9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 05:35

 

Je remercie Elsie Le Monde du Sud /Elsie News qui m'a donné envie d'en savoir plus au sujet de Lovinsky Pierre Antoine. Je publie ici l'intervew qu'il a donné peu avant sa disparition, pour que l'homme disparu ses paroles continues d'être vivantes, pour que ceux qui l'ont enlevé aprennent qu'il ne suffit pas de faire disparaître un homme pour que sa voix s'éteigne. Pour aussi qu'un jour on en finisse avec ce monde du pire qui crée tant de souffrances là au devrait régner la joie.

Saura-t-on jamais où est passé Lovinsky Pierre Antoine ?
Par:Haïti Liberté
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Le 12 août 2007, Lovinsky Pierre-Antoine dirigeant de l’organisation 30 septembre, revenait d’un séjour en province. Il laissa précipitamment son domicile après avoir reçu un appel téléphonique lui fi xant un rendez-vous. Depuis, il n’a plus été revu. La disparition a été rapportée à toutes les instances concernées du pays : des bureaux de la Présidence à la Police Nationale d’Haïti en passant par la Primature, le Parlement et le Ministère de la Justice. Les proches de Pierre-Antoine n’oublièrent pas de mettre au courant deux organisations supposées concernées par les droits humains, l’ONU et l’OEA. Un an plus tard, soit le 12 août 2008, il n’y a eu aucune enquête de faite, aucune tentative de mener une enquête, voire de disposer d’informations utiles, satisfaisantes à fournir à la famille de Lovinsky Pierre-Antoine. 

Ce jeudi 12 août 2010, sauf miracle, Mme Michèle Pierre-Antoine, ses deux garçons et la famille du disparu resteront encore sans nouvelles de Lovinsky. Il y a eu pourtant des pistes et des indices qui auraient pu être exploités à des fi ns d’enquête, ainsi les empreintes digitales trouvées dans le véhicule utilisé par Pierre-Antoine. Mais à toute règle il y a exception. En effet dans le cas de Lovinsky Pierre-Antoine, la Police nationale n’a même pas pu se targuer de dire que «l’enquête se poursuit», n’ayant jamais pu dire qu’elle avait même commencé.

Le plus tragique, c’est le mutisme de la pierre, persistant, contre lequel se sont brisées la douleur et l’agonie mentale d’une épouse meurtrie et de deux adolescents psychologiquement broyés par la disparition sans explication de leur père. Il faut croire que Lovinsky faisait peur, politiquement, à bien des gens qui pouvaient avoir pris ombrage de sa verticalité, de «sa militance, son sérieux, son respect de la parole donnée, son esprit d’équipe, et surtout son amour pour Haïti», pour reprendre les mots justes de son épouse, sans oublier que dans un contexte électoral éventuel, il pouvait être un «rival dangereux».

Haïti Liberté n’a pas oublié cette disparition qui enlève encore le sommeil. Les membres du journal s’associent à la douleur encore vive des proches de ce patriote progressiste, authentique défenseur des droits humains et de la cause du peuple pour leur dire qu’eux non plus ils n’ont pas oublié leur cher Lovinsky. Les ravisseurs courent encore les rues, à Port-au-Prince ou à l’extérieur. C’est sûr. Saura-t-on jamais où est passé Lovinsky Pierre Antoine ?


 

Posted on:8/13/2010

Source : Haiti Liberte: Hebdomadaire Haitien / Haitian weekly

 

Entrevue: Souveraineté et justice en Haïti. Entrevue de Lovinsky Pierre-Antoine

Trant Septanm (30 Septembre) > Entrevue: Souveraineté et justice en Haïti.

Entrevue: Souveraineté et justice en Haïti.

Entrevue de Lovinsky Pierre-Antoine

accordée au Journaliste Darren Ell


Souveraineté et justice en Haïti.

Première partie d’une entrevue menée par Darren Ell le 15 février 2007. Photos par Wadne Pierre

Lovinsky Pierre-Antoine est coordonateur de la Fondazyon Trant Septanm (Fondation trente septembre) qui œuvre auprès des victimes des coups d’état de 1991 et 2004. Dans sa jeunesse, M. Pierre-Antoine a travaillé sur des projets d’alphabétisation avec des enfants de la rue dans sa ville natale de Port de Paix. Après avoir déménagé à Port-au-Prince et terminé sa formation comme psychologue, il s’est mis à fonder des organisations : La Fondsayon Kore Timoun Yo (Fondation de soutien aux enfants) pour les enfants de la rue à Port-au-Prince ; FAM (Foyer pour Adolescentes Mère) ; MAP Vivre (« Je vis »), un programme d’aide psycho-médical pour les victimes du premier coup d’état contre Jean-Bertrand Aristide en 1991. À ce point-là dans son évolution, M. Pierre-Antoine s’est aperçu que pour pleinement cicatriser les plaies du coup d’état, il fallait aussi traiter les éléments sociaux, économiques, politiques et juridiques du coup d’état. Il fonde alors la Fondazyon Trant Septanm. Il commence alors à travailler avec le Bureau des avocats internationaux (BAI), dont les membres mènent la lutte légale pour la justice en Haïti.

