12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 17:40

Par Ganna Goncharova


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L’épicentre des protestations contre le gouvernement ce situait à Kiev. Mais nous pouvons constater qu’une fois qu’Ianoukovitch a été renversé le conflit s’est déplacé vers d’autres régions comme la Crimée au départ et Donetsk et Jarkov actuellement. Dans ces régions se sont développés de même qu’à Lungansk ou Odessa de puissants mouvements populaires opposés au gouvernement de Maidán. Quelle est la situation dans chacune de ces régions ? Comment s’agence la corrélation des forces existantes dans la distribution géographique du pays ?

Nous devrions revoir notre perception de la fissure interne de l’Ukraine, si nous prêtons attention aux faits suivants : les régions de droite et de centre droite qui sont touchées par le nationalisme sont des régions agricoles, alors que les régions dans lesquelles le Parti Communiste et les partis de gauche en général jouent encore un rôle dans la vie politique en général, sont des régions qui ont une industrie développée, autrement dit, prolétaires. Même le Parti des Régions, qui à d’emblée été créé par de hauts fonctionnaires et oligarques, parfois, en particulier au niveau régional se voit obligé, parfois, de défendre les intérêts des travailleurs étant donné qu’ils constituent la majorité de leur électorat. Ceci nous donne des raisons de nous demander si nous ne sommes pas confrontés à une moderne manifestation de la lutte de classe, étant donné que, pour dire la vérité, le Parti Communiste n’a jamais domestiqué les paysans, et que n’importe quel agriculteur depuis les petits propriétaires, a toujours tendance à être conservateur en raison même de la propriété, pour misérable qu’elle soit. Finalement, nous avons d’un côté l’avancée du capitalisme occidental qui en a presque fini avec les droits des travailleurs en Europe et aux États-Unis, alors qu’avance une dictature de droite dans la Russie actuelle, qui ignore tout type de droits humains en général. Jusqu’à il y a peu, pour aussi propagée que fut l’expression impropre de « régime d’Ianoukovitch », les citoyens ukrainiens avaient la liberté d’expression et d’association et pouvaient continuer à compter sur un système social, en partie hérité de l’Union Soviétique et en partie adapté ultérieurement à cause des difficultés économiques du pays dans les années 90. Tout cela permet de suspecter que le conflit apparemment ethnique, n’est rien d’autre que le masque qu’adopte un affrontement structurel plus profond.

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Le peuple de Crimée a voté dans sa majorité pour son annexion à la fédération de Russie. Quel fut le dispositif d’organisation du peuple pour résister à l’entrée des activistes de Maidán ? Comment s’est déroulé le changement de statut de la Crimée ? Penses-tu que les autres régions à majorité russes dans leur population suivront le même chemin. ?

Pour commencer, il faut souligner que, comme je le disais plus haut, les insurgés de Maidán ne sont pas plus d’une minime partie de la population ukrainienne, y compris parmi ceux de l’ethnie de ce nom. En Crimée, en réalité il n’y avait pas de partisans de Maidán , malgré qu’ils aient menacé de venir dans un « train de l’amitié » depuis Maidán, cela n’alla pas plus loin que des paroles. Il faut mettre en évidence le fait que la Crimée à toujours été une région à part, à l’intérieur de l’Ukraine post soviétique, y compris administrativement. Psychologiquement, ils n’ont jamais assumé leur annexion à l’Ukraine et leur relation avec le peuple russe sont dans une autre dimension. Nous ne devons pas oublier que les humeurs nationalistes ne sont pas l’apanage des seuls nationalistes ukrainiens, que les nationalistes russes aussi les partagent. Les idées nationalistes russes, alimentées par les conflits du Caucase, et la prise de distance de la part de l’Occident, ont été développées dernièrement, soutenues par le gouvernement de Poutine, jusqu’à des niveaux d’un absurde total. Ils en sont pratiquement arrivés à croire sérieusement qu’ils sont l’authentique race aryenne, supérieure aux autres. Je ne dis pas que toute la population russe pâtit de ce trouble, mais il a de fortes répercutions, surtout dans la jeunesse, spécialement sensible à ce genre de virus, et dans les couches de la population semi-analphabète qui ont augmenté drastiquement au cours de 20 dernières années dans toutes les républiques ex-soviétiques. Aux yeux des nationalistes russes, la population russophones de Crimée continue à être considérée comme russe, alors que la population des régions orientales à leurs yeux sont des « petits-russes » (d’après la terminologie tsariste), donc des russes de seconde catégorie, au sujet desquels, est permise une large panoplie d’aphorismes dénigrants, de préjugés, de moqueries.

