29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:53

 

 

   
Pantrarna för upprustning av förorten The Panthers For Suburbs Regeneration Les Panthères pour la régénération de la banlieue Die Panther für die Aufrüstung der Vororte

 


Les Panthères pour la régénération de la banlieue

Homa Badpa 

Les Panthères pour la régénération de la banlieueest une organisation qui, depuis deux ans,  réalise des actions directes et des programmes sociaux dans les quartiers de Biskopsgården à Göteborg et de Lindängen à Malmö.

Homa Badpa est vice-présidente de l'association.

Murat Solmaz est responsable de la formation.


Le poète John Anyuru mène dans le cadre de l'association un projet d'écriture avec des jeunes.

 

Homa Badpa

Murat Solmaz  

Murat Solmaz

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Essayez de comprendre la main qui jette des pierres sur la police

 

"C'est une révolte". Plusieurs nuits de suite, des voitures ont brûlé à Husby, dans la banlieue de Stockholm. Aujourd'hui, le groupe d'écriture du mouvement des Panthères pour la régénération de la banlieue exprime son soutien aux jeunes de la banlieue de Stockholm et appelle à une action vigoureuse contre la violence policière. Photo: Per-Olof Sännäs

Nous écrivons d'abord et avant tout pour nos frères et sœurs de Megafonen [le Mégaphone, mouvement de jeunes de la banlieue de Stockholm, dont Husby. Leur devise :"Une banlieue unie jamais ne peut être vaincue", NdT]. Nous venons de nous parler au téléphone, et vous vous êtes interrompu-Es au milieu d'une phrase pour dire :" Y a encore une bagnole qui crame, on doit se casser".

Vous vous tenez au milieu de la tempête. Votre monde brûle. Et nous vous écrivons pour vous dire que nous savons ce que vous vivez, et que nous admirons la manière dont vous avez géré les événements des derniers jours.

Il ya quelques années des voitures ont brûlé dans notre quartier de Biskopsgården. Pendant ces nuits-là, la police fait ce qu'elle voulait, et le lendemain matin, les politiciens disaient ce qu'ils voulaient sur nous.

Vous savez bien : les épaves noircies, le verre brisé dans la rue: il semble si facile de condamner ça quand on le voit de l'extérieur. Et c'est ce qui est maintenant exigé de vous quand vous essayez de dire quelque chose sur la révolte: que vous n'expliquiez pas, mais que vous joigniez juste au chœur des condamnations, le chœur qui dit que c'est inexcusable de brûler une voiture, de briser une vitre. Mais quoi que vous disiez, ce ne sera jamais assez. Vous ne pourrez jamais dire et écrire suffisamment de fois ce que vous avez déjà clairement écrit et dit : que vous ne pensez pas que la violence est la bonne méthode pour changer la société.

Vous avez raison d'insister dans chacune de vos interventions sur les plateaux de télé et sur le ouèbe pour expliquer pourquoi ça brûle plutôt que de simplement condamner les jeunes. Celui qui se contente de condamner un acte sans l'expliquer condamne bien sûr aussi les sentiments et les expériences qui sont à l'origine de cet acte.

À ceux qui voient les événements de l'extérieur…

nous vous écrivons pour demander : pouvez- vous comprendre la main qui jette une pierre sur une voiture de police? Pouvez-vous essayer de comprendre?

Imaginez-vous d'avoir été comme enfant harcelé pour votre accent et votre apparence. L'exclusion ressentie. Les profs démotivés assis derrière leurs pupitres à gagner leurs salaires ridicules. Pour être populaire, tu allumes ta cigarette lorsque tu commences le collège. Tu te fais des copains pour garder les murs avec eux. C'est ce que tu vois qui te forme.

Il est difficile d'être fort s'il n'y a pas d'exemples à suivre autour de toi. Tu n'as peut-être pas le meilleur contact avec ta famille. Tu as peut-être perdu ta mère ou ton père pendant la guerre en Irak. Tu as peut-être perdu tes frères et sœurs pendant la guerre en Afghanistan. Ou tu as été blessé de guerre en Palestine.

