrisa visant à fournir des soins buco-dentaires aux populations défavorisées, en particulier des prothèses dentaires aux personnes âgées.

Le nom, Mision Milagro ("Mission Miracle") semble pompeux, mais lorsqu'on a entendu quelques témoignages de personnes ayant bénéficié de cette mission, il s'agit bien d'un "miracle". En effet, pour ces personnes défavorisées, vivant dans la misère, depuis toujours ignorées par le pouvoir, ayant perdu la vue, se voir proposer, subitement, et sans le moindre coût, de leur rendre la vue, qu'est-ce d'autre ? Pour cette grand-mère qui a pu voir le visage de ses petits-enfants pour la première fois, ou pour ce petit garçon, émerveillé de savoir enfin de quoi ses camardes parlent quand ils disent "rouge" et "bleu", il s'agit bien d'un "miracle".

La mission Mercal

La Mision Mercal trouve ses débuts dans la grève patronale de l'hiver 2002-2003. Le pays paralysé par le lock-out, le gouvernement décide d'organiser la vente de produits de première nécessité, en particulier de nourriture, avec l'aide des habitants. Le gouvernement met en place la logistique d'approvisionnement, et au niveau local, les habitants s'organisent pour trouver un local, et assurer la vente.

Par la suite, la Mision Mercal a évolué, et se compose de deux parties. Tout d'abord, il y a une centrale alimentaire, la "marque" Mercal, qui achète de la nourriture de préférence aux coopératives vénézueliennes, et à défaut sur le marché international (du Brésil et d'Argentine, principalement), les emballe en semi-gros (les paquets de café font 500g ou 1kg et non 250g, les paquets de riz 2kg ou 5kg, ...), et les revend, prix coûtant, à des dispensaires.

Ces dispensaires, la deuxième partie de la mission Mercal, sont de deux types: les Mercal "type I", qui ne vendent que des produits Mercal, prix coûtant, sont tenus par des fonctionnaires du Ministère de l'Alimentation, dans des locaux appartenant à l'État. Les Mercal "type II", eux, sont des épiceries ou supermarchés privés, qui passent un contrat avec Mercal. Ils achètent les produits Mercal prix coûtant, et doivent les revendre prix coûtant (donc, sans se faire de marge). Quel est leur intérêt ? L'intérêt est que, Mercal ne fournissant que des produits de base, ils peuvent aussi vendre d'autres produits, et ceux-là au prix qu'ils veulent. Pour eux, les produits Mercal servent donc à faire venir les clients.

La mission Mercal vise un triple objectif: tout d'abord, fournir des produits de première nécessité à bas prix aux habitants, et ceci, sans dépendre des grands groupes privés, mais aussi de fournir un prix raisonnable aux agriculteurs (les marges du circuit de distribution constituant l'essentiel du coût d'un produit alimentaire en supermarché, en coupant ces marges, il est possible de fournir des produits bon marché tout en rémunérant convenablement les agriculteurs), et enfin, de rétablir la souveraineté alimentaire du Vénézuela, en limitant les importations de nourriture.

Pour l'anecdote, il est surprenant de voir, sur les emballages des produits Mercal, en guise de décoration, les articles de la Constitution.

Les missions écologiques

Enfin, bien que plus récentes, les missions touchant à l'écologie prennent de l'ampleur récemment, on peut citer:

  • la mission Arbol, qui vise à protéger les forêts (en particulier la forêt amazonienne) de la déforestation et à reboiser certaines zones. La spécificité de cette mission par rapport aux différentes autres tentatives d'arrêter la déforestation est qu'elle se fait en coopération avec les populations locales, en leur proposant des moyens de subsistance alternatifs à la déforestation ;
  • la mission Revolución Energética, qui vise à favoriser les économies d'énergie. La première action de cette mission fut la distribution gratuite, dans les barrios, d'ampoules électriques à économie d'énergie.

Le Plan Siembra Petrolera

Toutes ces mission, et la plupart des politiques du gouvernement bolivarien, semblent parfois désarticulées ; un patchwork d'accomplissement utiles, mais sans cohésion d'ensemble.

En fait, et je ne l'ai découvert que là-bas, il existe bien une stratégie d'ensemble. C'est le Plan Siembra Petrolera ("Semer le pétrole"). Le concept est simple: alors que les gouvernements précédents, abreuvés de pétrodollars, ont négligé tout le reste (pourquoi construire des chemins de fer, quand l'essence est à 3 centimes d'euros par litre ? pourquoi cultiver de la nourriture, quand on peut l'acheter avec l'argent du pétrole ? et ainsi de suite), la stratégie du gouvernement bolivarien est l'exact opposé: l'argent du pétrole doit servir, prioritairement, à préparer l'après-pétrole.