Darren Ell (DE) : Pourquoi avez-vous choisi le nom « Fondation 30 septembre » ?

Lovinsky Pierre-Antoine (LPA) : C’est une question de travailler au niveau de la mémoire, question de conserver dans la mémoire de la population de façon très vivante les cicatrices, les horreurs que la population a vécues pendant ce premier coup. Nous avons senti comme un devoir de travailler à conserver cet aspect dans la mémoire des gens. On a pris le nom « 30 septembre » parce que le premier coup d’état contre le Président Aristide a eu lieu le 30 septembre 1991.

DE : Vous avez quitté Haïti en 2004. Pourquoi ?

LPA : J’ai quitté Haïti parce que mon organisation non seulement était très engagée, mais j’ai aussi mené une campagne sans merci contre le retour des anciennes forces armées d’Haïti avec une exposition de 200 photos, une exposition itinérante que j’ai promené à travers le pays pour montrer aux gens les horreurs commises par les anciens militaires haïtiens, et pour montrer qu’on était contre le retour de l’armée. Étant donné que le gouvernement des Etats-Unis par, l’entremise de la CIA, s’est beaucoup servi des anciens militaires pour mener des actions meurtrières contre la population haïtienne en l’année 2003, quand ils ont fait le coup d’état du 29 février 2004, ils me cherchaient. J’ai été obligé de me cacher pendant quelques jours.

DE : À Port-au-Prince même ?

LPA : À Port-au-Prince même. Finalement, j’ai pu quitter le pays, ironiquement avec l’aide de l’ambassade américaine. J’ai une résidence permanente aux Etats-Unis, mais je n’y ai jamais vécu. J’y vais seulement de temps en temps. Quand je suis sauvé, j’ai su qu’il y avait un avion qui partait, un vol organisé par le gouvernement des Etats-Unis pour les ressortissants américains et les résidents permanents des Etats-Unis. Il y avait une connexion qui avait été faite par ma belle-sœur qui vit aux Etats-Unis et qui travaille dans les agences de voyage, et on m’a dit que j’ai pu partir. Mais ils m’ont arrêté. Les marines américains m’ont arrêté.

DE : En Haïti ou aux Etats-Unis ?

LPA : En Haïti.

DE : Ils vous attendaient à l’aéroport ?

LPA : Non. Ils m’avaient donné rendez-vous tout près de la résidence de l’ambassadeur américain dans un endroit qui s’appelle Le Pétionville Club, pour toutes les personnes qui allaient partir ce jour-là. Quand ils m’ont repéré, ils m’ont fait arrêter et m’ont conduit à l’ambassade des Etats-Unis. Ils m’ont menacé. C’était vraiment une séance de torture psychologique mené par Luis Moreno. C’est lui-même qui s’est présenté à la résidence du Président Aristide pour le menacer et le kidnapper. Quand ils ont finalement décidé de me laisser partir de l’ambassade, ils ont donné des informations à Radio Kiskeya qui a donné l’informations sur les ondes que j’allais partir et que les militaires qui étaient dans les rues à Port-au-Prince devaient se rendre à l’aéroport pour m’intercepter. Mais il y avait heureusement les militaires canadiens qui veillaient à l’aéroport et c’est eux qui ont empêché aux anciens militaires haïtiens de me prendre. Et ainsi j’ai pu monter l’avion et partir.

DE : Je suis canadien et on critique souvent la présence militaire canadienne en Haïti au moment du coup d’état parce qu’ils ont aidé dans le départ de Jean-Bertrand Aristide. Mais ils vous ont aidé à partir.

LPA : Effectivement. Je l’ai su après que c’est eux qui ont empêché aux hommes de Guy Philippe, qui était là avec Buteur Métayer et d’autres civils armés et anciens militaires qui se sont rendu dans plusieurs voitures à l’aéroport pour m’intercepter. Et d’après ce que j’ai su après, les militaires canadiens ont dit que c’est une zone stérile et qu’ils ne peuvent pas pénétrer sur la piste avec des armes. C’est ainsi que j’ai pu partir.

DE : Comment voyez-vous la présence des troupes canadiennes sur le terrain au moment, pas avant, mais au moment du coup. Ils n’étaient pas là pour empêcher un coup d’état ou pour donner un appui au gouvernement démocratique, mais ils étaient là au moment du coup d’état et après. Comment voyez-vous cette présence ?

