10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 11:29

 

"Je prends le chien, je démonte le chien, je remonte le chien et c'est toujours le même chien"

Pensée cartésienne

 

Aujourd'hui je vous présente quelques pensées du petit  René et de ses contradicteurs... ainsi que tout ces cartésiens qui n'ont jamais lu Descartes (ou si peu, ou ce qu'on leur en disaient) sachent un peu mieux, ce qu'ils disent en s'affirmant cartésiens. Tant  qu'à faire... Pour citer tous les passages qui m'ont fait rire ou affligée, il me faudrait l'accès à une bibliothèque,  certains sont assez croquignolets dans leur ingénuité.  L"épisode du poêle qui fonde  le discours de la méthode est à mourrir de rire. Voilà que notre petit René pour fonder une pensée universelle doit s'abstenir de manger, de pisser et tout autre fonction ou activité naturelle afin de se faire pure pensée.... et se plaint-il, voilà qui est douloureux et toujours à refaire.....et pour les athéistes théocratiques, rappelons tout de même que la nécessité de cette pensée pure, c'est qu'elle seule pourra être d'inspiration divine, il fonde &lors sa méthode dans un Dieu parfait qui ne peut donc lui inspirer que des pensées parfaites et la logique fera le reste....

Il semble que d'être resté dans son lit,  car de santé fragile, au lieu de suivre les cours avec ces petit camarades lui ai fait perdre le fil quelque part... Descartes c'est la pensée désincarnée.... avec les conséquences que l'on sait... ou non. J'ai néanmoins beaucoup de respect pour l'homme en vert qui surmontant sa débilité physique se combattit lui-même pour devenir (dit la légende) quoique toujours malingre un des meilleurs bretteurs de son époque.  Et non je ne suis pas cartésienne, car je suis rationnelle... et ne peux me contenter d'une pensée fondée dans la notion d'un Dieu parfait tout en reniant la nature en soi. Mais je ne suis pas une machine, je suis une humaine et donc d'une autre essence et une Terrienne, . ..


 

DESCARTES René (Discours de la méthode) :

L’homme doit se rendre comme maître et possesseur de la nature.

 

 

[...] ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes.

Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieurs d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que, s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela des vrais hommes. Dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles ni d'autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelques changements en ses organes, comme si on la touche en quelque endroit, qu'elle demande ce qu'on veut lui dire; si en un autre, qu'elle crie qu'on lui fait mal, et choses semblables ; mais non pas qu'elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire. Et le second est que, bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu'aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu'elles n'agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes. Car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière ; d'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c'est une chose bien remarquable, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles, et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu'au contraire il n'y a point d'autre animal tant parfait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable. Ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes, car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c'est?à?dire, en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent ; au lieu que les hommes qui, étant nés sourds et muets, sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d'inventer d'eux?mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui, étant ordinairement avec eux, ont loisir d'apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout. (…) Et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels, qui témoignent des passions, et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux; ni penser, comme quelques anciens, que les bêtes parlent, bien que nous n'entendions pas leur langage; car s'il était vrai, puisqu'elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres, elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu'à leurs semblables.

 

 

 

1646 DESCARTES (Lettre à William Cavendish) : « ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. Et on ne peut dire qu’elles parlent entre elles, mais que nous ne les entendons pas ; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées, s’ils en avaient… Je sais bien que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas ; car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est, que notre jugement ne nous l’enseigne…Si elles pensaient ainsi que nous, elles auraient une âme immortelle aussi bien que nous ; ce qui n’est pas vraisemblable, à cause qu’il n’y a point de raison de la croire de quelques animaux sans le croire de tous, et qu’il y en a plusieurs trop imparfaits pour pouvoir croire cela d’eux, comme sont les huîtres, les éponges ».

 

 

 

Et quelques contradicteurs choisis en vrac parmi les nombreuses citations à ce sujet que nous livre , Kamala, la louve  site d'un ami des animaux, aussi éthologiste de renom. Un site dont chaque partie est l'ensemble est une réfutation de Descartes.

