30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 21:03

 

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l’Empire aura les mains libres et il aura assuré ses arrières pour aller
réaffirmer l’arrogance impériale en portant la guerre sous d’autres latitudes

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Atilio A. Boron

Avec les voix du parti du gouvernement, le Partido Liberación Nacional (PLN), du Movimiento Libertario et du député chrétien évangélique du parti Renovación Costarricense, Justo Orozco, le Parlement du Costa Rica a autorisé, le 1er juillet dernier, l’entrée dans le pays de 46 navires de guerre de l’Armada US, de 200 hélicoptères et chasseurs, et de 7000 marines.

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En Irak, les marines US plongent les prisonniers d’Abu Ghraib dans un bon bain de merde pour leur enseigner la démocratie.
Maintenant ils s’installent au Costa Rica pour faire de même avec les Latino-américains.

Même si les nombreuses versions qui circulent ne permettent pas d’identifier clairement l’origine de cette décision, l’hypothèse la plus plausible - presque une évidence- semble être que Washington lui-même a sollicité l’entrée des troupes. Le silence de la presse états-unienne à ce sujet est éloquent, de même que l’absence d’explication dans les communiqués de presse quotidiens des départements d’État et de Défense au sujet de cette autorisation. Tout ceci alimente le soupçon que la Maison Blanche a bien pris l’initiative favorablement avalisée par le Parlement costaricain et exigé une grande discrétion à ce sujet. L’explication que l’on a donnée au pays centraméricain, c’est que la situation actuelle au Mexique forçait les cartels de la drogue à modifier leurs traditionnelles routes de transit et de passage vers les USA et que pour déjouer cette manœuvre il était urgent de déployer un puissant contingent de forces militaires dans l’isthme d’Amérique centrale, condition sine qua non pour lutter efficacement contre le narcotrafic. Comme c’était prévisible, le gouvernement de la présidente Laura Chinchilla- étroitement liée depuis de nombreuses années à l’USAID ; rien que ça !- a donné, comme ses parlementaires, son accord à la requête de Washington.

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Les femmes enrôlées dans les marines enseignent aussi la démocratie

Prendre prétexte du narcotrafic n’étonne personne puisque c’est ce que Washington fait couramment- sauf lorsqu’un tremblement de terre en…Haïti- permet de justifier l’intrusion de militaires US dans les pays de Notre Amérique. Cependant, la crédibilité de cet argument est battue en brèche, les pays qui se distinguent par leur production et la commercialisation des drogues, étant précisément, ceux qui ont une importante présence militaire US. Ainsi que le démontre mon livre Le Côté Obscur de l’Empire – La Violation des droits humains par les États-Unis, des sources onusiennes inattaquables (l’ONUDC, Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime) prouvent grâce à des statistiques écrasantes, que la production et l’exportation d’opium ainsi que la fabrication d’héroïne sont en net progrès en Afghanistan depuis que les troupes US y sont entrées, de même qu’en Colombie la présence états-unienne n’a pas empêché (au contraire) une extension des plantations de coca. [1]

 

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Plus personne ne devrait s’en étonner, et pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que le pays qui s’arroge le droit de combattre le narcotrafic partout dans le monde, fait preuve d’une incapacité aussi criante que suspecte à le faire à l’intérieur de ses propres frontières, qu’il s’agisse du démantèlement des réseaux qui lient les maffias de la drogue avec les autorités, les polices et les juges locaux et des différents états et rendent possible le commerce de la drogue, ou bien de la mise en œuvre d’une campagne efficace d’information pour limiter l’addiction et s’occuper des drogués. Nous insistons, il n’y a, là, rien de surprenant, vu que le narcotrafic est une manne financière dont le chiffre atteint 400.000 millions de dollars par an, « blanchis » dans les nombreux paradis fiscaux que les principaux pays capitalistes (en commençant par les USA et l’Europe) ont établi dans tous les coins de la planète pour être finalement incorporés dans le système bancaire officiel et, ainsi, venir grossir les affaires du capital financier.

