8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 15:59

 

 

  Grandes résolutions, j’ai décidé ce matin de m’atteler à cette tâche ardue : me situer politiquement.

Pour Hannah Arendt, trois plans de l’existence humaine sont le travail (cycle de la consommation), l’œuvre (qui s’inscrit dans la durée), LE politique (manière des humains de s’organiser entre eux).

Or nous pouvons constater aujourd’hui une réduction de ces dimensions humaines par une projection de l’ensemble sur le plan de la consommation. Une opération de réduction qu’on appellera modernité, un accident de l’histoire qui risque bien de nous être fatal. La politique est une confiscation par quelques-uns - qui le monopolise - du politique qui est   de chacun et de tous. Au cours des dernières décennies, nous avons vu que des pouvoirs économiques s’appropriaient non seulement nos médias qu’ils ont rachetés mais la caste politique qu’ils fabriquent à présent à grand coût de propagande. Pour enfin reterritorialiser l’ensemble sur le seul plan économiste. Et nous retrouvons bien cette notion de la consommation, mise en évidence par Hannah A., comme unique préoccupation admise.

Il est urgent de nous réapproprier nos histoires, les manuels scolaires sont des outils de propagandes qui ancrent dans la conscience des enfants, les mythes de la non-civilisation que nous sommes à présent.

Au cours des derniers mois, je me suis interrogée sur le sens de mon engagement dans ce contexte inédit qui est le nôtre à présent. Une question persiste qui traverse mon histoire depuis la fin des années 70 : « Où est passée la gauche que j’aimais ? »

Nous sommes nombreux  jeunes et ados de cette époque, à avoir traversé une époque militante en nous vivant comme les bâtisseurs du monde à venir. L’avenir nous appartenait. Nos chemins croisaient les sentiers hippies dans un refus commun des guerres d’Indochine : « Vietnam ! Laos ! Cambodge ! L’Indochine vaincra ! »… et nous étions unis par ces aspirations communes de ceux qui projetaient l’an 2000 comme société de loisir actif quand les humains, tous bien nourris, seraient débarrassés du travail obligation/exploitation pour se consacrer au travail plaisir/acte gratuit (pour la beauté du geste). invention/création.

Nous étions portées par l’élan, la force de ces récents anciens qui avaient conquis les droits et les espaces de liberté qui nous permettaient de réinventer le monde débarrassés enfin des carcans de l’Inquisition, pensée libre et féconde, et des jougs de l’exploitation… nous en aurions bientôt fini avec ces surcharges inutiles : les coûts patronaux et les administrations pléthoriques  nécessaires au maintien de leur Ordre.

Nous n’avions rien compris, nous n’avons rien venir, nous étions idiots et cela, chacun l’est pour soi. Et la gauche a cessé d’exister… Une partie, les jaunes se sont rendus aux arguments du système, ils s’en sont fait les complices, supplément d’âme ou alibis. L’autre partie s’est atomisée, morcelée en groupuscules qui depuis ne cessent de se quereller, incapables de reconstruire une unité qui permettent d’intégrer les variantes. Nous savons à présent que cet état de choses a été provoqué volontairement par ceux qui déjà déroulaient les programmes de leur projet de domination globalisée du monde.

Petite digression, du côté du complot. Je pourrais dire que je suis adepte de la théorie du complot depuis le 11 septembre... 1973, depuis que les troupes de Pinochet sponsorisées par le département d’état US et formées à l’Ecole des Amérique ont pris La Moneda conduisant Allende à la mort. Cela s’appelle ingérence colonisatrice et elle est polymorphe. Dans la mesure où la majorité des formes d’ingérence se produisent de manière occulte de manière a favoriser le déroulement d’un projet de monde dont les moyens et la fin sont volontairement dissimulés par leurs auteurs, aux autres habitants de la planète alors que ce programme à leur vie et leur avenir pour enjeu : oui, il y a un complot. Après le coup d’état au Chili, il y a eu le plan Condor, et toutes les formes de manipulations destinées à saper la gauche européenne de l’intérieur. Tout une partie de ces processus étant connues grâce à « leurs documents », alors je vous le dit pour ne pas voir les complots et manipulations qui se trame en permanence et se mettent en place dès qu’apparait un mouvement du ou de la politique susceptible de nuire à la réalisation du programme.

Ainsi donc, cette jeunesse ambitieuse, architecte en puissance de futurs joyeux, un monde construit en chantant, si elle a semé des graines n’a quant à elle pas eu le temps de grandir qu’elle avait disparu minée par d’autres ambition ou par la zizanie qui n’a depuis cessé de miner ses rangs et le fait encore aujourd’hui. Que les vieux militants obstinés et fidèles à leurs idéaux mepardonnent, et je sais qu’il en existe qui malgré toutes les trahisons des dirigeants de partis ou syndicaux n’ont jamais désarmés, le combat contre la désillusion aura été leur principal combat sans gloire, juste une question de confiance et de fidélité. Pardonnez-moi de vous dire que jusqu’ici, votre isolement vous rend négligeables pour le système, que vous contribuez à maintenir cette illusion de dissidence possible qui n’en a plus pour longtemps. Jusqu’ici : parce que la ténacité de vieux militants qui humblement n’ont jamais désarmé est exemplaire et une source de force pour d’autres. Vous êtes assurément une des composantes de la gauche que j’aimais.