LPA : Il faut comprendre que la présence des militaires canadiens aussi bien qu’américains et français qui étaient arrivés à ce moment-là, ils sont arrivés parce que les hommes de Guy Philippe, qui étaient payés pour faire le coup, ne pouvaient pas faire le coup. La population était debout pour défendre le processus démocratique qui était en cours, qui avait ses faiblesses, mais qui était en cours avec le Président Aristide. Cette force multinationale qui est venue et dont les forces canadiennes en font partie, c’est une force d’occupation. Ils sont venus réaliser un coup que d’autres ne pouvaient pas réaliser à leur place. Donc, je dirais que je suis très critique vis-à-vis de la présence des marines américains, les forces spéciales des Etats-Unis qui étaient là, et aussi les forces canadiennes et françaises.

D’autant plus que cette intervention est arrivé à un moment où nous autres en Haïti nous célébrons le 200ème anniversaire de notre indépendance. C’était une véritable gifle à la nation Haïtienne. D’autant plus qu’au moment où on célébrait le premier centenaire de notre indépendance sous le Président Nord Alexis en 1904, c’était la même situation. Les puissances néocolonialistes avaient organisé le même complot pour saboter la première commémoration du centenaire de l’indépendance d’Haïti. Pour le bicentenaire de l’indépendance, c’est le même complot. C’était comme s’ils voulaient minimiser le geste de 1804, comme s’ils voulaient présenter au monde l’exemple d’Haïti qui avait pris son indépendance trop tôt. Ils voulaient la montrer comme un échec, et ils ont contribué par tous les moyens qui étaient en leur pouvoir à cet échec. C’est pourquoi je suis très critique vis-à-vis de cette intervention de l’armée canadienne et de leur présence à côté des Etats-Unis et la France.

DE : Parlons de la notion d’occupation. Votre organisation a fait des parallèles entre les stratégies de répression du régime de Gérard Latortue, le Premier Ministre installé par les forces étrangères au moment du départ de Jean-Bertrand Aristide, et la brutalité de l’occupation américaine de 1915 à 1934. Notamment, vous avez parlé du traitement de Charlemagne Péralte. Pouvez-vous parler de Charlemagne Péralte et des parallèles que vous avez établis entre la façon dont on a traité cet homme-là et comment le régime de Latortue a traité la population d’Haïti entre 2004 et 2006.

LPA : D’abord if faut dire que Charlemagne Péralte est un héro national. Il a pris les armes pour défendre le territoire national, pour défendre le pays contre l’occupation militaire américaine de 1915. Il avait son armée, ce qu’on appelait à l’époque « les Cacos ». Les Cacos étaient constitués de gens issus des milieux défavorisés. C’étaient des gens pauvres, alors qu’une partie de la classe intellectuelle était cooptée avec l’occupant et l’élite bourgeoise, mais les pauvres étaient debout pour défendre la souveraineté nationale avec Charlemagne Péralte.

Le parallèle avec 2004, c’est qu’après le coup d’état de 2004 et l’occupation du territoire national par la force multinationale, qui deviendra plus tard MINUSTAH, il y avait un groupe de la population, les gens des quartiers défavorisés, qui ont pris aussi les armes pour défendre la souveraineté nationale. C’est eux qui ont empêché les hommes de Guy Philippe et de Buteur Métayer, les hommes payés par le CIA, c’est eux qui les ont empêchés de faire le coup d’état. Après que le gouvernement des Etats-Unis, les armées américaine, canadienne et française ont fait l’intervention pour consommer le coup d’état, pour kidnapper le Président Aristide et l’amener en exil, les camarades des quartiers populaires de Cité Soleil, de Bel Air et autres quartiers populaires ont continué à militer pour défendre la souveraineté nationale, pour continuer à lutter contre l’occupation. Le régime de Gérard Latortue et la presse aussi, la presse putschiste et les médias qui ont collaboré avec les occupants et qui continuent à collaborer avec les occupants, ils ont taxé les gens des quartiers populaires comme étant des « chimères », comme étant des « bandits », comme étant des « criminels ». Ils voulaient ainsi salir la réputation de Fanmi Lavalas parce que les gens de Fanmi Lavalas militent contre l’occupation parce que ce sont eux les victimes du coup d’état du 29 février 2004.

C’est cette même catégorie de la population qui était avec Jean-Jacques Dessalines au moment de l’indépendance, ce qu’on appelait l’armée des « va-nu-pieds », l’armée des indigènes. L’armée indigène n’avait pas de costumes. C’étaient des esclaves. Donc, en Haïti en 1915, c’était la même chose. C’étaient les pauvres des quartiers populaires qui accompagnaient Charlemagne Péralte. On les appelait l’armée des Cacos. Pendant les deux années du régime de Latortue, c’était la même situation. C’est toujours les pauvres qui se mettent debout pour défendre la souveraineté nationale.

