8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 21:03

 

L’éclatement de la gauche a coïncidé avec l’introduction massive de drogues dures, provoquant une démobilisation massive de la jeunesse la plus turbulente. Insensible aux chants de sirènes des dealers, j’ai pu observer les effets sur d’autres. Observer n’est peut-être pas le bon mot, c’est de certains de mes plus proches amis dont il est question, et beaucoup ne sont plus là pour témoigner, être témoins de la douleur de veux qu’on aime, voir leur conscience petit à petit engloutie par des substances mortelles qui en deviennent maîtresse, c’est souvent dur et plus encore l’impuissance.

Et aujourd’hui je continue « d’observer » ; et un constat s’impose, Big Pharma a assurément conquis ses parts de marchés de la drogue, en toute légalité. Connaissez-vous le Rovitrol ? Il y a peu, je n’en avais jamais entendu parler, cela remplace parait-il le Rohipnol qui avait mauvaise presse, et en plus d’être prescrit à tour de bras, pour diverses raisons, comme des problèmes de manque d’alcool au réveil, cela circule aussi au marché noir, et certains lorsqu’ils prennent cela avec de l’alcool deviennent furieux…

La drogue est un problème majeur, elle a englouti une partie de la gauche que j’aimais,  potentielle ou avérée…. Exit la conscience politique, j’ai besoin de ma dose…

Petit détour complotiste. Nous avons déjà fait connaissance avec les trolls, « Serré-du-cul » et « Rabat-joie », une nouvelle figure s’inscrit dans le paysage : le dealer. J’ai assez bourlingué pour avoir croisé certains d’entre eux, beaucoup de petits poissons et quelques-uns d’un peu plus d’importance. Il y a une règle que mes amis respectent, c’est tout à leur avantage, c’est aspect de leur histoire, je ne partage pas, je n’ai pas à savoir, qui ne sait ne peut parler. Cela me permet d’avoir une relation sur d’autres plans un peu plus constructifs… mais bon. Un dealer, cela n’apparaît pas sui generis, celui qui planterait quelques pavot dans son jardin n’irait pas très loin avec cela.

Une série de question se posent donc : d’où vient la drogue ? qui organise le trafic ? qui en tire bénéfice ? Avant cette arrivée massive, il y avait de petites filières pour « initiés », soit des gens avec pas mal de pognon qui avaient leurs sources, soit les voyageurs qui ramenaient d’avantage des quantités conso personnelle et partage avec les potes, que de monter le gros bizness.

Il va y avoir deux étapes qui vont constituer un élargissement des cercles des consommateurs, chaque fois : plus de quantités offertes pour des prix plus bas et une diversification des substances, je parlais de l’augmentation terrifiante de l’usage de drogues pharmaceutiques. En prison, il y a longtemps qu’ils ont compris qu’en plus des médicaments distribués et parfois imposés gracieusement par l’administration, il faut laisser couler les petits trafics pour éviter les ambiances d’émeute. Quand l’ensemble de la société ressemble toujours d’avantage à l’univers carcéral, les mêmes méthodes s’imposent. Une constante est aussi le coup double, les services secrets finançant leurs guerres illégales en jouant du trafic d’armes et de drogues et en les déversant sur les « quartiers à risques », ghettos noirs par exemple.

Aux hippies la drogue sera présentée comme le chemin d’une mystique sans efforts qui ouvrent les chemins de l’ésotérisme, à  ceux qui envisagent de se révolter, elle est proposé comme un chemin de transgression de »l’ordre établi »… A présent à tous, des drogues sont présentées comme le moyen de juguler la souffrance morale née de conditions de vie de plus en plus insupportable. Dans tous les cas, elle ne permet pas le développement d’une conscience politique partagée.

