12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 14:31

 

 

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Hégémonie culturelle et colonialisme: Le passé et le présent brutaux de l’Australie (John Pilger)

Des Amériques à l’Australie en passant par l’Afrique, le glas sonne pour le colonialisme toujours avéré et son avatar moderne néo-colonialiste. Les DOM-TOM français, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, toutes les dépendances pseudo-indépendantes du Commonwealth britannique inféodées à la "couronne" (à savoir: la Banque d’Angleterre et la City de Londres…), tous ces territoires sont sous contrôle direct ou indirect de leur maison mère et tout cela est en train de toucher à sa fin, sous l’impulsion des peuples indigènes humiliés mais survivants à des siècles de génocide.

John Pilger nous rappelle (ou nous apprend c’est selon…), ce qu’est la véritable histoire de son pays l’Australie. Après un premier documentaire dézingant en 1985 sur la question aborigène, il récidive avec son nouveau documentaire "Utopia" au sujet de l’infâmie coloniale… Quoi d’autre vraiment ? Plus on y pense et plus on se rend compte que toute la situation politico-économique du monde actuel n’est basée que sur une seule et unique chose: l’Idéologie de la suprématie raciste de l’occident sur le reste du monde, avalisée, encouragée par les églises et soutenue par tous les états au fil de l’histoire.

Changer de paradigme politique, c’est en finir avec ce dogme suranné et criminel. La colonisation est avant tout idéologique. L’oppression s’exerce sur nous les peuples occidentaux de manière plus "feutrée", le degré de coercition n’est pas le même, car au fond il ne s’agit que du degré d’expression et d’application de cette infâmie suprémaciste… Il est évident aujourd’hui que les oligarques ont autant de mépris et de griefs contre nous que contre les populations qu’elles ont conquises au cours de l’histoire.  Comme le disait for justement Howard Zinn, le grand historien américain: "On ne peut pas être neutre dans un train en marche"… Pilger n’est pas neutre non plus… Arrêtons de l’être !

– Résistance 71 –

 

Le passé et présent brutaux sont un autre pays dans l’Australie secrète

 

John Pilger

 

7 Novembre 2013

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article36776.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Bande annonce du film de John Pilger “Utopia”, sur les écrans en Grande-Bretagne le 15 Novembre, en Australie en Décembre 2013:

http://www.youtube.com/watch?v=-M-_-DwJg8s

 

Les couloirs du parlement australien sont si blancs que cela vous fait plisser les yeux. Les sons sont feutrés, l’odeur de cire. Les parquets brillent tellement qu’ils réfléchissent les portraits cartoonesques des premiers ministres ainsi que des rangées de peintures aborigènes, suspendues aux murs blancs, leur sang et leur larmes invisibles.

L’Assemblée Nationale australienne siège à Barton, une banlieue de Canberra qui a pris le nom du premier ministre initial de la nation, Edmond Barton, qui mit en place la politique de l’Australie blanche en 1901. “La doctrine de l’égalité de l’Homme”, disait Barton, “n’a jamais eu l’intention de s’appliquer aux non britanniques et aux non-blancs”.

La préoccupation première de Barton était les Chinois, connus sous le vocable de péril jaune; il ne fit aucune mention de la plus ancienne et plus endurante présence humaine sur Terre: les premiers Australiens. Ils n’existaient pas. Leur méticuleuse attention envers ce pays rugueux n’avait aucun intérêt. Leur résistance épique ne s’est jamais produite. De ceux qui luttèrent contre les envahisseurs britanniques de l’Australie, le journal du Sydney Monitor rapporta en 1838: “Il fut résolu d’exterminer toute cette race noire dans ce quart de siècle.” Aujourd’hui, les survivants sont un secret national qui fait honte.

La ville de Wilcannia en Nouvelle Galles du Sud (NSW), s’est distinguée par deux fois. Elle est l’heureuse récipiente de la ville la plus propre d’Australie et ses peuplades indigènes ont l’espérance de vie la plus courte de tout le pays. Ils sont en général morts avant l’âge de 35 ans. Le gouvernement cubain a mis en place un programme d’alphabétisme pour eux, comme ils le font pour les plus pauvres en Afrique. D’après le rapport du Crédit Suisse sur la richesse mondiale, l’Australie est l’endroit le plus riche au monde.

Les politiciens de Canberra sont parmi les citoyens les plus riches au monde. Leur auto-suffisance est légendaire. L’an dernier, la ministre des affaires indigènes Jenny Macklin a fait rénover son bureau pour la modique somme de 331 144 AUD (NdT: environ 300 000 Euros) aux frais du contribuable.

Macklin a récemment déclaré qu’elle avait fait une “énorme différence” au sein du gouvernement. C’est vrai. Pendant son mandat de ministre, le nombre d’aborigènes vivant dans des bidonvilles a augmenté de près d’un tiers et plus de la moitié de l’argent fédéral dépensé pour le logement des indigènes fut empoché par des sous-traitants contractants blancs et une bureaucratie dont elle était responsable. Une maison en ruine typique de la cambrousse d’une communauté indigène doit loger jusqu’à 25 personnes. Les familles, les vieux et les handicapés attendent des années pour des toilettes et salles de bain qui fonctionnent.

En 2009, le professeur James Anaya, le très respecté rapporteur de l’ONU pour les droits des peuples indigènes, avait décrit comme raciste “L’état d’urgence” qui avait privé les communautés indigènes australiennes du peu de droits et de services dont elles bénéficiaient sous prétexte que des gangs pédophiles étaient présents en nombre “impensable”, affirmation qui fut réfutée par la commission australienne sur le crime et la police.

