6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 13:23

 


Dérives de la psychologie américaine

par Marc-André Cotton Partie 2

 

 

Pégagogie Noire : du comportemantalisme à la torture. Partie 1

 


Remettre en scène la torture de l’abandon et de la mort
Au cours des années 1960, tandis que les théories de Skinner triomphaient et
remodelaient peu à peu la société américaine, de jeunes chercheurs en psychologie
entreprirent cependant de contester leur hégémonie.
En infligeant des chocs électriques à des chiens de laboratoire qu’ils soumettaient à
divers apprentissages, le Dr Martin Seligman et ses collègues de l’université de
Pennsylvanie s’aperçurent en effet que certains de leurs sujets ne réagissaient pas à
une nouvelle secousse par un comportement d’évitement, comme le prévoyait le
béhaviorisme radical de Skinner, mais se couchaient pitoyablement sur le fond de
leur cage en attendant le choc suivant. Ils en déduisirent que ces animaux avaient été
conditionnés à l’impuissance et forgèrent le concept de learned helplessness ou
«impuissance acquise » (57).

Leur modèle fut ensuite étendu à l’être humain pour tenter notamment d’expliquer les
états de dépression caractérisés par une absence d’émotions et de réactions. D’après
ces psychologues, une personne qui éprouvait le sentiment de ne pas avoir de
contrôle sur sa vie souffrait probablement d’une «impuissance acquise» et pouvait
espérer y remédier en intégrant peu à peu des expériences gratifiantes qui stimulent
son amour-propre. Dans un élan utopiste que n’aurait pas renié leur illustre
prédécesseur, les scientifiques envisagèrent la création d’Instituts d’optimisme dans
lesquels des recherches sur le contrôle du comportement seraient menées et « ensuite
appliquées aux écoles, aux espaces de travail et à toute la société.» (58)
Ouvrant la voie à la psychologie positive, ces travaux furent largement salués et
divers programmes destinés « à protéger les enfants contre la dépression et à
construire une résilience pour la vie » fleurirent un peu partout aux États-Unis et dans
le monde (59). En 1996, le Dr Seligman fut élu président (1998) de l’American
Psychological Association avec une majorité historique et dirige aujourd’hui le
Centre de psychologie positive de l’université de Pennsylvanie.
C’est donc avec une certaine consternation qu’en juillet 2005, la journaliste Jane
Mayer du New Yorker révéla que les travaux du Dr Seligman avaient été utilisés par
la CIA pour perfectionner les tactiques visant à «briser» les détenus soupçonnés de
terrorisme (60). Lors d’une entrevue avec elle, le professeur expliqua avoir donné une
conférence de trois heures parrainée par la Joint Personnel Recovery Agency (JPRA),
à la base navale de San Diego au printemps 2002, devant une centaine de
responsables de la Navy et de la CIA (61).
À cette occasion, il aurait parlé de la manière dont les soldats américains tombés aux
mains de l’ennemi pourraient utiliser l’«impuissance acquise» pour résister aux
tortures et éluder efficacement les questions de leurs geôliers (62). Parmi ses auditeurs
attentifs figuraient notamment deux psychologues militaires dont les rôles devaient se
révéler déterminants dans l’actualisation des pratiques d’interrogation de l’agence :
les Dr John “Bruce” Jessen et James E. Mitchell. Le moment était décisif pour le
développement de ce que George W. Bush appellerait désormais « le Programme »,
car un combattant taliban du nom d’Abu Zubaydah, présenté comme «un officiel
d’Al-Qaida très haut placé» (63) – venait d’être capturé au Pakistan après un raid
sanglant et le Pentagone exigeait des méthodes radicales pour le faire parler. Mitchell
ne cachait pas son admiration pour le Dr Seligman et prétendait appliquer le concept
d’«impuissance acquise» à des suspects de cette importance.



Quand la CIA l’envoya en Thaïlande, dans la prison secrète où Abu Zubaydah avait
été transféré, ce dernier se trouva bientôt dévêtu et placé dans une petite boîte de
confinement – comme un chien justement. Un agent du FBI qui s’était occupé du
détenu blessé fut révolté par un tel traitement, mais Mitchell rétorqua : «La science,
c’est la science. Cette affaire relève du béhaviorisme.» (64)
Mitchell fut rejoint fin juillet par Jessen et l’agence demanda alors formellement au
département de la Justice l’autorisation de recourir à une dizaine de techniques
coercitives destinée à «convaincre Zubaydah que la seule manière d’agir sur son
entourage [était] de coopérer.» La réponse circonstanciée du juriste Jay Bybee –
également signataire, ce même 1er août 2002, de l’infâme avis de droit redéfinissant
la torture – montre tout ce que les méthodes «renforcées» d’interrogation adoptées
par la CIA doivent aux dérives des sciences du comportement (65).


