2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 13:20

Qui est qui ? Qui veut quoi ? Quelle place pour les peuples dans le « partage du gâteau-monde » ? Quel sont les articulations de la nébuleuse fasciste qui émergeant de l’ombre où elle s’est cantonnée, s’est renforcée et multipliée pendant des décennies, et qui apparaît actuellement comme un vecteur déterminant du pouvoir global ? Quels sont les réels enjeux de l’affrontement US/UE/OTAN – Russie ? Qui en sont les véritables protagonistes ? Quelques-unes des questions qui sous-tendent mes recherches.

Une première conclusion, alors que je n’ai pas encore élucidé les méandres complexes – et fondé sur des bases conceptuelles différentes du pouvoir occidental - des structures du pouvoir de la Russie comme membre à part entière du pouvoir global, c’est que la lutte dont Poutine est la pointe visible, est une lutte pour le partage du monde entre Corporations dans le cadre de ce Nouvel Ordre Mondial, dont les oligarques russes ambitionnent de faire partie des sphères dirigeantes, bénéficiant d’une bonne part du gâteau. Pour appuyer ce propos, en vertu du principe qui veut que pour la critique, il n’est pas de meilleure source que les dires ou écrits la personne ou du groupe concerné, je commencerai par reprendre quelques extraits du programme de politique étrangère, présenté par Poutine lors de sa dernière campagne électorale présidentielle.  En particulier la partie qui concerne son projet pour l’Europe. L’intégralité de ce texte publié sous le titre « La Russie et l’évolution du monde » se trouve ICI1 et ICI2.

Une autre conclusion est que cette lutte se mène entre des sphères oligarchiques qui ont en commun de s’arranger entre elles pour ne laisser aux peuples que la portion minimale, qui lui permette d’une part d’être opérationnel dans la production de plus value qui constitue le butin de cette oligarchie, et de ne pas constituer un problème par les troubles que son mécontentement pourrait provoquer, usant à la fois de la carotte pour les uns et du bâton pour les autres, voir éliminant physiquement ceux qui constituent la dissidence à ce projet de monde.

Une troisième conclusion, c’est qu’il serait erroné de croire que dans la phrase « Washington lance une offensive contre Moscou », Washington et Moscou représente des gouvernements et encore moins les peuples des Etats-Unis ou de la Russie. Cette offensive est un moment de la transition des gouvernements des peuples vers la gouvernance mondiale, une gouvernance qui concentre le pouvoir de direction du monde entre les sphères dirigeantes des Grandes Corporations, la lutte ici n’est pas celle des peuples, mais celle que mènent les Corporations « Occidentales » qui entendent s’approprier tout le gâteau (unipolarité) contre les Corporations Chinoises et Russes qui réclament leur part (bi ou tripolarité) qui ne remet pas en cause le dit néo-libéralisme, le Système-Monde-Marchand, avec ses règles de concurrence et de « loi du plus fort », et son principe inhérent : les peuples si besoin est doivent être sacrifiés sans état d’âme à nos intérêt. Un principe que partagent les Corporations Occidentales, Russes et Chinoises, malgré les histoires et structures qui les différencient. Aujourd’hui c’est le peuple d’Ukraine qui est sur l’autel du sacrifice et se fait dépecer morceau par morceau, par ceux qui veulent avoir la mainmise sur l’ensemble du pays. Et si je souscris tout à fait à la thèse qui pose l’Occident comme agresseur, je ne souscris pas par contre à celle qui prétend que la Russie aurait des but plus « noble » et « défendrait » les intérêts du peuple d’Ukraine.

Mais que racontait donc Poutine lorsqu’il définissait le programme d’insertion de la Russie dans la gouvernance mondiale corporatiste ?

 

« Nous poursuivrons, évidemment, une politique proactive et constructive, visant à renforcer la sécurité globale, à renoncer à la confrontation, à réagir efficacement aux défis tels que la prolifération des armes nucléaires, les conflits régionaux et les crises, le terrorisme et le trafic de drogue. Nous ferons tout pour que la Russie dispose des derniers acquis du progrès scientifique et technologique, et pour assurer à nos entreprises une place importante sur le marché mondial.

Nous ferons tout pour que la mise en œuvre du nouvel ordre mondial, basé sur les réalités géopolitiques contemporaines, se déroule de manière progressive, sans perturbations inutiles.