 

 

 

1769 DIDEROT (Entretien entre d’Alembert et Diderot) : « Tout animal est plus ou moins homme…Cet animal se meut, s’agite, crie…Prétendrez-vous avec Descartes, que c’est une pure machine imitative ? Mais les petits enfants se moqueront de vous, et les philosophes vous répliqueront que si c’est là une machine, vous en êtes une autre. »

 

 

675 LA FONTAINE (Fables) : « …qu’un Cartésien s’obstine/A traiter ce Hibou de montre et de machine !... Qu’on m’aille soutenir, après un tel récit,/Que les bêtes n’ont point d’esprit/Pour moi, si j’en étais le maître,/Je leur en donnerais aussi bien qu’aux enfants…J’attribuerais à l’animal/Non point une raison selon notre manière,/Mais beaucoup plus aussi qu’un aveugle ressort…. ».


1740 HUME (Sur la raison des animaux) : « ... aucune vérité ne m’apparaît plus évidente que le fait que les bêtes sont dotées de la pensée et de la raison aussi bien que les hommes. »

 

1764 VOLTAIRE (Dictionnaire philosophique) : « Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines masaraïques. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont en toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu’il ne sente pas ? A-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature. »

 

 

1648 MORE (Lettre à Descartes) : « De toutes vos opinions sur lesquelles je pense différemment de vous, je ne sens pas une plus grande révolte dans mon esprit, soit mollesse ou douceur de tempérament, que sur le sentiment meurtrier et barbare que vous avancez dans votre Méthode, et par lequel vous arrachez la vie et le sentiment à tous les animaux…Pourquoi, lorsqu’un chien pressé par la faim a volé quelque chose, s’enfuit-il, et se cache-t-il comme sachant qu’il a mal fait, et marchant avec crainte et défiance, ne flatte personne en passant, mais se détournant de leur chemin, cherche la tête baissée un lieu écarté, usant d’une sage précaution, pour n’être pas puni de son crime ? Comment expliquer cela sans un sentiment intérieur ?...Mais dites-moi, je vous prie, monsieur, puisque votre démonstration vous conduit nécessairement, ou à priver les bêtes de tout sentiment, ou à leur donner l’immortalité, pourquoi aimez-vous mieux en faire des machines inanimées, que des corps remués par des âmes immortelles... il n’y a rien qui puisse confirmer davantage tous les platoniciens dans leur sentiment sur l’immortalité de l’âme des bêtes, que de voir un aussi grand génie que le vôtre réduit à n’en faire que des machines insensibles de peur de les rendre immortelles. »


GANDHI : On reconnait le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite les animaux.

HORKHEIMER & ADORNO (La dialectique de la raison) : Dans ce monde, privé d’illusions, où les hommes ayant perdu la faculté de réfléchir sont devenus les plus intelligents des animaux et assujettissent le reste de l’univers –quand ils ne sont pas en train de s’entre-déchirer-, respecter les animaux est considéré non seulement comme de la sentimentalité, mais comme une trahison envers le progrès.


LEVI-STRAUSS Claude (Allocution à l’UNESCO en 1971) : Le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses pareils n’est qu’un cas particulier du respect qu’il devrait ressentir pour toute forme de vie. En isolant l’homme du reste de la création, en définissant trop étroitement les limites qui l’en séparent, l’humanisme occidental hérité de l’Antiquité et de la Renaissance l’a privé d’un glacis protecteur et, l’expérience du dernier et du présent siècles le prouve, l’a exposé sans défense à des assauts fomentés dans la place-forte elle-même. Il a permis que soit rejetées, hors des frontières arbitrairement tracées, des fractions chaque fois plus prochaines d’une humanité à laquelle on pouvait d’autant plus facilement refuser la même dignité qu’au reste, qu’on avait oublié que si l’homme est respectable, c’est d’abord comme être vivant plutôt que comme seigneur et maître de la création : première reconnaissance qui l’eût contraint à faire preuve de respect envers tous les êtres vivants.


MERLE Robert (Le propre de l’homme) : Le propre de l’homme, est-ce le rire ? Mais les chimpanzés rient aussi. Le propre de l’homme, est-ce la raison ? Mais comment la refuser aux dauphins et aux primates, à qui l’on voit faire tant de choses étonnantes qui ne relèvent pas d’un simple dressage ? Le propre de l’homme, enfin, est-ce le langage ? Mais peut-on le dire encore quand on voit un chimpanzé s’exprimer avec les mains comme un sourd et muet ?