Parmi les « récupérés » certains aussi ont ma sympathie, ils jouent les idiots utiles dans les institutions et autres associations, personnes ne les écoutent, mais ils témoignent de la diversité des opinions exprimées dans les débats. Ils planent sur leur petit nuage survolant un monde imaginaire. Et de temps en temps on leur permet de réaliser une action, cela met un peu de fantaisie dans l’austérité. Je n’ai pas pour eux le respect que j’ai pour les vieux militants, mais ils sont en général de ceux que tout le monde aime bien : les doux rêveurs.

Mais que sont devenus les autres, les atomisés ? Les uns, déçus, ont juré qu’on ne les y prendrait plus. Ils sont comme on dit « rentré dans le rang » et certain ne se souviennent même plus à présent qu’ils avaient autre fois rêvé d’un avenir meilleur. On les retrouve aussi parmi ces classes moyennes bobo-écolos, homo cretinus autosatisfactus,  leur panier en paille sous le bras pour faire son (super)marché bio… Sans méchanceté, notre parti Ecolo regorge de ce genre de spécimens dont la connaissance de l’écologie est équivalente à celle que j’ai du Chinois Mandarin. De vraies calamités, à la masse, ils ont fait d’avantage à eux tout seul,  pour discréditer l’écosophie que l’ensemble des autres partis toute tendances politiques confondues ; ils ont favorisé l’instauration de toute une série de mesures ‘austérité racket » sans obtenir aucune avancée écosophique.

Parlons un peu d’écosophie, pourquoi le choix de ce terme. Je récapitule donc : très tôt, j’ai douze ans, ma vie va s’inscrire dans le cadre d’un engagement politique. A treize je commence à déserter l’école, aucune envie d’apprendre des conneries qu’il me faudra désapprendre par la suite… « Hé les mecs, avec un monde à construire, pas de temps à perdre avec des diversions, exit les cours d’histoire. Et surtout les heures d’enfermement ! » Me v’là « agitatrice politique » comme ils disaient. J’avoue sans aucune honte que mon bagage politique était alors plutôt limité et que mon engagement était d’avantage fondé dans le désir de vivre sur une planète où chacun ayant le respect de tous et les moyens de la dignité pourraient enfin œuvrer en paix. Le politique donnant une dimension collective et conviviale à nos existences. Cette conception que nous étions nombreux à partager, - passant de la parka militante à la chemise indienne sans changer de peau, nous dépensant à crier notre force de vie dans les manifestations avant d’aller danser jusqu’au lever du jour suivant - est bien sûr historiquement située, et plus spécifiquement située à la charnière de deux mondes. Nous sommes les enfants de l’Après-Guerre, la dernière nous dit-on alors au moins dans nos régions et bientôt dans le monde inspiré par nos sages préceptes « Paix et prospérité ». Je fais appel aux témoins de cette époque, et j’essaye de me reporter, et je sais que certains me diront que j’avais un point de vue de gosse de bourges. Ben oui, j’ai pas choisi, je suis une gosse de bourges et même pour une partie de ma famille de très gros bourges… et à douze ans, je n’avais pas encore eu l’occasion de repasser au crible les valeurs véhiculées par mon éducation, après j’étais bien trop occupée à changer le monde (ou du moins à me l’imaginer). Je l’ai fait depuis – passer aux cribles de mon projet de monde, les évidences dans lesquelles j’ai grandi, sociale ou familiales) et ce que je peux remettre en question ne se détermine pas en fonction de critères de classes.

Orwell ou Huxley, nous apparaissaient à l’époque comme plein d’imagination, mais un peu timbrés aussi pour inventer de telles fictions. De là à postuler que ceux qui les mettent en pratique aujourd’hui, et bien pire,  sont encore plus timbrés, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

Nous étions une gauche joyeuse, conquérante d’espaces où poser nos pénates, nous avions l’âme en fête, nous serions les contemporains de la fin des guerres et de toute les formes d’injustices et d’exploitation/oppression et du travail, enthousiasmant et utile, nous avions plus qu’il n’en fallait en perspective pour donner sens et consistance à nos destins.

« Nous », j’ai compris plus tard que nous avions été minés, pas seulement par « Serré-du-cul » et « Rabat-Joie », les espions du pouvoir, des trolls en vérité, venus nous rabattre le caquet, mais aussi par ceux qui nourrissaient d’autres ambitions purement personnelles ou sectaires et que ceux-là instrumentalisaient la puissance du mouvement pour leur propre fins. Et d’autres un peu espions et un peu ambitieux, se retrouvent aujourd’hui dans les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale, quelques-uns ont conservé l’étiquette gauche collée sur leur pedigree, d’autres l’ont fait disparaître. Je ne donnerai pas de noms malgré que certains, fort connus, me viennent en tête. Non ?

