21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:05

 

Un texte à méditer.... no comment

 

"Occupation et défense des espaces autogérés" Alfredo Bonanno


Par espace social autogéré, nous entendons un espace urbain pris
par un certain nombre d'individu-e-s dans le but de l'utiliser
directement, pour leurs propres objectifs, au-delà de la logique du
pouvoir capitaliste et de l'exploitation.

Par rapport à des espaces sociaux (écoles, casernes, usines, etc...), où une fonction spécifique est imposée, visant à garantir les
intérêts du capital, la lutte pour la conquête d'un espace social autogéré constitue une tentative importante et continue de
pratiquer une liberté d'action et d'expression qui serait impossible partout ailleurs.

Depuis le début, donc, cette lutte s'est constituée d'un certain nombre d'actions anti-autoritaires qui sont parties d'une analyse critique de la société de classes et de ses principales fonctions. 

Ce sont donc des luttes qui adoptent la méthode auto-organisationnelle, elles essaient de réaliser la liberté et l'égalité sociale et individuelle, indispensables tout au long de la route qui procède de l'abolition du pouvoir et de l'exploitation capitaliste.

La méthode auto-organisationnelle est la seule qui empêche une
instrumentalisation de la lutte par les partis politiques, syndicats,
représentants du Conseil, etc. Mais pour que cela se produise,
il est nécessaire que cette méthode soit employée correctement,
garantissant la liberté de décision dans tout ce ce qui se fait au
cours de la lutte.

De cette auto-organisation, 
deux phases peuvent être distinguées :

A) L'auto-organisation de la lutte pour la conquête de l'espace
social par le biais du squat (de l'occupation)
B) L'auto-organisation de la lutte pour la défense de l'espace social
à travers une ouverture vers l'extérieur.

En ce qui concerne la première phase, il faut dire que l'occupation
ne peut être réalisée que si elle a réussi à constituer une structure
collective basée sur une affinité précise entre les individu-e-s qui lui
appartiennent. Cette affinité n'est pas tant idéologique que
substantielle. L'existence de désirs et de problèmes en communs
permettent, à un moment donné, pour un groupe de personnes de
se réunir pour lutter contre l'exploitation en commun. C'est une
chose sur laquelle nous devons être très clairs.

La domination de classe du capital est la cause de l'absence
actuelle d'espace sociaux autogérés, et la cause de la présence
d'espaces sociaux fictifs : Précisément parce que l'exploitation
économique et sociale qui sert les intérêts du pouvoir et du capital
est réalisée au sein de ces derniers. La lutte pour la conquête de
« véritables » espaces sociaux passe donc nécessairement par une
rupture violente avec la logique de domination du capital. Celle-ci
ne peut pas et ne restera pas passive devant nos initiatives
concrètes de libération des espaces sociaux, parce que ces
initiatives constituent un danger considérable pour elle.

L'État et le capital nous imposent des limites précises qui,
lorsqu'elles sont dépassées, nous mettent immédiatement dans la
condition de « hors la loi ». Squatter signifie aller au delà de ces
limites, squatter signifie devenir «hors la loi». C'est pourquoi une
rupture violente avec les règles qui nous ont été imposées est
nécessaire. C'est pourquoi il est nécessaire de squatter.
Concernant la deuxième phase, il est plus qu'évident que nous
devons savoir comment prendre notre liberté nous-mêmes, par le
biais de nos luttes. Il n'est écrit dans aucune constitution que
quelqu'un nous la donnera. Et ceci est valable pour l'espace social:
personne ne nous le donnera. Quiconque en est propriétaire le 
gère et l'utilise en fonction de ses propres intérêts (qui sont parfois de
ne pas les utiliser du tout et simplement les laisser vides).

Lorsque ces espaces nous sont donnés, c'est afin de mieux nous
contrôler et nous ghettoïser, au lieu de nous jeter les flics au cul 
(ce qui coûte de l'argent), ils peuvent savoir où nous sommes et le
genre de choses dont nous parlons. C'est pourquoi, parfois, ils sont
bien contents de nous donner des espaces, surtout après que nous
entreprenions des actions d'intervention dans la réalité sociale.
Il est évident que nous n'avons pas besoin d'espaces de ce genre,
qui ne peuvent pas être appelées auto-gérés, parce que l'autogestion
n'est pas seulement une question de gestion de l'intérieur
du lieu.