Voilà pourquoi aux yeux de la bourgeoisie, aux yeux de l’élite intellectuelle, ces gens sont considérés comme des « va-nu-pieds », comme des criminels alors qu’à mon humble avis ces gens-là sont les garants de la souveraineté. C’est des gens qui mènent une lutte politique, une lutte révolutionnaire. Ils ne sont pas des criminels. Ils ne sont pas des assassins. Ils ne sont pas des kidnappeurs. Mais on leur attribue cette image. On crée ce chapeau pour le mettre au-dessus de leurs têtes, mais en fait ce sont des combattants.

DE : Et Charlemagne Péralte, ce qu’on a fait avec lui, c’est ce qu’on a fait avec des milliers de personnes pendant deux ans à Port-au-Prince.

LPA : Tout à fait !

DE : C’était une campagne de terreur. Y a-t-il des parallèles entre la façon dont on a traité cet homme-là et la façon dont on a traité des milliers de personnes entre 2004 et 2006 ? C’est la même stratégie ? Traîner les corps devant tout le monde ?

LPA : C’est la même stratégie. Il ne faut pas oublier que Charlemagne Péralte a été trahi comme aujourd’hui nos intellectuels Haïtiens trahissent le peuple en se faisant collabo des occupants. Charlemagne Péralte a été trahi. Il a été arrêté par les marines américains, tué et mis sur une porte et exposé aux yeux de la population.

Dans les quartiers populaires à Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays c’est la même situation. C’est le même sort que les occupants actuels - ce qu’ils appellent les troupes de la MINUSTAH - font aux compatriotes des quartiers populaires. On peut prendre l’exemple de Dread Wilme. On peut prendre l’exemple de Dread Mackenzie. Ce sont des leaders des quartiers populaires et aujourd’hui encore dans Cité Soleil les forces d’occupation continue le massacre de la population pauvre. Ils prétextent l’insécurité. Ils prétextent le phénomène kidnapping pour mener des agressions meurtrières au niveau des quartiers populaires. Mais c’est toute une population qui est prise en otage et qui est prise pour cible. Des gens meurent chaque jour à Cité Soleil de la même façon qu’on avait assassiné Charlemagne Péralte.

Fin première partie

Lire la deuxième partie en cliquant sur le lien suivant:
http://www.hayti.net/tribune/i ndex.php?mod=articles&ac=comme ntaires&id=534

Source: SERUM VERITE: Entrevue: Souveraineté et justice en Haïti. Entrevue de Lovinsky Pierre-Antoine

 

 

Lovinsky Pierre-Antoine : Souveraineté et justice en Haïti.

Deuxième partie d’une entrevue menée par Darren Ell le 15 février 2007.  

Des dizaines de milliers de victimes traumatisées sans aucun recours juridique, un gouvernement peu intéressé à les aider, impunité pour le régime de Latortue et une accusation choque : 12 000 morts attribuables aux forces de l’ONU: le coup d’état de 2004 continue.

DE : Remontons un peu dans le temps. Votre organisation lutte pour les gens qui ont été victimes des deux coups d’état de 1991 et 2004. Qui sont ces victimes-là et qu’est-ce qui leur est arrivé ?

LPA : D’abord, il faut comprendre que le coup d’état de 2004 continue le coup d’état de septembre 1991, en ce sens que le coup d’état de 1991 a été orchestré par George Bush père et le coup d’état de 2004 a été orchestré par George Bush fils encore contre le Président Aristide. Mais quand on regarde au niveau des victimes, c’est toujours la même population pauvre qui est victime. C’est toujours les gens des quartiers populaires qui en paient les frais. Ce sont toujours eux que la répression vise parce que l’organisation politique du Président Aristide, Fanmi Lavalas, a une assise populaire très considérable au niveau des quartiers populaires. C’est l’organisation politique qui regroupe la majorité de la population. Voilà pourquoi la répression de 1991 a beaucoup visé les quartiers populaires. Et la répression pendant les deux années du régime de facto de Gérard Latortue a visé encore les gens de Cité Soleil, de Bel Air. Je pèse mes mots quand je le dis : 15 000 morts en deux années.

DE : Pas pendant les deux coups d’états, mais seulement le coup de 2004 ?

LPA : Entre 2004 et 2006. 15 000 morts.

DE : L’étude du Lancet a parlé de 8 000 morts, mais à seulement à Port-au-Prince.

LPA : Exactement.

DE : Et vous parlez de 15 000 morts à travers le pays.

