5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:15

Par Anne Wolff



J’en vois déjà certains qui bondissent : « Comment elle est contre la liberté ! » « Comment elle est contre la démocratie ! » « C’est certainement une totalitariste, une fasciste, une communiste ! » Ben non ! Si je remets en question ces deux notions, c’est parce que ce sont des mythes et que ces mythes sont utilisés pour nous faire monter dans le train du totalitarisme de l’oligarchie des profiteurs sans nous poser de questions. « Qui n’est pas avec nous est contre nous ». Qui oserait contester le bien-fondé de vouloir répandre partout sur la planète la liberté et la démocratie de gré ou de force. Et plutôt de force comme en font la douloureuse expérience en ce moment les afghans, les irakiens, les pays soumis aux diktats du FMI et bien d’autres avant eux.

 

 


Je conteste donc la validité de ces deux notions comme fondement d’un monde de douceur. Rappelez-vous Athènes, le berceau de la démocratie. Athènes démocratique était à la tête de la ligue impérialiste de Délos. Et le discours des dirigeants athéniens était très clair. Vis-à-vis de ses alliés, considérés comme des vassaux : soit ils se soumettaient « librement » à la volonté des dirigeants athéniens et recevaient une bonne part du gâteau de butin, soit ils y étaient contraints par la force et leur sort serait beaucoup moins enviable. Quand au peuple athénien non citoyen, bref la majorité, il convenait de lui fournir un bien-être matériel suffisant pour qu’il ne se pose pas la question des limites de sa liberté.

 


Après avoir été longtemps occulté derrière un discours plus perfide, un usage du double langage, voici que le discours étasunien du leadership se fait beaucoup plus transparent. On a pu voir les émissaires d’Obama et le président-vedette lui-même exiger très clairement de leurs vassaux (que certains oligarques n’hésitent plus à qualifier très clairement en ces termes) de l’OTAN une participation accrue à leurs « efforts de guerre » actuels et à venir. Pour celles à venir, le concept de guerre contre le terrorisme se voit remplacé par celui bien plus flou encore de « Opérations Contingentes Outre Mer ». On le voit tout un programme, mais quel programme ? C’est un point à élucider, ce qui ne peut se faire sans lire une fois de plus entre les lignes de poudre aux yeux des média officiels qui nous vendent le concept d’un président étasunien « pacifiste ».

 
Photo : yurtao
Or si une bonne partie de la population de l’Union Européenne se demande quelle est la réelle utilité de l’OTAN depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, si la question de la légitimité des interventions en ex-Yougoslavie, en Afghanistan est posée, si de telles questions au moment où la crise du capitalisme appellerait un changement structurel radical devraient faire l’objet de débat public et de référendum, il ne semble pas que les dirigeants européens, eux ait le moindre scrupule de conscience à participer aux mascarades du G-20 et de la grande fête de l’OTAN. Sans doute est-ce pour cela que les sondages annoncent qu’un tiers de la population des pays de l’Union ne voit pas de raison d’aller voter aux élections européennes de juin.

 


Où est la démocratie là dedans, quand quelques décideurs choisissent pour une masse de décidés les options de l’avenir, que cela leur plaise ou non ? Où est le droit à l’autodétermination des peuples (liberté) quand il ne leur reste que le fatalisme, le renoncement, la résignation et quelques espaces de « liberté » -la grande fenêtre de la télévision ?- pour « faire passer le temps », en attendant le pire qui est encore à venir.  Si c’est cela la liberté, si c’est cela la démocratie, alors je dis NON ! Je ne veux ni de votre liberté de pourrir sur place toujours plus misérables, dans un environnement toujours plus dégradé, avec un tissu social réduit à une trame élimée. Je ne veux pas non plus de votre démocratie qui délègue ma responsabilité vis-à-vis de l’avenir à des irresponsables de faits.




Les politiques : irresponsables de fait. Pourquoi ? Parce que nous vivons le règne d’une dictature économiste qui ne laisse d’autre rôle aux politiques que de faire avaler aux populations l’amère pilule de décisions prises en amont par les oligarques et leurs valets. (Les politiques appartenant également pour la plupart à la catégorie des valets. )

 


Qu’est-ce qui permet ainsi de faire pression sur les nations qui n’ont d’autre solution que de se soumettre ? Ce qui permet de faire pression : l’endettement. Si nous prenons la Belgique de l’après guerre, sous les apparences de la prospérité nous avons en fait un pays en voie de paupérisation pour cause de surendettement. Exactement ce qui c’est produit dans la crise récente des subprimes. La reconstruction de l’Europe c’est faite à base d’endettement, hypothéquant l’avenir sur base d’hypothétiques bénéfices à venir.  Et qui ne sont jamais advenus.