 

 

JPEG - 51.9 ko PICQ Pascal (Il était une fois la paléoanthropologie) : La belle inquisition, qui en d’autres temps condamnait un Bruno, un Vanini ou un Galilée, est menée aujourd’hui par nos ’humanités’ contre les éthologues et les paléoanthropologues. On les somme ainsi de s’occuper de leurs bêtes et de leurs bouts d’os ; car la question de l’homme n’est pas de leur compétence.


WAAL Frans de (L’âge de l’empathie) : L’empathie se construit sur la proximité, la similitude et la connaissance de l’autre –en bonne logique, puisque nous avons évolué pour favoriser la coopération à l’intérieur du groupe. Combinée avec notre intérêt pour l’harmonie sociale, qui exige une répartition équitable des ressources, l’empathie place l’espèce humaine sur la voie menant à des sociétés à petite échelle qui insistent sur l’égalité et la solidarité. Or nous vivons aujourd’hui au sein de sociétés beaucoup plus importantes, où cette insistance se révèle plus difficile à entretenir… Certains scientifiques se transforment en ‘singes de la sagesse’, plaquant la main sur leur bouche et leurs oreilles dès qu’on aborde les états intérieurs des autres animaux.

 

1660 BARY (Philosophie accommodée à l’intelligence des dames) : « Quelques autres disent que les bêtes agissent par instinct et par conséquent qu’elles sont irraisonnables. La proposition est trop vaste, et la conclusion n’est pas assez juste. Il y a dans les enfants une faculté qui est distincte de l’instinct, c’est-à-dire de cette impression secrète qui les porte à téter, et à faire plusieurs autres choses qu’ils n’ont pas apprises. Il y a aussi dans les bêtes une puissance qui est différente de la lumière avec laquelle elles sont créées, et comme par la faculté qui est distincte de l’instinct, les enfants apprennent à chanter, à jouer du luth, et à former cent autres habitudes, par la même faculté aussi les bêtes apprennent à danser, à battre du tambour, et à contracter cent autres gentillesses…Je n’ai rien à répondre à cela si ce n’est que la raison est répandue dans la plupart des actions bestiales, que l’Histoire des animaux est remplie d’un nombre incalculable de ruses, et que c’est avoir une fausse idée de la raison que de combattre la raison des bêtes. »

 

1871 DARWIN (La descendance de l’homme et la sélection sexuelle) : « On peut évidemment admettre qu’aucun animal ne possède la conscience de lui-même si l’on implique par ce terme qu’il se demande d’où il vient et où il va, qu’il raisonne sur la mort ou sur la vie, et ainsi de suite. Mais, sommes-nous bien sûrs qu’un vieux chien, ayant une excellente mémoire et quelque imagination, comme le prouvent ses rêves, ne réfléchisse jamais à ses anciens plaisirs, à la chasse ou aux déboires qu’il a éprouvés ? Ce serait là une forme de conscience de soi. …si les facultés mentales de l’homme différent immensément en degré de celles des animaux qui lui sont inférieurs, elles n’en différent pas quant à leur nature. Une différence en degré, si grande qu’elle soit, ne nous autorise pas à placer l’homme dans un règne à part. »

 

Et je terminerai avec cet adversaire permanent de Descartes et pourtant co-contributeuren mathématique puisque si l'un nous a laisser la géométrie analytique, l'autre inventa le calcul intégral.

Livre III
Des mots

THÉOPHILE. Je suis réjoui de vous voir éloigné du sentiment de M. Hobbes, qui n'accordait pas que l'homme était fait pour la société, concevant qu'on y a été seulement forcé par la nécessité et par la méchanceté de ceux de son espèce. Mais il ne considérait point que les meilleurs hommes, exempts de toute méchanceté, s'uniraient pour mieux obtenir leur but, comme les oiseaux s'attroupent pour mieux voyager en compagnie, et comme les castors se joignent par centaines pour faire des grandes digues, où un petit nombre de ces animaux ne pourrait réussir ; et ces digues leur sont nécessaires, pour faire par ce moyen des réservoirs d'eau ou de petits lacs, dans lesquels ils bâtissent leurs cabanes et pêchent des poissons, dont ils se nourrissent. C'est là le fondement de la société des animaux qui y sont propres, et nullement la crainte de leurs semblables, qui ne se trouve guère chez les bêtes.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne Wolff - dans Amie de la tendresse
commenter cet article

commentaires

Clovis Simard 10/10/2012 15:40


Voir Blog(fermaton.over-blog.com).No.9 - THÉORÈME SARTRE. - La liberté ?

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Archives