Le mémorandum de Bybee reformulait tout d’abord la requête de l’agence qui
souhaitait faire passer les interrogatoires de Zubaydah à une «phase de pression
accrue» et utiliser ces techniques «d’une manière en quelque sorte graduelle,
culminant avec la simulation de noyade.» Celles-ci comprenaient également diverses
menaces physiques, une variété de positions de stress, le confinement dans une boîte
(petite ou plus grande, avec et sans insectes) et la privation de sommeil allant jusqu’à
onze jours consécutifs. L’observation du détenu, notamment sa peur des insectes, était
à l’origine de certains procédés spécifiques.
Le juriste s’étendait ensuite longuement sur le recours au waterboarding – une torture
inspirée de l’Inquisition espagnole qui déclenche automatiquement une sensation
physiologique de noyade que l’individu ne peut contrôler. Un rapport ultérieur du
Bureau de l’Inspecteur général de la CIA indique que les interrogateurs de Zubaydah
lui infligeront ce supplice « au moins 83 fois au cours du mois d’août 2002. » (66)
Interviewé par une délégation du Comité international de la Croix-Rouge après son
transfert à Guantánamo en septembre 2006, Abu Zubaydah tentera de mettre des mots
sur cette épreuve effroyable :
«Un tissu noir fut alors placé sur mon visage et l’interrogateur utilisa une bouteille
d’eau minérale pour verser de l’eau sur le tissu afin que je ne puisse plus respirer
[...]. Je me débattais avec mes liens, pour tenter de respirer, mais c’était sans espoir.
Je pensais que j’allais mourir. Je perdis le contrôle de mes urines. Depuis, je perds
toujours le contrôle de mes urines lorsque je suis soumis à un stress. » (67)

Dès leur incarcération dans les prisons secrètes de la CIA, Zubaydah et plusieurs de
ses codétenus furent soumis à divers types d’expérimentation visant à éprouver «le
Programme » alors en cours d’élaboration. Ils étaient fréquemment déplacés d’un lieu
de détention à un autre, parfois distant de plusieurs heures de vol, ce qui accentuait
leur sentiment d’abandon et d’impuissance. Des gardes les déshabillaient dès leur
arrivée et les maintenaient entièrement nus dans de petites cages conçues pour réduire
leurs mouvements.


Pendant plusieurs semaines, leur régime alimentaire se limitait à boire de l’eau et de
l’Ensure – une boisson vitaminée qui les faisait d’abord vomir – et tous perdirent
beaucoup de poids. L’air ambiant était conditionné et toujours très froid. Une
musique assourdissante tournait en boucle jour et nuit, parfois remplacée par des
sifflements ou des craquements aigus. Lors des séances de waterboarding toujours
conduites en présence de personnels médicaux, un appareil enregistrait l’évolution
des pulsations cardiaques et de l’oxygène sanguin. «J’ai perdu connaissance à
plusieurs reprises, confia Abu Zubaydah. C’était comme s’ils faisaient des
expériences et essayaient des techniques qui seraient plus tard utilisées contre
d’autres.» (68)
Un récent rapport de l’organisation Physicians for Human Rights confirme que tel a
bien été le cas. Les services médicaux de la CIA recueillirent des observations leur
permettant de raffiner le waterboarding – par exemple en remplaçant l’eau par une
solution saline afin de multiplier les séances (69). Ainsi, au cours du seul mois de mars
2003, l’agence appliqua cette torture à 183 reprises contre le cerveau présumé des
attentats du 11 septembre, le Pakistanais Khalid Cheikh Mohammed (70). Par la suite,
ce dernier confiera avoir inventé nombre de fausses informations pour tenter
d’écourter son supplice (71).
L’acharnement des interrogateurs à humilier et à dépersonnaliser leurs captifs défiait
également l’entendement comme le consignait encore avec effroi le rapport de la
Croix-Rouge.

Cette compulsion vengeresse témoignait de la férocité avec laquelle
ces jeunes soldats avaient eux-mêmes été offensés par leurs éducateurs et par leurs
instructeurs militaires au point de perdre le sens de leur propre dignité. Maintenus à
l’isolement et constamment menottés, les détenus restaient nus pendant plusieurs
semaines – même au cours des interrogatoires ou en présence de personnels féminins.
Lors des stations debout qui pouvaient durer dix jours, bras étendus au-dessus de la
tête, les suppliciés portaient des langes ou en étaient réduits à déféquer sur leurs
jambes.