Ainsi, le gouvernement bolivarien a lancé un grand nombre de travaux d'infrastructure (deux nouvelles lignes de métro à Caracas, premier "RER" entre Caracas et Los Toques, première ligne de chemin de fer en travaux, deuxième pont sur l'Orénoque, asphaltage des routes, agrandissement du barrage hydro-électrique sur l'Orénoque, ...), et toutes les missions sociales, qui visent pour la plupart le long terme: l'éducation permet de créer des richesses dans le futur, une population en bonne santé est plus efficace, ...

La mission Mercal s'inscrit aussi dans ce plan, en diminuant la dépendance du Vénézuela sur la nourriture étrangère (à l'arrivée de Chávez, plus de 80% de la nourriture était importée). De même pour les missions écologiques, qui visent à protéger l'environnement sur le long terme, en utilisant l'argent du pétrole.

Le Plan Siembra Petrolera s'étend aussi à la culture, par exemple. À Caracas, les musées sont gratuits ou excessivement peu chers (le musée Simón Bolívar est gratuit, le zoo est gratuit, l'entrée au jardin botanique coûte 30 centimes d'euros, ...), avec à chaque fois, à l'entrée une affiche "Plan Siembra Petrolera tambien es Cultura" ("le Plan Semer le Pétrole c'est aussi la culture").

La démocratisation du pays

Un autre pôle important de la politique bolivarienne consiste au développement d'une démocratie participative. Nous avons déjà vu plusieurs aspects: la Constitution Bolivarienne, qui défini un certain nombre de moyens d'action pour le peuple, en particulier le référendum révocatoire; les médias communautaires; l'éducation populaire et les efforts faits pour faire connaître la Constitution; et enfin, l'augmentation importante du nombre de votant.

Mais le processus va beaucoup plus loin. Autant que possible, lors des missions ou des réformes (réforme agraire, loi sur les terres urbaines, ...), le gouvernement bolivarien incite la population à s'organiser au niveau local, à créer des coopératives, à prendre en main l'application de la mission ou de la réforme dans son quartier.

Enfin, le dernier point fondamental de la démocratisation du pays est la création d'assemblées de démocratie directe, nommé les Conseils Communaux, ayant pour objectifs de guider, surveiller et conseiller les dirigeants élus. La création des Conseils Communaux est toute récente (lors de ma visite du quartier populaire de 23 de Enero au début du mois de février, ils étaient justement en train d'organiser la réunion de création de leur Conseil Communal, qui a eu lieu le dimanche 4 février, le lendemain de mon départ), et il est très difficile d'en tirer un bilan à l'heure actuelle, mais l'initiative mérite d'être suivie.

L'économie populaire

Point très fortement lié au précédent, il existe au Vénézuela un Ministère de l'Économie Populaire (le Minep). Son rôle est d'aider (financièrement, logistiquement ou en compétences) des projets montés par la population locale, comme la création d'un centre de formation Vuelvan Caras, la réhabilitation d'un terrain de sport ou d'une salle de spectacle, la réparation du système d'évacuation des eaux, ...

Les habitants (dans les Conseils Communaux, les Cercles Bolivariens, ou toute autre organisation de quartier) doivent monter un dossier complet, indiquant ce qu'ils veulent faire, combien ça va coûter, de quoi ils ont besoin, et le soumettre au Minep, qui leur accorde alors des fonds, ou leur détache un ingénieur, ...

L'une des personnes que j'ai rencontrée à Caracas, un français, charpentier de profession, a justement monté un dossier pour le Minep, afin de réhabiliter un bâtiment public. Non seulement le responsable du Minep l'a reçu positivement, mais il a même insisté pour aller plus loin encore, et de profiter de l'occasion pour, dans le cadre de Vuelvan Caras, former quelques volontaires du quartier à la charpente. Il avait un rendez-vous avec une personne importante du Minep et un responsable financier de PDVSA chargé du plan Siembra Petrolera le lundi suivant mon départ, afin de fixer les détails.

La politique étrangère

La politique étrangère du gouvernement Chávez est assez complexe, et semble parfois contradictoire. Voyons de plus près ce qu'il en est.

Hugo Chávez est-il nationaliste ?

Hugo Chávez est un nationaliste. En tout cas, il est souvent présenté comme tel par ses adversaires, et lui-même revendique l'être.