LPA : Exact, et il faut en attribuer au moins 12 000 aux militaires de la MINUSTAH, la force des Nations Unis qui occupent illégalement le territoire national. C’est eux qui ont tué le plus de gens.

DE : En deux ans, c’est la MINUSTAH qui a tué le plus de monde ?

LPA : Oui. Les autres, c’est les anciens militaires et la Police nationale et les groupes paramilitaires.

DE : C’est la première fois qu’on entend parler de 12 000 meurtres perpétrés par les forces de l’ONU. L’étude du Lancet n’a pas mentionné ce chiffre du tout. Mais vous dites que c’est la MINUSTAH qui a tué le plus de monde à travers le pays.

LPA : Oui. Les membres de la Fondazyon Trant Septan menaient des recherches dans les quartiers populaires pendant la période du régime de Latortue, pendant que j’étais en exil, et on estime à 12 000 le nombre de victimes de la MINUSTAH. On assume ce chiffre.

DE : Parlons des victimes de ces crimes. Un journaliste britannique de renommée, Robert Fisk, était récemment de passage à Montréal. En parlant des Palestiniens, il a dit que chaque fois qu’un Palestinien se lève le matin, c’est encore 1948 ou 1967 ou 2000. Il vit encore des conséquences de ces années-là. C’est encore une période de répression dans sa tête. Les traumatismes du passé sont présents en lui. Pour nous – au Canada, aux Etats-Unis, en France – le passé d’autres coins du monde, c’est fini. On l’a oublié. Mais pour les gens d’ici, c’est encore 2004. Le coup d’état de 2004 dans lequel mon pays, le Canada, a participé, est encore dans leur mémoire tandis que pour nous c’est une nouvelle parmi d’autres que nous avons relégué au passé. Pourriez-vous nous parler de cette cicatrice ? Connaissez-vous les victimes ? Qu’est-ce qu’ils vivent maintenant ?

LPA : Je suis en contact permanent avec les victimes du coup d’état de février 2004. Ce sont des gens qui traînent encore le traumatisme qu’ils ont vécu pendant le coup d’état, pendant les séances de torture et pendant les scènes où des enfants voient leur mère ou leur père assassiné, pendant des situations horribles où les enfants en bas âge meurent par balles provenant des fusils des forces d’occupation. Les gens n’ont pas encore réussi à intégrer ce traumatisme pour pouvoir le laisser derrière et continuer à regarder vers l’avenir.

J’ai étudié au Canada, et je sais que vous avez tout un arsenal de structures, d’institutions qui encadrent des gens au moment où une personne vit un choc ou un traumatisme. En Haïti, nous n’avons pas cela. Nous avons une quantité très minime de psychologues et psychiatres pour aider les gens. Encore que la très faible quantité de professionnels de la santé mentale est concentrée à Port-au-Prince. Il n’y a pas moyen pour permettre aux gens d’intégrer leur traumatisme et de pouvoir continuer à vivre.

Le passé est toujours présent dans leur tête. Je regarde une séance de dessein dernièrement organisée par l’ambassade du Canada avec des enfants de Cité Soleil. On sent le traumatisme à travers les desseins réalisés par les enfants. La violence est omniprésente dans la tête des enfants. Cela a des conséquences graves au niveau des relations, au niveau de la performance scolaire des enfants. Il est dommage qu’au niveau des autorités haïtiennes actuelles qu’on n’ait pas pensé à mettre en place des structures qui puissent aider les enfants à pouvoir passer ce cap difficile.

DE : Et au niveau des adultes, combien est-ce ça affecte leur vie actuelle ? Combien est-ce que ça se manifeste dans la vie quotidienne d’une personne qui a passé par ces épreuves-là ?

LPA : Ce sont les gens qui se réveillent la nuit avec des cauchemars, et en sursaut. Ce sont des gens qui au niveau des relations interpersonnelles manifestent beaucoup de méfiance. Le premier impact négatif de ce genre de situation c’est que le tissu social est brisé. Les liens qui unissaient les gens sont coupés. On se retrouve avec des personnes qui ont de la difficulté à pouvoir se remettre de ce qu’ils ont vécu.

Cela crée une situation de dépendance. Prenez l’exemple d’une personne qui était autrefois économiquement indépendant, qui avait une petite boutique, qui faisait un petit commerce. Tout ça a été détruit par les deux ans du coup d’état. On retrouve des gens qui sont devenus totalement dépendants et d’autres personnes qui leur font la charité. J’ai essayé avec certaines personnes de trouver des fonds pour pouvoir permettre à cette personne de refaire son commerce, mais le mois d’après on retrouve la même personne dans la même situation de mendicité.

