7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 23:56

 

 


Section spéciale Zanon 10 ans !


 

 


Dix ans déjà et pas mal d’idées pour lutter contre le patronat…


Dix Ans. C’est beaucoup et peu en même temps. Peu à l’échelle de l’histoire du mouvement ouvrier. Il y a dix ans c’était 2001, en Argentine, hier presque, ou plutôt ce que pourrait être demain dans certains pays d’Europe, aujourd’hui lourdement touchés par la crise capitaliste mondiale.

2001 c’est aussi une étape essentielle dans le processus de résistance qui se joue à Zanon. Dès la fin septembre de cette même année, quelques semaines avant l’explosion généralisée qui conduira à la chute du président De La Rúa après les journées révolutionnaires des 19 et 20 décembre, l’usine de céramique Zanon en Patagonie anticipe à sa manière l’insubordination sociale qui va secouer le pays.




Le scénario est assez classique, trop même. Le patron Luigi Zanon veut fermer son usine de carrelage de Neuquén. Construite à l’ombre de la dictature militaire, à grands coups de fonds publics généreusement versés par les généraux argentins ainsi que par le président ultralibéral Carlos Menem, l’usine n’est pas assez rentable selon la direction. Pas assez en tout cas pour le patron qui compte bien mettre la clef sous la porte, sans pour autant se dessaisir de l’usine. L’Argentine traverse alors une grave crise et son économie se contracte. Une fois la crise passée se dit Zanon, j’aurai tout loisir de rouvrir l’usine, et avec en prime les militants ouvriers empêcheurs de tourner en rond en moins. Une bonne occasion de les vider, eux qui ont reconquis des mains de la bureaucratie le syndicat régional, le SOECN, aux côtés des 200 travailleurs de cette grosse usine du secteur céramique du Sud argentin.

On ne peut pas ne pas faire de parallèle avec la situation que connaissent bien des travailleuses et travailleurs en Europe depuis quelques années. La crise est le meilleur moyen pour faire passer les attaques du patronat avec son scénario bien rôdé : gel des salaires, chantage au chômage technique, pression à la baisse sur l’effectif, licenciements masqués des intérimaires et des CDD, voire même fermeture des boites. Que lui importe que des dizaines de milliers de familles ouvrières se retrouvent sur la paille ?

En Argentine en 2001 cependant une idée commence à se faire jour parmi les travailleurs qui ont à affronter les plans de licenciements, et les ouvrières et ouvriers de Zanon jouent un rôle central dans la diffusion de ce mot d’ordre : « usine qui ferme, usine qu’il faut occuper, mettre à produire sous contrôle des travailleurs et nationaliser ! ». C’est en effet le message que portent les ouvriers de Zanon dès que le patron annonce les licenciements secs : le périmètre de l’usine est occupé, les huissiers n’y rentrent pas, les machines sont sous contrôle des travailleurs et bientôt les gigantesques fours de cuisson vont se remettre à produire.

C’est cette histoire que racontent les articles et documents que nous publions et qui retracent dix années de lutte contre ce que l’on veut aujourd’hui faire passer pour une fatalité : avec la crise il faut réduire, diminuer, ceinturer, se soumettre. Les travailleuses et les travailleurs de Zanon font voir aujourd’hui concrètement ce qui est une évidence marxiste mais qui acquiert toute son actualité lorsqu’elle se fait chair dans la conscience et l’expérience ouvrières : les patrons ont besoin de prolétaires pour faire tourner leurs usines. Nous autres les prolétaires, nous n’avons pas besoin de patrons pour produire, défendre nos postes et nos conditions de travail.

Depuis 2001 deux autres usines du même secteur sont passées sous contrôle ouvrier dans la région ; Stefani et Del Valle. Zanon emploie aujourd’hui 450 travailleurs, est sous contrôle de l’AG ouvrière qui la dirige et assure la production de prés de 300.000 m2 de carrelage et revêtement céramique dont une partie est destinée directement à la communauté, aux quartiers les plus pauvres, aux écoles et hôpitaux.

Mais le message de Zanon, qui dépasse et de loin les frontières de la Patagonie argentine, dépasse également le cadre autogestionnaire. Les travailleurs de Zanon ont toujours refusé que leur exemple soit pris comme une sorte d’utopie coopérativiste résistant au milieu d’un système basé sur la misère et l’exploitation.

Les travailleurs de Zanon et leur syndicat, le SOECN, ont été de toutes les luttes pour la construction d’un syndicalisme lutte de classe, antibureaucratique et combatif en Argentine depuis une dizaine d’années, conscients que leur combat était une des tranchées dans la bataille plus large que livre la bourgeoisie et dont dépend la survie de leur expérience.

Cela s’est accompagné d’un soutien systématique aux luttes ouvrières et populaires, que ce soit en Argentine comme dans la région, et même à échelle internationale, le SOECN participant ainsi en première ligne aux principaux combats contre les agressions impérialistes de ces dernières années.

