19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:35

 

 

C’est une déclaration de guerre à l’Amérique Latine libre qu’à fait John Kerry. En qualifiant la région d’arrière-cour » des Etats-Unis, il revient avec un vocabulaire qui – pensions-nous – appartenait au passé, une manière d’évoquer le colonialisme révolu pour en faire un programme d’avenir.

Un programme dont ni les peuples ni les mandataires en rupture avec le néo-libéralisme ne veulent pour la région. Autant que l’agitation de l’extrême-droite au Venezuela, cette déclaration a provoqué la réunion des mandataires de l’UNASUR, cette nuit à Lima. Y était présent les chefs d’état du pays Humala, le président du Venezuela Maduro, Evo Morales, Dilma Roussef, Mujica, Cristina Fernandez de Kirchner, Piñera et Santos. Rafael Correa en visite en Europe n’a pu y être présent.

Face à l’ennemi commun ; la solidarité l’emporte et les tensions qui régnaient entre Cristina Kirchner et Mujica suite à quelques paroles malheureuses (et insultantes) de ce dernier au sujet de son homologue Argentine provoquant un incident diplomatique ont été effacées par un baiser de réconciliation entre les deux mandataires. Cela peut sembler peu de choses, et pourtant cela en dit long, la volonté de construction régionale intégrée dont Nicolas Maduro comme Ministre des Affaires Etrangère du Venezuela fut un des principaux acteurs au cours des dernières années s’élabore sur des bases très différentes de celles qui ont présidé à la construction de l’Europe et continue de le faire.

La construction de l’Europe fondée sur le principe de la « « « Libre » » » concurrence consiste à faire de cette région du monde un territoire de Marché offrant les meilleurs conditions aux transnationales, qui y imposent leur Loi, au détriment des peuples et sans se soucier de ce qu’ils en pensent sinon pour les réprimer quand ils manifestent leur opposition.

L’intégration Latino-Américaine, Abya Yala, la Grande Patrie est un processus duquel participent les peuples de la région, parfois en opposition avec leur gouvernement quand ceux-ci se mettent au service des colonisateurs du Nord. Rappelons tout de même que tous les mouvements populaires significatifs des dernières années dans la région sont opposés au néo-libéralisme. Dans les pays rebelles, les grands mouvements populaires sont ceux qui reprochent aux mandataires d’être encore trop adictés au néo-libéralisme. Le mouvement d’oppositions au Venezuela est donc d’une nature différente, sous la direction de pitiyanquis caractérisés et de leur maîtres du Nord..

Au-delà des liens qui se tissent entre les mandataires de la régin, existe un tissu toujours plus dense et diversifié d’associations entre les peuples de la région que ce soit à travers des mouvements comme la Via Campesina, le Gouvernement Indigène, des centaines d’associations transcontinentales dynamiques politiques, culturelles, conviviales, communalistes,… constituent la réalité de l’intégration régionale.

Plus d’un million de personnes ont participé cette semaine à Bogota à une grande marche de réconciliation nationale très créative. N’oublions pas le rôle fondamental joué par Chavez dans la mise en œuvre de ce processus. Ce n’est pas le peuple de Colombie qui est divisé. La fracture est entre un gouvernement fasciste, narcotrafiquant aux ordres des USA comme le fut celui d’Uribe et un peuple progressiste et manifestant sa volonté d’autodétermination en le payant souvent de sa vie. Chavez a incité Santos a écouter activement le peuplede son pays. En ce qui concerne Santos, l’avenir nous dira de quel côté il se place réellement. Sa reconnaissance immédiate de la victoire de Nicolas Maduro est un bon signe. Il faut dire aussi que chacun de ces mandataires acteurs d’intégration qui ont travaillé depuis de longues années avec Maduro a témoigné de son respect et de sa confiance pour celui qu’ils qualifient unanimement d’homme de conciliation.

Les paroles de Kerry sont une alerte rouge pour les peuples et leurs mandataires participants de cette intégration régionale. Le passage de l’implicite à l’explicite, l’énoncé de son programme en peu de mots – mais qui réveillent les blessures encre non cicatrisées de décennies et de siècles d’horreur - et c’est d’autant plus violent. Et cette alerte rouge est d’autant plus forte que le coup d’état avorté de ce début de semaine au Venezuela, les matrices d’opinion qui en font la promotion, les cibles des exactions de l’opposition ne laissent aucun doute, c’est le petit peuple qui est visé en tant que tel et sommé de retrouver sa place d’inférieur dans un monde dominé par les blancs.

De nombreux analystes ont mis en évidence au cours des dernières années les processus de remilitarisation US du continent Sud. Ils ont également mis en évidence les liens étroits des acteurs régionaux qui la promeuvent avec les nazis expatriés et ceux qui en sont héritiers, comme Alvaro Uribe et son mouvement UnoAmerica qui réunit tout ce que le continent compte de militaires ayant participé aux dictatures sanglantes de la fin du siècle dernier. Ont également été mis en évidence les liens qui font de Capriles un poulain d’Uribe autant que de Washington.

