2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 07:12

 

 

 

Egypte USA

Un tribunal militaire d’urgence a prononcé des condamnations à mort pour 683 accusés – des membres et des partisans présumés des Frères musulmans (FM) – au bout d’un procès qui n’a duré que cinq minutes et durant lequel ne juge ne permit pas que le moindre mot soit prononcé ou le moindre élément de preuve apporté à la défense des hommes condamnés, et dont la plupart n’étaient même pas présents au procès.

Le procès de masse et son verdict et ses sentences fixés d’avance font suite à un identique simulacre de justice qui eut lieu le mois dernier et durant lequel 529 personnes furent condamnées à mort par le même juge, Saed Youssef. Lors d’une décision distincte rendue lundi, Youssef a confirmé 37 de ces condamnations à mort et a commué toutes les autres en prison à vie.

A l’extérieur du tribunal lourdement gardé dans la ville de Minya, à environ 200 kilomètres au Sud du Caire, les proches des accusés en pleurs hurlaient leur indignation à l’égard de la junte dirigeante et de son dirigeant de fait, l’ancien patron des services de renseignement militaire sous Moubarak, le général Abdel Fattah al Sissi.

Les accusations portées contre 1.200 prévenus – tous risquant soit la potence soit la prison à perpétuité dans les prisons égyptiennes connues pour leur brutalité – découlent de la mort d’un seul policier durant les protestations organisées par les Frères musulmans contre le coup d’Etat militaire qui a renversé le président élu d’Egypte et membre des FM Mohamed Morsi. Durant cette même période, les forces de sécurité égyptiennes ont massacré jusqu’à 2.000 manifestants, dont un millier dans la même journée.

Comme le montre très clairement la parodie de justice de Minya, ce règne de terreur n’a fait que continuer en s’institutionnalisant encore plus fermement sous Sissi qui a démissionné dernièrement pour devenir candidat dans ce qui sera inévitablement des élections présidentielles truquées.

Outre les quelque 2.000 personnes tuées par la junte de Sissi, 21.000 autres ont été emprisonnées. Des milliers d’autres ont disparu dans un réseau de « sites noirs », des centres secrets de détention et de torture.

L’objectif de cette vaste machine de répression ne sont pas seulement les Frères musulmans, mais aussi les protestataires impliqués dans les manifestations qui ont entraîné en février 2011 la chute de l’ancien dictateur Hosni Moubarak. Trois d’entre eux – Ahmed Maher et Mohammed Adel, les dirigeants du Mouvement du 6-avril qui a maintenant été interdit sur la base d’accusations fictives d’espionnage et de diffamation envers l’Etat, et Ahmed Douma – ont été condamnés à trois ans de travaux forcés et à 7.000 dollars d’amende pour avoir contrevenu un décret interdisant toutes les protestations non autorisées. Ils ont déclaré être régulièrement passés à tabac par leurs geôliers. 

Toute cette répression féroce cible la classe ouvrière égyptienne, la force sociale qui a été le principal acteur, de par ses grèves et ses protestations de masse, dans l’éviction du régime de Moubarak. Ces grèves se sont poursuivies, par la cessation du travail dans le secteur du textile, de l’acier, des transports publics, le débrayage des postiers et des travailleurs portuaires, y compris ceux du stratégique Canal de Suez. Dans des conditions où la junte dirigeante est prête à adopter les drastiques mesures d’austérité dictées par le FMI, y compris la suppression des subventions sur le pain, l’électricité et le gaz, elle cherche désespérément à intimider les travailleurs égyptiens en appliquant la violence de l’Etat.

Rien que l’ampleur des procès et des condamnations à mort de masse en Egypte est sans précédent dans l’histoire récente, et rappelle le genre d’atrocités commises sous les nazis. De par ses paroles ambiguës et ses actes concrets, Washington se retrouve exposé comme le complice direct de ce crime, le président Barack Obama faisant tout ce qui est possible pour le faciliter.

Dans une déclaration débordant de cynisme, la Maison Blanche a dit lundi qu’Obama était « profondément préoccupé » par les condamnations à mort de masse en Egypte.

« Alors que l’indépendance des juges est un élément vital de la démocratie, ce verdict n’est pas conciliable avec les obligations de l’Egypte en vertu du droit international des droits de l’homme, » pouvait-on lire dans le communiqué de la Maison Blanche. Il lance un appel à Sissi et à ses collègues de la junte militaire de « prendre position contre cette action illogique. »

De qui se moquent-ils? Les subtilités de « l’indépendance des juges » ne jouent pratiquement aucun rôle en Egypte. Youssef, le juge de la mort – communément appelé « le boucher » – a été nommé par la junte à un tribunal spécial pour faire exactement ce qu’il est en train de faire. De plus, les sentences draconiennes rendues ont une logique très précise : elles sont un acte de terreur d’Etat visant à intimider les masses égyptiennes.

