7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 21:47

 

Honduras : le sang du Peuple Lenca coule dans sa lutte contre le projet de centrale hydroélectrique qui s’approprie leurs terres.

 

 

par Dick et Mirian Emanuelsson

 
Videos:
Reportaje de Rio Blanco (31 min): http://vimeo.com/82020819,
YouTube: http://youtu.be/cXD6Ha2opZ0 
La entrevista con Bertha Cáceres: (61 min): http://vimeo.com/82083040,
YouTube: http://youtu.be/Yiu_G9gdQ4g

 

 

 

L’indigène Lenca Maria Paulina Gómez, tante de Paula González qui fut la première victime de la lutte contre le “Projet électrique de Agua Zarca”.

 

Lundi 13 janvier 2014.

Dans le Nord-Ouest du Honduras, depuis plus de neuf mois, se déroule une intense bataille, menée par le peuple indigène Lenca contre la construction d’une centrale hydroélectrique qui a pour nom  “Projet hydroélectrique Agua Zarca”

- La plus grande entreprise de construction de barrage du monde, Sinohydro a fini par plier et, face à la fermeté et la détermination du peuple Lenca prêt lutter jusqu’aux ultimes conséquences, elle a abandonné le projet.

- Au cours de cette lutte, deux membres de la résistance du peuple Lenca ont été assassinés. Tomás Garcia a été assassiné en juillet 2013 quand les militaires ont ouvert le feu contre les indigènes.

- En conséquence de sa lutte contre le projet, Bertha Cáceres, coordinatrice du COPINH, Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes a été traînée devant les tribunaux et condamnée à la prison.

 


Rio Blanco/Honduras nord-occidental/- Ceci sont les cartouches (qui ont été tirée contre les indigènes résistants), dit Francisco Javier Sánchez, président de Copinh, et il étend la main vers nous pour que nous voyions mieux les 4-5 cartouches de munitions.

 

 

Francisco Javier Sanchez,
président de Copinh

 

 

-  « La compagnie croit qu’elle peut nous intimider. Mais nous ne nous laissons pas intimider, nous n’avons pas peur, dit-il en souriant malicieusement. Malgré que deux compagnons aient été assassinés au cours de cette longue lutte de neuf mois, nous continuons d’exiger le droit aux terres qui appartiennent au Peuple Lenca. »

 

Une centaine de personnes du peuple indigène Lenca nous entoure. Ce peuple vit et travaille la terre dans les départements de Intibuca, Santa Barbara, Lempira et La Paz, départements limitrophes du Salvador où vivent également des communautés Lencas. Face à nous, ce sont regroupés une dizaines de gardes armés et nerveux. Ils sont ici, disent-ils, pour protéger les bureaux de l’entreprise qui a obtenu du Congrès National la concession pour construire et administrer la centrale hydroélectrique. Cependant, malgré que le projet ait débuté il y a neuf mois, jusqu’ici seules quelques baraques qui servent de bureau ont été construites.

Pendant une heure, nous avons descendus des chemins de montagne et c’est avec appréhension que nous envisageaons le terrible retour par les sentiers qui grimpent abruptement dans ces montagnes. L’équipement d’appareils photographiques et de vidéo, le trépied, les sacs à dos et les câbles, cela pèse …

 

LA NATURE ET LES PAYSAGES dans cette partie du Honduras sont impressionnament beaux. Les montagnes s’élèvent majestueusement, les bois de conifères et les cultures de maïs sont lumineuses et se balancent divinement vertes et jaunes dans le vent. La plus grande entreprise de construction hydroélectrique au monde, la chinoise Synohydro, croyait pouvoir construire de nombreuses centrales hydroélectriques au Honduras. Mais le peuple Lenca et l’organisation du COPINH l’en ont empêché. Les Chinois se sont retirés malgré que l’état ait construit un poste de police et que l’armée ait envoyé des troupes sur le site de l’éventuelle construction. Francisco et son peuple ont refusé d’abandonner les lieux qu’ils ont occupés durant les neufs derniers mois.