Enfin les travailleurs de Zanon ainsi que leur syndicat se sont faits porteurs de l’idée selon laquelle les ouvriers et les classes populaires ont besoin de leur propre instrument politique, indépendant des gouvernements de centre-gauche péroniste tout comme des autres partis politiques bourgeois. C’est en ce sens d’ailleurs que deux camarades ont été élus dernièrement sur les listes du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT) à la députation provinciale, enracinant solidement le message selon lequel la politique est une chose trop importante pour que les politiciens bourgeois s’en chargent en notre nom et que les travailleurs ont besoin d’une expression politique indépendante.

Voici quelques unes des pistes de réflexion que l’on peut retrouver au fil des articles que nous publions aujourd’hui pour rendre hommage à cette lutte exemplaire. Mais au moment où le patronat français se montre de plus en plus agressif et que les bien mal nommés « plans de sauvegarde de l’emploi » se multiplient, le meilleur hommage que l’on puisse rendre aux travailleuses et aux travailleurs de Zanon c’est de montrer qu’ici aussi une réponse ouvrière à la hauteur de la brutalité de l’attaque que porte la bourgeoisie est nécessaire et possible. Après une première vague de résistance ouvrière aux plans de licenciements au printemps 2009 qui s’est généralement soldée par la mise en place de plans d’indemnisation importants, plusieurs sites commencent à poser la question de la sauvegarde de l’emploi et de la défense de l’outil de production coûte que coûte. C’était déjà le message qu’avaient porté les travailleuses et les travailleuses de Philips Dreux il y a un an et demi. C’est aujourd’hui ce dont se font l’écho les Fralib à Gémenos et les M Real à Alizay dans l’Eure. Que ces luttes deviennent des points d’ancrage forts de résistance ouvrière et pourquoi pas de controffensive dépend aussi de la solidarité que nous saurons déployer et du rôle que pourraient y jouer les révolutionnaires, comme cela été le cas du Parti des Travailleurs Socialistes à Zanon. C’est avec cette même capacité d’intervention qu’il faut essayer de renouer pour être en mesure de résister aux côté de notre classe à l’offensive bourgeoise à l’œuvre à échelle européenne et que les gouvernements, quelle que soit leur étiquette politique, entendent renforcer ; afin de se préparer aussi aux combats à venir qui seront, à en croire « nos » gouvernants, encore plus violents.


Solidarité internationale

Vive la lutte des travailleuses et des travailleurs de M Real de Alizay !

Depuis l’usine de carrelage et de revêtement céramique Zanon Sous Contrôle Ouvrier en Patagonie, en Argentine, nous envoyons nos plus chaleureuses salutations internationalistes aux travailleuses et aux travailleurs de M Real d’Alizay qui face à la menace de fermeture par la multinationale finlandaise ne baissent pas les bras et luttent pour le maintien de leurs emplois et de la production sur le site.

Nous fêtons ces jours-ci à Zanon dix années de contrôle ouvrier sur l’usine. En 2001, il y a dix ans, alors que la crise économique [en Argentine] rimait avec misère et chômage pour la majeure partie du monde du travail, nous avons refusé la fermeture du site et nous nous sommes bagarrés pour le contrôle ouvrier de la production. Pour mettre cela en œuvre, nous avons eu besoin de la solidarité de bien d’autres secteurs du monde du travail, des étudiants et des mouvements de chômeurs. Lire la suite


Dix ans de militantisme et de gestion ouvrière

A l’occasion du dixième anniversaire de l’occupation de l’usine Zanon en Argentine, La Verdad Obrera, l’hebdomadaire du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) a publié cette interview de Raúl Godoy, ouvrier de Zanon, ancien secrétaire général du syndicat des céramistes de la province de Neuquén (SOECN), dirigeant national du PTS et récemment élu député, avec trois autres camarades avec qui il partagera le siège, à la Chambre provinciale de Neuquén sur les listes du FIT (Front de Gauche et des Travailleurs). Lire la suite


Avoir une politique électorale non électoraliste ? C’est possible !

(16/06/11) Les AG précédant la Conférence Nationale sur la démarche électorale a montré combien le parti est polarisé par la question électorale. Partie prenante de la position C, il nous semble bien entendu qu’il n’est pas possible de maintenir plus longtemps l’ambiguïté par rapport aux partis de la gauche réformiste (Front de Gauche et compagnie) et que par conséquent il faut un candidat du NPA pour 2012, un candidat/e ouvrier/e ajoutaient d’ailleurs nos camarades du CPN dans le dernier BI. Lire la suite


30 ans de luttes et de combats à Zanon

Chronologie de la lutte des ouvrières et ouvriers de Zanon depuis plus de 30 ans. Lire la suite


Manuel Georget en visite à Zanon


Expropriation de Zanon : Interview de Raul Godoy

(15/9/2009) Après huit années de lutte extrêmement dure et de production sous contrôle ouvrier, vous avez obtenu l’expropriation de l’usine. Mais quelle était la situation à Zanon jusqu’en 2001 ? Est-ce qu’il existait une tradition de lutte à l’intérieur de l’usine ?... Lire la suite


Quel a été le rôle du PTS au cours du processus à Zanon ?