Pendant toutes tes années d'adolescence, personne ne t'écoute. Personne vers qui te tourner. Tu essaies de construire ta vie quotidienne, mais il n'y a pas d'emploi. Tu cherches un emploi, mais Daniel Svensson a obtenu le poste avant toi chaque putain de fois. Tu perds espoir. Vous cherchez d'autres voies. Certains échouent sur les mauvaises pistes, d'autres s'en sortent.

Beaucoup de gens disent que tu dois combattre toi-même, mais ce n'est pas si facile. Tu as les porcs sur le dos tous les jours. L'espoir de s'en sortir disparaît. Autour de toi la beu circule. L'envie d'y goûter te démange. Est-ce que tu vas l'essayer ou faire marche arrière? La pression du groupe augmente, tu seras poussé à faire des choses que tu n'aurais peut-être jamais fait seul. Il y a un sentiment de no future. Tu es là avec une pierre dans la main. Tu es là avec ta vie dans la main. Est-ce que tu vas jeter ?

Mégaphone. Nous croyons que vous avez raison d'appeler les événements de cette semaine dans votre quartier une révolte de banlieue. Nous croyons qu'il est juste de souligner qu'il ne s'agit pas d'émeutes de jeunes ou de troubles apolitiques, mais justement d'une révolte, c'est-à-dire d'une réaction, comme vous l'écrivez dans votre dernier communiqué de presse: "Le chômage, les écoles déglinguées et le racisme structurel sont les causes sous-jacentes ce qui se passe aujourd'hui. "

Lorsque votre courage vacille, posez-vous cette question: si vous n'aviez pas été là, qu'est-ce qui serait alors arrivé durant cette semaine? Peut-être qu'un retraité aurait été tué par balle dans un appartement de banlieue sans que personne ne s'en soucie. Peut-être. Il y a une réponse: si vous n'aviez pas photographié le sac contenant  le corps qui a été emporté au milieu de la nuit, bien que la police ait affirmé que l'homme était mort à l'hôpital plusieurs heures plus tôt - peut-être alors personne n'aurait fait gaffe, et tout aurait continué  comme d'habitude.

Mais on a raison de se faire du souci quand quelqu'un meurt. On est en droit d'exiger que la police ne mente pas aux médias sur un cadavre.

Vous aviez raison d'organiser le rassemblement dont certains accusateurs disent maintenant  qu'il a été l'étincelle qui a allumé le feu de la révolte dans les banlieues.

Demandez-vous ceci : quel lien ont Hässelby ou Fittja [banlieues de Stockholm, NdT] - qui brûlent aussi en ces nuits d'été -  avec l'homme qui a été abattu dans un appartement à Husby? Aucun, peut-être. Quel lien aviez-vous, à Mégaphone, avec le mort? Il n'y avait aucun lien d'amitié ou familial. Mais il ya un lien entre tous les humains. Nous sommes en deuil quand quelqu'un meurt. Nous sommes solidaires les uns des autres. Nous vivons ensemble, dans la société.

Nous vous soutenons dans tous les sens. Nous savons que ça semble impossible de tenir la position où vous êtes, où vous expliquez plutôt que de condamner.

À Hammarkullen [banlieue du nord-est de Göteborg, NdT] la police montée est parfois sur la place. À Biskopsgården les caméras filment les cours intérieures. À Frölunda [quartier du sud-ouest de Göteborg, célèbre pour son club de hockey sur glace, Frölunda Indians, NdT], ce soir, circulent des informations sur une agitation – on murmure dans des conversations et des sms  que la révolte pourrait se propager à Göteborg, où nous nous coltinons les mêmes problèmes que vous à Stockholm: la militarisation des banlieues, le harcèlement policier, la régression sociale. L'été arrive, une année de plus. Les mobylettes vrombissent entre les maisons. Les banlieues débordent toujours de ce sentiment. Vous savez bien. Ce sentiment. Que personne n'écoute, que personne ne veut entendre ces histoires de flics racistes, de harcèlement, d'agressions. Qu'il faut peut-être que ça brûle pour que certaines voix se fassent entendre.

