11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 23:08

 

 

(…) plusieurs Polonais se demandent pourquoi les autorités de la ville n'étaient pas préparées à faire face à cette prévisible violence. Comme elles n'ont jamais apprécié les squats, certains soupçonnent que la police avait des instructions de ne pas intervenir pendant l'attaque afin que les hooligans se chargent du travail que la ville n'est pas autorisée à faire.  

Aujourd'hui, fête nationale de la Pologne, la police a patrouillé de manière constante les rues Skorupki et Wilcza où se trouvent les espaces autonomes Syrena et Przychodnia. 

Vers 15h30, la marche des nationalistes a traversé le centre-ville. Les agents de police qui montaient la garde près de la rue Skorupki se sont dispersés et ont disparu. 

Simultanément, plusieurs dizaines de manifestants néo-nazis sont arrivés. Ils ont brisé les chaînes à la porte et sont entrés dans les locaux. Armés de machettes, de bouteilles et de bâtons, ils se sont attaqués aux personnes présentes. À l'heure actuelle, les squats de Syrena hébergent huit enfants âgés de 3 à 14 ans, parmi d'autres personnes. 

 

 

 

Les nationalistes de droite polonais confisquent la fête nationale

Des nationalistes au Square Rozdroże; images postée par @ PolandTalks, utilisée avec la permission

Des nationalistes au Square Rozdroże; images postée par @ PolandTalks, utilisée avec sa permission

La fête de l'indépendance nationale de la Pologne, traditionnellement célébrée le 11 novembre, s'est terminée dans la violence cette année. De jeunes Polonais de droite ont incendié des voitures, caillassé la police et même attaqué et mis le feu à l'ambassade de Russie à Varsovie [anglais] lors d'une marche organisée par un mouvement nationaliste. La police a riposté avec des gaz lacrymogènes et des grenades étourdissantes, puis arrêté une dizaine de personnes d'un groupe de quelques centaines d'hommes pour la plupart masqués qui avaient commencé la marche.

Au cours de ces dernières années, les habitants de Varsovie ont célébré la fête nationale [anglais] avec des sentiments où crainte et dégoût se mélangeaient. C'est un jour, normalement, de fête qui est censé unir les citoyens polonais dans une joyeuse célébration de l'indépendance reconquise en 1918 après plus de 100 ans de domination étrangère, qui s'avère être tout à fait le contraire. Le débat politique sur la question du patriotisme et de la façon d'exprimer la fierté nationale a été dominé par les définitions et les points de vue des groupes nationalistes et néo-fascistes de droite.

L'utilisateur de Twitter @ p_ministra a tweeté un commentaire de sa grand-mère qui dépeint parfaitement la journée:

Ma grand-mère m'a appelé aujourd'hui (avec une voix larmoyante): Anuszka, comment as-tu survécu à cette fête de l'indépendance d'hier ?!

- p_ministra (@p_ministra), November 12, 2013

Cette tendance a été récemment fortement soutenue par les médias, à la recherche de contenus controversés pour accroitre leur audience. C'est devenu évident que seuls quelques “vrais Polonais” pourront définir ce que signifie vraiment être un patriote. C'est également devenu évident que les définitions du patriotisme fournies par ceux-ci sont extrêmement étroites et basées sur l'exclusion drastique de nombreux groupes identifiés comme “éléments étrangers”.

Ainsi, la spirale a commencé à l'occasion des événements violents du 11 novembre 2013 et au cours d'une marche organisée par la Młodzież Wszechpolska [anglais] (Jeunesse de toute la Pologne) à Varsovie. Au cours de cette marche, un groupe d'hommes masqués a attaqué deux édifices occupés au centre-ville de Varsovie et mis le feu à l’installation artistique [polonais, photos] “L'Arc en Ciel” – une représentation soutenant les droits des LGBT, situé dans le quartier nocturne le plus populaire de la ville – attaquant ensuite l'ambassade de Russie. Pologne pourparlers, un blog qui suit les luttes sociales en Pologne, a tweeté :

Ce n'est pas suffisant que le nationalisme échoue, on doit s'assurer  s'assurer que rien d'autre ne lui succède

La Pologne semble être douloureusement désarmée dans cette affaire, mais ce n'est pas faute d'essayer de trouver une bonne solution. Au cours des dernières années, des tentatives de bloquer des marches comme celle-ci ont plutôt été efficaces, mais beaucoup croient maintenant que la violence s'est intensifiée au lieu de diminuer. C'est pour cela que la décision a été prise cette année, au lieu d'interdire la marche, d'en organiser une alternative à une date différente pour ceux qui rejettent la conception exclusive de l'appartenance de ces groupes extrémistes et de croire en une autre Pologne, plus inclusive.

Le meme dit: "La Pologne / Etats-Unis - pourquoi sommes-nous en mesure de copier Haloween, mais un parti national commun - pas vraiment? photo postée sur demotywatory.pl

Le meme dit: “La Pologne / Etats-Unis – pourquoi sommes-nous en mesure de copier Haloween, mais un parti national commun – pas vraiment? photo postée sur demotywatory.pl

Cette marche alternative a été organisée le 9 novembre 2013, par une coalition d'organisations dénommée Ensemble contre le nationalisme, et elle a eu un taux de participation important.

Dans une déclaration, les organisateurs de la coalition ont dit:

Nous nous adressons à vous à l'occasion du 75e anniversaire de la Nuit de Cristal en Allemagne [fr] où des hordes de nazis, avec l'appui de l'appareil d'Etat, avaient intensifié la persécution de la minorité juive. L'Europe d'aujourd'hui n'est pas sans rappeler l'époque de la Grande Dépression. À la suite de l'exclusion sociale, il y a un soutien accru à la violence véhiculées par les idées nationalistes, racistes et fascistes. [...]