 

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D’autre part, la faiblesse et l’inconsistance du prétexte de la « lutte contre le narcotrafic » sont plus évidentes encore lorsque l’on sait que les USA sont les premiers producteurs mondiaux de marijuana, et que selon une étude de la Fondation Drogue Science, ce trafic rapporte à ce pays plus de 35.000 millions de dollars, un chiffre supérieur à la valeur de la production de blé et de maïs réunis [2]. Et troisièmement, comment sous-estimer l’importance que peuvent avoir le contrôle et la gestion du commerce des drogues pour maintenir la domination impérialiste dans les régions extérieures de l’Empire ? N’est-ce-pas la Grande-Bretagne qui avait réintroduit l’opium en Chine (drogue qui avait été interdite par l’empereur Yongzheng à cause des ravages qu’elle occasionnait à son peuple) et dont la consommation massive avait servi à équilibrer les déficits de sa balance commerciale avec le Céleste Empire? Pour pousser les Chinois à cette addiction, les Britanniques et les Portugais ont livré deux guerres, l’une de 1839 à 1842 et l’autre de 1856 à 1860, à la suite desquelles ils avaient établi deux têtes de pont pour organiser le trafic d’opium dans toute la Chine : une à Hong Kong, sous contrôle anglais, et une autre à Macao, dominée par les Portugais. Pourquoi devrions-nous penser aujourd’hui que les USA, fils supposé de l’empire britannique, serait animé par d’autres intérêts lorsqu’il déclare, avec hypocrisie, la guerre au narcotrafic ? N’est-il pas préférable pour ses intérêts, d’avoir une Amérique latine gangrenée par la prolifération « d’États en échec »- minés par la corruption qui génère le trafic de stupéfiants et ses séquelles : désintégration du tissu social, mafias, paramilitaires, etc. – et pour ces raisons incapables d’opposer la moindre résistance aux desseins impériaux ?

 

un GI en garde dans un champ de pavots



L’autorisation accordée par le Parlement du Costa Rica est prévue pour six mois, à partir du 1er juillet de cette année. Cependant, cette concession, réalisée dans le contexte de l’Initiative Mérida (qui comprend le Mexique et l’Amérique centrale) est un projet qui a des objectifs mais ne s’est fixé aucun délai. C’est pourquoi la probabilité que les troupes US quittent le Costa Rica à la fin de cette année et retournent chez elles, est pratiquement nulle. D’autre part, aussi bien en Europe qu’au Japon, les troupes US qui devaient y demeurer peu de temps après la Seconde guerre mondiale, sont ensuite restées sous le prétexte de la guerre froide, et il y a toujours 65 bases sans que leurs chefs ne témoignent la moindre lassitude ou le désir de rentrer chez eux. À Okinawa, la contestation générale de la population locale contre les occupants yankees – qui protégés par leur immunité, continuent à tuer, violer et voler suivant leurs caprices – n’a pas suffi pour obtenir le démantèlement de la base US. Notons au passage, que cet échec démontre le courage et l’efficacité du gouvernement de Rafael Correa qui, lui, est parvenu à faire dégager les troupes US de la base de Manta. Et au cas où une fronde populaire viendrait exiger que cet exemple si insolite s’applique au Costa Rica, il est fort probable que quelques opérations criminelles comme la CIA sait si bien en orchestrer veilleraient à la faire taire instantanément, surtout avec un gouvernement comme celui de Laura Chinchilla qui se met en quatre pour bien montrer qu’elle est à la botte de l’Empire et soumise à ses diktats.

 

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De même que, comme l’établit le Traité Obama-Uribe, la Colombie permet pour l’instant aux USA l’utilisation de sept bases militaires, au Costa Rica, le personnel militaire jouira d’une immunité totale face à la justice costaricaine, et ses membres pourront entrer et sortir à leur gré du Costa Rica, circuler en uniforme et avec leurs armes sur tout le territoire national. Cette décision, non contente d’attenter à la souveraineté du Costa Rica, atteint le comble du ridicule pour un pays qui, en 1948, avait supprimé son armée, ce qui lui a permis en grande partie de développer une politique sociale plus avancée dans un contexte régional centraméricain très déprimant à cause de la débandade du gendarme oligarchique. Pour ce qui est de l’armement, l’autorisation du Parlement permet l’entrée de garde-côtes et de petites navettes mais aussi d’autres navires comme le porte-avions de nouvelle génération, le Makin Island, mis à flot en août 2006, prévu pour abriter 102 officiers et 1449 marines, et transporter 42 hélicoptères CH-46, cinq chasseurs AV-8B Harrier et six hélicoptères Blackhawks. En outre, le décret qui a été voté étend l’autorisation à l’entrée de navires tels que l’USS Freedom, baptisé en 2008, armé pour combattre les sous-marins et conçu pour naviguer en eaux basses. L’autorisation prend également en compte d’autres bateaux de type catamaran, un navire-hôpital et des véhicules de reconnaissance et de combat amphibies. Un armement et du matériel qui, en définitive, ne servent à rien pour combattre le narcotrafic, dans le cas hypothétique où telle serait la volonté des occupants. Il est plus qu’évident que leur objectif est tout autre.