Après les années d’illusion donc, la gauche implose sous l’impulsion de forces intérieures, introduites pour la faire éclater, il y a un morcèlement ? Les plus timorés, socialistes bourgeois principalement, mais aussi des anciens de la base propulsés aux sommets des syndicats signent des deux mains le contrat social et deviennent une composante du système. Certaines adhésions ont certainement eu leur prix, et je le dis aux petits ambitieux actuels qui sont à gauche avec une vocation de pouvoir personnel, le système adore pouvoir exhiber ses convertis et il est prêt à payer pour faciliter les conversions. Militer à gauche peut donc être un tremplin pour sauter quelques échelons de la hiérarchie à droite. Là non plus je ne donnerai pas de noms, mais les exemples foisonnent.

Me voici donc en errance au début des années 80, mais où c’est qu’elle est passée ma gauche ? Nous sommes alors un groupe d’amis, pas des militants, mais nous avons pour la plupart d’entre nous des idéaux et une sensibilité de gauche, et nous essayons de les appliquer dans notre vie quotidienne en même temps que nous nous soucions de l’impact sur l’environnement de nos manière de vivre… à la recherche de la simplicité. De temps en temps, ponctuellement nous participons à des actions militantes, mais ce n’est pas ce qui nous rapproche.

Des groupes comme notre tribu, j’en ai croisés pas mal au cours de mes errances. Certains étaient tout droit venus en repli après avoir été déçus par la politique. Faute de pouvoir construire le monde avec tous les camarades (à l’époque l’expression circulait encore librement) du monde entier… « Camarades, debout, debout, le monde va changer de base, nous ne sommes rien soyons tout ! » L’internationalisation de la lutte on y croyait.

Une évidence vu de l’époque, si les entreprises commencent à délocaliser parce qu’ailleurs la main d’œuvre est exploitable à merci, ben, on va soutenir les camarades « d’ailleurs », pour que eux aussi bénéficient de conditions de travails décentes – en attendant d’en finir une fois pour toute avec l’exploitation… l’internationalisme cela s’appelait… certains doivent bien s’en rappeler.

Quand la « classe ouvrière » commence à râler parce que les salauds de gosses de jaunes leur pique leur boulot, on est mal avec la révolution. Je  ne fais pas partie de la classe ouvrière et n’en suis pas issue, mais j’ai eu d’autres luttes, d’autres engagements, d’autres partages et de solidarités. Et nous étions nombreux de toutes origines sociales et ethniques, beaucoup d’entre nous faisaient partie de cette gauche essaimée. Mais le temps passant, les plus jeunes ne savaient même pas de quoi il était question, à part ceux à qui de plus anciens avaient transmis leur expérience. N’oublions pas que pendant la durée de ce récit, du début des 70 a maintenant la population mondiale a doublé.

Alors même que nous entrions en « crise », que les systèmes d’enseignements étaient progressivement démantelés, que la gauche latino se faisait massacrer et en Europe affadie ou négligeable  découragée, la gauche ne servait plus qu’à maintenir une fiction d’alternance. Que veut dire alternance quand il n’y a plus d’alternative.

Je pense que la carotte présentée par le « pouvoir » a fait son effet, puisque 2000 sera la société d’abondance et des loisirs dans le système capitaliste aussi, encore un petit effort et on y est, pourquoi encore se battre contre le capitalisme puisque finalement c’est kifkif. Et c’est certain que je n’aurais pas eu des amis du monde entier qui venaient me parler de la réalité capitaliste dans les pays « sous tutelle » comme dit la « Déclaration de droits de l’Homme », j’aurais pu y croire.

Cela fait presque 40ans maintenant que la mondialisation nous conduit de crise en crise, toujours « passagères » mais toujours plus grave, réduisant (en chiffre absolu, mais soit on est beaucoup plus) mais aussi an proportion toujours plus de gens à la misère). Alors que dans notre conception du monde, premier monde, première version, le progrès avait un sens positif qui n’était pas remis en question, progrés de la qualité de vie, pour tous et partout, aujourd’hui le progrès est celui d’une régression sur tous les plans, progrès de la dégradation de l’existant au Profit d’une réalité remédiée alors que le capitalisme a fait de la planète son grand laboratoire et que nous ne sommes pas loin du grand hôpital de Nietzsche. 