D’emblée la couleur est clairement annoncée, aucun doute n’est possible, son programme se place dans le cadre du Nouvel Ordre Mondial, dans lequel son but est d’assurer la meilleure place sur le Marché, qu’il ne remet nullement en question.

Ensuite nous abordons les « révolutions de couleurs et autres printemps, et cela va nous permettre de démonter son actuel discours sur l’Ukraine.


(…)Il est préoccupant de voir que bien que nos "nouvelles" relations avec l’Otan n’aient pas encore acquis une forme définitive, l’Alliance commet déjà des actes qui ne contribuent en aucun cas à l’établissement d’un climat de confiance. En elle-même, une telle pratique affecte le calendrier international, empêche de définir un ordre du jour positif dans les relations internationales et ralentit les changements structurels.


Nouvel Ordre Mondial Marchand, Calendrier des changements structurels, qui nous le verrons dans les passages relatifs à l’Europe sont bien ceux préconisés par le néo-libéralisme.


Des « printemps arabes, des « interventions « humanitaires » qui ont suivit - détruisant tout sur leur passage - et du remplacement de régimes pires par encore plus pire sans avoir eu recours à l’ONU, gouvernance mondiale des conflits….

(…)Nul n’a le droit de s’octroyer les prérogatives et les pouvoirs de l’ONU, notamment en ce qui concerne l’utilisation de la force contre des États souverains.


Dans le discours de Poutine, l’ONU apparaît comme l’organisation de transition vers cette gouvernance mondiale, et le lieu où les décisions et partages doivent se faire « entre pairs », les 3 pays à droit de veto.


(…) Pire encore, (la logique même d’un tel comportement est pernicieuse) elle déstabilise davantage l’ensemble du système international de sécurité et détériore l’autorité et le rôle central de l’ONU. Rappelons que le droit de veto n’est pas un caprice, mais une partie intégrante de l’ordre mondial consacrée par la Charte des Nations Unies – sur l’insistance des États-Unis, d’ailleurs. Ce droit implique le fait que les décisions auxquelles s’oppose au moins un membre permanent du Conseil de sécurité ne peuvent pas être cohérentes et efficaces.

(…)Et il existe également un autre aspect. Il s’avère que dans les pays touchés par le printemps arabe, de même qu’en Irak à l’époque, les sociétés russes cèdent leurs positions acquises au cours des décennies sur les marchés locaux et perdent des contrats commerciaux importants. Et les créneaux vacants sont récupérés par les acteurs économiques des pays qui ont contribué au renversement des régimes en place.

On pourrait penser que dans une certaine mesure, ces événements tragiques n’ont pas été motivés par le souci du respect des droits de l’homme, mais par la volonté de redistribuer les marchés. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons bien sûr pas rester les bras croisés. Et nous avons l’intention de travailler activement avec les nouveaux gouvernements des pays arabes afin de rétablir rapidement nos positions économiques.


Il y a donc une rhétorique, de renvoi de balles dans le jeu destinés à « l’opinion publique internationale » qui consiste à se positionner comme le « vrai défenseur » des Droits Humains mais dont la conclusion donne l’enjeu réel. Le vrai problème ce ne sont pas les violations de ces droits en tant que tels, mais le fait que les révolutions de couleur et autres printemps sont en fait un des modes de la guerre d’appropriation du monde instrumentalisant des révolte populaire spontanées ou provoquées pour installer des gouvernements favorables aux intérêts occidentaux. Il ne parle pas de rétablir les peuples victimes de l’instauration de nouvelles dictatures, pires comme il le reconnaît, mais bien de travailler avec ces nouveaux gouvernements dont il a lui-même reconnu qu’ils sont pires afin de rétablir la position économique de la Russie…

Ce même type de propagande est abondement utilisée actuellement par les 2 parties dans la guerre d’Ukraine.

Ensuite viennent les BRICS


 (…)La Russie attache actuellement et continuera à attacher dans le futur une importance prioritaire aux relations avec ses partenaires du groupe BRICS. Cette structure inédite créée en 2006 est la démonstration la plus spectaculaire du passage d’un monde unipolaire à un ordre mondial plus équilibré. Le groupe réunit cinq pays dont la population s’élève à près de trois milliards de personnes, et qui sont dotés des plus importantes économies émergentes, de gigantesques ressources naturelles et de main-d’œuvre, ainsi que de marchés intérieurs colossaux. Après l’adhésion de l’Afrique du Sud, le groupe BRICS a acquis une dimension réellement mondiale, et il génère déjà plus de 25% du PIB de la planète.