Des vêtements leur étaient apportés lorsque leurs geôliers avaient quelque raison de
les féliciter, puis littéralement arrachés le lendemain. Parfois, les tortionnaires leur
passaient un collier de chien autour du cou et se servaient de la laisse pour les
promener dans les corridors ou pour lancer leur tête contre les murs...
Un funeste bizutage
En novembre 2008, le rapport d’une Commission sénatoriale (72) confirmera également
les rôles joués par les Dr Jessen et Mitchell dans l’élaboration de ces pratiques
dégradantes au point qu’un journaliste du New York Times présentera ces
psychologues comme «les architectes du programme d’interrogatoires le plus
important dans l’histoire du contre-espionnage américain.» (73)
L’un et l’autre ont longtemps enseigné à l’École de survie de la US Air Force basée à
Fairchild près de Spokane (Washington). Cette Académie fondée pendant la Guerre
froide et baptisée SERE – pour Survival, Evasion, Resistance and Escape – est
censée renforcer la résilience des soldats capturés par l’ennemi. Pendant plusieurs
semaines, les jeunes cadets sont soumis à des situations de stress d’intensité
croissante.


Ceux qui, comme les Marines ou les futurs pilotes, suivent le niveau C sont aussi
entraînés à résister aux interrogatoires. Après une chasse à l’homme, ils sont capturés
et enfermés dans un camp de prisonniers factice où les instructeurs tentent de les
priver de leur identité en les isolant, en les empêchant de dormir, en les exposant à
des bruits assourdissants, voire en leur faisant subir ou assister à une séance de
waterboarding.
Douteux mélange de Pédagogie noire et de science béhavioriste, la doctrine du
programme SERE suppose qu’en soumettant les jeunes soldats aux pires traitements
qu’ils puissent jamais rencontrer, mais d’une manière graduelle et contrôlée, ils
seraient en quelque sorte émotionnellement vaccinés et augmenteraient ainsi leurs
chances de résister à de « vraies » tortures (74).
En réalité, il s’agit bien là de tortures dont les séquelles marqueront durablement le
psychisme de leurs jeunes victimes. Un ancien Marine ayant subi le niveau C décrit
ce qui, d’après lui, ressemblait plus « à un rituel élaboré de bizutage qu’à une
véritable formation » :


«Dans cette école, j’ai vécu comme un animal. J’ai été encagoulé, battu, affamé,
dénudé et douché dans l’air froid de décembre jusqu’à l’hypothermie. À un moment,
je ne pouvais plus parler parce que je tremblais si fort. Jeté dans une cage d’un mètre
carré avec juste une boîte de café rouillée pour pisser dedans, j’ai été averti que le
pire allait encore venir. J’ai été violemment interrogé à trois reprises.
Comme j’avais oublié mon numéro de prisonnier, j’ai été attaché à un chariot et forcé
à regarder un codétenu subir une simulation de noyade à quelques centimètres de
moi. Je n’oublierai jamais le son de ce jeune matelot suffocant, apparemment si
proche de la mort, payant pour mon erreur. » (75)
En quelques jours, ce jeune lieutenant vit ses repères s’effondrer et crut réellement se
trouver dans une espèce de no man’s land où régnait l’arbitraire : « J’étais sûr que
mes geôliers, qui portaient des uniformes de style soviétique et parlaient avec des
accents slaves, iraient jusqu’au bout s’il le fallait. »
Un autre cadet de la US Air Force Academy, basée à Colorado Springs (Colorado),
subit le même traitement et devint par la suite un facilitateur. Vingt-cinq ans plus tard,
il en parle comme de l’expérience la plus intense qu’il ait jamais traversée :
« J’ai été enfermé dans une très petite boîte. Comme j’étais un joueur de football à
l’université, je leur ai dit de ne pas me mettre là-dedans car j’avais eu des opérations
au genou et ce genre de choses. Ils m’y ont mis quand même. [...] Ils passaient en
boucle un poème de Rudyard Kipling appelé Boots [...] qui pouvait vous rendre fou à
l’entendre sans arrêt sur ces haut-parleurs. Ils passaient de la musique siamoise. Ils
passaient une sonnerie de téléphone, ce genre de choses. Et pendant tout ce temps, ils
ne vous laissaient pas vous asseoir sur le sol. Une fois dans la grande boîte, ils vous
sortaient et vous mettait en position de stress. Ils vous mettaient à genoux sur un
morceau de bois et vous faisaient tenir vos bras en l’air en même temps. Pendant tout
ce temps, ils vous harcelaient. » (76)


L’expérience traumatisante de l’École de survie n’est certainement pas étrangère au
détachement avec lequel certains de ces diplômés reproduisirent des abus similaires
sur les détenus qu’ils avaient pour mission de séquestrer ou d’interroger.
Ce passage obligé est sans doute l’une des causes de la résignation collective qui
permit aux pratiques de tortures de se propager du haut de la chaîne de
commandement jusqu’aux geôles croupissantes de Bagram ou d’Abou Ghraib.