Maintenant, ça brûle. Nous sommes ici, ensemble. Les Panthères et Mégaphone.

Si nous n'existions pas, qui aurait pris la peine d'essayer de comprendre les ombres mouvantes qui se déplacent dans nos rues avec des pierres dans leurs mains? Ces ombres sont nées à l'hôpital suédois et ont été enregistrées auprès des autorités fiscales suédoises, elles sont allées dans des écoles suédoises, elles sont traîné dans des centres de loisirs suédois,  elles veulent travailler dans ce pays et payer des impôts et mourir ici, mais notre Premier ministre peut en faire des étrangers en disant que leurs actes sont le résultat de l'existence de «seuils culturels» - comme vous le savez à Mégaphone, c'est la seule explication qu'il a donné à la révolte de banlieue: il s'agit de jeunes hommes en colère qui doivent surmonter certains seuils culturels et entrer dans la société.

Nous n'avons pas la force d'expliquer à qui que ce soit à quel point cette déclaration est banale et raciste.

Les ombres se déplacent dans la nation.

À tous les politiciens de Suède ...

nous écrivons en revanche :
Vous êtes élus. Le peuple, c'est nous tous, ensemble. La police abuse de son pouvoir et nous voit, nous qui sommes sans uniforme, comme des déchets. C'est pourquoi nous les appelons les porcs. Simplement. Nous, on en a marre d'entendre le pouvoir dire quelques mots qui ne veulent rien dire du tout. Agissez au lieu de parler. Rendez-vous utiles. Établissez par exemple un organisme indépendant qui enquête sur la police.

C'est encore vous qui détenez le pouvoir dans vos mains, faites donc quelque chose pour aider les gens qui vous ont élus pour siéger et ramasser des millions sur vos comptes. Les salaires de merde des enseignants font qu'ils perdent espoir. Ils sont assis derrière leurs pupitres et s'en foutent. Et ainsi de suite. Cause et effet. Si vous insistez à réduire toutes les questions politiques à des questions de police, alors il va nous falloir tout simplement commencer à voter pour des flics au lieu de politiciens.

Une nouvelle partie de la société est morte dans cet appartement de Husby. C'est pour ça que ça brûle.

Mais ça, vous le savez déjà.

Et enfin. Pour tous les enfants de banlieue.

Toutes nos sœurs et frères. Restez calmes. Les médias vont bien sûr arrêter de produire leurs rapports quand çà se sera calmé dans vos quartiers. Ils vont plier bagage et disparaître pour cette fois-ci. Ils ne veulent pas entendre vos voix parler de la violence de la police, des mauvaises écoles, des maisons à rénover, des centres de loisirs désaffectés, de la discrimination. Ils veulent voir des voitures qui brûlent, des vitres brisées. Alors, quand la révolte sera terminée pour cette fois, vous devrez continuer à informer sur vos vies vous-mêmes.

Les médias vont salir vos quartiers et désinformer.
Exigez des rectificatifs.

Il ya une chose que nous pouvons apprendre. Nos voix comptent. Nous devons parler les uns avec les autres, si personne d'autre n'écoute.
Les Démocrates de Suède [parti d'extrême-droite, NdT] obtiendront peut-être quelques voix de plus, mais ne vous taisez jamais.  Nous ne resterons pas silencieux, nous allons parler, ensemble. S'ils cousent ensemble nos lèvres, vous ferez sauter les points avec vos voix.

Nos poches sont pauvres, mais nos yeux sont riches.
Tout le pouvoir au peuple.

Homa Badpa
Murat Solmaz

Les Panthères pour la régénération de la banlieue





Merci à Tlaxcala
Source: http://www.aftonbladet.se/kultur/article16832905.ab
Date de parution de l'article original: 24/05/2013
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=9757

 

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Published by Anne Wolff - dans Eurocrassie
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