Nous devons donc prendre nos espaces nous-mêmes, c'est à dire
les squatter. Mais la question n'est pas seulement de les prendre, il
s'agit aussi les défendre. Cette défense ne doit pas se résumer à
nous barricader nous-mêmes derrière un mur et mettre des
barbelés à l'extérieur. Nous ne pouvons pas nous limiter à
simplement nous assurer que les flics ne rentrent pas.

Pour défendre un espace social, il est nécessaire de développer,
qualitativement et quantitativement, une intervention extérieure et une capacité à développer un discours ayant une certaine signification et ne pas simplement nous réduire à la satisfaction de nos propres intérêts ou l'exercice de nos capacités personnelles. 



Musique, poésie, etc, sont des activités très intéressants, mais si
elles restent enfermées dans l'espace, même squatté, elles 
tendent tout simplement à devenir une autre caractéristique du ghetto.

La meilleure façon de défendre l'espace conquis est donc
l'ouverture vers l'extérieur. Pour conclure nous pouvons dire: la
conquête de l'espace ne peut se faire qu'avec l'occupation par la
force, en celà que les autres chemins (tel que la négociation) ne
fonctionnent pas (ne sont pas valides).

Après l'auto-gestion de l'espace, vient la question de la défense en
général qui ne consiste pas seulement en des aspects minimes que
nous pourrions définir comme «militaristes», mais aussi, et surtout,
à l'ouverture vers l'extérieur, au fait de parler aux gens, de se
rencontrer et de lier sa propre situation à la situation du quartier
où on se trouve.

Alfredo M. Bonanno


[traduit et publié en anglais pour la première fois en 2007 dans la revue insurrectionnaliste londonienne "Deranged Issue 0" (numéro zéro), dans un texte appelé "Struggle for self-managed social spaces" (La lutte pour les espaces sociaux autogérés), qui rassemblait ce texte et "Espace et Capital" (aussi traduit par nos soins) de Bonanno. Nous en livrons une première traduction en français. Afin de faciliter la compréhension et d'éviter la redondance, le terme "self-management" a été traduit alternativement par "auto-gestion" et "auto-organisation" en fonction du contexte, même si le terme réfère plus précisément au concept d'auto-gestion.] 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne Wolff - dans habiter
commenter cet article

commentaires

caroleone 22/06/2012 18:21


Bonjour Anne,


 


C'est intéressant et je n'avais pas songé au risque de ghettoïsation des espaces autogérés, dans ma tête il est vrai, je vos toujours une ouverture vers l'extérieur mais c'est sûrement plus
simple à dire qu'à faire.


Bises


 


caroleone

Anne Wolff 22/06/2012 18:49



Coucou Caro


J e suis interpellée, les jeunes que je rencontre et qui sont dans cet état d'esprit sont en général actifs, productifs, créatifs, généreux dans ce qu'ils proposent, lucide plus que la plupart et
souvent de loin... mais j'ai du mal avec cette rupture de dialogue totale... je la comprends mais je ne suis pas certaine que ce soit un règle absolue.


Sinon oui, j'ai pu observer sur le terrain la ghettoisation'récupération d'espaces légalisés alors que d'autres cela leur à permis de se consacrer à autre chose qu'à defendre la baraque...


Je ne sais pas je sors de 10 heures de traduction presque sans le ver le nez, je sui encore un peu out...


Sinon en ce qui concerne les ville "rurale du Mexique"... je me faisais la réflexion après, voilà bien un ghettos, concentration quasi carcérale de main d'oeuvre à bon marché !


maintenant le texte que je viens de publier ouvre sur de sinistres perspectives en matière de lieux occupés ou de ses terres tout simplement...


Un sacré mauvais délire, j'ai eu du mal à m'ymettre... et j'ai du mal à m'en sortir...


Bisous


Anne


 



Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Archives