D’après une étude militaire réalisée en 2006, 44 % des Marines en service actif
pensaient en effet que la torture était légitime pour sauver la vie d’un camarade et
seuls 38 % estimaient que tous les civils devaient être traités avec dignité et respect (77).
Dans un contexte où leur propre survie était en jeu, l’aptitude à dissocier leurs
émotions du contexte initial qui les avait provoquées les précipitaient dans la remise
en scène de maltraitances cruelles.
Adeptes de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, plus connue sous le
nom d’Église mormone, les Dr Jessen et Mitchell avaient également une foi quasi
messianique dans les vertus supposées de la formation SERE (78). Après leurs services
respectifs à l’École de survie de Fairchild, le premier avait été nommé psychologue
en chef à la Joint Personnel Recovery Agency (JPRA) et le second travaillait en tant
que consultant privé pour la CIA.
Bouleversé par la tragédie du 11 septembre, Mitchell proposa à son ancien collègue
de rédiger un projet suggérant d’utiliser leurs méthodes contre Al-Qaida et de
transmettre celui-ci à sa hiérarchie. Les deux hommes prétendaient que la formation
SERE n’entraînait aucun préjudice pour la santé des jeunes recrues et que certaines
des techniques du niveau C pouvaient être en quelque sorte retournées et transposées
au contexte d’un interrogatoire.


D’après un rapport interne, seule une petite minorité des 26’829 cadets ayant subi
l’entraînement SERE de l’U.S. Air Force entre 1992 et 2001 avait dû s’y soustraire
pour des raisons psychologiques (79). De plus, le mémorandum signé par Bybee
affirmait «qu’aucun dommage mental durable ne résulterait de l’application de ces
méthodes à l’interrogatoire de Zubaydah.» (80)
N’étant pas considérées comme des tortures au sens du département de la Justice,
elles allaient trouver leur place dans la panoplie de tactiques susceptibles d’être
infligées aux détenus. Le Dr Jessen était favorable à ce que des instructeurs SERE
contribuent aux interrogatoires et ébaucha un programme de formation destiné à
Guantánamo81. Dès l’été 2002, la JPRA offrit également son assistance à la CIA en
organisant plusieurs cours d’entraînement aux techniques SERE destinés aux
personnels de l’agence.
Sous l’impulsion de ce nouveau paradigme, Guantánamo devint un véritable « banc
d’essai » pour les nouvelles techniques coercitives d’interrogation avant leur
approbation par le Pentagone en décembre 2002.

Le commandement de la base créa une première «équipe de consultation en sciences
du comportement» entraînée par le colonel et psychologue SERE Morgan Banks,
futur membre de la task force sur l’éthique mise sur pied par la direction de l’APA au
printemps 2005.


Le rôle de ces Behavioral Science Consultation Team (BSCT) – bientôt affectées
dans tous les centres de détention d’Afghanistan et d’Irak – sera notamment de
conseiller les interrogateurs sur les techniques de conditionnement, d’examiner les
dossiers des détenus pour déterminer leur profil psychologique et d’analyser leur
comportement pour orienter les interrogatoires.
Lors de la formation supervisée par Banks, il fut indiqué que « toutes les activités
quotidiennes devaient être irrégulières » afin de désorienter les prisonniers (82). Un
catalogue de mesures destinées aux captifs de culture arabo-musulmane fut présenté
– entre autres la tactique dite «invasion de l’espace personnel par une femme» bientôt
appliquée à l’interrogatoire du jeune Al-Qahtani – et l’on discuta du recours aux
phobies individuelles comme la peur des chiens.
Arguant des dangers inhérents au waterboarding et autres pressions physiques
utilisées par les instructeurs SERE, Banks suggéra de ne pas transposer ces dernières
aux interrogatoires et souligna leur caractère inefficace : «Si des individus sont
soumis à un inconfort suffisant, à la douleur par exemple, ils feront tout ce qu’ils
peuvent pour faire cesser cette douleur. Cela augmentera la quantité d’informations
qu’ils livreront à l’interrogateur, mais cela ne veut pas dire que ces informations
seront exactes. En fait, cela diminue généralement la fiabilité de l’information parce
que la personne dira tout ce qu’elle pense pouvoir faire cesser la douleur. » (83)
Au cours du mois de novembre 2002, des responsables du FBI et des Services
d’investigation criminelle des armées soulevèrent également des objections à l’usage
des techniques coercitives en faisant notamment valoir qu’elles exposaient leurs
personnels à des sanctions.
Mais le commandement de Guantánamo passa outre sous la pression directe du
secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz qui entretenait un contact permanent
avec la base. Un plan fut élaboré pour «casser» Mohammed Al-Qahtani et «établir
son rôle dans les attaques du 11 Septembre.» (84) Dans un premier temps, les
interrogateurs chercheraient à induire et à exploiter le syndrome de Stockholm en

utilisant un environnement austère et isolé dans lequel le détenu «deviendrait
complètement dépendant de ses interrogateurs.»