Le moyen le plus efficace pour lutter contre ces idées perverses est l'auto-organisation sociale. En Pologne, les groupes locaux de militants antifascistes ont réussi à faire annuler plusieurs manifestations organisées par les nationalistes. Nous avons également bloqué la tentative du Mouvement national de s'infiltrer dans le monde académique. Nous ne permettrons ni la répétition des événements tragiques du passé ni les incidents actuels.

Immédiatement après le début des émeutes, plusieurs Polonais se demandent pourquoi les autorités de la ville n'étaient pas préparées à faire face à cette prévisible violence. Comme elles n'ont jamais apprécié les squats, certains soupçonnent que la police avait des instructions de ne pas intervenir pendant l'attaque afin que les hooligans se chargent du travail que la ville n'est pas autorisée à faire. Une déclaration publiée par les habitants du Squat Syrena [polonais] dit :

Aujourd'hui, fête nationale de la Pologne, la police a patrouillé de manière constante les rues Skorupki et Wilcza où se trouvent les espaces autonomes Syrena et Przychodnia.

Vers 15h30, la marche des nationalistes a traversé le centre-ville. Les agents de police qui montaient la garde près de la rue Skorupki se sont dispersés et ont disparu.

Simultanément, plusieurs dizaines de manifestants néo-nazis sont arrivés. Ils ont brisé les chaînes à la porte et sont entrés dans les locaux. Armés de machettes, de bouteilles et de bâtons, ils se sont attaqués aux personnes présentes. À l'heure actuelle, les squats de Syrena hébergent huit enfants âgés de 3 à 14 ans, parmi d'autres personnes.

Les plus grands dégâts ont eu lieu à Przychodnia – avec des voitures brûlées et détruites, des personnes blessées et des vitres brisées. Pendant une trentaine de minutes – à cause du retrait des forces de police – nous avons été obligés de nous défendre nous-mêmes. Si ce n'était notre ferme riposte, la scène se serait terminée en tragédie : les attaquants néo-nazis étaient prêts à tuer.

Voici à quoi ressemble votre “patriotisme” aujourd'hui. Chaque personne prenant part à des actions de marches de l'indépendance ont une part de responsabilité dans les attaques contre les maisons des familles expulsées, des personnes âgées, des personnes handicapées et contre tous ceux qui ne peuvent se permettre ni de payer leur loyer ni de prendre un prêt bancaire d'une durée de 30 ans.

C'est la réalité aujourd'hui à Varsovie – ceux qui sont au pouvoir expulsent, les fascistes frappent.

Nous subissons tout ça à la fois.

Rainbow - une installation artistique par Julita Wojcik, construit dans le centre de Varsovie comme un symbole de la tolérance, a été brûlé. Photo postée par @ PolandTalks

Arc en ciel – une installation artistique de Julita Wojcik, construite dans le centre de Varsovie comme symbole de la tolérance, a été brûlée. Photo postée par @ PolandTalks

Le lendemain, de nombreux citoyens de Varsovie ont montré leur solidarité avec les valeurs attaquées en décorant l'arc en ciel brûlé et en créant des groupes Facebook exigeant que les coupables le reconstruisent eux-mêmes.

Picture posted by @CzapskiPawel, drawn by a famous blogging cartoonist AndrzejRysuje.pl. The girl says "People are decorating the burnt rainbow with flowers, on friday there is a flashmob organised - people will be kissing under the burnt rainbow, and the nationalists are supposed to pay for it's reconstruction..."

Dessin posté par @ CzapskiPawel, du célèbre artiste AndrzejRysuje.pl. La jeune fille dit: «Les gens décorent l'arc en ciel brûlé avec des fleurs, le vendredi flash mob organisé – les gens vont s'embrasser sous l'arc-en-ciel brûlé et les nationalistes sont censés payer pour sa reconstruction …”

"Rainbow in Poland" - satirical picture posted by @p_ministra

“Arc en ciel en Pologne” – un dessin satirique publié par @p_ministra

De nombreuses personnes ont souligné le droit des citoyens à marcher, en toute circonstance, blâmant les compétences organisationnelles des leaders de la marche plutôt que l'attitude générale de ses participants :

C'est vrai – la marche pour célébrer l'indépendance n'était pas parfaite. Mais c'était mieux que l'année dernière. Et la Pologne est meilleure avec cette marche que sans elle !

Hanna Kozłowska, une blogueuse polonaise qui écrit pour Foreign Policy Blog [anglais] a mis en évidence l'influence de l'évolution des humeurs politiques des dernières années sur les événements du 11 novembre 2013 :

Bien que les hooligans nationalistes forment un groupe marginal, leurs actions reflètent un changement important dans la société polonaise. Avec la vigoureuse croissance économique d'autrefois passée de 4,5 % en 2011 à 1,8 %en 2012, un taux de chômage élevé, à 13 %, les Polonais sont de plus en plus insatisfaits de leur gouvernement, de l'Union européenne et de leurs vies. Les sondages indiquent que le principal parti conservateur Droit et Justice qui n'est plus au pouvoir depuis 2007, est en train de gagner le soutien sur le parti centriste, la Plateforme Civique pro-européenne, mou et incompétent aux yeux de beaucoup de citoyens.


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Published by Anne Wolff - dans Métastases du nazisme
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Gilles Deleuze, février 1977.

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