Dès l’instauration du premier régime Obama, la couleur a été clairement annoncée mais implicitement. Le coup d’état au Honduras, la réactivation de la 4ème flotte, la multiplication des bases y compris celle dont les pistes permettent une rapide projection de force et la base nucléaire allié des Malouines qui vise le continent, mais aussi la mine dégoutée d’Obama lorsqu’Hugo Chavez lui remis en offre de dialogue sur de nouvelles bases le livre « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine », etc… tout témoignait d’une volonté de reconquête du continent. Non seulement une volonté d’appropriation de ses richesses naturelles, de ses terres riches, mais aussi par les traités de libre échange, dont nous connaissons les effets asymétriques, l’intégration de l’Amérique Latine au Marché global des transnationales qui pillent la planète que leurs dirigeants s’approprient et réduisent les peuples en esclavages dans des camps de travail surveillés par des paramilitaires, ainsi que le sont les maquiladras, mais aussi de nombreux sites de l’extractivisme ou ceux de la macro agro-industrie. Les travailleurs sous-payés y sont logés dans des baraquements insalubres, payés de salaires de misères, vivants sur des sites entourés de barbelés et surveillés par des patrouilles quine laissent entrer – et sortir – que ceux qui montrent patte blanche. Le modèle dont Dassault affirme qu’il serait le seul moyen de créer une France – et une Europe -réellement compétitive, par exemple. De gré ou de force, tous soldats de la guerre Occident Chine que ce soit comme militaires en Afrique ou comme travailleurs surexploités pour reproduire les conditions inhumaines de production qui sont « l’avantage »chinois en terme de concurrence.

Les peuples de l’Amérique Latine en lutte pour un autre mode développement qui place au centre la qualité de la vie de chacun  au centre et en fin de ce développement sont donc les alliés naturels de tous ceux qui sur la planète luttent contre l’arbitraire et l’exploitation auxquels nus condamneraient une gouvernance mondiale aux mains des propriétaires effectifs des méga-transnationales qui imposent au monde Leur Loi. Et plus que jamais ils ont besoin de notre soutien et que la réalité de leur lutte enfin connue de tous, ils deviennent référence pour nos combats, comme c’est nouée l’alliance des résistants de Notre Dame des Landes avec les résistants des Chiapas au Mexique. L’alliance de ceux qui défendent les zones autonomes à commencer par celles qui résident dans nos consciences.

La volonté de recolonisation du régime Obama, traduite dans les faits se cachait derrière une façade de recherche de partenariat sur des bases égalitaires. Elle est à présent tout à fait explicitement exprimée. C’est bien une déclaration de guerre. Et le premier champ de bataille de cette guerre explicitement déclarée est le Venezuela ; ce qui ne minimise pas pour autant – au contraire - les guerres dites de bases intensité que subissent les peuples du Mexique de Colombie ou du Honduras et les communautés en lutte pour leurs droits à l’auto-détermination et à la dignité à dans plusieurs pays du continent. C’est au contraire l’annonce de la volonté de transformer à terme cette guerre de basse intensité, aux multiples foyers, en une guerre totale de la région jusqu’à soumission complète  à l’Empire du Nord. Une menace à prendre très au sérieux d’intensification du danger pour chaque résistant de la Grande Patrie.

Les exactions se poursuivent mais plus sporadiques au Venezuela, Capriles retrouve ces fonctions de gouverneur de Miranda mais envoie des messages troubles et confus à ces partisans qui sont autant de manière de justifier et attiser la haine du peuple contre le peuple. Le nouveau thème de la matrice d’opinion est de comparer Maduro à un Hitler allié de militaires potentiellement sanguinaires. Pendant que la classe « haute » de ces partisans appelle les USA et Israël à la rescousse de la démocratie Vénézuélienne. Classe haute, la bourgeoisie pitiyanqui du pays, mais la MUD à d’autres bases, des groupes d’extrême-droite organisés et entraîné, mais on peut voir dans les participants aux émeutes, des bandes de simples délinquants souvent bourrés voir défoncés qui sont un terreau fertile pour les fouteurs de merde apolitiques dans toutes les régions du monde. Je pense qu’il y a du boulot pour décrypter les modalités de ce renversement de propagande qui  atteint des proportions de diffusion de contre-vérité qui dépasse tout ce que nous avions pu connaître jusqu’ici, un total retournement des verbes et des faits usés à contresens. Impressionnant.

Après la réunion de l’UNASUR à Lima, les participants devaient rejoindre Caracas pour la prestation de serment du président Nicolas Maduro qui aura lieu cet après-midi. Une première chute de domino a eu lieu mais dans le sens inverse de celui voulu par les Colonisateurs du Nord. L’Espagne après un refus initial reconnait la légitimité de Maduro comme président du Venezuela, ainsi que Hollande pour la France se sont joint au nombreux pays qui l’ont reconnue dont la Russie et la Chine. Quant au président de l’OEA après avoir exigé le recomptage sans consultation des membres, il a du faire machine arrière, et reconnaître officiellement la légitimité de Maduro après que les membres de l’OEA se soient prononcés en sa faveur.

Je me joins à tous ceux qui dans le monde – à commencer par les plus de 7 millions de vénézuéliens qui l’ont élu - apportent leur soutien à Nicolas Maduro pour sa prestation de serment de cet après-midi et pour son avenir de président légitime du Venezuela.

Anne Wolff

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Archives