7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:51

 

 

 

 

 

Darío Aranda 

Página/12

  Des représentants des paysans de pays latino-américains, avec l’appui du CELS, ont dénoncé devant la CIDH la violation des droits humains dans les secteurs ruraux du continent.

Privatisation des semences, terres concentrées entre peu de mains, criminalisation, réforme agraire et souveraineté alimentaires furent quelques uns des mots qui résonnèrent à Washington pendant l’audience de la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) dont les protagonistes étaient des paysans. Avec à leur tête la Coordination Latino Américaine des Organisations des Campagnes (CLOC-Via Campesina) et avec l’appui du Centre des Etudes Légales et Sociales (CELS), ils ont établi comme une constante que dans le secteur rural « le schéma récurrent du continent » est la violation des droits humains « et sa relation immédiate avec les corporations transnationales et le modèle d’agriculture industriel ». Le rôle des ses entreprises et la subordination  

Diego Monton, originaire de Mendoza (Argentine) de la CLOC, dénonce l’avancée des entreprises dans la potentialisation de la nature. Le maïs permet de l’exemplifier. « Pendant 10 000 mille ans les générations successives des paysans améliorèrent les semences, produisirent le maïs et en prirent soin. Et maintenant, les entreprises y mettent des brevets et se font propriétaire d’une création de générations entières », dénonce-t-il et il lance l’alerte, en Argentine, une loi est en préparation (baptisée « loi Monsanto ») qui restreindra l’usage des semences créoles.

Au cours de l’audience, qui s’est tenue le 28 octobre, Monton explique la proposition de la CLOC : “Les semences ne peuvent avoir de propriétaires. Elles sont un patrimoine au service de l’humanité ». Il plaide également pour le droit à l’alimentation, compris comme le droit pour les peuples de décider de leur système alimentaire. Il rappelle que les paysans « avec seulement un quart des terres agricoles alimentent 70% de la population ».

“L’agriculture industrielle, entre les mains des transnationales, promeut un modèle de privatisation et de mercantilisation des aliments”, converti la nourriture en marchandise soumise à la spéculation financière” spécifie-t-il.

La CLOC a 20 ans d’histoire et est composée de 84 organisations provenant de 18 pays du continent. Pendant l’audience, l’usage massif d’agro-toxiques a été dénoncé, les problèmes de santé que la science a prouvés, l’exode rural, les agro combustibles et la subordination des états aux entreprises.

L’Amérique Latine a une population de 595 million de personnes. 20,5% d’entre elles, vivent en zone rurale (122 millions).Selon le Fond International pour le Développement de l’Agriculture, la pauvreté dans les zones rurales d’Amérique Latine et des Caraïbes est le double de celle qui règne dans les Centres Urbains. 8O% des personnes qui souffrent de la faim et 75% de celles qui vivent dans une pauvreté extrême se trouvent en milieu rural. »Les statistiques révèlent les conséquences des politiques néo libérales et du modèle de production agricole industriel, qui ont une incidence négative sur les Droits Humains des Paysans », précise le rapport présenté devant le CIDH.

Le texte vise le secteur privé. L’exemple est donné de Monsanto, qui contrôle « les 90 pourcents du marché mondial de semences transgéniques et, jointe à 10 autres entreprises, gèrent 90% des agro chimiques. En ce qui concerne la commercialisation des graines, quatre corporations (ADM, Bunge, Cargill et Dreyfus) contrôlent 90% du marché mondial. Le rapport attire également l’attention sur la violence en Colombie, au Paraguay et au Honduras. Il fait remarquer les similarités entre le Brésil et l’Argentine : concentration des terres entre peu de mains et avancées des entreprises sur les territoires paysans et indigènes.

Daniel Pascual du Comité Unité paysanne du Guatemala, précise que dans tout le continent se produisent des avancées de la monoculture, minières, hydroélectriques et pétrolières qui” approfondissent la crise des terres et des aliments”. Il affirme que quand les entreprises ne peuvent s’emparer des terres paysannes et indigènes, «les ministères et tribunaux interviennent pour criminaliser et poursuivre » ceux qui luttent. Il assure que l’unique issue rurale à la faim et à la pauvreté tient en trois paroles : réforme agraire intégrale.

