17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 22:23

Durant le week-end des 12 et 13 avril, la rébellion contre le pouvoir central a commencé dans le Sud-Est de l’Ukraine. Des hommes armés non identifiés ont pris d’assaut les bâtiments officiels des villes de la région de Donetsk. Qui sont ces hommes, et que veulent-ils ? Le journal ukrainien Vesti décrypte les événements récents.

Crédits: mail.google.com

Un homme armé à Slaviansk

Les 12 avril et 13 avril, des hommes armés se déclarant « membres de l’autodéfense de Donetsk » ont pris d’assaut des bâtiments officiels à Slaviansk, Krasniï Liman, Kramatorsk, Makeevka et Marioupol. Partout, les assaillants ont ôté le drapeau ukrainien du fronton des édifices et hissé le drapeau russe à la place.

Slaviansk, surnommée « la passerelle du Donbass » pour sa ligne de chemin de fer qui relie Kharkiv à Rostov-sur-le-Don (sud de la Russie), a été la première à passer aux mains des activistes pro-russes, samedi 12 avril.

Dans la matinée, un groupe d’hommes armés a ainsi pris d’assaut le siège de la police de la ville, sous des « Bravo » et « Russie ! » scandés par des habitants rassemblés à proximité. Parmi ces derniers se trouvait notamment la maire de la ville, Nelly Chtepa, qui a affirmé soutenir entièrement les assaillants. « Ce sont des gars de chez nous, a-t-elle déclaré. Ils viennent de Slaviansk et d’autres villes de notre région du Donbass. Ils sont contre la junte de Kiev et veulent simplement être entendus. »

Le même jour, d’autres groupes d’hommes armés ont pris possession des sièges de la police de Kramarorsk, Droujkovka et Konstantinovka, sans rencontrer la moindre résistance de la part des policiers eux-mêmes.

À Donetsk, les manifestants prorusses se sont emparés du bâtiment du ministère régional des affaires intérieures, forçant le ministre Konstantin Pojidaev à démissionner.

Des combattants des ex-forces spéciales ukrainiennes Berkout de Donetsk, rubans de Saint-Georges au bras, ont également fait irruption dans le bâtiment. Ils ont déclaré aux habitants de Donetsk, réunis pour une manifestation, qu’ils étaient désormais « avec le peuple du Donbass ».

Les Berkout, dissous par le nouveau pouvoir de Kiev à la fin février dernier, signent ici le premier cas de passage ouvert des forces spéciales du côté des forces protestataires sur le territoire de l’Ukraine continentale. Pour l’heure, les activistes pro-russes contrôlent toujours le bâtiment de l’administration régionale de Donetsk et celui des services de la sécurité ukrainienne (SBU) de Lougansk.

Qui sont ces hommes armés ?

Samedi 12 avril, la question était sur toutes les lèvres et les spéculations allaient bon train. La rumeur selon laquelle il s’agit de forces spéciales russes s’est répandue rapidement.

L’hypothèse a notamment été soutenue par le ministère ukrainien des Affaires étrangères, qui a déclaré détenir des preuves concrètes de l’implication de la Russie dans les assauts armés en région du Donbass. De nombreuses figures officielles ont également assuré que l’Ukraine faisait face à une « agression russe ». Le politologue du groupe Information résistance Dmitri Timtchouk a pour sa part annoncé que ces hommes armés étaient en outre contrôlés par des oligarques locaux.

Cependant, notre correspondant [du journal ukrainien Vesti, ndlr] a pu s’entretenir avec les assaillants de Slaviansk – et n’a rencontré parmi eux aucun Russe (excepté un homme, qui réside à Slaviansk depuis plus de dix ans). Les dirigeants de ces groupes armés sont en réalité des anciens militaires, des parachutistes, des anciens combattants des forces spéciales ukrainiennes, des membres des unités cosaques et des vétérans de la guerre d’Afghanistan.

Beaucoup, parmi les activistes de base, n’ont par ailleurs même jamais servi dans l’armée ni tenu d’arme en main. À les en croire, ils se sont organisés spontanément, au cours du mois dernier, et ont participé aux diverses actions de protestation contre la « junte de Kiev », comme ils qualifient le nouveau pouvoir ukrainien.

« Nous sommes pour une république de Donetsk au sein de l’Ukraine. Nous ne sommes pas des séparatistes. Nous avons pris les armes pour défendre le Donbass de l’invasion de Secteur droit », a expliqué à Vesti le leader de l’unité d’autodéfense locale, Viatcheslav Ponomarev, vétéran de l’Afghanistan et directeur d’une fabrique de savon, qui a été désigné maire de Slaviansk le 13 avril.

Le sang a coulé

Bien que le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov ait annoncé dès samedi matin sur sa page Facebook que le commissariat de Slaviansk serait libéré par la force dans la journée, l’opération antiterroriste n’a débuté que le dimanche 13 avril.

Des affrontements ont notamment eu lieu près du village de Semionovka, où les manifestants de Slaviansk avaient dressé un barrage routier. Selon les témoignages des habitants, une voiture immatriculée à Vinnytsia, ville de l’Ouest du pays, est arrivée au check point, puis ses occupants ont ouvert le feu sur les manifestants ainsi que sur les véhicules blindés de l’armée ukrainienne d’une garnison située à proximité.

Une autre confrontation a eu lieu à l’entrée de Slaviansk, près du village de Cherevkovka, où un échange de tirs a opposé manifestants pro-russes et forces spéciales ukrainiennes (les protestataires ont affirmé que ces troupes incluaient soit des membres du Secteur droit, soit des mercenaires occidentaux travaillant pour la sécurité ukrainienne). Les forces spéciales ukrainiennes ont finalement échoué à entrer dans Slaviansk et dû faire marche arrière.

Le bilan de ces confrontations : entre un et trois morts – issus des deux côtés – et neuf blessés, dont un officier des forces spéciales ukrainiennes de 42 ans, originaire de Poltava.

Dimanche soir, Slaviansk et d’autres villes étaient toujours sous le contrôle des manifestants. La protestation a même gagné deux grosses villes de la région, Marioupol et Makeevka, et d’autres plus petites.

Parallèlement, dans le centre-ville de Slaviansk, la population régionale s’est mobilisée. Face à l’emploi de la force par Kiev, plus d’un millier de personnes originaires de toutes les villes de la région de Donetsk ont ainsi rejoint les parvis de l’hôtel de ville et du siège de la police pour soutenir les assaillants.

« Nous nous sommes organisés via les réseaux sociaux, confie Olga, une habitante du Donbass. Nous avons mis en place des covoiturages, le transport de pneus pour la construction de barricades et des collectes de nourriture. Nous avons tous des rapports très différents à la Russie : certains voudraient le rattachement, comme dans le cas de la Crimée, d’autres veulent simplement élargir les droits de la région du Donbass… Mais nous sommes en tout cas tous d’accord sur une chose : il n’est plus question que nous nous pliions aux règles actuelles du gouvernement. Ces petits gars n’ont pas eu peur de prendre les armes pour s’opposer à la junte. C’est pour nous qu’ils se battent – et nous, nous devons les soutenir. »

Source : vesti.ua

Vial Qui sont les assaillants du Sud-Est de l'Ukraine ? — Le Courrier de Russie

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