25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:54

 

esp

 

L’avancée de l’extrême-droite en Europe/ Oscar Laborde

 

Un fantôme parcourt l’Europe, c’est celui de l’extrême-droite, qui gagne toujours plus d’influence dans la majorité des pays et spécialement parmi la jeunesse des quartiers populaires européens. 

L’extrême-droite, fasciste ou néonazie, chauviniste, avec un haut taux de nationalisme, méprisant tout qui est différent, et hostile à l’intégrisme européen, commence à s’étendre dans tous les pays, comme une force politique telle qu’elle fait partie de quelques gouvernements, conditionnant les politiques et provoque la chute d’autres alors que  le discours de la démocratie libérale et parlementaire est inefficace et caduque. 

C’est ainsi que son influence augmente dans les groupes de jeunes, désoccupés et de classe moyenne, dénonçant les immigrants sous prétexte que les étrangers occupent les postes de travail des nationaux. Un de ses axes communs est qu’ « ils viennent surimposer leur culture à la nôtre » et l’autre est celui du nationalisme, entendu comme un système de valeur menacé par l’arrivée des étrangers.

A présent de nombreux hollandais votent pour le Parti de la Liberté (PVV), de Geert Wilders qui tient un langage anti-immigration, identitaire et de phobie de l’U.E., les trois piliers idéologiques des courants extrêmes qui souhaitent faire front commun en vue des élections européennes. Cet axe, est impulsé par Marine Le Pen jointe au PVV hollandais, au FPO autrichien, au Vlaams Belang belge (flamand NdT) et les démocrates de Suède. « Nous sentons que cette fois, c’est différent, que nous avons des positions très proches et que le climat nous est favorable », s’enthousiasme le belge Claeys.

De son côté, le Hollandais a rendu visite à ses collègues en France, et en Belgique, en Suède et Autriche afin de les sonder au sujet d’une potentielle coalition, de même que Le Pen travaille a concrétiser cette croisade singulière contre l’U.E. Ils aspirent à ce que de nombreux partis d’extrême-droite les rejoignent, à mesure que se rapproche l’échéance électorale avec pour objectif de former un groupe parlementaire qui renforce leur pouvoir.

Ces jours derniers d’autres données sont venues s’ajouter. L’une d’elle est le referendum qui a eu lieu en Suisse, dans lequel a gagné la proposition de mettre des quotas à l’entrée d’immigrants. D’autre part un tiers des français « adhère aux idées du Front National et presque la moitié du pays (46%) considère que Marine Le Pen, leader de ce parti xénophobe et raciste « représente une droite patriote respectueuse des valeurs traditionnelles ». De même qu’en Espagne, des secteurs entiers du PP avec un nombre considérable d’affiliés mécontents de Rajoy s’apprêtent à opérer une scission vers l’extrême-droite.

Cette histoire se répète dans toute l’Europe. Les paysages changent, mais les postures idéologiques sont les mêmes des campagnes flamandes aux vallées suisses ou aux quartiers périphériques de Finlande, comme dans l’Est de l’Europe, où la plus grande avancée de l’extrême-droite se rencontre en Roumanie où le Partidul Romania et le Partidul Alianta National, que dirige Cornelio Vadim Tudor, représente 21% de l’électorat, ce qui en fait la deuxième force politique de Roumanie.

Et un des exemples les plus significatifs, quoiqu’on en pense, est que ni l’arrestation des ses principaux leaders ni les nombreuses preuves réunies contre eux ne paraissent affecter le parti Aube Dorée (AD), que les intentions de vote consolide comme troisième option politique face à d’hypothétique élection, avec 10% d’intentions de vote.

En plus des chiffres, il y a des exemples qui sont inhumains, et qui sont emblématiques, comme la jeune Leonarda Dibrani, une élève Kosovar de 15 ans, d’ethnie rom qui fut arrêtée lors d’une excursion en avec ces condisciples et déportée. De même que ses parents, auxquels il manquait seulement deux mois pour obtenir la nationalisation. En octobre de l’année passée, un bateau qui transportaient des centaines d’immigrants africains en Europe pris feu et coula face à la frontière italienne de Lampedusa, ce qui entraîna la mort de 133 personnes.

Quand nous comparons cette réalité du “Premier Monde” qui autrefois était progressiste et d’avant-garde en ce qui concerne les droits sociaux, cette Europe qui s’est distinguée par ses luttes et acquis syndicaux, celle qui ouvrit solidairement les bras aux latino-américains qui fuyaient les dictatures génocidaires, avec celle actuelle,  nous voyons qu’elle  vit à présent un des moments les plus décadent de son histoire, produit par l’avarice du pouvoir financier mondial, qui, on le voit n’a pas de limites.

Il est douloureux de penser que cela est l’avenir et qu’il n’y a pas d’alternative depuis la gauche d’Europe qui est vieillie et sans représentativité, alors que la social-démocratie pour ne pas perdre de vote abandonne ses principes. Le résultat final est qu’ils perdront les votes, les principes et qu’ils sont en train de perdre les gouvernements. Mais nous sommes certains que surgira une alternative populaire qui propagera une alternative politique et idéologique qui conquerra les grandes majorités, pour pouvoir surmonter non seulement cette crise, mais aussi la décadence de la société.

 


* Dirigente del Frente Tansversal. Pte. del Centro de Estudios del Sur.

Osacar Laborde est directeur de Frente Transval, Président du Centre d’Etudes du Sud. Il appartient à la branche communiste du Front pour la Victoire Argentin et coordonne les mouvements sociaux d’Argentine et de Mercosur.

