28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 10:00

 

Résistance politique et désobéissance civile…

 

Ce discours qu’Howard Zinn fit à Boston en 1971 en pleine guerre du Vietnam est d’une actualité on ne peut plus brûlante. Il est pathétique de constater que depuis plus de 40 ans, rien n’a changé. Il ne tient qu’à nous en fait de le faire et de reprendre la société en main…

– Résistance 71 –

 

Discours contre la guerre du Vietnam (larges extraits)

Discours donné au parc central du Boston Common le 5 Mai 1971

 

Howard Zinn

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Septembre 2013 ~

 

Six jeunes personnes furent jettés en prison avec moi hier à Washington DC, ils le furent pour avoir marché dans la rue ensemble en chantant “America is Beautiful”. Si Thomas Jefferson avait été à Washington hier marchant dans la rue, il aurait été arrêté également. Il était trop jeune et il avait de long cheveux et si Jefferson avait porté avec lui la Déclaration d’Indépendance hier à Washington, il aurait été inculpé pour conspirer de renverser le gouvernement avec ses co-complotistes George Washington, John Adams, Tom Paine et bien d’autres. De manière évidente, les mauvaises personnes sont en charge de la machine de la justice et les mauvaises personnes sont derrière les barreaux tandis que les mauvaises personnes sont aussi en position de prendre les décisions à Washington D.C [...]

Beaucoup de gens sont troublés par la désobéissance civile. Dès que vous parlez de commettre des actes de désobéissance civile, ils deviennent énervés. Mais cela est exactement le but de la désobéissance civile, énerver les gens, de les déranger dans leur confort. Ceux qui commettent la désobéissance civile sont également perturbés et nous avons besoin de déranger ceux qui sont en charge de la guerre, parce que le président, par ses mensonges, essaie de créer une atmosphère de calme et de tranquilité dans l’esprit des gens alors qu’il n’y a aucun calme ni aucune tranquilité en Asie du Sud-Est et nous ne pouvons pas laisser les gens oublier cela.

Les gens qui s’engagent dans la désobéissance civile, s’engagent dans le plus petit dérangement de l’ordre qui soit afin de protester contre le meurtre, les assassinats de masse. Ces gens violent de petites lois insignifiantes, comme celles du passage sur la voie publique ou privée, ou celles du code de la route, afin de protester contre  la violation par leur gouvernement de la plus sacrée des lois, “tu ne tueras point”. Ces gens qui commettent la désobéissance civile ne font de mal à personne, ils ne font que protester contre la violence du gouvernement.

[...]

Nous grandissons dans une société sous contrôle et le langage même que nous utilisons est corrompu depuis le temps où nous apprenons à parler et à écrire. Ceux qui ont le pouvoir décident du sens des mots que nous utilisons. Ainsi on nous dit que si une personne tue une autre personne, cela s’appelle un meurtre, mais si un gouvernement tue des centaines de milliers de personnes, c’est du patriotisme.

On nous dit que si une personne entre sans invitation dans la maison d’une autre personne, ceci représente une entrée en force ou une effraction, mais que si un gouvernement envahit un autre pays, cherche et détruit les villages, les maisons de ce pays, ceci est en fait la marque qu’il remplit sa responsabilité vis à vis du monde.

[...]

Alors les anciens combattants vont jeter leurs médailles et les soldats vont refuser de se battre et les jeunes hommes refuseront de se laisser enrôler et les femmes défieront l’état et nous refuserons de payer nos impôts et nous désobéirons. Et ils diront que nous perturbons la paix publique, mais il n’y a pas de paix. Ce qui les dérange vraiment est que nous dérangeons la guerre.

[...]

Soyons non-violents. Nous allons manifester et protester contre la violence. Nous enfreindrons quelques lois dans le processus. Nous allons interférer avec le statu quo. Mais ceci ne représente pas de terribles crimes. Il y a en revanche de terribles crimes commis, mais s’assoir en se tenant les bras, ce n’est pas un terrible crime. La guerre est le grand crime de notre âge.

Nous serons peut-être mis en état d’arrestation, mais il n’y a aucune honte d’être arrêté et d’aller en prison pour une juste cause. La honte c’est de faire le boulot de ceux qui perpétuent la guerre. Vous les policiers, vous tous policiers ici présents à qui on demandera demain de procéder à des arrestations, rappelez-vous que ce sont vos fils qui sont également enrôlés pour aller se faire tuer à la guerre et que ce sont vos fils aussi bien que les nôtres, qui iront mourir pour le grand profit de General Motors et de Lockheed Martin. Que ce sont vos fils également dont ils veulent la mort pour le profit politique de maires comme Daleys and Spiro Agnews…

Ainsi vous les policiers devez jeter vos matraques, vos armes et vos gaz lacrymogènes. Devenez non-violents et apprenez à désobéir aux ordres de la violence pour la violence. Vous, les agents du FBI, qui circulez en civil dans la foule ici présente, hey, ne voyez-vous pas que vous violez l’esprit même de la démocratie par vos actions ? Ne voyez-vous pas que vous vous comportez comme la police secrète d’un état totalitaire ? Pourquoi obéissez-vous à J. Edgar Hoover ? Pourquoi obéissez-vous aux mensonges d’un bourreau, qui agit comme le dictateur d’un pays comme le Paraguay au lieu d’un fonctionnaire au service du public dans un état soi-disant démocratique ? Rappelez-vous membres du FBI, vous êtes les membres d’une police secrète et vous devez apprendre ce que la police secrète allemande n’a pas appris à temps: désobéir.

Donc vous policiers et vous membres du FBI, si vous voulez arrêter des gens qui ont violés et violent toujours les lois, alors vous ne devriez-pas être ici. Vous devriez être à Washington DC… Vous devriez y aller immédiatement et mettre en état d’arrestation le président des Etats-Unis et ses conseillers et les faire inculper pour dérangement et de bris la paix du monde.

Source: “Howard Zinn Speaks, collected speeches 1963-2009” Anthony Arnove, 2012, Haymarket Books

=  =  =

Howard Zinn (1922-2010), historien, dramaturge, activiste américain. Professeur d’histoire et de science politique à l’université de Boston, il est l’auteur de nombreux livres dont celui qui revolutionna l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis: “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours. Il a été grandement impliqué dans le mouvement des droits civiques dans les années 1960 et dans le mouvement contre la guerre du Vietnam dont il fut un des leaders marquant dans les années 1970.

Zinn se définissait comme un “socialiste démocrate”, proche de l’anarchisme sans le dire. De ses propres mots: “Un socialisme sans prisons”. Il dira aussi qu’il “prendrait de l’anarchisme sa contestation de l’autorité et la pratique de la société décentralisée”.

A voir sur la philosophie politique d’Howard Zinn, cet entretien en anglais (activez le sous-titrage français…)

http://www.youtube.com/watch?v=RF7GoDYEbfQ

 

Source :
Resistance71 Blog | Résistance solidaire au Nouvel Ordre Mondial

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Published by Anne Wolff - dans Refondation
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