2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 10:35

 

 

 

Un texte sociologiquement très intéressant.

Nous apprenons que des sans-papiers évoluent différemment selon les traitements qu’ils reçoivent.

Nous apprenons que pour certains les E.U. sont une véritable école du crime.

Nous apprenons que les E.U. n’hésitent à renvoyer massivement leurs criminels  « made in USA » dans leur pays d’origine après transformation sans se soucier des conséquences.

Nous savions déjà que sans le prolifique marché de la drogue dans ce pays qui ne mène aucune lutte interne cohérente contre ce fléau,  les pays du Sud ne seraient pas livrés aux cartels des narcotrafiquants.

Et que donc ils jouent cyniquement et sans scrupules le rôle d’acteur de déstabilisation du Sud. Pourquoi ?

Et nous apprenons enfin qu’une société participative, avec des villes à dimensions humaines et un fort tissu de liens de convivialité est un bouclier contre la délinquance et la criminalité.

 

 


Nicaragua, barrière contre l’avancée des maras

 

 

(Fotos) XXXIII Aniversario Revolución Popular Sandinista

Nicaragua anniversaire de la révolution sandiniste

Source : Lista Informativa Nicaragua y más (español)



En moins de deux décennies, les pandillas maras ( pandilla : gang ou bande de jeunes, et maras : gangs spécifique à l’Amérique Latine comme on le verra par la suite) se convertirent en une des organisations criminelles transnationales les plus prospère de leur saut depuis leur base de Los Angeles, E.U., vers différents pays centraméricains.

 

A cause de leur croissance dévastatrice, certains prétendent que le terme mara vient de marabunta, les féroces fourmis migratrices qui dévastent tout sur leur passage.

Que ce soit ou non l’origine du nom – qui en de nombreux lieux est synonyme de pandilla – les maras se sont étendues comme de voraces marabunta à travers le Guatemala, le Salvador et le Honduras, où on estime qu’il y a 100 000 pandilleros.

 

Elles ont également gagné le Sud du Mexique, publie BBC Monde.

 

Et accompagnant leur pas, dans les pays centraméricains, les indices de criminalité explosèrent avec en tête les assassinats. 

 

En 2012, les pays avec le plus haut taux d’homicide dans le monde furent le Honduras et le Salvador.

 

Et San Pedro Sula au Honduras est considérée comme la ville la plus dangereuse de la planète.

Cependant, à mesure que les maras poursuivent leur marche vers le Sud, un phénomène intéressant apparait : pour le moment elles n’ont pu avancer au-delà du Honduras.

 

Et la raison porte un nom et une localisation géographique ; Nicaragua


Un bouclier inexpugnable

 

Ceci a été remarqué il y a plusieurs années.

 

En 2008, pendant une réunion de directeurs de migrations de Centramérique, celui de Costa Rica, Mario Zamora dit :

 

« Le Nicaragua s’est converti en une sorte de bouclier inexpugnable pour les maras.

 

Il faut analyser ce qu’il y a derrière ce phénomène, celui qui fait que le Nicaragua constitue une barrière contre les maras .

 

Grâce à cela, elles ne sont pas parvenues jusqu’à Costa Rica ».

 

Mais qu’elle en est la raison ?

 

 Pour la trouver, il faut remonter à la genèse des maras en Centramérique, au début des années 90, quand George Bush père, alors président des E.U., autorisa la déportation de centaines de jeunes d’origines centraméricaines qui se trouvaient dans les prisons étasuniennes.

 

Nombre d’entre eux avaient grandi aux E.U., et ne comprenaient pas un mot d’espagnol. 

 

Cependant en tant qu’enfants de sans-papiers ils furent expulsés.

 

Dans leur reportage « Barrio 18, apogée et chute d’une pandilla » les journalistes Jose Luis Sans et Carlos Martinez font une extraordinaire description de l’arrivée de ces jeunes au Salvador.

 

« Ceci fut la première fois que je vis les « descendus » - bajados (…)

 

 

Cette manière de s’habiller, de porter leur cheveux, ces tatouages tant… tant de là-bas..  

 

Ils portaient des pantalons Dickies et Ben Davis, des chemises ouvertes et ils s’appelaient de noms géniaux comme Whisper, Sniper ou Spanky (…)

 

Comment ne pas s’approcher ?

 

Rapidement les « bajados », en plus d’éveiller l’admiration, s’approprièrent des territoires et des conflits des habitants.

 

A partir de là, ils commencèrent à construire leur empire et à s’étendre.

 

Et c’est ici que commencent les différences avec le Nicaragua..

 

Les Nicaraguayens étaient “bienvenus” aux E.U.

 

Le journaliste d’investigation Steven Dudley, un des directeur du site Internet InSight, qui enquête sur le crime organisé en Amérique Latine et dans les Caraïbes, dit, à BBC Monde que l’un des facteurs fut le traitement que reçurent les immigrants nicaraguayens aux E.U.

