21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 12:15

 

Aujourd’hui le génocide se poursuit. Chaque jour de nouveaux meurtres, de nouvelles tortures, de nouvelles expulsions et les enfants qui meurent de faim, déracinées de leurs terres. Aujourd‘hui, le fascisme  décomplexé clame toujours plus haut son discours de haine, ses appels à l’extermination et envoie ses hommes de mains mettre en pratique les sales besognes. Eliminer la sensibilité disaient les nazis allemands, c’était un idéal. En lisant ce texte n’oubliez surtout pas qu’il se conjugue au présent avec une intensité qui ne cesse de s’accroitre alors que les corporations transnationales qui dirigent le système-monde sont en urgence de mettre la main sur les ressources du continent sud et aussi de faire taire ses voix dissidentes.

En lisant ce texte, n’oubliez pas que les horreurs décrites sont d’actualité

Un rapport alarmant sur les atrocités commises contre les Indiens du Brésil dans les années 1940, 1950 et 1960 vient de refaire surface, 45 ans après avoir été mystérieusement détruit dans un incendie.


Un couple karajá avec leur bébé mort de la grippe.
La plupart des Umutima ont été décimés en 1969
par une épidémie de grippe.
© Jesco von Puttkamer/ IGPA archive

Le rapport Figueiredo, commandé en 1967 par le ministre de l’Intérieur brésilien, avait déclenché un scandale international suite à la révélation des crimes commis contre les Indiens aux mains des puissants propriétaires terriens et du service gouvernemental de protection des Indiens (SPI). Ce rapport fut à l’origine de la création de Survival International deux ans plus tard.


Dans ce document de 7 000 pages, le procureur public Jader de Figueiredo Correia énumère les meurtres de masse, la torture, l’esclavagisme, la guerre bactériologique, les abus sexuels, les spoliations territoriales dont furent victimes les Indiens du Brésil. Suite à ces atrocités, certains peuples ont complètement disparu et de nombreux autres ont été décimés.

Le rapport a récemment été retrouvé au musée de l’Indien au Brésil. Il sera examiné par la Commission nationale de vérité qui enquête sur les violations des droits de l’homme commises entre 1947 et 1988.

L’un des faits les plus horribles de ce rapport est celui du ‘Massacre du 11e parallèle’(voir ajout) au cours duquel une avionnette largua de la dynamite sur le village des Indiens cinta larga. Trente Indiens furent tués – deux seulement survécurent et purent témoigner.

D’autres exemples relatent l’empoisonnement de centaines d’Indiens avec du sucre mêlé d’arsenic ou bien des méthodes de torture employées contre les Indiens, comme celle qui consistait à écraser lentement les chevilles des victimes avec un instrument connu sous le nom de ‘tronc’.

Les recherches de Figueiredo scandalisèrent l’opinion internationale. Dans son article intitulé ‘Génocide’ qu’il publia en 1969 sur ce rapport dans le magazine britannique Sunday Times, le journaliste Norman Lewis écrivait : ‘Depuis l’époque du feu et des épées jusqu’à celle de l’arsenic et des balles, notre civilisation a provoqué l’extermination de six millions d’Indiens’. Son article fut à l’origine de la création de Survival International la même année par un petit groupe de citoyens concernés par le sort des Indiens.

Suite à ce rapport, le Brésil lança une enquête judiciaire et 134 fonctionnaires furent condamnés pour plus d’un millier de crimes. Trente-huit d’entre-eux furent licenciés mais aucun ne fut condamné à une peine de prison pour ces atrocités.

Le SPI fut ensuite dissous et remplacé par la FUNAI, la Fondation nationale de l’Indien. Si certains de leurs territoires ont déjà été officiellement reconnus et protégés, les Indiens du Brésil continuent de lutter contre l’invasion et la destruction de leurs terres par les bûcherons, les éleveurs et les colons illégaux. Ils sont également menacés par le programme agressif de croissance économique du pays qui comporte la construction de méga-barrages hydroélectriques et l’exploitation minière à grande échelle sur leurs territoires.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Le rapport Figueiredo est effroyable, mais dans un certain sens, rien n’a changé : les meurtres d’Indiens restent impunis. Des Indiens sont régulièrement abattus par les hommes de main des propriétaires terriens qui savent pertinemment qu’ils ont peu de chances d’être poursuivis en justice – aucun des assassins de leaders guarani et makuxi n’ont été emprisonnés pour leurs crimes. Il est difficile de ne pas soupçonner que le racisme et la convoitise sont les causes profondes de l’inertie du Brésil qui ne semble toujours pas décidé à défendre les droits fondamentaux et la vie de ses citoyens les plus vulnérables’.

AJOUT
1- La plupart des peuples indigènes aujourd’hui isolés sont en fait les survivants (ou descendants de survivants) d’actes génocidaires subis dans le passé. Ces atrocités (massacres, épidémies, violences effroyables) sont désormais ancrées dans leur mémoire collective et pour rien au monde ils ne souhaitent entrer en contact avec le monde extérieur.

Par exemple, beaucoup d’Indiens d’Amazonie occidentale sont les descendants des rares survivants du boom du caoutchouc qui eut pour conséquence, à la fin du XIXe siècle, la destruction de cette partie de la région amazonienne et l’extermination de 90% de la population indigène, due à une montée de l’esclavagisme et de brutalités inouïes.

D’autres Indiens sont des survivants de massacres plus récents, comme ces Indiens d’Amazonie, surnommés ‘Cinta Larga’ (ceintures larges), qui ont été victimes de monstrueuses attaques de la part d’exploitants de caoutchouc brésiliens, entre les années 1920 et 1960. Le célèbre « massacre du 11ème parallèle » eut lieu en 1963 aux environs de la source de la rivière Aripuana, où l’entreprise Arruda, Junqueira & Co récoltait le caoutchouc.

Le directeur de cette compagnie, Antonio Mascarenha Junqueira, avait en réalité planifié ce massacre, sous prétexte que les Indiens Cinta Larga se trouvaient sur le chemin de ses activités commerciales : « Ces Indiens sont des parasites, ils sont immondes. Il est temps d’en finir avec eux, d’éliminer ces pestiférés. Liquidons ces vagabonds. »

Il affrêta alors un avion duquel furent largués des bâtons de dynamite sur les villages indiens. Après ce massacre, certains des meurtriers se rendirent sur les lieux du crime afin d’exterminer les derniers survivants. Ils y trouvèrent une mère allaitant son bébé. Ils assénèrent alors de coups la tête du nourrisson, suspendirent la mère par les pieds et la découpèrent en deux. Lors du procès d’un des accusés, le juge déclara : « Nous n’avons jamais vu de cas d’une telle violence, d’une telle ignominie, de tant d’égoïsme, aussi dépourvu de considération pour la vie humaine ».

En 1975, l’un des auteurs du crime, José Duarte de Prado, fut condamné à dix ans d’emprisonnement mais fut gracié plus tard dans l’année. Il déclara durant le procès : « II est bon de tuer les Indiens – ils sont paresseux et traîtres ».

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Gilles Deleuze, février 1977.

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