Pas grand-chose à dire, c’est une autre analyse que le rôle des BRICS dans ce partage du monde, je ferai juste remarquer, que ressources naturelles et humaines sont placé sur pied d’égalité et prises comme facteurs de l’économie de marché. Point. Pas comme des populations dont le bien être seraient la priorité d’une saine et éthique économie, celle pour qui le système devrait être conçu dans un monde de Souveraineté Populaire… Vous en doutez ? Attendez la suite, nous abordons l’Europe vue par Poutine !

 

La Russie est une partie intégrante et organique de la Grande Europe, de la civilisation européenne au sens large du terme. Les citoyens russes se considèrent comme des Européens. Nous sommes loin d’être indifférents à l’évolution de l’Union européenne.

C’est la raison pour laquelle la Russie initie la transformation de l’espace situé entre les océans Atlantique et Pacifique en une entité économique et humanitaire unifiée que les experts russes qualifient d’Union de l’Europe et qui renforcera davantage les moyens et les positions de la Russie dans le cadre de son revirement économique vers l’"Asie nouvelle."


Et ne me dites pas qu’il parle d’espace humanitaire… c’est un mot à la mode, intervention humanitaire, donne une bonne vision de ce que les globalistes entendent par ce terme.


Dans le contexte de l’essor de la Chine, de l’Inde et d’autres économies émergentes, les chocs financiers et économiques qui secouent l’Europe, auparavant oasis de stabilité et d’ordre, ne nous laissent pas indifférents. La crise de la zone euro concerne forcément la Russie, étant donné avant tout que l’Union européenne est le plus grand partenaire économique et commercial de notre pays. Il est évident que la situation en Europe est largement déterminante pour les perspectives de développement du système économique mondial dans son ensemble. 


Qui voudrait réellement créer une Europe humanitaire, commencerait par remettre en cause ce système économique, la suite confirme qu’il n’en est pas question pour Poutine :


La Russie a activement rejoint les mesures internationales visant à soutenir les économies européennes en difficulté, elle participe constamment à la prise de décisions collectives au sein du Fonds monétaire international (FMI). La Russie n’exclut pas en principe la possibilité d’offrir, dans certains cas, une aide financière directe.


Et oui, le sauveur aux yeux de certain est un « sauveur FMI ». Vous doutez toujours ? Voyons la suite :


Néanmoins, j’estime que les injections financières en provenance de l’étranger ne peuvent constituer qu’une solution partielle. Le règlement intégral du problème nécessite des mesures énergiques systémiques. Les dirigeants européens sont confrontés à la nécessité de mettre en œuvre des réformes d’envergure visant à remanier foncièrement plusieurs mécanismes financiers et économiques destinés à assurer une véritable discipline budgétaire. La Russie a intérêt à avoir affaire à une Union européenne forte, correspondant à la vision de l’Allemagne et de la France, car nous souhaiterions concrétiser le puissant potentiel de partenariat entre la Russie et l’UE.

L’interaction actuelle de la Russie avec l’Union européenne n’est tout de même pas à la hauteur des défis mondiaux, avant tout sur le plan du renforcement de la compétitivité de notre continent commun. Je suggère de nouveau qu’un effort soit fait afin de créer une communauté harmonieuse d’économies entre Lisbonne et Vladivostok. Et à terme, il s’agit de créer une zone de libre-échange, voire des mécanismes encore plus sophistiqués d’intégration économique. Cela nous permettrait de bénéficier d’un marché commun continental se chiffrant à plusieurs milliers de milliards d’euros. Se trouve-t-il des gens pour douter que ce serait une excellente idée et que cela correspondrait aux intérêts des Russes et des Européens ?


Oui, Monsieur Poutine, nous sommes nombreux à douter que ces recettes du FMI, que vous adoptez avec un bel enthousiasme soit dans l’intérêt d’aucun peuple qui en fait les frais. Ce sont des recettes qui contribuent à augmenter les écarts entre les quelques plus riches et les plus pauvres, qui démantèlent l’économie de bien commun et l’état de bien être d’un pays au détriment des populations au bénéfice d’intérêts privés nationaux ou étrangers.