Dans un deuxième temps, les techniques SERE seraient utilisées pour «accroître son
sentiment d’impuissance» – y compris la simulation de noyade – et le contraindre à
coopérer. À quelques détails près, l’interrogatoire coercitif d’Al-Qahtani servira de
modèle aux procédures standard d’interrogation appliquées non seulement à
Guantánamo, mais également en Afghanistan et en Irak jusqu’à leur révocation par le
nouveau directeur de l’OLC Jack Goldsmith en décembre 2003.
Avec la formation et la dissémination de nouvelles équipes de comportementalistes
vers les centres américains de détention engagés dans la guerre contre la terreur, les
tortures et les mauvais traitements infligés aux détenus prendront des proportions
inédites surprenant bien des observateurs.


Cette pandémie est pourtant l’un des fruits délétères de la pensée éducative
dominante qui pose le Mal en l’homme et réprime la réalisation de sa conscience.
Prenant le relais du protestantisme dont elles n’ont pas remis en cause l’héritage, les
recherches en psychologie dictent de nouvelles façons de punir et favorisent des
mises en scène cruelles. Au sommet de la hiérarchie sociale et sous prétexte de
sécurité, le chef de l’État ordonne alors la liturgie d’une Passion vengeresse tout en se
persuadant qu’il oeuvre « pour le Bien ».
S’exprimant au dîner annuel de l’Economic Club de Grand Rapids (Michigan)
plusieurs mois après la fin de son mandat, George W. Bush admettra dans un élan de
candeur stupéfiant : « Oui, nous avons “waterboardé” Khalid Cheikh Mohammed
[et] je le ferais à nouveau pour sauver des vies. » (85)

Marc-André Cotton
© M. A. Cotton, 3.2013 / www.regardconscient.net

 

NOTES
13 « Sans aucun doute, la guerre psychologique a démontré qu’elle mérite une place de choix
dans notre arsenal militaire. » Dwight D. Eisenhower cité par Frank Summers, Making
Sense of the APA : A History of the Relationship Between Psychology and the Military,
Psychoanalytic Dialogues, Vol. 18, No 5, 2008, pp. 614-637.

14Chiffres fournis par Ellen Herman, The Romance of American Psychology, University of
California Press, Berkeley, 1995, p. 2.

15Lire Frank Summers, op. cit. Ce montant annuel représente environ 320 millions de
dollars actuels.

16Alfred McCoy, A Question of Torture, from the Cold War to the War on Terror,
Metropolitan Books, 2006, Holt Paperbacks, 2007, p. 7.

17Le psychiatre et psychohistorien Robert Jay Lifton rappelait que la culture populaire
dépeignait alors le « lavage de cerveau » communiste comme « une méthode absolue,
irrésistible, insondable et magique pour parvenir au contrôle total de l’esprit humain. »
Robert J. Lifton, Thought Reform and the Psychology of Totalism : A Study of Brainwashing
in China, University of North Carolina Press, 1989, p. 4.


18Allen W. Dulles, cité par Martin A. Lee et Bruce Shlain in Acid Dreams – The Complete
Social History of LSD : The CIA, the Sixties, and Beyond, Grove Press, 1994 (nouvelle édition), p. 27. Pour le texte original, voir Allen W. Dulles, Brain Warfare, 10.4.53, pp 2-3, http://
documents.theblackvault.com/documents/mkultra/ MKULTRA1/DOC_0000146077/

19Alfred McCoy, A Question of Torture, op. cit., p. 31.

20Alfred McCoy, A Question of Torture, op. cit., pp. 35-37.

21Cité par Alfred McCoy, A Question of Torture, op. cit., p. 38.

22Dans son introduction au Symposium, le Dr Hebb expliqua : « Les études que nous avons
faites à l’université McGill commencèrent en réalité avec le problème du “lavage de
cerveau”. Nous n’étions pas autorisés à le mentionner dans la première publication. Ce que
nous avons dit était cependant vrai – à savoir que nous nous intéressions aux effets de la
monotonie sur les personnes employées à des tâches de surveillance ou à d’autres travaux
du même genre. Mais l’impulsion essentielle découlait évidemment de la consternation
suscitée par le genre de “confessions” produites lors des procès de la Russie communiste.
L’expression de “lavage de cerveau” apparut un peu plus tard, appliquée aux procédures
chinoises. Nous ne savions pas ce qu’étaient les procédures russes, mais il semblait qu’ils
obtenaient des modifications étonnantes du comportement. Comment ? L’un des facteurs
possibles était l’isolation sensorielle et nous nous sommes concentrés là-dessus. » Philip
Solomon et al., Sensory Deprivation : A Symposium Held at Harvard Medical School,
Harvard University Press, 1961, p. 6.