DE : On était choqué par un fait soulevé par l’étude mené par The Lancet, c’est-à-dire les cas d’agressions sexuelles perpétrées contre les femmes. On a vu ça dans d’autres pays aussi. On peut penser aux troupes russes au moment de la libération d’Allemagne ou dans l’ancienne Yougoslavie. Ces femmes victimes en Haïti, est-ce qu’on parle d’elles, est-ce qu-elles ont des services ? Comment ont-elles été affectées par tout cela ? On parle de 35 000 viols en l’espace de deux ans. C’est quasiment inconcevable.

LPA : Comme vous l’avez mentionnée, cette situation s’est produite en Haïti comme dans d’autres pays. Pendant le premier coup d’état comme pendant le régime de facto, le viol était utilisé par les anciens militaires, par les gens qui ont fait le coup, comme arme de répression contre les femmes dans les quartiers populaires et particulièrement contre les femmes qui étaient identifiées comme étant compagnes ou épouses de militants politiques : Lavalas.

DE : Donc, c’était une arme politique.

LPA : C’était une arme politique. Et il faut dire qu’en Haïti, le sujet est quelque peu tabou. Donc, beaucoup de femmes qui ont vécu la même situation n’en parlent pas.

DE : Donc, le nombre est peut-être plus élevé.

LPA : Le nombre est probablement plus élevé parce que quand une femme est victime de viol, elle est carrément mise en quarantaine. Elle est pointée du doigt. Et en termes de structures d’encadrement pour ces femmes victimes de viol, il n’en existe pas. Il y a une autre difficulté. J’ai travaillé avec des femmes qui étaient victimes de viol pendant le premier coup d’état. Il y avait des cas où certaines femmes ont pu trouver de l’aide, mais on ne peut pas mener ce dossier devant un tribunal parce que le certificat médical doit être délivré par un hôpital publique. Actuellement, il a été voté ou est en train d’être voté une loi pour permettre à des médecins privés dans des cliniques privés de délivrer un certificat médical qui atteste du viol. Mais avant ce n’était pas possible.

DE : Et pendant le coup ce n’était pas possible.

LPA : Ce n’était pas possible et maintenant c’est trop tard. On ne peut plus rien faire parce que la loi n’est pas rétroactive.

DE : Il n’y a aucun recours pour ces femmes-là ?

LPA : Il n’y a aucun recours. Certaines femmes ont pu trouver un petit encadrement vis-à-vis de certaines ONGs, mais la quantité est minime. Je connais le cas de femmes qui ont été victimes de viol pendant le premier coup d’état qui vivent actuellement aux Etats-Unis et qui sont aidées par une organisation à San Francisco qui s’appelle le CJA (Center for Justice and Accountability) qui a mené le cas devant un tribunal de New York contre Toto Emmanuel Constant, qui était le chef du FRAPH, un groupe paramilitaire qui a fonctionné pendant le premier coup d’état de 1991. C’est un dossier à suivre.

DE : Très important comme précédent.

LPA : Tout à fait.

DE : Justement, je voulais vous poser la question sur l’impunité. En Haïti en parle de 15,000 meurtres, de dizaines de milliers de viols, de deux coups d’état, de l’implication des forces étrangères, des forces de l’ONU, de l’ancien militaire haïtien. Jusqu’à maintenant, combien ont payé le prix – à part le peuple – pour tous ces crimes-là ?

LPA : Il faut le reconnaître, qu’en Haïti nous avons une culture d’impunité. Les crimes ne sont pas punis. Cette réalité est d’autant plus vraie pour les crimes qui ont été commis pendant les deux coups d’état. Et le gouvernement du Président Préval ne semble pas trop intéressé à ce dossier.

DE : Pourquoi ? Je pose la question parce que j’étais ici juste avant les élections de 2006 et ce moment-là je me suis dit : voilà un peuple qui est soumis à deux ans de terreur et qui par la suite vote pour la même mouvance politique qu’on a essayée d’écraser par la terreur. Alors, ils ont voté pour Préval en dépit de deux ans de terreur dont le message était « Ne votez pas pour la même mouvance politique! » Et maintenant René Préval ne semble pas trop s’intéresser au dossier de l’impunité. Pourquoi ?

LPA : L’explication, c’est que le coup d’état continue. Le coup d’état continue aujourd’hui, pas dans la même ampleur, mais on doit considérer la répression contre Cité Soleil comme étant une poursuite du coup d’état du 29 février 2004. Le fait que la majorité des fonctionnaires qui étaient en poste pendant le régime de facto sont toujours en place à l’heure actuelle, c’est une façon de continuer le coup d’état. Donc, l’impunité se renforce parce ce sont les mêmes personnes qui sont en place. Les juges aussi qui ont été nommés par le régime de facto sont toujours en place. Donc, les victimes ne peuvent pas espérer pour le moment qu’elles vont avoir droit à la justice dans la mesure où ce gouvernement qui est issu quand même de la mouvance Lavalas, qui a été voté par le peuple, n’y est pas intéressé.