Traduction Anne Wolff

Source en espagnol

PAGINA12 

OSCAR LABORDE / El avance de la ultraderecha en Europa | CONTRAINJERENCIA

 


J’ai traduit ce texte, j’aurais pu en traduire nombre d’autres, qui ont en commun de tirer la sonnette d’alarme depuis l’Amérique Latine face à la montée de l’extrême-droite en Europe. A partir de mes propres recherches, je sais que la situation est encore bien plus dramatique et inquiétante que celle qui est décrite ici. La Pologne qui est en pleine gangrène a réuni 100 000 nationalistes européens « confisquant » la fête nationale à l’automne dernier. On a pu y observer ce phénomène qui se répand dangereusement (j’ai des exemples pour la Suède, la Tchéquie et la Slovaquie, cela commence en Espagne…) des groupes d’extrême-droite « nettoient" des centres sociaux des sièges d’association de gauche ou des banlieues, à coup de barres de fer, de tessons de bouteilles, alors que la police est opportunément absente, détourne pudiquement les yeux ou se félicite de cette collaboration – Suède, les Vigilants lors des émeutes des banlieues.

Minimiser le danger de cette montée d’extrême-droite aujourd’hui est « criminel par anticipation », des observateurs des pays de l’Est mettent en évidence une structuration nouvelle, qui ressemble fort à ce que nous pouvons observer au Venezuela en ce moment, une partie du mouvement se professionnalise, autrement leurs membres s’entraînent à des formations paramilitaire, une autre consiste en bande plus ou moins incontrôlées qui fichent le chaos, et sont composées de délinquants, une autre branche est une instrumentalisation des mécontentements locaux, en Europe cette branche est populaire et fondamentalement petite bourgeoise, en Amérique Latine où un courant néo-nazis se développe dangereusement depuis une dizaine d’année, cette assise « populaire » se trouve dans les catégories de l’oligarchie frustrée de privilège par la montée des gouvernements progressistes. Des adolescents de la Media Luna de Bolivie, par exemple, de la bourgeoisie huppée blanche, y trouvent un exutoire pour l’angoisse identitaire ontologique suprémaciste que génère chez cette jeunesse le fait d’avoir pour président un indigène. Et beaucoup, beaucoup de etc…

Un autre angle d’attaque pour étudier l’importance de ce courant est historique et se fonde dans les accords et affinités, solidarités qui ont existé d'emblé, dès les premiers jours entre le nazisme d’Hitler, le fascisme de Mussolini et le Franquisme qui n’ont pu accéder au pouvoir que grâce à une aide substantielle de corporations multinationales US mais aussi de leur alliées européens, les mêmes qui ont permis à la fin de la seconde guerre mondiale non seulement un essaimage international du nazisme qui aujourd’hui prend l’allure de métastases d’un cancer qui se généralise, mais parmi ses métastases on constate que la réintégration des nazis et de collaborateurs s’est effectuée très rapidement, dès que les projecteurs du théâtre de Nuremberg se sont éteints, partout en Europe dans le monde politique, industriel, dans les forces de polices, l’armée et à travers des services de sécurités privés. On détecte aussi les composante d’une internationale d’extrême-droite qui en réunit aussi bien les dirigeants, comme Uribe, Aznar et compagnie, mais aussi des camps de jeunesses internationaux auxquels participent des jeunes européens, latino-américains et d'autres qui tissent entre eux des liens forts et opérationnels. . Et très certainement d'autres, puisque ce mouvement se développe en Asie, et le nazi-chic en est une manifestation qui mériterait une étude rigoureuse, en ce sens où produisant jusqu'à ses peluches pour bébés à l'effigie d'Hiltler il est la manifestation la plus avancée d'un courant mondial qui introduit Hitler dans les inconscients collectifs de la jeunesse, et nenazisme comme seul courant suceptible de sauver à la fois les libertés individuelles et l'économie, ca qui est aussi sont argument de vente aussi au Mexique, se doublant en l'occurence de ce qui pourtout esprit averti est fortement contradictoire, la nécessité d'une militarisation de la société pour atteindre ce résultat paradisiaque !

Je n’ai qu’un faible aperçu de ce panorama – la faute à ces stupides journées qui ne comptent que 24 heures -) – mais c’est plus qu’il n’en faut pour que je tire moi aussi la sonnette d’alarme et sonne la cloche d’un danger imminent. Dans les pays d’Amérique Latine de nombreux chercheurs font un travail de décryptage d’autant plus précieux que comme font remarquer certains, l’Europe du « politiquement correct » et de la chasse aux conspis ne se donne plus les moyens conceptuels d’étudier le phénomène ni dans sa nature, ni dans sa profondeur, ni dans son étendue. Je ne peux que confirmer, sans l’aide de ces chercheurs, sans l’apport constant d’une conscience populaire en éveil et vigilante, qui en Amérique Latine nourrit en permanence le dossier à charge de l’extrême-droite documentant tant ses structures que ses manifestations, j’en serais encore – comme beaucoup – à flotter dans les limbes d’un confusionnisme timoré – volontairement induit par les « aspirant maîtres du monde qui ratissent large grâce à une cybernétique très efficace, qui  va jusqu'à réduire les aspects de la liberté d'expression qui permettraient une dénonciation claire et fondée du fascisme.... sous prétexte d’antifascisme… si, si…

Le Venezuela est en train de nous donner une réponse essentielle, fondamentale, nous ramenant aux racines de la philosophie, alors qu’Empédocle déterminait comme moteur fondamental de l’évolution la dualité amour/haine. Ce n’est pas que cela, mais c’est très clairement aussi cela, tout aussi clairement que Deleuze dans les années 70 énonçait les fondement d’un néofascisme à venir, un microfascisme opérant actuellement :

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […]. Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

 


 

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Published by Anne Wolff - dans Métastases du nazisme
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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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