23Donald Wexler et al., Sensory Deprivation : A Technique for Studying Psychiatric Aspects
of Stress, AMA Archives of Neurology and Psychiatry, Vol. 79, No 2, février 1958, pp.
225-233. Lire Alfred McCoy, A Question of Torture, op. cit., p. 40.

24Albert D. Biderman et Herbert Zimmer, The Manipulation of Human Behavior, John Wiley
& Sons, 1961, La contribution de la U.S. Air Force est mentionnée en page viii.
http://www.voltairenet.org/IMG/pdf/Biderman_Manipulation_of_Human_Behaviour-4.pdf.

25Lawrence E. Hinkle, Jr., The Physiological State of the Interrogation Subject as it Affects
Brain Function, in Albert D. Biderman, The Manipulation of Human Behavior, op. cit., p. 29.

26Kubark Counterintelligence Interrogation, juillet 1963, p. 2, http://www.ethicalapa.com/
files/Kubark_1.pdf.

27Ibid., pp. 88-90, http://www.ethicalapa.com/files/Kubark_2.pdf.

28À ce propos, lire notamment Dr Michel Odent, L’Amour scientifié, les mécanismes de
l’amour, Jouvence éditions, 2001, p. 21 sv.

29Johanna Haarer, Die deutsche Mutter und ihr erstes Kind, Carl Gerber Verlag, München,
1940, p. 109.

30Dr Luther Emmett Holt et Dr Henry Shaw, Save the Babies, American Medical
Association, 1915, p. 6.

31Dr Luther Emmett Holt, The Care and Feeding of Children, A Catechism for the Use of
Mothers and Children’s Nurses, Appleton & Co, 1894, BiblioBazzar, 2008, p. 133. Ce livre
a connu soixante-huit éditions en anglais entre 1894 et 1935.

32Eric William Boyle, Childbirth and Reproduction, US History Encyclopedia, http://
www.answers.com/topic/childbirth-and-reproduction. Lire également Richard W. et Dorothy
C. Wertz, Lying In : A History of Childbirth in America, Yale University Press, 1989, pp.
132 sv.



33Sur l’engouement pour le «twilight sleep», lire notamment Dr Michel Odent,
Développement explosif de l’industrialisation de la naissance in Le Fermier et
l’Accoucheur, éditions Médicis, 2002, 2004, pp. 46-51. Dans ses recherches en santé
primale, le Dr Odent fait remarquer que l’âge du « twilight sleep » a été suivi par la «drug
culture» des années 1960, suggérant l’influence des drogues obstétricales sur la génération
«hippie».

34John B. Watson et Rosalie A. Rayner Watson, Psychological Care of Infant and Child,
Norton, 1928, p. 46. L’auteur principal ajoutait : « Il est particulièrement aisé de modeler la
vie émotionnelle à cet âge tendre. Je pourrais faire cette simple comparaison : le forgeron
prend la masse de métal chauffé, la place sur l’enclume et commence à la former en
fonction de ses ébauches. Parfois, il utilise un marteau lourd, parfois un outil plus léger ;
parfois il frappe un grand coup dans la masse malléable, parfois il ne fait que l’effleurer. De
la même manière, nous commençons dès la naissance à modeler la vie émotionnelle de nos
enfants. »

35John B. Watson et Rosalie A. Rayner Watson, Psychological Care of Infant and Child, op.
cit., pp. 80-81.

36John B. Watson et Rosalie A. Rayner, Conditioned Emotional Reactions, Journal of
Experimental Psychology, Vol. 3 (1), pp. 1-14, février 1920, http://psychclassics.yorku.ca/
Watson/emotion.htm.



37Pour une intéressante biographie de Watson, lire Kerry W. Buckley, Mechanical Man :
John Broadus Watson and the Beginnings of Behaviorism, Guilford Press.38Skinner en
résume les principes dans un texte non daté, A Brief Survey of Operant Behavior, site de la
B. F. Skinner Foundation, http://www.bfskinner.org/bfskinner/SurveyOperantBehavior.html.

39À ce propos, lire notamment William T. O’Donohue et Kyle E. Ferguson, The Psychology
of B. F. Skinner, Sage Publications, 2001, pp. 101-148.

40Dans le troisième volume de son autobiographie, Skinner écrit : « Beaucoup de mes
positions scientifiques semblent avoir débuté comme une théologie presbytérienne, pas très
loin de la congrégation [du prédicateur calviniste] Jonathan Edwards. » B. F. Skinner, A
Matter of Consequences, Knopf, 1983, p. 403.

41Les citations suivantes sont extraites de B. F. Skinner, Particulars of my Life, Knopf, 1976,
pp. 60-62.

42B. F. Skinner, Punishment in Science and Human Behavior, Macmillan, 1953, Free Press,
1965, pp. 182-193, http://www.bfskinner.org/bfskinner/PDFBooksSHB_files/
Science_and_Human_Behavior_1.pdf. Ce livre est paru en français sous le titre Science et
comportement humain, In Press, 2005.