DE : Donc, étant donné que des éléments très importants du régime de Latortue sont toujours au pouvoir, pas question d’impliquer qui que ce soit dans des crimes parce que ce serait dénoncer ses amis.

LPA : Tout à fait ! Si on prend l’exemple de la police. Je le dis depuis longtemps, et même le sénateur Youri Latortue, neveu de Gérard Latortue, membre actif du dernier coup d’état de février l’a répété dernièrement : il y a 800 anciens militaires haïtiens qui ont intégré la Police nationale d’Haïti pendant les deux ans du régime de facto. C’est ce groupe dans la Police nationale qui a fait le plus de crimes contre les habitants des quartiers populaires. Et l’appareil judiciaire en place aujourd’hui que ce soit au niveau de la Cour d’appel ou la Cour de cassation, ce sont les gens qui ont été nommés pas le pouvoir de facto.

Ce qui pourrait faire changer les choses, et je crois que Maître Mario Joseph a écrit une lettre ouverte au Président Préval, qui n’a malheureusement pas encore de réponse, proposant la mise en place d’une commission nationale de vérité qui puisse aider à faire la lumière sur les crimes qui ont été commis et aussi de pouvoir donner justice et réparations aux victimes.

DE : Est-ce que c’est une des voies de l’avenir pour la justice en Haïti ?

LPA : C’est l’une des voies. Il faut aussi penser à une certaine réforme de l’appareil judiciaire, un appareil gangrené par la corruption. On y trouve des juges qui travaillent dans des conditions qu’il faut changer. La constitution a prévu une procédure pour la nomination des juges, mais jusqu’à présent cette procédure n’est pas respectée.

DE : Depuis quelques années, on voit des changements au niveau du traitement des chefs d’état responsable de crimes contre leurs peuples. Les gens comme Augusto Pinochet, Slobodan Milosevic et d’autres ont été poursuivis par la justice, parfois très longtemps après leur mandat, parfois peu de temps après. Mais l’homme qui a dirigé le régime du coup d’état de 2004 responsable des dizaines de milliers de crimes horribles, Gérard Latortue, où est-il ? Qu’est-ce qu’il fait ?

LPA : Gérard Latortue est arrivé au pouvoir de façon illégale en dehors des normes constitutionnelles. Il a été parachuté par le gouvernement des Etats-Unis en tant que Premier Ministre en Haïti. Aussitôt après l’entrée en fonction du Président Préval, il s’est échappé du pays avec la bonne grâce de l’ambassadeur américain qui l’a personnellement accompagné à l’aéroport. Il est parti sans avoir à rendre compte de ses actions pendant qu’il a été à la tête du gouvernement.

DE : Et on l’a vu avant son départ d’Haïti, on l’a vu en réunion avec le Premier Ministre du Québec et du Canada.

LPA : Oui. Et maintenant il vit en Floride où il était auparavant. Même il s’était octroyé avec un décret avant son départ, un salaire de 15,000$ US avec honneurs et voitures aux frais de l’état. Le gouvernement actuel a coupé ces choses. Mais il vit en toute impunité aux Etats-Unis, protégé par le gouvernement qu’il a servi.

DE : Est-ce qu’il sera poursuivi ou est-ce que c’est trop à demander du gouvernement actuel ?

LPA : Je doute fort que le gouvernement actuel ait la volonté ou la capacité pour entreprendre les poursuites contre Gérard Latortue. Ce sont des initiatives qui devraient être prises par les ONGs comme l’organisation du Trente Septembre, le Bureau des avocats internationaux, et les organisations travaillant dans le domaine des droits de l’homme. Ils pourraient monter des dossiers et les présenter devant des juridictions locales pour ensuite éventuellement pouvoir les présenter devant les juridictions régionales comme la Commission interaméricaine des droits de l’homme ou d’autres instances internationales.

DE : Est-ce qu’il y aura d’ici deux ans un autre coup d’état en Haïti. Sinon, qu’est-ce qui fera qu’il n’y aura pas de coup d’état ? Comment empêcher un autre coup d’état ?

LPA : Il y aura un autre coup d’état en Haïti dans 10 ans ou dans moins de 10 ans si le gouvernement du Président Préval et du Premier Ministre Jacques Edouard Alexis abonde dans le sens de mettre en place une force de police parallèle à la police. C’est une façon de revenir avec les anciennes forces armées.

La proposition est venue du sénateur Youri Latortue et d’autres parlementaires et groupements politiques traditionnels qui sont favorables au retour de l’armée et qui travaillent en connexion avec l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince. Ils proposent de prendre les 800 anciens militaires qui sont déjà dans la Police nationale et de constituer une force parallèle. Ils sont déjà payés, donc pas de nouvelles dépenses nécessaires. L’entraînement sera fourni par le gouvernement américain, donc aussi le contrôle.