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Aircraft carrier USS Makin Island (voyons, il est là pour la guerre contre la drogue...)

Il faut situer cette initiative du gouvernement US dans le contexte de la militarisation croissante de la politique extérieure des USA qui, dans le cadre de l’Amérique latine, s’est déjà manifestée par la réactivation de IVe flotte, la signature du traité Obama-Uribe, l’occupation militaire de facto de Haïti, la construction du Mur de la honte à la frontière entre le Mexique et les USA, le coup d’État au Honduras, suivi de la légitimation de la fraude électorale qui a hissé à la présidence Porfirio Lobo, la concession de nouvelles bases militaires par le gouvernement réactionnaire du Panama, à quoi il faut ajouter maintenant le débarquement des marines sur le territoire du Costa Rica. Et bien sûr, toutes ces opérations sont articulées autour du maintien du blocus et la traque contre la Révolution cubaine et le harcèlement permanent contre le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur. Au plan international, le débarquement des marines US au Costa Rica doit être vu dans le cadre de la guerre imminente contre l’Iran et la grotesque provocation contre la Corée du Nord, dont les graves conséquences ont été annoncées depuis pas mal de temps par le Commandant Fidel Castro Ruz dans ses Réflexions.

 

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En conclusion, l’Empire poursuit la militarisation de la région ses préparatifs pour une aventure militaire d’ampleur mondiale. Si l’agression contre l’Iran devait finalement avoir lieu, comme les préparatifs de ces derniers jours le laissent penser, la gravissime situation internationale qui en résulterait pousserait les USA à s’assurer, à n’importe quel prix, du contrôle absolu et sans faille de ce que ses stratèges géopolitiques appellent la grande île américaine, un gigantesque continent qui s’étend de l’Alaska jusqu’à la Terre de Feu, isolé aussi bien de la masse eurasienne que de l’Afrique, et qui, selon eux, joue un rôle fondamental pour la sécurité nationale des USA. Voilà la raison fondamentale pour laquelle c’est précisément là qu’a débuté la militarisation à outrance de la politique étrangère états-unienne. Il est ridicule de vouloir convaincre nos peuples que la vingtaine de bases militaires installées en Amérique centrale, du Sud et dans les Caraïbes, et aujourd’hui le débarquement au Costa Rica, ajoutés à l’activation de la IVe Flotte, ont pour objectif de combattre le narcotrafic. Comme l’expérience nous l’enseigne, on ne combat pas le narcotrafic par des moyens militaires mais plutôt grâce à une politique sociale, que les USA n’appliquent pas sur leur territoire et qu’ils empêchent aussi d’appliquer ailleurs en raison de la mainmise du FMI et de la Banque Mondiale sur les pays vulnérables et endettés. L’exemple de la Colombie et maintenant du Mexique (26.000 morts depuis que le président Felipe Calderón a déclaré la « guerre au narcotrafic » !) attestent que la solution au problème ne passe pas par les marines, porte-avions, sous-marins et hélicoptères armés mais par la création d’une société juste et solidaire, chose incompatible avec la logique du capitalisme et qui répugne aux intérêts fondamentaux de l’Empire. En résumé : le débarquement des marines au Costa Rica a pour objectif de renforcer la domination états-unienne dans la région, de renverser à tout prix les gouvernements considérés comme « ennemis » (Cuba, Venezuela, Bolivie et Équateur), de fragiliser encore plus les gouvernements indécis et ambigus de « centre-gauche » d’Amérique Centrale et de renforcer la droite qui redresse la tête sur tout le littoral du Pacifique (Chili, Pérou, Colombie, Panama, Costa Rica, Honduras et Mexique). Ayant ainsi réorganisé son arrière-cour,  l’Empire aura les mains libres et il aura assuré ses arrières pour aller réaffirmer l’arrogance impériale en portant la guerre sous d’autres latitudes.

 

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Notes:
[1] Cf. Atilio A. Boron et Andrea Vlahusic,El Lado Oscuro del Imperio. La Violación de los Derechos Humanos por Estados Unidos (Buenos Aires: Editions Luxembourg, 2009), p.73.
[2] Cf. El Lado Oscuro, op. Cit., p.72.

Traduction : Esteban

Révision : Michèle Maliane

ENGLISH, ESPAÑOL

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Merci à Atilio Boron
Date de parution de l'article original: 17/07/2010
URL de cet article:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=692 

Posté par LE TACLE à 13:58 - Amérique Centrale - Commentair

 

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