43B. F. Skinner, Walden Two, Macmillan, 1948, Hackett Publishing Company, 2005. Ce livre
est paru en français sous le titre Walden 2 : Communauté expérimentale, In Press, 2005.

44Lire B. F. Skinner, Science and Human Behavior, op. cit., pp. 31 sv.

45Dans le chapitre Deprivation and Satiation, page 149, Skinner fait par exemple remarquer :
« [...] l’effet du renforcement opérant ne sera pas observé si l’organisme n’a pas été
convenablement soumis à une privation. » 46B. F. Skinner, Science and Human Behavior,
op. cit., p. 73.

47Dans Science and Human Behavior, Skinner écrit par exemple : « Une drogue est
administrée de façon répétée jusqu’à ce que son pouvoir de renforcement soit important.
Elle est alors utilisée pour renforcer le comportement désiré – par exemple, le
comportement d’un prisonnier de guerre dans ses réponses aux questions. La drogue lui est
retirée et la probabilité du comportement augmente grandement. » Op. cit., p. 152.



48B. F. Skinner, Particulars of my Life, op. cit., p. 23.

49B. F. Skinner, Particulars of my Life, op. cit., p. 43.
50Skinner rapporta : « Lorsque j’étais tout petit, mes parents m’emmenèrent à Milford, une station
touristique sur le Delaware, et on leur demanda de quitter le premier hôtel dans lequel ils
descendirent parce que je pleurais toute la nuit. » Particulars of my Life, op. cit., p. 23.

51B. F. Skinner, Particulars of my Life, op. cit., p. 64. La remarque était particulièrement
terrifiante puisque le nom de Skinner signifie justement “l’écorcheur”.



52B. F. Skinner, cité par Daniel W. Bjork, B. F. Skinner : A Life, Basic Books, 1993, APA,
1997, p. 21.

53B. F. Skinner, Baby in a Box, Ladies’ Home Journal, octobre 1945, http://www.uni.edu/
~maclino/cl/skinner_baby_in_a_box.pdf.

54James Dobson, Dare to Discipline, Tynale House Publisher, 1970, 1973, pp. 67-68.

55James Dobson, Dare to Discipline, op. cit., pp. 76-77.

56James Dobson, Dare to Discipline, op. cit., p. 79.

57Martin E. P. Seligman et Steven F. Maier, Failure to Escape Traumatic Shock, Journal of
Experimental Psychology, May 1967, p. 1-9.

58Christopher Peterson, Steven F. Maier et Martin E. P. Seligman, Learned Helplessness : A
Theory for the Age of Personal Control, Oxford University Press, 1993, 1995, p. 310.

59Martin E. P. Seligman et al., The Optimistic Child : A Revolutionary Program that
Safeguards Children against Depression & b 1995. Cet ouvrage a connu quinze éditions.

60Jane Mayer, The Builds Lifelong Resilience, Houghton Mifflin, Experiment, New Yorker,
11.7.05.

61La Joint Personnel Recovery Agency (JPRA) dépend du Département de la Défense. Elle a
notamment pour mission de prévenir l’exploitation par l’ennemi de renseignements
extorqués à des prisonniers américains. En 2002, elle a offert son assistance à la CIA dans
les interrogatoires coercitifs avec l’approbation de sa hiérarchie.

62Jane Mayer, The Dark Side : The Inside Story of How the War on Terror Turned into a War
on American Ideals, Double Day, 2008, Anchor Books, 2009, pp. 163-164.

63Gerry J. Gilmore, Rumsfeld Confirms Capture of Senior Al Qaeda Leader, American
Forces Press Service, 2.4.02, http://www.defense.gov/news/newsarticle.aspx?id=44203.

64Cité par Ali Soufan, in Michael Isikoff, “We Could Have Done This the Right Way”,
Newsweek, 25.4.09, http://www.thedailybeast.com/newsweek/2009/04/24/we-could-havedone-
this-the-right-way.html.

65Jay S. Bybee et John C. Yoo, Interrogation of al Qaeda Operative, Memorandum for John
Rizzo, Acting General Counsel of the Central Intelligence Agency, U.S. Department of
Justice, Office of Legal Counsel, 1.8.02, déclassifié par l’administration Obama le 16.4.09,
http://www.fas.org/irp/agency/doj/olc/zubaydah.pdf. Les citations suivantes sont extraites de
ce document.

66Counterterrorism Detention and Interrogation Activities (September 2001-October 2003),
Central Intelligence Agency, Office of Inspector General, 7.5.04, p. 90. Document
déclassifié par l’administration Obama en août 2009, http://www.gwu.edu/~nsarchiv/
torture_archive/20040507.pdf.