 

* « Avec quoi avez-vous répondu aux balles des gardes ? », demandons-nous à Francisco. « Avec des pierres, avec les machettes, ou… ? »

- « Avec les mache… ? Non ! A mains nues et parfois, avec des bâtons. Mais… nous autres nous n’agressons pas, ce sont eux qui nous agressent », répond le leader de petite taille dont les yeux expriment la forte détermination de ne pas se rendre.

 

LES NUAGES DESCENDENT LENTEMENT le long des montagnes, et littéralement les enserrent dans un énorme et doux manteau blanc. Les femmes et les enfants, les vieux comme les jeunes rient avec timidité quand nous leur posons des questions sur la façon dont ils parviennent à tenir le coup, jour après nuit, jour après jour, mois après mois.

L’obscurité s’installe sur « El Roble ». C’est le lieu où le COPINH depuis neuf mois a élevé une barricade faisant obstacle dans le chemin pour empêcher que la prochaine constructrice puisse faire passer des véhicules pesants et accède au chantier de la rivière. C’est un poste stratégique avec une vue sur toute la région, sur la vallée qui serait submergée par les eaux quand et si la digue devait être construite.

- Nous sommes onze hameaux engagés dans la lutte contre le barrage, sur pied de guerre jusqu’à la mort.

*D’après l’entreprise, elle voudrait commencer à construire le « rideau » maintenant. Que se passerait-il dans cette partie basse où nous sommes en ce moment ? 

-Ils inonderaient les terres que nous travaillons et les villages aussi.

*Qu’est-ce que vous cultivez ici ?

-Nous cultivons le maïs, les frijoles (haricots blancs NdT), le café de Palo, le yucca, le guineo, des oranges, des limes et toutes sortes de variétés de fruits tropicaux. Avec le barrage, ils disparaîtraient, ajoute Franscisco Sánchez et Maria Paula Gómez, une des femmes, maigre mais forte, commente :

-Dans cette lutte, ils ont abattu ma nièce Paula Gonzáles, qui est morte. Elle a donné sa vie pour ce combat pour les forêts et les rivières, qui sont d’autant plus sacrées que l’esprit de la jeune fille est avec eux. C’et pour cela que nous, en tant qu’indigènes Lenca, nous n’oublions pas qui nous sommes et que nous défendrons toujours nos terres.

Jeune indigène Lenca avec sa casquette du Che

 

*Dans cette lutte, il n’y a pas seulement les hommes, tout un peuple y est mêlé ?

-Oui, tout un peuple. Parce que nous autres, nous sommes chez nous ici, nous sommes nés ici !

Si quelque chose est remarquable, c’est bien la présence de femmes et de jeunes filles. Et le fait d’être femmes ne les intimide pas pour prendre la parole. Au contraire, des femmes comme Maria Paula Gómez, nous en avons vu et écouté dans tout le Honduras. Celui qui s’imagine que la femme Lenca reste muette et soumise devant les hommes, il se trompe.

 

Les femmes indigènes sont très actives, peut-être parce qu’elles sont plus proches et responsables des enfants et du foyer. Elles mènent une lutte quotidienne pour que les enfants puissent manger. Elles voient aussi comme ils sont affectés par toutes sortes de maladies alors que l’état est absent et ne garantit pas le plus élémentaire des droits humains, le droit à la vie.

 

 

Une femme indigène de l’Amazonie équatorienne chemine dans le désastre écologique créé par Chevron-Texaco 

 

LES MEGA-PROJETS EN AMÉRIQUE LATINE comme la construction de Centrales Hydroélectriques ou l’exploitation minière, sont confrontés chaque jour à la résistance croissante des peuples. Cela n’a rien d’étonnant que les peuples originaires soient les premiers affectés quand les transnationales - avec la généreuse bénédiction de gouvernements successifs - veulent exploiter les énormes richesses naturelles que recèle le continent américain. Mais à présent un réseau s’est développé entre les peuples et nations en Amérique Latine et Caraïbe, à tel point que fréquemment, des réunions sont organisées pour échanger des expériences de lutte sur la manière de combattre les pilleurs de ressources naturelles. Le 14 mars a même été déclaré jour de lutte contre les plans et chantiers de barrages et de mines.