Le porte-parole de l’opposition aux affaires indigènes d’alors, Tony Abbott, avait dit à Anaya d’aller se faire voir et “de ne pas écouter l’éternelle brigade des vieilles victimes”. Abbott est maintenant le premier ministre de l’Australie.

J’ai conduit dans le centre rouge de l’Australie centrale et ai demandé au Dr. Janelle Trees au sujet de la “brigade des vieilles victimes”. Une médecin généraliste dont les patients indigènes vivent à quelques kilomètres des stations balnéaires à 1000 $ la nuit d’hôtels desservant Uluru (Ayers Rock) et elle m’a dit: “Il y a de l’amiante plein les maisons des aborigènes et lorsque quelqu’un a une fibre d’amiante dans les poumons et développe un mésothélioma, le gouvernement s’en fiche. Quand les enfants ont des infections chroniques et s’ajoutent à ces horribles statistiques d’aborigènes mourant de maladies rénales et vulnérables à des records mondiaux de maladies cardiaques rhumatiques, rien n’est fait. Je me demande: pourquoi pas ? La malnutrition est commune. J’ai voulu donner un anti-inflammatoire à une patiente pour une infection qui aurait pu être anticipée si les conditions de vie étaient meilleures, mais je n’ai pas pu la traiter car elle n’avait pas assez à manger pour pouvoir prendre les comprimés en sécurité. J’ai l’impression parfois de gérer les mêmes conditions sanitaires que la classe laborieuse britannique durant la révolution industrielle.”

A Canberra, dans des bureaux ministériels exposant toujours plus d’art des premières nations, on m’a répété à plusieurs reprise à quel point les politicens “étaient fiers” de ce que “nous avons fait pour les Australiens indigènes”. Quand j’ai demandé à Warren Snowdon, le ministre délégué aux affaires de santé indigènes au sein du gouvernement travailliste (NdT: équivalent PS en France), récemment remplacé par le gouvernement conservateur d’Abbott, pourquoi après un quart de siècle représentant les plus pauvres et les plus malades des Australiens, il n’est pas parvenu à une solution, il a dit alors: “Quelle question stupide… Quelle question puérile.”

A la fin de la parade de l’ANZAC à Canberra se dresse le monument commémoratif australien de la guerre, que l’historien Henry Reynolds appelle “le centre sacré du nationalisme blanc”, là on m’a refusé l’autorisation de filmer dans cet endroit public. J’avais commis l’erreur d’exprimer un intérêt dans les guerres de frontière où les indigènes se battirent contre l’invasion britannique sans armes à feu, mais avec ingénuosité et courage, l’épitome pourtant de la “tradition de l’ANZAC”. Et pourtant, dans un pays littéralement couvert de cénotaphes, pas un seul n’est érigé pour commémorer officiellement ceux qui sont tombés en résistant “un des plus grand vol de territoire de l’histoire de l’humanité” écrivit Reynolds dans son ouvrage phare “La guerre oubliée”. Plus d’indigènes australiens moururent en combattant l’envahisseur que les Indiens d’Amérique du nord ou les Maoris de Nouvelle-Zélande. L’état du Queensland fut un abattoir. Un peuple entier devint prisonnier de guerre dans son propre pays, avec les colons demandant leur extermination. L’industrie de l’élevage prospéra grâce aux indigènes réduits quasiment à l’état d’esclaves. L’industrie de l’extraction minière fait un profit aujourd’hui d’un milliard de dollars par semaine en exploitant des terres volées aux peuples indigènes.

Supprimer ces vérités tout en vénérant le rôle servile de l’Australie dans les guerres coloniales de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, a obtenu un statut culte à Canberra aujourd’hui. Reynolds et les quelques ceux qui questionnent cela ont été diffamés et ostracisés. L’unique peuple aborigène d’Australie est considéré comme Untermensch, sous-homme. Lorsque vous entrez dans le musée national de la guerre, des visages aborigènes sont mis en gargouilles de pierre avec les kangourous, reptiles et autre “faune sauvage locale”.

Quand j’ai commencé à filmer cette Australie secrète il y a plus de 30 ans, une campagne générale mondiale avait lieu pour en finir avec la politique d’apartheid en Afrique du Sud. Ayant fait des reportages en Afrique du Sud, je fus choqué par la similarité de la suprématie blanche et du laxisme et de la défense des libéraux Et pourtant, pas d’opprobe internationale, pas de boycotts, ne venaient perturber la surface de l’Australie la “chanceuse”. Allez voir les gardes de la sécurité privée expulser des aborigènes d’une galerie marchande de la ville d’Alice Springs, conduisez un peu à l’écart des barbecues banlieusards de Cromwell Terrace vers Whitegate Camp, là où les baraques en tôles ondulées n’ont ni eau ni électricité. C’est çà l’apartheid, ou ce que Reynolds appelle: “le murmure dans nos cœurs”.

Le film de John Pilger Utopia, au sujet de l’Australie, sera diffusé dans les cinémas en Grande-Bretagne à partir du 15 Novembre, sur ITV en Décembre et sera sur les écrans en Australie en janvier 2014.

 

 

Source :
Hégémonie culturelle et colonialisme: Le passé et le présent brutaux de l’Australie (John Pilger) | Resistance71 Blog

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