22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:36

par Sophie Chapelle 18 avril 2014

Les phénomènes de concentration et d’accaparement des terres ne concernent pas que l’Afrique ou l’Asie. Les gros propriétaires terriens sont aussi très actifs au sein de l’Union européenne. C’est ce que montre une infographie publiée le 14 avril par l’organisation Transnational Institute basée à Amsterdam. Les données sont effarantes : 3 % des plus grandes exploitations agricoles contrôlent 50 % des terres dans l’Union européenne ! A l’instar de ce qui se joue en France (voir notre enquête), ces exploitations s’agrandissent au détriment des petites fermes. Entre 2003 et 2010, le nombre de fermes inférieures à 10 hectares (ha) a par exemple diminué d’un quart. Dans le même temps, les exploitations de plus de 50 ha se sont étendues sur 7 millions d’ha, soit la surface de l’Irlande !

Cette course aux hectares agricoles touche d’abord les pays d’Europe de l’Est. La Hongrie, la Roumanie et la Serbie sont les pays européens les plus convoités par les investisseurs étrangers. 500 000 hectares en Serbie, soit 15 % du foncier agricole, ont ainsi été accaparés par des sociétés commerciales, relève le Transnational Institute (voir également notre article sur la Roumanie). A ces phénomènes de concentration et de financiarisation des terres agricoles, se mêle le problème de l’artificialisation des terres. Entre 2005 et 2010, la surface agricole a perdu 227 200 hectares en France, soit la superficie du Luxembourg récupérée au profit du bétonnage et de zones commerciales. Mais dans ce domaine, c’est l’Allemagne qui caracole en tête.

Des subventions qui creusent les inégalités

Le Transnational Institute met aussi l’accent sur le rôle de la Politique agricole commune (PAC) qui incite à l’agrandissement des exploitations et à la concentration des terres. Depuis 1992, les soutiens apportés aux prix des produits agricoles ont été remplacés par des subventions à la production. Autrement dit, plus la surface d’une exploitation est importante, plus l’agriculteur reçoit des aides. Résultat, en 2011, 1,5 % des plus grandes exploitations agricoles ont perçu un tiers des subventions de la PAC. Ces inégalités dans l’attribution des aides sont aussi géographiques : l’Europe de l’Ouest, qui représente 44 % des fermes, a reçu 80 % des subventions – contre 20 % pour l’Europe de l’Est.

Qui sont les principaux bénéficiaires de ces aides ? Ce ne sont pas des agriculteurs mais des entreprises du secteur agroalimentaire. Depuis 1997, Friesland Campina, une coopérative néerlandaise de produits laitiers, a ainsi perçu 1,6 milliards d’euros de subventions ! L’entreprise française Saint Louis Sucre (filiale de l’allemand Südzucker) a bénéficié de 196 millions de subventions depuis 2004. Et au Royaume-Uni, la multinationale Nestlé à perçu 197 millions d’euros.

Cette infographie s’appuie sur les données d’un rapport de ECVC (Coordination européenne de la Via Campesina) et de l’Alliance Hands-Off The Land [1]. Ces organisations appellent les pouvoirs publics à « réduire la marchandisation de la terre et à promouvoir la gestion publique des territoires ». Elles demandent à ce que la priorité soit donnée aux petits agriculteurs qui promeuvent l’agriculture paysanne et la production alimentaire soutenable. Et proposent la création d’une banque de données permettant de suivre les transactions foncières des gouvernements et entreprises. Avec l’objectif, espèrent-elles, d’endiguer la disparition programmée des petits paysans.

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Published by Anne Wolff - dans Planète urgence
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Anne-Marie 25/04/2014 17:59


Je viens de lire ceci http://www.bastamag.net/Contre-la-speculation-fonciere-des

Anne Wolff 26/04/2014 14:49



Je suis bien pessilmiste, des initaitives porteuses il y en a une multiplicité. Mais de 1) j'ai constaté au cours des derneirs mois que toute une partie seraient tout à fait bien intégrable dans
un "fascisme écologique" et que leur "promotteurs" ne réalisnt même pas dans quel jeu ils mettent les pieds... j'en ai un peu trop appris sur les techniques de récupération des mouvements
populaires ces derniers mois, des confirmations de ce que je soupçonnais depuis longtemps pour ne pas voir que tant que la réflexion reste superficielle, sans attaquer les racines du mal le Stade
Corporatiste du Capitalisme... il n'y a pas d'issue


2) que celles qui tiennent vraiment la route n'arrivent pas à se rejoindre, souvent parce que complémentaires pour inventer un monde, chacun reste cantonner à ses similaires, sans contact avec
ceux qui agissent dans d'autres domaines.(uand elles ne critiquent pas mutuellement)


Et encore et toujours je puisse ma force au quotidien auprès des combattants de l'Amérique Latine qui savent encore ce que complémentarité, solidarité et unité face à un ennemi commun veulent
dire.


Tout de bon à toi


Anne


Et malheureusement on sent que l(urgence grandit dangereusement...


 



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