Ce qui n’aide pas non plus, c’est qu’au cours des 20 dernières années les citoyens russophones ukrainiens ce sont habitués à disposer de plus de liberté individuelle que les russes. En plus il est certain que la population dans les régions de l’Est de l’Ukraine est fort métissée et pratiquement tous ceux qui sont nés là-bas sont incapables de déterminer avec certitude leur ethnie, étant donné que nominalement ils peuvent s’appeler russe, tartare ou ukrainien ou juif, mais en réalité compter des dizaines de composantes ethniques dans leur famille. Peu des gens savent que dans l’Union Soviétique, un couple, en enregistrant son enfant, pouvait quasi librement lui assigner la nationalité de l’ethnie qu’il considérait comme opportune. Ce qui a entraîné des problèmes, en particulier pour les jeunes juifs qui voulaient émigrer en Israël dans les années 90 et dont deux générations d’ascendants étaient nominalement russes, pères et mères (par-dessus tout pour ces derniers pour des raisons de détachement ethnique judaïque) malgré qu’ils aient eu un nom clairement juif. Cela est inacceptable pour le concept d’un vrai russe, étant donné qu’un nationaliste russe est aussi antisémite et xénophobe que l’Ukrainien. Peu de gens ici savent que dans la perception populaire russe, toute la population du bassin de la méditerranée, en partant du Caucase et jusqu’au Finistère sont des « gitans » ou des « nègres », ce qui dans leur subconscient est en soi insultant. La population russophone d’Ukraine a une perception consciente ou inconsciente de cela. Aussi, à la différence des Criméens, la majorité, comme je le disais n’est pas disposée à passer sous contrôle russe. La preuve de cela, c’est qu’actuellement la majorité de ceux qui manifestent contre le gouvernement ukrainien n’exigent pas la séparation, malgré qu’on les appelle séparatistes (pour justifier leur répression) mais exigent la fédéralisation de l’Ukraine, une configuration dans laquelle, à leurs yeux, il sera plus facile de résister à l’oppression des nationalistes ukrainiens. Il est clair qu’à présent ils peuvent aussi avoir recours à la Russie pour contenir les nationaliste ukrainiens et éviter de se faire écraser, mais il s’agit d’un mouvement plus tactique que stratégique.

 

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Merci Ganna d’avoir répondu à nos questions. Veux-tu ajouter quelque chose ?

  Pour finir, je voudrais souligner que ceci est ma propre opinion, fondée dans mon appartenance à une famille multi ethnique et dans ma formation que certains peuvent considéré comme compromise avec l’idéologie soviétique, dans mon travail comme fonctionnaire de l’état d’Ukraine et comme exécutive des entreprises industrielles du Donbass. Je voudrais ajouter, que d’autre part je suis bilingue, russe et ukrainien, que j’ai voté en faveur de l’indépendance de l’Ukraine en 1991 et que je n’ai jamais donné mon vote au Parti des Régions, ce que je n’ai jamais caché, même en travaillant comme je le faisais dans une entreprise du conglomérat de Ajmétov, sans que cela ait jamais eu aucune répercussion sur ma carrière, mon salaire ou n’importe quel autre domaine. Je doute que les partisans de ce parti, de même que les communistes et les socialistes puisse en dire autant aujourd’hui en Ukraine Occidentale.

                                                                                                                                        Source en espagnol :        

BUCEANDO EN LA CRISIS POLÍTICA DE UCRANIA. Entrevista con Ganna Goncharova. - Marquetalia.org | Marquetalia.org

 

Traduction Anne Wolff

De la même auteure : 

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