Ce renversement sémantique témoigne d’un renversement du cours des choses. Nous pourrons après nous intéresser à la manière dont se greffe les épiphénomènes, mais l’essentiel, c’est cela, pendant que nous sommes encore occupés à essayer d’inscrire notre projet de monde dans le cadre modestement revu et corrigé d’expériences locales, un changement s’est produit, nous sommes engagés sur une trajectoire qui conduit le monde très loin de l’abondance, la paix planétaire et la prospérité promises.

Et nous ne mesurons pas l’ampleur du phénomène, ce que mondialisation et globalisation veulent dire dans le cadre de ce projet qui apparait en filigrane, jusqu’à devenir de plus en plus visible, l’instauration d’une gouvernance (pas d’un gouvernement) mondiale, non pas une démarche politique émanant des peuples, mais bien une gestion économiste technocratique de l’ordre du quantitatif. Production – Consommation – Profit dans le monde du tout marchandisable, imposée « d’en-haut » à ceux « d’en-bas » qui n’ont pas été consulté, et beaucoup de ceux qui ont voulu s’y opposer ont été muselés. Notre monde est un monde sans haut ni bas… et quand j’emploie ce genre d’expression consacrée par l’usage, j’ai toujours envie de demander, en haut et en bas de quoi au fait ?

Refusant de participer à l’entreprise de prosélytisme clientéliste qu’était devenue une gauche racoleuse, dont les pratique sociales se limitaient à faire de la politique sans implication de terrain, ne franchissant les portes des usines qu’en période de campagne électorale, n’ayant pas envie de passer ma vie en querelles groupusculaire, mais ayant aussi tiré les leçons de ma brève carrière (à succès) d’agitatrice politique, ayant compris que les manipulations et instrumentalisations de la gauche parles « agents du pouvoir » ou des ambitieux, nous mettait souvent au service de causes contraires à celles que nous pensions servir, n’ayant reconnu ni dans le modèle « soviétique » ni dans le modèle chinois l’incarnation de mes aspirations, ne voulant pas renoncer cependant à transformer le monde en au moins un peu meilleur, me voilà en quête d’un jardin sans clôture. Peu, c’est mieux que rien.

Je crois que nous sommes nombreux à avoir penser que si nous la société dans son ensemble ne voulait pas de nos propositions, on allait pas forcer les gens quand même… On était des gamins enthousiastes à l’idée de participer à quelque chose de beau, de grand, de généreux, pas des aspirants dictateurs… tant s’en faut. Il est clair que quelque part on se disait que les gens finiraient bien par voir qu’on s’éclatait un peu plus que les constipés du système. Et qu’ils se demanderaient pourquoi ils continuaient à se faire brimer dans des emplois à 3 sous  avec des petits chefs, des sous-chefs, des chefs, des grand chefs et des carcans partout.

On avait toujours rien compris, nous pensions pouvoir construire « en marge » alors qu’ils avaient commencé à l’effacer la marge. Le début programmé de la fin de toute alternative possible… ce n’est pas un complot ce sont les méfaits d’une idéologie à vocation totalitaire.

Donc la gauche que j’aimais, une partie c’est engloutie dans la drogue, une partie des dirigeants a fait alliance avec le système sous forme de « contrat social », il y a les opportunistes qui ont changés de drapeaux, ceux qui regrettent que le temps « perdu » a militer face défaut à leur plan de carrière,  et d’autres atomisés ont essaimer porteurs d’un idéal de gauche, d’un projet de gauche qu’ils ont essayés de réaliser dans un cadre local en dehors des circuits de la politique, du politique en action.

La gauche que j’aime c’est celle-là, la suppression des alternatives la menace dans le silence étourdissant des gauches « officielles ».

Mais d’où vient cette menace ? C’est ce que je vais essayer de retracer ensuite. Et de montrer aussi qu’aucun projet de gauche ne tient la route dans le cadre d’un contrat social au sein du système global.

Anne

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Published by Anne Wolff - dans anne humeur du jour
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