Le communiqué poursuit en disant: « Depuis la Révolution du 25 janvier, le peuple égyptien aspire à être représenté par un gouvernement qui gouverne équitablement, préserve sa dignité et offre des possibilités économiques. Les Etats-Unis soutiennent ces aspirations et veulent le succès de la transition de l’Egypte. »

Rien que des mensonges empilés les uns sur les autres. La réalité est que le gouvernement Obama a fait tout son possible pour garder au pouvoir son « fidèle allié » Moubarak en écrasant la Révolution du 25 janvier et en envoyant au dictateur égyptien les munitions pour le faire.

Après avoir échoué, il a cherché à assurer le transfert du pouvoir à Omar Suleiman, le chef des renseignements de Moubarak et une « ressource » de la CIA. A défaut de cela, il a soutenu l’arrivée au pouvoir du Conseil suprême des forces armées. Après avoir brièvement essayé d’utiliser le gouvernement de droite des Frères musulmans de Morsi pour sauvegarder ses intérêts en Egypte et dans la région, il a tranquillement soutenu le coup d’Etat militaire qui l’a renversé en juillet dernier en refusant d’appeler ce coup d’Etat un coup d’Etat de façon à pouvoir continuer à verser l’aide militaire.

Il est impossible de faire plus en fait de pur cynisme que la phrase disant qu’on « veut le succès de la transition égyptienne ». La « transition » aidée et soutenue par Washington s’est révélée être une dictature plus sanglante et plus répressive que celle même du détesté Moubarak déjà soutenu par les Etats-Unis.

Ce n’est pas par hasard que l’imposition en masse de la peine de mort a eu lieu quelques jours seulement après que Washington a approuvé la livraison de 10 hélicoptères d’attaque Apache, en plus de quelque 650 millions de dollars d’aide militaire à la junte égyptienne déjà autorisée pour le présent exercice. C’est la moitié de ce que le gouvernement voulait fournir aux forces répressives du pays, l’autre moitié étant retenue par les lois limitant l’aide à des régimes amenés au pouvoir par des coups d’Etat. 

L’achat des hélicoptères a été correctement interprété par la junte égyptienne comme étant le feu vert à l’escalade de sa brutale répression.

Rien ne pourrait mettre plus à nu la fraude hypocrite de la politique étrangère du gouvernement Obama en matière de « droits de l’homme ». Durant ces derniers mois, il s’est présenté comme le champion de la démocratie et des droits humains en Ukraine. Il s’est servi de ce qui représentait, par rapport à l’Egypte, un nombre relativement restreint de meurtres – dont les auteurs restent un sujet de débat – pour justifier un coup d’Etat mené par des fascistes et une politique de provocations antirusse continues qui risque de précipiter le monde dans une troisième guerre mondiale nucléaire.

De la même manière, au Venezuela, la mort, de 41 personnes dans de violentes manifestations – dont la cause reste contestée – a fait que le secrétaire d’Etat John Kerry dénonce le gouvernement pour mener une « campagne de terreur contre ses propres citoyens. » Aucune terreur de ce genre n’avait été perçue dans les massacres de milliers de personnes en août dernier dans les rues du Caire ou dans les condamnations à mort de masse rendues au cours de ces deux derniers mois.

L’Egypte révèle le véritable visage de la politique impérialiste américaine qui utilise la sanglante violence d’Etat et le militarisme pour poursuivre les intérêts de la couche dirigeante financière et patronale de l’Amérique en réprimant aux quatre coins du monde les luttes sociales et les aspirations démocratiques de la population laborieuse.

 

Article original, WSWS, paru le 29 avril 2014

Via 
Le régime égyptien, qui est soutenu par les États-Unis, condamne 683 personnes à mort | Mondialisation



 

Un texte qui trouve sa place parmi ceux qui élucident ce que sont vraiment les « révolutions de couleurs » et autres printemps, qui les dirigent et pourquoi. Elles sont une stratégie mise au point dans les hautes sphères de l’Ordre Marchand - un ordre dans lequel les lois du commerce établies par leurs dirigeants substituent aux gouvernements formés de mandataires du peuple, des gouvernances de gestionnaires au mieux de leurs intérêts qu’ils désignent (en bref) – pour prévenir, récupérer ou provoquer les révoltes qui naissent spontanément dans les populations que cet Ordre sacrifie sans scrupule à ces intérêts.  

L’allusion de Van Auken au Venezuela est déplacée – je ne vais pas revenir ici dans les détails - en ce sens que dans ce pays, comme le constate d’ailleurs des rapports du parti d’opposition la MUD, le constat est clair, non seulement le gouvernement n’est pas renversable par les urnes, mais il est également impossible d’y organiser une révolution de « couleur ».

Le but des Révolution de couleur est simple, remplacer un gouvernement qui ne se soumet pas aux règles de gouvernance imposées par le Monde-Marché-Unique (MMU) au pouvoir centralisé par une autre qui accepte les règles de ce « Nouvel Ordre Mondial », dans un processus appelé Transition. L’instauration de ce MMU suscite le mécontentement des peuples sacrifiés dans tous les cas aux intérêts des bénéficiaires (profiteurs ?) de cet ultime processus d’accumulation capitaliste. Les « révolutions de couleurs » sont les techniques mises au point pour récupérer cette révolte, la canaliser, et mettre « hors d’état de nuire » les leaders de la Souveraineté Populaire, les dirigeants des mouvements qui ont pour but une meilleure répartition du pouvoir politique et des richesses afin d’installer un gouvernement qui soit acquis au dirigeants de ce processus de Transition.