 

Le mouvement populaire est lui aussi toujours d’avantage impliqué dans la lutte parce que ces richesses naturelles doivent être distribuées aux peuples et non, comme c’est le cas actuellement, procurer de gros bénéfices à des actionnaires et des administrateurs de fonds dans le monde industrialisé à Montréal, New York, Paris, Beijing ou Vienne.

 

L’EXEMPLE DE LA BOLIVIE et du gouvernement d’Evo Morales est un parmi d’autres exemples de la manière dont les politiques peuvent être fructueuses si elles sont mises au service de la majorité du peuple. Le gouvernement de Morales, quand il assuma la charge en 2005, a immédiatement pris le contrôle du le pétrole et du gaz, il a augmenté drastiquement les impôts des compagnies pétrolières qui désiraient rester en Bolivie, et diminué les conditions imposées au gouvernement. Les détracteurs de Morales prirent pour argument que toutes les entreprises étrangères allaient fuir le pays,  que tous les investissements étrangers cesseraient.

 

En réalité, ce fut le contraire et confirma que les énormes bénéfices que les entreprises retiraient de la Bolivie pouvaient  tout aussi bien être investis dans plus d’écoles, de professeurs, d’hôpitaux, de médecins et aussi dans des augmentations de salaires. En Bolivie, une petite mais symbolique pension pour les plus pauvres parmi les anciens a été introduite.

Traduction Anne Wolff

Source espagnole

HONDURAS, Dick & Myriam Emanuelson

 

Lire le tout

 

 

Le peuple Lenca du Honduras met la plus grosse entreprise de construction de barrages en déroute 1

 

Le peuple Lenca du Honduras met la plus grosse entreprise de construction de barrages en déroute 2

 

Le peuple Lenca du Honduras met la plus grosse entreprise de construction de barrages en déroute 3

Partager cet article
Repost0

commentaires

T
En voyant les images illustratives de cet article qui parlent du refus des autochtones du Honduras d'un projet de barrage sur leur zone on doute que derrière tout cela se cache peut être une grande machination!! Comment peut-on refuser un projet de maitrise de l'eau pour des buts multiples quand on vit dans des conditions déplorables que celles-ci???
Répondre
A
Il n'est pas question de refuser un projet de maîtrise de l'eau, mais bien de refuser le détournement de l'eau qui privera les habitants de ses sources détournées par des multinationales pour leur usage exclusif (ou presque). Ces populations justement vivent en harmonie, n'aiment pas nos modes de vie, et je partage, ce qu'elles refusent c'est d'être jetées dans la misère et le non-être au nom du progrès. ILS NE VEULENT PAS VIVRE COMME NOUS. Moi non plus.
A
Maîtrise ? L'eau n'a pas besoin d'être maîtrisée. Encore moins d'être détournée,comme c'est le cas au Honduras et dans de nombreuses autres régions du monde, pour des usages industriels qui condamnent à la misère les population locales. Voir les cas du Paraguay une région qui dispose des principales ressources d'eau de la planète. D'où implantation de bases militaires US qui veillent à ce que les population ne puissent s'opposer à son exploitation au profit d'autres qui ne que faire des populations locales. <br /> Je ne suis évidement pas une adepte de la science moderne et des métaphores qui ont présidé à sa naissance,maîtrise,domination, exploitation, viol de la terre etc., ...<br /> Heureusement la science est bien plus que ce réductionnisme que nous voudraient nous imposer les fanatiques de la mécanique et de l'aberration économiste qui en découle. Mais cela est une autre histoire.<br /> Les conditions déplorables dans lesquelles vivent ces populations sont une conséquence directe du pillage de leur ressources par les mêmes qui aujourd'hui volent aussi leur eau,quand bien même il leur faut les assassiner pour y parvenir.

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Toutes Dernières Archives