11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 20:49

 

Une historiette qui me parle et appelle des visages  qui l'illustrent, une hisoriette pour des milliers d'histoires si semblables de personnes singulières, rien que la vérité... douloureuse

 

 

 

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Ses paupières se ferment. A la façon des rideaux de fer, elles annoncent la fin de son rêve. Devanture en berne, inéluctablement. Des gens pressés, un bus à prendre, ne pas être en retard pour le souper. Les rues se sont vidées, laissant place au ballet inquiétant de spectres, enchaînés de leurs espoirs déchus. Ses doux souvenirs lui reviennent en boulets de canons démâtant sa lutte intérieure.

Il se souvient des posters de super héros qui tapissaient sa chambre d’enfant, qui l’invitaient à l’exploit. De ses jouets éparpillés, orphelins le temps d’une nuit de sa créativité débordante. Emmitouflé dans sa couette, il comptait les pas de sa maman, traversant la chambrée sous les regards émus de ses fidèles peluches. Elle les sondait d’un ton inquisiteur « mais où est donc passé mon petit garçon ? ». Il était évident qu’ils ne le dénonceraient pas, les adultes sont parfois bien naïfs. Terré sous son armure douillette, il se les imaginait tout sourires, jubilant que sa cachette ne fût pas encore découverte…

Sa mère chantonnait alors avec douceur le compte à rebours  qui signifiait que les investigations s’intensifiaient : « Il était un petit homme, pirouette, cacahuète. Il était un petit homme, qui avait une drôle de maison, qui avait une drôle de maison ! ».

A la fin de cette comptine qu’il affectionnait tout particulièrement, après que sa maman ait consulté madame l’armoire, peu loquace, et monsieur le coffre à jouet, bougon comme à son habitude, elle relevait la couette et y trouvait sa précieuse créature. Il  lovait de ses petits bras le cou de sa mère, déterminé à faire le plein d’amour pour le  long voyage qu’il allait entreprendre au pays des rêves.

« L’avenir t’appartient… », lui murmurait-elle au creux de l’oreille, avant de déposer sur son front ce baiser protecteur qui chassait toutes ses appréhensions. Quand sa mère se retirait à pas feutré, il se signait. Il collectait ce doux baiser sur son front « au nom de ma mère », puis le déposait sur son cœur : « de son fils », joignait ses mains « de notre saint esprit » et les embrassait « ainsi soit-il… ».

Seize années avaient passés et sa mère n’était plus. Foudroyée par le mâle, qui l’avait détruite à petit feu, puis chassé, lui. Il avait pensé à la rejoindre bien des fois mais la cruauté ne méritait pas aussi belle offrande. « L’avenir lui appartenait » se remémorait-il.

Une larme dégringole sur sa pommette en ce funeste anniversaire. Il se désagrège  de tristesse sur sa couche. Les poings serrés, il remonte sa couverture comme un condamné s’agripperait à sa vie, puis se retourne comme le destin l’a fait voilà maintenant deux ans. A travers l’opercule, l’hiver ricane sous son nez, le fouette de tout son cynisme, le mord de ses incisives moqueuses, qui l’assaillent par milliers. Il délire encore un instant et s’endort, paisiblement.

Une lumière bleutée le réveil, l’agitation alentours est à son comble. En contre-plongée, il distingue deux masses sombres qui s’abattent sur lui. Ils les esquivent à toute berzingue. Ils se croisent sans se remarquer. Apeuré il s’immobilise, les regarde s’agenouiller en gueulant comme des putois avant de se saisir d’une carte qu’ils décryptent…

Une voix lui confirme ce qu’il pressent désormais et qu’il contemple dubitatif  «  Ici Alpha Sierra, l’individu se prénomme Mathieu Drum, 21 ans,…

L’agent de police relâche la pression exercée sur son Talkie-walkie. Il ne peut s’empêcher de murmurer : un  autre SDF… emporté par le froid dans sa maison en carton …

 

                         Mon histoire est terminée, pirouette, cacahuète.

                                        Mon histoire est terminée,

                                  Messieurs, mesdames applaudissez.

                                  Messieurs, mesdames applaudissez...

 