 

« Pendant les années 80, ils n’eurent pas un accueil similaire à celui des réfugiés qui venaient des autres pays centraméricains.

 

Les Nicaraguayens ont leur donnaient la bienvenue, alors que de Costa Rica et Panama, les migrants n’étaient pas nombreux.

 

Les Salvadoriens –particulièrement- mais aussi les Honduriens et les Guatémaltèques, dès le départ étaient considérés comme « indésirables ».

 

« Ce qui entraina que beaucoup finirent en prison ou mêlés à des bandes », ajoute Dudley à BBC Monde.

 

Et la raison pour laquelle  les immigrants du Nicaragua – même alors qu’ils étaient sans papiers – étaient ainsi bienvenus est purement politique.

 

Comme le gouvernement de leur pays, (de même que Cuba), était considéré comme ennemi des E.U. – les sandinistes étaient au pouvoir et l’administration du président en fonction Ronald Reagan appuyait les rebelles antisandinistes connus comme les Contras – les immigrants Nicaraguayens étaient vus comme des personnes qui fuyaient le gouvernement du pays et en tant que tel ils recevaient l’asile politique.

 

Alors que les déportations de centraméricains commencèrent dans les années 90, elles continuèrent se renforçant dans la décennie de 2000.

  

Dans son article “Gangs, déportation et violence en Amérique Centrale, Dudley révéla que : “entre 2001 et 2010 les E.U. ont été déportés 129.726 criminels convaincus en Amérique Centrale, plus de 90% dans le « Triangle Nord. »

 

Le seul Honduras, un pays avec une population similaire à celle d’Haïti – reçu 44.042 déportés pendant cette période.

 

Les chiffres sont accablants, dit Dudley à BBC Monde

 

« Presque n’importe quel pays aurait eu des difficultés face à de tels nombres

 

 

Malgré l’information qui devrait être fournie entre gouvernements quand se produit une déportation de criminels, rien ne fut échangé ».

 

Résultat : les gouvernements centraméricains se retrouvèrent avec un nombre énorme de criminels entre les mains sans aucune information  au sujet de leurs antécédents, ni spécifiant à quelle bande ils appartenaient.




“La révolution renforce les mécanisme de participation »

 

Francisco Bautista Lara – un des fondateur de la police du Nicaragua post somoziste et ex-sous-directeur et ex-commissaire de la même – est d’accord avec le fait que le traitement différent réservé à ses compatriote de la part des E.U. contribua à ce que les maras ne rencontrent pas un terrain fertile dans leur pays.

 

Mais il croit qui y a également quelque chose d’autre – et même - de plus important : les changements sociaux et institutionnels générés au Nicaragua depuis la révolution de 1979 qui porta les sandinistes au pouvoir.

 

Si le Nicaragua a des niveaux de développement humain et de fragilité institutionnelle comparables à ceux du Nord de l’Amérique Centrale et a subi un conflit armé pourquoi est-ce que ses chiffres de délinquances ressemblent davantage à ceux du Sud ?

 

La raison, répète-t-il à BBC Monde, est que « la révolution a créé des institutions distinctes de celles qui continuent à exister dans les pays voisins »

 

Il ajoute qu’il y a également des facteurs culturels.

 

« Je dirais que le Nicaragua et ses villes sont des grands villages, où tout le monde se connait et la confiance interpersonnelle ne s »est pas perdue, comme ce fut le cas dans les autres pays de la région.

Au contraire, la révolution de 79 a renforcé les mécanismes de participation”

Steve Dudley expose aussi comment le gouvernement du Nicaragua, à la différence des autres pays de la région, travaille davantage depuis la base vers le haut.

Ceci convertit la société Nicaraguayenne en une toile intriquée de relations et de solidarité qu’il fut impossible aux maras  de pénétrer.

 

Et au milieu du panorama de désolation qu’offre les pays du Nord de l’Amérique Centrale, Bautista Lara – qui à présent travaille comme conseiller régional d’organisations comme le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) - voit des lueurs d’espérance depuis que d’un pic de 18 OOO cas en 2010, les homicides ont commencé à diminuer.

 

En plus il y a des négociations avec les maras au Salvador et au Honduras.

 

Tout cela, pense Bautisto, montre que les pandillas passent par une phase d’épuisement naturel,  « d’un processus de décomposition qui a atteint les limites tolérables ».

 

Pour cela, il croit que si les gouvernements agissent avec le sens des responsabilités, ils pourraient obtenir la désintégration des maras.

 

Aucun organisme social ne vit éternellement.

 

Pas même la terrible marabunta.

 

 

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Carta Bodan est un bulletin électronique du journaliste Olivier Bodan.

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Via :

AGATON: Nicaragua, barrera contra avance de maras 

Traduction française Anne Wolff

 

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