67Abu Zubaydah cité par le ICRC Report on the Treatment of Fourteen “High Value
Detainees” in CIA Custody, février 2007, p. 30, http://www.nybooks.com/media/doc/
2010/04/22/icrc-report.pdf. Ce rapport confidentiel fut envoyé au Conseiller juridique de la
CIA John Rizzo et divulgué par la presse en avril 2009. Torturé pendant la Guerre d’Algérie,
le journaliste français Henri Alleg rapporta un calvaire similaire dans La Question : «J’avais
l’impression de me noyer et une angoisse terrible, celle de la mort elle-même, m’étreignit.
Malgré moi, tous les muscles de mon corps se bandaient inutilement pour m’arracher à
l’étouffement. Malgré moi, les doigts de mes deux mains s’agitèrent follement.» Henri
Alleg, La Question, Les éditions de Minuit, 1958, pp. 39-40.

68Abu Zubaydah, cité par le ICRC Report, op. cit., p. 31.



69Experiments in Torture : Evidence of Human Subject Research and experimentation in the
“Enhanced” Interrogation Program, Physicians for Human Rights, juin 2010, p. 8, https://
s3.amazonaws.com/PHR_Reports/Experiments_in_Torture.pdf.

70Counterterrorism Detention and Interrogation Activities (Septembre 2001-Octobre 2003),
op. cit., p. 91.

71«Au cours de la période la plus dure de mes interrogatoires, j’ai donné beaucoup de
fausses informations pour tenter de satisfaire les interrogateurs et faire cesser les mauvais
traitements. [...] Je suis sûr que [celles-ci] leur ont fait perdre beaucoup de temps et ont
conduit à plusieurs fausses alertes rouges décrétées aux États-Unis.» Khalid Cheikh
Mohammed interviewé par la Croix-Rouge, ICRC Report, op. cit., p. 37.

72Inquiry into the Treatment of Detainees in U.S. Custody, op. cit., pp. 6-7.

73Scott Shane, 2 U.S. Architects of Harsh Tactics in 9/11’s Wake, New York Times, 11.8.09,
http://www.nytimes.com/2009/08/12/us/12psychs.html.

74La journaliste Jane Mayer compare la formation SERE a « une réserve des connaissances
mondiales en matière de tortures, en un sens l’équivalent militaire des spécimens de virus
mortels stockés dans les congélateurs des laboratoires des Centres de contrôle des maladies
infectieuses. » The Dark Side, op. cit., p. 158.

75David J. Morris, Cancel Water-Boarding 101, Slate, 29.1.09, http://www.slate.com/id/
2210059/.

76Dr Eric Anders interviewé par Amy Goodman, “The Task Force Report Should Be
Annulled” – Members of 2005 APA Task Force on Psychologist Participation in Military
Interrogations Speaks Out, Democracy Now !, 1.6.07, http://www.democracynow.org/
2007/6/1/the_task_force_report_should_be.

77Kimberly Johnson et Kelly Kennedy, Almost Half of Survey Troops Say Torture OK,
Military Times, 10.5.07, http://www.marinecorpstimes.com/news/2007/05/
marine_ethics_070503/. Pour un rapport plus précis de l’étude, lire Gén. James T. Conway,
Mental Health Advisory Team (MHAT) IV Brief, 18.4.07, http://www.militarytimes.com/
static/projects/pages/mhativ18apr07.pdf.

78À noter que le juriste Jay Bybee, signataire des « mémos de la torture », est également un
adepte de cette religion. Titulaire d’une licence en droit de l’université mormone de
Brigham Young dans l’Utah, il servit en tant que missionnaire au Chili après le coup d’État
de 1973. Lire Randy James, Jay Bybee : The Man Behind Waterboarding, Time, 29.4.09,
http://www.time.com/time/nation/article/0,8599,1894309,00.html.
29



79Jay Bybee, Interrogation of al Qaeda Operative, Memorandum for John Rizzo, op. cit., p.
5.

80Jay Bybee, Interrogation of al Qaeda Operative, Memorandum for John Rizzo, op. cit., p.
18.

81JPRA Prepares Draft Exploitation Plan in Inquiry into the Treatment of Detainees, op. cit.,
pp. 14-16.

82Instructeur SERE Joseph Witsch, cité dans Inquiry into the Treatment of
Detainees, op. cit., p. 45.

83LTC Morgan Banks, cité dans Inquiry into the Treatment of Detainees, op. cit., p. 53.

84Inquiry into the Treatment of Detainees, op. cit., pp. 76 sv.

85Paul Owen, George Bush admits US Waterboarded 9/11 Mastermind, guardian.co.uk,
3.6.10, http://www.guardian.co.uk/world/2010/jun/03/george-bush-us-waterboarded-terrormastermind.
30

 Source : http://www.voice-dialogue-sud.com/articles/Derives.htm

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