Pour bien comprendre la position d'Hugo Chávez, il faut se rappeler que le Vénézuela, comme tout le reste des Amériques, a vécu des siècles de colonisation. Le Vénézuela a gagné son indépendance au début du XIXème siècle, il y a moins de 200 ans. Et comme toute l'Amérique Latine, il a depuis lors été au coeur de manoeuvres de la part de l'oncle Sam selon la doctrine Monroe. Culturellement, la notion de "nationalisme" est donc chez eux extrêmement liée à la notion de souveraineté, d'indépendance, de "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" et donc de liberté. Au contraire, en Europe, ou nous avons connus de très nombreuses guerres entre nations voisines, et en particulier deux guerres "mondiales", le nationalisme est associé à une attitude arrogante, une volonté de conquête, de domination, et aux terribles conséquences qu'il a eu.

Il s'agit peut-être du même mot, mais il s'agit de deux concepts bien différents, selon moi. C'est cette première forme de nationalisme, propre à des pays colonisés pendant longtemps, que revendique Hugo Chávez. C'est un nationalisme refusant l'ingérence extérieure, revendiquant la pleine souveraineté du peuple Vénézuelien chez lui, mais un nationalisme qui n'est pas hostile vis-à-vis des autres pays, bien au contraire.

En effet, le Vénézuela se comporte de manière très généreuse vis à vis des pays voisins, en offrant du pétrole à bas prix aux pays des Caraïbes (Petrocaribe) touchés durement par la flambée des prix, en rachetant une partie de la dette de pays comme l'Argentine, en offrant de l'aide aux pays touchés par des catastrophes naturelles, et en allant même jusqu'à donner du pétrole bon marché aux transports en commun de villes comme Londre ou aux pauvres de pays "ennemis" comme les États-Unis d'Amérique (un pays du tiers-monde qui aide des pays riches, n'est-ce pas le monde à l'envers ?).

La générosité du Vénézuela est aussi illustrée par la Mision Milagro Internacional, extension de la Mision Milgaro à tous les pays d'Amérique Latine, ou en ouvrant gratuitement l'Hôpital Cardiologique Infantile de Caracas aux jeunes patients des pays voisins.

Il est d'ailleurs surprenant de voir le "nationaliste" Hugo Chávez attaqué par son adversaire, pendant la dernière campagne électorale, sur cette aide généreuse, Manuel Rosales affirmant que le pétrole Vénézuelien ne devrait profiter qu'aux vénézueliens !

L'ALBA et les autres formes de coopérations

Un autre aspect important de la politique vénézuelienne est le programme d'intégration régionale. Fidèle à l'esprit de Simón Bolívar qui a consacré une grande partie de sa vie à lutter, en vain, pour unifier les pays qu'il a libérés, Hugo Chávez a lancé ou contribué à un grand nombre de projets d'intégration régionale, fondés sur un esprit de solidarité.

L'ALBA, composé à ce jour du Vénézuela, de Cuba, de la Bolivie, et qui sera rejoint sous peu par le Nicaragua et l'Équateur, est une alternative aux traités de libre-échanges néolibéraux. Elle consiste en des accords d'entraide, chaque pays offrant aux autres ce qu'il possède, tout en refusant de se concurrencer entre pays frères.

Le Vénézuela a aussi rejoint le Mercosur, un marché commun plus classique, mais entre pays d'un niveau de développement comparable (Hugo Chávez est fortement opposé, à juste titre selon moi, à tout traité de libre échange entre des pays ayant des niveaux de développement ou de puissance trop différents, comme par exemple avec les États-Unis).

Comme nous l'avons vu plus haut, le Vénézuela a aussi créé TeleSUR, une télévision de pays du Sud, donnant le point de vue des pays du Sud sur l'actualité.

Enfin, plus récemment, le Vénézuela et ses partenaires sont en train de créer une Banque du Sud, capable de réduire la dépendance des pays en voie de développement vis à vis du FMI et de la Banque Mondiale, dont les politiques néo-libérales ont conduit des pays comme l'Argentine à la faillite.

Les liens avec les États-Unis d'Amérique

Les liens entre le Vénézuela et les États-Unis d'Amérique sont très tendus, pour diverses raisons. Les oppositions sont frontales sur un grand nombre de dossiers (traité de libre-échange, lutte contre le terrorisme, légitimité du recours à la guerre, politique économique, ...), et l'implication des États-Unis dans la tentative de coup d'État d'avril 2002, ainsi que les menaces effectuées par le gouvernement étasunien envers les pays déclarant leur soutien au Vénézuela lors de l'élection au Conseil de Sécurité des Nations Unies a contribué à envenimer la situation,

Les provocations des États-Unis, comme l'organisation du plus important exercice militaire maritime en temps de paix de leur histoire à proximité des eaux territoriales Vénézueliennes, ont contribué à créer au Vénézuela un climat de crainte d'agression, auquel Chávez a réagit en créant une milice de réservistes, composée de plus d'un million de personnes, prêtes à défendre leur pays en cas d'agression (et après l'invasion de l'Irak, malgré l'inexistence des armes de destruction massive, et en violation de la Charte des Nations Unies, cette peur n'est pas totalement irréaliste).