Au Venezuela, la « révolution ce couleur » a échoué parce que la majorité du peuple s’est solidarisé avec le gouvernement qui – avec toutes les critiques constructives qu’on peut et doit lui faire – lutte contre les diktats de cet ordre dans le but de mettre en place à terme un gouvernement du peuple par le peuple, dans un partage de pouvoir est des richesses le plus large possible. Un des cinq pouvoir constitutionnel est le Pouvoir Populaire (en grande part en gestation ou à différent niveau de réalisation), c’est ce Pouvoir Populaire qui a fait échouer le coup d’état contre Chávez en 2002 qui cette fois encore à fait échec à la tentative de révolution de couleurs, dont les principaux dirigeants ont été formé soit à Harvard ou 2 ex-leaders d’OTPOR Serbie sont aujourd’hui professeurs de ces techniques, soit directement en Serbie grâce à des bourses attribuées par Washington à des étudiants des Universités privées du Venezuela où les méthodes de déstabilisation de Gene Sharp font partie des matières enseignées aux étudiants. L’échec de la révolution de couleur et les nécessités de l’Agenda de « Domination du Spectre Complet » concept explicité par le programme du Pentagone – entièrement acquis aux Grands Marchands, alors que ce qui reste de gouvernement aux USA ne l’est pas encore totalement – rende la chute du gouvernement de Maduro, et l’éradication du chavisme (et des chavistes) obligatoire pour que le programme de domination globale se réalise. Obligatoire immédiatement parce que pour continuer leur conquête, les Corporations ont non seulement besoin de s’approprier rapidement la gestion du pétrole nationalisé du Venezuela, mais aussi de faire tomber le pôle autour duquel s’organisent les mouvements de Souveraineté Nationale ou Populaire de la région (et parfois du monde).

Donde Vamos, dans un article assez visionnaire qui date de février 2011 analyse la révolution de couleur en Egypte conclu par un paragraphe intitulé « La suivante au Venezuela ? », article que j’avais repris avec une illustration vénézuélienne lors des prémisses des événements actuel au Venezuela en mai 2013.

Comprendre les techniques utilisées dans les dites « révolutions », est non seulement indispensable pour comprendre les vecteurs, dispositifs et mécanismes de la géopolitique mondiale contemporaine, mais également un réflexe de survie parce que si l’affrontement qui oppose la Russie au USA actuellement dans leur volonté de s’approprier les plus grandes parts possible du gâteau marchand pourrait dégénérer en guerre, il est plus probable que les prédateurs en viennent à un compromis qui évite de trop bousiller ce gâteau, alors que dans le contexte d’austérité aggravé qui nous est imposé toujours plus drastiquement, comprendre comment les authentiques révoltes populaires sont récupérés, perverties et confisquées est de toute première importance. Qu’il ne nous arrive pas ce qui arrive à l’Ukraine, un peuple dépossédé de tout, autant par l’Est que par l’Ouest, poussé à la guerre civile - ce qui élimine de l’humain surnuméraire sans détruire les « richesses » contrairement à une guerre plus que probablement nucléaire si elle éclatait entre puissances marchandes concurrentes – qui n’a pas vu venir les fascistes qui ont récupéré Maidan, pas plus que les milices au service de la Russie, qui récupèrent elles, l’antimaidan en tant que mouvement antifasciste d’autodétermination populaire. Et que nous n’ayons jamais à nous dire comme les militants des mouvements de gauche et sociaux d’Ukraine, en conclusion d’une série d’autres haines et frustrations, regrets :

Je me hais moi et les autres compagnons de gauche, d’avoir perdu tant de temps et d’énergie à des discussions et disputes internes à la place de construire une véritable alternative politique, alors qu’au cours des derniers mois, nous ne pouvions déjà plus avoir aucune influence sur rien 

Le texte ci-dessous, nous montre que le résultat des révolutions récupérées par les Marchands installant leur Nouvel Ordre Mondial*,  est celui d’un progrès dans la domination du peuples, sa soumission politique, son acceptation de la misère de gré ou de force, y compris par les moyens les plus cruels que sont la Terreur comme quotidien, terrorisme d’état ou guerre civile, le Meurtre comme résolution ultime des problèmes de dissidence.

Et cela menace aussi l’Europe à court terme, il serait plus que temps de  construire une véritable alternative politique.

 

Anne

Un terme qu’utilise églament abondement Poutine, dans son discours de campagne électorale de « Politique Etrangère » manifestant sa volonté de tailler pour les corporations russes la plus grande part possible du gâteau-monde, tout en augmentant également les profits de ces corporations par des réformes structurelles type FMI, dans la grande Eurasie ; j’y reviendrai.(texteintégral ici

 

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Gilles Deleuze, février 1977.

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