(15/9/2009) « Lorsque Naomi Klein, la cinéaste canadienne réalisatrice de The Take, m’a demandé qui avait dirigé le processus à Zanon, raconte Raúl Godoy, s’il avait été mené par des trotskystes orthodoxes conspirateurs ou si à l’inverse il avait été porté spontanément par la classe ouvrière, je lui ai répondu que le mouvement avait été mené par les ouvriers combatifs, bien évidemment, mais que sans un parti révolutionnaire ayant apporté à la lutte une stratégie, le mouvement des céramistes n’aurait pas été ce qu’il a été. Le processus de Zanon est le fruit de la combinaison de la combativité de classe et de l’apport stratégique et politique du PTS » (Raul Godoy)... Lire la suite


Le jour où Zanon a été expropriée : une journée inoubliable

(13/09/09) « Après huit années de lutte, on ne veut plus être menés en bateau, on veut l’expropriation ». Voilà ce que chantaient les ouvriers céramistes de Zanon dans les rues de Neuquén le 12 août, accompagnés par un cortège nourri de travailleurs du secteur public, d’enseignants, de travailleurs de la santé, d’organisations sociales et de partis d’extrême gauche, en marchant sur l’Assemblée législative provinciale de Neuquén où les députés s’apprêtaient à discuter de la loi sur l’expropriation de l’usine... Lire la suite


Extraits des nouveaux statuts réformés du Syndicat des Ouvriers et Employés Céramistes de la Province de Neuquén (SOECN)

PREAMBULE

Dans la mesure où le travailleur seul et isolé ne peut se transformer en une force efficace en vue de la défense intégrale de ses droits et intérêts ni pour obtenir des améliorations de sa condition de vie auxquelles il a droit en tant que propulseur du progrès humain, il doit chercher aux côtés de ses camarades de classe la force nécessaire qui lui permette de contrer totalement et avec intelligence les prétentions de ceux qui entendent limiter ses droits légitimes... Lire la suite


« Notre lutte est politique »

(15/9/2009) L’exemple que nous donnons, qui pourrait être excellent pour les gens et pour les travailleurs, est très mauvais pour le pouvoir politique. À Zanon, le roi est nu. Nous avons démontré que les travailleurs ont une alternative, qu’on ne doit pas toujours supporter le chômage technique, les licenciements, le chômage de masse, mais qu’on a la possibilité de faire marcher l’usine avec un autre objectif que le profit, de la faire marcher comme un bien social... Lire la suite


« Pour nous c’est extrêmement encourageant de voir ce qu’ont fait les camarades de Continental, de toutes ces usines où quand on a voulu les licencier, les ouvriers ont séquestré les patrons »

(8/4/2009) "On a énormément d’espoir en ce que fera la classe ouvrière en France et en Allemagne. On a besoin de renforts. Pour nous c’est extrêmement encourageant de voir ce qu’ont fait les camarades de Continental, de toutes ces usines où quand on a voulu licencier les ouvriers ou quand ils ne touchaient pas leur paie, les travailleurs ont pris leurs gérants en otage jusqu’à ce qu’ils respectent leurs engagements. C’est une méthode très radicale. Maintenant, ce qu’il faut, c’est radicaliser les perspectives. Celui qui doit partir, c’est le gérant, le patron, et c’est aux ouvriers de rester dans l’usine. Ça serait une bonne solution"... Lire toute l’interview


Démocratie ouvrière et lutte de classe : l’exemple de Zanon

(28/8/2005) C’est vraiment possible dans le contexte actuel de former des syndicats classistes, combatifs et indépendants, surtout si l’on tient en compte que le panorama a beaucoup changé depuis la fin des années soixante et les années soixante-dix, l’âge d’or du « classisme » argentin ?... Lire la suite


Les travailleurs et le pouvoir : Les syndicats et les conseils d’usine

(5/11/2002) A Neuquèn, les ouvriers de Zanon développent une expérience originale d’autodétermination : l’apparition d’une nouvelle organisation formée par de responsables de la production, une commission interne et le syndicat. On prendra ici en compte les nouveaux éléments importants de cette expérience concernant la classe ouvrière, dans son sens stratégique de lutte pour un Etat des travailleurs... Lire la suite


L’expérience des usines occupées et le contrôle ouvrier

(15/6/2002) 19 et 20 décembre 2001. Des moments où une histoire différente a surgi, loin des certitudes imposées. Des hommes et des femmes sont sortis de chez eux pour forcer les portes d’un supermarché ou prendre la route avec une haine profonde à la gorge, pour réclamer nourriture et travail. Mais le bruit des casseroles s’est multiplié et a transformé les premières notes discordantes en une marée de sons qui a parcouru les rues et les places publiques en même temps, pour rompre l’état de siège et dénoncer la répression... Lire la suite


International - Lutte de classes  Section spéciale Zanon 10 ans ! | Courant Communiste Revolutionnaire - NPA

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.