Non Monsieur Poutine, vous ne m’avez pas convaincue qu’il serait bon pour le peuple de mon pays, pour les pays voisins de se rapprocher de la Russie que vous incarné. Et je publie ceci justement pour dessiller les yeux de ceux que votre rhétorique actuelle de défenseur du Droit Internationale leurrent parce qu’il s’imagine que vous défendes des droits humains, alors qu’en réalité, ce qui vous importe, c’est la défense des intérêts des corporations russes dont vous êtes le représentant. La dernière partie concerne l’insertion de la Russie dans le monde marché, en particulier via l’OMC et autres organisation clés du système néo libérale, elle renforce ce qui a été dit auparavant… Poutine ne remet en rien ce système, il cherche seulement à y assurer la meilleure place pour lui et ses  commanditaires qui ne sont pas le petit peuple de Russie, mais les oligarques en compagnie de qui il dirige le pays.


(…)En décembre 2011, la Russie a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) En toute honnêteté, ce processus long et ardu nous a souvent donné envie de "claquer la porte" et de tout abandonner. Toutefois, la Russie n’a pas cédé aux émotions. Au final, notre pays a obtenu des compromis avantageux : les intérêts des producteurs industriels et agricoles russes ont été respectés dans l’attente d’une concurrence accrue de la part des entreprises étrangères. Les acteurs économiques russes bénéficieront de nouvelles possibilités considérables pour accéder au marché mondial et pouvoir y protéger leurs droits de manière civilisée. Pour moi, c’est cela qui constitue le principal résultat et non pas le fait symbolique de l’adhésion de la Russie au "club" mondial du commerce.

(…)En analysant notre façon de promouvoir les intérêts économiques russes sur l’échiquier mondial, on se rend compte que nous en sommes encore à l’étape de l’apprentissage pour le faire de manière systémique et cohérente. Contrairement à nos divers partenaires occidentaux, nous ne possédons pas encore la technique pour promouvoir correctement les mesures profitables aux entreprises russes sur les plateformes où s’effectuent les échanges commerciaux internationaux.

(…)Le gouvernement et les associations des milieux d’affaires russes devraient coordonner plus précisément leurs efforts dans l’arène internationale, mieux promouvoir les intérêts des entreprises russes et les assister dans l’implantation sur de nouveaux marchés.


Quelques formulations caractéristiques qui confirme que la Russie de Poutine ne constitue en rien une alternative au système, mais cherche à s’y insérer au mieux des intérêts des entrepreneurs locaux sans le remettre en question en quoi que se soit. Et à voir l’état des droits des travailleurs en Russie, à voir son enthousiasme pour les restructurations qui permettraient de faire le la grande Europe centrée sur la Russie un marché du travail compétitif, permettez-moi de douter que nous tourner vers la Russie pour nous débarrassez de 70 ans de colonisation US, serait seulement un changement de maître alors que rien ne nous garanti que le nouveau serait meilleur que l’ancien.

L’étape suivante consisterait à analyser les structures de pouvoir russes dont la pénétration maffieuse n’a rien à envier au narco capitalisme occidental. Et a montrer pourquoi à l’heure où l’occident dans ces tentatives d’installer son hégémonie globale utilise en Ukraine comme au Venezuela les organisations nazies et les fanatiques islamistes dans d’autres régions du monde, la Russie a établit un partenariat politique avec les extrême-droites européennes « institutionnalisée ». Ce qui nous conduira aux liens qui unissent ces partis européens avec des organisations comme la Tea Party aux USA, et pourrait nous mener à la conclusion que les gouvernements au sens ou nous les connaissons sont proches de la disparition… le nouveau gouvernement mondiale étant sur le point d’instaurer sa gouvernance dans un nouvel ordre mondial où la gestion des « ressources » humaines comprises par une oligarchie aura définitivement éliminé les concepts dePolitique - Mandataires du PeuplesGouvernement

A moins que… les peuples ne se réveillent avant d’être plongé trop loin dans le cauchemar pour espérer en sortir. Et cessant de prendre partie pour l’un des prédateurs-corporations qui se battent entre eux pour s’attribuer la plus belle part du gâteau monde, qu’ils leur volent ils ne trouvent ensemble les formes d’auto-organisation qui lui permettent de se réapproprier et le monde et le pouvoir de prendre collectivement les décisions qui les concernent.

A suivre

Anne Wolff

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Gilles Deleuze, février 1977.

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