Cependant, les États-Unis restent le premier client du pétrole vénézuelien, et le Vénézuela continue de fournir, chaque hiver, du fioul bon marché aux quartiers pauvres des États-Unis.

Les liens avec l'Iran

Les liens avec l'Iran sont ce qui dérange le plus un grand nombre de personnes favorables à Hugo Chávez, moi y compris.

Certes, le régime d'Iran n'est pas considérablement pire que nombre de dictatures qui ont, ou ont eu, le soutien de nos chères démocraties occidentales, que ce soient les États-Unis vis à vis de régimes comme l'Arabie Saoudite, ou les dictatures africaines soutenues par la France.

Certes, le Vénézuela et l'Iran sont tous les deux menacés par la même super-puissance, super-puissance qui a déjà prouvé sa disposition à utiliser de tous les moyens (coup d'État, terrorisme, blocus économique, invasion, ...) pour détruire les gouvernements qu'il désapprouve.

Certes, il serait suicidaire pour le Vénézuela et l'Iran, deux des plus grosses réserves de pétrole du monde, et deux membres fondateurs de l'OPEP, de ne pas s'entendre.

Certes, l'Iran, comme tout pays du monde, a le droit de posséder du nucléaire civil, et aucun pays n'a le droit de leur interdire. De plus, Hugo Chávez sait bien que le jour où son pays cherchera à posséder le nucléaire civil, les États-Unis tenteront de l'en empêcher tout comme ils tentent d'en empêcher l'Iran.

Mais tout cela ne justifie pas la proximité entre Hugo Chávez et Mahmoud Ahmadinejad, le fait de le qualifier de "frère" ou de saluer la "révolution" iranienne.

Le caractère expansif, typique d'un latino, d'Hugo Chávez y joue sans doute un rôle important, mais cette explication ne me suffit pas.

Conclusion

Bien que tout ne soit pas parfait (le climat politique tendu conduit parfois à de la violence des deux côtés, la corruption endémique n'a pas disparu, les relations du Vénézuela avec des pays comme l'Iran sont problématiques), il me semble au vu de tout cela qu'on ne peut que rejeter la thèse omniprésente dans nos médias comme quoi le Vénézuela serait en passe de devenir une dictature, ou comme quoi le gouvernement d'Hugo Chávez serait inefficace.

Au contraire, nous avons là un peuple qui s'est réveillé, qui a pris son destin en main, Hugo Chávez servant de catalyseur pour des transformations profondes de la société vénézueliennes, désirées par les vénézueliens eux-mêmes. On voit un gouvernement qui prend à coeur les problèmes principaux de son peuple, qui réalise la santé et l'éducation gratuite, qui se comporte de manière généreuse à l'étranger, et qui inscrit ses efforts dans un plan à long terme.

On voit se dessiner au Vénézuela une alternative à une organisation socio-économique qui répand misère, souffrance sociale et pollution. Avec des erreurs, des imperfections, parfois des lenteurs, certes. Mais c'est un processus innovant, quelque chose qui n'a jamais été fait ailleurs, il est donc impossible de ne pas faire d'erreur.

Ce modèle, fondé sur le pétrole, n'est bien sûr pas transposable tel quel ailleurs. Mais les idéaux qui le fondent (souveraineté populaire, démocratie participative, programmes sociaux, développement des coopératives, intégration régionale fondée sur la coopération et non sur la concurrence, importance des enjeux à long terme), eux, sont applicables partout.

Par Anne Wolff - Publié dans : Sud Amérique - Communauté : solidar' infos
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 13:01


Journal du changement

mercredi 19 août 2009 par Valentina Vadell

"...José Leonardo était sueur de noir et de cacao"...

Un roulement de tambours rententit. Des mains hissent des drapeaux tricolores, jaune, bleu, rouge. Des manifestants au visage joyeux s’avancent sur la route. Ils brandissent des pancartes et des panneaux qui portent les noms de divers conseils communaux.

Changement de lieu. Nous voyons une salle de réunion remplie de personnes en plein débat. Les uns écoutent attentivement, d’autres prennent des notes, on entend une question venant du fond : “Qu’est-ce qu’une commune ?”.