Pirouette, cacahuète...
Auteur : Leo - Source : ipagination

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commentaires

A
<br /> En attendant de l'écouter voici déjà les paroles :<br /> <br /> <br /> Se retrouver dans la rue<br /> Pas difficile<br /> Honteux de sa main tendue<br /> Pas difficile<br /> C'est comme l'envers d'un jeu<br /> Une cascade<br /> Où on glisse peu à peu<br /> Dégringolade<br /> Il suffit d'un matin gris<br /> Bien ordinaire<br /> D'une lettre qui vous dit<br /> "Y a rien à faire<br /> On ne peut plus vous garder<br /> On ne peut plus vous loger<br /> On ne peut plus vous aimer<br /> Il faudra vous débrouiller<br /> Seul"<br /> <br /> {Refrain:}<br /> Quand ça commence<br /> La malchance<br /> Ça vous balance<br /> Drôle de danse<br /> J'y pense<br /> <br /> Dormir sur un coin de quai<br /> Pas difficile<br /> Une inscription à la craie<br /> Pas difficile<br /> Plus de maison, plus de chaud<br /> Et plus de place<br /> On ne donne pas de boulot<br /> À cette crasse<br /> Plus de boulot, plus de sous<br /> Et plus de piaule<br /> C'est une histoire de fous<br /> Pas vraiment drôle<br /> On ne peut pas vous laisser<br /> Car le métro va fermer<br /> On ne peut rien vous donner<br /> Pour qu' vous alliez vous saouler<br /> Seul<br /> <br /> {au Refrain}<br /> <br /> Se retrouver en prison<br /> Pas difficile<br /> Votre mère avait raison<br /> Pas difficile<br /> Prendre un peu ce qui est là<br /> Qui fait envie<br /> Et qu'on ne vous donne pas<br /> Vive la vie !<br /> Ou glisser sans le savoir<br /> Drôle de drame<br /> Au filet du désespoir<br /> Pour quelques grammes<br /> On ne peut pas vous donner<br /> On ne peut pas vous soigner<br /> On n' peut pas vous pardonner<br /> Faudra vous habituer<br /> Seul<br /> <br /> {au Refrain}<br /> <br /> Passer sans se retourner<br /> C'est trop facile<br /> Dire qu'on n'a pas à donner<br /> C'est trop facile<br /> Penser qu'on est différent<br /> Parce qu'on est propre<br /> Quand le malheur mécontent<br /> Nous apostrophe<br /> C'est ignorer qu'un matin<br /> Demain peut-être<br /> On peut la tenir en main<br /> La triste lettre<br /> On ne peut plus vous garder<br /> On ne peut plus vous loger<br /> On ne peut plus vous aimer<br /> Il faudra vous débrouiller<br /> Seul<br /> <br /> Quand ça commence<br /> La malchance<br /> Ça vous balance<br /> Drôle de danse<br /> <br /> {au Refrain}<br /> <br /> J'y pense<br /> <br /> <br /> Oui, difficile de ne pas céder au découragement, mais comme l'a dit Edmund Burke "Personne ne commet une faute plus grande que celui qui ne fait rien parce qu'il ne peut pas faire beaucoup."<br /> <br /> <br /> Les petits maillons forment les grandes chaînes.<br />
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A
<br /> <br /> Merci pour ces belles paroles.<br /> <br /> <br /> Je suis convaincue de toute façon que le seul vrai changement populaire ne peut se produire que par la jonction de petits groupes autonomes qui se rejoigne. Le succès des Indignés d'Espagne vient<br /> de l'existence de centre sociaux actifs qui outre leurs participants ont amené leur expérience et leur logistique.<br /> <br /> <br /> J'ai essayé de monter un projet dans ce sens ici et je me suis ramassé la gueule, me heurtant à la fois aux Pouvoirs pas très publics et aux associations qui occupent déjà le terrain se faisant<br /> leur niche dans la pauvreté mais qui passent plus de temps à blablater et rédiger des rapports qu'à apporterdes solutions concrètes.et qui protègent leur monopole grâce à leurs réseaux<br /> politiques.<br /> <br /> <br /> La conséquence a été beaucoup de destruction par la misère de personnes qui méritaient vraiment  mieux, alors qu'elle aurait pu être évitée aves de petits moyens.Aujourd'hui mon petit groupe<br /> n'est plus en état, il y a des seuils vers le bas qui sont quasi irréversibles.Un ami est mort, un autre ne va guère mieux. Et les autres n'en parlons pas, ni de cette dégradation généralisée des<br /> relations,des santés des uns et des autres, la remontée de délinquence...<br /> <br /> <br /> Une longue histoire avec une chute rapide. Là je pense à monter un nouveau blog qui soit plus spécifiquement accés sur la Belgique mais pas seulement et qui relaient à lafois les bonnes<br /> initiatives mais aussi les alertes.... et permettent à des gens isolés qui désirent agir de se rencontrer sans passer par les réseaux polititiciens....<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> http://www.youtube.com/watch?v=1-XfFEea_yM<br />
Répondre
A
<br /> <br /> Dommage, je ne peux pas regarder les vidéos.... Anne Sylvestre venait à la maison quand j'étais petite, une vraiment belle personne et j'ai longtemps rêvé d'avoir une maman qui lui ressemble....<br /> une sorcière comme les autres.<br /> <br /> <br /> Nostalgie d'une époque révolue et d'un monde qui n'est jamais advenu,puissent les génerations qui se lèvent réussir là où nous avons échoué.<br /> <br /> <br /> J'en ai croisé aussi de ceux qui se retrouvent à vivre la rue dès 15, 16 ans.... certains sombrent très vite mais ceux qui résistent sont impressionants...<br /> <br /> <br /> Je ne sais plus trop par quel bout prendre les choses pour apporter ma petite contribution à la lutte contre cette misère grandissante.<br /> <br /> <br /> J'écouterai dès que j'aurai un accès un peu plus performant.<br /> <br /> <br /> <br />

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  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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