Petit à petit, le mouvement s’est transformé, il est méconnaissable. J’ai donné les grandes lignes de cette transformation. Les trolls étant ce qu’ils sont, ils monopolisent les réunions, les détournent dans de futiles polémiques, mille fois recommencées, Kronstadt, Potemkine, Yalta… « Poum, poum tralala, l’anarchie vaincra »… les petites ritournelles de l’inertie militante,… une fois réglées les querelles théoriques, les discussions s’engagent pour savoir quelle secte aura son nom en tête de l’affiche de convocation à la prochaine, manifestation, le problème, c’est que quand cela est enfin réglé, les militants de base, les petites mains censé ronéotyper l’affiche se sont barrés, lassés ou appelés par d’autres obligations… Pendant ce temps, les flics expulsent à la matraque, les hyppies, des territoires occupés, campements,  marchés libres,  place publique, plage. Je le sais, j’y étais aussi….

En bonne militante et personne qui n’aime pas dépenser ses petits sous pour des bêtises, en faisant un « calcul de conséquences » à partir des effets produits sur d’autres, j’évite le piège des drogues qui commencent à envahir massivement le marché. Un petit tour du côté du complot, ne le perdons pas de vue, vu que Big Brother lui nous observe. Mais non je ne suis pas parano, Un coup de chance vu que je me retrouve sur deux listes d’organisations passées dont les membres ne doivent jamais être totalement hors de vue de la sûreté de l’état, et je vois effectivement les « grandes oreilles » se pointer aux tournants (de ma vie),j’en rigole, c’est au contribuable de se plaindre pour le gaspillage ainsi fait de son argent. Je ne vole pas dans les magasins, mais je ne suis pas contre par principe, juste un truc de conscience et de dignité à préserver, donc si un surveillant me colle, je le promène un moment, cela laisse le champ libre pour d’autres… Et certains doivent savoir que j’adore raconter n’importe quoi, et tout, et son contraire, surtout quand je sais qu’il y a des micros sous le bar du bistrot.

Donc la gauche part en couille, « Rabat-Joie » prend du galon, et moi je commence à me poser pas mal de questions et estime que je manque des connaissances de bases pour y répondre… détour étude, jury central (équivalent du BAC),des maths et des sciences pour éviter au maximum les matières sujettes à polémiques, et parce que j’aime cela. Université, première année, agronomie…

Notre professeur de botanique, un pionnier, nous initie aux fondements de l’écologie. Club de Rome, René Dumont, J’adore cela, j’aime la vie et en comprendre quelques mystères m’enchante, je plonge… Je suis toujours de gauche, mais je n’ai toujours pas approfondi les questions d’histoires qui me tracassaient, je suis plongée dans un autre univers ou les étoiles lointaines servent de référents, la Tour des Sciences. L’écologie depuis fait partie intrinsèque de ma manière de vivre et de penser.

Et comme je ne suis pas là pour raconter les aléas de mon histoire personnelle mais bien en parler en tant que située dans une époque et des courants de pensées, je vous en épargne les accidents et méandres. Je dois interrompre mes études après la première année, dans une ambiance catastrophe,  je reviendrai à l’université, 15 ans plus tard, pour étudier la philo, avec quelques questions assez précises d’écologie politique. Et j’ai trouvé quelques réponses qui m’ont renvoyée à d’autres questions comme le veulent à la fois la démarche philosophique et l’évolution constante et accélérée de notre monde… Encore que pour être précise plutôt que de parler d’évolution il faut parler de « destruction accélérée de tout ce qu’a inventé et créé l’évolution pendant une durée interminable et incommensurable à l’échelle dérisoire de durée de nos vies humaines et de notre histoire ».

Pour raconter la suite je me placerai du point de vue que j’ai aujourd’hui. Ici je voulais relater cette période pendant laquelle nous n’avons rien vu venir. Perdus dans une illusion, conjuguée au futur antérieur, celle d’un monde à venir qui serait de loisirs et de prospérité. A l’époque la droite comme la gauche promettaient pour l’an 2000, une société d’abondance pour autant que nous acceptions de suivre leur chemin.

L’introduction du nucléaire civil, c’est faite sur le slogan d’une énergie bientôt gratuite, en quantité illimitée. Pour situer…Propre, on en parlait pas trop à l’époque.

L’étape suivante consistera à retracer ce chemin, du monde imaginé à la réalité, un chemin de désillusion qui pourtant n’a fait que renforcer mon engagement envers les valeurs d’amour, de partage, de générosité, de dynamiques créatives, le monde une invention continuée, un monde dans lequel chacun à droit au respect et aux moyens de la dignité du seul fait qu’il ou elle existe, un monde dans lequel il y a plusieurs monde, certains le vivent déjà, il lui ont donné un nom Communalité.

Anne

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Published by Anne Wolff - dans anne humeur du jour
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Gilles Deleuze, février 1977.

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