 


1975, la crise du pétrole marque la fin du rêve. Il faut rembourser alors que les bénéfices promis manquent à l’appel. La suite on la connait. Le FMI devient l’organe décisionnel  de politiques internationales, exigeant de tout pays qui recourt à ses fonds des privatisations de tout ce qui étaient services publiques et bien commun et des coupes drastiques dans les programmes sociaux : éducation, santé, secteur de l’énergie, de l’eau et des infrastructures nationales,…La politique au sens traditionnel est effacée au profit d’un économisme forcené qui permet aux profiteurs de confisquer le monde en prenant le pouvoir dans des secteurs toujours plus vastes de ce qui était autrefois le bien de tous et l’objet des politiques nationales : dérégulation, libéralisme économique et mythe de la concurrence.

 


Pour en finir avec le mythe de la concurrence qui conduit grâce à la main invisible au meilleur prix tant pour les acheteurs que pour les vendeurs je prendrai l’exemple bien connu et douloureusement vécu par de nombreux ménages belges, celui d’électrabel, principal fournisseur d’énergie dans ce pays. Avant cela, une petite parenthèse, la main invisible ne fonctionne que dans les cas dit de « concurrence parfaite » pour lesquels il existe une multitude d’entreprises proposant des biens identiques dans des conditions de transparence pour ce qui est de la fixation des prix. La main invisible est alors une manifestation de la « loi des grands nombre » et ne fonctionne que dans un tel contexte. Et PAS , JAMAIS dans un contexte à vocation monopolistique !!!


 


Nous avons pu voir, ces dernières années, en Belgique une tranche nouvelle de la population sombrer dans la misère faute de pouvoir payer ses factures d’énergie. Nous voyons des ménages avec deux personnes qui travaillent se retrouver surendettés sans avoir abusé de crédit, ni vécu « au-delà de leurs moyens ». Des prix de l’énergie sans proportion réelle avec les coûts, des factures intermédiaires exagérées permettant à l’entreprise de spéculer avec l’argent des clients, des temps de remboursement anormalement longs pour les surfacturations et par contre des méthodes de voyous pour récupérer l’argent « dû » par des clients « mauvais payeurs » quelles que soient leurs conditions de précarité, voilà les méthodes pratiquées par cette entreprise. A côté de cela, électrabel dont l’actionnaire principal est Gaz de France-Suez dégage en Belgique de prodigieux bénéfices. Vous trouvez cela normal ? Moi pas.

 


J’ai pris l’exemple d’électrabel parce que  cet exemple est très douloureusement concret (et donc parlant) pour nombre d’entre nous, mais ce mode de fonctionnement est celui de toute entreprise à vocation profiteuse. Libéralisation du marché de l’énergie ? Voilà à quelle sauce on nous impose la liberté. Cette liberté, celle de la dérégulation monopolistique du capitalisme oligarchique : je n’en veux pas. Il existe heureusement d’autres producteurs d’énergie un peu plus honnêtes et il est toujours possible de changer de fournisseurs. Les quelques personnes que je connais qui l’ont fait se portent beaucoup mieux et leur porte-monnaie de même. Des sites comme ceux de Test-Achat et de Greenpeace, entre autres donnent de précieux renseignements pour choisir une société et pour la manière d’effectuer le changement. Si vous voulez un monde plus doux, sanctionnez électrabel et ses méthodes de voyou ! Renseignez-vous, changez de producteur !

 


Photo : yurtao
L’exemple ci-dessus était destiné à illustrer une des formes que peut prendre la notion de liberté. En l’occurrence il s’agit de montrer les conséquences de l’application du libéralisme économique comme doctrine de la liberté, celle de la dérégulation des marchés. J’ai évoqué plus haut les conséquences pour la démocratie : elle n’est plus qu’une façade – qui ne trompe plus grand monde – pour occulter les manœuvres de dictateurs qui prêts de parvenir à leur fin (du moins le croient-ils) - Nouvel Ordre Mondial – révèlent de plus en plus leurs manigances ! Et en plus ils en sont fiers, frappadingues totaux !

 


Les notions de démocratie et de liberté sont  donc des mythes, des notions fourre-tout à forte teneur émotionnelle  et non des concepts clairement définis en référence auxquels il est possible de se positionner sans ambiguïté ou risque de malentendu. C’est de cela dont il était question dans mon précédent article « On peut rêver » quand je signalais la nécessité d’interroger nos évidences ». Qu’est ce que je dis quand je dis « démocratie » ? Qu’est-ce que je dis quand je dis « liberté » ? A quelle réalité concrète fais-je allusion à travers ces deux notions. Faites un petit test autour de vous, posez la question « Que signifie pour toi liberté ? Que signifie pour toi démocratie ? » Vous verrez, c’est édifiant.

 


Que peut-on construire de stable, de solide, de résistant qui se fonderait sur des notions aussi floues, vagues, à géométrie variable selon celle ou celui qui énonce ces termes. Il va donc nous falloir inventer d’autres valeurs pour fonder notre monde. Ce sera l’objet d’autres articles. Douceur, partage, compassion, simplicité volontaire, convivialité, créativité, respect des différences,…sont des pistes de réflexion pour cette recherche, il y en a d'autres. Je vous laisse méditer.



Anne


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