8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:24

Dans la série, les mots pour le dire : Impérialisme, Capitalisme, Colonialisme

La destruction de la Libye et l’innommable lynchage de Kadhafi, était aussi un prélude nécessaire au dépeçage de l’Afrique.

L’instrumentalisation des divisions entre les populations, en multipliant les foyers de guerre est la condition de son pillage et de son appropriation.

Un modèle devenu « universel » de destruction de tout et tous pour le Profit de quelques-uns. Mais on peut se poser la question tout de même, qu’est-ce qui prime aujourd’hui. Accumuler de la fortune, passé certains chiffres ne fait plus sens. Et si le Profit n’avait finalement d’autre rôle que d’être l’outil qui donne les moyens du Pouvoir Absolu.

Si cela était, il nous faudrait reconnaître que tous ces Profiteurs sont de dangereux malades qui devraient être mis hors d’état de nuire. Et qu’il nous faut soutenir le président de Bolivie, Evo Morales qui en appelle à la Création d’un Tribunal Populaire pour juger les présidents Clinton, Bush, Obama et leurs complices pour leurs crimes de lèse-humanité et j’ajouterais de lèse-vie !

 

Sur les « bons » Capitalismes et Impérialismes

par Guillermo Almeyra *

 

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Au risque de me répéter comme un disque rayé je rappelle que le néolibéralisme n’est pas un système mais une politique, la politique actuelle du capitalisme, et c’est le résultat de l’échec du capitalisme du « Bien-être social » vaguement keynésien, lequel est « in-répétable », qui est mort et enterré. Chercher à centrer les efforts contre le néolibéralisme équivaut à tirer contre la simple ombre du système. Il n’y a pas de « bons » capitalismes : il y a un régime d’exploitation, d’oppression, de racisme, de colonialisme et des guerres qui font tout pour soutenir le taux de profit des grandes entreprises financières et monopolistiques. Les capitalismes d’État et les politiques d’assistance et de distribution de revenus font partie de ce système mondial et le soutiennent. La différence entre les gouvernements qui sont des agents directs du capital financier et ceux qui essaient d’avoir une marge de manœuvre, est que ceux-ci appliquent certaines politiques qui, en défendant les profits des capitalistes, doivent prendre en compte la nécessité de soutenir le marché et les profits capitalistes avec des allocations à la consommation et aux services, et de céder quelque chose aux mouvements sociaux et à la contestation ouvrière pour éviter qu’ils s‘organisent de façon indépendante. Les gouvernements « nationaux et populaires » n’appartiennent, cependant, pas à une catégorie différente : comme les autres, ils acceptent la spoliation sauvage de la grande industrie minière et pratiquent un extractivisme qui détruit les biens communs (eau, bois, terres, minerais) et qui les contamine, comme la Chine le démontre à tout instant. Ils mettent la croissance économique par-dessus le développement humain, réduisent au minimum les droits humain et sociaux et ainsi que les marges de la démocratie. N’étant pas « populaires », ils ne sont pas non plus « nationaux ».

Maintenant, par-dessus le marché, voila que Samir Amin découvre dans Viento Sur et dans Utopie Critique que la France est impérialiste, sans doute, mais qu’au Mali elle aurait un rôle progressiste ; qu’il faut l’appuyer parce qu’elle combat contre l’islamisme extrémiste que le Qatar finance et que les États-Unis utilisent pour démembrer les États africains et pour renverser le gouvernement algérien.

La France a été l’un des plus grands colonisateurs et fragmenteurs de l’Afrique et a à son compte le million de morts (sur les 11 millions d’habitants) produit par la guerre d’Indépendance de l’Algérie, et avec des centaines de milliers de morts au Maroc, en Algérie, en Tunisie, à Madagascar, le massacre horrible du Burundi et la tragédie du Biafra, quand elle a voulu démembrer le Nigeria, État islamique qui menaçait ses intérêts. Elle soutient un gouvernement du Mali, surgi d’un coup d’État, incapable et corrompu, qui s’écroulait faute d’un appui populaire devant certains touaregs islamistes, médiévaux et esclavagistes, soutenus et armés par les États-Unis et le Qatar, avec les armes de l’arsenal de Kadhafi vendues à celui-ci par Sarkozy. Les socialistes français qui ont soutenu jusqu’à la fin la guerre coloniale en Indochine et les massacres en Algérie (Mitterrand a été plusieurs fois Ministre pendant celles-ci et les avait couvertes) tenaient leur rôle habituel « de médecins de famille du capitalisme », comme le disait l’un d’eux, León Blum.

Nous sommes purement devant un conflit d’intérêts entre l’impérialisme français, avec son uranium au Niger et le gaz de l’Algérie (son pays client), et l’impérialisme des Etats-Unis d’Amérique, avec son toutou à sa mémé britannique, parce que Washington ne veut pas disputer l’Afrique non seulement à la Chine, mais aussi à la France, et espèrent faire du gouvernement algérien leur prochaine cible, qui est détesté, qui a tué plus de 300 000 islamistes et il a implanté une dictature néocoloniale.

Samir Amin s’oppose à l’autonomie des ethnies et des régions parce que, selon lui, cela affaiblirait les États, qui ont été inventés avec un papier, un crayon et des équerres par les colonisateurs et qui sont, tous, multiethniques et multiculturels. Mais ce fut la répression des militaires nationalistes maliens rattachés à la France qui a renforcé le séparatisme des touaregs et les a lancé maintenant dans les bras du Qatar et de Washington. Ce fut la répression des nationalistes soudanais qui a favorisé la création – sur une base religieuse et de couleur de peau – d’un État fictif, à la botte des États-Unis, le Soudan du Sud. Ceux qui croient qu’il faut appuyer les « bons » capitalistes à ce qui l’on suppose anti Yanquis, et les « bons » impérialismes qui s’opposent à Washington pour mieux opprimer les africains, voient seulement les États, non les classes ou les secteurs sociaux qui pourraient s’unir contre tout le colonialisme et excluent l’internationalisme – l’opposition des travailleurs français à l’impérialisme français, par exemple - qui fut la grande force qui a permis l’Indépendance algérienne et la victoire vietnamienne. Il est lamentable que les gens qui pendant des décennies se sont attaqués au capitalisme et à l’impérialisme, tombent aujourd’hui à ce niveau de realpolitik et pensent que l’important est la force relative que peut avoir l’ennemi de son ennemi (capitalistes « progressistes » ou « bon » impérialisme) et non comment les opprimés peuvent trouver des forces contre tous leurs ennemis et adversaires.

Bien entendu qu’il faut combattre le rôle de Washington et du Qatar en Syrie, ou dans l’appui aux touaregs, qui réduisent en esclavage les Bella vendent de la drogue, veulent conquérir le Mali « noir », brûlent les livres de la bibliothèque de Tombouctou, qui au XIVe siècle fut l’une des premiers centres mondiaux de culture. Bien entendu qu’il faut combattre les plans des États-Unis pour toute l’Afrique. Mais cela ne signifie pas qu’il faut s’aligner avec les concurrents de Washington, qui sont, cependant, ses associés dans la guerre en Syrie et dans le soutien à Israël. Dans tous les pays africains des tendances anticolonialistes et indépendantistes ont toujours surgi, parmi les intellectuels et même dans l’armée que, certes, la bourgeoisie française a aidé à liquider. Ce qu’il faut soutenir c’est leur développement et maturation, et aucunement l’impérialisme « moins mauvais ».

Guillermo Almeyra pour La Jornada de México.

La Jornada. Mexico, le 10 février 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 10 février 2013.

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Published by Anne Wolff - dans L'empire : hégémonie
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