Il faut se rappeler que les anciens officiers des forces armées d’Haïti étaient payés par le CIA. Ce n’est un secret pour personne. C’étaient des agents doubles. L’absence des anciennes forces armées en Haïti a empêché la réalisation du coup d’état de 2004 et a obligé le gouvernement américain de mettre la main dans la pâte pour faire le coup d’état lui-même alors qu’il ne voulait pas avant à visage découvert. Alors la création d’une force armée parallèle, le Président Préval ne doit pas tomber dans ce piège. À mon avis, il faudra renforcer la police nationale pour résoudre les problèmes de sécurité.

DE : Donc, cette question est très importante pour l’avenir d’Haïti. C’est un dossier à suivre pour les grands médias.

LPA : Tout à fait. Nous dans la Fondazyon Trant Septanm, après la période carnavalesque, on va mener campagne contre la mise en place de cette force de sécurité parallèle. On est pour le renforcement de la Police nationale. Au contraire, le Président Préval doit travailler dans le sens d’un amendement de la Constitution pour faire en sorte que la Constitution ne prévoie qu’une seule force : la Police nationale.

DE : Autre chose qui pourrait empêcher un autre coup d’état ?

LPA : Que le gouvernement des Etats-Unis nous laisse tranquilles. Qu’ils laissent aux Haïtiens le soin de diriger leur pays. À chaque coup d’état qu’ils réalisent ici en Haïti – on a déjà 35 ou 36 coups d’état dans notre histoire – il faut toujours repartir à la case de départ. Donc, cette politique du gouvernement américain de vouloir tout contrôler en Haïti nous empêche, nous interdit même tout développement, tout progrès, que ce soit politique ou sociopolitique.

DE : Pourquoi ? C’est un petit pays. Les Etats-Unis c’est une superpuissance. Pourquoi contrôler un petit pays comme Haïti ?

LPA : Question de d’intérêt géopolitique. Il ne faut pas oublier que la question du contrat de la base de Guantanamo qui va arriver à terme. Donc, il faut une autre base dans la région. Question aussi économique. C’est un marché de 8 millions d’habitants. Actuellement, les Haïtiens ne consomment en majorité que le riz qui provient de Miami. La production nationale est réduite à zéro. On importe des œufs, on importe la viande de poule, on importe le riz, on importe du ciment, on importe tout ! Donc, l’intérêt est aussi économique.

DE : Une dernière question : votre organisation a dit que les milliers de meurtres des deux derniers coups d’état, c’était le meurtre de l’idéal démocratique en Haïti. Est-ce que l’idéal démocratique en Haïti a été tué ?

LPA : Quand je regarde la vaillance des gens de Cité Soleil et les autres quartiers populaires, je dis que l’idéal démocratique n’est pas mort. Il existe encore en Haïti des gens qui sont prêts à lutter, qui continuent de lutter pour le retour de la démocratie en Haïti. Des gens meurent chaque jour à Cité Soleil pour cette cause. Donc l’idéal démocratique, l’idéal Dessalinien ou Ouverturien ou Péraltien n’est pas mort. Il est bien vivant et je le sens chaque jour quand je parle avec des camarades des quartiers populaires. Je l’ai senti le 7 février dernier au moment où plus de 200 000 personnes ont envahi les rues de Port-au-Prince pour faire une manifestation exigeant le retour du Président Aristide. Question de principe ! Question de principe ! Pourquoi le Président Aristide ne peut pas revenir en Haïti ? Pourquoi le gouvernement des Etats-Unis s’oppose au retour ? En a-t-il le droit ? Et pourquoi ? Donc le peuple haïtien continue d’exiger son retour. Et également la libération des prisonniers politiques puisqu’il en existe encore sous ce gouvernement dit démocratique. Ils ont été mis en prison par le régime de Latortue.

Donc, l’idéal démocratique en Haïti n’est pas mort, mais il faudrait le chercher dans les quartiers populaires. Il faudrait le chercher – je pèse mes mots - parmi cette population pauvre de Cité Soleil et des autres quartiers populaires. Ce sont eux qui ont fait 1804, à côté de Dessalines. C’est eux qui étaient aux côtés de Charlemagne Péralte. Et c’est eux aujourd’hui encore qui en prenant les armes ou de manière pacifique continuent de lutter pour le retour de la démocratie en Haïti, et pour le respect de la souveraineté nationale.

Darren Ell

Photographe

c: 514-992-8908

w: www.darrenell.com

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Source: vHayti.net - Site officiel de l´Organisation Politique Fanmi Lavalas

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