C’est à partir de cette question que commence l’échange de savoirs et la discussion de propositions par les différents conseils communaux qui intègrent cette Rencontre Nationale d’Expériences de Communes en Processus de Construction.

Parmi les phrases les plus marquantes : “...la commune est l’organisation de mes voisins...”, “...une loi comme celle des conseils communaux pour les communes...”, “...noius avons besoin de ministères qui soient ouverts aux propositions des communes...”, “...nous sommes ici réunis pour transformer l’Etat et la société vénézuélienne...”.

Les images des salles de débat alternent avec les images des pauses entre les discussions, où les participants peuvent profiter d’un marché varié d’aliments et de légumes.

Mais ce n’est pas un marché comme les autres. Il ne s’agit pas seulement de vendre et d’acheter. Ici, pas de capitaliste pour exploiter les autres individus : ici, la coriandre, le persil, les beignets de la grand-mère, le dulce de leche“zambo” : des tickets de différentes couleurs et valeurs, utilisés par de nombreuses coopératives pour échanger leurs produits.Economie de "zambos", plaisantent-ils : le terme zambo (sorte de confiture de lait traditionnelle), font partie de l’agriculture locale, celle des petits producteurs des communautés dont l’union a permis la formation de ce marché de troc où la monnaie d’échange est le désigne le métisse né dont l’un des parents est noir et l’autre indien.

Il s’agit d’un outil pour faciliter le troc entre petits producteurs nationaux. Un marché socialiste, entre égaux, en fin de compte.

Un groupe de musique vénézuélienne les accompagne, qui rythme les images de repas, de partage, de rires et de danse.

"...Je veux proposer à cette assemblée, devant toutes les communautés nationales, régionales et municipales, que tout ce que nous allons approuver demain, en accord avec les projets que chacun de nous apporte, en accord avec les expériences de notre communauté – qui, tout comme cette assemblée de conseils communaux, de communes, ont un caractère inaliénable... que tout ce que nous allons approuver demain soit pris en considération par les instances qui doivent donner une réponse aux demandes de ce peuple... Nous allons le faire de sorte que soit recueilli tout ce que nous approuvons, tout ce que nous proposons, et pour que toutes ces propositions au bénéfice de la croissance du pouvoir populaire soient déclarées inaliénables par les autorités nationales et régionales..."

A partir de cette intervention les participants ouvrent le débat.

Un camarade parle des lois que le peuple construit lui-même. De l’impulsion des juges de paix au sein des communes, qui sont chargés de veiller à l’application des lois que le peuple même, à travers les conseils communaux, établit.

Un autre camarade parle du pouvoir populaire, qu’il divise entre politico-populaire et socio-organisatif – qui permet de générer les conditions d’organisation du peuple. Autrement dit, la formation de la base, sans laquelle, au-delà de toute organisation politique, on se perdrait en chemin : il ne s’agirait plus que d’une masse populaire désireuse de constuire le pouvoir mais manquant de structures d’organisation stratégiques, de tâches qui leur donnent le sentiment de participer à ce pouvoir.

A la fin de cette rencontre, nous pouvons observer une grande salle de réunion où tous sont réunis. Sur l’avant-scène, un porte-parole lit une série de conclusions parmi lesquelles ressortent les suivantes :

- La définition des communes comme gouvernement de la communauté, comme unité supérieure au conseil communal.

- Les prises de décision des communes doivent être orientées vers la construction de l’Etat socialiste.

- Du point de vue économique, les communes doivent être autosuffisantes grâce à la production en réseau. La production comme structure collective doit être garantie la propriété collective de tous par la commune.

- L’un des objectifs de la commune doit être la lutte contre la consommation de masse.

- La commune doit disposer d’une banque communale por administrer les ressources et d’une monnaie communale. Elle doit également mettre en place le marché du troc.

- Une commune s’oriente vers la nouvelle géométrie du pouvoir.

Un roulement de tambours retentit. On peut voir un groupe de femmes qui dansent. Elles se balancent d’un côté et de l’autre au rythme du tambour. On voit des mains chargées de "zambos" colorés. On voit la route, la manifestation. En fond, la voix d’Ali Primera. A nouveau les tambours et les danseurs. Au premier plan l’image d’un “zambo”.

"...José Leonardo était sueur de noir et de cacao quand il se déhanchait et dansait pour provoquer le maître espagnol, qui aujourd’hui est le gringo que nous avons ici..." Extrait de José Leonardo, chanson d’Ali Primera.


Valentina Vadell

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