Le commissaire de la CIDH, Rodrigo Escobar demanda s’il existait quelque “bonne pratique » dans un quelconque pays de la région. Diego Monton mentionne la Bolivie et Cuba qui ont des expériences de politiques d’accès à la terre. Le fonctionnaire de la CIDH lance alors une autre question : « La position paysanne est le rejet de l’agro industrie, pose-t-elle qu’elle ne doit pas être promue, ou existe-t-il quelque mécanisme pour concilier l’agro-industrie avec l’économie Paysanne ? ».

Monton rappelle que les paysans n’acceptent pas que « la nature soit brevetée » (par exemple, les semences) .Daniel Pascua résume « La monoculture et l’agro-industrie ne sont pas compatibles avec la souveraineté alimentaire et avec le respect des droits des paysans ».


Traduction Anne Wolff

Source en espagnol :

http://www.pagina12.com.ar/diario/sociedad/3-232809-2013-11-04.html

 

Notes de lectures

Quelques remarques au sujet de ce texte qui illustre très bien quelques-uns des aspects du Mouvement Paysan. Tout d’abord sa caractéristique de mouvement transrégional et transnational. 18 représentants de 18 pays, cela veut dire des représentants de quasi tout les pays d’Amérique Latine, se sont mis d’accord sur une position commune qu’ils défendent ensemble.

La Via Campesina compte 200 millions de membres effectifs dans le monde, et est un courant de pensée et d’action bien plus vaste si on y ajoute tous ceux qui la soutiennent sans en être membres officiellement. S’il s’agit d’une minorité, et nous savons que les agriculteurs paysans sont une espèce menacée dans le monde, il s’agit d’un minorité significative et qui s’attire la sympathie de tous ceux pour qui « le droit à l’alimentation, [doit être] compris comme le droit pour les peuples de décider de leur système alimentaire".

Paysan ou non, habitants des villes et des campagnes,je rencontre autour de moi de nombreuses personnes pour qui ce concept de souveraineté alimentaire fait sens. En Afrique, au Zimbabwe, en fin de semaine, se réuniront 40 membres d’organisations regroupées dans la Via Campesina* pour défendre la liberté de l’usage des semences. En Asie, les organisations liées à la Via Campesina se regroupent autour de cette figure de proue qu’est Vandana Shiva.

Nous sommes donc face à un courant mondial significatif – pour le moins quelques centaines de millions de personnes - capable de s’entendre et de défendre des positions communes et qui a établi entre  les différents courants qui la constituent les relations fortes et fluides d’un rhizome, relations de solidarité sans concentration de pouvoir, développant des complémentarité et des solidarités transnationales, transcontinentales.

A travers le texte ci-dessus, nous découvrons également que ces positions communes participent d’une même conception du monde, d’un même projet de monde résolument incompossible (qui ne peut se développer et exister simultanément) avec le projet de monde néo libéral et que ce qui fonde cette différence se trouve – aussi - dans les notions propriété-concurrence-exploitation pour les seconds, alors que les premiers font exister un modèle d’appartenance de la personne à la planète en tant que milieu ambiant qui  implique l communalité – coopération - « prendre soin de », une cosmovision dont le principe fondateur est le « bien vivre » ..

C’est également une réponse pour ceux qui s’interrogent sur certains choix de traduction que je peux faire… la communalité n’est pas le communisme européen, comme la notion de « milieu ambiant » est un concept autre que celui d’environnement qui suppose en anthropocentrisme implicite, l’homme propriétaire de la terre. « Homme » pas humain, en ce sens que les métaphores qui ont présidé à la naissance de la science moderne comme référent d’un mode d’exploitation, sont celle du viol, de la domination, de la virilité soumettant la féminité de la Terre. Je ne les ai pas en tête, mais par exemple, Gilbert Hottois dans son livre « Qu’est-ce que la bioéthique » nous en donne un joli florilège.

Ce qui n’apparaît pas dans ce texte, mais dans beaucoup d’autres, c’est ce projet paysan comme projet de monde qui va au-delà de l’unique monde paysan. La proposition d’un mode de culture qui refroidit le climat, le soucis de préparer des lieux d’accueil pour ceux que la montée des eaux va submerger, les multiples expériences d’agriculture urbaine qui se développent un peu partout dans le monde, l’analyse de la nouvelle phase d’accumulation du capital et de ces conséquence pour les peuples de la planète, et bien d’autres aspects en font un réel mouvement politique d’avant-garde, une écosophie ou « sagesse de l’habiter ».

Anne W

 

*Des paysans africains se réunissent au Zimbabwe pour renforcer leur lutte sur la souveraineté des semences


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Published by Anne Wolff - dans Gardiens des Semences
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